SCÈNE II
Tu avoueras que j'ai eu de la patience... Je t'ai laissé parler... débiter tes infamies... sans l'interrompre... Mais cette patience a des limites... elle est à bout, maintenant... ma patience...
LA FEMME
Ta patience!... Ah! oui, ta patience... parlons-en... Quand je me portais bien, tu ne prenais pas des airs hautains avec moi... Tu étais soumis... et tu marchais droit... tu étais un tout petit garçon... C'est depuis que je suis malade... depuis que je ne peux plus bouger de ma chaise longue... que tu oses me parler comme tu le fais, en ce moment... Ah! cela est brave... De la brutalité... des moqueries... des reproches ignobles... des doutes odieux... de la colère... voilà tout ce que j'ai eu de toi... sans compter le tourment... l'affreux tourment que me donnent tes désirs crapuleux... et toutes les saletés de ta vie... [Le mari fait un geste violent. Energiquement.) Oui, toutes les saletés de la vie... homme vertueux!... Eh bien! soit... Je ne te demande pas de la tendresse... de la consolation... de la pitié... le respect de ma souffrance... Non... de tels sentiments ne sauraient pénétrer un cœur dur comme le lien... Mais, je veux mes bonnes... je veux mes bonnes... [Avec une énergie croissante.) Je veux que tu me laisses mes bonnes!... Elles ne sont pas à toi... Je ne les ai point pour que tu les écartes de leur devoir, pour que tu les débauches... pour que tu leur apprennes à me mépriser... à me détester... à m'abandonner. Je les ai pour moi... entends-tu... pour qu'elles soient toujours avec
moi... pour qu'elles me servent... pour qu'elles me soignent... Moi aussi, à la fin, j'en ai assez... Et lu es un misérable... un misérable!... Va faire tes cochonneries ailleurs !
LE 3IARI, /rès src, très dur.
C'est bien!... {// se lève.) C'est entendu!... (// fait quelques pas sur la terrasse, s'arrête nu instant à peine.) Bonsoir!...
LA FEMME, elk le regarde s'éloigner. Tout à coup, elle s'amollit et pleure, épuisée par le grand effort quelle a fait.
J'ai eu tort de m'emporler... Je te demande pardon, André... mais, je suis si malheureuse!... Quand on soufîre trop, vois-tu, on ne sait pas toujours ce que l'on dit... Il ne faut pas faire plus d'attention aux colères des malades... qu'à celles des petits enfants... [Le mari se dirige lentement vers le jardin sans répondre.) André... où vas-tu?... André... ne t'en va pas!... Ne me laisse pas toute seule ici... Je t'en supplie!... (// disparaît dans le jardin. Silence.) André!... André!... [Elle écoute.) Il est parti... Il ne va pas revenir!... Mais non... c'est impossible!... [Elle regarde de tous les côtés.) Je suis toute seule!... André!... André!... Je neveux pas rester toute seule, le soir, sur cette terrasse!... Je veux rentrer... [Elle essaie de se lever, de se redresser, mai'i la souffrance lui arrache cl s cris.) Mon Dieu! mon- Dieu!... Je veux rentrer... je veux renlrer!... [Et, tout à coup, prise d'épouvante, elle crie.) Rosalie!... Où êtes vous?... Rosalie!... Ro>alie!... André! .. Ils ne viendront pas... Ils vont me laisser là... {Un silence. Ses yeux hagards vont