‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits; (volume 2)Chapitre 9 sur 10 · I. SQ · texte numérisé non relu

I. SQ

Cependaùt les fautes et les désastres se saccédaifHtf à Fannée de Flandre : les indédsions da commmdeiDeiit, partagé entre le dnc de Bourgogne, Vendôme, Benrid^i avaient amené la confusion et Tanardiie; la défiute d'Osdenarde avait ouvert la frontière : Boufflers était as«^ dans Lille, que son courage ne devait pas sauver ; le Hmroi et 'l'inquiétude étaient grands à la Cour. Madame de Maintenon écrit à Villars pour lui demander ccmseiL Du» la pensée du maréchal, est41 besmn de le dire? le seul remède à la situation était sa nominatimi au commsadement en chef de Parmée du Nord ; Técrire eràmeut, il n'osait; on va voir avec quel mélange de dé8inlâre8l^ ment et de calcul, de précision militaire et de hâUerie méridionale, tout en traçant, à grands traits^ un j^ de campagne dont chacun peut fidre son profit, il lame entendre qu*il est le seul w état d'en assurar Peséculioii :

23 août 1708.

Je reçois, Madame, avec une parfaite satisfaction, la lettre dont il vous a plu de m'honorer. En vérité. Madame, je suis transporté des bontés que vous voulex bien me montrer, et toutes les expressions sont inBniment au-dessous des sentiments qu'elles m'inspirent.

Vous me faites l'honneur de me demander. Madame, ce que je pense sur les partis que Ton peut prendre en Flandre. Vous serei bien persuadée que depuis que j*ai su Lille investi, j'ai été vivement occupé de ce qui pouvoit être le plus convenable à l'intérêt du Roy. J'ai pensé à ce qu'on pouvoit attaqua*, qui nous pût dédommager de la perte de Lille, et même dans Tespérance que la défense de M. le maréchal de Boufflers seroit assex longue pour revenir encore au secours de Lille, après

avoir pris ce qu'on attaqueroit, et je ne trouve qu'Oudenarde. Mais comme la prise de cette place mettroit Tennemi dans une mauvaise situation, il ne faut pas douter que même avant qu'elle ne soit investie, il ne marche pour la protéger. Je trouve donc qu'il seroit plus avantageux d'obliger l'ennemi, qui laisseroit la circonvallation de Lille garnie, à venir donner un combat pour sauver Oudenarde, que d'aller l'attaquer dans ses retranchements. Premièrement, parce qu'on le trouveroit plus faible, puisque ses forces seroient en quelque manière partagées et que celles du Roy seroient réunies. En second lieu, parce que l'armée de Mgr le duc de Bourgogne, faisant la diligence possible pour arriver sous Oudenarde, auroit au moins vingt-quatre heures d'avance pour s'y placer, avantage d'une si grande conséquence à la guerre, qu'on ne sauroit trop chercher à se le procurer.

J'aurai donc l'honneur de vous dire. Madame, que mon premier objet eût été de marcher à Oudenarde, en faisant des ponts sur l'Escault pour la jonction de M. le maréchal de Berwick avec Mgr le duc de Bourgogne, de marcher tous ensemble sur Oudenarde, laissant seulement un corps de huit à dix mille hommes de l'autre côté de l'Escault. Mais tout cela a du être concerté d'avance, et même doit être exécuté présentement. Ma pensée est que l'ennemi ne soufTriroit jamais la prise d'Oudenarde; car il est aisé de voir sur la carte qu'Oudenarde une fois pris, il n*a plus de retraite, et que pour le soutenir, il viendroit sans doute nous combattre avec le même désavantage que nous trouverons peut-être en l'allant chercher à Lille.

Voila donc quelle eût été ma première vue. Supposé qu'elle eût trouvé des difGcultés que je n'imagine pas, je ne balancerai point à vous dire qu'il faut donner une bataille pour sauver Lille. La gloire des armes, celle de la nation nous y oblige plus que tout. Et c*est ici que la grande maxime de M. de Turenne a lieu : « Qu*il faut combattre pour sauver les places importantes » ,

CHAPITKE V.

pQÏsque si vous ce combattez pas pour les premières, il Tau malgré que l'on en ait, combattre pour les secondes. Sur celu Madame, j'aurai l'honneur do voua ilirc que, prcnnnl congi d Sa Majesté, je pris la liberté de lui dire, lorsqu'elle se promenoîd dans les jardins de Versailles, que s'il y avoit une grande actioq en Flondre, j'osois me flatler que ses troupes m'y verroienl ave* joie arriver le malin de la bataille. Le Roy eu! l'exlrâme bonté i me répondre que ce plaisir ne serort paît pour les troupes seul»; ment, mais pour d'autres aussi, el pour lui tout le premier, t vérité. Madame, je me flntte toujours que le Itoi verra la can pa<|ne finir en ce pays-ci, et elle l'est (c'eût été sans aucune sorli de perle, sans la Irabison avérée du commandant d'Enilles), je n flatte, dis-je, de recevoir ua conrHer de Sa Majesté qui m'ordunia de me rendre en Flandre. Je vous dirai bien naturel lemenU Madame, que ce aeroit avec répngnauce que je preudrois l'ordii de M. de Vendôme ; mais pour ces grandes journées, je le HCrvl rai comme aide de camp et j'ajouterai que pour une bataille, ; croirois une aile très-bien menée par M. de Vendôme, l'autc par M. le maréchal de iteruick. Je le dis avec peine, mais je »ul forcé de l'avouer, après ces généraux, ma confiance n'est pold du tout entière pour la plupart de tout ce qui leur est suballerm Je vois depuis longtemps, avec une véritable douleur, le peu d sujets que le Roy a dans un certain ordre.

Que Sa Majesté ait donc la honte de voir h quoi je puis Inu être utile. J'ai, grAces à Dieu, la meilleure santé du monde; )é| ennemis du Koy ont quelque sorte d'opinion pour moi, et jcpoi dire avec vérité que jusqu'à présent peut-être, je suit le set général de TEuropc dont le bonheur  la guerre n'ait jamais & altéré. Poul-étre aucun n'a vu tant de petites ni de ;|raad4 actions, et soit subalterne, soit général, grdces h la bonté i Dieu, j'ai toujours vu fuir les ennemis devant moi. M. le duc d Savoye, dans la dernière occasion, étoit en personne à la li^lc de son armée. S'il y a quelque vanité, Madame, daasce que j'ai

rhonnear de vous dire, il y a au moins de la vérité, et je mets la irérité avant tout.

EnGn, je supplie Sa Majesté de compter sur mon zèle et sur i>ne application vive et entière à tous ses intérêts. Si Elle pouvoit jeter les yeux sur les dépenses de ses armées, Elle y verroit mon économie et mon attention continuelle à ménager ses finances.

Voilà, Madame, une très-longue lettre, mais puisse-t-elle arriver assez à temps, pour que Sa Majesté puisse faire usage de ma bonne volonté ! Elle est au plus haut point, ainsi que la parfaite vénération avec laquelle j*ai Thonneur de vous être dévoué.

Après avoir signé cette lettre, il semble que Villars ait craint de ne pas être suffisamoient compris, et alors, de sa grosse et détestable écriture, il ajouta le post-scriptum suivant, sur la signification duquel il est impossible que madame de Maintenon se méprenne :

Permettez-moi de vous dire, Madame, que Ton croit quelquefois bon de faire tenir les cartes à celui qui joue heureusement, surtout si Ton a remarqué que la confiance que donne la fortune n*empêche pas une extrême précaution.

Quelques jours après, dévoré d'impatience, il revient à la charge et indique qu'il se contenterait de commander une aile :

Du 2 septembre 1708.

Je vois. Madame, par toutes les lettres qui nous arrivent de Flandre, que tout se prépare au secours de Lille, à la vérité un peu plus tard que Ton ne Tavoit espéré; il eût été à souhaiter que, prévoyant de bonne heure les desseins des ennemis, ou Ton eût traversé leurs préparatifs ou du moins marché plus tôt pour troubler le siège ; le temps étant plus précieux que tout à la

310 CHAPITIE V.

guerre, puisqii^iui ennenii praid des pgéo q i HM M en faifiss jons qii*U ne ponvoit peat-étre ni imaginer m mettre en «H^se» s*il avoit moins de temps. Enfin, Madame, ee qoi me éomme de grandes eqièrances, c*est les forces prodqpevses fnele Rof met ensemble et des meilleures troupes dn rojanme* Mon pramer regret est de n*avoir pas Tbonneur de eommander cdie dea aika de Tannée qn*il eût pin à M. le dne de Boargogne el à M. de Vendâme de me confier, et j'aurai rhoBneor de vomi aasuerilBe pour pouvoir être de quelque utilité à Sa Hajeslé dans vne si grande occasion, j^anrms dbâi à M. de VenddflM comaiiele flM»di« de ses aides de camp. PermettesHOioi la liberté de voua £re. Madame, que je vous plains dans eette crise d*aSdres pba qw tout ce que je crois le plus à plaindre; la vivacité de votre alta^ dément pour le Roy, pour FÉtat, vous donne des monemcsila que le reste dn monde ne connail pas et qui preuenl d*a«taiil * plus sur votre santé que vous eommoMes par les cadier an Ray el à tout ce qui vous approehe. Dien vous donne tous les bonhems que vous mérites, mais surtout cdlui que vous m^rmea fepbSt c^est lapante...

P.'S. Je n*ai rien d'important. Madame, à me donner l'honneur de vous apprendre de ces pays-ci où les postes sont bien médiocres, mais où non-seulement le Roy n'aoroît rien perdu, mais où les ennemis pouvoient beaucoup perdre, sans la trahison ou foiblesse de celui qui défendait Exilles, lequel a livré la place lorsque M. le duc de Savoie était forcé d*en lever le siège. Si j'en suis cru, il sera très-sévèrement puni ' ; je commence dès à présent, autant qu'il dépend de moi, à faire sentir aux officiers qui ont signé la capitulation l'indignité de leur conduite.

Les courriers mettaient longtemps alors pour se rendre de Briancon à l'ersailles, et ces lettres n^étaient pas encore

' M. de LabonUf c, le malheveiix romoModut d'Exilles, Tôt condamné à la dégradation eU la pr:sQn, nais \lUars ciiipécba la i^fitcntion de ses biens.

parvenues à madame de Maintenon lorsqu'elle écrivit de nouveau à Villars pour lui dépeindre la situation critique de l'armée de Flandre : celte lettre s'est conservée, et nous sommes heureux de pouvoir la donner tout entière :

12 septembre 1708.

11 y a bien longtemps, Monsieur, que j'ai envie d'avoir Thonneur de vous écrire, mais j'ai été dans un si grand abattement depuis que notre armée s'est mise en marche pour le secours de Lille, que je vous avoue que je n'en ai pas eu le courage, et que je remettais toujours à me réjouir ou à m'affliger avec vous, quand nous verrions cette grande affaire décidée. Elle tire si fort en longueur que je ne puis plus attendre, et je pense trop souvent à vous pour ne vous le pas dire. Ce n'est pas à moi à raisonner sur ce qui se passe en Flandre, je vous en crois instruit, quoique vous en soyez loin. Il paraît que l'on a perdu un temps qui ne peut se recouvrer. La diversité des sentiments a tout gâté, et la pluralité des généraux n'est pas bonne. M. le duc de Bourgogne est bien à plaindre de commencer par quelque chose de si difficile, et de se trouver tiraillé entre tant de gens qui, je le crois, ont tous bonne intention, mais qu: voient différemment. M. le maréchal de Boufflers fait, à ce qu'on dit, tout ce qui est possible, et ne paraît pas encore bien pressé. 11 faudroit un miracle pour que Lille fût secourue. Cette grande affaire, Monsieur, qui fait toute notre attention, ne peut faire oublier au Roy ni aux honnêtes gens que vous avez sauvé le Dauphiné. Sans vous, toutes mes inquiétudes n'auroient pas été pour la Flandre seulement. Vous m'avez écrit, il y a longtemps, que le Roy en serait quitte avec M. de Savoye pour deux châteaux, et vous auriez encore mieux fait que vous ne le promettiez sans la trahison du commandant d'Exilles. Je suis bien en peine de votre conscience par rapport à cet homme-là, car je doute que vous lui pardonniez jamais. Vous m'avez attiré un remercîment de

8iS CHAPITIE V.

M. d'Artagnan. Je voudrais qoe les ofBems qui «erveal ««ee vons sussent les témoignages que vous lear rendes près du Bof » pendant que les autres généraux se plaignent souvent de eeu qui sont avec eux. Si on vous connaissoit autant qw WÊtm^ en vous aimeroit beaucoup. Vous aves trop.de bmité de penser à ma santé. Elle est souvent attaquée, mais jusqu'ici èOe se soutient. Je suis bimi véritaUement, Monsieur» votre Irèi-lnuiiUe et très-obéissante servante.

On regrette, en lisant ces lignes d nobreB, ai justes et si bien tonnées, qoe toutes les lettres antéiiemes aient dispara. CleUe4i, du moins, peut justifier VlUars dn vqptroche que lui a adressé Saint-Sunon, de se &ire valoir à l'aide et aux dépens de ses subordonnés. M. d'Arti^piaii, qpni fo, depuis, le marédial de Montesqnion, est nn àcB oiBci er s que Saint-Simon a le fdus opposés à Villars, josqi^à en fiure le vainqueur méconnu de Denain: on voit d^à, etott verra encore mieux par la suite, avec quelle réserve ces jugements doivent être accueillis ' .

Nous n'avons pas la réponse de madame de Maintenon à la lettre de llltars du 23 août. On peut en deviner le sens. Madame de Maintenon désirait voir appeler llllars en Flandre, moins par intérêt pour lui que par amonr du bien public ; Tarmée était du même avis, et son instinct ne la trompait pas. Le Roi se laissa facilement persuader; aus-

1 Voici les tenues mêmes d'one lettre de lllhrsan Rot, datée âm 12 aoàt 1708 : « Votre Majesté anm td dans ma denîère dépècbe à II. de Ghamillart comkîeB j'arois Ueo de me looer des difigeares de M. d*ArtagBao pour tootenir les panages qoî coopoieot la petite roate de BriaBçaa, q«e le cberalier de Sors, Bevteaaat-coloael de Vexia, le âesr de Betlai. eoomiBBdaBt do Castellas, aroieot défeodo avec beaoc— p de fermeté des postes ^ae les trnigmn aToieot attoqoés; il est kica ccfftaia qoe ce seeood oljcft de II. le doe de Saroje êloit des plos dangercox. « (11^ orig. P. V.)

VILLARS ET MADAME DE MAINTENOiV. 313

sitôt la frontière des Alpes fermée par la chute des premières neiges, il s'empressa de mander Villars à la Cour et lai donna le commandement qu'il désirait.

Les années qui suivent sont les années justement célèbres de la vie de Villars : il aura la rare bonne fortune de sauver son pays, dans une des crises les plus périlleuses qu'il ait traversées, alors qu'il avait à lutter contre la coalition européenne avec un trésor vide, un commerce ruiné, des ressources épuisées. Sans rien dîmiuuer de sa gloire, il est permis de se demander si Villars eût obtenu les mêmes succès s'il n'avait trouvé dans l'armée, à un aussi haut degré, l'esprit de sacrifice et le sentiment de l'honneur professionnel, s'il n'avait surtout senti derrière lui l'inébranlable fermeté de Louis XIV, s'il n'avait enfin deviné près du Roi la protection bienveillante, la raison consommée, l'activité discrète et vigilante de madame de Maintenon.

VILLAB8 BT MADAMB DB MAIVTBBOB.

Gtapi^pe de 1709. >- Diiette et mitère de renaée.— AelitHé de Un. — BiOaille de Mâ^kqmt. — Vakn, Uend, est perlé à Veiwabi.- Atleetiou et fiiveen an Rei. — Gampegae de 1710. — HhAmmi^ d^ Bogèoe preHMal Doeti, Béthaee. Aire et Sekl-Ve«rBt — ViBtfi lét^ leur nurelie. — Va ans eaax de Beoribevae. — Gaiipagee de I7lt« — Vaiart veut preadre reflenshre. — Le Rei refiise. — Marlbefeag^ Imm les ligMt, aiaiëge et predi Beoefaaia. — hJédabm de VUkn, m néeenteateoMet. — MaiiWroogii reteone ea Aagleiem.

Le 15 mars 1709, le maréchal de Viliars reçut du roi Louis XIV les lettres patentes qui le nommaient ancom* mandement de l'armée de Flandre. Thns jours i^rès, il

était à Cambrai, se mettant résolument à Tœuvre ; la tâche qu'il avait assumée était des plus périlleuses : aux rigueurs d'un hiver exceptionnel avaient succédé des pluies diluviennes qui rendaient les chemins impraticables ; la misère, la disette, qui désolaient tout le royaume, se faisaient plus cruellement encore sentir à Tannée. Les souOrances du soldat et de Tofficier subalterne étaient indescriptibles. Néanmoins, les eOectifs étaient complets et le moral excellent; mais, sans argent, sans vivres et sans moyens de transport, Parmée était condamnée à Pimmobilité et à Fimpuissance. Saint-Simon a accusé Viliars d'avoir caché cette situation, d'avoir trompé la Cour par ses fanfaronnades, d'avoir ainsi contribué à la continuation d'une

re mal engagée, d^avoir hésité à combattre pour dissir ses mensonges, el finalement mis au pied du mur, Hre fait battre par sa faute et d'avoir exposé le pays à icrils qui auraient entraîné sa perte si le maréchal de esquiou n'avait gagné, malgré lui, la bataille de in. En cette circonstance, comme en tant d'alilres, le 1 écrivain s'est laissé aveugler par la haine mesquine avait vouée à Villars, comme s'il n'avait pu lui parer d'avoir acheté au péril de sa vie et par des actions it les distinctions qu'il ne devait, lui, qu'aux subals services de cour rendus par son père à Louis XIH. le roman s'évanouit devant Thistoirc authentique. La spondance de Villars montre, au contraire, avec 5 sincérité, quelle prudence, quelle activité, le maré- $e rend compte de tout et rend compte de tout à la , sans illusion comme *sans faiblesse. Mais, en chef , voulant donner le change à l'ennemi et ne pas alarm pays découragé, il réserve ses confidences pour le le ministre et madame de Maintenon, a aux autres, lui-même, jeme fais tout blanc de mon épée et de mes is » , annonçant Tarrivée de convois imaginaires et de ms supposés, affectant la gaieté et la confiance, alors « passait de mauvaises nuits » dans l'inquiétude et ûsse. a Nous sommes dans les dernières extrémités, il, le 4 juillet, à Chamillart, je ne puis former aucun , même de défensive » ; et à Torcy, le négociateur de la Haye : a Je crois la paix nécessaire ; qu'elle ne u'un peu chère, elle sera bonne. » Mais tout en conit la paix, Villars préparait avec la dernière énergie

SIS CHAriTHE VI.

la reprise de la campagne, et lorsque les conditions hmâliantes exigées par la coalition lui furent connues, il la repoussa avec indignation et fut le premier à conseillera Roi un suprême effort qn'il se sentait en mesure de Iculer avec honneur.

La cwrresptmdanee de l'iliars avec madame de Maiolenon pendant l'année 1709, qui s'est conservée presque ta entier, oGfre conune an résumé de toutes ces péii|i^liei émouTantes; die contie&taussi la preuve que tout e^appo^ tant aux affiûtes puMiqnes une activité infatigable, Villv) n'oubliait pas ses iotéréls privés et continuait à eu conSer k soin i sa protectrice.

A Tnrwjr. le 3 Mril ITW-

rtffnai» par phnears lettres qae U. le doc d'Estnes et t ria aial; j'oae ne latter, Uadame, de l'bonneur de voire p^ ] tcctîon. Je ae prends pas U Iibvrl« do Jcuuodcf ma gotnexa^ ment à Sa Uajeslê. ne Toolanl pu l'impcKtoiier dans nn lonpi où Klle me fait l'honoenr de me charger de la pitu importante klTain; de rÊtal; mais, Madaine, si tous avei cette bonté, *oai piNirea dire arec Têrilê ijne de tous ceux qui oal l'Imnonir de wrtir ^ Uajestê dans les mânes emplois qoe cdni dont EQe m'tMnorv. aar«n asiarëme*! ne lu a été moias à cfaar^, d j'en romptenùs phisiears qni ont conté an Roj^ des sommes li pr\v.lî^;ie«5«« an delà dm snvtnn qne Sa llaiestë « biea Tonla m>p donner, qne nM» en senez étonnée. r«pmdant. Hndame, j'ai lonjonts sontenn nne très j r a nd< dépense, ie ne snîs ccpendaM pa» rainé, mat$ y ne janrwû imijïnrr qne le désordre et la dfesùputÎMK pùsjiMt étnr nn m ét i fc lyfa fc Roy.

