‹ Vieux Strasbourg et vielle AlsaceChapitre 3 sur 8 · ENTR AIDE · texte numérisé non relu

ENTR AIDE

— Et les pigeons noirs? Tâchez que la fouine ne les attrape pas !

Le brave Hasselmann rentre en chancelant dans son cabinet d’études. Il a été trahi. Que faire? Prévenir son nouvel ami? Non, il ne le troublera pas dans sa sérénité reconquise, sans quoi il ne resterait pas un instant de plus, et avant peu, sa tête tomberait sur l’échafaud. Mais lui, le receleur, quelle vengeance l’attend!... Il songe à sa femme, à sa Sophie bien-aimée. Pourtant, il ne faiblira pas! Non, pas de lâcheté! Le Seigneur est tout-puissant!

Hasselmann continue à se livrer à ses!

occupations habituelles. Sa femme, cependant, remarque son air absorbé et distrait, ses absences d’esprit, ses silences proion- 11 gés. Mais elle n’ose l’interroger cependant.

On est au 3 juillet 1794. Les rayons du soleil matinal glissent sur les blés dorés, la

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campagne épanouie rit et chante sous l’azur, et mille êtres ailés fêtent à l’envi l’approche de la moisson.

Le pasteur vient de lire avec sa famille le psaume XLVIe et admire combien la parole de Dieu s’adapte à toutes les situations de notre vie, quand un bruit insolite retentit dans la cour du presbytère.

Ilasselmann pâlit et se lève, suppliant sa femme, qui se jette au-devant de lui comme i pour le garantir, d’être forte et de ne pas le retenir.

— Les misérables sont là; il ne faut pas que je le laisse tomber entre leurs mains!

Et s’arrachant à l’étreinte qui l’enlace, il court à la grange, déjà envahie par la bande . furieuse servant d’escorte aux agents révo- I lutionnaires.

— Ah! ah! nous te tenons enfin, oiseau . noir! dit l’un.

— Jette-le à terre, crie un autre, afin qu’il , se casse le cou.

! — Oh! que non, fait un troisième, nous

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nous sommes engagés à le livrer sain et sauf à Wissembourg.

— Tu es aussi un aristocrate, toi! vocifèreun quatrième, en prenantHasselmann au collet. Tu as voulu le soustraire à la justice!

— Oui, c’est moi qui l’ai recueilli! s’écrie le pasteur indigné. C’est à moi que vous devez de l’avoir cherché si longtemps, comme on traque un gibier dangereux. Arrêtez-moi donc! Si c’est un crime de sauver la vie à son semblable, je déclare que j’ai commis ce crime, et serai fier de l’expier!

Pendant ce temps les autres font descendre l’échelle au prêtre, qui a les mains liées sur le dos et qui s’écrie en gémissant :

— Qu’ai-je fait? qu’ai-je fait? J’ai causé la perte de toute une famille! Mon Dieu, mon Dieu, que ne me suis-je livré à eux tout de suite!... Si vous avez encore une goutte de sang humain dans les veines, vous me prendrez et vous épargnerez cet innocent. Pour moi, je suis prêt à mourir, mais laissez-lui la liberté !

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— Par ma foi, crie le commissaire, tu me fais pitié, citoyen Hasselmann. Tu as voulu sauver l’autre... je te respecte... mais voilà, il y a la consigne.. - l’exemple... Que veuxtu? — Holà, vous autres, n’y allez pas si rudement! — Non, je ne puis rien faire... dommage, dommage! Il faut marcher, c’est comme ça. Allons, en route!

Les prisonniers sont conduits à Wissembourg, où l’accusateur public les interroge pour la forme seulement, en présence de quelques citoyens. Cet interrogatoire terminé, ils sont transférés à la prévôté, où ils n’auront plus qu’à attendre une exécution sommaire.

Dans le cachot où on les jette, ils aperçoivent, à la faible lueur pénétrant à travers les barreaux, d’autres malheureux,

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