‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits; (volume 2)Chapitre 6 sur 10 · H, p. 300 el lui · texte numérisé non relu

H, p. 300 el lui

la jonction ne se fut faite, sans difïiculté, dans les premiers jours de juillet, et le grand projet de Villars eût pa s'exécuter.

Mais une pareille célérité n'était pas compatible arec le formalisme officiel. Avant de donner à Vendôme Tordre de marcher vers l'Autriche, Chamillart le consulta. Vendôme, dont le siège était fait, désapprouva le projet : le Rm insista; pour décider le maréchal, il faUut tonte une négociation qui dura six semaines. Lorsque enfin Vendôme convaincu commença son mouvement, il y avait un mois que Max-Emmanuel était immobile à Inspruck, sept semaines que Villars, immobile sur le Danube, voyait les forces impériales grossir devant lui. L'ennemi, lui, n'était pas resté inaclif et avait utilisé le répit qui lui élait maladroitement donné ; des troupes régulières avaient été envoyées à la hâte dans la haute vallée de l'Adige; des retranchements avaient été élevés, et une vaste conspiration avait été ourdie en silence parmi les braves et fidèles populations du Tyrol. Quand Max-Emmanuel, averti du mouvement de Vendôme le 19 juillet, quitta Inspruck pour se porter à sa rencontre, le soulèvement éclata derrière lui; la bourgeoisie citadine chassa les garnisons bavaroises; les paysans, sous la conduite de Martin Sterzinger, le précurseur de Andréas Hofer, occupèrent les défilés ; les chasseurs de chamois s'embusquèrent derrière les rochers. .Assailli de tous côtés, coupé de sa ligne de retraite, Max-Emmanuel fut obligé de se replier; il se fraya un passage à grand'peine et en courant les plus grands dangers; au pont de Czierlé, entre Inspruck et Hall, ce lut le régiment de Xoailles qui,

par une charge furieuse \ lui ouvrit un passage; le comte Ferdinand d'Arco, pris pour lut à cause des galons de son uniforme, fut tué à ses côtés d'une balle bien ajustée. Le gouverneur d'Ehrenberg, effrayé ou complice, rendit le château à des paysans sans artillerie. Max-Emmanuel ne put s'arrêter qu'à Knfstein, où il fit tête quelque temps, comptant toujours sur la diversion annoncée par Vendôme '.

Il attendit en vain. Parti le 20 juillet des bords du lac de Garde avec une vingtaine de mille hommes, Vendôme n'était à Riva que le 5 août et que le 17 à Arco; il avait mis vingt-sept jours à faire dix-sept lieues, s'arrétant à chaque vieux château, a se panadant v , dit Saint-Simon, « à chaque bicoque n , faisant un siège en règle pour prendre vingt hommes, u amusant le Roi tantôt d'un courrier, tantôt d'un officier, pour apporter ces grandes nouvelles ». Il ne put dépasser Trente ; quand il arriva devant cette ville après cinquante jours de marche , la situation s^était profondément modifiée; devant lui les obstacles s'étaient multipliés, derrière lui de nouveaux dangers s'étaient créés par la défection du duc de Savoie : il se c^ontenta de jeter quelques boulets dans la ville de Trente, ^t rentra dans le Milanais après avoir perdu deux mois et <]uelques centaines d'hommes.

^ M. de RicoQfl, auquel llai-Emmannel avait donné un commandement, prit une part brillante an combat. Il flt à Villars un récit dont on trouvera âes eitraits à TAppendice n» 88.

* c On a abandonné Inspnick la nuit avec un tel désordre, que Ton n'a même pas songé à prendre des otages pour les contributions, et l'Électeur en est revenu avec des porcelaines prises dans le cabinet de l'Empereur et «Q cheval de bronse. Ses généraux et son ministre n'en seront pas sortis de même, t {Villars au Roi, 30 août 1703. P. V.)

On peut se figurer Timpatience et l'irritation de Villars pendant ces fausses manœuvres. Il s'était solidement retranché sur la rive gauche du Danube, entre Dillingen et Lavingen , couvrant le fleuve , d'Ulm à Donauwerth, contre un ennemi chaque jour plus nombreux; poussant des partis de cavalerie en Wurtemberg, en Franconie, se consolant de son inaction forcée en levant des contributions rigoureuses. Il écrivait lettres sur lettres au Roi, à Chamillart, à Tallard, au duc de Bourgogne, pour leur exposer la nécessité d'une communication. Son armée ne pouvait pas rester sans b^se d'opérations, en l'air au milieu de l'Empire. Si la communication par le Tyrol manquait, il fallait absolument et sans délai en établir une autre par le Rhin. Il suppliait Tallard de se hâter de faire le siège de Fribourg, et sans attendre que la place fût prise, de passer les montagnes, de gagner Villingen et de venir soutenir avec lui la guerre au cœur même de l'Empire.

Tallard était sourd à toutes ces instances. Depuis que le duc de Bourgogne était venu prendre le commandement nominal de l'armée dont il avait la direction effective, il ne paraissait avoir d'autre but que de ménager le prince et de lui procurer, sans grand risque, des succès retentissants. Après avoir passé un mois à raser les lignes de la Lauter, abandonnées par l'ennemi, il ne songea qu'à faire des sièges avec la collaboration méthodique et lente de M. de Vauban ; encore mit- il trois semaines à se décider sur le choix de la ville à assiéger, et quand, après beaucoup de conseils et de correspondances, le choix fut

tombé sur l'ieux-Brtsacli, atleatlît-il jusqu'au 18 août pour investir cette place. Le Roi et Chaniillart comprenaient le danger de ces fausses démarches. « l.a communication Qvuc l'jllleniagne, c'est le salut n, écrivait Cliamillart. Chamiay , (jui avait conservé In tradition de Louvois et 8ui|uel le Roi demandait des consullalioiis écrites, était encore plus fonuel : discutant, dans un très-remarquable rapport au Roi, les divers projets de sièges proposés dans la vallée du lUiiu, u ces propositions, disait-il, pourraient daus une guerre simple et ordinaire produire de passablement bons eifets, mais dans une guerre terrible comme celle-ci , ù l'extiacliou de laquelle ou ne voit d'autres tnoyeus de parvenir que par la continuation et le maintien ia puissante diversion que l'on fait préseulement au tiiieu de l'Kmpire, ces propositions sont indifférentes et ijctles il (le grands inconvénients n . Il dêmonirait ensuite le le seul parti à prendre était de passer le Schwarznald^ marcher au prince de Hade et de se concerter avec Vil- Inrs poQr le battre.

Tallard, auquel tous ces bous avis étaient communiqués sans vigueur, ne voulait rien entendre : il coutiuuait à tracer des parallèles, il creuser des circoDvalla lions, demandant au Roi de lui envoyer les troupes inutiles en Italie, se réjouissant d'apprendre que le prince de liade, u occupé ir M. de Viilars, ne donnerait pas d'inquiétude ii Mgr le \c de Bourgogne n .

Le prince de Bade, eu effet, n'avait eu garde d'inquiéter un prince d'aussi haut rang et qui faisait si bien ses affaires. Aussitôt qu'il avait eu constaté qu'il ne risquait

pas d'être suivi par lui, il avait couru an plus pressé, c'est-à-dire à Villars. U avait laissé dans les lignes de Biihl quelques hommes pour les garder sous les ordres da comte Thiingen et, avec toutes ses forces disponibles, il était venu retrouver Styrum entre Ulm et \ordlingen. L'armée des deux généraux se grossit rapidement de renforts amenés par le marquis de Bayreuth, envoyés de Bohème et même de Danemark; dès la fin de juillet, supérieure en nombre à celle de Villars, elle venait camper en face de ses lignes, le resserrant de plus en plus, le réduisant à rester sur la défensive en attendant qu'elle passât elle-même à l'offensive.