^ doù anwr Hiinnit 4e vf«ï <fce. Hadune, ^ne je tronve W bv«pit&, $inMraliMnr«ft pntiant. dans ^ «tai hàca diSérent de ce

que Ton publie à la cour de Paris, et j*ose vous assurer, Madame, que le Roy aura une bonne armée à opposer aux ennemis ; et si leur orgueil les aveugle au point de ne pas vouloir une paix, non seulement raisonnable, mais avantageuse pour eux, j*cspère que Dieu me fera la grâce de contribuer à les punir. Il faut. Madame, ne rien négliger pour envoyer les fonds nécessaires pour payer la solde des troupes et des officiers; enGn, Madame, c'est une dépense de trois à quatre mois, car, avant ce temps-là, 00 la paix sera faite, ou une grande action nous délivrera, s*il plaît au Seigneur, de l'oppression. Je suis inquiet pour les vivres ; du reste, je trouve dans les troupes les sentiments qu'elles m'ont toujours montrés et je suis sâr qu'elles feront voir leur ancienne Ardeur; j'ose me flatter, Madame, que vous êtes persuadée de U mienne, aussi bien que du profond respect, etc.

P, S. J'ai eu l'honneur de vous dire. Madame, qu'en passant à Ljon, M. le cardinal de Bouillon me vint voir, quoique je n'eusse pas beaucoup l'bonneur d'être connu de lui. Il m'a fait prier en dernier lieu de supplier Sa Majesté, si je croyois le pouvoir faire, que pourvu qu'il n'approchât point de la cour, ni de Paris de quinze lieues, il regarderoit comme une grâce aussi nécessaire qu'agréable, de pouvoir aller librement dans le royaume, dans les lieux où ses affaires, ou bien sa santé, l'exigeroient. Pardonnez-moi la liberté. Madame, d'oser vous en parler, il me semble que c'est lui en donner une dont la plus grande partie lui avoit déjà été accordée.

En écrivant à Chamillart, le même jour, Villars parle aussi de son désir d'avoir la survivance du gouvernement dn duc d'Estrées^ et il fait observer que son cousin, le maréchal d'Estrées, ayant déjà un gouvernement de 50^000 livres de rente, il ne croit pas lui faire tort. Quant au cardinal de Bouillon^ il était en disgrâce depuis

318 CHAFITIB VI

plus de vingt ans, eulé ai j^rovince^ et lie povfiit se soler d'être éloigné de Versailles; il était, pomr le wwmai^ retiré à PaUbaye des BénédictiDes de la CSane, fth Lyon, et avait rencontré Villani revenant de V^nét d'Italie; il était resté en oonre^Midance amee InL Nseï avons plnsiems de ses lettres, une etân antres dn 13 oMi, i où il recommande an maréchal son aUbaye de Sanit-Want d'Arias, Aoat les biens, situés près de Lille, sonftetfl es la gneite, et qni ne prat plus « le seeoniir dans ses praK sants besoins » , qmnqn'dle ait éH yamp»4k « sa mèn nonnidère » . rignwe si Villars put fiûre restitaer an cardinal nne partie de ses revoms, mais il ne fnt pas heorvu dans sa tentative pour &ire adondr la sévérité de sonenL Madame de liaintenon lui r^iondit en effet, oonrrierpsur coorrier :

SanitfTil.

Voolex-vous toujours m^écrire en cérémonie. Monsieur le maréchal? Si vous continaez, je saurai bien aussi vous rendre le respect qui vous est dû.

M. le duc d^Estrées n*est point mort; ainsi, je n*ai rien k répondre sur le premier article de votre lettre.

11 n'y a que de vous. Monsieur, que Ton tire quelque conso* lation. Vous nous faites envisager que nous aurons une année; elle sera conduite par vous, et peut-être est-ce le point où Diea a voulu nous conduire, pour montrer les révolutions qa*il sait faire quand il lui plait.

Cependant nous joignons maintenant, an malheur de la goerre, la crainte de la famine et d*nn scorhut à rUôtel-Dien et aoi Invalides, qui nous annoncent la peste. Il faudroît votre coorage pour supporter de tels maux.

Le Roi presse le plus qu*il peut pour q«*oo envoie de Targeot,

et il me parait que M. Desmaretz cherche toutes sortes d*expédients pour en avoir. On vous aura bien mandé que la flotte est arrivée riche de plus de 20 millions pour la France. Je voudrois bien que nous puissions mettre la main dessus.

Ne vous mêlez point dans les affaires du cardinal de Bouillon. C*est un homme qui déplaît au Roi, et avec beaucoup de raison, et comme de mon consentement vous ne lui déplairez jamais, je ne lui ai pas dit un mot de cet article de votre lettre. Adieu , Monsieur le maréchal, la crainte de me retrouver en 1694 ne me met pas de belle humeur, mais je n*en suis pas moins votre très humble et très obéissante servante.

Villars se le tint pour dit et ne reparla plus du cardinal. Cependant, le mois suivant, Torcy recevait du Roi l'ordre de permettre au cardinal de s'approcher de la Cour de trente lieues. Saint-Simon, qui rapporte le fait, s'étonne que le Roi ait eu ce mouvement sans que personne lui en eût parlé. Il est probable que madame de Maintenon avait fait, en son propre nom, la commission dont Villars s'était chargé. Les vingt millions venaient de Lima et étaient arrivés à Saint-Malo ; ils étaient destinés à des négociants français. On discutait la question de savoir si le Roi pouvait légitimement se les approprier contre des billets, et les appliquer aux besoins de l'armée. Villars insista vivement pour qu'on fit cet emprunt forcé.

A Tournay, le 15 avril 1709.

La dernière lettre, Madame, dont vous avez bien voulu m*honorer, redouble mes peines par toutes celles que vous souffrez de rétat actuel des affaires. Il est certain que les craintes de voir manquer les bleds, n*est pas le moindre de nos malheurs, celui-là seul, auquel la bonté et Tapplication de Sa Majesté ne

ttê CHAFITIB VI.

penioit raiiédBer,la portarm plas qp^aseoM tÊimmkébmtmê pttx que la pitié pour sei poulet loi fini panlfane kioi aéw* • saii«« poiiqM k goerie noos Me fou kt BiofaM éttmmtk do grain» do p>fi toiageti^ oà khMMeeitf ipiiiJmt pnip anisi redontée qn*en Franee.

Mais si Twgaél et Fimipéié do cnneflûs fanr finit niprinr ee Bowean fléan de Dien» et ks porta i odhiier leus prtfm maHieniSy poor aogmenier ks nAties» fl fini espéiei qfm Um ne BOBS abandcmnera pas.

Je dois VOBS rendre rniOe très Imnkksgiieo de kfcoaléftt * wons aves de vouloir espérer qne je ponrrois eoalriiNMBr iiM révdntion. roserds me flatter qn*dk serat entière si DieD ans donnoit'nn avantage sor ks ennemis; nons aurons nne année, Madame, et je me flirte qae nons tronicr ons dans nos lros|ei nne ardenr qui jnsqno i présent ne ks a point abandottaén dans ks actions oà je me sitis troové» mais fl fimt ks noofrir^ ees troopo, et je ne pois ni ne dois vons eadier qn^fl b*| a encmne ancnne sorte de magasin assuré, ni pour ks piaees, ni poor Tarmée.

Vous me faites Thonneur de me parler de 20 millions arrivés en dernier lien, et vous dites que vous voudriez bien que Ton pût mettre la main dessus ; qui en peut empêcher? Voici le temps, Madame, où Ton ne doit omettre aucune sorte de remède, la vaisselle d*argent, s*il ne reste encore quelque argenterie dans les églises; enfin, rien n'est précieux au point de nourrir les hommes qui doivent combattre pour le salut de TÉtat.

La réponse de madame de Maintenon ne se fit pas attendre.

A Soint-Cyr, le 25 avril 1709.

C'est par discrétion. Monsieur, que je n'ai pas répondu plus tôt à votre lettre du 15 de ce mois ; j'ai su que vous étiez malade d'un grand rhume, je comprens que vous avez bien des lettres

à dicter, beaucoup de choses à faire et peu de temps à perdre ; croyez une fois pour toutes que si mes lettres pouvoient vous être agréables, vous n'en manqueriez point et que je croirois même faire une très bonne œuvre, en aidant par le moindre endroit celui qui soutient présentement toutes nos espérances.

Par tout ce qui me revient, il paroît que nous ne devons pas espérer la paix; nous en saurons dans deux jours davantage; la rareté du bled nous fait encore plus de mal que la guerre. Et ce que nos ennemis souffrent là-dessus n'est point une consolation pour nous.

J'avois oûy dire qu'on vous envoyeroit pour votre part 4 millions en piastres arrivés sur la dernière flotte, mais on me dit hier qu'il falloit façonner cette monnoye et que vous ne l'auriez qu'au commencement de mai, cependant les troupes souffrent de ces retardemens.

M. Desmaretz ne peut goûter la ressource de la vaisselle d'argent; il est persuadé qu'elle n'iroit pas si loin qu'on pense, qu'elle feroit beaucoup de bruit et de peine et qu'il faudroit plus de quatre mois pour la réduire en monnoye; l'argenterie des églises ne pourroit être mieux employée qu'à secourir ceux qui protègent l'Eglise, mais elle est bien moins considérable qu'elle ne le paroit, ce n'est, la plupart du temps, qu'une feuille d'argent sur du bois.

M. le maréchal d'Harcourt a peine à partir sans se voir assuré de sa subsistance, et il est difficile d'y voir bien clair dans ce temps ici.

Je sèche de déplaisir de tout ce que je vois et du peu de ressource que le Roy trouve, ce ne sont pas des matières qu'on doive traiter dans une lettre.

H. de Besons part au premier jour, le duc de Noailles partira le premier de mai, je ne crois pas que le M. duc d'Orléans parte sitôt.

La santé de M le maréchal de Bouffiers ne se rétablit points

m CIAFITIB Vî.

cedkwtjeMBsiiisfibUe; 3 •atfiwtiBliMfMrtMrwtcm pcii f «Me éam» les proipiitfci,

Vms b*«wi pts kmiB d'elle adié . Wfrifw k HMdA

wfj m ^*à prier Diea 4e i iMfcetlif «Me ¥wu. Je ne ■os plas f«e je dotie imr par iee ptek lieliiMii II ■

fVeHWS COSMUtfCSOMMI

La matière que nmJMmr de tfauÉenon n'oee fnûiar daai mie lettre eii eu» doute Pinqidéliide qae loi cause Féfat d'esprit dans lequel était ChamilkH. Le mimslre était épuisé de fiitigiie; brisé par les aoigaisses OMMales et le labeur idiysiqiiey obsédé par les lédamalioiis ^ptoUdfames de inilarsy impmssant à loi fidve partemr les solwistances indiqMisableSy il était vainca par mie tâdie a»-dessQS de ses finnees. Cepondant, les cbanees de paix dimimMâent diaqDe jomr, malgré la modératioii de Louis XIV. Tùtej était parti pour la Haye porteur de concessions saprémes et inutiles, llllars, ne pouvant rien obtenir par correspondance, vint à Marly : deux conseils de guerre furent tenus par le Roi avec lui, Harcourt, Boufllers, Chamillarl et Desmarets, en présence du Dauphin et du duc de Bourgogne. Le ministre de la guerre y fut très-malmené et de ce jour-là, sans doute, son changement fut décidé. lUlars, au contraire, sortit de cette réunion solennelle avec plus de force et d'autorité; un plan de campagne très-étudié qu'il avait rédigé (îit discuté avec soin, quelques mesures furent prises pour lui procurer des ressources, et surtout il semble qu'une certaine latitude lui ait été accordée pour s'en créer lui-même. De retour à son quartier général, il

redoubla d'activité et d'initiative, écrivant directement aux intendants des provinces, réquisitionnant les vivres et les fourrages, stimulant le zèle des gentilshommes et des volontaires, communiquant à tous l'ardeur dont il se sentait animé depuis que la guerre lui apparaissait comme inévitable. Dès la fin de mai, il se croyait en état de pouvoir manœuvrer et l'annonçait à madame de Maintenon :

A Douai, le 24 mai 1709.

Il y a quatre jours, Madame, que je ne me ilattois pas de pouvoir mettre Tarmée du Roy en campagne, et j*étois forcé de penser sur notre misère comme nos ennemis et comme l'on pense à la Cour et à Paris. J'ai été si outré de ne me voir que pour trois jours de subsistances et de pouvoir craindre que toutes les forces des ennemis, qui sont en marche, ne pussent entrer sans nul obstacle dans le royaume, que j'ai forcé nature : j*ai donc fait prendre d'autorité dans toutes les villes d*Artois et de Flandres, neuf à dix mille sacs de grain : on a travaillé jour et nuit à les faire moudre, et enCn j'espère marcher lundi prochain avec soixante bataillons pour occuper les premiers postes, et le reste suivra successivement, suivant le mouvement des ennemis.

M. de Bernières' revient d'une conférence avec deux députés hollandois ; ces messieurs lui ont dit que le dessein de leurs généraux étoit d'entrer dans le royaume. Il leur a assuré que je chercherois une bataille ; leurs derniers bonheurs et leur supériorité en nombre de troupes les flatte; j'espère que Dieu me fera la grâce de rabattre leur orgueil; du pain, de l'argent, tout nous manque, hors le courage et une très vive ardeur de bien servir le Roy et l'État.

1 Inlendant de l'armée de Flandre.

9» CBAPITIB VI.

ctêtittÊtÊÊÊ Mi lai éerifut Ift bdfekttra

Qoaai je poarroif dovier de ce fw io« fitaf, llMHiear (cr f«i M tt'erriferepes), noos eevoae eefes d'aiDensreiiiéariléei flNU fUMf tremef , d cvee fedUe adifilé uns uns étaniice étet de iwfceîiier qod^Mi jonii. Je vis, 3 j ipwlqoe taoye, ne lettre de IL de Ternean qn naadoil i i— dimr d*0 les pèbui Qlilei qoe fiow voitt di»iiei, et voire prodigien trav^ éerit font de même le eonlratre.

If« le prince Rngèiie dit hantement i le Haje 40*3- entrera en France; eemme rien n*édiappe i mes craintes, mon inquiétode est qn*il ne se mette entre vous et nons. Je n*ai osé ccMufier ma pensée qa*i mon ami, H. le marédial de Bonfflers, ajant peor que ce ne fât une sottise, mais il m*a dit qvece n*en étoit point une, et que ce seroit le plos grand malhenr qbi ponrrmt nous arriver.

Mon espérance est en Dieu et en vous, qui ne vous laisserez pas surprendre et qui ne pouvez être accablé que par le nombre; au reste, je ne cesse de persécuter le Roy, M. de Chamillart et M. Desmaretz, pour votre subsistance.

Nos maréchaux de France sont persuadés que si le Roy étoit bien servi, nous pourrions encore soutenir la guerre : ils ont. Monsieur, une très grande opinion de vous.

Nous eûmes encore hier un courrier de M. de Torcy; on croit toujours qu*on va apprendre la conclusion de la paix ou la continuation de la guerre, et ce n*est ni Tun ni Tautre; car, plus on accorde aux ennemis, plus ils demandent; ainsi, il faut de nouveaux ordres et de nouveaux courriers. Vous jugez bien. Monsieur, de ce que coûtent au Roy les sacrifices qu*il fait. Dieu veuille que sa santé n'en soit point altérée, vous souscrirez à ce souhait.

Ce sont de grandes extrémités de manquer d'argent et de pain.

il faut bien céder, quand Dieu se déclare aussi visiblement contre nous.

M. de Listenois, en me disant adieu, m*a prié, Monsieur, de vous le recommander; vous connoissez sa naissance, son courage et sa bonne volonté ; il auroit besoin de se faire nommer en bien après la ridicule aventure qui lui est arrivée.

Le maréchal d'Harcourt est en6n parti aujourd'hui, après avoir obtenu quelques secours, à force de presser tout le monde.

Il n'est question ici que de pain, M. Demaretz a donné des ordres pour en faire venir de tous cotés ; on croit pourtant que la récolte sera meilleure qu'on ne le pensoit.

On vous croit, à Saint-Cyr, un saint ; je voudrois que cela tût vrai, a6n d'attirer sur vous la bénédiction de Dieu.

A Saint-Cyr, 1q 29 mai 1709.

Pardonnez la liberté que je prens. Monsieur, de vous faire une recommandation pour un gentilhomme qui a épousé une demoiselle de Saint-Cyr, qui étoit depuis quatre ans auprès de moi; la lettre qu'il m'écrit pour m'en demander une pour vous explique mieux son état que je ne le pourrois faire ; nous sommes accablés de tous côtés et de toute sorte de misère, vous êtes généreux et vous avez de la bonté pour moi, ainsi je ne puis douter que vous ne fassiez le mieux ou le moins mal que vous pourrez.

Le beau langage de madame de Maintenon, la confiance qu'elle témoignait à Villars, le tableau qu'elle lui faisait des angoisses du Roi, tout était de nature à exalter son courage ; il répondit avec résolution :

Au camp de Lens, le 29 mai 1709.

Je vois. Madame, avec la plus sensible peine toute celle que vous souffrez de la situation actuelle des affaires, j'aurai l'honneur de vous donner quelque soulagement sur une partie de celles dont le Roy me fait l'honneur de me charger : je

$16 * eHAPITRS Vf.

» * ia''assare des vitres, et quoique tous oen si^ ksqods je emiplols

en partant de Harly muaient manqué, j*en ai troové de aooveanx

et j'en ai jnsqn^an 10 juillet. Quant aux fourrages, par Féee-

nomie que j*ai pratiquée dq^ près d*us mois, et par les ofdres

que j'ai donnés de m^tre toute la cavalerie an verd, dans des

quartiers i deux journées au plus du rendei-vous général, non

seulement j'en aurai autant que les ennemis, maia j*éparfM

tous les jours prèrde 100,000 francs au Roy.

Dieu veuille. Madame, que je puisse soulager non aeulement ses finances, comme j'«i ai déjà eu le bonheur qudqneCm, mais les soins dont un si grand et si bon Roy est cmellemait travaillé, à qu'il ait autant de bonté pour mci que nous lui en avons vu pour ceux qui le servoient plus mal.

L'on trouvera dans les troupes le lèle et l'ardeur qn'dies doivent i leur mettre et i leur patrie, et en moi, s'il plaît i IKen, les seiftiments que vous me faites l'honneur de me sonhaUer dans la conjoncture présente.

Je suis très redevable aux dames de Saint-Cyr, de ropinîon qu'elles veulent bien avoir de ma sainteté; je voudrois bien qu'elle fût fondée, puisque j'aurois pour mon salut et celui de rÉtat toutes les qualités nécessaires; quand je parle de mon salut, permettez-moi de me compter avant TÉlat; quand il ne sera question que de ma vie, je la mettrai à sa place, par rapport à ce que je dois au Roy et à mon pays. J'oserai toujours, Madame, me flatter de vos bontés que je mérite, par le profond respect et la parfaite vénération avec laquelle j'ai l'honneur de vous être dévoué.

Les ennemis n'iront point en France, Madame, et j'espère me conduire de manière, avec l'aide de Dieu, que je réprimerai leur orgueil.

Torcy, revenant de la Haye, avec le dernier mot de la coalition, avait donné rendez-vous à Villars, à Douai, et

passa avec lui la journée du 31 mai. Il lui fit conaaitre les dures conditions de Fenneoii : reddition des places frontières, restitution de l'Alsace, déchéance de Philippe V, enfin toutes les humiliations et tous les sacrifices que la coalition exigeait de Louis XIV. Villars ne put contenir son indignation, et, préjugeant Topinion du Roi, il lui adressa par Torcy une très-belle lettre ', dans laquelle, après avoir démontré en quelques lignes l'inutilité et le danger des concessions demandées, il affirma qu'il était en état de combattre et traça, à grands traits, un exposé des mesures à prendre immédiatement pour entrer en campagne. La réponse du Roi, datée du 3 juin, est simple et digne. Il approuve Villars d'avoir compris qu'il ne pourrait accepter des conditions aussi fatales à la France, et lui donne ses instructions pour l'ouverture des hostilités.

Cette lettre fut suivie d'un billet de madame de Alaintenon * :

A Saiot-Gir, ce 6 juin 1709.

Nous ne parlons plus que de guerre, et il me parait que tout le monde s* anime pour trouver de l'argent ; chaqun offre sa vaisselle, nous verrons ceux qui la donneront les premiers; vous croyés bien, Monsieur, que notre maréchal de Boufflers ne sera pas le dernier. M. des Maretz me paroit bien occupé de vous envoyer des bleds. On conte beaucoup sur la Bretagne. On dispute souvent s*il faut une bataille ou s'il n'en faut pas : je suis bien en repos là-dessus, quand je pense à ce que vous m'en avez dit; Dieu veuille que vous soies bien secondé!

