SCÈNE IX
AGÉNOR, SILVIA, puis ARMAND.
AGÉNOR
Personne! N'est-ce point ici pourtant que nous devions retrouver mademoiselle Hortense et mon ami?
SILVIA
Vous semblez bien vous intéressera Hortense, Monsieur le Comte, vous me parlez toujours d'elle.
AGÉNOR
Moi, Mademoiselle?
SILVIA
Oh! je ne vous querelle pas précisément là-dessus; cela est bizarre, moi-même je ne serais peut-être pas hors de critique; ainsi je vous ai questionné à plusieurs reprises au sujet de M. le Baron, n'est-ce pas?
AGÉNOR
Cela est juste. Mademoiselle.
SILVIA , parlant un peu vite avec quelque confusion.
C'est uniquement pour jaser, car vous savez qu'une jeune fille ne doit point étudier impertinemment son fiancé... Je vous avoue que je me surprends moi-même en vous entretenant aussi facilement et avec aussi peu de trouble... J'étais certainement plus émue en écoutant tantôt M. le Baron, cela est étrange, n'est-ce pas, puisque ce n'est pas lui qui me doit épouser... aussi, est-ce justement pour ne pas être émue (et je le serais bien davantage sans doute puisque vous êtes mon fiancé) que je détourne un peu la conversation et vous interroge ainsi au sujet de M. le Baron... Ce peut bien être pour le même motif que vous me parlez toujours d'Hortense.
AGÉNOR
Absolument pour le même motif.
SILVIA
Cela doit vous étonner de m'entendre, moi la muette, babiller ainsi comme une petite folle; cela m'étonne bien , moi.
AGÉNOR
Mais, Mademoiselle, n'ayant pas eu l'honneur de vous approcher encore, je ne peux pas savoir si vous parlez plus qu'à Tordinaire.
SILVIA
Comme vous êtes logique, Monsieur le Comte.
AGÉNOR , à part. ,
Le sot personnage que Je joue ici!
SILVIA
Oh ! je parle ainsi parce que je suis avec vous; si j'étais avec M. le Baron, je n'oserais rien dire.
AGÉNOR
Vous ne souhaiteriez donc pas être sa fiancée?
SILVIA
Je ne sais; il me fait peur, bien que sa voixsoitdouce et ses manières gracieuses; j'ignore si je voudrais le voir ou Téviter.
AGÉNOR
Vous le saurez bientôt. Mademoiselle; le voici justement qui vient.
SILVIA
Lui? Oh! de grâce, sortons... sortons!
AGÉNOR
Au contraire, il faut vous aguerrir... (Haut, à Armand.) Arrivez donc, mon cher baron, nous parlions justement de vous.
ARMAND
C'est un bonheur que je n'osais espérer. Mademoiselle. .Te viens de chez M. le Maréchal; (AAgénor.) il a le plus vif désir de vous connaître, mon cher ami, à cause de
ce faux déguisement dont il vous croit toujours Tauteur; je n^ai pas cru devoir le détromper.
AGÉNOR
Je reconnais là votre prudence; allons je vais me rendre auprès de lui. (A Silvia qui semble vouloir le retenir.) CeSt le
moment, aguerrissez-vous.