‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits; (volume 3)Chapitre 10 sur 16 · VILLARS ET L^ SUCCESSION DESPAGXE · texte numérisé non relu

VILLARS ET L^ SUCCESSION DESPAGXE

mêlé en rien aux affaires et était encore sous la direction de son gouverneur ou ajo,le prince Antoine de Liechtenstein. Celui-ci joignait au culte de l'étiquette, qui rentrait dans ses attributions, la haine de tout ce qui était français ; ce sentiment lui était inspiré non-seulement par la rivalité des deux cours, m^s par des rancunes de famille : la sœur de sa femme était cette jolie demoiselle de Lowenstein, que la Dauphine avait amenée en France et que le Roi avait mariée à Daugeau ^ . Le prince de Liechtenstein ne pardonnait pas à la cour de Versailles cette grave mésalliance. Son intervention ne facilitait pas les rapports de l'archiduc avec le corps diplomatique : la plupart des envoyés étrangers n'avaient pu lui être présentés , parce qu'il exigeait d'eux certaines formes de respect qui n'étaient dues qu'aux souverains. Villars avait reçu de Louis XIV l'ordre formel de ne prendre d'audience que lorsque ces prétentions seraient abandonnées.

Le premier personnage de la cour était le grand maître, prince Dietrichstein ; mais son âge avancé le rendait impropre aux affaires, et la véritable autorité était exercée par le comte Ulrich Kinsky, chancelier de Bohême, vicechancelier de l'Empire, homme instruit , appliqué, désintéressé, qui avait succédé à Strattmann, sans avoir ni la netteté ni la souplesse de son esprit. Défiant, ayant le goût des voies détournées, il excellait dans l'art de créer des difticultés et de compliquer les questions les plus simples. Il penchait vers une entente avec la France : ses rapports

> SAnrr-Snoii, t. I, p. 344; t. II, p. 311.

avec Villars devaient, d'ailleurs, être très-courls, car il mourait au printemps de 1699, de chagrin de n'avoir pas •été nommé grand maître de la cour à la mort de Dietrichstein. L'Empereur lui préféra Harrach , pour lequel il ■avait une véritable amitié, et qui lui plaisait autant par ses défauts que par ses qualités. Intelligent, sûr et de bon conseil, Ferdinand-Bonaventure, comte d'Harrach, était d'un caractère doux et indécis qui ne froissait pas Tirrésolution impériale : d'une piété sincère, il comptait, comme son maitre, sur la protection spéciale de la Providence, et croyait au » miracle » attendu. Ambassadeur en Espagne, s'il n'avait pas utilement servi l'Autriche, il l'avait représentée avec dignité et avait de très-bonne foi entretenu les illusions de l'Empereur. Par la confiance du souverain, par sa situation personnelle, il tenait incontestablement la première place; mais il n'avait ni l'ambition ni l'ardeur au travail qui assurent le premier rôle.

Le personnage le plus actif de tout le conseil était Dominique- André, comte de Kaunitz : nous l'avons déjà rencontré à Munich, ainsi que sa femme, la belle Éléonore de Sternberg ; nous avons pu juger des ressources de son esprit, de son activité, de son habileté à profiter des circonstances sans préjugés, pour ne pas dire sans scrupules. Villars n'avait pas oublié ses luttes avec lui, mais il en avait gardé un bon souvenir : il croyait être la cause de son départ de Munich et de la rupture de Max-Emmanuel avec la comtesse de Kaunitz : il lui savait gré de cette apparente défaite ; il reconnaissait, d'ailleurs, ses talents et son influence croissante, u Depuis la mort de Kinsky,

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