> Imprimée dans les Mémoires de VilUtrs, t. III, Appendice; la réponse do Roi se trouve dans Pblet, t. IX, p. 24.

* Original autographe P. V. Nous en respectons l'orthographe. ^

8S8 CHAPITIB VI*

Je prends la liberté, Mont ionr, de vciom recommeader ML k eonte de Lide» firère de mon amy H. TEresqne de Quorlm : fm entens dire du bien i tons les ginèranx sons kifiieb 2a serti; il y e très longlanps qn*fl sert» el 11 avance nfmtfÊtm santé snceombe avant d*avoir UL moindre fiMrtnne : fl n*eitpiik senl dans ee cas, et Ton n*en voit qne trop de rebâties.

Vons ailes avoir de grandes a&ires snr les bras, Diea^vesflk vons protéger dans h bonne canse fne voos sontenes : je sonlttiMe pins qne personne qne nons soions benrenx» et qne noai le soioas par vous.

Eneoiiragé par ce langage, par les expressioiis encore phia bienveillaiitea dn Roi et dn nûnmtre, ISDars peoM ipie le moment était bien dunsi pour demandfer mie finrenr. Il écrivit à madame de Maintenon qn*ayaatà combattre des gâiéraoK teb qm^ llarilxiroagh rt EogineytevêtQs de fontm lea dignités et des i^na grandes charges de lemrs eomVy il se amtirait phon tout s'il recevait qodqne grèce du Roi, et qu'inférieur à ses rivaux sous le rapport des effectifs et des subsistances, il trouverait raisonnable d'être fait leur égal en dignités. La charge de premier gentilhomme de la Chambre était vacante par la mort du duc de la Trémodle, il la demanda. Le Roi répondit lui-même qu'il en avait assuré la survivance au fils du duc, au prince de Tarente. llUars demanda alors la pairie, « pour lui porter bonheur au début de la campagne « , de même que « le duché lui avait porté bonheur « pour la campagne de 1 705. 11 rappela même à Chamillari le désir et le besoin qu'il avait d^un c bon » goovemement. A ces demandes importunes^ le Roi fit la sourde oreille, et madame de Maintenon répondit par une leçon dont cm admirera tout à l'heure

\1L1.1RS ET MAUAAfE DE MAIVTEVOV.

1 parfaite i

: e[ le bon goût. Entre temps, la dis-

■ mesure t

grâce délînilive de Cliamillart était survenue, et l'oysin avnit été appelé à le remplacer. Voysin était fort des amis de Diadamc de Maintenon, qui avait contribué h sa nomination i'I attactmit un grand prix à ce que Villars, l'ami de Chamillart, lui Ht us bon accueil. La correspondance du mois de juin roule sur ces divers sujets, et s'occupe aussi du prétendant Jacques III, qui, sous le nom de clievalier de Saint-Georges , avait voulu suivre les opciations de l'année de Villars. Nous la reproduisons sans autre commentaire.

Un cnrnp lie Uas, le 6 juin 170»,

J'nvDJH pris la liberté de vous demander. Madame, l'honneur de votre protection poar la cliar<|E^ de premier uenlilhommo de la Cliambrc, Le Roy me fait l'iionncur de me mander qu'il en a honoré M. le prince de Tnrente; je vous assure, Madame, que c'eût été fort bien de la vendre bien cher dons la eonjoucture présente, carie Roy a plus besoin d'arjjent que de gentilhomme de la Chambre.

Je n'ai pan voulu. Madame, lorsque le Roy m'a honoré de la plus <}rande et delà plus diffirile conimissioa qu'il puisse donner daus le royaume, qu'il fût dit que je lui demandn.t.ie la moindre grùre, et je n'aurois pas pris la liberté de lui parler de celle de premier ,<teDtilbommc de la Chambre, si l'on ne m'eût écrit que trente personnes la demandoienl.

J'o»e vous dire, Madame, que si je n'avoîs pas été en ces psys-ci, l'armée du Roy se seroit peut-être dissipée, faute de pain. J'ay pris la liberté de maudur à Sa Majesté le 22 mai, que je n'atois que deui mille huit cents sacs de farine, c'est-à-dire moîus de trois jours de subsistance pour son armée.

f tty rassemblé les intendans, dont le zèle et l'industrie éloient (dt, pour avoir nourri les troupes tout l'hiver sans le secours

tfi CVAPITIB n.

mm WHÊmmtmmmmmWf ^ wm «■

ftAk9è éPmtlmm ce fi^a fini pMr «nnin MbilMlIn ramée Ai laf em empagae*

Hm fiuil pas loofMrv faire laat nasMar i FImmum fK 4aeraifeqae la ieak Ivoire le aièae;€e|WidaBl cet Halu a M l i IWlifiéa de nioa 1^ et nu Cdâité poor le Bi^» aM aaaIiadM toejoart; aiait ^paad on S4»ige i tootet les diargci, Ogàkf bieoi^ boaneors qae le Roy a doaoés i tant de nMurédiin II France qu*Û a été obligé d*6ter da senrice!

Snr tooi ces discoars. Madame» qui sentent ranUlioa, lu Dames de 8aint-C jr ne me croiront plus n dévot ; je ne me éooae pas poar lelt Je me recommande pourtant bien i Dm» et i foos aussi, et J^ose vous demander un peu de refleuon sar les taea d'ambition et d'élévation, et le bonheur des deux généraaxfa^ J*ai devant moi. Voules-vous que je leur dû^nte de fortase^ Quelque chose, Madame, pour m^égayer un pea le cœur qn laisse pas d'être parfois centriste! en vérité, Madame, e' moins par ambition que pour me mettre «n bonheur. L*oa voua mandera pas que je paroisse triste à Tannée, et j*ai appri^^ à 1108 troupes la noble, juste et sage résolution que le Roy avoi friM\ d'une manière à réveiller Tardeur ; la mienne sera too — journ conforme à mes devoirs, aussi bien que le profond respect <»l la parfaite vénération avec laquelle, etc.

A Ifarlj, ce 14 joia.

Je viens de voir un moment M. de Bemières, il chante vos louan,^%^ ; l>ieu veuille» \lon;s^itHir, qne vous soyei aossi henrenx que vou» méritée de Tecs^lre. Vous failles bonne mine et voos aves ^r^ude r«i$^Hi» niab vous sentes U^ poîd de le pins importaBle et lik' U )du$ diKeile aflain^ qu'un homme pusse evoîr entre les mains.

V\m$ aurèrji et;^ Gkbè de M. ChamilUrt^ maïs le Roy a esté %^itH^^ de ;jae readr^ à b v\>ix psMîque; j^er^père q«e M. Voysin $'';àKAllr« UKHIJ^ et stw^ira phfe$ iivesnest.

Je suis bien aise du commerce que vous avez avec AI. le maréchal de BouflQers, il peut vous donner de bonnes veûes et vous saurés bien en proGter : sa probité et son zèle lui font passer de mauvaises nuits.

L.a reyne d^Angleterre m'ordonna hier de vous conjurer de sa part de bien traitter le chevalier de Saint-Georges que vous aurez mardy : il marche avec peu d'équipage : il fera mauvaise chère : J6 suis assurée que vous ne vous embarrasserés pas de luy ; il a UQe grande passion de vous suivre partout, et le Roy dit que, si cela est, il aura un peu de mouvement.

C'est un avanturier qui n'en sauroit trop faire : s'il périt, il ^^a plus besoin de rien; s'il vit et qu'il vous suive, il aura une l'éputation qui contribuera à le restablir.

La Reyne vous demande de lui donner vos avis, de le reprendre s^il manquoit à quelque chose, et de le faire aller aussy loin ^Q'il doit aller; vous le trouvères, je croy, bien disposé.

Je n'ose vous rien dire de moy, Monsieur, je ne vis pas depuis que je vous sai à portée d'une action ; mais je me console par vostre sagesse qui sait fort bien cognoistre le péril, quoy que les discours marquent la confiance.

Les bonnes âmes ne cessent de prier pour vous ; on me paroist très occupé de vous envoyer tous les secours qui seront possibles.

{Orig. autogr, P. V.)

Au camp de Lens, le 16 juin 1709.

Je crains, Madame, que les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire ne vous ayent fait quelque peine, et que vous n^ayez desapprouvé de me voir des désirs, dans des temps oà je n'en dois avoir d'autres que de pouvoir rendre au Roy et à ma patrie les plus grands et les plus importans services. Je vous assure. Madame, que j'ai été forcé par beaucoup de gens, et d'ici et de Paris, à demander cette charge au Roy : je résistai et

enfin je me laissai aller; après cela^ Madame, pardonnei-moi U liberté de le dire, dans tous les temps, mais surtout dans ceux qui sont aussi difficiles, l'intérêt de Sa Majesté, les mérites personnels et la vertu doivent être les seuls degrés pour les honneurs; croyez-vous. Madame, que les deux derniers maréchaux' de France réveillent Tardeur dans les officiers généraux? aussi dois-je prendre la liberté de vous dire qu elle est très-médiocre; les vérités ne vont pas bien avant à la cour.

Voilà un nouveau ministre dont je connois le mérite, j'espère qu'il ranimera; je ne sais si, depuis la retraite de M. de Chamillart, Sa Majesté aura vu mes dernières dépêches ; je serois bien ildié que quelques traits sur l'ambition lui euaseni déplu : plât àDîeo que tout le monde pensât comme moi sur le bien du service, U gloire du Roy et de la nation ; j'ai bien des défauts, mais, grâces à Dieu, fort peu de ces côtés-là.

Enfin, Madame, nous voici à la veille des grandes actions, et qui peuvent décider du salut de TÉtat, je prends la liberté de mander à Sa Majesté ce que j'estime nécessaire pour soutenir nae ardeur qui tombe dans plusieurs, mais je demande en grâce que ce que j\i^ Thonneur d'écrire à Sa Majesté soit tenu dans le pins *îrand secret. Pour moi. je ne demande à nos François que le coiira»^e que je leur ai presque toujours vu, et au Roy, du pain et un jvu d'an^enl pour ses troupes. C'est ce que La Coutore apjvloil i Fèloile de i?ayetê - , et cette étoile a médiocrement éclairé nos troupes depuis six mois : citer La Couture dans une leltrt* que j'ai l'honneur de vous écrire, n'est-ce pas contre le rvs'jHVf* \oilà bien des pardons que j'ai à vous demander. En xcriîe, \|jiJaau\ j'ai de dans de véritables s^iuffirances depuis h«:i -v^urs, et v^ù j*aun>i> eu .-:nnJ besoin do courage et de l'esprit

^'^•i^^f*-^:? -•:«*«,• J* iWf'.Nt if \I*r-T*ai. créé mtréclial de France ts> 1$ >T- r r\VS, .-5 Jkw* IUx ï if Kei.««5, erfrf le 15 maî ITO'i^. Vil-

«,>;*;., ^< irr^f* » ^e^^•îcc^.»î ïe fxî s«$ ïn-kite. V#y St3rr-Soi.>ï, t. \*ll.

que les lettres dont vous m*honorez savent inspirer; car on 8*opposoit aux postes que j*avois résolu de prendre, et j*ai été obligé, comme il m'est déjà arrivé bien des fois, à me déterminer sans consulter davantage; j*espère que tout ira bien, et que Dieu nous aidera ; je le prie de conserver la santé du Roy et la vôtre contre tant de diverses agitations ; j'ai le poignard dans le cœur quand je suis forcé de les augmenter, mais je tromperois dans les plus importantes occasions si je ne Tavertissois des périls que font toutes nos troupes en Espagne. J'aurai l'honneur de vous dire, Madame, que j'écrivis il y a un an une dépêche au Roy, dans laquelle j'expliquois très-précisément que les ennemis attaquoient l'Espagne par la France : cela est marqué présentement; et par conséquent la conquête d'une place en Espagne est bien indifférente, vu la thèse générale.

Au camp de Leoi, le 17 juia 1709.

Vous m'ordonnez, Madame, d'avoir une grande attention pour le Roy d'Angleterre, j'espère que ce prince sera content de mon extrême application pour tout ce qui pourra lui être utile et agréable, je me ferai un très-sensible plaisir de remplir sur cela tous mes devoirs.

Vous m'avez fait l'honneur de me parler de M. le marquis de Listenois et de M. le comte de Lisle, frère de M. l'évesque de Chartres; j'ose me flatter. Madame, que vous serez bien persuadée de mon attention à vous donner des marques de mon respect sur tout ce qui peut regarder des personnes honorées de vos bontés.

Je ne connois pas fort M. le comte de Lisle, mais pour M. le marquis de Listenois, qui a servi plusieurs campagnes avec moi, je dois avoir l'honneur de vous dire. Madame, que Ton ne peut EU monde avoir plus de courage, plus de bonne volonté, et d'en- /ie de bien remplir tous ses devoirs. Selon les apparences, dans îbrt peu de jours, chacun aura occasion de montrer son zèle.

ZM CHAPITRE VU

Dieu me fiuseU grâce de rendre le mien alQe «n Roy et 1 ritat, et me donner les occasions de m&iter vos bontés el llioiuieiir àt votre estime.*

II est vrai» Madame» que je sniil très-fitelié que M. de QumBh Urt ait pu s*attii!«r la disgrâee de Sa Majesté. Vous nies, Madame, ce qoe j*û en Thonnear de Vons dire, quand uni aves eu la bonté de m'en parler i mon dernier voyage» ses istoh tiens et son sèle étment teb que Ton ponvoit le soobsiter; se croyant pas volontiers : pour moi je sais bien qa*il ne m*a {sniii cm ; j*étois fort raccommodé avec Ini de cet biver» je conqpiaii fort sur son amitié, j*ai pour principe de dkerdier toejosn à m^attirer celle de ceux que le Roy bonore de la première eoafiance ; j*étois des, amis de M. Voisin, ^ je suis persuadé que e*cil un bon cboix ; qu*il ne se laisse pas subjuguer aux oonrfitiM; c*est un dangereux écueil pour quiconque veut bien sertir mb maître.

J*ay rbonneur de vous estre déroué, Madame, avec tout le respect et la vénération que je dois, etc.

Le 19 jain 1709.

II est vrai, Monsieur, que vos dernières lettres m^ont afUigée en ce qui a rapport à vous ; je voudrois bien que vous n^augmeotassies pas les peines du Roy en Texposant à vous refuser quelque chose, et je voudrois bien aussi que vous n'eussiez point d'autres inquiétudes que celle de la place où vous êtes ; il me semble qu'il y en a bien suffisamment pour vous occuper et pour vous faire oublier vos intérêts particuliers ; le salut de TEtat est entre vos mains. M. le maréchal de Boufflers m'assure tous les jours qu'il ne conoit personne qui en sache plus que vous sor la guerre; votre activité a mis l'armée sur pied, votre vigilance ne vous permettra jamais d'être surpris ; il me paroit que le Roy, M. Desmaretz et M. Voysin, ne songent qu'à vous envoyer de l'argent et du bled, et à rendre ces secours fréquents, ne pou-

vant les faire si grands qu'ils voudroient : tout cela entre vos mains me donne de grandes espérances, et elles seroient bien remplies, si notre état n'empiroit pas. Je suis assurée que votre grand cœur envisageroit quelque chose de plus, car il ne se contente pas de médiocrité, c'étoit le terme d^une folle de la cour, que je puis citer puisque vous citez la Couture. Vous avez grande raison de demander le secret sur ce que vous avez mandé au Roy, qui regarde quelques particuliers, mais je crains bien qu'ils ne vous donnent pas de satisfaction, et que ce soient toujours les mêmes dont nous avons oûy parler dans les campagnes passées. Le Roy a su tout ce que vous avez adressé à M. Chamillart; cela ne se pouvoit autrement, mais je puis vous assurer que vous ne lai avez point déplu, et quand vous auriez quelque défaut personnel, il est bien persuadé que vous n'en avez point sur ce qui regarde la capacité et le zèle ; j'espère que notre nouveau ministre sera moins lent et moins abbatu que Tétoit l'autre, ou du moins que ce ne sera pas sitôt. 11 est fort de mes amis, et je vous prie. Monsieur, qu'il soit des vôtres. Le Roy se porte fort bien, malgré toutes les inquiétudes raisonnables qu'il a sans doute, quoiqu'il ne les montre pas. Vous n'avez point besoin. Monsieur, que je vous inspire le courage et l'esprit, mais nous en avons un grand que Dieu vous conserve, et qu'il veuille bien soutenir la bonne cause'.

Au camp d'Aunay, le 25 juin 1709.

Je n'ai pas eu l'honneur de répondre, Madame, à la lettre dont il vous a plu de m'honorer sur l'arrivée du roy d'Angleterre dans cette armée. J'ose me flatter, Madame, que vous avez été bien persuadée de mon extrême attention sur tout ce qui peut

> Voir dans les lettres que madame de Maintenon écrivait à la même époque au duc de Noailles, à la princesse des Ursins, des allusions à ces correspondances : « M. de Viilars gronde de ne pas être premier gentilhomme de la Chambre. — Il se trouve fort inférieur aux ennemis, mais ne perd pas courage; il crie seulement sur le pain et l'argent, etc. > -^ Gkf- FEOY, Madame de Maintenon, t. II, p. 207 et suiv.

fatiM

fit i ■« fpTdki ae s* (aiMSt Je TirflarfSsB foyectaoNe «t ti i trim fM f « r«éftîoB Je iw efJnci, 8v k «jet Je M. VefM«c*atàMi. MeJame, i t e«i wpfiier Me-hnBHanail Je imJeir Un ae reeonmtiider i fan, pdfqoe r irtt wft fl M*y > pM Je fh^ rem J*imée qui ae JépeaJeal inrl im mnmÊïïm f«i a FhMMV Je reodre eomple de lear eoadoite à Sa lh|etlé. Ce fw je !« avoir rhomieiir de voua dire. Madame, eW ^*fl aaepanll m grande esactittide de sa part, et que je siria bien penmadé fil fera lool ee qui sera hnmainement possihie; mais hi,M, é tous tant que nous sommes» avons des peines infinies & remédia an plus grand mal qui ait jamais été, c'est d'avoir de grandes armées assemblées sans qu'il ait été un moment question de songer à leur subsistance : je puis avoir l'honneur de vous dire avec vérité, Madame, que sans moi celle du Roy seroit dissipée, car on ne tient pas des gens que l'on ne nourrit point, et quelques efTorts que nous fassions, je ne puis jamais répondre de quatre jours d'avance, surtout s'il faut nous éloigner des lieux où nous avons ces quatre jours tout au plus de subsistances. Avec de tels soins on passe de mauvaises nuits; un général est bien à plaindre d'cUro arrêté par de* telles chaînes. Permettez-moi, Madame, d'oitor toujours me flatter que vous voulez bien me faire Thonuour do me regarder comme l'homme da monde qui vous est dévoué avec le plus profond respect et la plus parfaite vénératîou.

Au camp d'Aunay, le 29 juia 1709.

Voilà un mémoire, Madame, qui m*est envoyé par M. de Lafonds, ci-devant intendant des armées d*Allemagne, d'Alsace et de Comté ; c'est un homme de bon sens et bon esprit, très-zélé pour le Roy. J'ose vous supplier, Madame, de vouloir bien faire voir son mémoire à Sa Majesté ; si Elle y trouve quelque chose de bon et d'utile pour son service, qu'Elle ait la bonté de le faire examiner; je désirerois fort que ni moi, ni M. de Lafonds ne fassions nommés, puisque cela peut regarder divers particuliers, quoiqu'il n'y ait rien qui ne me paroisse très-juste dans ledit mémoire.

A Saiot-Gir, ce 30 juin 1709.

