I. li
triche, et écrivait au Roi dans ce sens ' . Monasterol, qui le connaissait bien, craignait une évolution nouvelle et con- Gait à Malknecht ses inquiétudes '. Le public lui-même était en éveil : le bruit courait en Suisse que des négocialions secrètes étaient engagées entre TElecteur et l'Empire. Toutes ces suppositions étaient fondées, mais la preuve matérielle de la déloyauté de Max-Emmanuel manqua toujours aux contemporains; nous Tavons retrouvée depuis dans la poussière des archives : pour la justification de lïllars et pour Phonneur de la vérité historique, nous croyons devoir la publier.
On se rappelle l'impression produite sur l'esprit mobile de l'Electeur par la prise de Landau, l'émotion montrée à Ricous, Tordre envoyé à Arco de suspendre sa marche sur Huningue. Son imagination troublée voyait déjà les Français retenus en Alsace, le secours promis impossible, la Bavière envahie et ruinée. Ses ioquiéludes augmentèrent encore lorsqu'il apprit que la diète de Ratisbonne avait, à l'unanimité des trois collèges, pris contre lui des conclusions tendant à ce que Liai, Memmingcn et les territoires d'Empire qu'il avait occupés lui fussent repris par la force. Il ne manquait à cet acie, pour être exécutoire, que la ratification de rEuipcreur. La peur le prit, et il résolut de tenler un rapprochement. Il envoya secrètemeut à Ratisbonne son secrétaire particulier, Rcichardt, avec la mission
» Ricous au Rot, 29 septembre cl 7 octobre. A. E. t On s*ima<{iQC encore en étot de paroistrc innocent à la conr de Vienne et à la Diette, parce qn*on n*a rien entrepris, v
^ Voy. 8;)écialement les lettres des 2) et 31 octobre reproduites à l'Appendice, n"» 20 et 25.
iii.i.ARS r:T [,>;i,KCTKL'n de bavu:re. 179 (le s'aboucher avi-c \c cnnlinul Lainberg, piiiicipat comttuKsaîrt! de l'Empereur a la dîéle, et de le prier d'èlre rinlenncdiaire d'une réconciliation '. Lamberg accepta ce mlr, et une coiTespondance s'établit entre lui, rKlecleur et l'Empereur; elle dura cinq semaines, du 30 septembre au 9 novembre ^. Encouiagé par l'accueil fait à ses ouvertures, Max-Km manuel proposa, le 8 octobre, — qu'on remarque la dalL', — de s'engajjer par traité à envoyer vingt mille bommes en Italie renforcer le prince Eugène et a coinniEUcer lui-même les boslilili^s contre la Erance en Allemagne. Les conditions qu'il mettait à cette coopération D'êtaicut pas iniliquces, il se rt^servail de les faire connaître lorsque rEnq)ereur aurait accepté le principe de l'arrangement : en attendant, « il promettait de ne l'aire aucun mouvcuienl et de ne pas cliereber à opérer sa conjonction avec V'illars n ; il dcmantlait en même temps que le prince de llade fût invité à ne faire eoiilre lui aucun acte boslile el uà empêcher la conjonction que Villars essayait avec lui, jusqu'il ce qu'il ait eu le temps de recevoir eomummc^ilion de» dernières résolutions de l'Empereur " .
Léopold accueillit avec réserve ces propositions, qui
iQvaienl n'être qu'un » amusement » destiné a arrêter le
mouvement de ses armées; il fît répondre qu'il attendait
pour se décider que Alax-Emmanuel fit connaître ses con-
filttions el donnât une preuve de sa sincérité en évacuant
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Ulm, Memmingen et les territoires qu'il occupait indûment dans le cercle de Souabe.
Max-Emmanuel, remis de sa première émotion, rassuré par les succès de Villars, posa ses conditions : Tinvestiture du Milanais pour lui et sa descendance masculine, 300,000 thalers hypothéqués sur les marquisats de Neuburg et de Burgau, 100,000 thalers par mois garantis par l'Angleterre et la Hollande, enfin le commandement d'une armée soit en Italie, soit en Allemagne. En transmettant ces demandes à l'Empereur, Lamberg ajoute, dans le langage bigarré du temps, qu'il était nécessaire de faire savoir que Elecior quovis modo ein commando seiner und E. K. Majesiœt vœlcker en chefzufùhren desiderirl.
Léopold fut très-irrilé par ces prétentions impérieuses; il les déclara inacceptables et essaya, dans un langage digne et sévère, de ramener l'Electeur à l'observation de ses devoirs envers l'Empire. Max-Emmanuel maintint ses exigences avec d'autant plus d'insistance que la victoire de Friediingen lui donnait plus de sécurité; il répondit le 26 oclobre, d'Ehingen, — qu'on remarque encore la date, — qu'il suspendait sa marche vers le Rhin et ne s'éloignerait pas de la région oii il se trouvait tant qu'il croirait encore pouvoir recevoir de l'Empereur la réponse qu'il persistait à espérer favorable. En remettant ce message à Lamberg, l'envoyé bavarois, baron de Zinth, énuméra de nouveau les conditions posées par son maître et ajouta que a sa jonction avec Villars ne dépendait que de sa volonté, que personne ne pouvait l'empccher » , qu'il ne l'avait point faite pour donner une preuve de sa sincérité, et la
suspendrait encore pour donner à l'Empereur le temps d'envoyer sa réponse.
La réponse de l'Empereur fut aussi nette que digne ; il se refusait à continuer ces négociations secrètes et s'en remettait à ses armées du soin de punir, avec l'aide de Dieu, tant de noirceur et d'inûdélité.
Ainsi le 8 octobre, le jour înéme oii l'Électeur proposait à Villars, par l'intermédiaire de Ricous, de faire la jonction à Sothenhausen, il offrait à l'Empereur de tourner ses armes contre la France; ou sa proposition n'était pas sérieuse, ou elle couvrait un indigne guet-apens ; ainsi, le 26 octobre, c'est-à-dire le lendemain du jour où il affirmait à Villars n'avoir pu effectuer la jonction et offrait de nouveau de la faire à Rothenhausen, il reconnaissait que la jonction ne dépendait que de lui et se faisait, auprès de l'Empereur, un mérite de l'avoir ajournée. Nous n'insistons pas, laissant aux fails eux-mêmes à donner la mesure des caractères.
Ce fut le 2 novembre que l'Empereur repoussa définitivement les avances de Max-Emmanuel, et signifia à Lamberg de cesser toute correspondance avec lui. Le cardinal par une dernière lettre du 6 novembre transmit à l'Electeur les décisions impériales. Econduit, Max-Emmanuel se hâta de se retourner : dès le 8, nous le voyons changer de langage avec Villars ; il lui écrit alors une longue dépêche ' oîi il cherche à se justifier de ses délais et à rejeter sur d'autres la responsabilité de la jonction manquée; il repousse avec une feinte indignation et une sincérité
* Pblkt, Mémoires militaires sur la guerre de la succession d'Espagne^ t. Il, p. 86^
affectée les accusations qui ont été colportées contre lui. Après les révélations que nous venons de produire, on ne lira pas sans surprise et sans tristesse des phrases comme celles-ci : a II n'est point temps de dissimuler; je parle à un ami que j'estime et en qui je me confie ; c'est pourquoi je vous dirai avec une entière sincérité que je ne suis point étonné que vous soyez fâché contre tout ce qui a empêché la jonction, je le suis bien davantage que vous; mais je ne saurais vous passer à mon égard la méfiance que je remarque par votre lettre... attaquer ma bonne foi et par conséquent ma gloire ! Je vous avoue que j'en suis touché au vif... L'on me soupçonne! Je ne vois rien de plus outrageant que cela, n Suit alors une longue apologie de sa conduite, sans intérêt pour nous qui connaissons la vérité» et enfin un appel chaleureux à la coopération de Villars. Cette fois Max-Emmanuel était sincère ; exposé à l'attaque des troupes impériales, menacé de plusieurs côlos, il avait grand besoin du secours de la France et grande hâte de le recevoir. Il demande donc que la jonction se fasse à l'illingen, il envoie lout un plan pour Texéculion de cette opération. Si Villars ne peut venir avec toute son armée, qu'il détache au moins dL\ mille hommes, qui. joints aux troupes électorales, sufBront à couvrir la Bavière pendant Thivcr en attendant les opérations du printemps.
11 était trop tard; quand Villars reçut ce message, le 19 novembre, il était à Saverne avec toutes ses forces cantonnées autour de Strasbourg, dans des positions bien choisies. La saison était trop avancée pour tenter une opération en Allemagne; il avait neigé dans les montagnes
RMia-AlfS Kl LKLEOTEIU l)K nAVIKRB. 183
.,v.>J8, les chemins î'taieiil impraticables. Villars d'ailleurs, avec juste ruison, n'avait aucune confiani^e lians la siuct^ritt* de l'Électeur, e( trouvait très-imprudent de risquer iiae marche aussi aventureuse sur des assurances nnssi suspectes. [I insista ' pour que IV^ipédition lui ajournée tt la rainpa.gne suivante. Le Kni, bien qu'abandonnant à regret le projet de jonction immcdrale, dut se rendre aux raisons du maréchal', t illars, autorisé à rester sur la rive •gauche du Khiu, employa les deu\ derniers mois de l'année a opérer dans la basse Alsace et eur la Sarre, et à interdire de ce côté à l'ennemi l'approche des frontières. L'Electeur, irrité et inquiet, mécontent de lui et des aulrps, se plaignit Irés-iivement d'une inaction qu'il considérait comme un abandon. [I falijua Ricous, Monasterol, Villars, de ses récriminations, de su feinte indignation, du récit des dan;]ers auxquels il était exposé. Il alla jusqu'à menacer de négocier avec la diète sa neutralité, l'illars el Ricous le laissaient dire, mais Louis .\IV , qui connaissait
■ Villars dicta, en répoiiie k la Icllrc de Un t .Emma du d du 8, une looguc teltru qui rcfiilait en lermci Irci-iid Ici ar<(umcnls de l'Klcctrnr cl dccla- Mil la taiioD trop avancée pour nar campajine. Avnnl de l'ciipi^ier pourtant, il l'aHresia au Roi le 9il nuti'mbre en lui diunl ; t Je oc croît pas devoir l'envoyer que Votre llajealë nn l'ordonne, puiiqiie je ne t^iit s'il eamirni de conraincre U. l'Éleclcur de mk faulei. • 0. U. 1583. \» IHO, ISI. Noua n'aioni pas la répoiiie du Uni, iiiaii il est l'uidclll i|Ue la Ictlre ne tul pa) ctjiMiAe, car elle ne H-jurn ni dini le rrcuptl » romplcl de la lllbl<olhii|nc naliûiialc, ni dans le registre (le copies faîlei poar le mnrt'rlial cl Miu B propre direction.
■ t La rëpODiR que vous uvei raîlc (Il rKIccleur)... devrait le déler- BÙBcr, l'il poutoil se réioudrc h i|uîlti!r son pt<jt : je souliaile qu'il n'y ait qae la prur de se voir cipoij à s» ennrnii* qui l'y retienne, mais veut ne poorrira taîre davautagc. en Testât où 10111 lei ehoici... Vous «vci pris lc« IMMIpiir* partis que todi pouviri prendre, et je no d:iule pai que roui n'a Mirt de même dans la suite. • Le Roi à VUlart. 5 novembre 1702.
moins bien le personnage, était ému de son insistance; 6dèle au système de patience et de concessions quMl avait toujours suivi à son égard, ii chercha à le calmer par de nouvelles assurances, et à le retenir par de nouvelles promesses. Il fit venir Monasterol et lui confia que son intention était de tenter une campagne d'hiver et de faire donner par TEspagne à Max-Emmanuel les Pays-Bas, sauf le Luxembourg, en faisant de ce nouvel Elat soit un cercle de l'Empire, soit un apanage de la maison de Bavière. Monasterol fut incité a aller exposer verbalement à son souverain les projets du Roi et les avantages dont il comptait récompenser sa fidélité. Il partit immédiatement. Il s'arrêta le 19 novembre à Saveme, où se trouvait alors Villars, et essaya de le décidera une marche en avant; ii fut assez mal reçu. Villars ne voulait pas compromettre son armée dans un pareil pays, dans une pareille saison, avec un pareil allié; il avait parfaitement raison; mais la forme qu'il donna à ses arguments blessa Monasterol, et de ce jour commença le dissentiment qui devait plus tard dégénérer en conflit aigu.