Le premier essai d'offensive que fit le duc de Bade ne fut pas heureux pour les armes impériales. Le 31 juillet, il tenta de passer le Danube ; une avant-garde de quatre mille chevaux, commandée par M. de Latour, un ancien officier bavarois, franchit le fleuve au-dessus d'L'lm, à Munderkingen;Villîirs,à la vigilance duquel le mouvement n'avait pas échappé, expédia à sa rencontre M. de Legall avec di\-huit escadrons et sept cents fantassins portés en croupe. Latour, attaqué avec une extrême vigueur, fut culbuté, jeté dans le Danube par les charges les plus brillantes. Le prince de Bade n'osa pas recommencer de tout le mois. Pendant ces trente jours, Villars, resserré déplus eu plus dans son camp de Dilliugen, avait fort à faire pour garder ses ponts : il se dévorait d'inquiétude et de dépit, épanchant sa mauvaise humeur dans une incessante et inutile correspondance, il se plaignait des lenteurs de l'endôme, de Tinaction de Tallard : a Du 23 juin au

10 juillet, il était aussi facile de faire passer un corps de vingt mille hommes à travers le Tyrol que de mener des recrues de Paris à Orléans. » — « Le duc de Bourgogne et M. de Tallard doivent avoir soixante-cinq bataillons. Que diable en font-ils? Dieu me le pardonne I ils trouveront peut-être mes lettres un peu vives assurément, mais je ne saurais me taire sur leur indolence! » Et ailleurs : « Est-il possible que M. de Tallard, qui a su que M. le prince de Bade tirait ses troupes de Biihl oii il n'est resté presque personne, n'ait pu rien faire pendant cent dix jours que raser les retranchements de la Lauter ; en vérité c'est cruel I — La gazette de Hollande s'en moque, et elle a raison. »

Le moment de la crise approchait. Vers la (in d'août, les Impériaux avaient concentré tous leurs moyens d'action. Le prince Eugène, qui^ de Vienne, donnait aux opérations l'impulsion supérieure, avait insisté pour qu'un effort décisif fût tenté contre la Bavière. Une attaque concentrique était résolue ; le prince de Bade en avait combiné les détails : Reventlau, avec Tancien corps Schlick, devait forcer l'Inn; Heister devait descendre du Tyrol; enfin Bade, partageant son armée en deux corps, devait attaquer Villars de deux côtés : prenant avec lui 23 bataillons et 50 escadrons, le prince devait aller passer le Danube à Ehingen, et faisant un grand détour, franchir l'Iller près de Memmingen, et se porter sur les derrières de Villars ; pendant ce temps, Styrum resté à Ilaunsheim avec 3 1 bataillons, 57 escadrons, 30 canons et un équipage de pont, devait surveiller Villars, et aussitôt qu'il verrait le général

français quitter Dillingue, le suivre, passer le Danube à sa suite, et le prendre ainsi entre deux feux.

Reventlau marcha le premier; ii se porta sur Scharding le 20 août. Ce mouvement réveilla Max-Emmanuel et fit tomber les illusions qui le retenaient encore à Kufstein ; il s'empressa de revenir à Munich avec toutes ses troupes et d'envoyer Arco sur Plnn avec un détachement. Reventlau s'arrêta, son attaque n'était pas sérieuse; celle de Heister ne l'était pas davantage; il n'osa pas s'aventurer hors des montagnes. Le danger véritable était au nord et à l'ouest; Villars en mesurait l'étendue. Aux premiers mouvements du prince de Bade, il avait compris ses intentions, deviné qu'il voulait passer l'Iller et marcher sur Augsbourg ; il avait envoyé Legall et Du Bourg avec 44 escadrons et 20 bataillons pour surveiller ses mouve* ments et essayer de défendre le passage de l'IUer, mais il sentait rinsufTQsance de ce corps; d'autre part, il n'osait dégarnir complètement le camp de Dillingen devant Styrum menaçant. 11 écrivit à Max-Emmanuel, dès le 24 août, de venir le rejoindre et lui recommanda d'occuper Augsbourg en passant *. La ville impériale avait jusque-là conservé une apparente neutralité; Villars ne doutait pas qu'elle n'ouvrît ses portes à l'armée allemande; aussi insista-t-il très-vivement pour que l'Electeur s'en emparât et, négligeant les démonstrations insignifiantes de Reventlau, concentrât toutes ses forces sur les hauteurs

1 Dès le mois de juin, Villars avait signalé à Max-Emmanuel la nécessité de s'emparer fout au moins d'une porte d'Augsbourg, et avait, à plusieurs reprises, chargé Ricous de lui rappeler celte importante opération «

^^B \Il.LAItS ET L'HLECTEIII I)E BAVIÈRE. S37

qni In dominent. S'il eût suivi ce conseil, l'armce francobavaroise-, solideiiieul élabiie dans le Iriaugle l)illin<{eu, Au^sbour,;[, Donaiinrerlli, ravitaillée par les riches nia,gasins «l'Augsboiirg, couverte par le Oanulic et le Lech, eût étô inattaquable et eùl pu détruire, l'une après l'autre, les deux armées séparées de l'ennemi. Mais Max-Emmanuel, tout en se portant avec le gros de ses forces à la rencontre de Villars, refusa péremptoirement d'occuper Aujjiibonrj]. Il y avait à cela u des diffîcullés insurmontables n présent, écrit-il le 29 août, dmit je vous informerai de bouche ".

Malgré de nouvelles instances de Villars ', l'Électeur se contenta d'envoyer Arco avec quelques cavaliers parle- Dieuler inutilement avec Augsbourg, et se dirigea vers le camp de DiUingen. Villars l'altendail avec une extrême impatience; il lui tardait de rejoindre Du Bourg et de tuarcber avec lui conire le prince de Bade ; deux fols il

É voulu se porter en avant, mais la déféreuce qu'il à l'Electeur l'avait retenu. ICnlin Max-Kmmanuel le 1" septembre dans lasoirée. Un conseil de guerre u immédiatement; il fut décidé que M. Dusson resterait dans les positions retranchées de Lavingcn et de Diliiiigeu, aiec 12,000 hommes environ; que l'Électeur, avec 8,000 hommes environ, marcherait par Burgau dans la direction d'Augsbourg; que Villars irait, par Leipheim, rallier les corps détachés de Legall et de Uu Bourg et se porter sur l'Iller pour eu interdire le passage à l'ennemi. Mais en arrivant à Leipheim, le lendemain 2 septembre,

■ Par teUro des 33, 26 et 37 aaill, que l'an trouvera k l'Appendice.

Villars apprit que le prince de Bade, échappant à Du^ Bourg, était allé passer Tlller près de Memmingen et atta- ^ quait cette place; il écrivit immédiatement à Max-Eminanoel d'appeler à lui le corps de Dusson, de laisser momentanément la garde du camp de Lavingen à un millier d'hommes déterminés, sous le commandement d'un officier vigoureux, et de marcher sans retard sur Augsbourg, afin d'y prévenir le prince de Bade, a Je regarde toujours le dessein de se rendre maître d' Augsbourg comme le plus important pour V. A. E... Il est nécessaire que dans l'inslant oîi ma lettre lui parviendra, elle ait la bonté d'ordonner que tout se prépare à marcher demain. . . que dès demain matin tout s'ébranle, marche et prenne la route d'Augsbourg; j'attends la réponse de V. A. E. pour mettre en mouvement ce qu'il y a de troupes à portée de moi et les faire avancer droit sur Augsbourg. . . » Il n'y avait pas un inslant à perdre; Max-Emmanuel étant à Burgau avait 35 kilomètres à faire pour atteindre Augsbourg; les troupes de Diilingen cl de Lavingen n'étaient qu'à 40 kilomètres de cette ville ; le prince de Bade, parlant de Memmingen, avait 70 kilomètres à franchir pour arriver au même point; Max-Emmanuel avait donc l'avance sur lui. S'il avait suivi les conseils de Villars, il pouvait dès le 3 au soir rallier sous Augsbourg le détachement du comte d'Arco, occuper la ville le lendemain, y attendre les tètes de colonne du prince de Bade, et les arrêter assez longtemps pour laisser à Villars le temps de tomber sur leurs derrières.

Pourquoi ce plan si simple ne s'exécuta-t-il point? Que

XILLAIlS UT L'KLECTEIH UIC IIAVIKRK. 23a

te passa-t-il? Nous n'avons pu le savoir exaclemeiit. Mas- Euimaoufl altencllt Villais, lillars allenilit rinfaiilerie de Du Uour^ (|UÎ, fati<{uéc par une semaine de uiarclies inutiles, avan(;ajt leulenienl; les reconnaissances furenl mal faites ; toujours est-il que le 6 septembre, les armées alliées étaient encore à Zumarsbauscn, à 'M) kilomètres (l','\u,'[sboury, croyant loujotirs l'ennenù du côté de Memiuinjjen ' , Pendant ce temps, le prince de Bade mettant à profit les incertitudes de ses adversaires, avait pris son parti avec une liardiessc et une célérité remarquables. Alaitre de Meinminyen le 3, il s'était porté en avant, à niarclies forcées, par Miodelheîui, Eylrinjjeii et la vallée de la Wertocb, avait fait vingt-huit lieues en deux jours, et s'était présenté le 5 devaut Augsbourg qui s'élaîl empressé de lui ouvrir ses portes. Quand le lendemain soir, lillars el .Max- Emmanuel, s'élaat avancés avec une faible escorte pour reconnaître les abords de la ville, arrivèrent sur les hauteurs qui la dominent, ils furent fort surpris de trouver l'année impériale campée sous ses murs ; ils coururent

■ ■ L'ïllecleur, ^vec Ireiic balailloas cl ouïe eic^adrans, cil arrivi* Ici ■Mflt-hîcr... Uu ne péiièlre pas eiic-nrc les tlesseins du prince L. de Hadi^iJ, qui ctt prti lie lIcmmiDgea. • Bifouî au Ihi, Ziuncrbausen, lï scpt<.'iubru 1T03. A. E.