C'est par discrétion, Monsieur, que je n'ay pas l'honeur de vous escrire plus souvent : vous ne croiriés pas aisément que ce fust par oubli : si l'Europe entière a les yeux ouverts sur vous, jugez ce que font les nostres ; je serois remplie de confiance si vous n'aviez qu'une armée opposée, mais quand on me dit que vous en avez deux et que l'une entrera en France pendant que l'autre vous occupera, je vous avoue que je suis dans des transes continuelles; on commence à dire que vous ne serés point attaqué, ce sera donc pour la seconde fois que vous aurés aresté les projets de M. de Malborugh. Il me paroist que nostre nouveau ministre de la guerre est très-occupé de vostre subsistance ; c'est un homme de travail ; je luy diray de vostre part. Monsieur, de ne se pas laisser subjuguer par les courtisans : c'est encore pis par les dames qui se meslent à cette heure de toute sorte d'affaires; celle d'Espagne a fait grand bruit dans le salon, mais, grâces à Dieu, nous en revenons ce soir, et comme on sera moins rassemblés, il reviendra moins de discours. J'eus l'honeur, en prenant congé du roy d'Angleterre, de luy conseiller de manger souvent chés vous; j'espère que vous serés contents l'un de l'autre. Il est, je croy, bien estonné de ce qu'il voit et du mou-

ne cnunraB ii.

ertre k MMidl Je iMte fiaisM. D «*j a wam Mal aiét forvié ue «r»ée, «t ht iMdUs qn*fl n*f ai anmtpts,fB*iba*aBt poial Jovlé deh fw» à qodqiie pri» qnlb lamînert; Diaiaia JBipoiéMtn«wit; je in^eDvaif Isf deaumdcr, Atec les Dames Je Seuit-IiOw, Je vmi protéger el de vous rendre Id qa*dllet eraieal qpMimseilek Je voof reeommâiide eneore, Moosieiir, on jeme lioiBiiie qu porte mon nom et qoi est plot sage qoe Ton ne Testa son aaga; ilae semble qn*il n*a jamais esié asses beoren pour sertir soesispi: e*est M. le conte d*Anbigné. Je n*ose nommor le rj^gimeat qé*it commande de peur de me tromp^. Je prws tonte sorte d^intéreit à ce que vous ailes faire ' .

Madame de Maîatenon n'était pas la seule à prendre intérêt à ce que Villars u allait faire » , tous les yeux étaient tournés vers lui; la réputation d'habileté et de bophear qui Tavait précédé eu Flandre, la gravité des circonstances, tout concourait à concentrer sur lui l'attention générale. Saurait-il réussir où les autres avaiedt échoué? Saurait-il inaugurer une période de manœuvres nouvelles, opposer, à la vigueur méthodique de Marlborough, une stratégie pins avisée, l'arrêter sur l'Escaut, comme il l'avait arrêté sur la Moselle ? Chacun se posait ces questions avec anxiété et non sans une certaine confiance en l'avenir.

On a souvent comparé la guerre à une partie d'échecs : cette comparaison banale n'a plus guère aujourd'hui que la valeur d'une figure de rhétorique. A l'époque dont nous nous occupons et dans la Flandre, elle était d'une singulière exactitude. Le terrain de la lutte, nettement circonscrit, visible dans ses plus petits détails, a la forme et la nudité d'un échiquier ; il est semé de places et de positions' retranchées qui représentent les pièces principales. La saison venue, les adversaires, après s'être courtoisement attendus, commencent la partie, je veux dire la campagne; ils s'observent, méditent chaque coup, font avancer et reculer leurs pions, concentrent sur une pièce leurs moyens d'attaque et de défense, refusent le combat quand la supputation des forces accumulées et des chances réciproques en démontrent le résultat probable. Après plusieurs mois de marches et de contre-marches, après la prise de pièces secondaires, l'échec suprême est donné, c'est-à-dire la grande bataille qui décide du sort de la partie. Celui des deux adversaires qui a perdu replie son jeu, on remet les pions dans leur boite ou les régiments dans leurs quartiers d'hiver, et chacun va à ses petites affaires en attendant la partie ou la campagne suivante.

Villars avait l'instinct d'une guerre plus active, delà vraie guerre, celle des mouvements rapides et à longue portée, celle des batailles soudaines et des poursuites impitoyables. 11 n'avait cessé de blâmer la guerre de sièges; nous avons dit ses impatiences contre Tallard et Vendôme, s'éternisant en des sièges inutiles, se apanadant devant des bicoques » au lieu de soutenir son mouvement projeté au

S40 CIIAriTRË VI.

cœur de l'Autrichej sa correspondance aLoiide' en tn vifs et colorés dirigés contre l'iiabittide de ne marcher qi la pelle à la main el de se convrir de relraiicbemenl a Les rctranchenients diniinuenl Tardcur des troupes. li Tout boiiime qui est derrière une ligne a peor; Français sont faits pour marcher à l'enneini. — Les lignes étendues sont dangereuses; j'en ai fait de bell aussi, mais je ne suis point amoureux de mon ouçrage. En prenant le commandement de l'armée de Flandre, avait cm appliquer ses maximes favorites. La force cfi choses l'avait mis dans le moule commun.

Manquant d'argent, de vivres, de moyens de Irauspoi encombré de recrues, il ne pouvait songer Ji prendre l'i fensivc; )es ordres de la Cour lui enjoignaient d'oilltmrs une stricte défensive. Il s'élait mis h faire de b belles lignes y et avait apporté à ce travail une telle aclivil*^ qu'il avait pour ainsi dire fermé la frontière, d'abord d« la mer û Iléihune et à la Bassée, puis de la Oassi'c a l'Kscaul. en longeant la Scarpe, avec un camp retranché à Denain comme soutien. Lue barrière continue se dressait devant l'envahisseur.

L'ennemi, en reprenant la campagne, le 23 juin, croyait marcher à de faciles succès . Marlborotigh el Eugène de Savoie, les deux artisans de nos malheuni, comptaient que l'année 1709 marquerait l'écrasement définitif de la France. Ils avaient lentement reconduit l'armée française, du cœur de l'Iîmpire aux frontîèi-e» du royaume, par les sanglantes el douloureuses éta|>P3 ' Voj. CDtre RDtret Uimoirttde Viltart, t. Il, p. !S3, 190, S2S. »8î.

Les

de Blindheim, Ramillies, Oudeaarde, Turin, Lille : ils voulaient consommer leur triomphe par un dernier succès militaire. On ne peut expliquer que par cette ambition de soldat la rupture des négociations de la Haye. Louis XIV acceptait les conditions les plus dures et les plus inespérées ; mais la chute de ses ambitions, l'anéantissement de son œuvre politique, a l'oubli de sa gloire » , ne suffisaient pas à ses implacables ennemis ; il leur fallait la dernière victoire sur le sol français, la route de Paris ouverte, la France à discrétion devant leur armée triomphante. Tout semblait justiQer leur confiance et leurs convoitises. Le froid, la misère, la famine, désolaient le royaume; l'armée était décimée par la faim et la désertion : il semblait que tout dut céder au premier effort.

Une première surprise les attendait. Lorsque le 26 juin ils se présentèrent devant les lignes de Villars, non loin de Lens, ils les trouvèrent si bien fermées et gardées avec tant de vigilance qu'ils n'osèrent les attaquer : une seconde fois ils tàtèrent cette frontière fortifiée, du côté d'Etaires, sans plus de succès, ils renoncèrent à l'offensive projetée et se remirent à la lente, méthodique, guerre de sièges, commençant par Tournai, avec l'intention de continuer par Condé et Valenciennes, afin de s'assurer le cours de l'Escaut.

Cependant l'année avançait, le siège de Tournai se prolongeait, aucun résultat palpable n'était atteint; on commençait à trouver à la Haye, que les succès annoncés se faisaient attendre et à regretter d'avoir poussé les choses à l'extrême par des exigences exagérées. L'électeur de

3»S CIIAI'ITKE t ].

Cologne, réfugié à ValeiicieiiDcs, lui informé de ces iIîs[n silions cl vint ofBcieusement sonder Villors sut- les cliand d'une nouvelle négociatioii. En Irunsmetlant ces propos Uons au (toi, Villars ne les avait pas appuyées, mais il a facile de voir qu'il ne conseillait pas de les repousser s examen. La question des subsistances, malgré toute son activité personnelle, l'outinuail à lui donner les plus gra soucis; inquiet sur Ja possibilité d'assurer pour plusied mois l'approvisionnement de l'armée, il se sentait obi» de chercber la fin de la guerre, soit dans une bataîl générale et décisive, soit dans de nouvelles négocia tioiisfl paix. Il avait indiqué au Roi cette alternative, en ajouta qu'on ne pouvait y échapper que par des diversions lentél en pays ennemi, soit à l'aide du roi de Suède, Cbarlcs Xlf, soit par un débarquement du chevalier de Sainl-ticorgcs en t^cosse. Dans la même dépêche, tout eu s'excusaul > sortir de sa sphère n , il avait adressé au Koi des nol| conGdentielles sur le service des finances et des vivres en particulier sur certains intendants de province. Il a accompagné cet envoi d'une lettre adressée à madame A Uain tenon :

Du cnmp <lo Dcnaiii. le 20 julllcl 1709.

Je meurs de peur, Madaitiu, (]uc Sa Majesté ne désappraoJ In trop jjrnDde lîberlé (|ue }<• prmids de lui parler qui ne me regardent pas, et sur lesquelles on nu point du tout mon avis; on doit le pardonner i\ mon iHc. Le public l'iiut îmajgincr que le ftoy m'huriorfint d'unt! aaset (jrmide conGunre pour me charjjor de ce qu'il u présentement Hc plu important, je puis bazarder de parler & Sn Mnjosté de tout. \ vous assure, Madame, que sî je sors de ma spb^re, c'ext ■

VILLARS ET MADAME DE MAINfTENON. 343

grande timidité-, vous n'avez pas eu la bonté de me faire savoir si j*ai bien ou mal fait de vous envoyer cet avis, qui m*avoit été donné sur les finances, je vous suppliois que je ne fusse pas nommé.

Si nous en croyons les principaux des ennemis, on ne s'est pas trop bien conduit sur la négociation. Ce qui se passe ici sur la subsistance de Tarmée est en vérité, Madame, bien surprenant ; l'armée manque de pain très-souvent pendant un jour, deux jours, et c*est un miracle que le service se soutienne; quand je sois arrivé dans le camp^ où je suis présentement, l'armée a été trente heures sans pain, et si le secours de Tournay m'eût été assuré le jour d'après, il m'eût été Impossible de le tenter, parce que des gens qui sont trente heures sans manger, n'en sont pas soixante. Avec cela je vois sur ces malheurs-là une fermeté héroïque à nos soldats, et ils me répondent sur leurs souffrances en honnêtes gens ; il y a peu de désertion dans le François ; ce n'est que parmi les étrangers.

Je vous assure, Madame, que ce que je souffre depuis quatre mois ne seroit pas supportable à une moins bonne santé : Dieu me fait la grâce de la proportionner au besoin que j'en ai, mais que ne souffrez-vous pas, vous, Madame? Dieu vous conserve.

L' tt avis sur les finances » est le mémoire de M. de Lafonds, envoyé par la lettre du 29 juin, et qui précédait les rapports confidentiels que Villars s'excusait d'adresser; madame de Maintenon s'empressa de le rassurer.

A Marly, le 2 août 1709.

Ce n'est pas par oubli ni négligence, Monsieur, que je n'ai pas encore eu l'honneur de répondre à votre lettre du 29 juillet ; ce n'est pas même la fièvre que j'ai eue cinq ou six jours de suite qui m'en a empêchée, c'est uniquement par le désespoir où je suis et par celui que je vous vois; vous éprouvez une étrange

su

sorte de malhei

i est celui de

e pouvoir vous servir de votre courage; vous verriez une victoire dans vos mains que vous ne pourriez l'aller chercfaur fnute di; subsistances, et vous vous voyez rcduit à voir mourir de faim des troupes de bonne voloiitri voilà le sujet de ma douleur et de toutes mes médittttious, il fant plus d'une sorte de courage, Monsieur, pour soutenir le pers na<{e que vous faîtes.

Je ne sais rienqu'oudésapprouvede tout ce qui vient de voaî oa peut bien ne pas le suivre tout h fait, mais je vous assure qu'on en trouve tout bon ; ou peut quelquefois craindre que votre coura<]e ne vous metidt trop loin; vous pouvez cerlainemenl parler au Roy ; votre spbère n'est point boruôc, mais nos moycus le sont si cruellement qu'il faut bien refuser des choses doul on sent l'utilité.

J'ai mal compris vos Intentions dans le mcmoirG que i m'avez envoyé ; je n'ai poii>t cru que vous ne voulussiez pas 4 nommé; voua me mandiez, ce me semble, que vous ne vodS'I souciiez point, et j<> l'ai pris pour un consentement, i suis plus libre avec M. Vuysin qu'avec M. Desmarelz, sultai le premier; il me dit que le mémoire étoit bon, cl < croyoit que je devois le renvoyer â M. Desmaretz ; je le lls| mettant de ma main sur le mémoire qu'il vcnoit de vous «fin I donner plus d'autorité. 11 me répondit qu'il y avoit de boni choses, mais que ce n'étoit pas pour le temps présent et q l'avoit mis dans son portefeuille pour s'en servir à propos.

Je prie Dieu de conserver votre santé ; c'est toute notre r source. Il ne uous revient de l'armée que des vers à votre louaoî vous les achetez trop cher, (juelque agréables qu'ils solentH sincère pari que je prends à tout ce qui vous touche, Mnnsiei me les fait entendre avec plaisir.

M. Voysinfait, cen

inble, tout ce qu'il lui est possiblcpar .

son travail et sa dili<|ence qui nie parotl n'être arrêtée que B r impossibilité sur l'argent.

Villavs , cependant , à force d'énergie , d'industrie, d'cxpédienls, avait réussi à trouver des ressources, à faire vivre ses troupes, et, ce qui était mieux encore, à relever leur moral : dissimulant ses inquiétudes sous une gaieté d'emprunt, ses angoisses sous des rodomontades, il était parvenu à inspirer au soldat une sécunlé qu'il n'éprouvait pas toujours lui-même; quelques coups de main heureux à Warnelon, à Hasnon, des escarmouches uoinbrenses, conduites avec vigueur et succès, avaient rendu la conGance aux hommes, l'ait renaître l'émulation et le désir de combattre. Dès la fin de juillet, Villars jugea qu'il avait en main un instrument assez solide pour tenir la campagne : la diniciillé des subsistances angnienUdt; mieux valait, selon lui, chercher une bataille, que de laisser les troupes se consumer dans l'inaction et la misère. II écrivit au Roi pour lui demander l'autorisation de combattre. Le Roi résista quoique temps, hésitant a risquer sa dernière armée dans une bataille décisive : il finit pourtant par écrire à l'illars, qu'aussitôt après la cliule de Tournay il lui laissait sa liberté d'action, avec celle réserve pourtant, qu'il ne prendrait pas de parti extrême et se contenterait de profiter des occasions que l'ennemi lui donnerait '.

Le Roi se résignait à la chute de Tournay : non qu'il doutât de l'énergie du commandant, M. de Surville, officier de grand mérite, mais it savait la place à court de vivres et n'avait aucun moyen de la ravitailler. Villars

' Le Bot à ViUar

I 1701). Pelkt, Mémoires militairts. I, IX,

Zi€ CHJIPITIE VI.

praujt moins larilemcnt son parti de la fin d'an siège qui |n immobilisait le gros des forces ennemies. 11 trouvait que Snnille aorail pu mieox ménager ses appronsionnemaits, rationner la population civile, prolonger une résistance si nécessaire à ses propres projets : il lui écrÎYait des lettres indignées , mais ne pouvait lui (aire passer un sac de farine : il écrivait sur le même ton au Roi, au ministre, à madame de Maintenon : pour combattre la manraise impression que la capitulation imminente de Toumay causait aux officiers sous ses ordres, à la veille d^une bataiDe décisive , il aurait voulu que des princes du sang, ou à leur défaut des grands seigneurs de la Cour, vinssent à Tarmée.

Da 29 août 1709.

Vous serez bien affligée, Madame, de la pitojable conduite de M. de Surville et de son opiniâtreté, malgré toutes les lettres que j*ai pu lui écrire, à ne vouloir pas cparj^jner ses vivres ; j*cn suis outré de douleur. Il est certain, Madame, que la ferinelé (?t le désir de gloire s'affoiblit dans la plus part des principaux officiers; j*ai eu Thonneur de le mander au Roy, il y adei choses que j'avois jiensé nécessaires pour le jour d'une grande action. Sa Majesté ne les a pas approuvées. 11 est surprenant que l'on voie approcher une hataille qui doit décider du sort de l'Etat, sans que personne parte pour s'y trouver; quand Charles-Quint assiégea Metz, tous les princes du sang et ce quilj avoit de gens de qualité la plus distinguée s'y jetèrent; j'espère, avec l'aide de Dieu, que tout ira hien où je serai, mais je ne sniirois être partout; et dans des armées aussi étendues, je croirois iin|)ortant d'avoir aux ailes ce qui peut animer; je parle et agis connue je dois; je n'ouhlie rien de tout ce qui peut relever l'ardeur. Vax vérité. Madame, le péril est grand. Ton peut être

[uille sur tout ce qui me regarde, et j'espère que Dieu lera, mais je ne dois rien oublier de tout ce qui me paroît isaire.

Ilars était injuste pour Surville, dont la défense îque fut admirée des ennemis eux-mêmes : lorscapitula, le 31 août, sa garnison était réduite de mille hommes à quatre mille à peine, les assiégeants !nt perdu plus de six mille hommes, toutes les défenses 'ieures étaient bouleversées par le canon ou par la ) \ Villars avait tort de ne pas rendre à Surville ce qui lait du : madame de Maintenon le lui fit sentir.

A Versailles, le 2 septembre 1709.

us croyez bien, Monsieur, que je ne laisse échapper aucun d*afniction et de crainte, et que je sens vivement la perte lous ferons de la citadelle de Tournay par le manque de stances; nous devons croire que M. de Surville n'y peut que ce qu'il fait, puisqu'il a toute sorte d'intérêt à faire telle défense.

sais, Monsieur, ce que vous avez proposé au Roy en cas taille; il ne voit point de jeunes gens autour de lui, et il que les princes ne fcroient que vous embarrasser; sa coni est en Dieu, en vous et dans la valeur de ses troupes; il 'ai. Monsieur, qu'il seroit à désirer que vous fussiez paret que cela n'est pas possible.

Roy vient de prendre une précaution en cas qu'il vous kt un malheur; il seroit encore plus grand pour nous que vous, et nous ferons bien des prières aGn que Dieu vous rve.

; 20 août, la ration de pain avait été réduite h une demi-livre, rt la de viande de cheval supprimée : il restait neuf chevaux que Ton lit aux blessés. Suroille à Villars. P. V.

CHAPITU VI.

Votu ites uinriment cluigé d'mic -grande et difficile iSm; je me Uîna quelqaefoit flatte à an raisonnement que j'cntcndi hire; tm dît : > Sï les ennemii n'otit osé at[ni|iier M. le miréchai d« Villan avant la priae de Toumny, pnrcu qu'il rtoil posté trop.aTantagmsflment, pourquoi l'attnqueranl-iU dans et même poste oA il s'est eneore toUiùé jK^ndant qu'ils se M afbiUîs devant la place qu'ils ont p-ise? n

Le poblic et M. le marAchal de BoufDers, en particulier, n'ont «essé d'approuTèr et de looertont ce que vouii avez fait inique id, et jamais je n'ai tu mettre à bout la inali^nilê, la crïlii|iie et Tenvie conmie Voos le fiûtes; je ne sauroia croire qne Din veuille nous abandonner, et j'erre qu'il n'y aura pnini dt bataille on qne noos la gagnerons. Je finis avec cette a;jrètti(i idée, en vons assurant, Monsieur, que pcrsoDiie ne s'iulcroK pins qne moi k Umt ce qui Vous toathe en particulier.

Le Roi n'agréa pas le conseil donDé par Villara nui princes da sang. An lien de personnages (jcnants et iuutiles, il envoya à Arras le maréchal de BoufSers, afin d'être à portée de prendre le commandement, en cas qu'il arrivât malheur à Villars. C'est la u précaution >> qae madame de Mainlenon annonçait dans la lettre précé' dente. BoufQers, qui estimait sincèrement Villars et élait en correspondance suivie avec lui, ne voulut pas se conlenler de ce rôle éventuel; à peine arrivé à Arras, atec une abnégation et un patriotisme au-dessus de tout éloge, il écrivit à Villars, quoique plus ancien que lui, qu'il Im demandait ses ordres et les exécuterait x avec plus d'empressement qu'aucun de ses aides de camp » .