L'envoyé bavarois écrivit le jour même à Torcy une lettre ' perlide dans laquelle il accusa l'illars de ne pas
* \uus iluiiiions celte leltre à rAppenilice. n° 32. Un mois plus tard, Monasterol, écrivant & Torcy de Winterthûr, revient sur le même sujet : t L'èIoit{nenient que m'a lait remarquer il. de Villars pour le passage des monta<]nes pendant cet hiver ne m'a point plu, je vous l'avoue... je n'ai jamais troiiié qu'un froid rcltulanl, chaque fois que j'ai entamé cette matière à Saicrne. • -K. E. Villars, de son côlé, écrivait à Chamillard h 20nov. : & Il vaut mieux se ruiner en promesses qu'en lettres de change... J'ai rempli \1. de Muna>terol des plus belles espérances. ^ Il conseillait plaisamment au Roi de mander à TEIectcur que l'armée menait avec elle
VILLARS ET L'i:LKCTf: IH BE IIAVIKRE.
Tcraloi
ionnels
iloir passer le Ktiin pour des moins persoiii insinua que le iiouveau maréchal, n'ayant plus rien à gagner, ne se soucinil pas de risquer une oporalion périlleuse pour aller commander en second.
Toul en donniinl à lu sage réserve de Villars cette malvcitlnnlc signiGcalion, il no pouvait se dissimuler les fautes de l'Hlecteur, ni les soupçons que lui inspirai! sn conduite : il écrivait le même jour à Malltnecht : « Je ne suis pas en mon particulier content de ce i|ue je vois du coté de Su» AllcsseÉlectorale...je désire seulement de pouvoir passer, peut-être les choses iraienl-elles moins mal; j'ai écrit à Son Allesse Éleclornle pour avoir une escorte du côté de Schatlliouse, j'altends une réponse avec toute l'impatience que vous pouvez imaginer '. n
Au lieu d'attendre k Saverne une réponse qu'il n'était pas sur de recevoir, Monasterol eût mieux fait de se rendre immcdialemcnt à Sohaffliouse; lorsqu'il y arriva, l'escorte envoyée de Bavière n'y était plus : l'olllcier qui la commajidait avait vainement attendu toute une journée, risquant de Rc faire enlever par les hussards autricliiens, et était parti. Monasterol passa un mois à errer sur la frontière de Suisse, allant de Schalfliouse îi Saint-tiallen , sans trouver le moyen de passer.
Bi» Fojlure rhMat^r de cin<[ à >ii millionii pn etpècet, ol le* lui ri.'inclir«il ctt le jnignaul. Mimairtt dt l'ïliart, 1. il, p. 2<>9, STI.
■ a U. le caïute de Mnoukrol n'apu Tait difficulld de me dire qu'il crnit l'éleeleur Irahi pir U lecrélaire dniil il iVil seri'i, (|u> e«l un nommii hriclurl, lequel ■ été dimni^ pir le eumle de Kaunili. Mondil liciir ite Uonuleral soupçonne auiii le lieur l'rilmajcr; en un mal, il vail i[u'il y i quelque l'Iiow qui v» de travers, i (l'illart au Roi, Saverne, 15 novembr< 1703. 1'. V.J
L'Electeur élait dévoré d'impatience et lui écrivait lettre sur lettre : il lui tardait de savoir quel était ce mystérieux message du Roi. Etait-ce un nouveau plan de campagne? A ses yeux, il n'y en avait que deux possibles : la jonction m pouvait se faire que par le Tyrol ou par les montagnes Noires. Le premier système avait ses préférences; pour l'exécuter, il s'exposerait volontiers à ce que l'ennemi fit, pendant son absence, une excursion en Bavière. Si pourtant le Roi choisissait le second, il était prêt a Pexécuter; que Villars passe le Rhin et s'avance jusqu'à la plaine, a lorsqu'il verra son armée à portée, il promet d'attaquer sans balancer et de marcher droit pour joindre » . Mais il déclare en même temps que si l'on n'exécute pas l'un de ces deux projets, il se trouvera dans un tel péril que, » se voyant sur le point d'être accablé, sans aucun secours du côté de la France, il tachera d'obtenir au moins sa neutralité ' ;> . En même temps il proteste de sa sincérité : « Ne pensez pas qu'il y ait la moindre intelligence ou négociation entre TEmpercurotmoi, bien au contraire. » Sa sincérité était bien forcée, l'Empereur ne voulait plus rien entendre de lui, poursuivait activement à Ratisbonne sa mise au ban de l'Empire, et pressait l'organisation des armées qui devaient attaquer la Bavière de trois côtés. Max-Emmanuel n'avait plus de ressources que dans une franche et décisive
^ Max- Emmanuel à Monasterol, 28 dccombrn 1702. Dans un postcriplum il accuse réception de la lettre par laquelle Villarâ annonce qu'il a pris ses quartiers d'hiver, et ojoute : « Si ce sont W les mesures qu'on prend et le projet que le maréchal médite dont vous m'avez parlé , je n'ai plus qu*4 songer à redemander ma neutralité ou me pendre. Encore une fois, il faut qu'on s'y prenne autrement si l'on veut qu'il soit en mon pouvoir de continuer la j(ucrre. i A. T.
action avec la France. Monasterol comprenait la situation de même; il jugea que sa présence était plus utile h Paris qu^en Bavière, il écrivit donc, en chiflres, à Max-Emmanuel un résumé des oflres bienveillantes du Roi, y joignit un chaleureux appel à la loyauté et repartit pour Paris porter au Roi les bonnes assurances qu'il avait reçues de son maître. Louis XIV, pendant ce temps, n'était pas resté inactif ; bien que ses troupes fussent dans leurs quartiers d'hiver, il prenait toutes les mesures pour que la campagne put se rouvrir le plus tôt possible. Villars aurait bien voulu feveDir à Paris; un fils lui était ne le 4 décembre, il avait hàle de le voir et de retrouver sa jeune femme; mais les Ordres du Roi étaient formels, il dut rester à Metz pour presser l'organisation de son corps d'armée et préparer sa marche en avant : a Oubliez moQsieur votre fils pour UQ mois ou six semaines, lui écrivit Chamillard; il faut espérer qu'il se trouvera quelque intervalle dans lequel vous pourrez venir faire un tour à Versailles, w — « Je souhaite passionnément d'être au moins deux heures à Versailles, répondit Villars... mais ce que je dois au Roi ^^ ce que je me dois à moi-même sont des sentiments si ^''s, que les autres ne font pas la moindre diversion. » 'J s'échappa pourtant le 28 décembre et vint passer qQj'ose jours à la cour. 11 y fut reçu avec beaucoup de dis- ^metîoDj et, pour la première fois, ne se plaignit pas de 'âcc^ueil qu'il y trouva. H y aurait volontiers prolongé son '^J^Vir, au milieu des joies de la famille et des attentions du P^t^lic; mais le Roi était impatient, il fallut se remettre en ^^^*«le 13 janvier 1703. Avant de quitter Paris, Villars
voulul que l'Électeur fût informé du sacrifice qu'il faisait à ses intérêts, et de l'importance du secours qu'il se préparait à lui apporter; il écrivit à Monaslerol :
Vous verrez, Monsieur, par mon prompt retour sur la frontière, que le peu de jours que j'en ai été éloigne ne pouvoit être d'aucun préjudice aux intérêts de M. TÉlecteur. Je retourne à Strasbourg avec toute la diligence possible, plus d'ardeur que jamais de ne rien oublier de tout ce qui sera humainement possible pour son service. J'en ai des ordres du Roi si positifs, que vous pouvez compter. Monsieur, que si vous êtes avec nous, vous jugerez vous-même qu'il ne tiendra pas à nous que M. l'Électeur ne soit en état de régenter dans l'Empire. Le Roi, qui a cela à cœur plus qu'aucun autre point, me donne des forces si considérables que, pour peu que Son Altesse Électorale veuille l'aider, nous embarrasserons assurément nos ennemis. Comme vous avez des chiffres avec elle, ayez la bonté de lui faire savoir ce que je vous mande, et faites-moi l'honneur de me donner de vos nouvelles à Strasbourg, où je serai dans le même temps que vous recevrez celte leltre.
Quelques jours après, Monaslernl arrivait à Paris, apportant les assurances formelles de la sincérité de TElecteur et de sa volonté d'agir avec énergie. De part et d'autre, on se prépara avec une activité fébrile à la reprise vigoureuse des opérations combinées.
VILLARS ET l'ÉLECTEUR DE BAVIERE.
ViiUrs à Strasbourg. — La maréchale l*y rejoint. — Pa&sage du Rhin. — Siège et prise de Kebl. — Villars rentre à Strasbourg. — Mécontentement de Louis XIV. — Intrigues de Monasterol. — Villars repasse le Rhin. — Renonce à attaquer les lignes de Biibl. — Franchit les montagnes Noires. — Combat de' Hornbcrg. — Jonction avec TKIectcur. —
— Projet de marche sur Vienne. — Villars renonce à faire venir la maréchale. — L'Électeur change les projets convenus. — Son expédition en Tyrol. — Vendôme a ordre de le rejoindre par la vallée de J'Adige.
— Sa lenteur fait manquer \a jonction. — Soulèvement des Tyroliens. Max-Emmanuel obligé de se replier. — Villars se retranche à Dillingen.
— Ne peut obtenir du Roi que Tallard rétablisse ses communications avec la France. — Le prince de Bade essaye de franchir le Danube. — Son avant-'jarde battue au combat de Munderkin;{en (31 juillet). — Nouvelle tentative le 24 août couronnée de succès. — Le prince de Rade échappe à du Bourg et s'empare d'.Augsbourg. — Mécontentement de Villars. — Ses dissentiments avec l'Electeur. — Il demande un congé.
— Victoire d'Hochstsdt (20 septembre). — Nouveaux démêlés avec rÉIecteur. — Accusations réciproques. — Le Roi relève Villars de soii commandement et le remplace par le maréchal de Marsin.
La campagne de 1703 est de loutes celles qui mircnlea rapport Max-Emmanuel et Villars la plus fertile en événements considérables et en incidents intéressants; elle est marqaée par de brillantes opérations et de grosses fautes, par de grands combats et de petites querelles, par le choc des armées et le conQit des caractères. Elle vit éclater, entre le prince et le maréchal, une mésintelligence qui compromit leurs succès militaires et mit &n à leurs relations amicales. Avant d'en aborder le récit, il convient de rappeler brièvement la situation des armées en présence.
190 CHAPITKE IV.
Itix-Fmrn.inuel atait S4>u5 le» armes une Irenlaine de miQe homme»^ aiec lesquels il occopait la rive droite du DiEmabe, entre TUIer et Tlnn, et ^rdait ces deux rivières jusqu'aux monfeigoes du Tjrol. Ses positions formaient ainsi on vaste quadrilatère^ dont Munich occupait le centre, et qui êiait couvert par de larges cours d*eau et de bonnes pLi .-es ; elles avaient le défaut d'être trop étendues pour Teffectif dont il pouvait dbposer. L*Empire se préparait à l'attaquer de trois cotés. Le général Schlick, le même qui avait échoué dans ses secrètes négociations avec lui, concentrait une quinzaine de mille honmies en face de 1 Ion. Le général Gronsfeld rassemblait du côte de \ordliii^en les troupes du cercL* de Franconie et huit mille Saxons, pour se porter sur le Danul)e. Enfin le comte Styram njuuissait en Souat>e quelques troupes et milices.
