‹ Vieux SaxeChapitre 13 sur 64 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

CRISPIN, LISETTE, puis FRONTIN e. MARTON.

CRISPIN

Mais vertuchoux, Lisette, pourquoi refuses-tu de m'entendre?

LISETTE

Et vertuchoux, Frontin, pourquoi me forcerais-tu à t'écouter?

CRISPIN

Parce que je n'ai à te dire que des agréments.

LISETTE

Et si je n'en ai pas à te répartir?

CRISPIN

Ah! Lisette, que tu es mauvaise, et que tu as tort de ne pas vouloir de mon cœur.

LISETTE

Qu'en ferais-je, grand benêt?

CRISPIN

Eh ! ne devrait-il pas t'accommoder puisque mon maître doit épouser ta maitresse?

LISETTE

Or ça, mon pauvre Frontin, tu as la berlue! Tu es à M. le Baron, n'est-ce pas? et ma maitresse à moi, mademoiselle Silvia, est fiancée à M. le Comte.

CRISPIN

Mais c'est aussi mon maître!

LISETTE

Le Comte? que me disais-tu en ce cas que c'était le Baron?

CRISPIN

Je m'y perds! C'est ma foi vrai. Écoute Lisette, Je vais tout t'expliquer. Oui, je suis bien à M. le Baron, mais suppose que M. le Baron soit comte, ne serais-je pas alors à M. le Comte? [U rit.)

LISETTE

Le balourd? Qu'a-t-il à rire comme un coffre?

MARTON , entrant suivie de Frontin.

Non, non!... laisse-moi, Crispin, tu me romps la tête! Ah! Lisette, Frontin, sauvez-moi des obsessions de ce magot!

FRONTIN

Ah! Jolie Marton, quel vilain mot, et pourquoi me le bailler?

marton.

Parce que tu m'ennuies!

FRONTIN

Eh morguié, moi Je t'aime, que veux-tu que J'y fasse?

MARTON

Oui, oui, franche grimace! nous les connaissons ces beaux enjôleurs à qui les serments ne coûtent guères; la perspective d'une prompte séparation est un bon piment pour l'amour. Ici: « Ah! jolie Marton, ton Crispin t'aimera toujours! » et dans quelques jours, plus de Crispin, et la jolie Marton se consolera en pleurant toute seule.

FRONTIN

Mais foin de tout ceci , puisque nos maîtres se marient ensemble!

MARTON

Grand benêt, oublies-tu que Je suis à mademoiselle Hortense? et toi quel est ton maître, est-ce le Comte ou le Baron?

FRONTIN

Attendez, s'il vous plait. Ce genre de question m'arrête toujours!

MARTON

Le laquais bizarre qui ne sait pas le nom de son maître.

FRONTIN

Oui, je suis à M. le Comte.

MARTON

Eh bien! puisque ma maîtresse doit épouser M. le Baron!

FRONTIN

Au contraire, Marton, cela s'accommode merveilleusement.

LISETTE

Comment? lui aussi?

FRONTIN

Suppose que M. le Comte soit en même temps baron ; je serais alors à M. le Baron.

LISETTE

Ça, trêve aux moqueries, seigneurs F'roniin et Crispin; il y a quelque chose là-dessous, Marton, tous ces barguignages donnent à réfléchir. Voyons, répondez: lequel des deux est le Comte , lequel des deux le Baron ?

( Silence. )

MARTON

Eh bien , il vous est donc défendu de le dire?

CRISPIN

Ah! fines mouches, vous avez bien deviné le mystérieux stratagème de nos maîtres!

LISETTE ET MARTON, avec joie.

Il y a un stratagème mystérieux!

FRONTIN

Chut! si Ton vous entendait, il nous en cuirait! C'est par miracle que nous avons échappé tantôt aux coups de bâtons, gare à la récidive, nos maîtres ne plaisantent pas sur l'article!

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