Villars fut touché, comme il devait l'être, de la démarche du maréchal de BoufQers, et ne se trompa pas sur le

bile désintéressé qui l'inspirait; déjà^ à Fannonce de . départ pour Arras, il avait écrit à M. d'Artagnan que mblic attribuait ce voyage à une mission pacifique, mais ^lui l'attribuait u au zèle du maréchal et à son attaiment qui Ta porté, lorsqu'une bataille doit décider du t de l'Etat et peut se donner d'un moment à l'autre, rouloir plutôt y être volontaire qu'être inutile. Nous roDS, ajoutait-il, si son exemple nous attirera quelques res volontaires, j'en doute yy , C'est le 4 septembre que ifilers vint trouver Villars au camp de Denain. Les deux réchaux se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et ars, encore tout ému, écrivait au Roi : a J'ai éfé ravi i^oir un homme de son mérite, de son âge, avec toutes dignités et les bontés de Votre Majesté, venir volon- 3. Les marques qu'il a données de son zèle, de son îur, dans des occasions aussi importantes, est la chose monde la plus propre k réveiller l'ardeur dans tous L qui pourraient en manquer. J'ai été pénétré de joie ^entendre tenir les discours les plus propres pour cela, uis persuadé que rien ne pouvait faire un meilleur :, c'est montrer aux Français ce qu'ils doivent à Votre isté, à l'Etat, à eux-mêmes ' . »

e Roi répondit par la plume de madame de Main- •n :

A Saint-Cyr, le 7 septembre 1709.

ien n'est si beau, Monsieur, que ce que fait M. le maréchal oafflers, mais on ne peut en être touché, au point que vous

^illars au Roi, 4 septembre 1709. C'est le même soir qu'il donna pour l'ordre à l'armée : Boîtiers, Lille,

ta» CB^ms WL

rétai. fw pv «tac tafiÊàt €mm piMlli^ ■M* toivWB CM os pand. J*ii*BMat un ^aoil plûsimijiit «M» aiB tell Ifc éeama d b MMbeGun quVa ■ n Celu 1 ^ «M» «nriei |lwif ; Diea svaBe lirompon^r lolre droi> tan far ^mI^m fca mi Maenart, on par empécbrr m emagmit 4e bobi faire 4e y— 4e seaK, c'est ce que j'cncluge bwjoon, et void >■ leii^ 4e tarrUci inquiétuiles ; soaSm, Moaiimr, qoe par TnlMl qae je pnB4i à ce qui tous r^girdt, je reae prie 4e ae «Me ptâsl tn^ ièAmer sur M. île Sunillc; fou «ow failee 4es enime 4a fam ee$ amis et de toni ki prodiei; si par li tou aries pd naitt Tournay ou le rcilc it UcunptgDe', 3 ■eroitbeu 4e Mcriier votre iutrrèt pariiculitf à edm dn Roy et 4e l'Étal, niani ce qui eat fait est fait. Compliu, Hmuienr, que je tou parle uniqnement pnur luus, parc? (jd'oS ne pent être, ete.

Qnand cette lettre atteignit VilUra , U u'élail plus n» camp de Denaia : l'heure des grands éténemeolji iiEiù' sonné. Marlborough , maître de Tournay, renonçant à remonter la vallée de l'Escaul, trop bien gardée, s'était porte sur Mons, avec l'intention de l'assiéger. Villars avait vu, dans cette marche de flanc, exécutée devant lui, uw de ces occasions dont le Roi l'avait autorisé à proHler : il s'élait décidé à chercher l'ennemi et à le combattre. L'esprit des troupes était excellent : l'arrivée du glorieni défenseur de Lille avait produit une vive impression, les cœurs étaient remués, les courages exaltés par l'exemple, et c'est avec une mâle résolution que chacun avait accueilli l'ordre de marche donné par Villars le 5 septembre an matin.

L'histoire des mémorables journées qui suivirent a été

VILLARS ET MADAME DE MAIXTEVOxV. 351

plus d'une fois, et nous pourrions hésiter à la refaire, us a semblé pourtant qu'il y avait à les étudier encore quelque côté, h en coordonner les détails, les rela-

contradictoires. N'aurions-nous à en offrir au lecteur Q récit rajeuni ', que nous croirions encore pouvoir i remettre sous les yeux : l'intérêt qui s'attache aux ds faits de notre histoire ne s'éteint pas; les relire ird'hui n'est pas sans quelque profit; il est bon de :her, dans nos propres annales, des enseignements, incouragements, des exemples.

) terrain que Villars abordait et sur lequel allait se ' la plus sanglante partie du siècle, était assez exacte-

délimité par un quadrilatère dont les quatre villes alenciennes, Condé, Mons et Maubeuge occupent les aets. De l alenciennes à Condé coule l'Escaut, de Mons idé la Haine, des environs de Maubeuge à Mons, la ille. Un autre affluent de l'Escaut, l'Hongneau, coupe nalement le quadrilatère des environs de Maubeuge tdé. Parallèlement à ce petit cours d'eau une ligne de s'étend de Maubeuge à la Haine et partage le quaère en deux parties sensiblement égales. Cette ligne QLversée par plusieurs éclaircies ou trouées : la plus

i sources de ce récit sont en première ligne les documents rassemblés^ ({rand ouvrage de l'état -major autrichien, Feldzuge des Printzen

von Sacoyen, Vienne, t. XI; les pièces conservées au Dépôt de la et en partie publiées par Prlkt, Afémoires miliiaires, etc., t. I\;

"espondance de Mariboroughy publiée par Goxe et par Miirray;

s ouvrages suivants : Histoire du prince Eugène de Savoie, Amster-

750; l)uM05iT, Vie du prince Eugène; Mémoires de Villars, t. III;

res de Schulenburg : Mémoires de Feuquières; Folard, Commentaire

lybe, etc. ; et parmi les historiens modernes : Arnrth, Prinx Eugen;

:n, Der Spanishe Erbfolgekrieg ,

tSt CHAFITftS VI«

biye fini ftee à k lille de Bmf et flépm k bois il k Lenièfe ' m sud, des bek de Taiaaière k èi S«t, n neid; en Piçpdnt le tioiiée de Milphipet^ dB*mimtm petit viDige flUné à r eatrée du eMé deleFitneezief» flige ph» élrait se tronwait mifffèe des viOiget de Dmi ri de VlaafpeB^i enfin pcès de Botma/raecèB AritBn entre Festrénitté de la finrél et k Hafaie. Mou rt Qmtf i aiaient des garaisons firançiiaee; k poelê inteméiake de Samt-Ghiskin^ sorkHaine, était gaidé pur demeerii hommes; des lignes fortifiées avaient été ^ommencéeili kng de k Tronilk; enfin, ainsi qn'on k sttt, IQIItts étâ cant<mné autour de Valendennes avec tonte son kmji consistant en cent trente bataiUonSi deux eent sofaEttk escadrons et quatre-vingts pièces de canon , soit est iiot quatre-vingtdix miUe hommes.

L'ennemi ne pouvait aborder lions qu'en k toantst par le nord : il avait eu vent des intentions de l^Uars et craignait d'être devancé par lui sous la place : il s'y porta avec une grande célérité. Le 3 septembre au soir, à peine la garnison de Tournay sortie et remplacée, le prince de Hesse avait été lancé en avant avec une forte avant-garde : Marlborough le suivait dans la nuit du 3 au 4 , Eagèoe se mettait ensuite en marche. Villars, informé le même

* Il porte aussi dans les documents contemporains le nom de bois ^ Jansart.

3 La plupart des documents contemporains écrivent Blangîes; mais la carte d*état-major porte Blaugies, et dans le pays, ainsi que je l*ai constaté, le nom est ainsi prononcé. Le bois de la Lanière et celui du Sart ont presque cooservé leur ancienne forme, quoique le second ait été diminoé, du côté belge, par quelques défrichements; mais les bois de Blaugies et de Boussu ont été en partie détruits par l'extension dei houillères du Borinage.

jour du mouvement de Fennemi, ne put s'ébranler que le 6; il passa l'Escaut avec l'intention de marcher sur MoDS, sa gauche appuyée à la Haine ; mais il dut s'arrêter à Quiévrain pour attendre l'infanterie de sa droite commandée par le comte d'Artagnan '. 11 avait poussé devant lui le chevalier de Luxembourg avec trente escadrons et une brigade d'infanterie, lui donnant l'ordre d'occuper les lignes de la Trouille. Luxembourg, arrivant le 6 au matin en vue de ces lignes, les trouva déjà aux mains du prince de Hesse : il ne put que jeter dans Mons un de ses régiments de dragons et vint rejoindre Villars ; le maréchal avait passé l'Hongneau le 7 et s'était mis en bataille derrière les bois, la gauche à la Haine et la droite à Atbis. Le même jour, Marlborough, ayant passé la Haine à Havre, investit Mons, mais, apprenant la marche de Villars, il se hâta dç se mettre en bataille devant la place, face à l'ennemi, la droite à la Haine auprès de Jemmapes, à Quaregnon.

Le 8, on resta immobile des deux côtés : Villars^ parce qu'il fit distribuer les vivres aux troupes ; Marlborough, parce qu'il se crut attaqué et se mit sur la défensive ; une reconnaissance de quatre cents chevaux débouchant par Boussu lui avait donné cette illusion. Elle était commandée par le brigadier Shelton, qui s'aventura trop près de l'ennemi et fut pris avec cinquante cavaliers '. Marlborough pourtant étendit un peu sa gauche au sud du côté

1 Pierre de Montesquiou, comte d'Artagnan, qui fat depuis le maréchal de Montesquiou.

3 11 put assister de loin, et du côté de Feunemi, à la bataille de llalplaquel, et causer le lendemain avec les vainqueurs : renvoyé par eux, il denna

554 GHAPITRK Vi-

de Qaévy, et Eagkie, passant la TrouiUe à stm Umr, mi camper à sa droite : tous deux attendirent aiimqae ffllars eût laissé deviner ses intaotions. Ils sopposaient mm quelque raison qae le maréchal les dierdiait pour les cos^ battre, et s'apprêtèrent à le recevdr.

Villars n'avait que deux routes pour aller.à eux : lafronée de Boussu ou oeUe de Malphquet : celle de Bkngies était trop étroite ; la première le menait directement sur le front de l'armée alliée, la seconde le mmiait sur son aile guidir, il choisit la seconde route et se l'assura par unmonvemeirt très-bien conçu.

Le 9, de grand matin, il envoya Aroglie avec sa résens, faire , par Boussu , une démonstration sur la droite 4e l'armée ennemie : puis formant rapidement sa propre armée sur quatre colonnes parallèles , il mardia fNur b droite , le long des bois qui le dérobaient à la voe de l'ennemi , et à dix heures du matin il s'établit en force dans la trouée de Malplaquet : Luxembourg, qui le précédait avec une grosse avant-garde de cavalerie, occupait déjà la lisière des bois. Arrivé là, il s'arrêta. On ne s'explique pas qu'il ait suspendu un mouvement si bien commencé. Si, au lieu de s'arrêter dans la trouée du bois, il eût débouché dans la plaine et attaqué avec vigueur la gauche de Marlborough, il est probable qu'il l'eût défaite ^ L'ennemi, retenu à droite par la fausse attaque de Broglie,

de curieux détails à Boufflers, qui les consigna dans sa lettre au Roi do 13 septembre. (Pblet, t. IX, p. 366.)

' Schulenburg, dans ses Mémoires, reconnaît qoe cette attaque était t le droit du jeu b et aurait t plus qu'embarrassé i les alliés. Fenquièrcs, autre témoin oculaire, est du même avis.

VILLARS ET MADAAIE DE MAIXTEXOX. 3)5

aurait hésité avant de faire un changement de front : attaqué, à l'une des extrémités de sa ligne, par des forces supérieures, il eût sans doute éprouvé un grave échec. Pour que Villars ait renoncé à ce mouvement, complément naturel de celui qu'il venait d'exécuter, il faut ou qu'il ait reçu des renseignements erronés sur les positions de l'ennemi, ou plutôt qu'il ait été dominé par des considérations étrangères à la stratégie. N'oublions pas que Louis XIV, rendu prudent par les échecs des campagnes précédentes, toujours préoccupé de la pensée de renouer les négociations de paix, ne voulait pas risquer inutilement son unique armée : s'il avait laissé à Villars sa liberté d'action, il l'avait entourée de limites si étroites qu'elle était singulièrement entravée : u Quoique je vous aie ci-devant marqué, lui écrivit-il le 6 août '... que je vous laissais la liberté d'aller attaquer les ennemis... j'estime qu'il vaut toujours mieux n'être pas forcé à chercher l'occasion du combat. » Il fallait plus d'indépendance de caractère que n'en avait Villars pour contrevenir à de pareils ordres; s'il voulait une bataille, au moins voulait-il pouvoir dire qu'il ne l'avait pas cherchée. Il prit donc ses dispositions pour recevoir l'attaque et la recevoir dans les meilleures conditions de défense.

L'ennemi, de son côté, n'avait pas tardé à se rendre compte du mouvement français. Broglie n'avait pas poussé à fond son attaque : après avoir escarmouche avec les troupes envoyées à sa rencontre, il avait lentement dis-

1 PiLBT, t. IX, p. 74,

aM GHâPItlB VI.

para {Nor la tnmée de Bhnigief ^ rajoiat ISIbn. I« An^ger B*éfadt tulkfÛ était à guidM : Im deux Atk Penaat lAmtètnemma ét^éltàeat faUés d'y ponnrair. léasiitt fillage de Sort, dans mi mooliii^ Hb aiiieilt aifélé km diiponfioiii; à la suite de cette eonféraioe^ toôle fasr armée, oiiie en monvemeiity venait 8*étabiir an dAanché de la trouée en hce de Tannée française» sa gaad« à Anlnoity son centre à Bhregnm, sa droite à Sait; à ùwB henres de Tapràs^nidi elle était dans ses pissitioas et canonnait de Idn les Français : le dioc était devem ioé* ^itâble et la bataille paraissait certaine paar le Imdms&ai; et pourtant, tonte la journée du 10 sqitemhre se passa <M canonnades sans gravité et escaimouches d'avanfrposfes} aucun des adversaires ne se décida à sortir de ses %tti0ef comme si chacun d'eux hésitait à jwendrela responsabil i^ de Peffroyable tuerie qui se préparait. Mariborough fut--il>^ comme Villars, retenu par des considérations d'un aa^sr^ ordre? Ses critiques lui ont vivement reproché d'avoir trop tenu compte des hésitations des députés hollandais ^ de s'être laissé dominer par le souvenir de ses intérêts parlementaires et le soin de sa responsabilité. S'il en fu^ ainsi, nous aurions ici un nouvel exemple^ à ajouter à tant d'autres, des fautes auxquelles sont exposés les chefs d'armée qui se laissent distraire, par des considérations politiques ou personnelles, du point de vue strictement militaire. Villars manqua une bonne occasion en n'attaquant pas le 8 ; les alliés firent à leur tour une faute en n'attaquant pas le 9, car ils laissèrent à leur adversaire le temps de construire les retranchements dont la conquête devait leur

\ILLARS ET MADAIIK IIF. MAIVTMXOX. S57

^er des [lois de snog. Mariboroujjti doDun comme raii de ce délai qu'il voulut attendre ua corps de viugt et DU bataillons et di\ escadrons appelé de Tournay à la hâte, et qui devait assurer aux alliés la supériorité du nombre; jsl douteux que ce renfort de douze mille bomnies ail iipeosé les ÎDConvénients du relard. Quoi qu'il en soil, lars avait su profiter, avec une extrême activité, des pis qui lui avaient été accordés; faisant travailler ses Mpes nuit et jour, il avait couvert toutes ses positions 1 réseau d'ouvrages formidables. Rappelons en quelques B la disposition des lieux.

1 trouée de Malplaquet avait et a encore, du côté de IKraiice, une ouverture d'environ deux mille cinq cents nres; du côté de la Belgique, elle s'élargit sensiblement : elle était alors partagée en deux passages inégaux, par un petit bols, aujourd'hui disparu, le bois de Tbù'y, auquel se reliaient les constructions et les haies de la petite ferme de filairou. Le passage de droite était le plus étroit, les documents du temps l'appellent trouée d'Aulnoil, du nom du village auquel elle conduit : la trouée de gauche, double eu largeur, s'appelait trouée de la Loumére, du nom d'une petite censé qui s'y trouvait. A l'entrée des trouées, du côté de la France, s'élève un plateau qui s'étend dans la direction du nord; il sert de ligne de partage aux eaux qui, du côté de la France, se rendent à l'Hongneau, et du côté de la Belgique, à la Trouille. Ces dernières ont creusé, dans le sol argileux, des ravins peu profonds dont les sillons, parallèles et arrondis, descendent d'une pente uniforme vers l'est; l'un d'eux contourne la

SSt CHAPITIS VI.

pmife do Inms do Saii et k fl^pi» dn villi^ è» lln«'^

goiei^ fitaé sur en léger idèfe m e n t dhi sd. Le peuA eol*

miDant do pleieiii est pcès du hemew i de Ib^pbfoet, ma

lein de k pfisinide qm mariqpK fe |MM^^

de là roril embrasse le presq[iie tofiliié du ferrain; iMis

partout aiHeurs la vue est arrêtée par les endnbUons dh

soP.

Villars s'étaMit ea travers des deux trouées, sorte fersant oriental dn plateau; une ligne de redans, dUant dPaa bois à rAutre, fermait complètement le passage ; on assit pourtant ménagé, de place en place, des ouvertures pwr laisser sortir la cavalerie. A droite et à gauche, la ligne se retournait pour suivre la lisière des bois. A droite,, dans la trouée d'Aulnoit et dans le bois de te Lanière^ les moyens de défense avaient été accumulés : une tripte ligne d'épaulements s'appuyait à une véritable redoute, armée de canons, entourée d'abatis. A gauche, les retranchements étaient moins complets , quoique encore trèssérieux : ils consistaient en levées de terre et en abatis qui obstruaient Tentrée du bois : insensiblement la ligne s'était étendue le long de la lisière et avait gagné Pextrémité du bois du Sart, où elle touchait presque les avantpostes ennemis. L'infanterie et l'artillerie garnissaient tous (*es ouvrages ; ils formaient une sorte de croissant dont les teu\ croisés balayaient tout l'intervalle des bois. L'infanterie de la droite était commandée par le comte d'Artagnan, qui avait sous lui le duc de Guiche, qui devint

* \ oye< la carte on regard de la page 376. Les chiffres indiquent t'altitilde du sol.

maréchal de France y le duc de Mortemart, commandant la brigade de son nom, le marquis de Moncby ', Hautefort, ConflanSy Fervaques : parmi les régiments à leurs ordres, Piémont, Navarre, Picardie , Royal, Bourbonnais, les gardes françaises et suisses, les brigades d'Irlande et d'Alsace, les plus beaux noms de Tarmée. L'infanterie de la gauche était sous le commandement d'Albergotti, assisté de Puységur, Nangis, Montsoreau, du comte de Chemerault, qui fut tué, du marquis de Goesbriant, qui commandait les brigades postées dans le bois du Sart : Champagne, le Roi, la Reine, le régiment de Charost, que commandait le jeune duc de Charosf, tué à sa tête dans la suite de la journée. Derrière rinfanterie, sur la pente et au sommet du plateau de Malplaquet était déployée la cavalerie : la maison du Roi à droite, les gendarmes au centre, les carabiniers à gauche. A l'extrême gauche, derrière le bois de Taisnières, Broglie, avec sa réserve, surveillait la région du nord.

L'ennemi, qui comptait attaquer, n'avait pas fait de retranchements : il s'était contenté de couvrir d'un épaulement deux grosses batteries de position, l'une de quarante pièces au centre, l'autre de vingt-huit pièces en face de la droite française. Son armée était déployée parallèlement à l'armée française entre Aulnoit et Sart : Eugène à droite, avec les troupes impériales et danoises; Marlborough à

* Les documents imprimés dans Palet portent tous Mouchy, ce qui est uoe erreur : le marquis, depuis maréchal, de Mouchy naquit en 1715. Il s'agit ici de Charles de Bournel, marquis de Monchy en Artois, alors colonel de Lorraine, depuis lieutenant général, d'une ancienne famille militaire qui s* est fondue en celles de Moustiers et d'Hinnisdal. Voy. le P. An- 8BLS», VIll, 157, et Pinard, V, 114.

gauche, avec les troupes anglaises el hollandaises, \ti a tiogests du Hanovre el de la Prusse. L'iofantei-ie ctailA deux lignes : derrière elle la cavalerie, é<jalcmenl siirdi lignes. L'eirectif compfatl de cent à cent dix mille Lomii et cent cinq pièces de canon. Parmi les géncrnux f[\n c< mandaient celte grande armée, on remarquait : te prince ■ Hesse-Cassel, le duc de Wurtemberg, le prince de \as« Orange, le prince d'Auvergne, neveu du duc de HouillQ transfuge de l'armée française, élevé comme le prifl Eugène à la cour de Louis XIV ; Lobkovilz, llarracb, H zau ; le Sason Schulenburg ' ; le Prussien t.ottum ; les R landais Tilly, Spnar, Dobua ; les Anglais Cadogan, StoJ Orkney, Webb, les ducs d'Alhlone et d'Argyle.