Sur lo Rhiu. le priuoe de Bade occupait fortement une ligne qui, [Kirtaat Je Wisseinbour.j sur la rive gauche, suivait lo eour^ Jo la Lauter jusqu*au fleuve, reprenait à SloUbolVu sur Li rive droile et gagnait le pied des niontaijnos à Biihl. Le reste Je ses torées était disséminé dans la lV>rét Noire et dans les places, LanJau, Brisaeh, Fribourg et les \illes lorestières. Ra;)pelous eatin qui?, en Flandre, M;irlborou:;h avait :;a;jut\ sur l illeroi et Boufllers, la ligne Je la Meuse et se préparait à assiéger Bonn; qu'en Italie, le priuce Ku:;èue u\ivait pu passer la ligne du Vlincio devant le duc Je l en Jôuie, soliJeaient établi Jans le Mantouan et le Milanais.
l illars avait pour mission Je tormer à Strasbourg un corps Je -4<.) bat;ullous 't 50 escaJrons, et de le mener au
secours de l'électeur de Bavière. Tallard devait appuyer son mouvement et garder le Rhin avec un second corps de liiôme force, dont le commandement supérieur était destiné au duc de Bourgogne.
La tâche de Villars était difficile, l'opération qui lui était confiée était une des plus dangereuses qui se puissent tenter à Ifi guerre, et les moyens d'exécution étaient, pour le raoment, très-incomplets : passer un fleuve devant r^Einemi, traverser en hiver des montagnes hérissées de dé Penses naturelles et militaires, s'avancer entre trois arnsées à la rencontre d'un allié hésitant et douteux , tel éisnt l'objectif; pour le poursuivre sans témérité, il fallait disposer d'un corps nombreux et homogène, pourvu de Sr^nds moyens de transport. Or, suivant les usages du ^cixips, les troupes dispersées dans leurs cantonnements d'hiver n'avaient, à cette époque de l'année, ni leurs effec- ''^s ni leurs cadres; les recrues n'étaient pas arrivées, les ofiîciers étaient àla cour ou dans leurs familles, les chevaux ^«i^nquaient, les habillements et les armes faisaient défaut, l^^^ntreprise n'était pjDurtant pas au-dessus des forces de Villars, pourvu qu'on lui laissât le choix des moyens et le lenaps de les préparer. Formé à l'école de Condé et de ' furenne, il avait conservé leurs traditions, à une époque ^^ elles tendaient à se perdre pour faire place aux habitudes lentes et inactives de la guerre de sièges et du piétiï^^inent sur place. Il avait l'instinct de la stratégie, c'est-àdire cette intuition particulière qui embrasse l'ensemble d^une situation militaire, discerne le point où doit être ^ppé le coup décisif, l'atteint par des concentrations
rapides et inallendues, par des manœuvres qui surprennent, trompent et déconcertent l'adversaire; il savait attendre pour frapper, puis, tous ses moyens en main, il marchait au but, avec une rare énergie, avec une confiance communicative qui n'avait qu'un tort, celui de se traduire par un langage trop imprégné de hâblerie méridionale. Celle humeur gaillarde et vanlarde plaisait d'ailleurs au soldat, qui croyait à l'étoile de son chef et le savait heureux. Villars se l'attachait en outre par des mérites plus solides : il prenait soin de lui, veillait à son bien-être ; impitoyable pour la maraude, qui ruine la discipline et tarit la source des approvisionnements réguliers, il excellait dans l'art de faire vivre son monde et de bien vivre luimême aux dépens de l'ennemi ; il dépassait même beaucoup la mesure en ce qui le concernait; mais le soldat, qui voyait les magasins toujours bien approvisionnés et la caisse toujours bien remplie, lui pardonnait aisément de prélever un peu durement sur l'ennemi la part que des usages heureusement disparus attribuaient au chefdans les contributions de guerre.
Dès le 1 5 janvier, Villars se mit à Tœuvre, pressant l'organisation des troupes, rappelant les officiers en congé, discutant par correspondance avec le Roi et Chamillard les plans de la future campagne. La maréchale était venue le rejoindre à Strasbourg, assez mécontente, paraît-il, d'être obligée de faire un aussi long voyage, en plein hiver. Madame de Grignan la raille de sa mauvaise humeur : « La voilà bien malade d'être la reine de tant de guerriers; elle représentera Armide et les enchantera tous. » La spi-
rituelle marquise comptait sans la jalousie de Villars, qui se serait mal accommodé de ce rôle d'enchanteresse de garnison. Il avait prié une de ses sœurs, madame de Vogiié, de venir avec sa femme ; elle lui tenait compagnie pendant les fréquentes absences du chef d'armée, et, s'il faut en croire Saint-Simon, rassurait, par sa présence, la passion inquiète du mari.
Saint-Simon va plus loin ; dans la haine aveugle qu'il portait à Villars, il l'accuse d'avoir oublié, aux pieds de sa femme, ses devoirs de général, d'avoir différé ses opérations pour ne pas la quitter, de les avoir interrompues pour la revoir. La correspondance de Villars proteste contre ces insinuations malveillantes et suffit pour les réfuter; elle nous permet de suivre, presque jour par jour, les efforts intelligents de Villars, de prendre sur le fait sa grande activité de corps et d'esprit, de constater que la présence de sa femme à Strasbourg n'a rien enlevé à la hardiesse de ses décisions, ni à la promptitude de ses mouvements; elle fait en6n justice de cette fable absurde, recueillie ou inventée par Saint-Simon, d'après laquelle le dépit d'avoir été empêché de mener sa femme en Bavière aurait été le mobile de toute sa conduite ultérieure. Nous aurons l'occasion de le démontrer bientôt, sans rien dissimuler des fautes ou des ridicules de Villars, mais en lui rendant la justice qui lui est due.
La première opération qu'il conseilla fut la prise de Kehl. 11 lui fallait, pour gagner les montagnes Noires, un meilleur passage que celui d'Huningue, et Strasbourg comme base d'opérations. Le Roi autorisa ce siège, non
sans insister pour qu'il ne fit pas perdre de vue la jonction, a son principal objet )> . 11 ne comprenait pas que cette jonction était impossible sans une série d'opérations préliminaires indispensables. Habitué à ne pas être discuté^ et peu au courant des détails, il s'étonnait de ne pas être obéi sur l'heure. 11 était d'ailleurs pressé par Monasterol, qui, inquiet de l'Electeur, craignant une nouvelle évolution de sa part, voulant brusquer les choses pour engager son maître, le fatiguait, ainsi que Chamillart et Torcy, de ses démarches quotidiennes.
J*ai parlé aujourd'hui à M. de Chamillart fort longtemps, écrivait Monasterol le 5 février à Malknecht; Ton a épluché la matière du jour à fond... L'armée du Roi passera le Rhin et tentera toutes choses; je puis vous dire en conGance que Ton projette de jeter des forces considérables de ce côté-là, sans rien négliger de ce qui se pourra pour ritalie. Si Son Altesse Électorale veut tenir ferme, elle sera Tarbitrc de la guerre et de la paix, mais je vous avoue entre nous que je ne pense point bien de ses inquiétudes ; les manquements de précaution ne me paraissent point naturels. 11 y a depuis six mois un manège que j'expliquerois mal si je voulois démêler le vrai d'avec l'apparence. La jonction n'a véritablement dépendu que de Son Altesse Electorale, et je n'ai pu savoir ce qui l'en a détournée. Quoi qu'il en puisse être, elle est encore à temps déjouer un beau rôle, si elle veut eflectivement ce que je ne saurois m'empêcher de croire qu'elle n'a que bien foiblement voulu jusqu'ici.
L'aveu est précieux à recueillir de la part de ce conGdent bien informé, peu suspect d'indulgence pour Villars. Le jour même où il l'écrivait, Villars recevait de l'Electeur une
lettre du 6 janvier, pleine de récriminations injustes ' ; le maréchal répondit de bonne encre :
La fin de la lettre de Votre Altesse Electorale m'offense cruellement, et j'attendois plus de justice d'un si grand prince qui a toujours connu mon attachement, mon respect et ma vénération pour sa personne... Ce sont les ennemis du Roy et de Votre Altesse Électorale qui voudroient insinuer des pensées indignes d'elle et, j'ose le dire, de moy.
Tout est en marche depuis six jours. Votre Altesse Electorale sait déjà que j'ay retenu toutes les troupes sur la frontière; il a bien fallu en mettre quelques-unes vers la Sarre et les Ëvcschés, et tout ne pouvoit pas tenir en Alsace, province épuisée de fourrages. On a fait des efforts au-dessus de l'imagination pour y voiturer des avoines, enfin nous en avons. Votre Altesse Electorale entendra bientôt parler de nous.
Je passe le Rhin le 11, et j'attaqueray tout ce que je trouveray devant moy; je perceray tant que terre me pourra porter et que pain me pourra suivre. Votre Altesse Electorale en veut-elle davantage, qu'elle fasse le reste. Jusqucs a présent je ne suis informé d'aucun de ses projets pour une jonction. J'occuperay asseurément les ennemis. Pleust à Dieu que ses plus fidèles serviteurs eussent autant d'ardeur que j'en ay pour son service dans cette occasion ! La nécessité de mettre en peu de paroles m'empoche de mettre les expressions de respect convenables.
11 avait fallu de grands efforts pour arriver à mettre Tarmée en mouvement à la date indiquée par Villars ; il avait fallu recourir à des expédients momentanés. Bien des détails manquaient encore : les recrues d'infanterie avaient été armées avec les fonds de magasin de Strasbourg;
* Voycs à l'Appendice, n« 35.
l'artillerie, attelée par des paysans ; aucan colonel ni aucun général en congé n'était revenu. Hais Fesprit était bon, Fardeur du chef animait tout le monde ; les dispositions prises par lui témoignaient de vues justes et hardies. Pour tromper Tennemi sur ses intentions, il avait divisé son armée en trois corps : le premier fiûsait une fausse démonstration vers Haguenau; le second remontait à Huningue, y passait le Rhin et marchait vers Rothenhausen, comme pour y chercher rÉleeteur, mais, après une journée dans cette direction, reprenait, par une contre-marche rapide, le chemin de Neuenburg ; le troisième se concentrait à Ottmarsheim, en face de Neuenburg, prêt à passer le Rhin aussitôt que les tètes de colonne du second apparaît traient, et à se joindre à lui pour marcher sur Kehl. Villars était en personne à Neuenburg le 10 février au soir, selon la parole donnée; il y apprit que rÉlecleur s'était enfin décidé à roffensive et avait emporté, dans un brillant assaut, la ville de Neuenburg sur le Danube. Cette nouvelle le transporta de joie, et, oubliant toute rancune, il écrivit à Max-Emmanuel, avec sa bonhomie fanfaronne, la curieuse lettre que voici :
Monseigneur, vous venez de prendre \eubourg : deux mille hommes tués ou prisonniers. Je Tapprends par une petite lettre du sieur de Montigny que je payerois 10,000 ccus. Je reconnois le vainqueur de Belgrade, celui qui a passé la Save devant des armées formidables. Vous en passerez bien d'autres, et de cette affaire-ci, Monseigneur, il faut que vous partagiez l'Empire, et pour moy que je sois connestablc. Par ma foy, je suis transporte, et Votre Altesse Electorale me retrouvera le même
VILLAllS ET L'ELECTELn DR BAVIIIIIE. 19T
que j'ctnis en lioiijjric cl h Muatch : bonnes batailles, beaux Opéras; bien se baltre, bien kc réjouir, Voicy une lettre trèseilraordinaire, mais j'avoue que je suis transporté du succès de Neubourg. J'ai l'bouncur d'écrire à Voire Allesse Électorale d'un autre Neubourg en passant le Rhin, et je marche avec 50 bataillons et 80 escadrons. Si J'ay des nouvelles de Votre Altesse Klec- (orale, je feray tout ce qu'elle croira cUe-méme possible; eu allendant, je vois chercher les ennemis partout où j'en pourray trouver entre les mon(a,<gncs et le Ethin. Si Votre Altesse Électorale croit que j'ai quelque chose de meilleur â faire, qu'elle me l'ordonoe et qu'elle examine avec les grands talents que Dieu luy
I a donné, asseurémeat je ne refuseray rien de possible.
