‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits; (volume 3)Chapitre 14 sur 16 · I- II · texte numérisé non relu

I- II

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VILLARS ET l'ÉLECTEUR DE BAVIÈRE.

Vî llars, se rendant à Tannée d*Ilalie, retrouve Télecteurdc Bavière (août I70i ). ' — - Iklax-Emmanuel s* est rapproché de la France. — Ses néf^ociations avec I--ouis XIV. — 11 essaye de renouer avec la cour d'Autriche. — Mission secrète du comte Schlick à Munich. — Trouvant ses offres insuffisantes, ^lax-Emmanuel traite définitivement avec le Roi. — Louis XIV songe ^ Villars pour commander le contingent destiné à rÉiccteur. — Il le rappelle d'Itulie. — Mariage de Villars (i702). — Le Roi l'envoie en «*^lsacc à Tarmée de Catinat. — Surprise d*Ulm par Max-Emmanuel. — A»oui;elles hésitations. — Villars nommé au commandement d'un corps <lélaché chargé de secourir l'Electeur. — Ses dispositiorft pour le passage clu Rhin à Huningue. — Prise de Neuenhourg. — Passage du Rhin et victoire de Friedlingen (14- octobre 1702). — Villars nommé maréchal <]e France. — Secrètes négociations de Max-Emmanuel avec l'.^utriche.

11 manque volontairement la jonction avec Villars. — Irritation de

^'iUars, qui rentre en Alsace et prend ses quartiers d'hiver.

En se rendant de Vienne à Paris, Villars s'était arrêté à

**^iiich, où se trouvait l'électeur de Bavière, qu'il n'avait

P*is i*evu depuis la pénible scène du 5 janvier 1689. Douze

aooées s'étaient écoulées, pendant lesquelles Max-Emma-

*^^^1 avait mené une vie fort accidentée. Les deux rêves

^^ sa jeunesse s'étaient réalisés. 11 avait commandé de

3^^J:^des armées et gouverné les Pays-Bas. Mais le succès

^ avait guère répondu à son attente. Sur le Rhin, il avait

^Vé arrêté par le Dauphin et Lorge ; en Italie, il avait été

^^Poussé par Catinat ; en Flandre, il avait été cruellement

M^Uu par Luxembourg, malgré des prodiges de valeur

f^rsonnelle; à Nerwinde, il avait quitté le dernier le champ

iZ% CHAPITRE III.

de bataille, mais rhéroïsme du soldat n^avait pas racheté les fautes du général, qui sortait de cette longue épreuve diminué, sinon désabusé. Le gouverneur des Pays-Bas avaitil été plus heureux? II est permis d'en douter. Administrer une province sur laquelle on avait voulu régner, c'était déjà descendre; pour un prince souverain, électeur du Saint-Empire, le contraste était encore plus sensible : il n'avait pu être subi sans de secrètes blessures d'amourpropre, ni accepté sans une certaine inquiétude pour l'avenir : le gouvernement des Pays-Bas était moins un avancement d'hoirie que le gage de l'exécution des promesses douteuses de l'Autriche et de l'Angleterre : en le prenant, Max- Emmanuel avait voulu s'assurer une souveraineté dans l'avenir et, dans le présent, s'en donner les illusions. Il s'était entouré à Bruxelles d'une véritable cour, y jelant l'argent par les fenêtres, négligeant de réclamer les subsides qui lui étaient dus, et ruinant ses Etats héréditaires pour subvenir aux dépenses de son gouvernement. Malgré la légèreté de son esprit, Max-Emmanuel ne pouvait pas ne pas avoir réfléchi à la situation qu'il s'était créée, ni avoir pesé à leur véritable valeur les résultats obtenus par quinze années de sacrifices faits aux intérêts de la maison d'Autriche. Aussi la paix deRysuick l'avalt-elle trouvé dispose à déposer les armes et déjà ébranlé dans ses anciennes affections.