Les positions prises par Vtllars «.'taient extrémciiid fortes, mais elles avaient le défaut de toutes les posiù strictement défensives, celui d'immobiliser les troupes 1 de ne répondre qu'à un seul système d'attaque ; un ennemi qui aurait voulu aborder de front ce croissant formidable se serait heurté contre des obstacles infranchissables (j se serait jeté dans « une espèce de gueule infernale, a à l'historien officiel de l'armée impériale*, dans un ^ovA de feu, de soufre et de salpêtre d'oii il ne semblait p qu'on pût approcher sans périr » . Mais contre un ent avisé, la ligne offrait deux points faibles, les deux cxtréiD

' Il niait éli fsjué n Tniiraay avec qutranta-buît bituilloni: ■pprlétt il s'étnîl mil CD marché le 9 txce ïinjjl el un bnUlllai». Ici iviil dp H periunDC, ri, «rriï* bu camp d'Ku^i-nc Ip it iquaire tururi'ii ■»ll rrçu dn lui I* ramnundenient de loiile non inranlerie, CVil !''■ dei Mimoirrt piiblii^*.

* Rtlalion publiée par Ut alliit. Dduokt. Hiiloire du prinet fiiH t. 1, p. 85. — PWST. I. IX, p. 355.

^LLARS ET MADAME RE M.UXTEVOX. 301

da croissant, et surtout celte extrémité gauche qui su projelail eu avant ' et pouvait être attaquée à revers.

La disposition iiiênie de l'armée française dictait aux alliés leur ligne de conduite. Il l'ut convenu, entre Marlborougb et Eugène, que l'on commencerait par attaquer les deux ailes et que Poo s'elforcerait de les cbasser des bois qu'elles occupaient : puis, à mesure que ces ailes reculeraient, on ferait avancer la réserve d'infanterie et la cavalerie, afin d'être eu mesure, au moment opportun, d'attaquer et d'enfoncer le centre français. Le principal elForl devait porter sur l'aile gaucbe : Eugène en fut cbargé, Mariborougb devait diriger l'attaque sur la droite, puis celle sur te centre. Les attaques devaient être faites par des colonnes d'infanterie, soutenues, à une certaine distance, par de la cavalerie *. Eu même temps, le général IVitliers était envoyé au-devant de la colonne anglo-bollaudaise qui

' II esl permis de supputer, kicc Moordeo, qu'en l'élenJaDl nuMÎ loin, Villiri te réiciTsit de lui Taire prendre l'urfeosiTC lonque l'cpocnii aumil été rebuté et déiorj|iniié par pluiieurs asmiils infructueux. C'est dans ce but qu'il l'auriil moins solldemenl relraDchée que l'cilrémilé droite.

* Journal des opérations canserté aui archives di: ta guerre à Vienne, el cité dans Feldiùge des Pr. Eiigen von Sanoyen, t. XI. p. 101. — On conttrrve aux mèmi:i archives l'ordre original en fraiiçaii rédijgé par le priaoc Eugène pour son corps d' armée particulier; on le lira sans doute acec iiiléri^l :

• L'iuranlerie se rangera en trais lignes, et attaqueront le boi« depuis la pointe de l'aile droits de l'armée de Son .Altesse mylord duc de Uarlborou^Ii jusqucs à lu gauche des enuemys dans ledit bois.

t La rniallerie se rangera en deui colonnes, les deni aile» se joignant, «I suiirunl de la ijauche sur la marche de la caTallerie de l'armée de my lord duc. ponr gagner la plaine aussilAt que l'inrantcrie aura chassé les cnnecoïs hari du trois, el alors te rangeront sur la droite de ladite catalleric de l'armée de mytord iluc.

4 Tous les attaques comnienceront 4 la pointe du jour si on peut itre t Ji^chorgs de toute l'irlillerie

rliller

! holltndaii

e heure avant le jour pour ;tugne

dbTiiMMijy mec mêm foi yiw la de fcmencr les bois, da cAlé de Hn^/et di veair f<— Wr nr les dmi è i c t de Famée fraa^ttie. €e pha, aani ^pe aoas dioat le arir, ht mn de poinl à fioiat et coai eaaf de laccci.

Lesdeax anaées coadbèraat ca beiailk sar le temaii^ dans leais poriiioBs.

Le 11 s^feailiie m aiatia, aa épsis bmalhid eomnit le sd : ea stteadaat qoL^ se dissi|iêty cia»iB fit ses 4»aiers jftéfn^ûh de cemlait^ et pssss cette heare sdensJs saivant le feaqpéraaieat propre à sa aatÛMi. Daas le ctap anglais et aDcBauidy des prières pabliqaes ferènt léeHtoi pois cliaqae ciaps se icadit en sUeace aa poste qai hd andt été asrigné : dn côté des Français anssi, pins d'ane |mère émue s'éleva sflendcnsement da fond des cœars ten le IMen des armées, mais lesmanifestatiiMis e&térieaies avaSait un tout autre caractère : le besoin de mouvement, Tinsouciance réelle ou factice se traduisaient par de bruyants propos. Villars parcourait les rangs, jetant au soldat de ces mots familiers, colorés, qui le touchaient au point sensible; il avait l'entrain communicatif, sa popularité était alors au plus haut point, la confiance qu'il inspirait, sans bornes; de longues acclamations saluaient son passage; on les entendait du camp ennemi courir le long des lignes françaises, on distinguait les cris de Vive le maréchal! mêlés au cri de Vive le Roil « ce cri, a dit Bernardin de Saint-

ic terrain où elle doit être postée, et la cavalerie de Taile droite serrera à la gauche, pour joindre la cavallcrie de Taile gauche.

i Les deux mille hommes avec le comte de DenholT seront postés à la droite de la première ligne, b

Pierre, que les Français poussent toujours dans le danger, comme s'ils appelaient leur prince à leur secours, ou comme s*ils voulaient témoigner qu'ils sont prêts à mourir pour lui » .

Villars, par déférence pour Boufllers, lui avait confié le commandement de la droite ; il avait pris celui de la gauche, tout en se réservant la direction générale de la bataille.

V^ers sept heures et demie, le brouillard commença à se dissiper, et les deux armées apparurent l'une en face de '*autre, l'une déjà formée pour l'attaque, l'autre immobile derrière ses retranchements : une vive canonnade s'engagea ^^ Acheva de disperser les derniers nuages : un peu avant '^ î l heures, une décharge générale de la grande batterie ^ glaise donna le signal de l'attaque.

Kugène, qui était chargé du premier effort, avait disposé ^^ cinquante-neuf bataillons sur trois lignes. Il jeta toute * ^ te masse sur l'extrémité de la gauche française : Schulen- ^^g avec trente-six bataillons attaqua la pointe du bois ^ Sart, Loltum avec vingt-deux aborda cette même pointe ^Tson flanc méridional, essayant de percer entre la lisière *- le centre français. Le petit ravin qui contournait cette •^^ière, détrempé par les pluies des jours précédents, était ^Oueux et glissant : les colonnes allemandes et anglaises avançaient avec peine ; Albergottî les attendit derrière les Hbatis et les levées de terre qui le couvraient. Lorsqu'elles furent à cinquante pas, il les accueillit par un feu roulant des plus meurtriers ; les colonnes reculèrent et engagèrent la fusillade à distance, pendant que l'artillerie anglaise concentrait son feu sur le bois ; deux heures durant, cette lutte

iil M Mffodbor 40 b Brièn fi^i MfeMBÉit et mm mi

porter k poinie de k QgM, etde p w iie piedéMik IMTMilMf mImw dePesbéHM gMwhe. Getaiul^gey AI^mA dbèrmMit fÊjé : iM pertes étaotet CMMidérdiki; lu géoéreu Ifamdi et Kniils étaient luHrs de eMdbiii al«i ^ k phiport des cc^nds et lieoteneiiie^eoloiMb iRifa* terie.

Pendant que ce nngknt combat te déronhit^ «a aobi combat non moins menHHer s^était ei^gagé à FeitiêM droite firançaise; d'après le pkn eonvenn, IfaiONNNMii^ devait k frire attaquer mne demi4imire aprb k pfendin attaque d'Eugène. Vers neuf heoreS| les colonnes s'Am* lèrent : trente bataillons hollandais ou à k soMe k la Hollande^ commandés par le jeune prim» d'Qniqpy abordèrent les retranchemenls de la trouée d'Aulnoit. La cavalerie anglaise, commandée par le prince de Hesse, Si)u(onait le mouvement. L'attaque fut conduite avec ane telle vi;{ueur qu'elle parut un instant devoir réussir. Les doux premières lignes de Pextréme droite furent emportées, le rt^{iuient de la Marck perdit trois drapeaux. Ariagnan louait ou ré;M[HrTe le « vieux » régiment de Navarre : le jouih' marquis do Gassion, héritier d'un nom cél^i lo ctmuuaudait ; cotte troupe dVlile, lancée en afast, ifHil biouKM ro^f^agnè les positions emporléesy lepns les dinpodiux (Mfrdus et conquis à son tour trais drapeam i(^uomi$. i^n^^ sans si^ kè^sinr deco iujyi, renourda l^alUqi^ M w nufeo v;àlewr qiie r«n ne sawrMt trap adMirer,

VILLARS KT MAtlflSti: MV. HA[ VTKXOX. 3C.i

conduisant lui-même les colonnes à l'assaut , escaladant les épaulenients un drapeau à !a main; son cnui-aj^e se brisa contre la ténacité des troupes françaises et le feu uieurlrier de la grande redoute. Une fois encore il crut avoir pris pied dans les lignes. Les régiments de Lannny, d'Alsace, de Picardie, les gardes eux-mêmes qui défendaient l'entrée de la trouée, avaient reculé; le duc de Guiche, qui commandait une des brigades, avait été em« porté biessc ; ce fut encore Navarre qui rétablit le combat ; Picardie, rallié par BoufQers lui-même, voulant effacer un tooment de faiblesse, le suivît tète baissée, et Orange fut de nouveau rejeté hors des lignes, laissant sur le carreau |irès de la moitié de ses effectifs. Là tomba à la tète de ses braves higbianders, l'bérilier d'.^ltbole, le jeune marquis de Tulllbardine, avec lui, les généraux VV'ebb, Hamilton, le brigadier suisse Mey, les Suédois Spaar et Oxenstiern. .Iprès trois beures d'une pareille lutte, la gaucbe alliée était fort maltraitée. Si à ce moment BouHIcrs avait pu prendre à son tour l'otrensive, appeler à lui une partie de la cavalerie immobile sur le plateau de Malplaquet et attaquer à fond, on peut croire qu'il eût sérieusement entamé la ligne de bataille ennemie. Mais Tcxcès des retranchements ne favorisait ni matériellement DÎ moralement un mouvement en avant par masses : si quelques retours ofiensifs forent prononcés, ce ne furent que des actions isolées, locales, faites par de petites fractions d'infanterie, qui, après avoir poursuivi quelque temps Tassaîllant en retraite, s'empressaient de reprendre, derllij^ leurs retranchements, des positions abritées. Quant

366 GHAPITIB VI.

à Tioianterie ennemie, elle allait se refimner tous k pn* tection de la cavalerie anglaise et à l'abri dn^bote delliij. Ainsi clone à ses lignes, BouGBers défmdait son kmà^ mais n'en gagnait pas : ne se laissant pas entamer, om ne faisant pas profiter l'ensemble de Paffiure ém wmt' tages particnliers qn'il remportait. Néarfmoins, vers nii, les choses avaient, de son côté, pris une toanmre A i» rable qu'il était plein d'espoir; il croyait pouvoir eonqriv snrune victoire prochaine, quand de graves npovdiei]« parvinrent de la gauche et du centre.

Nous avons laissé l'extrême gauche, vers dix heum, is défendant avec peine, mais avec un sueeès relatif^ eoaire les assauts réitérés de Schulenburg et de Lottum. Ssns se laisser rebuter par la fermeté de la résistance el la nml-*

tîplicité des obstacles matériek, Eugène prit ses disposl^

tiens pour une attaque plus décisive; laissant momeiil»'

Dément Lottum appuyé au bois de Thiry, entretenir le fe^^ à distance, il fit déborder par Schulenburg l'extrémité d^ la ligne Française, et attaquer le bois du côté oii il étai^ le moins défendu : lui-même se mit avec les colonn^^ d'infanterie , diiûgeant les mouvements , remplaçant 1^^ bataillons trop fatigués par des troupes de réserve, voyaimt. à tout, animant les hommes par son exemple, donnant le^ preuves d'une habileté consonunée et d'une rare intré— ' pidité. Assaillie ainsi de toutes parts par un ennemi très^ supérieur en nombre, la tête de ligne française, isolée 9 fut obligée de se replier dans l'intérieur du bois; les défenseurs de la lisière, pris à revers, firent de même- Lottum, renforcé par la brigade anglaise d'Argyle, pr€>-

gé contre un retour ofTensiF de Chémérault par Marlbo- •ugh lui-même, à la tête de la cavalerie d'Auvergne, Dttum, put alors, à son tour, franchir cette lisière, et ut le corps d'Eugène se trouva engagé dans le bois, ngène y pénétra lui-même, mêlé aux tirailleurs; une ille l'atteignit au côté de la tête : le sang coulait sur son sage, on le pressait de se faire panser : a Si je dois être lé tout à l'heure , dit-il , le pansement est inutile ; si je ois vivre, il sera bien temps ce soir, n Refoulés par cette ttaque violente, les défenseurs du bois reculaient pied à ed, d'arbre en arbre ; néanmoins ils reculaient : après *wi heures d'une lutte acharnée, ils étaient ramenés à la ière orientale et commençaient à remonter les pentes du liteau de Malplaquet.

1/iIIars avait suivi de près les progrès de l'ennemi ; se lant dans la trouée de la Louvière, près de la jonction 3 lignes avec le bois du Sart, au milieu de l'infanterie, >3e perdait de vue aucun des incidents de la lutte : il ^it reçu lui-même la première attaque de Lottum, avait er à la repousser, prodiguant, lui aussi, ses exemples Sa vie. Quand Lottum, obliquant à droite devant lui, it forcé l'entrée du bois, il avait fait passer sous les Tes quelques bataillons de son centre ; la brigade de tagne, celle des Irlandais avaient ainsi successivement ^é à gauche; les Irlandais de Lee et de O'Brien abort les assaillants anglais sous la double impulsion de t* valeur naturelle et de leur haine nationale, les avaient tue obligés quelque temps à reculer ; mais ces renforts iraient pas suffi à arrêter le flot conduit par Eugène.

set CHAPITRE VL

l/iQars^ se voyant diêbordé, s'était de sa parsanae poili 1^ à gaudie, derrière le bois. Sur ce poiat, le tanii monte à partir de la lisière, par nne pente, douée et ori* forme; en travers de ce glacis naturel, Villars s^élsitlilti d'établir une ligne d'inbnterie, à l'aide de sa résentct des douze bataillons de Chéméranlt, tirés du centre* ft mesure que 1^ fantassins de Goesbriant sortaient du boiii il les recueillait, les reformait derrière cette ligne mMt. Quand les soldats de Schulenburg et de Lottnm pamrait à leur tour, ardents à la poursuite, ils s'arrêtèrent èamt ce front m^iaçant, se formèrent sous bob et commeiH cèrent à gravir la pente avec résolution. Villars les attea* dait; il les reçut avec une de ces charges à la balonoetto qu'il savait inspirer ; refoulés, culbutés, Allemands, DaaoiSy Anglais, regagnèrent l'abri du bois. Halheureusmnent, tui* dis qu'il menait lui-4nèaDie la charge au milieu de la hé^ lade, Villars tomba; une première balle avait tué son cheval, une seconde l'avait lui-même atteint au-dessus du genou ; presque au même moment Albergotti, blessé d'une balle à la hanche, tombait à son tour. Villars voulut se faire panser sans quitter la place et essaya de garder le commandement, mais vaincu par la douleur et la perte de son sang, il s'évanouit; on couvrit une chaise avec des drapeaux pris à l'ennemi, et sur ce glorieux brancard on le transporta au Quesnoy. Il était environ midi.

Arrêtons-nous un instant, à cette heure critique, pour jeter un coup d'œil sur l'ensemble du champ de bataille.

A droite et dans la trouée d'Aulnoit, l'armée française avait victorieusement maintenu ses positions : elle avait

devant elle la gauche ennemie décimée, désorganisée, sauf la cavalerie du prince de Hesse, qui n'avait pas été sérieusement engagée; au centre, dans la trouée de la Louvière, les lignes françaises étaient encore intactes, mais dégarnies par les appels de la gauche : il ne restait guère pour les défendre que les troupes auxiliaires de Cologne et de Bavière. En face d'elles l'ennemi occupait le petit bois de Thiry et la lisière du bois du Sart ; un peu plus en arrière était déployée la réserve anglaise, les quinze bataillons d'Orkney qui avaient suivi le mouvement de Lottum, tout en se tenant hors de l'atteinte des balles, et que Mariborough gardait intacts, sous sa main, pour frapper le coup décisif. Derrière cette infanterie, était massée toute la cavalerie alliée, qui s'était insensiblement rapprochée et que Marlborough réservait aussi pour l'action suprême. A gauche, les lignes françaises s'étaient déplacées : elles avaient entièrement quitté les bois du Sart et de Taisnières, mais s'étaient reformées sur les pentes du plateau de Malplaquet. Devant leur fière attitude, le corps d'Eugène, maître du bois, n'osait pas encore s'aventurer en plaine; mais de l'abri qu'il avait conquis, il dirigeait un feu meurtrier, non-seulement sur l'infanterie de la gauche, mais sur celle du centre et sur la cavalerie massée derrière elle. Plus loin encore à gauche, le général Withers avait réussi à traverser les bois et apparaissait sur le flanc de l'armée française; Broglie le contenait encore avec sa cavalerie, mais il s'établissait dans les maisons et jardins du hameau de Lafolie, et y prenait une position menaçante. En résumé^ au moment où Villars fut emporté du champ de bataille, t. u

la sitoatioii, fiivorable à droite, menacée an centie, était entamée à gaoche : la journée était comj^iiiiae, dk a'étail pas perdue : elle pouvait encore être rétablie^ cmmmk forent celles de Fontenoy et de MarmgOy par mie de m manœuvres soudaines, irrésistibles, qu'une inspiration de géme conçoit et fait réussir.

Villars aurait-il eu cette inspiraticm? Aurait-il pu,' maiiitenant et contenant la droite de l'ennemi dans le boii h Sart, jeter sur la gauche désorganisée des masses am^ fortes pour l'enfoncer, entndner le centre dans sa déroule^ et ressaisir la vicjtoire au moment de lui échapper; wniM^ eu le temps de réunir les éléments d'une pareille qpéia- ^ tion? Deux lignes de ses Mémoires permettent de crobe qu'il l'eût au moins tentée '. Villars est resté convaineu que sans sa blessure il eût remporté la victoire : sans partager à ce point l'optimisme ' du confiant marédial) nous pouvons croire qu'il l'eût disputée par quelque coup d'audace. BouHQerSy qui avait au plus haut degré le courage, l'abnégation, la fermeté d'un homme de devoir et de caractère, n'avait pas l'instinct des grandes initiatives : et d'ailleurs, quand il reçut^ avec la nouvelle de la blessure de Villars, la responsabilité du commandement suprême, le moment des grandes initiatives était passé pour lui, il avait été mis à profit par l'ennemi.

Marlborough suivait depuis le matin avec une croissante anxiété les sanglantes péripéties du combat : partageant

^ c Quelques-uns des orficiers généraux proposèrent à la droite de sortir des retranchements et de marcher à Tcnnemi, et ce seul mouYement eût décide de la bataille, t {Mémoires de Villars, t. III.)

son activité entre le centre et la gauche de son armée, il avait assisté à l'échec de l'une, aux lents progrès de l'autre, s'étonnant d'une résistance à laquelle ne l'avaient pas habitué ses faciles victoires. Il trouvait lent à venir le moment prévu par le plan de bataille et où la défaite des deux ailes françaises lui permettrait de porter sur le centre un eflbrt décisif : il le guettait avec impatience, ménageant avec soin les réserves destinées à l'attaque suprême. Enfin vers midi, à cette période de la bataille que nous venons de décrire, l'occasion tant attendue se présenta. L'habileté et la vigueur d'Eugène l'avaient fait naitre. Le recul de la gauche française laissait la trouée de la Louvière presque sans défenseurs; Villars blessé, disparu, ne pouvait plus parer au danger; Boudlers, ignorant encore la blessure de son chef, n'avait pas à y pourvoir : Marlborough saisit l'occasion avec sa promptitude et sa décision ordinaires. Il lança en avant Orkney et ses quinze bataillons anglais, sur une seule ligne, en les faisant soutenir par le duc d'Auvergne à la tête de la cavalerie hollandaise. Orkney emporta d'un seul mouvement les redans qui fermaient la trouée de la Louvière et en délogea les troupes électorales bien inférieures aux siennes en nombre et en valeur : il s'établit solidement dans ces lignes : aussitôt Auvergne, pénétrant par les intervalles que Villars avait préparés pour sa propre cavalerie, venait se mettre en bataille à l'entrée de la plaine, le dos aux retranchements conquis ; la grosse artillerie anglaise, tirée de la redoute du centre, arrivait au galop et, passant par les mêmes intervalles, se mettait en batterie et couvrait

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eneore en 1829, dans les

rciMcaee amm ehaasM fn, esaipotée A cem

par tradilÎMi : la voici telle qu'elle se cbanlait régiments de csrsbioien :

Cavaliers {his\ Fonr boire os dit qne vons af ei

Ifaif pour vons battre oo dit qoc bob.