Kos troupes, que le succès de Votre Altesse Électorale anime,
1 passent le Rhin avec une ardeur qui vous fcroit plaisir.
Coaduite avec cet entrain, l'opéralioa eut un succès complet; le ciel s'était mis de la partie : ii la pluie avait «accédé une petite gelée, éclairée d'un beau soleil; la marche était rapide, les charrois faciles : u C'est un temps à souhail, écrivait le maréchal, les soldats l'appellent le temps de ViUars : il n'est pas mauvais qu'ils me croient heureux ' . » En six jours, l'armée descendit de Neuenburg il Kebl, enlevant, sans s'arrêter, les postes eauemis épars le long du Rlitn et ne rencontrant aucune résistance sérieuse. Les garnisons de Brisach et de Fribourg, les troupes cantonnées dans les pcliles places, isolées les uaes des iftutres, surprises par celle brusque invasion, n'osèrent sortir de leurs nbris; le passage de l'I^llz et celui de la Kinizig furent à peine disputés par Bibra, à la tête de quelques hommes ramassés à la hâte. Kehl investi, deus
I Villan à Chamillart, 83 février 1704. D. lï.
ponts jetés sur le Rhin amenaient de Strasbourg le matériel de siège et six mille travailleurs; la tranchée était ouverte, contre toutes les règles de l'art, à 40 toises de la palissade; les ouvrages extérieurs négligés ou enlevés d'assaut, et les attaques menées avec une telle vigueur, que la place capitulait au bout de douze jours, avant que le prince de Bade eût pu faire un mouvement pour la débloquer, a Vous êtes bien heureux, écrivait Chamillart à Villars, en apprenant la bonne nouvelle, de n'avoir pas eu pour témoin de votre entreprise M. le maréchal de Vauban; il n'aurait jamais consenti à ce que vous méprisiez la redoute et la demilune, comme vous avez fait. »
Vauban, s'il eût assisté a ces opérations précipitées, eût peut-être secrètement souffert de voir traiter aussi cavalièrement des règles qu'il avait créées et des fortiBcations qu'il avait lui-même construites ; mais son sage et patriotique esprit n'eût pu s'empêcher d'admirer ce maréchal de France, d'une audace si rcdcchie, d'une activité si brillante, qui, mêlé à tout, présent partout, égayant les tranchées par ses bons mots', enlevant les colonnes d'assaut par son exemple, aussi peu soucieux de sa vie que de la théorie de l'atlaque des places, portait au plus haut point la valeur de son armée et obtenait d'elle des efforts aussi soutenus et aussi efficaces.
Au moment même où il signait la capitulation du fort, le 11 mars, on apporta à Villars une lettre de l'électeur de Bavière, datée du 25 février, et qui, pour la première fois,
1 Voy. Mémoires de Villars, t. H, p. 63, et les pic'ces annexées ù ce même volume.
renfermait des propositions raisonnables et raisonnées : tt Ce ne sont plus des chimères, écrit-il à Chamillart, et nous avons enfin gagné de lui faire comprendre que, sans des mesures justes et concertées, on ne fait rien de bien. » Max-Emmanuel, acceptant la jonction par Villiugen, proposée par Villars, s'engageait à se trouver à Riedlingen, avec des vivres pour toutes les troupes, le jour où l'armée française serait à Villingen. Si Villars préférait la route de Pfortzheim, il s'engageait à Pattendre, dans les mêmes conditions, sur le plateau d'Esslingen. 11 demandait seulement à être exactement renseigné sur le parti que prendrait le maréchal, et lui fournissait le moyen de correspondance suivant : il envoyait un trompette au prince de Bade, avec une lettre dans laquelle il lui disait qu'attendant d'un oculiste de Paris de Teau pour les yeux de sa fille, il le priait de recevoir et de remettre à son trompette les fioles qui lui seraient adressées par le gouverneur de Strasbourg. Villars était invité à faire parvenir par cette voie des fioles blanches ou bleues, suivant que la jonction aurait lieu en mars ou en avril, et en nombre égal au jour du mois choisi. Si la jonction devait se faire par Pfortzheim, le trompette répondrait que Teau n'était pas arrivée de Paris, et le jour serait ultérieurement indiqué. En postscriptum Max-Emmanuel écrivait : a S'il faut aller jusqu'à Villingen, vous pouvez vous assurer que j'irai jusque-là. » Ce message causa une extrême satisfaction à Villars, qui volontiers aurait marché sur Theure au rendez-vous qui lui était assigne ; mais il pensa avec raison qu'un départ immédiat eût été de la dernière impi*udence; la neige tom-
bail avec violence depuis deux jours, les chemins de montagne étaient impraticables : Tarmée souffrait beaucoup, quelques jours de repos lui étaient indispensables après les fatigues d'une marche et d'un siège ainsi rapidement conduits. Les lacunes de son organisation n'avaient d'ailleurs pas pu être remplies; les expédients qui avaient suffi pour mettre l'armée en état de prendre Kehl ne pouvaient être continués sans danger; il fallait de toute nécessité attendre les fusils, les attelages et les officiers. Enfin l'armée du prince de Bade se renforçait chaque jour; il fallait, avant de s'éloigner, ou la combattre et la disperser, ou attendre que le maréchal de Tallard fut arrivé avec le corps destiné à la tenir en respect. Villars estima que six semaines étaient nécessaires pour que tout fût à point.
Il écrivit donc à l'Electeur le 12 mars, aussitôt après avoir vu défiler la garnison de Kehl, qu'il ne serait que le 7 mai à Villingen, où il le suppliait de se porter le même jour avec un dclachemeut de son armée et des vivres pour l'armée du Roi. 11 remit en même temps au IrompcUc du prince de Bade, arrivé la veille, sept fioles vertes du prétendu collyre. « V. A. E. peut compter, disait-il en finissant, que je lui mènerai une armée excellente... composée d'au moins 40 des meilleurs bataillons et 50 des meilleui-s escadrons du royaume... J'ai une impatience d'être auprès de V. A. E. qu'il n'est pas possible d'exprimer. i>
Villars écrivit au Roi dans le même sens, puis, sans perdre de temps, se remit à son travail de préparation. Après avoir poussé quelques reconnaissances autour de Kehl, détruit les retranchements qui fermaient la vallée de
la Kintzig, rasé les murs d'Ortenberg et de Kenizingen, fortement assuré les deux ponts du Rhin^ il rentra à Strasbourg. Le 18, toutes ses troupes avaient repris leurs cantonnements autour de cette ville.
Ce temps d'arrêt était justifié par une impérieuse nécessité, et aucun homme du métier ne saurait le reprocher à Villars, mais il surprenait TElecteur dans une situation très-critique. Le cercle s'était resserré autour de ses Etats ; le comte Styrum, réuni au général Gronsfeld, avait envahi le haut Palatinat, pendant que Schlick s'approchait de rinnpourle franchir. Max-Emmanuel, abandonné à ses propres forces, eut une inspiration de soldat qui le sauva : il résolut d'attaquer séparément ses deux adversaires avant qu'ils eussent le temps de l'attaquer simultanément. 11 passa l'Inn le 10 mars, près de Seharding, se jeta sur Schlick, le battit deux jours de suite et Tobligea à s'enfermer dans Passau; puis, se retournant vivement vers son second adversaire, il franchit le Danube à Straubing, battit et tua le margrave d'Anspach près d'Amberg, obligea Styrum à repasser la frontière, et revint rapidement prendre de bonnes positions défensives entre le Danube et rinn, non sims avoir, en passant, mis la main sur le pont de Ratisbonne. C'est pendant cette brillante campagne de trois semaines qu'il reçut, par un trompette de Bade, les sept fioles vertes de Villars, accompagnées du petit mot suivant de la main du prince Louis :
Je suis toujours aussi passionné serviteur de Son Altesse Électorale que je Tai été, je la supplie d'en être persuadée. Villars a pris Kehl et retourne dans ses quartiers, sic vos non vobis.
Max-Emmanuel était alors à Straubing, Tainqnearde Sclilicky mais encore menacé par Styrum. Ce message k jeta dans une grande perplexité : il sévit de noareansbadonnc par le Roi, livré aux coups et aux railleries de ses ennemis; avant de passer le Danube, il écrivit à Hllars, pour le supplier de lui envoyer au moins un secoors de dix mille hommes, et à Monasterol, pour se plaindre. D chargea son envoyé de réclamer a des ordres prompte et positifs pour la jonction tant du côté d'Italie que duRhirn; il attendrait leur cflet avant de se commettre du côté de Villingon : il avait déjà assez de peine à défendre ses Etats contre un double envahisseur.
Monastcrol n'avait pas attendu cet appel pour agir: le jour nioni(* où il avait appris le retour du maréchal i Strasbourg, il avait couru à Versailles, avait vu Chaoillart, Tor(*y, le Roi lui-même, les avait poursuivis de ses plaintes vi (\v ses instances. Il avait trouvé le terrain bien préparé : le Roi était Irés-inécontenl d'un mouvement qu'il n'avait ni permis ni prévu ; la lettre par laquelle Villars lui aniionniit son rolour s'était croisée avec une longoe dépéclK» (le lui par laquelle^ sans méconnaître le fàcheuJ. état dos troupes, il ordonnait la marche en avant, trouvant Tinronvénient militaire d'une attaque prématurée moins grave que rineonvénient politique de l'ombrage donné à un allié niéliant et néeessaire. Pour comble de malheur, le rapport par l(*quel l illars lui annoneait une résolution en contradiction lla*{ranle avec ses ordres était accompagné d'une l(*ttre à Chamillart, dans laquelle cet incorrigible solliciteur demandait un brevet de duc pour prix de
VILLARS ET LKLECTR Itl Un BAUÈBE. SOJ U prise de Kehl, Le Roi se mit fnri en colère et poiirls prcriÙL-re Ibis écrivil a Villars en lermes sépères ; il lui reprocha d'avoir abusé de Iii libei-Ic qu'il lui laissait, presque de 8a fonfianre, el renouvela l'ordre formel de reptiKiier te illiin el de niaroher à l'èleeleur de llavicre, pour le joindre, ou au prince de Bade pour le retenir ou le battre.
Monastcrol Iriompliait : « J'ni va la lellre que le Roi écrit il M. de Villars, ccrtl-il le 23 à Malkneclit; M. de Cli&millart, qui l'a écrilo de sa main, me l'a lue ce matin d'an bout à l'autre; elle ne saurait être plus forte ni plus positive... Je ne suis point fàclié d'uvoir été ici.,. Les insinuations du maréchal de Vtllnrs de laisser reposer les troupes jusqu'au mois de iiiai avaient déjà fait une impres-
' sioD forte surles esprits, mal^ri^ l'opinion dultoi qui éliiil
I toujours ù la jonction : nmis, ;[ràces au ciel, M. de l illars m aura le démenti, et je croîs que je n'ai pas peu coil-
I tribuéii faire déterminer celle résojuliou vigoureuse. Hier au soir, ajoute-l-il le 24 eu post-scriplum, le Roi m'a fuit l'honueur de me parler tout le long de son souper, il m'a
^■teoigné avoir été dans une vraie colère du mouvement
^^■JL de Villars. »
^^TJI colère du Koi, les dcniarclies de M, de Monasterol, il
I n'en faltuil pas davanlajje pour donner l'éveil au\ propos Iveitlanls. Encoiirajjée par lu mauvaise liumeur du la malice des courtisans se donna libre carrière : A à Versailles uu véritable décbaîiiement de reproclies, de critiques, de railleries sur Villars, ses fautes, ses prctcotioos, son avarice, sa jalousie. S'il avait refusé de mar-
cher aux montagnes Noires, c'était pour ne pas compromettre son bâton de maréchal et ménager ses équipages ; s'il était rentré à Strasbourg, c'était pour revoir sa femme et surveiller son ménage : on peut lire dans Saint- Simon ces méchants propos, dont il s'est fait l'éditeur complaisant et partial.
