LE CHEVALIER, L^ABBE
L ABBE
'ar la sambleu! mon grand Chevalier, avouez fi i-K*^ ^^^ loux ce que vous dites et faites a de quoi me (^fi^y^'^ surprendre. Votre air tantôt farouche, tantôt langoureux, votre alternative de tendres soupirs et de désespoirscontenus n'en sauraient taire survotrecompte, et je gagerais fort que le petit dieu malin a fait des siennes à votre encontre.
l3o VIEUX SAXE
LE CHEVALIER
Ah ! mon cher Abbé, qu'elle est belle ! qu'elle est divine!
l'abbé.
Bon cela, j'avais touché juste! Cydalise?
le chevalier.
Cydalise? Que me fait présentement Cydalise, quand je trouve mieux, et dans ces salons mêmes.
L ABBÉ , surpris.
Céans? La Duchesse!
le chevalier.
Je ne nie pas que la Duchesse ne m'ait montré quelque bienveillance, mais, à quoi bon retourner au bois quand les lauriers sont coupés?
Et qui donc? Je nage dans les conjectures.
le chevalier.
Qui? La reine des grâces, la fille de Vénus, la plus parfaite des beautés, un ange d'innocence, un trésor de pudeur, un miracle de fraîcheur enfantine et de grâce exquise...
L abbé , étonné et jaloux.
La Comtesse!
le chevalier.
Elle-même! Ah! mon cher Abbé, l'art d'Apollon était seul capable de séduire cette déesse! l'abbé.
Vous lui avez joué du clavecin?
LE chevalier.
Fi donc! Je lui ai lu les vers que sa beauté m'avait inspirés. Nous ne fîmes point autre chose hier soir.
LA SURPRISK DE L AMOUR I ."» I
L ABBÉ , â domi-voix.
Voilà ce que c'est que de m'avoir fait qu'un seul quatrain.
LE CHEVALIER
Mais il était si galant!
l'abbé.
Ah! vous Tavez lu? hier soir aussi? Fortuné mortel!
( Changeant de ton. ) Mais , )'y peUSC, u'cSt-OU poiut veUU VOUS
surprendre vers dix heures?
LE CHEVALIER
D'où diantre tenez-vous ceci?
Voilà le tin!
LE CHEVALIER
Oh! une surprise des plus honnêtes. Il est entré par mégarde, mais, nous voyant, s'en est allé aussitôt je ne sais où, chez la Baronne ou au Château.
l'abbé. ,
Chez la Baronne.
LE CHEVALIER, surpris.
Ah! vous savez aussi!... ( Avec un léger sourire. ) Oh! il u'cSt
point misérable, et, foi de gentilhomme, la Baronne me semble plus digne d'estime encore que jadis: ce minois pimpant, cette allure sémillante me reviennent plus désirables depuis que j'ai eu le tort de l'abandonner aux empressements mélancoliques de ce pauvre Comte , pour lequel elle ne peut avoir qu'un bien faible sentiment. l'abbé.
Il m'est, en effet, constant qu'elle ne l'aime pas!
l32 VIEUX SAXE
LE CHEVALIER
Ah! TAbbé, quelle bonne parole vous dites là! et comme elle me reconforte le cœur!
l'abbé.
Eh quoi! brûleriez-vous encore pour elle, et cela^ quand vous venez d'obtenir, si je vous ai bien entendu, les plus tendres faveurs de la Comtesse?
LE CHEVALIER, un peu embarrassé.
Certes , Je resterai encore longtemps fidèle à mon adorable conquête. Mais, en véritable homme de guerre, je me suis accoutumé à deviner les projets de mes adversaires; j'ai étudié les guerres du grand Frédéric : eh bien, s'il advenait qu'un jour la Comtesse et moi nous nous séparassions, j'avoue que je ne saurais me montrer trop farouche si la Baronne voulait bien me marquer de nouveau quelque intérêt.
l'abbé.
Sur ce point, mon Chevalier, remettez-vous à l'étude du grand Frédéric; vous n'aurez point de longtemps à diminuer le farouche de votre air, qui, d'ailleurs ne messied point à un cornette de Royal-Cravate.
LE CHEVALIER
Et ce, pourquoi?
l'abbé.
Parce que les ballots sont faits.
LE CHEVALIER , haussant les épaules.
Le Comte?... Mais d'ici là!...
l'abbé.
Mieux que le Comte !