ARMAND, SILVIA
ARMAND
Etait-ce une erreur de ma part, Mademoiselle? J'ai cru voir, à mon entrée , vos joues pâlir, vos lèvres trembler, vous vous rapprochiez du Comte; serait-ce que je vous fais peur?
SILVL\ , un peu émue-
Je ne sais, Monsieur.
ARMAND
Nous avons cependant longuement causé déjà, ne nous sommes-nous pas promis une bonne et fidèle amitié, et n'avez-vous déjà plus confiance en moi? Voyons, que vous semble de votre fiancé?
SILVIA
Il est fort présentable.
ARMAND
Oh! que voilà un terme qui n'indique pas un grand
enthousiame et comme J'aurais peu d'envie à sa place à m'en trouver satisfait. Quelle qualité vous a donc déplu en lui?
SILVIA
Je ne sais trop, à vrai dire; il me parle toujours d'Hortense, et cela m'est quelque peu désagréable, vous comprenez... il est vrai qu'en revanche je lui parle un peu de... d'un autre.
ARMAND
Et de quel autre pouvez-vous parler que vous et lui connaissiez? Nous n'avons pas tant d'amis communs qu'il ne puisse m'être ignoré; quel est son nom?
SILVIA , rougissant.
Voilà en'core de ces phrases que vous vous plaisez à dire, et qui sont tout embarrassantes.
ARMAND
Vraiment?
SILVIA
Mais aussi, votre ami ne parle Jamais ainsi; avec lui je ris et cause en toute liberté, avec vous Je ne le peux pas, et vos moindres paroles me troublent; seriez-vous un méchant, M. le Baron?
ARMAND
Un méchant? moi qui voudrais mourir plutôt que de vous causer la moindre affliction, qui ne souhaite que votre bonheur, votre Joie, qui voudrais avoir tous les trésors de Golconde pour les mettre à vos pieds!...
SILVIA
Si vous ne voulez que mon bonheur, pourquoi suisje tout émue quand je me trouve à votre côté? Je ne sais si je vous hais ou si je ne vous hais pas, je voudrais
pleurer et rire tout ensemble , et je ne peux supporter sans trouble le feu de votre regard ou le son de votre voix; je n'éprouve rien de tout cela à côté de M. le Comte.
ARMAND, tristement.
Eh bien, Silvia, puisque vous ne voulez pas rester seule , avec moi , laissez-moi et allez le rejoindre.
SILVIA
Encore un de ces mots qui me chagrinent! Pourquoi dites-vous que je ne veux pas rester avec vous, et quel désir me croyez-vous d'aller rejoindre M. le Comte?
ARMAND
N'est-il pas votre fiancé, et ne Taimez-vous pas?
SILVIA
Lui?... C'est vrai, je Taimerai sans doute puisque je dois Tépouser; au moins je m'en efforcerai... Mais pourquoi me parlez-vous de ceci? Vous avez donc juré. Monsieur, de me faire de la peine?
ARMAND
Silvia, adorable Silvia, qu'allez-vous dire si je vous avoue que votre chagrin me remplit de joie? Ah! vous n'êtes pas seule à être émue, allez... venez, Silvia, descendons dans le parc, nous y trouverons sans doute M. le Maréchal ou M. le Commandeur, et nous y serons plus à l'aise pour cuaser, j'ai tant de choses à vous dire, des choses dont vous ne pouvez vous douter que confusément, et je suis si heureux déjà, quand vous ne l'êtes pas encore 1