‹ Vieux ménages, comédie en un acteChapitre 16 sur 18 · SCÈNE Tl · texte numérisé non relu

SCÈNE Tl

LA FEMME

De mes bonnes... j'ai bien dit... de mes bonnes... Est-ce clair?... Car enfin, il paraît que les petites mendiantes mineures ne suffisent pas aux soixante-cinq ans de Monsieur... Il leur faut aussi mes bonnes...

Oh! mais... c'est agaçant, à la fin... c'est scandaleux... c'est abominable!... Et quoi encore ?... (// se remet à marcher avec fureur, passant et repassant devant sa femme.)

LA FEMME

Oui, mes bonnes... (Slnterrompant.) Je t'en prie, ne marche pas comme ça... assieds-toi... tu me fais mal au cœur, à marcher de la sorte... {Le mari revient s' asseoir dans le fautei.il. Il donne des signes d'irritation violente... drplace les fauteuils., fraïqie sur la table, affecte de ne pas écouter.) Tu t'imagines que Je ne vois rien... que je ne sais rien?... Parbleu!... on n'a pas besoin de se gêner avec une malade... Eh bien, tu te trompes... Je vois tout... et je sais tout!... D'abord... ça n'est pas digne... Mais la dignité et toi... passons!... Ensuite, elles ne me soignent pas... Quand j'ai besoin d'elles, elles font tout de travers... ou elles ne sont jamais là... Elles se moquent de moi... carrément, effrontément!... Et si tu savais comme elles me parlent, comme elles me bousculent... Rien que de l'insulte dans leurs regards... de la brutalité dans leurs gestes... C'est à mourir de honte!... Et c'est juste aussi... Je ne suis rien pour elles... qu'un troublefête... Elles peuvent me désobéir impunément... me

maltraiter... me laisser crever... Elles se sentent protégées... elles sont les véritables maîtresses dans la maison... Cette Rosalie, tout à l'heure... qui n'avait pas dîné!... Est-ce croyable?... Et lu n'as rien dit... et tuas trouvé cela très bien... et tu tolères qu'elle me parle comme à un pauvre!... Qu'est-ce que cela me fait, à moi, qu'elle nait pas dîné... quand je soutire... et que j'ai besoin d'elle... Non. je t'assure que ça n'est pas tenable, et tu devrais avoir tout de même plus de dignité dans tes passions!... [Le mari na pas cessé de tambouriner sur la table avec ses doigts. On sent quil voudrait parler, répondre, mais il fait de violents efforts pour se taire.) Allons, comprends une bonne fois ce que je te demande... Je ne t'adresse pas de reproches... je ne t'en veux pas... Ça n'est pas de ta faute... Tu as une nature comme ça... Mais, qu'est-ce que cela te ferait de me laisser mes bonnes?... Il y a d'autres femmes que les bonnes et que les souillons de la rue!... {Plus lentement, sans aigreur.) Cette jeune femme... notre voisine... elle est vraiment très jolie... Enfin, elle vaut mieux... elle est plus flatteuse pour un homme qu'une domestique... est-ce vrai? Avec cela, elle doit être très amoureuse... très passionnée... Et puisqu'elle te plaît... puisque j'accepte que tu la reçoives... puisque je t'en prie... puisque cela serait pour moi un repus... un soulagement... du bonheur, presque!. ..Tu ne peux pas me refuser cela... Et puis... elle me tiendrait société quelquefois... Voyons, il n'y a rien de déshonorant dans ce que je te propose... Nous connaissons beaucoup de ménages... et des plus respectés... qui vivent de la sorte... Ce qui est mal, c'est de faire ces choses-là... àTinsu l'un de l'autre... Eh bien... fais-les franchement... sans te cacher de moi...

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