Ob dit qne toBs awei Hé A la bataille de llalplaqnet Saaa tirer sabre on piatolet.

Cavalerie.

\'approcbei paa de nos dragons.

Car ils sont en farie Et ffOBS battront.

Et TOUS, trompettes.

K'approcbex pas de nos tambours.

Car lenrs baguettes Battent nnit et joor.

Il ne faut pas oublier que dans l'ancienne armée le nom de ctualerie ne s'appliquait pas à toutes les troupes à cheval, mais seulement aux régimeuU qui n'étaient ni gendarmes, ni dragons, ni hussards, ni de la maison du Roi. La faiblesse momentanée de quelques escadrons n'infirme en rien la gloire acquise en cette journée par la cavalerie française prise dans le sens ëteoda que nous donnons aujourd'hui, à ce mot.

ennemis renversés, arrivaient aux lignes, ils y trouvaient l'infanterie anglaise, couverte, inattaquable, qui les recevait par des salves meurtrières; en même temps ^ de la lisière du bois du Sart, de la pointe du bois de Thiry, partait un feu croisé de mousqueterie et d'artillerie qui les arrêtait dans leur course victorieuse. Malgré ces conditions désavantageuses, Boufflers soutint vaillamment la lutte : il était redevenu colonel de cavalerie, mêlé aux escadrons, parlant aux hommes, chargeant à leur tête, leur promettant de ne pas quitter la place, tant qu'il y aurait un cavalier dans la plaine '. La maison du Roi soutint son ancienne réputation; le vieux Gassion, malgré ses soixante-dix ans, se souvenant qu'il avait été vingt ans lieutenant aux gardes du corps, voulut se mettre à sa tête ; dans ses rangs, le prétendant anglais, le duc de Rohan, l'élite de la noblesse française : trois fois elle renversa les escadrons ennemis, perça jusqu'aux lignes, mais ne put franchir la barrière de feu qui se dressait devant elle ; la cavalerie ennemie , au contraire , ralliée à l'abri de ces feux , reprenait une offensive chaque fois plus efficace ; peu à peu, la cavalerie française perdit du terrain, vaincue surtout par l'infanterie. Sur le plateau de Malplaquet, oii la ramenait le reflux du combat, aucune infanterie française pour la recueillir et couvrir son ralliement. La gauche, débordée par Withers, avait peine à se maintenir ; la droite, rejetée dans le bois de la Lanière, était trop loin. Dans ces conditions désavantageuses, Boufflers jugea qu'il valait mieux suspendre le combat que de risquer une

1 Lettre de Gontades, Pelbt, t. IX, p. 372.

défaite complète, il donna le signal de la retraite; elle se fit dans un ordre admirable. La droite se retira par les bois, sur Davay et le Quesnoy, conduite par Artagnan, qui avait eu trois chevaux tués sous lui; la gauche se dirige? sur Quiévrain et Valenciennes, sous la conduite de Légal et de Puységur; la cavalerie couvrait le tout, Rosel faisan l'arrière-garde avec les carabiniers : l'armée emmenait ses canons, sauf quelques pièces restées démontées dans les bois; elle emportait plus de drapeaux à l'ennemi qu'elle n'en laissait entre ses mains ; elle n'était ni précédée de fuyards, ni suivie de traînards, mais elle abandonnait ses blessés à la générosité du vainqueur ' .

L'ennemi, contenu par cette fiére attitude, épuisé par sa victoire, n'essaya même pas de poursuivre l'armée en retraite^; il s'arrêta sur ce plateau de Malplaquet qu'il venait de conquérir au prix de tant de sang, et dont la

» Los bajjajjcs avaient été, par ordre de Villars, dès le 8, renvoyés en arrière.

l.a carte que nous donnons ci-contre permet de mieux comprendre le récit de la bataille. La couleur bleue indique Tarmée française, la rou;7e l'arnu^* alliée.

;\ Première position de rinfanterie française.

n Promièro position de la cavalerie française.

C Promièro position de la réserve française (Broglie).

1) Première position de l'armée alliée.

a Première attaque du prince Eugène.

b Prennère attaque de Lottum.

r Première attaque du prince d'Orange.

(/ Deuxième att.tque du prince Kugène.

K Position du corps d'Eugène vers midi.

V Pi»ition de U jjauche françiise vers midi : point où Villars fut b!es>é.

f IVT.iièrt» attaque de Marlborough sur le centre dégarni.

Il Corps de Withers.

* Si'iiulenburv; cvmstute que Tartillorie française continuait à tirer en se r^tir.iui et que la retraite se lU • en si boa ordre, que nos généraux lî'osl pas jU';e à pr\^pv»s de la faire poursuivre plus loin > .

t Jl

conoeIi

^^wt^S^^on^A,

possession fut le seul fruit de sa victoire. Ce champ de bataille lui-même, il dut le quitter et revenir en arrière : les morts et les mourants le disputèrent aux vivants ; ils étaient là au nombre de plus de trente mille, couchés sur un faible espace. Rien ne peut rendre l'horreur de ce spectacle ; sur certains points, notamment dans les fossés des retranchements de la droite où la lutte avait été si vive, les corps étaient amoncelés en couches profondes, quelques-uns maintenus debout par l'accumulation des autres, immobilisés dans l'attitude du combat par la rigidité de la mort. Vingt mille blessés réclamaient, par leurs cris, une assistance que l'activité la plus charitable était impuissante à leur donner. Le vainqueur subit la poignante émotion de cette scène lugubre, et le chant d'actions de grâces que Marlborough fit entonner par ses troupes victorieuses avait les accents d'un chant funèbre.

L'armée alliée eut, d'après les relevés officiels, vingt deux mille neuf cent trente-neuf hommes hors de combat : parmi les morts se trouvaient les généraux Oxenstlem, Spaar, Webb, Gore, Lallo, Heyden, Pendergast... un grand nombre de colonels; l'armée hollandaise avait particulièrement souffert : elle supportait la moitié des pertes, quoiqu'elle ne formât que le quart de l'effectif total : les bataillons des gardes bleues étaient ramenés de mille deux cents hommes à cinq cents; ils avaient huit capitaines tués sur dix; la compagnie de cadets était réduite à trois hommes.

Les pertes de l'armée française, qui avait combattu à couvert la plus grande partie de la journée, n'atteignaient

tri CBAPITIB ¥1.

gufav plM de k mpiûi de ee cUfire* : die aiait doae rdetfyeBJgiit pe» •gggqt d>Bi ica otgwniBitim^ die éfaii moiiii atfeiiite enoote éâm mm monl; sa kmgiie réifffaiiee, fft beDefelndle, les perles énmrmes qa'e& anit infligées à un ensemi sapérieor en nembMy la rdeiaieiit à ses propres yenx et Ini disslnmlaient Téchec final; duean avait le sentiment d^avoir fiût son devoir et était prêt à le fdre encore avec Fespoir d'un meillenr résultat : dès le lendemain de la défidle, l'armée était en bataille derrière la RhonellOi à quatre lieues seulement de Halfdaquety offrant le combat à Feonemiy qui ne crut pas devoir le reprendre. Les alUés avaient manqué leur but : la prise de Mons ne devait leur offrir qu'une médiocre compensation.

tt Eugène et Marlborough doivent être omtents de nous, écrivait un officier français*, car jusqu'à ce jour, ils n'avaieut jamais trouvé de résistance digne d'eux. » Bouf-

I Lf clufTro de 11,000 a été adopté par Tauteur des Feldxùge Eugens : \\ paratt conrormc à la vérité : le Dépôt de la Guerre ne renferme pas de documents ofQciels qui établissent les pertes véritables, on n*jf trouve que la liste des officiers tués, blessés ou disparus (Pblkt, t. IX, p. 378) ; elle se monte à 850; quand on son^e que le corps d'oCGciers se recrutait presque e&dusivement dans une seule classe de la natkm, on peut juger, par ce chiifre, des sacnikcs énormes qu*ttn demi-siècle de guerres contianelles a imposés À c^tte classe, et sVxpliquer comment ont disparu la plupart des familles de rancicnnc noblesse militaire de France. Parmi ceux qui tombèrent à MalplaqiM^t pour ne plus se rderer, je trouve les bobis de Charost, Falaviciai, t>^|, Beuil, Cbétnerault, Cbardon. Moret, d'Autrey, Pêlijoade, Goosson- \ ille ; le duc de ttnicbe se remît de sa blessure et deiint ■urérbil de Praace , W duc de Saittt«v\î^natt, le uMrqmb de Vesie, le vicMBle d*ABgeaaes, le iHArquis de Bèlb^iK''^ W m«arq«is de Goadrin, le marqms de Csorcillon, fib «W IWii^^eMi^ W« cbc««lwTS 4e JassiM et dTUppède, MIL de G^etqaeB^ de T<Mr«c«iime« «lu RelTu^^ elc.« fur««t parai les blessés.

^ Lk lettre' <r^ OMservt^ da» les arcbiv«s p ti tîè ve s de k aatsea de

VILLAnS ET HADAMi; lïi: MA t XTKXOX. 3T«

Uers ûcrivntl, de son côlc, au Roi : " La suîle des malheurs arrivés depuis quelques aimées aux armes de l'otre Majesté avait leileinent humilie la nation française, qu'on u'osnil qunsi plus s'avouer Français; j'ose vous assurer, Sire, que le nom français u'a jamais élé tant eu estime, et peiit-olr/' plus craint qu'il l'est présenlemcul dans toute l'armée des alliés.. . II nous en coule beaucoup, et on ne peut s'euipéchcp de reyrctler la perle de tant d'honuéles gens, mais c'est un sang bien utilement répand», el il faut compter pour une grande victoire d'avoir regagné et rétabli l'Iiouneur et la réputation de toute une nation, n Ces senlîmenls élaienl ceux de toute l'année. Nous n'étonnerons personne en disant que Villars rencliérissaïl encore sur leur expression : i' Si Dieu nous fait la yrâce do perdre encore une pareille bataille, écrivait-il au Roi le 14 septembre, l otre Majesté peut compter que ses ennemis sont détruits. " Einit-ce d'ailleurs vraiment une bataille perdue, une bataille où le vainqueur avait laissé sur le carreau deux fois plus de monde que le vaincu? N'étai(-il pas plus juste et plus politique de la considérer comme une victoire? Ce fut bientôt l'avis de Villars, qui écrivit au Roi : <> Les ennemis peuvent dire avoir gagné la bataille puisqu'ils sont demeurés maitres du cbamp de bataille, mais l'armée de l'otre Majesté l'a vérUablemenl yagnée, par le nombre prodigieux de morts qu'il y a chez les ennemis. « Le Roi crut devoir adopter cette version, tout eu sauvant, par une rcdactiou habile, les apparences de la vérité. Il fit Villars pair de France, le combla d'honneurs el d'attentions } u pour avoir remporté le principal avan-

880 GHAFITEB VI.

tage sur les ennemis' »» H envoya fe bltmi à Aill^; gnan.

On pourra sourire avec Saint-Simon de ces sdtefiigp de la vanité personnelle ou nationale, on n*oaUiera poM tant pas que le saint dn pays était intéressé à es tfê^, prestige de Villars ne sonffirtt anmme atlante, fl iBipoil# de ne pas diminuer la confiance qu'il inspirait, de ne |* détruire TeAPet produit sur Tannée par k préseneSf àir tête, d'un chef qu'elle aimait et crojfait invincible : é étt avait retrouvé son ancienne valeur, ri die avait nNmfii l'estime et le respect de ses ennemis, A elle avait vu Pefeil de l'invasion se briser devant sa résistance, n'éiaiikce pu l'œuvre de l^Uars, le résultat de l'action qu'il «erçalt omJ^ gré ses défauts, à cause d'eux peut4tre, sur l'esprit mdi% impressionnable, du soldat firançais? Lonis XIV Is àift ainsi, madame de Naintenon maintint le Roi dans edl»^ conviction : l'avenir devait jnslifiw lenr cmifiance et l'affdL qu'ils donnèrent à Villars. Dans ses mands, iqpiès <p»t» mois de commandement, les fuyards d'Oudenarde étaienlt devenus les glorieux vaincus de Malplaquet ; encore deu^ années de la même direction, ils seront les vainqueurs de Denain.

La France entière s'associa aux senliments de son souverain ; de tous les points du territoire arrivèrent au Qucs-

* Il est curieux de eonsteler, même dans les leUres de madame de llûn* tenoo, U ^radatMMi de Topinioa : le 14 la bataille « est perdue t , la jouroée Mt i ^loneuse, mais malheureuse s . La 16 : t Uoîiis on peat dire qui a en Tarauta^e. • Ces lettres^ publiées par M. GcmoT, L II, p. 225-235, soat du plus Yir iutèrèt et témoisneat de la coafiance qu'iospiraît Villars, ainsi qui^ de r«tUm« f|ui entourait BouUlers.

, il l'adresse de Vîllars, des témoi^iuages de sympathie (S'admiralion. Plus de soixante lettres reçues en huit constateiil ce «{rand iiiouveineat d'opiuion; elles blent signôes des tmms tes plus illustres : princes du sang, ducs et paiis, évêques, magistrals, officiers de tout grade fijjurent dans cette liste, La maréchale était accourue au chevet du hiessé : le Roi envoya son premier chirurgien, Maréchal, celui qui ne quittait jamais sa personne, présider au traitement «le la blessure; elle n'était pas sans gravité : l'os de la jambe avait clé atteint; des esquilles nombreuses compliquaient l'état de la plate : des opérations douloureuses furent pratiquées. Le vi^joureux tempéramenl de Villars, soutenu par les satisfactions de l'amour-propre, eut raison de la douleur et de la fièvre. Quand le glorieux blessé fut Irausportoble, on le mit dans une litière et on le conduisit à Versailles à petites journées. Le voyage fut une véritable marche triomphale, il Versailles le Roi mit le comble à ses faveurs : il fit porter le blessé dans l'apparlemeut du prince de Conti el de la princesse sa mère, au rez-de-chau.ssée, et vint l'y voir, A l'exemple du maître, loule la Course pressa autour du Ht du convalescent. Il faut lire dans Saint-Simon le tableau de ces empressements et le violent accès de colère que suscitent dans l'âme enllellée du grand seigneur d'aussi scandaleuses infractions aux lois de l'étiquette, l'oysiu, Desmarets, apportaient leur portefeuille; on discutait les projets de guerre, les pronmtious, les commandements; madame de Maiotenon ne fut pas la moins assidue, elle oit souvent et avait tète-à~léte de longs entretiens

Sff

CHâPITlB Vh

avec son piot^ '• On peot crmre qn^aUe ieoipénitki écsrii de son imagjnutkm et t^effiniçait de inodérer ki transports qa*nne ibrtnne aussi éclatante detait wmUm dans sa nature prime^antiàre et persminelle. *

Cependant Phiver de 1710 s'Mait passé et la campifK s'était rouverte en Flandre; les débuts n^avaient pu éié heureux pour nos armes : Hariboroogh et Eugèse ankii forcé les lignes sans combat près de Lens et étaient vems mettre le siège devant Douai le 29 avril; le maréeU de Montesquieu*, qui avait le oommandacnent sa^émtf s'était replié tous Cambrai. La présence de VOUsn était devenue nécessaire. Sa blessure s*était fermée, mais ks mouvements de sa jambe étaient difficiles et dooldareot : Villars se fit faire une machine qui, emboîtant le geDOS, lui permettait de se tenir à cheval, et partit. Le 14 nui 8 rejoignait Tannée et imprimait une activité nouvdle sus opérations. Dès le 29, il crut avoir en main une force suflisante pour affronter un combat : il passa la Scarpe et se déploya dans la plaine de Lens devant Marlboroogh : celui-ci ne voulut pas sortir de ses positions retrancbées, et Villars ne crut pas devoir Py attaquer; il eut raison, et voyant son enuemi décidé à éviter une bataille, il reprit le système de lignes qui avait l'approbation de la Cour. L'euueiui, de son coté, reprit son système de sièges pendant que Villars, fortifiant les cours d'eau, les reliant par des ouvrages, créait devant lui une frontière artificielle, qni

> Kile « rtcottlé «a de ces eatretîeM à b pc âc c igc des Urâw, Gimot, t \l p. Î39.

'^ Cc«t celai q«e oo«s «nMts ^pp^^ j«q«*ict le ciMilc d^Aititgvui.

d'Arras à Valenciennes rimmobilisait dans ses conquêtes. Pendant toute cette année 1710 nous n'avons retrouvé que trois des lettres échangées avec madame de Maintenon : la première écrite par le maréchal durant le siège de Douai, sans doute dans un moment d'impatience et presque de découragement :

Ce 20 may 1710.

Si Douay ne fait pas, Madame, une aussi longue résistance qu'on Tavoit espéré, ce ne sera pas au défaut de la place qu'il faudra s'en prendre ; les ennemis l'attaquent par le plus fort et, par la dernière lettre de M. d'Albergotti , il se plaint de sa garnison, cependant choisie dans la meilleure infanterie du Royaume. Il craint de manquer de farine par ne pouvoir faire moudre, quoiqu'il ait des blés sufGsamment dans la place. J'ai l'honneur de mander à Sa Majesté que je dois avoir les mêmes craintes pour les subsistances de son armée, et si j'en voulois croire tous les avis que Ton me donne, en arrivant à l'armée je ne serois pas plus tranquille sur la fermeté des troupes ; mais je ne saurois croire qu'elles manquent à me suivre, bien qu'il soit vrai que jamais les troupes n'ont été plus foibles, les ofGciers ni les soldats plus accablés par la misère et la mauvoise nourriture. Je vous supplie, Madame, de vouloir bien me ménager sur tout ce que contient cette lettre, dans laquelle vous trouverez plutôt les sentiments d'un bon serviteur du Roi et bon citoyen que d'un habile courtisan.

Je n'ai rien oublié pour que, dès le commencement de l'hiver, l'on songeât à composer cette armée non d'un plus grand nombre de bataillons et escadrons, mais de bataillons et escadrons mieux choisis. J'avois demandé généralement tout ce qui venoit d'E^agne en infanterie et cavalerie; cela est fait, il n'y a plus de remède. Mais, sur la paix, je sais combien le Roy y est opposé; je ne suis pas surpris que les conditions lui en

•84 CHâFITftB VI.

paraissent innipporlaUes* Si nuMi seolinaiÉ ftit pression. Je ne puis dodier qoa le Ref ae sV ioojonrs*

Les plus grands malhenn Mtés ne Sml jaman maam aérih à ceux qoi ont donné les sages eonseib» parée qae Fesi toajoors qa*ils ne seroient pas arrivés. Si bous bataille et qne noos la gagnions, le ftoy pensera que, a*i M^assil cm, il n*anrmt pas vu nn événement qui duoige la fiMe.dsi afEMres; il ne pensera pas que s*il la perd il n*f a pbe de nssouifees. Mais enfin, qoand je &is réflexion qne noos avoas m moins trente-cinq mille hommes moins qoa nos ennemii, fn presque tons les officiers généraux me veolent fiûre craindre II

même mollesse que H. d*Albergotti troove dans sa jg^amiioa';

quand je vois tons les peuples mal intentionnés et cenx de m frontières souhaiter le mauvais succès de nos armées, qne im ce SO mai je ne vois non seulement aucun emj^aceoieBt it fiurines, mais qu'A vingt lieues de moi, heurs les qnatorse inDe sacs que nous avons, qui ne font pas douse jours de sobastasee, je n*ai sûreté de rien , que les finances sont i bout, je dis, Madame, que regardant les deux questions qui empêchent la paix, si les ennemis se rendent sur les demandes ultérieares, nous devons nous rendre sur tout ce qui regarde TEspagne et les Indes. ËnGn, Madame, pesez mes raisons, nous marchons aux ennemis, parce que s'il n*y a point de paix, il faut les combattre de toute nécessité, ou pour le secours de Douay ou pour celui de la première place à laquelle ils voudront marcher après Douay. Si Ton peut faire la paix avant cela, je crois avoir rai-

^ L'ennemi était moins sévère on plus jnstc que Villars pour U «rirnisoB de Douai : je lis dans la lettre d'un officier anglais en date du 19 mai (troafèe dans une liasse de papiers achetés à Londres) ce qui suit : t We go od bot « slowly «ith this siège : the garrison is large and If. Albergotti is a nua « of a good character and cxpects a batoo from his behavioar hère. The t French made a sally the other night aod eut Suttons régiment to pièces : t they hâve so many orficers and soldiers killd that they cao do duty no looger 4, at the siège, t

VILLARS KT MADAMK I)K MAI\TK\0\. 385

son de vous dire qu^elle est préférable à tout ce que Ton peut espérer ou craindre de la suite de la guerre.