• L>e princB L. de Badea ajani laiué un corpt relranclië prci de Uillirigen Et iUal mvrché avec ua nuire du cité de Uemmingca, où il eit adaellement, comme ceci eil la crise de In campagne, auus avoug luîsaé comme lui

nn le pnrli qu'il veul prendre aGa de nous y oppoier... cl alleodre le KcoDri de M' le duc de bourgogne. > {Ricout au maréchal de VendAmt. tatme dale, h. E.) — En même lempi Rîcous êcrivail à M. de Puywculi : • Un • cru <iuc le prince L. de Badcn avail Torco une marche pour prendre ânitibanr^. mait rela ne t'est pat trouvé eérilable. Naa* *oinine> senui ici en diligeuce pour préteair. ■ — Ricoui reDète l'opiaioa de l'étal-mijor de T, duat il raÎBtil porlie.

240 CHAPITBB IV.

chercher leurs troupes et lô lendemain ils s'arancèrent eo bataille par Gablingen ; le prioce de Bade anit changé de front, il s'était solidement établi dans le confluent de la Wertach et du Lech, le dos appuyé aux remparts d*Aagsbourg. Les chefs alliés n'osèrent l'attaquer dans d'aossi fortes positions. Us lui offirirent le combat dans la pliûne; mais le prince de Bade se garda bien de répondre à leurs provocations et, comme pour les narguer, il ai¥oya un détachement sur la rive droite du Lech, disperser les fiables régiments du comte d'Arco et livr^ au pillage les villages bavarois. Villars et Max-Emmanuel furent oUigés de se replier sans tirer un coup de fusil; ils vinrent se cantonner autour de Biberbach et de NordendcHrf^ dans l'angle formé par le Lech et le Danube ^

La déception fut crueUe et l'humiliation profonde; l» deux chefs se sentaient directement atteints dans ce qu'ik avaient de plus cher : Villars dans sa réputation militaire, Max-Emmanuel dans sa Bavière ouverte aux incursions et aux déprédations de Pennemi. Ils s'accusèrent mutuellement des fautes commises, chacun rejetant sur Tantre la responsabilité des fausses manœuvres qui avaient permis au prince de Bade de faire, à leur barbe et sans être inquiété, une aussi dangereuse marche de flanc. Nous aurions voulu, dans Tintérét de l'histoire, pouvoir établir, à l'aide de pièces officielles, la vérité déGnitive et faire la part de chacun 3 mais à cette date, la correspondance entre

^ Tout le détail des marches du prince de Bade se trouve dans sa correa* pondance. Voy. surtout les lettres des 24 août, 7 et 9 septembre. RoKon, Oucr. cit., no» 113, 119, 121.

Max-Eminanuel et Villars, qui jusqu'ici nous a servi de guide, fait défaut. Réunis depuis le 3 septembre, les deux chefs n'avaient plus à s'écrire, et c'est verbalement qu'ont été échangées les communications et décidés les mouvemenls. Néanmoins, en contrôlant les unes par les autres les accusations consignées par les deux parties dans leurs rapports ^, en consultant les lettres écrites par des subordonnés ^, nous croyons être arrivés à établir deux points : l'un à la charge de Max-Emmanuel, l'autre à celle de l'armée française. Le premier, c'est le refus de l'Electeur d'occuper Augsbourg, malgré les invitations pressantes et réitérées de Villars. La lettre originale du 29 août, dans laquelle ce refus est consigné, est entre nos mains', a Je la garde pour ma justiGcalion personnelle n , écrit Villars au Roi le 10 septembre, et elle s'est transmise jusqu'à nous. Le second point est la lenteur mise par Du Bourg à suivre le prince de Bade et son hésitation à l'attaquer. Avec les 20 bataillons et surtout les 44 escadrons dont il disposait, il pouvait, sans s'engager à fond contre des forces supérieures, embarrasser et retarder leur marche au point de donner à Villars le temps d'arriver; il pouvait tout au moins renseigner exactement son chefsur les mouvements de l'ennemi *.

1 Mémoire rédigé par ordre de TÉlectear. A. E. Bavière, 48, f» 313. — Mémoire rerais au Roi par Fretteville. Pslbt, t. III, p. 966. — Correspondance de Villars, D. G. — Correspondance de Ricous, A. E.

* ùtuion à Chamillart, il septembre 1703. Blainville à Chamillart, ih septembre 1703, D. G. Imprimées dans Campagne de Villars, 1762, t. II, p. 206, 217. Voyex aussi les lettres de Dasson, que nous donnons à TAppendice, n<>* 115 et suiv.

* Voyei-en le texte à l'Appendice, n^ 111.

* Villars avait prescrit le 31 août, à Do Bourg, de mettre deux cents che-

De ces deux points le premier est de beaucoup le plus important, et la faute de Max-Emmanuel est certainement la plus grave : s'il eut occupé Augsbourg, les hésitations de Du Bourg et le retard de Villars perdaient toute gravité ; tout pouvait se réparer par une bataille ; le prince de Bade, oblige de combattre sans base d'opérations et sans ligne de retraite, aurait sans doute été battu.

Villars, qui voyait ainsi lui échapper la victoire, se plaignit avec une extrême vivacité. 11 y eut entre lui et l'Electeur des scènes pénibles; le conflit fut encore aggravé par la présence de Ricous et la fâcheuse part qu'il y prit. Ricous, que nous avons vu jusqu'à présent si sévère pour le caractère, les hésitations, les défaillances équivoqucs de l'Electeur \ Ricous, dont les rapports avec Max-

vaux dans Memmiogen (Appendice, n« 112). Si cet ordre eût été suivi, le passage de l*Iller par le prince de Bade eât été signalé à temps. De même le 5 septembre, Villars, immobile à Zumershausen, expédia Legall avec mille chevaux du côté d'Augsbourg. C'était pourtant un bon officier ; il revint n'ayant pas découvert l'ennemi, qui, à ce moment même, se présentait devant la place avec un corps considérable et un grand conroi. A. Ë. Bavière, 48, f<* 314. Ce n'est pas d'aujourd'hui que date Tinsunisance des reconnaissances de cavalerie.

* La correspondance de Hicous avec la Cour renferme, entre autres détails sur l'Electeur, deux portraits de lui : l'un écrit en 1702, l'autre en 1704, par conséquent l'un avant, l'autre après ses démêlés avec Villars; ils sont d'une sévérité qui dépasse tout ce que Villars a jamais écrit sur le compte de Max-Emmanuel; nous oions à peine les reproduire : c II est faible, irrésolu, grand comédien, et avec son extérieur de probité et de bonne foy, n*a pas l'essentiel de ces vertus... Pour la solidité d'une alliance, c'est un esprit très-dangereux. » A. E. Bavière, 46, f» 159, et 48, f® 54^.

La correspondance de Ricous avec Villars n'est pas moins explicite, et de juin à septembre, elle témoigne chei l'envoyé d'une grande déférence pour le maréchal et d'une grande conGauce en ses talents militaires; le 24 et Je 25 août, il se plaignait encore que le détachement envoyé par l'Électeur à Villars fût trop faible, et après des phrases assez sévères sur le compte de Max-Emmanuel, il écrivait : « Si vous jugez avoir besoin de quelque chose, demandcz-ic nettement ; vous connaissez parfaitement le danger et l'impor-

Emmanuel étaient devenus si difficiles, que celui-ci, dans une lettre autographe du 24 août, que nous possédons ' , demandait son rappel; Ricous, changeant brusquement d'attitude et de langage, prenait parti pour TEiecteur contre le maréchal, soutenait ses résistances de l'autorité de son caractère diplomatique et, ce qui est plus grave, lui donnait raison dans les dépêches qu'il adressait à Versailles. La cause de ce revirement subit était un simple froissement d'amour-propre. Ricous, capitaine d'infanterie dans l'armée française, avait reçu de l'Electeur, par courtoisie, un brevet de lieutenant général dans l'armée bavaroise; il avait fait en cette qualité l'expédition du Tyrol. Les deux armées s'étant trouvées réunies le 3 septembre, Ricous avait prétendu faire accepter son grade de fantaisie par les lieutenants généraux français, et rouler avec eux. Ceux-ci avaient protesté, et Villars les avaient soutenus avec sa brusquerie ordinaire. De plus, Ricous, prenant son rôle militaire au sérieux, avait discuté les projets du maréchal^ proposé les siens, appuyé les objections inintelligentes de rÉlecteur. Villars l'avait remis durement à sa place, et s'en était fait un ennemi acharné. Ces difficultés intérieures s'ajoutant à toutes les difficultés de la situation militaire rebutèrent Villars ; après trois mois de fausses démarches et de plaintes stériles, se voyant acculé dans une impasse sans être certain de pouvoir faire accepter à l'Electeur les seules résolutions capables de l'en tirer, il pria le Roi de le

tance des aiïaires, ainsi décidez là-dessus, t P. V. Le langage de Ricous ehange brusquement après le 3 septembre.

^ On la trouvera à l'Appendice, n» 104.