La question de la succession espagnole était alors venue lui ouvrir de nouvelles perspectives et lui apporter de nouvelles déceptions. Un jour, il avait eu le mirage d'une véritable couronne venant échoir à sa maison. Son fils, l'enfant

chétif et longtemps attendu que lui avait donné en mourant rarchiduchesse Maria-Antonia , avait été désigné comme rhéritier légitime du trône de toutes les Espagnes : le débile Charles II, dans un accès d'humeur dont nous avons déjà exposé les causes^ avait fait un testament en sa faveur. Max-Emmanuel avait eu un instant de vertige : il avait fait solennellement venir son fils à Bruxelles, Pavait entouré d'une sorte de cour, avait fait peindre par Vivien son portrait, en armure royale, au bord de l'Océan, une mappemonde à ses pieds, étendant la main vers l'horizonlumineux derrière lequel on devine le vaste empire des Indes; il avait commandé à Amsterdam une flotte de vingt-quatre voiles pour porter à Cadix, avec l'appareil digne de son rang, celui qu'il appelait déjà le prince des Asturies. Le rêve n'avait duré que trois mois : il avait été brusquement interrompu par la mort du jeune prince, enlevé en quelques heures, le 6 février 1699.

La douleur du père avait été immense, folle. Dans son égarement, il avait cherché des causes mystérieuses à ce malheur trop naturel, accusant les prétendants au trône d'Espagne, l'Autriche surtout, d'un crime intéressé : ses rapports avec la cour de Vienne, déjà assez refroidis, s'étaient ressentis de ces suspicions. Le lien de famille était rompu : les intérêts politiques allaient devenir opposés. La force des choses allait faire de Louis XIV l'arbitre de la question espagnole : c'est de son côté que Max- Emmanuel s'était insensiblement tourné. Aussi quand le Roi eut accepté la couronne d'Espagne pour son petit-fils, l'électeur de Bavière avait-il été l'un des premiers à recon-

naître Philippe V. Il avait envoyé en France son fidèle Monasterol pour poser les bases d'une entente plus complète : lui-même était venu secrètement à Versailles offrir son alliance et celle de son frère, l'électeur de Cologne. Un traité avait été signé le 9 mars 1701 entre Torcy et Monasterol; Philippe V y avait adhéré le 21 mars. Une alliance défensive et offensive était conclue entre le Roi et les deux électeurs ; leurs territoires devaient être interdits aux troupes autrichiennes, des subsides étaient stipulés en cas de guerre. En même temps des garnisons françaises occupaient toutes les places fortes des Pays-Bas.

Max-Emmanuel avait aussitôt rassemblé ses régiments, sa cour, ses équipages, et avait repris le chemin de la Bavière, laissant le baron de Malknecht à Bruxelles pour le représenter, mais remettant le gouvernement effectif de la province au marquis de Bedmar, un Espagnol de vieille roche, dévoué aux seuls intérêts de son souverain, et que Louis XIV lui-même avait désigné à son choix. Le 7 avril 1701, il rentrait dans sa bonne ville de Munich, accompagné de sa seconde femme et de ses enfants, escorté de ses troupes^ aux accclamations de la population, privée depuis neuf ans de la présence de ses souverains. 11 y était rejoint quelques jours après par M. de Ricous, jeune capitaine du régiment d'Enghien, dont Louis XIV avait fait un diplomate, et qu'il avait nommé son ministre auprès de la cour électorale. L'envoyé du Roi avait été chargé de développer les conséquences du traité d'alliance, mais en même temps il avait recommandé à l'Electeur d'en tenir les dispositions secrètes et d'user envers l'Autriche de

ménagements et de prudence. Ces recommandations s'accordaient trop avec les dispositions du prince pour ne pas être fidèlement observées : Max-Emmanuel avait repris à Munich ses habitudes de dissipation, tout entier à ses plaisirs et à ses bâtisses.

