‹ Vieux oursonsChapitre 18 sur 34 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

NARBO (seul) Il entre, regarde s'il est seul, pousse un soupir et déclame

Que périssent dans l'eau du Styx, mauvaise à boire, Les héros qui s'en vont travailler pour l'histoire ! La matrone, depuis que le jour a paru, Nous parle sur un ton laconique et bourru. Qui n'admet pas le plus petit mot de réplique. Quand je dis qu'elle parle, il faut que je m'explique : Depuis que son époux, aux trousses de Tarquin, Rivé comme un ministre aux plis du maroquin, Poursuit des Gabéens la destruction lente, Lucretia, le front triste, l'âme dolente, Se pose pour dernier rempart de la vertu. Jusqu'au son de sa voix qui brusquement s'est tu ! Au bord de son gosier vainement sa luette Guette le mot qui va passer : elle est muette, Et craindrait qu'une note à l'éclat argentin S'échappât, qui parût ravie à Collatin.

Mais ce recueillement lui fait des bras d'Hercule Et, quand on l'aperçoit, chacun ici recule :

6o VIEUX OURSONS

On a peur; cependant, sa douleur m'a fléchi... Et je prête à ses nerfs mon torse d'affranchi. La voici ! Reprenons la quenouille...

// s'assied sin- un tabouret, auprès du lit, et se met à tirer les brins d'une quenouille.

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