JU^ CHAPITfiB IV.

rdever d'un oommandemeiit qu'il ne pouvait plus utiles ment exercer pour l'avantage de ses armes et pour sft propre gloire. Il écrivit en même temps à Chamilhrt, à Tallard, au duc de Bourgogne, pour d^ger sa responsaiuHtéé Dans une lettre particuli^ qu'il adressait au ministre, le 10 septembre, il semblait alter an-derant des ridicules insinuations de Saint-Simon au siiget de la marédiale et en faisait justice :

Ce ne sont pas des dignités que je vousdemanderai» Monsienr, mais une grâce que je préfère à tontes celles que je' peux espérer : c*est mon congé. Il peut être que ma liberté déjdaise au Roi, ce malheur me serait plus cmel que la ftiort, mais moins que la perte de ma réputation ; et je suis entré de douleur de ce qa^dle peut souffrir des butes que Ton a &ites malgré moi. Je suis tranquille sur Topinion qu*en a Tarmée entière, à laqudle ma conduite est connue, mais toute PEurope en peat juger autrement. En6n, Monsieur, que Ton dise si Ton veut, il vent revoir «a femme, que ma conduite sur la grâce que je vous demande soit désapprouvée, je ne m*en soucie point, pourvu que le monde entier n'ait pas lieu delà blâmer sur la guerre...

Je suis outré de douleur, écrivait-il en même temps au Roi, que TEurope entière puisse me croire capable des fautes puériles que nous faisons depuis buit jours. Ma réputation m*est mille fois plus cbère que la vie. . .

Villars était certainement sincère en tenant ce langage, empreint de sa personnalité débordante : le soin de sa réputation militaire était ce qui le préoccupait le plus; n'oublions pas que le pays était aussi intéressé que lui à ce qu'elle ne reçût aucune atteinte.

En attendant la décision du Roi, il voulut se relever par

VILLARS ET LELECTELIt DE BAVIKRE. Si5 un coup d'cciat. u Vous comprenez bien que je pi-êlende

ne perdre aucune occasion de combattre les t écrivail-îl à Dussou. L'illecleur ne paraissait pas aussi empressé, et Villars commençail à soupçonner sa Qdclité. II lui proposa d'abord d'abandonner corn|ilétenieat le haut Danube, de concentrer toutes les troupes bavaroises sur le Lech pour couvrir la Bavière, puis avec toutes les forces françaises de marcher sur Vienne, u C'est le Saint-Esprit qui vous inspire " , lui dit Max-C m manuel en l'embrassant. A la réflesion, on reconnut assez vite que le projet n'était guère réalisable, el l'on chercha tnieu\. Villars proposa alors de se porter sur Lllm, alin de rétablir les communications avec la France ; on y attendrait l'armée du duc de Itour^o^ne (oui en restant en mesure de combattre, sur la rive gauche du Danube, Styrum séparé du prince de Qade. Consultés par écrit sur ce projet, les yénéraux i'rannais l'approuvèrentpresqueà l'unanimité'. Mais Mas-Emmanuel protesta contre une combinaison qui découvrait la Bavière. Les tiraillements tt les hésitations recommencèrent. I/Élecleur montrait une séréuilc qui confirmait les soupçons de Villars et contrastait avec les cruelles agitations de son esprit. Le 12 au soir, il donna un concert auquel il fit appeler Villars a par une porte de derrière ». — u Ou il traite secrètement avec l'Empereur, écrivait le maréchal le lendemain a Chamillurt, ou il se conduit comme un homme qui a perdu l'esprit. Le mien n'est pas assez libre pour écouter tranquillement sa musique... Il n'y a pas de malheur comparable à celui de commander une armée ■ Voy. h l'AppcDdice, D" lt7, le procèi-verlitl de ce conaeil de gnem-

Véô CHAPITRE IV.

SOUS loi : il est tel, pour un honnête homme, que je préférerais Texil, la perte de mon bien, à celui de faire une campagne comme les dix jours que je viens de passer. An nom de Dieu, tirez-moi de cette galère! »

Cependant le prince de Bade restait immobile sous Augsbourg, se plaignant, lui aussi, de ses auxiliaires, il les trouvait bien lents à profiter du succès de sa marche audacieuse : (* J'ai accompli ma tâche, écrivait-il à l'Empereur, en m'assurant d'Augsbourg et de ses magasins. Je suis sûr de ne pas en être délogé, c'est à Reventlau et à Styrum à faire le reste et à compléter Popération par une attaque vigoureuse. » Mais ni l'un ni l'autre ne se hâtait d'exécuter le plan convenu. Styrum surtout, qui avait reçu pour instruction de suivre l illars sur la rive droite du Danube, et qui disposait d'une véritable armée , était le plus coupable. Immobile devant les lignes silencieuses de Dusson, il semblait avoir perdu de vue le but commun. Le prince de Bade lui adressait des appels pressants; enfin, le 17 septembre, sur un ordre catégorique de son chef, il se décida à se mettre en mouvement, il attela son équipage de pont avec des chevaux de paysan et s'ébranla dans la direction de Donauwerth; le sol était détrempé par les pluies, il fit très-peu de chemin.

Immédiatement prévenu, Villars comprit que Styrum se disposait à passer le Danube et à venir le prendre entre son armée et celle du prince de Bade. Il n'y avait plus un instant à perdre : ou il fallait se dérober à l'étreinte de ces deux armées, ou il fallait prévenir leur action combinée en attaquant celle des deux qui se disposait à mar-

cher ; c'est à ce dernier parti que s'arrêta Villars : il prit rapidement ses dispositions, sans donner à l'Electeur le temps de la réflexion. Le 18, il écrivit à Dusson, resté dans le camp de Dillingen avec huit mille hommes environ, de se préparer à suivre le mouvement des ennemis, et lui-même se porta à Donauwerth et y passa le Danube avec toute son armée. Dans la nuit du 18 au 19 il dépêcha un courrier à rÉlecteur pour l'engager à venir camper entre Merfingen et Donauwerth, en un point où il pourrait être à portée, soit de passer le Lech sur le pont de Rain, si le prince de Bade entrait en Bavière, soit de profiter du mouvement de Styrum pour l'attaquer. Quelques heures après, définitivement renseigné sur les positions de Styrum et résolu à le combattre, il écrivit de nouveau à l'Electeur pour l'appeler à lui; il croyait a impossible que l'ennemi pût éviter le combat v et engageait Max-Emmanuel à venir le rejoindre avec toutes ses forces. L'Electeur se rendit à cette invitation, sans empressement, assure Villars dans ses Mémoires ', mais poui*tant avec une certaine célérité. Dans la nuit du 19 au 20 septembre toute l'armée était concentrée sous Donauwerth et commençait son mouvement vers Hochstœdt ; en même temps Villars prescrivait à Dusson de marcher à la pointe du jour et de venir prendre à revers l'armée qu'il comptait attaquer de front : trois coups de canon devaient lui indiquer le moment de l'attaque.

Si ces dispositions avaient été exactement suivies, la

> Voy. le pusage (t. II, p. 117) où il afGnne qu*aprè8 avoir iniitilemeiit envoyé plntieurt officiers de suite chez l'Électeur, il fut obligé de se rendre liii*inéma à son quartier général pour le décider à marcher.

destruction de l'année allemande eût été complète. Elle occupait, entre Gremheim et Schweningen, une ligne perpendiculaire au Danube, sa droite au fleuve, sa gauche aux montagnes. Devant elle s'étendait la plaine d'Hochstaedt, sans up arbre ni un buisson, coupée, en son milieu, par l'insigniGante dépression d'un ruisseau de deux mètres de large. Au centre de ce vaste espace , comme un îlot sur la surface d'un lac, s'élevait le village d'Unterglauheim. Hochstœdt, gros bourg entouré d'un mur du moyen âge avec donjon à tourelles, était occupé par un détachement français . Dusson, parti de Dillingen avant le jour, avait massé ses troupes sous Hochstœdt; vers six heures du matin il crut entendre le signal de Villars, et marcha à l'ennemi, la droite au Danube; il put avancer ainsi jusqu'à la hauteur d'Unterglauheim que sa gauche occupa. Mais à ce moment il trouva devant lui toute l'armée de Slyrum, qui n'était pas engagée conire Villars. La disproportion du nombre était telle, qu'il n'essaya pas de lutter; chargé par plusieurs brigades de cavalerie, il se replia sous la protection de seize pièces de canon ; il rentra dans ses lignes , derrière Hochstœdt , non sans avoir été entamé. Six escadrons poussés par les hussards de Pallfy s'embourbèrent dans un marais où ils furent presque entièrement détruits : le régiment de Bourbonnais infanterie, et la brigade de Vivans cavalerie, qui formaient l'extrême gauche, furent coupés et ne purent battre en retraite; ils se jetèrent dans le village d'Unterglauheim, s'y retranchèrent et y résistèrent à toutes les attaques de l'ennemi.

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la pi lions.

^^hniien ^fcersl.