Villars reçut Torage inattendu qui fondait sur lui avec plus de tenue et avec autant d^esprit que l'on pouvait s'y attendre. Avec le Roi, il fut soumis et ferme : il rappela, avec une précision toute militaire, les raisons péremptoires qui rendaient une marche précipitée aussi dangereuse qu'inutile, mais se déclara prêt à obéir et à ne plus rien faire sans ordres du Roi : seulement il sollicita des ordres précis sur les mesures qu'il aurait à prendre lorsqu'il serait arrivé à Villingen, sans vivres, sans moyens de transport, avec la certitude de ne pas y trouver l'Électeur alors engagé du côlé de Passau. A défaut des fusils dont l'arsenal de Strasbourg manquait ; a J'armerai, écrivil-il à Louis XIV non sans malice, votre infanterie de tout ce que je pourrai trouver de piques, espontons, hallebardes. Il est assez dangereux de donner un combat de poste avec de telles armes, mais Téloile de Votre Majesté et notre ardeur pour la servir nous feront surmonter des obstacles que bien des raisons me faisaient désirer d'aplanir ' . »
Avec Chamillart, il fut plus incisif et plus personnel, insistant sur les détails, faisant honte au ministre des
* t Donner une bataille à coups de poing contre des fusils, écrivait-il en même temps à Villeroy, est surprenant, et si j'étois en un pays où Ton trouvât de grandes perclies, on les brûleroit par le bout, et nous nous armerions comme les sauvages, i P. V.
ordres inexécutables qu'il lui envoyait, raillant les généraux de cour qui critiquaient ses mouvements, rappelant avec une certaine hauteur que la présence de la maréchale à Strasbourg ne Tavait pas empêché de faire son devoir devant Kehl, et insinuant naïvement qu'on le mènerait mieux avec la promesse d'un brevet de duc qu'en le a grondant ' n .
Avec l'électeur de Bavière , il fut politique et couvrit entièrement le Roi. tt Si, par hasard, il y a eu quelque faute, luiécrit-U, elle vient uniquement de moi ; car le Roi a fort désapprouvé que j'aie repassé le Rhin et m'en a blâmé, bien que très -certainement il m'eût été impossible de fidre autrement. » En même temps il annonça qu'il quitterait Strasbourg le 5 avril, et insista pour que l'Electeur s'avançât de son côté au-devant de lui jusqu'à Villingen. Si l'Electeur refusait d'occuper cette place et d'y préparer des vivres pour l'armée française, il s'efforcerait de battre le prince de Bade et de s'ouvrir la route par Ettlingen, Pfortzheim et Ulm •
La première émotion passée, le Roi fut obligé de reconotûtre que, militairement, Villars avait bien fait de suspendre sa marche ; il revint de bonne grâce : a La conjonchire de Bavière est si singulière, écrivit-il au maréchal le 27 mars, que tout ce qu'un général pense de plus sage est détruit par l'impossibilité de pouvoir s'assurer de con- ^^er l'Electeur dans mon alliance s'il n'est promptement
' « Après tootcela, dès que II. l'Electeur me pressera et que les neiges '^i'i^Dt les chemins libres, je ne sais pas autre chose qu'enfoncer mon '^>tta, et Yogue la galère; mais si vous voulez que j'aie le courage "^ccttsire, ma foy, ne trembles pas quand vous parlez au Roy, autrement ><»«( eit perdu, t {Viliars à Cliamillart, 23 mars 1703. D. G.)
t06 CHAPITRE IV.
secouro, et c'est cette nécessité qui vous a attiré des lettres si pressantes. » Ce qu'on reprochait à Villars^ ce n'était plus d'avoir repassé le Rhin, c'était de n'avoir pas prévenu la cour de son dessein : hors ce point, on étttt c content » de lui. Le Roi alla plus loin, il tiirt à eflhcer le souvenir de ses sévérités en retirant tout ce que ses erdres avaient de restrictif. « Je vous donne une liberté entibey lorsque vous serez de l'autre côté du Rhin, de fmre ce que vous jugerez plus convenable au bien de mon sepvice... ma confiance étant telle, que je ne l'ai jamais prise plus grande dans aucun de mes généraux. Je suis bien aise de vous dire que vous avez fortifié ces sentiments que j'avois il y a longtemps, par tout ce que vous' avez fait, depuis le mois d'octobre, de gmnd et d'avantageux pour mon repos. J'ai lieu de croire que vous continuerez avec le même zèle, la même conduite et le même bonheur. » Chamillart ajouta, d'ordre du Roi, qu'une fois le Rhin passé, Villars pourrait demeurer immobile sur la rive droite les quelques jours nécessaires au complément de son organisation, puis il donna amicalement au maréchal le conseil de s'abstenir à l'avenir a d'outrer la matière à ce point » et d'embarrasser le Roi » en lui demandant des ordres qui devaient rouler sur lui-même ^ » .
1 Voir les correspondances relatives à cet incident dans Pklrt, militaires, t. III, et Mémoires de Villars, t. II, p. 280 et miv. Ajoutoi encore cette phrase du Roi : « Mon cousin... les deux dernières lettres qi vous avez reçues de moy, et qui vous ont redonné du courage, n*ont ri ^^^ adjousté à la confiance et aux sentiments que j'ay de vous depuis Ioe^ ^. temps... je ne saurois douter que vous ne preniex des mesures justes <i,
toutes parts je ne saurois trop vous répéter la confiance que j'ay «i
vous, elle est telle qu'elle vous doit mettre entièrement aa-dessns de ^<»ii
\ILLARS ET LELKCTliLiU I)K UAllERE. 5(17 liîllars se hnla de proGter du doini et de la latitude (juî relaient nccoi'dés pour tirer des places fortes de l'Alsace )e matériel qui lui manquait, com|iléler ses cadres, débarrasser ses rangs des malades el des écloppi's, et régler avec le maréchal de Tallard les détails de l'aclinn combinée qu'il médilalt. Le 1-i avril, tout était prêt : ses 54 balatllons et ses 84 escadrons, portant les plus glorieux noms de l'armée Française, étaient concentrés autour de Kebl, avec 40 pièces de canon et un convoi de 1 ,200 chevaux prêt à les suivre. Les olûciers généraux qui les commaudftieut avaient été choisis avec le plus grand soin : c'étaient le comte du Bourg, qui fut plus tard inarcctiol de France; le marquis de lllaiaville, ûls de Colberl, l'héroïque défenseur de Kaisersnertb, qui deiait mourir au champ d'honneur ; Magnac, qui avait la goutte, mats soutenait énergiquement le grade gagné à Frîedlingeo ; le cheiralier de ïresseniaues, remis de la blessure reçue à la même bataille. La mise en scène, chère à Villars, n'avait pas été oubliée : le maréchal avait eu soin de monter sa maison de manière " à paraître dans l'Kmpire avec l'éclat qui convenait à un général des armées du Roi n : uue compagnie de gardes à ses couleurs, galonnés d'argent, entourait son quartier général; le couvert était mis tous les soirs à sa table pour soixante officiers; M. de Monasterol était un de ses hôtes : lillars avait insisté pour qu'il suivît tes opérations de la jonction et fut le témoin de 1b nDcérité de ses efforts. « Il comprend bien présente-
I reiiendrt de* d 1 1703. Orig. P. V.)
irliaans. • {Le Roi i
ftt CHAriTiE iir.
moity écrirail le marédnl an Soi, qall a eo tort de taiU preMer Votre Ibleslé. «
Le 16 avril, fouie rarmée se mit eo monvemeiit et marcha an prince de Bade; efle le trouva dans des poaitioDS formidables : son iront était prol^ par nue ligne continue de relianchements, allant dn Rlnn àla montagne, entre Stolhofen et Biilil; sa gandie était sontenne par des postes fortifiés, échelonnés sur la montagne; sa droite, couverte par des marais inondés; une vingtaine de miUe honunes garnissaient ces défenses. Villars essaya de les tourner par leur gauche ; le 21 au matin, il aivoya M. de Blainville tenter, avec 25 bataillons, de s'emparer des crêtes fortifiées de la montagne : la colonne dut s'arrêter devant des ravins infrandiissables. Une attaque de vive force fut décidée pour le 24. La journée du 23 fut employée en mouvements préparatoires : le soir, on s'empara du petit village de Finbuch et Ton s'y retrancha à soixante pas des lignes; mais, le lendemain matin, ordre fut donné d'évacuer la position conquise et de se reporter en arrière '. tt Les lieutenants généraux, écrit Monasterol, ont fait tant de difficultés et trouvé tant d'obstacles que le maréchal s'est rebuté, n Un conseil de guerre décida que l'attaque était impossible. Monasterol reconnut qu'il y aurait « de la témérité y> à l'entreprendre. Villars, encore sous le coup de la leçon qu'il avait reçue du Roi, céda à ces conseils de
I Lft correspondance du prince de Bade conGrme et complète celle de Villars ; seulement elle suppose que Tarmée française perdit plusieurs mille hommes dans ces fausses attaques, ce qui n'est pas : les pertes furent insi- {jniûantes. (Voy. Uobdbr, Kriegs und Staatsschrif, des âl, L, W, v. Baden, t. I, p. 155 cl suiv.)
prudence, mais il le regretta toute sa vie : « A la pluralité des voix, on ne fait rien qui vaille» , disait-il à Chamillart à cette occasion. Il avait pourtant eu raison de renoncer à Tattaquc directe : la prise des lignes n'eut pas procuré des avantages en rapport avec les sacrifices qu'elle eût coûté, elle eût fait perdre de vue l'objectif principal qui était de pénétrer en Bavière et de porter la guerre au cœur de l'Empire. Une lettre de l'Électeur, datée du 11 de Straubing, vint dissiper les dernières hésitations de Villars. Elle était aussi explicite que possible, elle annonçait Tenvoi d'un détachement à sa rencontre avec des vivres pour toute l'armée française. Le convoi serait à quatre lieues de Villingen dans les premiers jours de mai, «plus loin s'il est possible » . Max-Emmanuel, aussitôt fixé sur les mouvements de Schlick, marcherait lui-même à la suite du détachement, il le promettait formellement : m U faut se joindre pour cette fois à quelque prix que ce soit... ma perle ou mon salut dépend uniquement de la réussite de ce projet;
je me repose entièrement sur vous, Monsieur, et vous connais trop bien pour douter un momeut que ma cause ne soit en très-bonnes mains. »
Rassuré sur la question des subsistances, celle qui le préoccupait le plus, Villars prit immédiatement ses dispositions de marche. Après avoir canonné pour la forme le front du prince de Bade, il laissa le maréchal de Tallard en bataille devant ses lignes, pour le retenir et le contenir, puis il s'engagea résolument dans la vallée de la Kintzig,
poussant devant lui une forte avanl-garde sous les ordres
de Blain ville.
îia CHAPITRE IV.
Poar bien se rendre compte de la hardiesse de ce mouvement et des difficultés qu'il comportait, il faut en suivre sur le terrain les phases successives. Le prince de Bade ne le croyait pas possible; les quelques détachements qu'il avait échelonnés dans la vallée lui paraissaient suffisants pour interdire le passage des défilés ' . Le comte Prosper de Fiirstenberg, qui commandait ces corps isolés, comptant sur les obstacles naturels , n'avait pas cm nécessaire d'y ajouter des abatis ou des barricades : il s'était contenté d'occuper les petites places qui gardaient les points principaux. Son premier poste était à Hassiach. Jusqu'à cette ville, la vallée est large et d'un facile accès, la place elle-même est au milieu d'une petite plaine horizonlale, et ses défenses n'étaient alors pas très-sérieuses. Blain ville les enleva de vive force le 28 avril, et fit prisonnière la petite garnison. Après Hassiach la vallée se resserre, mais est encore praticable jusqu'au confluent de la Kintzig et de la Gutach, ou se trouve la ville d'Hausach. Cette place avait alors une petite enceinte bastionnée et était dominée par un vieux château. Blainville s'y porta le 29 avec une telle rapidité, que la garnison, surprise, intimidée, évacua les remparts et se retira par les montagnes. Le lendemain, Villars rejoignait son avan t-garde avec le gros de son armée et la tête de son convoi .
