‹ Vieux ménages, comédie en un acteChapitre 8 sur 18 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

suis réveillé avec des douleurs aux reins... Eh bien, voilà tout... Je tâche à les dompter par un régime rationnel, par un exercice approprié... Je fais ce qu'il faut... Mais je ne tyrannise pas tout le monde avec ça...

LA FEMME

Des rhumatismes!... des rhumatismes!... Tu appelles des rhumatismes l'état affreux dans lequel je suis depuis dix ans!... Des rhumatismes... cette agonie lente... cet abominable supplice... cette torture continue qui me tenaille la chair et me broie les membres!... Ah! comment oses-tu dire une chose pareille?... Et comment as-tu le cœur, le triste et horrible courage de la penser, seulement?... Enfin... qu'est-ce que tu veux?... Fume... fume... Ce sera plus tôt fini !. ..

LE MARI, il va, vient, sur la terrasse, impatient.

Naturellement... Les grands mots... les grandes phrases... le drame — ah! je l'attendais — au lieu de raisonner et de répondre aux arguments précis que je le donne... Etde loutainsi... Tiens!... C'est comme les lilas... les lis... les rosiers, qui étaient la joie de mon jardin... et que lu as fuit arracher... Ils ne fumaient pourtéint pas, eux!... Non, vraiment, est-ce qu'ils fumaient?...

LA FEMME

Mais puisque je ne puis en supporter l'odeur... Puisque la moindre odeur me donne des syncopes...

Mlons donc!..,

LA FEMME

Tu le sais bien... Ce n'est pas une chose que j'invente... Tu Tas vu par toi-même plus de vingt fois...

Parce que tu te complais dans ton mal... au lieu d'y résister... Parce que tu es pire qu'une enfant, que tu n'as pas la moindre volonté, la moindre énergie... que tu ne veux rien faire... rien faire pour te guérir... Dans ces conditions, ma chère, tu dois comprendre qu'il devient difficile de vivre... qu'il devient impossible de vivre...

LA FEMME

André... Ne me dis pas des paroles injustes et méchantes... je t'en supplie!... Ça n'est pas généreux... Ça n'est pas digne d'un homme comme toi... Il y a des moments où tes yeux m'épouvantent, où tes paroles m'entrent dans le cœur comme des coups de couteau... Et c'est de cela que je meurs, vois-tu, plus que de la mort qui est dans mes veines... Par pitié, André, réfléchis une minute à ce que tu me dis... et tâche qu'il n'y ait plus de haine dans ton regard... Si je soufïre, ce n'est pas de ma faute... et il y a tant de choses, autour de moi... tant de choses qui me font du mal... Je suis ennuyeuse... exigeante... fantasque?... C'est bien possible... il ne faut pas m'en vouloir... Pense à ce que j'étais autrefois... à ce que je suis maintenant... à l'affreuse et pitoyable ruine que je suis maintenant .. Tu m'as aimée, rappelle-toi... ISous avons été heureux l'un par l'autre... J'ai eu une bouche avec des baisers... des bras avec des étreintes... un cœur avec toutes les tendre?ses,avec toutes les ivresses de l'amour, ..Une se peut pas que tu l'aies oublié. . . Et je

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