IILLAIIS KT LKLECIT.Ln BV. DAVJiaiE. 219 Vers huit heures et demie du iiintîn, les létes de colouae de l'armcc de Villars el de l'EIcclcur apparurent à Tapfheîiii ; nu lieu de trouver Styruiii aux prises avec Dusson, elles le trouvèrent dcliurê de son attaque, et reformant ses ignés pour résister à ses nouveaux adversaires, La cavairïc frAnçaise à droite, la cavalerie bavaroise à <jauche, {agèront immédiatement le combat sur les deux ailes : la plaine nue était éminemment favorable à leurs évolutions. Par leurs charges multipliées et brillantes elles culntcreiit la cavalerie impériale, débordèrent les lignes inemies, dolerminèrent un mouvement général de retraite s les montagnes boisées delà droite. L'infanterie francowvaroisc, fatiguée d'une longue marche, avait peine à * '«[livre les progrés de la cavalerie, elle fut peu engagée et perdit très-peu de monde ' ; vers le soir seulement, l'infan- ^^ lerie allemande s'éfant arrêtée à l'entrée des bois, et la ^^■EBvalerie ayant de la peiue à l'y suivre, clic joignit l'ennemi ^^Mt lui fit subir de grandes pertes. Le régiment de tlour- ^^■KHiDais, dégagé par la retraite de ses assaillants, sortit

^^^^ * 1 L'inHinlcric trin(a»e n'a |tas pu naiii alUqurr il citiist^ ite lu rnpidild ^^"^(! t« relirade. » (Lettre du colonel Schilt'mr/ von Cantisladt, dain Rucdkh, - Ouvr. cili, n* 12U.) KcctliT t publié en outre Ica rapports tie Sl;rum,ct du priiico do Sade: lU eonCrmenl les afanUgcB ririnportéi par VilUrs : • N'oub iioni ppnlti ili< 4,000 i ^1,500 liammei, écrll Bide i l'Empereur, cl reimemi n'a pus UOO liomtncs liera de cambal : ju oe uîb vraimeol il on peiil ■ppelcr cette aclïoo une Imluille... L'irmite de Sifnini, suas pool, Mn* ba][igei, uni iriîlk'rie, esI lion il'i'tut de donner jalousie à l'eDuemi, elle est presque bon de service (fisl iinlirauohbir).,. l<e marquis de Vil- Urt m'a Tail faire di-i complimcnli par mon Irotupotte , el m'a fait dire, ce qup je trouve uu peu liger pour un mar^ebnl do Franre, qu'il espérwl qoc je ne Ini en voudrait pas d'avoir aussi malmené le comie Slyruui, auquel il affirmail, sur sa parole de gentillomnic, avoir ■.■nteié Irenle-lroii casons, deui milte roiturci. et quatre mille liuil cents prisonniers, tu» compter les raorli. Je doute du nombre des voilures, inai* les autres cbiffrei loot bien prêt de la vérit<S. ■ KmsDEH, Ouer. citi, p. 339, X%S.

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d^Unterglauheim et prit une part active à la poursuite, ainsi que quelques escadrons de Dusson , accourus au bruit de la bataille. Styrum perdit trois mille hommes sur le terrain, quatre mille prisonuiers, toute son artillerie de trente-trois pièces, son équipage de pont et tous ses * bagages ; mais il se retira relativement en bon ordre, ce qui n'eût pas eu lieu, si l'attaque combinée avait été conduite selon les prescriptions de Villars * •

La victoire d'Hochstsedt, malgré ce contre -temps, fut très-glorieuse pour le maréchal qui en avait conduit toutes les opérations; elle;*endit à l'armée sa confiance ébranlée, •et rétablit momentanément la paix dans les états-majors. Mais la trêve ne fut pas de longue durée, et de nouvelles •divergences la rompirent définitivement. Villars, dont une des maximes favorites était que dès que l'on avait u imposé à Tennemi n , il ne fallait plus a lui donner le temps de reprendre cœur » , voulait qu'on poursuivît l'avantage

' Rien qu*il eût assez mal exécuté les îustruclions de Villars, Dusson «'attribua tout le mérite de la victoire : il se dépêcha d'expédier au Roi un courrier qui, partant de Diiiingen, avait l'avance sur celui de Villars et arriva avant lui k Versailles. Sa lettre (Pklbt, t. III, p. 955), où son rôle était entièrement travesti, eut un grand succès. Chamillart ne sut pas réprimer ce grave manquement à la hiérarchie, aux convenances et à la vérité. Villars dut se faire justice lui-même par une avanie publique, aux applaudissements des états-majors. (Voir ci-dessous, à l'Appendice, n° 130, et Mémoires de Viliars, t. II, p. 307.) — Chamillart ménageait Dusson, qui était son correspondant secret et le renseignait sur ce qui se passait à l'armée. Dusson se faisait valoir aux dépens de son chef; dès le mois d'avril il écrivait que Villars ne voulait pas la jonction avec l'électeur de Ravière et s'offrait pour commander l'expédition à sa place. Malgré cette malveillance préconçue, Dusson ne pouvait s'empêcher de rendre hommage au brillant «ourage de Villars : le 4 juillet il décrit une reconnaissance poussée par lui si près de l'ennemi, « qu'il pouvait compter les bataillons • , sans écouter Jes représentations de ses aides de camp, dont l'un, nommé Varaillor, fut lue. D. G. 1676, n» 137.

gagné sur Styrum, qu'on achevât de Técraser ; puis, comme la victoire n'ôtaitrien à la nécessité qui s'imposait de rétablir la communication avec la France, il voulait qu'après avoir écrasé Styrum en Franconie, on rabattit sur Ulm et de là à Villingen pour y donner la main au détachement qu'il attendait de l'armée de Tallard. Max-Emmanuel, an contraire, qui avait toujours les yeux dirigés du côté de la Bavière, voulait qu'on se retournât contre le prince de Bade et qu'on le battit comme on venait de battre Styrum. Le conflit reprit avec une nouvelle intensité. Après avoir essayé en vain de faire prévaloir ses idées, Villars déféra anx désirs de l'Electeur, mais avec des formes blessantes, refusant tout conseil, demandant des ordres avec une soumission affectée et railleuse , les exécutant de mauvaise grâce. La marche sur Augsbourg, ainsi conduite, échoua de nouveau; le prince de Bade refusa de sortir de ses Ugnes, on ne sut le contraindre au combat.

Ce fut au tour de Villars d'imposer sa volonté. Il avait reçu, le 3 octobre, la réponse du Roi à son courrier du 10 septembre, celui oii il décrivait en traits si sombres la situation militaire et demandait un congé. Louis XIV, ému, plus qu'il ne convenait peut-être, des faits qui lui étaient ^vélés, avait pris un parti extrême ; il engageait l'Électeur à traiter avec FEmpereur, et autorisait Villars à ramener tontes ses troupes sur le Rhin '. II prescrivait en même

' U lettre très-digne du Roi à TElectcur se trouve au Dépôt de la guerre : elle a été imprimée. (Pblrt, t. III, p. 905.) — Ghamillart fit en '"^e temps, et en très -bons termes, sentir à Villars que son devoir ^IvJt de rester à son poste : ■ Il sera temps de demander un congé quand l'imëe dn Roi sert en sûreté... faites en sorte de sortir honorablement de

Î52 CHAPITRE lY.

temps à Tallard de marcher vers Villiogen, toute affaire cessante, pour recueillir l'armée de Villars et lui rendre possible le passage des montagnes Noires. La victoire d'Hochstœdt avait si profoudément modifié la situation, que Villars prit sur lui de ne pas communiquer à rÉlecteor les conseils découragés du Roi, mais, fort des ordres qu^ii avait reçus, il déclara qu'il marcherait vers Ulm pour y recevoir le détachement conduit par Tallard ; il conseillait à l'Électeur, en l'attendant, de rentrer en Bavière, de concentrer à Munich ses forces dispersées, de s'y mettre sur la défensive ' . Max-Emmanuel cria à l'abandon, Ricous déclara que ce serait une honte pour la France que d'abandonner un allié aux vengeances de son ennemi; Villars tint bon, et Max-Emmanuel, plutôt que de se séparer de l'armée française et de crainte de la voir lui échapper, se décida à la suivre. Il laissa ses propres troupes en Bavière, sous le commandement d'Arco, et au nom de son rang, prit le commandement de l'armée française en marche vers Ulm. Cette résolution n'était pas du goût de Villars, qui, pour établir la communication avec Tallard, voulait être libre de ses mouvements et ne pas avoir à compter avec la pré^ sence odieuse et l'autorité gênante de l'Electeur; il reçut de

l'embarras où vous êtes; c'est dans les occasions didiciles où oo coonoît les grands iiommes. J'avoue que je n'aurois pas cru, lorsque vous vous êtes trouvé à Donaucsching, qne la guerre d'Allemagne se fût tournée avantageusement pour l'Empereur. » P. V.