1 A en juger d'après sa correspondance, L. de Bade crut que Villars se contenterait de détacher 10,000 hommes au secours de Max-Emmanuel, et se porterait sur Lanterbourg. Lorsqu'il apprit le passage victorieux des montagnes Xoires, il l'attribua à la grande supériorité numérique de Tennenii et à la mauvaise qualité des troupes commandées par Fiirstenberg; il se plaignit vivement de ce que Schlick et Styrum n'eussent pas trouvé moyen d'empêcher Max-Emmanuel de se porter à la rencontre de Villars. Roeder, Oucr. cit., t. I, p. 157, 159.
VILLAIIS ET LKI.KCTELR IIE BAVIKRi:. 2U Apn-.s Haufiach, les véritables dilTicullés coiuttieui-aienL La rallci' de la (îiilacli, qu'il fallait suivre, serpeule entre des hauteurs boisées à portée de mousquet l'une de l'autre-, la colonne s'allon<ieait insensiblement : uu enoemi résolu l'eût coupée; mais les miliciens qui occupaient les bois se contenlèrenl d'entretenir de loin une fusillade assez peu nieurlrîèru. Après une demi-journée de marche pénible, on l'ut arrêté par Hornberg. La vallée est barrée CD cel endroit par un rocher d'une centaine de mètres d'élévation, sur lequel un vieux château du moyen âge étage ses défenses superposées. Le château n'est abordable que par une crête qui relie le rocher aux montngnes voisines. Au pied du rocher, une petite ville entourée de murailles occupait tout le passage disponible ; quatre mille hommes défendaient ces fortes positions. Il y eut un peu d'hésitation dans la lèle de la colonne; Villars y courut et, enlevant les premiers grenadiers, commença à gravir avec eus tes pentes boisées de la droite : » Faut-ii, Messieurs, pour VOU.S ébranler, dit-il ans officiers d'avant-garde, qu'un, maréchal de France marche le premier? Marchons donc, n Éieclrisées par cet e-^emple, les colonnes d'attaque eurent bientât couronné les hauteurs qui dominaient le château et la ville. Le soir même ou était maître du passage. Le lendemain l'armée se reposa.
La marche fut reprise le 3 mai au matin, elle olfrail les plus grandes dilHcultés. Après Hornberg, la vallée se rétrécit de plus en plus avec une déclivité croissante. Sur beaucoup de points la route se confond avec le lit du tor- Eent; à l'uu des coudes de la rivière, le chemin est percé
à travers les rochers qui encombrent le passage. Il n'y a place que pour quelques hommes de front : < II eût sufli de cinquante arbres abattus, écrit Villars, pour arrêter toute l'armée, n Mais les défenseurs de la montagne paraissaient s'être découragés ; ils se bornèrent à tirailler à distance; les défilés furent franchis sans perte sérieuse, et vers le soir on abordait les pentes du Sommerau qui ferment la vallée et aboutissent au plateau supérieur. Le lendemain 4 mai toute l'armée était réunie autour de Saint- Georges ; elle n'avait plus aucun obstacle matériel à vaincre : le terrain s'étendait devant elle à perte de vue, à peine coupé par de légères ondulations, aux pentes indécises, dont les eaux semblent hésiter entre le Rhin et le Danube.
La ville de Villingen apparaissait bientôt, dressant au milieu de la plaine son enceinte pittoresque et ses hautes tours du moyen âge. C'est là, on s'en souvient, que le rendez-vous était donné à l'électeur de Bavière, et que lïUars attendait le convoi de vivres dont il ne pouvait se passer. Un parti de cavalerie, envoyé dès le 3 au soir pour reconnaître la place, l'avait trouvée fermée, commandée au nom de l'Empereur par le baron de Wilsdorf, qui était décidé à se défendre. Villars, qui n'avait ni matériel de siège, ni assez de vivres pour suspendre sa marche, essaya d'intimider la petite garnison. Il l'envoya sommer de se rendre, la menaçant, ainsi que les habitants, des dernières rigueurs si les portes n'étaient pas ouvertes immédiatement; eu même temps il venait le 4 au soir, avec tonte son armée, camper en vue de la ville. Le baron de WiJs-
dorf était un homme de cœur; secondé par une population énergique, il refusa tout accommodement. Pendant toute la journée du lendemain, Villars fit canonner la place par douze pièces de campagne ; il y fit jeter cinquante boulets rouges^ mais sans résultat. L'intimidation n'ayant pas réussi, il n'avait qu'à continuer sa route à la recherche de l'Electeur. Il partit le G mai au matin avec l'intention de s'arrêter à Donaueschingen, où il espéi*ait trouver des ressources et donner à ses troupes un repos dont elles avaient grand besoin. 11 apprit en arrivant à l'étape que le convoi de vivres envoyé par l'Electeur était six lieues plus loin, à TUttlingen, et que Max-Emmanuel attendait avec son armée à Riediingen, quinze lieues au delà. Villars n'hésita pas, il fit faire à ses troupes une étape de plus, et de sa personne il courut avec des relais jusqu'à Riediingen. Il y arriva le 9 au matin.
L'impaticDcc de M. TElecteur était telle de me voir, écrit-il au Roi, que, quoiqu'il ne m'attendît qu'à midi et qu'il fit un temps horrible, il monta à cheval à sept heures du matin, gagnant les hauteurs d'où il pouvait découvrir ma marche, envoyant courriers sur courriers au-devant de moi ; et enCn, dès qu'il sut que j'approchais, il vint lui-même au galop et, dès qu'il put m'apercevoir, poussa à toutes jambes. Je parus vouloir descendre de cheval; il courut à moi, m'embrassant avec des larmes de joie, et fut près de me jeter à terre et de tomber aussi. Tous ces transports étaient violents et sincères, les expressions pleines de sa reconnaissance, que j'avais sauvé sa personne, son honneur, sa famille, ses Etats; enCn, Sire, tout ce que peuvent inspirer le changement de la situation terrible où il s'était vu et l'état triomphant où une armée puissante de Votre Majesté fallait mettre...
Tout ce qu*il avait à me dire me permit à peine de lui répondre
qu*après les ordres dont Votre Xfajestc m*avait honoré, de faire
plutôt périr son armée que de ne pas secourir Son Altesse
Électorale, rien ne pouvait nous être impossible. Je trouvai
Alarmée de M. l'Electeur en bataille, et je dois dire que les troupes
:sont belles et que j*ai été surpris de tout Tordre, de la discipline
• et du bon état dans lequel je les ai trouvées... Il ordonna qu'elles
^me saluassent par trois saluts avec son canon, et chaque fois,
il cria : l'ire le Roi! jetant son chapeau en Tair et, en vérité,
pleurant de joie.
Le reste de la journée se passa en conversations aussi cordiales qu'animées : l'Electeur raconta la campagne qu'il venait de faire, proposa divers projets. Villars écouta sans exposer ses vues : il se réservait de soumettre un plan raisonne à l'Electeur après l'avoir étudié avec le maréchal d'Arco. Le diner fut très-gai, mais llllars remarqua que, quoique maréchal de France, il n'avait pas été l'objet d'un a cérémonial » particulier, on ne lui u avait offert ni chaise distinguée, ni pour laver, ni gens pour le servir w ; le germe des conflits futurs était déjà semé : les confidences de Ricous vinrent préparer le terrain dans lequel ce germe devait se développer.
Depuis un an, Ricous n'avait pour ainsi dire pas quitté rÉlecleur. Il avait assisté, impuissant et méconnu, à ses incertitudes, à ses défaillances, à ses duplicités; il avait découvert les négociations de Schlick, pénétré le mystère des voyages de Reichardt à Ratisbonne ; il savait qu'après Friedlingen, la jonction avait été volontairement évitée par Max-Emmanuel, il connaissait les intimes faiblesses, les secrets mobiles de cet esprit ambitieux et changeant :
VILLAHS KT LELECTEUR DE BAVIKRE. 215
I la preuiii-ro fois, depuis un an, il avait l'occasiou rir son cfTiir et d'épancber sans conlrainte \n flot f qui s'y était siltindeusemeat amassé : il ne la Inissa échapper; il vînt trouver le maréchal dans sa chambre ei, pemlanl plus d'une heure, il déborda. Le portrait qu'il Gt de l'Electeur dépassait en sévérité tout ce que les souvenirs de Villars avaient pu lui inspirer : il insinua que les projets de campagne étaient dictés par les intérêts particuliers du prince et de son entoura;je : l'Électeur devait, d'argent de jeu, "(H),000 livrcsà Monasterol, 300,000 cens à .\rcci, autant à son banquier Bombarda, u II n'y avait pas un de ces gens-là qui ne comptât se faire payer ou sur . Jcs subsides ou sur les contributions i' ; leur projet était ^^^knîr les deux armées réunies, afin de profiter de la ^^^Ke du traité qui stipulait le partage des impositions de I^^Petre. La conclusion de Ricous fut que Villars devait imposer sa volonté à l'Electeur : u Tant de respect qu'il lug plaira, mais toujours la dernière hauteur. »
g lendemain, encore tout imprégné de ces conseils,
s se rendit ati lever de Max-Emmanuel avec un projet
Iqui différait en tout des plans dont l'Electeur l'avait
kfeuu la veille. Il n'eut d'ailleurs pas à l'imposer ;
k déclara que c'était le seul bon. L'Electeur se jeta au
|ia maréchal, le remerciant da n'avoir pas adhéré à
Fvues, et lui cx|irimant combien u il se sentait l'esprit
libre et bien soulagé n .
ut-Simon, dans un de ses rares moments de justice,
■que les projets de Villars étaient vastes, hardis, presque
nrs . boas, révélant le capitaine, et que nul autre
n'était plus propre à l'exécution. Le plan qu'il proposait alors méritait cet éloge : c'était une conception grandiose, et s'il eût été libre de l'exécuter, elle eût marqué dans rhistoire militaire. Bien qu'à sa première entrevue avec rÉlecteur, Villars n'en ait, par prudence, expose qu'une partie, nous devons, pour l'intelligence du récit, en résumer maintenant toute l'économie et en faire connaître la destinée, telles qu'elles résultent de l'ensemble des correspondances échangées pendant tout le cours de la campagne.