Ce fut le 1'^ août que Villars vint se présentera lui, dans le même palais où douze ans auparavant ils s'étaient si cavalièrement quittés. L'accueil de l'Electeur fut des plus empressés; le passé semblait oublié; il ne fut question que de l'avenir et de la guerre prochaine. Tout en promenant son hôte à Schleissheim et en lui montrant les plans de Zuccali pour la reconstruction du palais, l'Electeur lui développa ses idées guerrières, lui confia son désir de faire campagne avec la France, lui avoua « qu'il y rêvait tous les jours, et qu'il avait déjà des projets écrits de l'épaisseur de deux doigts » . Pendant trois jours ce ne furent que fêtes entremêlées de conversations militaires. Villars repartit convaincu qu'il avait regagné les bonnes grâces de l'Electeur et qu'il était destiné à commander ses armées.

A deux postes de Paris, il apprit que le Roi avait remplacé Catinat par Villeroy à l'armée d'Italie et l'avait désigné pour servir sous ses ordres. 11 courut à Versailles, s'attendant à recevoir quelque faveur en rapport avec les grâces accordées à Tallard et à Harcourt : comme nous l'avons déjà dit, il n'obtint du Roi que de bonnes paroles et repartit très-dépité. L'accueil qu'il reçut à l'ai'mée fut de nature à le consoler; l'escorte envoyée à sa rencontre à Pizzighettone l'acclama avec enthousiasme. ^ C'est notre général que Dieu nous envoie I » criaient les cavaliers : un petit corps

ennemi s'étant présenté fut bousculé avec un rare entrain : Villars, sautant de sa chaise sur le cheval d'un officier, avait chargé avec les soldats électrisés; au quartier général^sur l'Oglio, il fut salué par de bruyantes démonstrations de joie : il semblait que sa bonne étoile dut fixer les hésitations de la fortune.

Quant à Max-Emmanuel, tout entier à ses a rêves », il attendait avec impatience la rupture de TEmpire et de la France. Les chances lui paraissaient toutes en faveur de Louis XIV; seul, le Roi avait vaincu l'Europe coalisée; que ne pourrait-il avec Taide de TEspagne et de la maison de Bavière? L'intervention de l'Angleterre et de la Hollande semblait d'ailleurs fort douteuse; les peuples ne partageaient pas la passion de Guillaume III et de Heinsius ; ils avaient obligé leur gouvernement à reconnaître Philippe V. En agissant avec prudence et fermeté, Louis XIV pourrait isoler l'Autriche, et Max-Emmanuel pourrait la dépouiller. Malheureusement pour les ambitions bavaroises , le grand Roi ne sut ni désintéresser ni contenir les puissances maritimes; il menaça la sécurité des Hollandais et inquiéta leurs intérêts commerciaux sans profiter de sa supériorité incontestée pour les réduire à l'impuissance; il froissa le parlement anglais en reconnaissant le fils de Jacques II, et laissa à Guillaume III le temps de le décider à la guerre en écoutant ses négociations dilatoires. Enfin, après une série de fautes et d'hésitations dont nous n'avons pas à refaire l'histoire connue, il se trouva, à la fin de I70I, en présence d'une coalition formidable, ayant perdu toute une année en ménagements inutiles,

et gagné en Europe un seul allié, l'électeur de Bavière.