' Dans un mémoire que Villars remit à l'Electeur pour développer ce plan, et dont nous avons la minute , nous relevons les phrases suivantes : • Il n'y a pas de faute légère ù la guerre... la plus capitale est de ne pas profiter d'une bataille gagnée, v Puis, faisant allusion aux négociations secrètes de Max-Emmanuel avec l'Empereur : « Il faut savoir faire la paix ou la guerre et ne point perdre ici un temps précieux. «

très-mauvaise grâce l'adhésion de Max-Emmanuel à ses projets; au lieu d'apaiser le conflit, Paçtion commune Taggrava encore. La situation n'était plus tolérable, les deux rivaux sentaient qu'une solution était nécessaire et s'adressèrent chacun de leur côté à la seule autorité capable de l'imposer, au Roi. Villars dépécha à Versailles son major général, M. de Fretteville, pour plaider sa cause auprès de Louis XIV; l'Electeur envoya Monasterol avec une mission analogue. Puis l'armée combinée commença son mouvement vers l'Uler.

Pendant trois semaines, on fit, entre Ulm et Memmingen, dés manœuvres incohérentes et inutiles, au gré des mouvements d'humeur et des caprices contradictoires de chefs divisés ; à la faveur de ces tiraillements , le prince de Bade, que la défaite de Styrum laissait en l'air sur les bords dn Lech, décampa d'Augsbourg et vint, sans être inquiété, passer l'Iller sous le nez des armées alliées. Il alla se cantonner le long du lac de Constance, entre Leutkirch et Altstiausen : non-seulement il y trouvait une région moins épuisée, mais il y menaçait les communications de Villars ; ceqn'il redoutait le plus, c'était la jonction avec Tallard. «Si cette jonction a lieu, écrivait-il à l'Empereur, nous serons à toute extrémité... Je ne doute pas que l'ennemi ne tente de détacher un corps sur nos derrières, auquel cas tontes nos dispositions seront bouleversées. » Louis de Bade jugeait Chamillart en homme de guerre, et ne tenait pas compte de l'obstination aveugle qui rivait à l'Alsace 'armée du duc de Bourgogne. A Versailles on ne compremi pas mieux que Max-Emmanuel la nécessité de rétablir

les communications de l'armée et de lui envoyer rapidement les secours suffisants pour terminer la campagne avec honneur. Rassurée par la nouvelle de la victoire d'Hochstœdt, la Cour avait changé d'avis, elle avait donné contre-ordre à Tallard^ et l'avait envoyé assiéger Landau ' ! Celte nouvelle déception mit le comble au mécontentement de Villars, il tomba dans un état d'agitation et d'irritabilité qui ôtait toute liberté à son jugement; toute manœuvre sérieuse était devenue impossible; il se borna à rester le plus près possible de la frontière pour y attendre la suprême résolution du Roi.

M. de Monasterol était arrivé le premier à Versailles; il y avait été précédé par les dépêches de Ricous, véritable réquisitoire contre Villars : tous les torts étaient attribués au maréchal, aucun à l'Electeur; pas un mot des fausses manœuvres de Max-Emmanuel, de ses hésitations, de ses secrètes négociations avec l'ennemi ; mais un tableau perfide de la conduite de Villars, dont tous les mouvements étaient attribués au soin de ses intérêts personnels. Les réticences y étaient habilement mêlées aux chiffres précis; on y voyait un souverain, allié de la France, traité sans respect pour sa dignité, sans égard pour la protection du Roi, abandonné pour des motifs inavouables; l'armée sacrifiée aux malversations de son chef, indignée et hunûliée du rôle qu'elle jouait malgré elle ^, Torcy n'aimait pas

* Tallard écrit à Villars le 12 octobre, devaot Landau, que vÎDgt-quatre heures après avoir reçu Tordre de le rejoindre et de régler ses mouvements sur les siens, il reçut contre-ordre et reprit sa marche vers le bas Rhin. P. V.

' Ricous au Roi et à Torcy, 10 et 30 septembre, il et 12 octobre. A. E. L'indignation que Ricous témoignait au sujet des bénéfices de Villars était-

Villars, il avait conservé un mauvais souvenir de sa diplomatie militaire et personnelle; il appuya les rapports de son subordonné : « Je ne vois rien de plus affligeant, écri* vait-il à Ricous, que le compte que vous rendez de la manière dont les affaires se conduisent, et malheureusement celui dont vous parlez fait lui-même sa propre condamnation par ses démarches. Le Roi n'oublie rien pour réparer le mal. n Monasterol trouvait le terrain tout préparé*.

M. de Fretteville, au contraire, trouvait des esprits prévenus. Les « démarches » dont parle Torcy avaient mal disposé la Cour; elles avaient trait au brevet de duc, si obstinément et si maladroitement poursuivi par Villars. N'osant plus le solliciter directement, après la rebuffade du mois de janvier et la un de non-recevoir du 8 juin, il l'avait fait demander par l'Electeur. Une première demande adressée le 12 juin n'avait pas reçu de réponse; Villars ne s'était pas rebuté : après le succès de Munderkingen, il avait prié rÉlecteur de renouveler sa démarche. Max- Emmanuel y avait consenti et avait chargé Simeoni, son envoyé intérimaire à Versailles, de rappeler au Roi sa requête '. De son côté, Villars avait écrit à Chamillart, à madame de Maintenon, présentant cette faveur comme nn

elle sincère et désintéressée? Il est permis d'en douter, en lisant, dans une lettre autographe qu'il écrivait à Villars le !23 août, après l'évacuation forcée ' d'Inspruck : c II faudrait des discours et non une lettre pour vous parler de tout cela, aussi bien que des contributions du Tyrol. Ce qui me fâche, c'est qu'il n'ait pas été question de me graisser la patte : on n'en aurait pas été quitte à bon marché, i P. V.

* Torcy à Ricous, 22 octobre : c Je crois qu'il vous suffit que le Roy 80it content de vous. > Id,, 31 octobre. A. £.

< Voy. ci-dessous, Appendice, n»* 9%, 95, 103 et 104.

moyen de plaire à l'Électeur; le contraste entre ces allégations, datant du mois d'août, et les conflits de l'heure présente, n'était pas fait pour atténuer l'effet de sollicitations fatigantes.

La défense de Villars, apportée par Fretteidlle et appuyée de son témoignage, était avant tout militaire; elle récapitulait les fautes commises^ les opérations manquées du fait de Max-Emmanuel, les succès obtenus malgré lui ; elle abordait aussi les questions personnelles, mettant en doute la fidélité de l'Electeur, la sincérité de Ricous et de sa subite conversion, le désintéressement des accusateurs ^ Il est certain que ce qu'on reprochait aux sauvegardes ^ de Villars, ce n'était pas le côté immoral de ce genre de pro-

> Le mémoire apporté par Fretteville et la lettre d*eavoi de Villars itont imprimés dans Pelkt, t. III, p. 966^977. Voy. aussi les lettres de Villars à ChamiUart des 21 et 23 octobre, dans Mémoires de Villars, t. II, p. 307,

- On sait que ce nom désignait des lettres que les chefs d'année donnaient, moyennant linance, à des communautés ou à des particuliers, pour les mettre à l'abri des exactions des gens de guerre : le plus souvent, le général plaçait, dans la maison ainsi protégée, un de ses gardes, (|ui prenait aussi le nom de sauvegarde. Cet usage était légal : les princes du sang mis à la tôte des armées le pratiquaient comme les autres, seulement ils en abandonnaient généralement le produit au maréchal ou général qui commandait sous eux. Pour démontrer la légalité des sauvegardes, il suffit de citer le passage suivant de la lettre écrite par ChamiUart à Marsin, le ^^ novembre 1703 : « Vous entendrez bien des plaintes contre le maréchal de Villars ; si on le croit sur ce qu'il mande, elles seroient sans fondement; il prétend avoir été fort modéré sur cet article. Le Roi, qui connoit votre désintéressement et votre pauvreté, m'ordonne de vous mander que vous fassiez en sorte de tirer desdites sau^ regardes ce qui vous sera nécessaire pour soutenir la dépense que vous serez obligé de faire avec ce que Sa Âlajesté vous donne, i — Quand le général en chef abusait de ce droit, outre qu'il nuisait gravement à son caractère, il portait atteinte aux intérêts de l'armée, en diminuant la source des contributions qui la faisaient vivre. On peut et l'on doit reprochera Villars d'avoir dépassé la mesure permise; il est certain aussi que les accusations de Max-Kmmanuel et de Ricous étaient fort exagérées : elles ne concordent d'ailleurs pas entre elles. Max-Emmanuel, comme on le verra dans

\ILLARS ET LKI-ECTEIR IIK BAVIlMiK, 257 I fits, mais le lorl qu'elles taisaient aux béuéficcs de l'élaU Lmajor bavarois. Quant à Villars, il ne les dissimulait [ pas : " L'Electeur me laisse les sauvegardes, écrivaît-il, ' desquelles je cous rendrai compte, car Je n'en veux faire aucun que le Roi ne sache. » Nous ne dissimulerons pas davanta<{e le sentiment que nous éprouvons; quand on a invoqué les usages militaires du temps, on a expliqué peutêtre, on n'a pas excuse cette extension abusive des droits de la guerre. Jugeons sévèrement les défauts de Villur», mais ne nous attardons pas à les analyser et ne perdons pas de vue ses qualités militaires ; n'oublions pas les grands services qu'il a rendus à la France, et lorsqu'au jour des grands périls, nous le verrons sauver le pays par l'énergie

«a leUrc Hu 15 novembre [Appendice, n° 131), évaluait k 700,000 floriu let profil! du mnrécliil. Kicoui écrivait le 15 novembre lU Roi (A. E.) ; > On sDppue qu'il emporte SOO.DOO écus. • Villars, dam un compte qu*iL priienta au Roi le U février 1703, en lui olTriiDt ses retenus ]iiii|u'i li Gn de II guerre {Mèmoiret de VUiart, l. Il, p. 335), accuie lui-mfine ua pTolil de SIO.UOO livrei.