L'idée de Villars était de former deux corps : l'un, composé de l'armée bavaroise et d'une brigade d'infanterie française, sous les ordres de l'Electeur, devait descendre le Danube par la rive droite, en se faisant suivre de bateaux pour les principaux transports, prendre Passau et occuper Lintz. Avec le second corps formé des troupes françaises et d'une partie de la cavalerie bavaroise, Villars aurait passé le Danube, cherché et battu Styrum, dispersé les corps qui se rassemblaient dans le haut Palatinat, tenu tout le pays avec sa cavalerie, poussé des contributions jusqu'en Bohême, et suivi en le couvrant à distance le mouvement de l'Electeur. Les deux corps réunis à Lintz, on aurait marché droit sur Vienne, en se couvrant à gauche par le Danube. Pendant que ces opérations s'exécutaient, Vendôme^ laissant sur le Mincio des postes suffisants pour contenir l'armée très-réduite des Impériaux, aurait remonté la vallée de l'Adige, pénétré dans le Tyrol, ramassé un corps bavarois envoyé à sa rencontre, et serait venu soutenir le mouvement vers Vienne. De son
VaLAnS ET I.VM.KCTKlIt IIK CAVII:RI:. 217
CÔW, Tallard surveillerait le prinee de Bade ; si ce gcQcral quiltnil le Ithin pour porter secours à l'ICmpire, il le suivrait, le reliendruil ou le coinbn lirait. Ainsi protégé sur ses derrières, Villars, avec toutes ses forces réunies, se portait sur la capitale de l'Anlriche, la trouvait dcgarnie de troupes, déjà menacée par Rakoczy et les insurgés hon<{rois, la prenait, disait-il, eu builjours, et dictait la paix à l'Enipcreur dans son palais : on désintéressai t la Hollande, en lui abandonnant quelques places dont l'Es* pajjne n'avait que faire du côté de la Gueidre, et l'on terminait dans l'année une guerre qui n'avait que trop duré. Ce plan était bien conçu : mais pour ({u'îl put réussir, I îl eût fallu, suivant l'expression de \ illars, " qu'un seul et même esprit jjouvernàt toute la guerre n -, c'est le contraire qui eut lieu ; la conduite des opérations fut livrée n I toutes les incohérences, à tous les soubresauts résultant des vues divergentes de chefs indépendants. Les vues de Villars n'étaient pas désintéressées, mais elles étaient conformes à l'intérêt public : il voulait battre l'enncnii et le rançonner, l'amener à la paix par la destruction de ses armées et l'épuisement de ses ressources. Il y trouvait sa part de gloire et c:e proQls, Max-Emmanuel avait un objectif différent et tout personnel : il voulait défendre ses Klats héréditaires e! les agrandir. Ce qu'il attendait de l'armée française, c'était une protection et des conquêtes. Il visait spécialement le Palalinat, le Tyrol et le Milanais; grâce à l'article du traité de 1702, qui lui garantissait la possession des territoires qu'il pourrait conquérir, il espérait, avec l'aide de Villars, se tailler dans l'Empire un Élat
qui, s'étendant da Mein aa Pô, et tenant les passages des Alpes, lui valût une couronne. La divergence était profonde; si, aux tiraillements qu'elle devait nécessairement produire, on ajoute les froissements quotidiens naissant du frottement de deux vanités intraitables, de deux autorités égales par le grade, inégales par le rang, agissant côte à côte dans des limites mal définies, on comprendra que Tunité d'action fût impossible. De leur côté, Vendôme et Tallard, cantonnés dans leur coin spécial, avaient chacun leurs vues particulières, qui ne concordaient pas avec Tensemble de la grande opération projetée. Pour dominer toutes ces volontés, pour les faire converger vers un but unique, il eût fallu à Versailles une volonté supérieure et une autorité reconnue; malheureusement Cbamillart n'avait ni Tune ni Tautre; son insuffisance éclate dans sa correspondance élégante el verbeuse : incapable de ikire plier les vues particulières des chefs d'armée, il ne savait que les concilier dans la forme par des rédactions habiles ; il n'osait même pas (aire respecter la hiérarchie militaire. Le projet de l illars avorta, ses combinaisons sombrèrent dans les sourdes compétitions et les fausses manœuvres. Pour en voir la réalisation, il nous faut descendre jusqu'en 180î>. Le plan de 1703, repris par le génie puissant de Napoléon que senaient des auxiliaires soumis, Eugène à la place de leudôme, Davout à la place de Max-Emmanuel, proiluisit alors les grands effets qu'avait entrevus le génie clairvoyant et mal seci^ndé de lillars.
Dans la note écrite que l illars remit à Max-Emmanuel le 10 mai 1703, il n'avait pas dit toute sa pensée; il crai-
gnait de la livrer aux indiscrétions d'un esprit léger et d'un état-major peu scrupuleux. II se contenta de conseiller l'opération combinée sur Passau et Lintz. Nous avons vu qu'elle fut acceptée avec enthousiasme par l'Électeur. Les dispositions d'exécution furent immédicV tement arrêtées en commun. Il fut convenu que le mois de mai serait consacré au ravitaillement des soldats et aux préparatifs nécessaires. Les troupes seraient acheminées sans bruit et par fractions isolées sur des points différents de la vallée du Danube, de manière à pouvoir être réunies par une subite concentration au commencement de juin; l'opération serait alors menée avec vigueur. On calculait que l'opération secondaire en Tyrol pourrait être entreprise le 20 juin, et c'est dans les premiers jours de juillet que Villars pensait frapper le coup décisif.
Tous les détails réglés, Villars retourna à son camp près de Tuttlingen; l'Electeur vint lui rendre sa visite Je 15 ; le lendemain il passa la revue des troupes françaises qui l'acclamèrent : il les déclara fort belles, dina chez le maréchal, confirma les ordres de marche convenus et repartit enchanté. « J'ai été à Tarmée du Roi Très-Chrétien, d'où je viens aujourd'hui » , écrivait-il le soir même à la comtesse d'Arco '; a elle est grande, belle et pleine d'envie d'agir, composée des meilleurs généraux, officiers et corps que le Roi ait ; j'y ai été reçu avec tout
1 Marie Popuel, avec laquelle Max-Emmanuel s'était lié à Bruxelles, qu*il avait mariée au frère du maréchal d'Arco et dont il eut le comte do Bavière, depuis lieutenant général au service de France. Les lettres de Max-Emmannel k la comtesse d'Arco sont conservées aux archives royales de Munich.
ragrcmcnt que j'aurais pu souhaiter et^ je Tavoue, au delà que je m'y attendais. Me voilà donc en état d'agir présentement après quelques jours de repos que l'armée doit indispensablement avoir^ et pendant ce temps, je ne resterai pas les bras croisés. » Il écrivit en même temps au Roi pour lui exprimer sa reconnaissance et promit à Viilars de demander pour lui un brevet de duc ^
Viilars n'était ni moins satisfait du présent ni moins confiant dans l'avenir, mais il ne fermait pas les yeux sur les difficultés probables. En adressant au Roi le récit de ses succès et l'exposé de ses espérances, il insistait énergiquement pour que Tallard et Vendôme fussent invités à assurer ses communications : « On doit faire réflexion qu'il est dangereux d'avoir une grosse armée séparée du royaume, sans être même bien assuré d'en recevoir des lettres. »
En insistant ainsi pour que ses communications avec la France fussent mises à l'abri des insultes de l'ennemi, Viilars ne se conformait pas seulement aux règles les plus élémentaires de l'art militaire, il servait aussi les intérêts de son cœur, et suivait même, s'il faut en croire les mauvaises langues, les inspirations de sa jalousie. La maréchale était resiée à Strasbourg; la séparation pesait au maréchal vivement épris et gratuitement inquieL II avait invite sa femme à venir.le rejoindre et demandé pour elle un passe-port au prince de Bade, qui le lui avait refusé : mais aussitôt la sécurité des routes assurée il comptait la
' \a demande ne fut expédiée que le 12 jnin. Voy. à l'Appendice, n<»OS.
faire venir avec sa sœur, l'installer dans une place forte, à Ulm par exemple, où il pourrait la voir de temps à autre et tout au moins prendre auprès d'elle ses quartiers d'hiver. Il avait arraché au Roi l'autorisation de ce voyage, et n'attendait qu'une occasion favorable pour le mettre à exécution. A la réflexion pourtant , Louis XIV avait été frappé des inconvénients et même des ridicules de cette jonction : il avait chargé Chamillart d'amener Villars à y renoncer. Le ministre s'acquitta de son mandat avec une insigne maladresse. Au lieu de s'adresser aux bonnes qua- , lités de Villars, il s'adressa à ses faiblesses : au lieu de lui montrer, ce qui était son droit et son devoir, le fâcheux effet qui pouvait résulter pour la conduite des opérations militaires, pour l'autorité et la dignité du commandement, du spectacle de ses préoccupations conjugales, il essaya d'éveiller sa jalousie à l'endroit de Max-Emmanuel :
Voulez-vous que madame la maréchale s'établisse à Munich? Vous connaissez la politesse de M. rÉlecteur; vous savez qu'il a du penchant pour les dames : quand vous seriez assuré des égards qu'il aurait pour vous, ne vous resterait-il pas à craindre la jalousie de madame TÉlectrice qui, par sa seule inquiétude, pourrait moins bien traiter madame la maréchale que vous n'auriez lieu de Tespérer, avec le caractère que vous avez?
La fin de la lettre n'était pas de nature à atténuer la blessure faite par ce langage à l'amour-propre de Villars. Chamillart y recommandait au maréchal de ne pas oublier, dans l'exercice du commandement, ce qui était dû à la personne et au rang de l'Électeur :
Il n*est pas possible que le Roi lui demande de suivre vos avis : il faut donc que vous fassiez en sorte par vous-même de rengager à faire ce que vous proposerez, en lui insinuant ce que vous croirez devoir faire, d*une manière à pouvoir le déterminer, si vous n'étiez pas du même sentiment. A moins que cette diversité d*avis ne se trouvât dans une occasion trop importante, vous devez prendre sur vous de suivre le sien, et le personnage que vous avez à remplir n'exige pas moins la politesse du courtisan que la prudence et le courage du grand capitaine.
Villars s'était porté à Riedlingeû avec toutes ses forces et pressait^ avec son activité accoutumée, l'organisation de sa grande expédition sur Vienne, lorsqu'il reçut ce message, dans les derniers jours de mai. Quand le pli lui fut remis, il ne douta pas (c'est lui-même qui Tccrit naïvement) qu'il ne renfermât ce brevet de duc, si ardemment désiré, si indiscrètement sollicité et, à ses yeux du moins, si justement mérité! On peut juger de sa déception. 11 exhala sa mauvaise humeur dans une longue lettre ' à Chamillarl : il se plaignit amèrement de la créance ajoulée à de méchants propos : « Je suis outré de douleur que Ton veuille me regarder comme un homme dont une femme dérange la tète... En quel temps le Roi a-t-il pu s'apercevoir que mon zèle pour son service et un désir de gloire n'aient pas été mes premières passions? » Il se défend d'avoir voulu mener sa femme à Munich, ou d'avoir voulu lui faire suivre l'armée, mais reconnaît qu'il la désire à sa portée et ne veut pas renoncer à
' Celte lettre a été publiée intc[jralemeot à la suite des Mémoires de Villars, t. Il, p. 293; elle est datée du 30 mai 1703.
l'espoir de la voir. « Je ne veux pas donner à mes ennemis le plaisir de dire : Il voulait mener sa femme, mais on a très-bien fait de la lui ôter. » Il compte donc sur Cbamillart pour obtenir l'autorisation du Roi. u Elle viendra à Ulm et n'en partira que pour se rendre dans une des grosses villes qui sera, s'il plait à Dieu, au milieu de nos quartiers d'hiver '. »
Le reste de la lettre est rempli de vives récriminations sur les défiances dont il est l'objet a Versailles, et l'état d'esprit où elles le mettent, a Je ne sers plus, je n'écris plus
> Malgré ces déclarations et quoique le Roi eût laissé la maréchale libre de faire ce qu'elle. voudrait, Villars comprit les inconvénients du voyage et y renonça spontanément : les conseils de madame de Maintenon , -transmis par madame de Saint-Géran, ne furent pas étrangers à ce revirement. C'est sur cet incident, démesurément amplifié, que Saint-Simon a échafaudé le roman qu'il substitue à l'histoire dans son récit de la campagne de 1703. Il raconte que Villars, irrité du refus de laisser venir sa femme, déçu par le mauvais accueil fait par le Roi à la demande du duché faite pour lui par l'Electeur, voyant qu'il n'avait plus rien k espérer de Max-Emmanuel pour la satisfaction de sa vanité ou de sa jalousie, ne songea plus qu'à éviter Fennemi et à remplir ses coffres. Pour mieux y parvenir, il aurait suggéré k l'Électeur l'expédition absurde du Tyrol, fui les occasions de combattre et fait ainsi avorter une campagne destinée à ruiner les forces de l'Empire. De son côté, l'Electeui^ ne se serait décidé à envahir le Tyrol que c pour ne pas demeurer inutile spectateur des trésors s que Villars amassait. Nous n'avons nullement l'intention de défendre les procédés financiers de Villars, mais nous tenons à établir, en ce qui touche les opérations militaires, la fausseté de ce récit. Les lettres qu'on va lire démontrent que l'eipédition du Tyrol a été décidée contre l'avis de Villars : les sauvegardes et l'affaire do duché n'y ont été pour rien; c'est le 27 mai que l'Electeur se décide à changer les plans convenus le 15. On avouera que, quelle qu'ait été l'habileté de Villars à pressurer les pays conquis, ces douze jours n'avaient pas suffi à lui procurer des f trésors t , et quant au duché, c'est le 8 juin que Cbamillart conseille à Villars c de laisser au Roi le soin de récompenser les services importants qu'il lui a rendus i . (Mémoires de Villars, t. II, p. 299.) La lettre du ministre n'a pu parvenir à Riedlingen avant le 14 ou le 15, et dès le 30 mai, nous voyons que Villars était déjà informé par l'Electeur de son intention de marcher vers le Tyrol. (Voy. ci-dessous, Appendice, n<^*61, 62.)La déception que cette courtoise fin de non-recevoir causa au maréchal fut donc absolument étrangère aux résolutions prises par l'Electeur en dehors de l^i.
qu'eo tremblant ; en un mot, je ne conmience pas cette campagne avec la liberté dVsprît et la joie dans le cœor qu'il serait peut-être bon de me donner : et je n'ai pas tort^ plus il m'arrive de succès, plus on m'attriste ; c'était tout le contraire autrefois. «
L'obligation de soumettre ses opérations à l'Electeur dont il redoutait, et avec raison, les visées personnelles et l'esprit changeant, lui était particulièrement sensible. Elle lui préparait de sérieux mécomptes.
