VIGILE SUR LA. VOIE DOULOUREUSE
Ce dernier résultat, malgré l'importance que les Origénistes pouvaient y attacher, ne justifiait peut-être pas un tel déploiement de forces. Il n'était pas d'ailleurs bien assuré. Pelage n'était pas seul de son avis en Occident, ni même à Constantinople. L'éloquent Facundus, mis en demeure de s'exécuter, protesta et offrit de défendre par écrit la cause des trois chapitres. Son grand ouvrage, malheureusement, n'était pas terminé : et, comme il n'avait que sept jours devant lui pour rédiger son apologie, au lieu d'y mettre la dernière main, il prit le parti d'en faire un extrait, qu'il offrit k l'empereur, inutilement, comme on le pense bien, car Justinien était un trop grand théologien pour condescendre à écouter les raisons de ses adversaires. La sentence portée, Facundus et quelques amis s'excommunièrent euxmêmes et s'abstinrent de tout rapport avec le pape et le patriarche. Peu après, l'évêque d'Hermiane publia son grand traité, achevé avec plus de loisir. Mais cette opposition excita les colères de la cour ; Facundus, pour échapper à un traitement désagréable, fut réduit à se cacher.
On avait eu facilement raison de l'opposition de quelques personnes à Constantinople, mais qu'allait- on dire en Occident ?
Avant tout il fallait prévenir Pelage et lui bien expliquer les choses. C'est ce dont on s'occupa d'abord, dans l'entourage du
pape. Aussi, le Judicatum était à peine promulgué à Constantinople qu'il lui en parvint deux exemplaires ^ L'histoire ne rapporte pas ce qu'il en dit : depuis ce moment jusqu'en 551, nous perdons complètement sa trace. Mais on peut conjecturer ce qu'il en pensa, et il n'est pas défendu de soupçonner que sa main n'ait un peu concouru à assembler l'orage qui se forma aussitôt autour de Vigile.
L'Italie, en proie aux horreurs de la guerre, privée par la mort, l'exil ou l'absence de la plupart de ses évêques, ne paraît avoir opposé qu'une résistance passive. En Gaule, le bruit se répandit que le pape avait abandonné saint Léon et le concile de Ghalcédoine. Aurélien, évêque d'Arles, que l'on consultait de toutes parts, comme étant le vicaire du saint siège, se montra très inquiet et prit le parti d'envoyer à Gonstantinople pour savoir au juste ce qu'il en était. En Dalmatie et dans l'Illyricum, on s'émut beaucoup plus vivement. Benenatus, évêque delà nouvelle ville de Justiniana prima et vicaire du pape en ces régions, ayant réuni en synode les prélats de son obédience pour les faire adhérer au Judicatuvi^ fut lui-même excommunié par eux. Quant aux évêques d'Afrique, ils se réunirent en concile général, protestèrent contre la condamnation des trois chapitres et séparèrent Vigile de leur communion, jusqu'à résispiscence. Avant même que cette sentence n'eût été rendue, des moines fanatiques se transportèrent à Gonstantinople pour faire esclandre en faveur de la foi soi-disant menacée. L'opposition se manifesta jusqu'à Alexandrie, où le patriarche Zoïle refusa d'accepter le Judicatum et retira. la signature qu'il avait d'abord donnée. Le patriarche de Jérusalem en fit autant.
Môme dans l'entourage immédiat du pape, des défections se produisaient. Ses diacres Sébastien et Rusticus, celui-ci son propre neveu, et tout un groupe de sous-diacres, notaires et défenseurs, déclaraient maintenant que le Judicatum était contraire à la tradition et à l'honneur de l'église romaine, regrettaient les éloges par lesquels ils l'avaient accueilli, semaient partout des interprétations exagérées et pernicieuses. Réprimandés plusieurs fois, ils poursuivaient leurs intrigues. Enfin, à la fête de Noël 549, après avoir eux-mêmes engagé le papeàolfî-
' Ep- Yigilii ad Rusticum et Sebastianum (Migne, P. L., t. LXIX, p, 45).