L'hiver de 1702 se passa en préparatifs militaires; la guerre générale était inévitable au printemps. Chacun concentrait ses forces et prenait ses positions. II y eut pourtant un instant où le maintien de la paix parut encore possible : d'après un bruit qui courut les chancelleries, l'Empereur se serait montré disposé à reconnaître le roi Philippe V, moyennant la cession de la Bavière ; l'Electeur aurait échangé ses Etats contre les royaumes de Naples et de Sicile. Torcy ne prenait pas au sérieux une rumeur dont il attribuait la paternité à Guillaume III. Le roi d'Angleterre, disaitil, voulait mettre a la puce à l'oreille » au duc de Savoie, dont les visées sur Naples n'étaient un mystère pour personne. A Rome, on fut plus crédule : le Pape, qui redoutait, par un instinct prophétique, l'esprit remuant et ambitieux de la maison de Savoie, accueillait avec faveur une combinaison qui lui donnait pour voisin un prince catholique et accommodant. Monasterol, averti par le nonce, s'empressa d'en écrire à Max-Emmanuel. L'Electeur embrassa cette idée avec sa mobilité habituelle ; l'affaire du « troc y> , comme il l'appelait, vint faire concurrence, dans son imagination inquiète, à la couronne des Pays-Bas. Le projet n'avait aucune base, et bientôt on n'en parla plus ; il ne resta de tout ce bruit qu'une chimère nouvelle logée dans le cerveau de l'Electeur, cause pour lui de plus d'une fausse démarche.

Cependant des négociations plus sérieuses ne tardaient pas à réclamer toute son attention. Le Roi le pressait de régler avec lui les conditions de l'action commune; le

traité conclu Tannée précédente était conçu en termes généraux; il s'agissait de le compléter par des dispositions additionnelles et de préciser les opérations militaires. Ricous multipliait ses instances; mais à mesure que le moment d'agir approchait, Max-Emmanuel devenait plus hésitant. Mayr était revenu d'un voyage à Londres, Irèsfrappé de l'activité de Guillaume in,des moyens qu'il mettait en œuvre, des forces considérables qu'il était parvenu à soudoyer en Allemagne. L'Electeur commençait à trouver que les avantages stipulés n'étaient plus en rapport avec les dangers auxquels il exposait ses Etats. EnGn, quand, le 26 mars, pressé par le Roi, il se décida à envoyer Alalknecht à Paris, avec des pouvoirs pour traiter, il lui donna pour instruction de demander le titre de roi, la souveraineté des territoires qu'il pourrait conquérir en Allemagne, la cession des Pays-Bas dans le cas où il perdrait ses Etats héréditaires, et enûn il demanda d'être autorisé à espérer qu'il pourrait un jour effectuer le troc de la Bavière contre Naples et la Sicile. Dans un billet autographe écrit à Monasterol pour accompagner l'envoi de ces instructions, il ajoutait qu'il ne voulait pas de généraux français pour commander ses armées ; il désigne surtout Villars, « dont il ne veut absolument pas ' n .

Torcy reçut avec surprise ces communications inattendues, mais il dissimula autant qu'il le put ses impressions. L'alliance de la Bavière était indispensable à la France; il

^ Max-Emmanuel montra à Ricous le même éloîgnement pour la coopération de Villars. Voy. k TAppendice la lettre de Ricous à Torcy, du 22 mai. No 3.

fallait la conserver à tout prix ; c'était la seule sur laquelle on pût compter; les autres espérances s'évanouissaient une à une. Les cercles de Souabe et de Franconie, dont on avait escompté la neutralité, accédaient à la grande alliance ; rélecteur de Brandebourg mettait ses régiments à la solde de la Hollande. Torcy était décidé à faire à la Bavière toutes les concessions nécessaires. 11 rejeta pourtant très-loin et très-péremptoirement la chimère du « troc » de Naples, mais se dit prêt à négocier sur toutes les autres conditions.

La négociation fut laborieuse et dura près de cinq mois. Il fallut d'abord trois mois pour tomber d'accord sur les termes du traité : ils stipulaient pour l'Électeur, outre les subsides déjà convenus, — le gouvernement héréditaire des Pays-Bas, — la souveraineté des conquêtes qu'il pourrait faire en Allemagne, avec le titre de roi, — la cession des Pays-Bas en cas de perte de ses Etats héréditaires; enfin deux mois lui étaient donnés pour prendre l'oOensive, et on lui abandonnait la moitié des contributions qui seraient levées en territoire ennemi par les armées combinées de France et de Bavière. Au moment de signer ces arrangements léonins, un incident vint tout remettre en question et offrir un nouvel aliment aux indécisions intéressées et suspectes de l'Électeur.