Il vous reviendra que je n'oublie rien au monde de tout ce qui peut réveiller l'ardeur, la joie, l'esprit de gloire et de fermeté dans le soldat et l'ofBcier : je mêle les plaisirs et les affaires, et il n'y a personne assurément qui me soupçonne de penser ce que contient cette lettre, mais je crois cependant devoir me donner l'honneur de vous l'écrire, vous suppliant très-humblement de vouloir bien me ménager sur les matières que j'ose traiter.

La seconde lettre a trait aux aflaîres privées du maréchal,:

Le 12 juin 1710.

J'apprends, Madame, par une lettre de madame de Saint- Géran, que madame la maréchale de \oailles vous a dit que je voulais acheter la terre d'Auuan, à laquelle elle songe pour M. le duc de Xoailles. J'ai l'honneur de vous assurer. Madame, que je n'y ai jamais pensé en ma vie, ni personne pour moi. Je n'ai pas achevé de payer celle de Villars ^ et la moitié de ma maison * est encore due ; je vous assure, Madame, que je ne suis pas en état d'acheter un lit, et ai même laissé un meuble que madame de Varengeville ' avait cru avoir à bon marché. Je ne puis attribuer ces desseins d'acquisitions que l'on me donne qu'à celui qu'on a de me nuire. Je dois assurément aux bruits qui ont été répandus de mes richesses excessives de n'avoir pas été honore d'un des gros gouvernements qui ont été donnes à MM. de Tallard et de Berwick. Je n'ai jamais été à charge au Roy et ne lui serai jamais. Je ne fais pas comme bien d'autres

> La (erre de Vaui, TancieD domaine de Fouquet, sur laquelle Villars avait fait mettre son duché.

^ Située rue dé Grenellc-Saint-Germaiu, aujourd'hui ministère de l'instmction publique.

^ Li mère de la maréchale de Villars.

dse CHAPITEK VI.

qm se font bien payer de lenn médiocret voyages. Je voaèrob seulement être en asses bonne santé pour qoa mes soins pnssent égaler mon sèle, qui seul m*a porté à me eharger d*ui easfloi qne je ne saurois bien remplir sans des secours d*argnt snr lesqnds le Roy puisse se reposer entièrement, si je demenre en cbemin. La fidâité que je dois à Sa Maje^, et la juste erainle que je pourrois avoir de ses reprodbes, m*a obligé à piendre la liberté de lui mander la vérité.

Madame de Ifeintemm r^pmidit immédiatenMBt :

Il est vrai. Monsieur, que madame la maréchale de NoaiDes pense depuis longtemps à la terre d'Annan pour sa bdUe-tOe, et qu'elle m*avoit diargé d'avoir llionnéur de vous en écrire. Je Tai oublié, ayant bien des dioses qui m'oenqpent davantige, et craignant un peu aussi d'abuser de votre honnêteté pour moi dans une occasion qui auroit pu vous être agréable. Je ne suis piùnt surprise queTavis se trouve faux, et je le suis encore moins que vous ne soyez pas en état de faire des acquisitions. Vous n*étos point riche, et vous ne faites point le pauvre ; vous avez ptni, et vous ne demandez guère. Ces ma\imes-Ià ne sont pas ordinaires, mais j'espère qu'elles réussiront aussi bien que les autres. Je sais, Monsieur, tout ce que vous faites pour vous procurer ilu secours, et que votre zèle vous fait même prévoir pour le temps où vous pourriez manquer, ce qui est bien éloigné de ivu\ qui répondent : <^ Ce n'est pas mon affaire. ^ Vous ne doutori^t pas« Monsieur, de l'inquiétude où je suis de Tétat où vous tMt^. U est bien affligeant pour le Roi et pour vos véritables amis. U u'\ a que \(4rt^ ct>unige et votre affection qui puissent vous soutenir, mais il ) a des imptv^ibilitês auxquelles il faut céder. Je prie Oicu do ne \ous y pas réduire, et je vous supplie de nie eiiùri^ telle que je suis pour %ous. Xe m'écrivez point, je vous en eoi\jun\ j'aime bien mieux que \ous preniez un moment de repos.

VILLAUS ET MADAME DE MAIXTEXOX. 387

La troisième lettre est un billet de madame de Maintenon ayant trait à un fait d'armes du maréchal de Montesquiou ; il nous a été impossible de retrouver la trace de cette action, sans doute quelque coup de main heureux sur un convoi ennemi ou un poste isolé ^ :

Le 10 jaillet 1710.

J*ai envie d'avoir Thonneur de vous écrire, Monsieur, depuis la petite action qui s*est passée en Flandre, mais je crains votre politesse à me répondre, et je ne puis douter que vous ne soyez accablé de toutes sortes d'affaires, puisque vous faites toutes sortes de métiers dont bien nous prend. Ne m'écrivez donc jamais par honnêteté, je vous en supplie, et donnez-vous tout entier au Roi et à TÉtat. Permettez-moi de faire ici un compliment à M. d'Artagnan; il trouvera avoir peu fait, mais pour moi, je trouve que c'est beaucoup de faire quelque chose et de montrer que nos troupes savent encore battre nos ennemis quand elles sont bien menées. Vous ne doutez pas, Monsieur le maréchal, des souhaits que je fais pour vous.

Villars souffrait beaucoup de sa blessure; l'automne venu, il remit le commandement de l'armée au maréchal d'Harcourt et alla prendre les eaux de Bourbonne-les-Bains. Dans la solitude et l'isolement d'une ville de province, l'esprit de Villars travaillait : il faisait des plans de campagne, les adressait au Roi, à Voysin; madame de Maintenon essayait de calmer cette agitation : a Elle me faisoit l'honneur de me mander, écrit Villars à Voysin le

1 II se peut que la date de ceUe leUre ait été fautivement transcrite par le copiste de Villars, et qu'il faille la reporter à Tannée suivante; le billet pourrait avoir été écrit après la prise du poste d'Arleuz, enlevé par Montesquiou le 23 juillet 1711.

M8 CHAPITBK VU

V^ octobre, qa'dle cnûgooit pour moi les soocii fm seroient mâés aux remèdes que je fius; si k temipMBiié d'eqmt les rend jdus salnfures, certainement je ne Vm ftm. « El il reprenait ses spéculations strafégiqpies. La pensée kd vint de déjdacer le théAlre de la lutte, de le leporler en Allemagne. Comparant le souvenir de ses brillantes chevancbées d'ontre-Rbin aux trois années ^fafÛ venait de passer à piétiner sur ]dace et à rraiiMur de la icnre, il rêvait d'expéditions ]dus décisives. Un plan d*inva> sien en Allemagne communiqué à Voysinne fioitpaaagréé; il retourna le 15 avril 1711 en Flandre reprendre le corn» mandement de Tannée et fSdre des lignes fortifiées.

liab un grave événemi»it survint qui donna un •lim^»t nouveau à son activité d'esprit : l'empereur Joaqib I* mourut le 17 avril. Le prince Eugène quitta l'armée de Flandre pour aider l'archiduc Charles à se faire donner la couronne impériale. Louis XIV songea à une diversion en Allemagne : Télecteur de Bavière y poussait , s'offrait même pour commander rexpédition. VlUars, consulté, ttoth-^ulement approuva le projet, mais s'offrit à son tour piHir Texécuter; il en traça fiévreusement le plan : un ctMrps d'armée serait rapidement concentré en Alsace, il irait set^rètemeut et au dernier moment en prendre le cornniaadeuieut, passerait le Rhin comme en 1702, forcerait le« luoulagnes Noires comme en 1703, pousserait au cœur de TKmpire dégarni comme en 1707; il promettait des victtùrt'S faciles et de grosses contributions; il se faisait l^iH de traverser Télection impériale et de jeter le désarroi dau^ la A fraude alliance « : il acceptait même la présence

gênante et détestée de l'électeur de Bavière , ses u petits démêlés » avec lui étaient oubliés; tout cédait devant la grandeur du but et la certitude des résultats. Louis XIV ne permit pas à Villars de quitter la Flandre ; Max-Emmanuel, mis par Philippe Ven possession de ce qui restait des Pays- Bas espagnols, oublia bientôt la Bavière et l'Empire, et vint installera Namur son simulacre de souveraineté; tout se borna à l'envoi en Alsace de dix mille hommes pris à l'armée de Villars; ils y firent, suivant son expression, u plus de bruit que de mal » .

Cette déception ne découragea pas Villars : n'ayant pu prendre FoOensive en Allemagne, il voulut au moins la prendre en Flandre ; l'occasion lui paraissait favorable : son armée était bien disposée, mieux payée et mieux nourrie, grâce aux efforts de Desmarets ; elle avait retrouvé sa discipline : quelques coups de main heureux lui avaient rendu la confiance ; l'ennemi, affaibli par Tenvoi de détachements en Allemagne, par l'absence du prince Eugène, était devenu moins entreprenant. Villars supplia le Roi de le laisser attaquer. Louis XIV refusa. II ne voulait pas risquer dans une bataille les chances qu'il entrevoyait dans la division des alliés, les négociations commencées, les diversions attendues. Villars dut se résigner, mais sa correspondance porte la trace d'une assez vive irritation que madame de Maintenon s'efforce de calmer.

Le 19 juin 1711.

J*avoue, Madame, que j*ai désiré ardemment la permissioD d^attaquer les ennemis. Toutes les raisons de gtierro mefaisoient espérer un grand et heureux succès. Je pou vois mener Tarmée

MO CHAFITIE VI.

dans ao pays omert, où la valeur de la natbn ainratt ploa décidé ifoe tons les manèges des gioétwn.. L^ennemi Tompn n^êsmM pins de retraite, et c*étoit précisément cette sorte de bataille qoe j*anrois par choix préférée A tontes les antres.

Je snis consolé par Tespérance qne j*ai <|ne Sa Xajesté a en de bonnes raisons de ne rien donner an basard, car les mifllewres et les pins favorables dispositions peuvent être dérangées par les moindres contre4emps. Enfin, liadame, je veox cnrire qam qnelcpie négociation nous produira bientét nn dénonemeni avan» tagenz. Peut-être conviendroit-il qne celui auquel le Riqr «eut bien confier le salut de TÉtat, par le commandement de aa principale année» eAt quelque légère connaissance des négocialioiis. Je vous jure. Madame, qne je ne veux sur cda que ce qui peut ^fitre du bi«i du service. Je voudrois que le Roy et vous. Madame, puissies voir dans mon cœur, vous y trouveries moins d^ambi» tion que de sèle et d*envie de voir la justice et la vertu remporter sur. la cabale. J*ai eu Tbonneur de vous lire, en partant, vn mémoire très-sage, et que je brâlois sui^Je-diamp, avec d^antant plus de joie que j*avois satisfait à mon plus ardent désir, en vous disant ce que mon honneur et ma conscience me persuadoient ne devoir plus vous taire. Je me flatte, Madame, que vous avez

assez bonne opinion de moi pour en avoir jugé ainsi. Je crois pouvoir Tespérer de vos bontés, que j'ose dire mériter par le très profond respect et la parfaite vénération avec lesquels j^ai Thonneur de vous être dévoué.

Marly, ]e23juiDini.

Monsieur,

Je juge de votre peine par celle du Roi, et je comprends parfaitement Tune et Tautrc; mais il faut croire que dans cette conjoncture la patience est ce qu'il y a de meilleur. On voit tant d'apparences de tous côtés à des cbangements qui ne peuvent que nous être favorables, qu'il y a plus de sagesse à attendre que ces nuages s'éclaircissent. Cependant, Monsieur, j'entre dans

votre souffrance de ne pouvoir profiter d'une occasion qu'on ne trouve pas deux fois dans la même campagne, et votre sang pétille quand vous pensez au bien qui pourroit en résulter pour le Roi et pour votre gloire personnelle. Consolez-vous en pensant que nous sommes mieux que nous avons été, que notre armée est nombreuse et payée, et que, selon toutes les apparences, nous n'éprouverons pas de nouveaux malheurs. Il me semble que Ton est plus sage en Flandre que par le passé, et qu'on y tient bien moins de ces discours qui me fàchoient si fort; peut-être aussi que nous ne sommes pas si bien avertis; ceux du salon sont aussi moins vifs. Je vous ai toujours vu, Monsieur, fort au-dessus de ce qu'on appelle tracasserie. Le comte d'Aubigné m'écrit des choses bien obligeantes de votre part, j'en mérite une part par les sentiments que j'ai et que j^aurai toute ma vie pour vous.

Ces conseils ne calmèrent pas la mauvaise humeur de Villars : uu second détachement qu'il fut obligé de faire pour Tarmée du Rhin y ajouta encore. Mis ainsi dans l'impossibilité de faire de grandes opérations, il se rabattit sur les petites. Le 11 juillet, Gassion enlevait tout un camp de cavalerie à Gueulzin, sous Douai; le 23, Montesquiou reprenait Arleux de vive force et le rasait. C'est à la suite de ces brillants coups de maiu que Villars écrivit à madame de Maintenon la lettre suivante :

29 juillet 1711.

J'espère, Madame, que Sa Majesté sera satisfaite de la guerre que nous faisons, et en attendant qu'il convienne à ses intérêts de chercher les grands événements, nous ne perdons aucune occasion d'attaquer les ennemis. Et pour peu qu'ils laissent quelques corps de troupes mal placés, quelques forts séparés du gros de leur armée, des convois hasardés, des gardes ou grandes

CHâPITRË VI.

toot ft été altaqué, baltu et emporté, et, gréoM k n^n, WÈ «umie pote considérablo : mais. Madame, ee qni tou lira eneiNre vb ptu sensible plaisir, c'est l'ordre tl U dîtapline qui s'oliiwmnt daus rette igrande armée. L'on y '«(rit lea eanlien el idd^éntor d<- mardier, dnns un champ ■emé, «btIm Uésqnel'iBlérét du Itoy uMi^c rt<:- conserver <-nltâr£Aj i la tête dn camp. Kt tout cda, Hidanifl, nna ^oe, dq pwi fclfc' nuHtJ'âie éU& oUigé de faire monrir on Mal homBU.!! eat fenêtre saiu exenqile qu'un ri grand nombre dluinmaa ait «éea a loaglempa avec tant de lageifce.

P6nnettes-moi, Hadluoe, d« vous parier des fr a yw m qat l'on vous donne depnia quatre ana. Kt je pois en pnndn h liberté, puisque,' grAces k Dieu, vow en dowez dira priK ufcment dâinée. Quel ett le gènàal d'anaiée, bon bhï ee Ii ministre, qui ne vons ai pas l'ait envisager une asbrenisa h l'État? une faite presque' infaillible de VersaiOea? Kt «M sa?es vona-méme, Hadame, avec quelle Cennelé le Bi^ m il rbonnent de me parler sur ces dangers évidents, sur tes fuSt auxquels Sa Majesté se préparoit, qui tirèrent des larmei de mx yeux, quand ce grand Roy me fit entrevoir à quels périls il pouvoit être exposé, et les bons, .fermes et sages partis que, diB^ ce cas-là, il voulott prendre.

De cet état alTreui^, nous en sommes à voir nos armées impoM'' aux ennemis, les leurs dsns l'inaction , nos soldats demaoïlcr avec ardeur une bataille, et enfin nous ne voyons plus d'obstacle à une bonne paii que de l'avoir trop désirée.

Vous me faites l'faoniieur de me dire, Madame, que vous voudriez bien ne me voir plus «{ronder : permettez-moi la liberté de vous dire que les bons et solides serviteurs jjrondent souvent, que les mauvais el ceux qui ne songent qu'à plaire pour leurs propres intérêts approuvent toujours : je devrois. Madame, être un peu mieu\ connu du Koy et de vous. Quelle intrigue me voyez-vous n la cour? Je n'écris au monde qu'au Roy, à vous.

Madame, 1res rarement, et au ministère par lequel le Roy veut être informé des affaires dont il me fait Thonneur de me charger. Je sois comblé des bontés du Roy, et je n'ai d'autre souci au monde que de le voir aussi bien servi qu'il mérite de Tétre. L'on passe tout l'hiver a vous dire que je suis haï; les courtisans répandent qu'il règne une discorde affreuse dans cette armée et que tous les officiers généraux sont brouillés avec moi. Rien n'est plus faux ; mais ils le disent, et de ces discours répandus sans fondement, il en reste une impression, et morne dans votre esprit, malgré la justesse de votre pénétration.

J'aurai l'honneur de vous dire, Madame, que je ne suis brouillé avec personne dans l'armée, et que les gens de bien et de courage, et qui comptent plus sur leurs actions que sur la cabale, me regardent comme leur unique ressource; mais ce nombre diminue tous les jours. \ous voyons depuis plusieurs années l'esprit de cour régner dans les armées. Et comment cela ne serait-il pas, si les protections de cour l'emportent sur les bonnes actions? Et quand je désirerai plus de crédit, peutêtre, Madame, penserez-vous que c'est par ambition et désir de considération? Dans qui, j'ose le dire, le Roy a-t-il plus trouvé de vérité, lorsque j'ai pris la liberté de lui parler des hommes, et en qui Sa Majesté peut-elle trouver une connaissance plus fidèle et plus sûre des gens de guerre que dans celui qui depuis dix ans les a tous eus sous son commandement et les voit agir tous les jours? Vous aurez bientôt la paix, je vous en assure. Madame, et vous verrez pour lors si je suis un homme de cour et d'intrigue. Je ne désirerois du crédit que pour le Roy; si la guerre dure, je ne veux être cru que pour son service, et plût à Dieu que je l'eusse été depuis dix ans! Il y a longtemps que le Roy aurait donné la paix à l'Europe en la dictant à ses ennemis, et si j'avois été honoré de la confiance de Sa Majesté (que j'ose dire avoir méritée), les trois fois que je suis entré dans l'Empire, elle pouvoit y donner la loi ; la première, lorsque

«M CBAPITIB ¥1.

fhéê m Wmâkm b nnuii, kofw r«a fril «■ Cs join

âfer pièi Je cnf HOfe poMaMn àt gBom^dfM fmmofÊi e mu r iien wmr t w iiwi ptar fw Foi ae fil ri» « Fiwrffr€ly*d«w6lMriitaiprJ«MrFM|iiii,<tcefiitfc^ fam Mfâat k MftIhfiUMMe ksiulk '^ RuttHifli. 1m, fnialMA. ^puad ftf«e ynmtefcitiîIloMrdalwnBmloljgatti dkStoftolbi; fadcpcf troopei d^angoM^alMN^ a« lieadk edes qaefM ordre de détedier, nous sooteaoieat n mifiea de raoqm*

J*ftf eofoyé, peodent qm f élois à BoBriNHUie, on piiujel iM* «tte<|tier T Alleinagiie , le moif de mm denier; il iei J i lo i *i Madame, que je prérâie la mort de rBmpereor» et meot, Madamoi pour ne rien Cure/ je soolieiis qii*fl y a Irap tronpet en Allemagne.

Cette lettre, Madame, est bien bngne, el sortont qoand prends la liberté de vous supplier de n'en fiiire aneon j*ose vous en conjurer, et de la brAler après Tavoir lue. Je i seulement qu*elle me justifie, auprès de vous, sur an ries, lesquelles sont présentement d'autant plus utiles , Holon les apparences, nous sommes bien près de la paix. V^m-iU

leurs, je suis fort content de M. Voysin, que je tiens un très \^^n

secrétaire d'Htat, d^un travail et d'un ordre au-dessus de tout ce que Ton peut désirer

J\>se vous supplier, très humblement. Madame, de me faire toujours rhonneur de me regarder avec les mêmes bontés, et comnio rhonune du monde qui vous est le plus dévoué et avec le plus pn^fond res|>ect et la plus parfaite vénération.

Ce lou<{ plaidoyer n'était guère de saison, à la veille iriiiie action décisive^ lorsque les questions personadles di^j^^raissaieut devant rintérèt poignant da oMMment. Xlaiiaiue de Maintemm le fit sentir à lUhrs^ en loi adres- $;âiut $411$ retard U délicate leçon qui sait :

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