Ce cliilTre ae pimit pu trùi-élai]|né de U vérité : en efTet. en 1701, la momeul de ton mariage, Villuri potiédait des cRpilaui plicé* en renloi, menhonnéi au contrat, pour ta lomme de 400,875 livres. La 20 août 1705, il acbeU la terre de Vaux, pour la lomme de 506,000 livres, et celle lamme n« pourail pu provenir loul entière des proGts de l'unuée 170J, car lot rente* ne Ggurenl plus dans l'invratiirc dresaé après décès du maréchot.

IVous aconi troufé et acquis à Londres unetiaite de papiers proveninl de Uariborough et qui jette un jour tout particulier sur ce celé des mceun ■illilâirei. Elle contient une partie des camptea de sauvegardes du •[énéni •Ogltis; ils iDul Icnui avec une grande régularité. La lettre était payée •ix plHolei, l'hammc une pi^lole par jour : la campa^pe de 1705 a rapports à Ibrlborough 3,Sia pislales; celle de 1706, beaucoup plut; le seul mois d« juillet se solde p4ir 1,088 pisloles. loil près de 20,000 livre*. Le secré- Uire du duc, Cardonnel, qui tenait 1» comptes, percevait une cammiuion. De plus, il lenible résulter d'une minute de lettre odresiée k l'intendant Srckendorrr le 32 avril t7ll, que Marlboroujjli touchait deui et demi pour segl dea luliiidei donnés par la reine d'Angleterre oui troupes alliées Jt M solde. • Il n'est pas besoin que ceci entre dini les convenlioni, dit la lellr«, feulement que vous l'insinniei 1 qui il appartiendra. *

des grandes résolution;, noos ne loi demandanoiis pas d'ajouter à ses mérites celui du désintéressement qui fiJt les saints, mais n'a pas suffi jusqu'à présent à &ire les grands capitaines. N'est-ce pas Villars qui écrivait un jour, comme pour fournir des arguments à ses défensoirs : « Qu'importe au Roi que l'on soit méchant I Vous trouverez les qualités du plus grand général du monde dUms un homme cruel, avare, impie. Qu'est-ce que tout cela fiât? J'aimerais mieux, pour le Roi, un bon général qui aurait toutes ces pernicieuses qualités, qu'un fat que Pon trouverait honnête, libéral, chaste et pieux. Il iaut des hommes dans les guerres importantes, et je vous assure que ce qui s'appelle des hommes sont très-rares. »

Louis |X1V était du même avis et prenait les hommes ou il les trouvait : il lui importait peu que Vfllars fit bien ses affaires, pourvu qu'il fît aussi bien celles de l'État. Seulement, dans la circonstance présente, les aflaires de l'Etat étaient compromises par une mésintelligence irrémédiable ; il sépara les deux rivaux sans prononcer entre eux et en donnant à chacun d'eux de bonnes paroles. A Monasterol, il déclara que l'Electeur aurait la satisfaction qu'il désirait, que Villars serait remplacé par le comte de Marsin, lieutenant général directement placé sous ses ordres. A Villars, il écrivit qu'il jugeait a plus convenable de l'employer ailleurs que de le laisser dans une situation à ne pouvoir pas lui rendre tous les services qu'il pourrait, s'il n'avait pas à combattre la mauvaise volonté des uns et le peu d'expérience des autres ». Il lui accordait a la permission qu'il avait demandée de rentrer en France, se réservant, lorsqu'il

serait auprès de lui, de lui faire connaitre toute sa satisfaction pour les services importants qu'il lui avait rendus n .

Sur un point pourtant^ le Roi ne fit pas la part égale ; il écrivit à l'Electeur une lettre autographe pour le féliciter de la victoire d'Hochstaedt, et ne dit pas un mot au maréchal de la bataille qu'il avait réellement gagnée.

Villars ne se méprit pas sur le sens véritable des communications du Roi. C'était un désaveu à peine dissimulé sous les formes courtoises de félicitations banales; il en ressentit un vif dépit. Le silence gardé par le Roi sur le succès d'Hochstaedt le mortifia d'autant plus qu'il le savait injuste; il s'efforça néanmoins de cacher sa mauvaise humeur et de donner le change à l'opinion à force d'assurance et de hauteur. Il voulut aussi, avant de partir, obtenir un dernier succès militaire, et il insista auprès de l'Electeur pour qu'on marchât au prince de Bade, affaibli par la garnison qu'il avait laissée à Augsbourg, et qu'on essayât de le jeter dans le lac de Constance. Après des tiraillements inévitables, la marche en avant fut décidée : Memmingen occupé, on prit le château de Grenenbach , puis la ville de Kempten qui capitula le 13 après une courte résistance. Cette petite expédition assurait à TÉlecteur la ligne de l'Iller et le mettait à l'abri d'un retour offensif du prince de Bade ; il se contenta de ce demi-succès et refusa d'aller plus loin. Villars n'insista pas et prit congé de Max-Emmanuel. Les adieux furent froids , quoi qu'en ait dit Villars dans ses Mémoires, et si l'Electeur pleura en embrassant le maréchal, ainsi que celui-ci l'affirme, ce fut de joie '•

1 Voyez à l'Appendice les lettres qu'il écrivait à Monasterol, 0^*131 et suiv*

Villars quitta Memmingen le 1? novembre , avec une escorte de deux mille chevaux, commandée par L^gall. ll.arriva le 20 à Scbaffbouse aana encombre et y trouva H. de Uarsin qui l'attendait avec un convoi portant 12 nul» lions en espèces pour la trésorerie de Tannée. A Scbaffhoose il était en sûreté; il y quitta son escwle qui rammia H. de Marsin et le convoi. L'Électeur alla au-devant dp nouveau général jusqu'à Ocbsenbausen ei l'y reçut le 21. L'entrevue fut des plus cordiales. Marsin rendt à Maz« Emmanuel, de la part du Roi, une patente de gén&alla* sime des armées françaises ; en même temps il ouvrit un paquet eacbeté que Louis XIV lui avait confié et y trouva pour lui un brevet de marécbal de France. Il avait le caractère doux et conciliant, et s'entendit trè^bien avec l'Électeur, quoique n'approuvant pas toujours ses projets. Les débuts de leur association furent beureux : en quelques jours la ligne de l'IUer fut solidement occupée, et Augsbourg repris ' ; la Bavière fut ainsi complètement mise à l'abri pour tout Fhiver. L'Electeur était enchanté; il écrivit à Monasterol des lettres enthousiastes où les compliments qu'il prodiguait à Marsin disparaissaient sous les éloges

' Lorsque Max-Emmanuel entra vainqueur à Augsbourg, un homme de quatre-vingt-deux ans lui remit le quatrain suivant :

Gostavam Aagustam Gastavas fecerat olim,

To facis Aagastam marte luo Bavaram.

Macte animo. princeps iovicte, Aagasta salutat

Te nonc Aagastam, moz qaoque CcMr cris.

lie nuurascrit (Archives nationales, Bavière, K. 1305) auquel nous cmpruo* toas cette pièce, explique le premier vers par la note suivante :

Quum anno 1632 Gustavus rex Suecis, victis prius austriacis copiis, ingrederetur viclor Augustam, quidam ex ejus civibus, per elegantem anagrammaHimom, pro Augutta vocavit Guslava.

qu'il se décernait à lui-même. L'année suivante on reprit les projets de Villars : Passau fut occupé; Tallard passa les montagnes Noires et vint joindre son armée à celle de l'Électeur et de Marsin ; mais les circonstances n'étaient plus les mêmes et les hommes étaient bien différents. Les alliés avaient concentré leurs meilleures troupes sur le Danube, sous le commandement de deux grands capitaines, Marlborough et Eugène; l'armée franco-bavaroise comptait beaucoup de conscrits et était conduite par un chef médiocre assisté d'auxiliaires sans caractère. Les manœuvres de l'Electeur, laissé à ses propres inspirations, aboutirent à un épouvantable désastre, et par une cruelle ironie dû sort, c'est ce même nom de Hochstœdt, illustré par Villars, qui sert à en conserver dans l'histoire la douloureuse mémoire.