Dès le soir même il en fit l'expérience, et un message de l'Électeur vint mettre à une rude épreuve l'esprit de soumission que le Roi exigeait de lui.
A peine de retour à Munich, Max-Emmanuel avait appris qu'un détachement de ses troupes laissé dans le haut Palatinat, sous les ordres de Ma&ci, avait été battu non loin d'Amberg, et que le petit château de Rothenberg, situé sur la frontière, était menacé. Cette nouvelle, en réveillant toutes ses inquiétudes pour la sûreté de ses Etats particuliers, jela un tel trouble dans son esprit, qu'il renonça brusquement aux projets arrêtés et écrivit * à Viilars qu'il était résolu h marcher sur Nuremberg avec toute son armée pour prendre celle place et réduire les Cercles. Viilars bondit en recevant cette communication : « J'apprends non-seulement avec élonnement, mais avec une vive douleur, écrivit-il immédiatement à Max-Emmanuel, que V. A. E. ait changé le bon, grand et solide projet dont elle était convenue ! Quoi, Monseigneur, la perte de deux ou
I La lettre de TPilecteur et la réponse de Viilars se trouvent dans Pelbt, l. 111, p. GOO, C07.
trois cents hommes, de trois pièces de canon, et d'avoir manqué à secourir Rothenberg, fait manquer le dessein d'attaquer l'Autriche, dépourvue de toutes ses forces, et donne à l'Empereur le temps de se reconnaître I . . . Je la conjure de n'avoir aucune inquiétude pour tout ce que peut faire M. de Styrum et de suivre son premier projet : il en est temps, puisque aucune troupe ne s'est encore ébranlée pour le troubler... Veut-elle qu'il soit dit que la première expédition de 50 bataillons et 60 escadrons, que je lui amène de France, soit d'aller secourir un château lorsqu'il dépend d'Ëlle de faire trembler toute l'Autriche! » Il insista, rappela que l'ordre était déjà donné à Vendôme par le Roi de marcher sur le Tyrol, démontra que la prise de Nuremberg était inutile ou dangereuse, proposa d'envoyer lui-même un détachement secourir Rothenberg sans suspendre la marche générale convenue ; en même temps il écrivit à Arco, à Ricous, les suppliant d'intervenir pour empêcher l'Electeur d'abandonner le seul bon projet. Enfin, il dépêcha à Munich le comte Du Bourg, son meilleur auxiliaire, chargé de commenter ses lettres, d'en appuyer les arguments du poids de son incontestable autorité. Du Bourg obtint que la marche absurde sur Nuremberg fut abandonnée, mais il ne put obtenir que celle sur Passau et Lintz fut reprise immédiatement. L'Electeur, qui tenait avant tout à la conquête du Tyrol et du Milanais, ne renonça à l'expédition du Palatinat qu'en exigeant l'expédition immédiate du TyroP. Villars, encore pénétré des
1 Ricoat encouragea beaucoup ce changement : Texpédition sur Vienne n'était k tes yeux qu'une f simple incursion... qui se peut toujours faire..,
ÎSê GHAFITIB lY.
famidles ifljooclioiis du Roi, le aonnât; fl
b défereDce jusqu'à ielidter MnCniiwnHl de m ékt
sioD;iiiaisiliie perdit pss de vaesM
sa pensée, il n'était que diflKfé. D en cq
anRmles avantages et, pour b piefluièEe
Tolgecttf'véritaUey la prise de Itome :
le n*si pas vonla le mander à Votre Mqertf, pares ipe je n*ainie pas à diMoier de grandei espérances pif—i Inifwi, «ail enmoi-aiêniejenetromois nal ebstade i aitagner ¥ifafi. Je dois conaaitre cette plaee par le séjoar qne j*y ai fiûL Saas ttoUe dîflfenlté, on se loge dèsleprenûer jonr snr la foafrps carpe; Ton ocoqpe en arrivant Léqiiddstadt» et si nons n*f^ ari<Mis trouvé qne ce résinent de la garde qne j*ai vn battre par ks écoliers» ce n*eAt penl-étre pas été na siège de kait Jonrs..« Je ne sais pas conunent les armées dnlUnet dllalie enraient pn arriver à temps pour aeconrir Vienne... Qnand Votre Majesté m*a va ootré dn diaogeoMnt de dessein de M. rÉfedemr» ^*<dle le pardonne à mon lèie. Xons STons regagné d^aller altaqoer le Tpol, lequel dessein parait le mdlleiir après cdol qoe je riais d^expliquer... mais raulre était plos sûr.
Aussi Villars insistait-il pour qae Fexpéditioii du Tyrol fut menée le plus rapidement possible. « 11 est bon, écrivait41, que cette entreprise soit bioitôt finie. « U conseillait à Max-Emmanuel de brusquer les choses, d^occnper KuTstein et Inspruck, d'j laisser deux mille hommes
^i «mit c o eta m ié ht — n «p de temps et mos anul mime Uoimmés! « Rkùms à ChmmtHUrt, il jnm iTOS. D. G.
Ricovs eet aéine k nelidKsse de dbarter le pnjet de VOars, du» m cernsponduice avec loi, et t'éleue de ae pM faieir comcrii : • Je reis. teiimiMl le 17 jÛB u Mretlttl, <pK iwk ie«icttes em^re Fk»M ci
SSB
N'eckrc, que ce desnein-U est boa, mais qa* s foa trame quel. ques difBcullés à emporter les relrancheniriib île Bîibei, «à 1m ennemis n'nïoient paa six mille borncie* il j a bailjaun. mak où il arrivera peut-estre quelques troupes iti- Hotlaa^ îl m fnut pas buloncer à faire le aiè^e de Fribourg et • nun^tr wr Villingen. Enfin, Mgr, si j'en suis creu. arant qu'il soit irm
mo'it, V. A. E. sera à la lële de trois (
1 qui conposerost
plus de quatre-tio^t oiille hommes. Aprî-s rela. ma Ibj. je v demande un duché en Dohéme, ou bien oii il tous pUira, a comme vous pourrez disposer des couronnes, i) faudra bîea ne' 1 votre petit scirileur ayt un duché. Je m'en vos faire drj KHid sances. Il vous en coualera, Mgr, quelques milliers de pnotf ou j'i; bien regret, car uons n'en avons ^jneres ; mais il f réjouir et que M. te Prince de Bade, qui m'approche, ei DU peu notre canon. L'on m'apprend qu'il ninrche à m seray bien sage; en attendant je mande à U. de Vendosiue m succès. J'ai oui dire qu'il y a un trésor k Inspruck ; que V. il. | m'en donne quelque chose, mais de bon : je ne veui point 4 curiosité cummo quelque peau de beste extraordinaire, d« e épécs qui ont coupé cinq cents têtes. Je voudrois quelque « rubis des anciens ducs d'.^atriche, ils en étoîcnt curteui, ( quelque statue d'argent des empereurs. Enfin qu'il me revieBE de tout cecy quelque chose de bon. Par ma foy, je suis bien a J'espère que M. le générai Volfrensdorf ne refusera pas une r»*J sadeà [a santé de V. A. K.'.
■ En rHae de bi>nae bummr. VilUn vcrîtil i la mtme opaque l*rl une lérjc de Ullre» où il appanil IoqI cnlier avec »ei quatiUia ti Ji^fauU. «« «rvB fanfaronne cl son inlcllijjcnce de la aucr natire i-t «a oaitc confitno- en luï-mSniE : il n'a gardé rant ai >lu ducfaA rcrmé, ni de ta mirécbale releonc en Fnnee, maU il n'a doani ancuoe do »«» ambilioni, el la (oUiiulaliaD m cache «>di Im «Iturri de U nûllcric. • Uite*-irous bien ■ lout-mime : X'nui naat a|I uu liotoma qui mine aiaei beorcotemeDl la a^^rr», ne le laotrranni pi J(i mui ai wivcrt l'Binpîre, auivei-moi. — Gomptni qui? ja ménrrajf l| PHUoniii ldiB,i mointqurje ne renïoye un* partie de l'artnt'epanru HH^Ialnv U maréchale de ViUw». auquel caa loui me pardonaeret li
VILLARS I;T LELECTEIIR DE BAVIEIÎE. Ï29
lax-Emutanuel rcpouclil sur le même (on, le 2 juillet :
[u ))alais d'Insprug!] que je voiiltiis vous faire mus renK^rcicmenls sur k* complîjnenls que vous m'ave/ faits; c'est aujourd'hui que j'y suis venu loger. En vérité. Monsieur, vous me dites de trop belles choses pour avoir vaincu des ennemis i]ui se sont si miil dérendus. Que faudra-1-il vous dire à proportion si vous soutenez contre tant de forces et de menaces qu'on vous fait ; j'en ai lu quclques-unea qui font dresser les cheveux. Quelle conquête que de prendre des villes avec des toits d'or et des trésors de longtemps amassés! Mais le mauvais de Taffalre est que les dueats que l'on ferait de cet or seraient de la fausse ntoDuaie, ainsi nous en ferons des chaudrons. Pour le trésor, je l'ai, ma foi, fait galoper par mes dragons; un pont brille, qui les a arrêtés, l'a fait sauver en Carinlbie. Des rentes îl en est presque de même, les finances m' ayant donné un compte où elles m'ont fuit voir que tes dépenses excèdent le revenu : il faut un lion économe comme moi qui mette ordre à cela, après cela nous partagerons nos proGts. Vous voyez. Monsieur, que votre lellrc et l'air d'Iasprugg m'ont mis de bonne humeur.
L'occupation du Tyrol se fnisait avec une extrême facilité : les commandants d'Ebrenbcrg el de Scharoitz, deux places extrêmement fortes, se rendaient sans combat; le pays était dégarai de troupes sérieuses; le col du tlrenner, passage pour entrer en llalie, élait occupé sans coup férir par M. du Bordet avec trois bataillons. Nul doute que si, à ce même moment, lendôme eût rapidement remonté la vallée de l'Adige, à peine défendue par M. de Vaubonne,
ne pas pousser aaa canquÉlei. Au aam de Dieu
, qu'on uil l'eipril i^n re|ioi
nir ma conduile, je n'ay pa<i tisiei Je Boii[ileMn
despril pour sourTrir tacile-
ment qo'un l'ea défie, mais la teste cil banne <
•1 mon cœur ne la di^rangerÉ
pai. . — (Voy. le leile de cci leUres 1 la suit
c des Mimoirtt rfe l'Ulars.