LA BARONNE, L'ABBÉ
LA BARONNE, sautant de joie.
Sauvé enfin, mon cher petit Abbé!
L ABBE , sortant un peu raidi de dessous la table.
Ouf! Le Chevalier à ma place aurait en effet été un peu courbaturé. Ouf! Que diantre avait-il à admirer aussi obstinément votre tapis?
LA BARONNE
Mais aussi, mon pauvre Abbé , vous remuez là dedans comme une carpe dans la poêle!
l'abbé.
Le moyen de rester immobile ci-dessous, quand on s'entend dire des injures à son nez. Morbleu! ce Comte là me reviendra longtemps avec ses impertinences: un bambin musqué et précieux. Ventrebleu ! mais c'est pour bien moins que j'ai dégainé. Un bambin! voilà un mot qui me cornera longtemps aux oreilles. LA baronne.
Paix, mon mignon, paix! N'ai-je point fait la contrepartie en vous accablant de louanges?
I l6 VIEUX SAXE
Un bambin ! Ce que ce Conite-là m'a échauffé la bile 1
LA BARONNE
Eh ! qu'importe à présent? Ne pensons plus à ce fâcheux, puisqu'il est parti. Hou ! le vilain mignon qui ne veut pas obéir à sa petite amie. Revenez vous asseoir près de moi, puisque nulle interruption ne vous refera mettre à quatre pattes. Comme ce petit cœur bat! Est-ce de colère ou d'amour? Allons, parlez bel oiseau bleu, que me disiez-vous tantôt?
Que vous pouvais-Je dire, Baronne, sinon que vous étiez la plus exquise, la plus charmante, la plus désirable de toute les dames de la Cour, que je vous aimais, que je n'aimais que vous, et que je souhaitais bien fort que vous n'aimassiez que moi?
LA BARONNE
Et qui voulez-vous que j'aime, m'ami? Seriez-vous, jaloux, et de qui? Du Comte? vous venez de voir comme je l'ai accueilli. Du Chevalier? le pauvre homme! Avezvous remarqué la façon furieuse dont le Comte parlait du Chevalier; ah! j'avais bien envie de rire, mais aussi j'avais trop peur.
l'abbé.
Moi, j'enrageais! C'est une si sotte position, qu'on a honte à la quitter, mais, vive Dieu ! le sang me bouillait dans les veines.
LA BARONNE
Le méchant petit, qui pense encore à cela quand je suis à ses côtés, et... qu'il est plus de minuit!
l'abbé.
C'est pardieu vrai, et que j'ai peu d'honnêteté envers vous, ma dtlicieuse Baronne! Eh! laissons là tous les fâcheux du monde : que cette nuit soit toute entière à l'amour. Nous aurons toujours le temps de nous couper la gorge demain , s'il le faut !
LA BARONNE
Fi ! le sot pronostic, et le moyen pour un spadassin comme le Comte de se battre avec un pauvre petit Abbé ! Allons, reprenez votre romance puisque vous vous retrouvez enfin courtois et galant comme vous devriez l'être toujours avec ces fripons d'yeux-là, Et je ne demande qu'à l'être d'avantage. ( 11 l'embrasse. )
la baronne.
Ah ! m'amour, que voulez-vous de moi présentement?
L ABBÉ , de plus en plus pressant.
Que voudrais-je sinon le bonheur que vous seule me pouvez donner? Allons, mon cœur, ne piquez pasoutrément mon impatience , venez achever la nuit en comblant mes vœux, et que l'aurore soit bien lente à venir terminer nos doux ébats.
la BARONNE , s'abandonnant.
Ah! petit Abbé, comme je sens bien que mon cœur ne pourrait vous résister.
L ABBÉ , ivre de joie.
Je vois l'Empvrée s'ouvrir devant mes pas!(Bruitde
porte au dehors. )
LA BARONNE, sursautant.
Paix! n'avez-vous rien oui? On monte l'escalier. C'est
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encore lui, oh! le déplaisant personnage! Allons, mon pauvre Abbé, cachez-vous encore, il le faut. l'abbé.
Jamais plus, vertubleu! Plutôt la mort! Le Comte, tout spadassin qu'il est, trouvera à qui parler; je l'attendrai de pied ferme et ne veux pas me jouer à être trouvé accroupi sous une table.
LA BARONNE , ouvrant la porte de la chambre de Frontin.
Le fol imprudent , il veut à toute force se battre, à son âge ! Mais Chérubin se cachait bien derrière les fauteuils! Tenez, s'il vous répugne tant de vous accroupir, cachezvous dans la chambre de Frontin.
l'abbé.
J'enrage, morbleu! Juste au moment où... Satané Comte! la plaisante figure que je m'en vais faire... à me calmer là-bas!
le baronne , le poussant vers le couloir. Vite , vite , point de discours. ( EUe ferme la porte à clef. )