Mais revenons à Villars : nous l'avons laissé le 20 novembre à Schaffhouse, d'assez méchante humeur. 11 y écrivit une longue lettre au Roi pour se justifier; assez inutilement d'ailleurs , car Louis XIV ne voulait ni exprimer un avis sur sa conduite privée, ni renoncera ses services militaires. U y reçut les deux lettres suivantes ' :

Mon cousin, j'ay reçeu la lettre que vous m'avez escrite du 23* du mois passé, par laquelle vous me mandez que vous passerez à SchafTouse le 1 5 du courant et que vous vous rendrez ensuite auprès de moy le plus tost que vous pourrez ; je me réserve à vous entretenir lorsque vous serez arrivé, mais je ne veux pas attendre jusques à ce temps-là à vous donner des assurances de

1 Les origioanz de ces deux lettres existent dans les Papiers de Villars, U seconde est entièrement autographe.

ses CHAPITRE IV.

la satisfaction qoe j*ay des services importants que voos m^ami rendus, et la présente n'estant pour autre fin, je prie Dmi qo*!! vons ait, mon consin, en sa sainte et digne garde. Escrit i Harlj , le 5 novembre 1703.

Louis.

A Ventillet, la i\ Dovemlm 1703,

Vous verres, Monsieur, par la lettre que je me donne Phonn^if de .vous escrire, que vons n'estes pas enc<Mre proscrit; si vous Testes ce sera par votre mauvaise santé, et le Rof esL aéra trèsfasché. S. H. m'ordonne de vous depescher ce courrier, pour scavoir, en vous exposant le véritable estât des affaires d'Italie, s'il vous convtendroitd'aller prendre le commandement de rarmée qui est sur la Secchia aux ordres de H. de Vaudemon^, doot la santé est si mauvaise qu'il demande avec lesdernières instances de retourner à Milan, où il pourra servir utilement en fiûsant fooroir aux deux armées les choses dont elles auront besoin. 11 seroit inutile de vous rien dire d'advantage sur ce qui le regarde, mais pour vous déterminer, il est nécessaire que vous soies instruit du véritable estât et des forces qui sont en Italie. . . (suit un exposé de la situation de Vendôme en Italie, menacé d'un côté par le duc de Savoie, de l'autre par les Impériaux : le corps de la Secchia est charge de maintenir ces derniers et d'empêcher leur jonction avec les troupes piémontaiscs)... Vous verres par ce récit qu'il faut des meilleurs ouvriers pour une pareille besogne; c'est pour cela que le Roy a jette les yeux sur vous. Si vous vous y déterminés, vous ne devés compter d'estre que huit jours au plus à Paris; vostre santé c'est ce qui peut vous empescher d'exécuter les ordres dé S. M. Si elle peut soutenir cette nouvelle fatigue, vous ne devés pas balancer un moment d'obéir ; trop de raisons vous y engagent, vous les connoissés comme moy, nous en parlerons, lorsque vous serés ici, avec plus de liberté et de loisir. Il fault Gnir comme vous avés commancé ; donnés moi une ré-

ponse positive, car le Roy est obligé de faire scavoir à M. de Vaudemont ses intentions sur la demande qu'il fait de retourner à Milan. Je suis et serai tousjours avec autant d'attachement que de vérité, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur.

Chamillart,

Je vous demande une copie de ma lettre que je vous ai escrite à la haste en sortant de chez le Roy dont je n'ay pu faire faire de mioutte, n'aiant pas de commis auprès de moi.

Tout en versant un peu de baume sur les blessures de son amour-propre, ces deux lettres ne satisfirent qu'incomplètement Villars. Les affaires d'Italie lui semblaient mal engagées ; la rupture avec le duc de Savoie aurait pu , à son sens, être facilement évitée ; elle compliquait gravement la situation. L'armée de Uaudemont était affaiblie et dispersée; Villars ne se souciait pas de faire une campagne d'hiver dans des conditions qu'il jugeait défavorables, pourvu d'un commandement qui, bien que séparé, relevait en quelque sorte de celui du maréchal de Vendôme. Il prit la poste pour Paris, et dès son arrivée pria le Roi de confier à un autre l'armée de M. de Vaudemont. Le Roi n'insista pas, moins peut-être que ne l'espérait Villars ; il donna au maréchal quelques satisfactions extérieures, l'invita à Marly, lui montra les embellissements nouveaux du parc, mais ne lui parla pas de guerre. Villars alla retrouver safenmie, revoir son fils, et tâcha d'oublier, au milieu des joies de la famille, les déceptions d'une campagne qui, commencée sous les plus brillants auspices, s'était

Mk CHAPITU 'lir«

tenninée par im atorteiDent deirt U «fttt la coMdaieedQ ne pas être seal h cause.

L*iiiiiiiiité de Villars et de l^éledear de Bawière ae detait pu forvivre aux firoissanents que nous temiia de raceoter : ki infortoiies eroissantes de Max-Kamnamiel devaient pourtant uo joor, en 1709, êmeotar mi cartam r^prod^nent. Batta i Bamillies, chaste de ses États, réduit i vivre des seconndii Roi, rÉleetenr promenait son nmolacre de sooveraineté et les resta de sa coor sur les contins de cette Flandre qn*fl avait tant djsi* rée ; il était i Hons qoand Villars y fut conduit par le développement de sa fortune grandissante. Le marédbal, trop cnidkment vengé, céda an bon moovonent de sa natore, et alh présenter ses hommages an prince errant et malheoreas : fl k trouva qui tournait des tabati^-es. Hax^EmaMnaod se jeta i soa cou en pleurant, reconnaissant qn*il souffrait d*avnir nég^gé s« conseils, le comUant de politesses et d*attentions; il le tt dîner avec madmnoiselle de Hontigny sa maîtresse, et lui donna, jea le quittant, deux tabatières de buis faites de sa main, le seul présent, dit Villars dans ses Mémoires, qu'il ait jamais voola recevoir de lui. Villars aura plus tard, à son tour, la bonne fortune de lui faire un présent plus sérieux : il lui rendra ses Etats héréditaires, par Tépée à Denain, par la plume à Rastadt. C'est sur ce service éclatant que prendront fin leurs relations.

^higinc et caractère des relations de Villars et de madame de Maintenon. — Leur correspondance de 1703 h 1708. — Pacification du Languedoc par rhabileté et la modération de Villars, 1704. — Campagnes de 1705 sur la Moselle, de 1706 et 1707 en Alsace et en Allemagne, de 1708 en Savoie.

Parmi les nombreux correspondants de madame de Maintenon, un des plus assidus fut le maréchal de Villars. Leurs relations avaient précédé leur fortune. Le marquis de Villars, père du maréchal, le bel Orondate, était des amis de Françoise d'Aubigné. Saint-Simon, qui a cherché à ternir le caractère de cette intimité, en a été pour ses frais de calomnie. Le jeune Villars fut introduit par son père chez la veuve Scarron, et il se noua, entre lui et cette femme qui, par son âge, aurait presque pu être sa mère, des liens que la mort seule rompit. Saint-Simon, qui, sous peine de ridicule, ne pouvait ici parler de galanterie, s'est rejeté sur l'intrigue ; il n'a vu dans cette loQgue et fidèle intimité que l'alliance intéressée de l'ambition et de la cupidité, de la bassesse et de la forfanterie. On n'a plus à défendre madame de Maintenon contre Saint-Simon ; . les savantes recherches dont elle a été l'objet et la publication de sa correspondance authentique ont réhabilité

Uê GHAFITIB V.

son CÉiaelire en le fintant miens eonndire* ; rifudun de YhhUme impertiale est fidfe; die proebune son ineoirtestaUe vertn, sa baafe rmstm^ sa piéfé sinoàre, son patriotisme éclairé. Le seul côté de sa vie qid dhmne encore Ben à des discussions contiadiclmres est son idie politi^ie : trop grandi par les ans, il est trop diminné par les antres. Sans prendre de réefles initiatives ni de reyonsahilités directes, madame de Ifaintenon savait exercer, sur le petit cercle d'hommes qui gouvernaient la France, nne influence d'antant mieux acceptée, qu'elle éti|it jlv» mesn» rée et plus discrète. Sa seule présence, même silenciease, au travail quotidien du Roi, était une ingérence ^fective : comment la croire sans action sur le langage d'un ministre qui tenait à conserver la &veur de ce témoin attentif, sur les décisions du Roi qui tenait à conserver son estime et son affection? Fidèle à ses amis, ette les soutenait et les conseillait ' : ce (ut le cas de Villara ; il est certain qu'dUe contribua à le faire agréer du Roi, à lui faire pardonner ses incartades et ses indiscrétions, à le maintenir à la tête des armées. Oserait-on lui en faire un reproche? Elle avait su discerner les aptitudes sous les dé&uts , reconnaître c?. qu'il y avait de bon, de courageux, d'heureusement avisé et efficace, sous ces explosions de la vanité ou de Tintérét : » Si on vous connaissait autant que moi, on vous aimerait beaucoup » , devait-elle un jour lui écrire ; ce qui ne l'empêchait pas de le morigéner à Toccasion , de calmer ses sollicitations, de lui donner d'une main légère et

* yjojet surtout le choix de lettres si judicieusement fait et accompagné d'une si remarquable étude par M. Gbfprot. Paris, 1887.

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