Le Roi avait désigné le duc de Bourgogne pour le commandement de l'armée de Flandre : il avait, à cet effet, et pour éviter les compétitions des généraux, demandé à Philippe V d'adresser à son petit-fils un brevet de généralissime des armées espagnoles. La cour de Madrid, renchérissant sur les désirs du Roi, avait fait rédiger et expé-

dier à Paris, au nom du duc de Bourgogne, une patente de vicaire général du roi d'Espagne dans les Pays-Bas. Indirectement prévenu de cette nomination, qui lui donnait un supérieur dans le gouvernement de la province, Max-Emmanuel entra dans nne grande colère : il écrivit, le 4 juin, à Monasterol, une lettre très-vive, se plaignant de TofTense faite à sa dignité d'électeur, deTatteinte portée à sa considération dans tout l'Empire, et offrant sa démission si la mesure n'était pas rapportée.

Torcy, fidèle à ses instructions conciliantes, s'empressa de donner toutes les explications et toutes les satisfactions demandées par l'Electeur : la patente n'était pas encore enregistrée à Bruxelles, elle ne le serait pas; le duc de Bourgogne n'aurait que des pouvoirs militaires et aucun pouvoir civil; il ne se servirait du titre qui lui avait été délivré à l'insu de la cour de France, ni sur ses sauvegardes, ni sur ses passe-ports, ni dans aucune circonstance officielle; une déclaration formelle, écrite dans ce sens, fut donnée par le prince. Torcy fut si conciliant, si affirmatif; il alla audevant de toutes les réclamations avec un empressement si loyal, que Monasterol, à bout d'objections, mis au pied du mur, ne put faire autrement que de signer le traité le 23 juin, tout en réservant la ratification de l'Electeur. Il la sollicita immédiatement et fut un peu surpris de l'étrange réponse qu'il reçut. Nous croyons devoir la citer textuellement :

Munich, ...juillet 1702.

Cher comte de Monasterol... Je connois votre fidélité et sais en sûreté quand je vous mets le plus grand secret entre les

mains. Sachez donc qu'en même temps que j'ay reçu la nouvelle de TafTaire du vicariat, le comte de Schlick me faîsoit entrevoir les grands avantages que TEmpereur seroit porté à me faire. Sans rafTront reçu par ledit vicariat, je n*aurois seulement pas écouté le comte de Schlick; mais ayant par là juste raison de renoncer au gouvernement des Pays-Bas et de sortir de tout engagement sans blesser la bonne foy, puisque tout le tort est du côté des deux couronnes, j*ay dit, par manière de discours, au comte de Schlick, que je n'écouterois rien de la part de TEmpereur, à moins que Ton ne me parle sur un autre pied que du passé, et je vois à présent qu*on est disposé à me donner des avantages beaucoup au-dessus de ceux que je pourrois jamais espérer des deux couronnes. J'en seray pleinement éclairci en peu de jours : mais je ne puis différer jusqu'à ce temps-là de faire réponse au Roy Très -Chrétien sur tout ce que vous m*avez envoyé, ainsi qu'au sieur de Ricousse... A ce dernier, je diray en termes généraux que je remerciois fort Sa Majesté Très- Chrétienne de ce qu'elle contribuoit tant à adoucir le désagrément que j'ay reçu du côté du roy d'Espagne, et que j'étois de même obligé au duc de Bourgogne des honnêtetés qu'il me faisoit là-dessus; mais puisque cela ne changeoit pas l'intention du roy d'Espagne, ni l'atteinte que cette affaire a faite à ma dignité dans l'esprit du public, et qu'on a renversé par là le plus essentiel de ce que l'on m'avoit promis par le traité. Sa Majesté Très-Chrétienne ne trou veroit pas mauvais que je ne ratiCe pas les derniers articles sans que je sache la réparation et satisfaction que je dois avoir du côté de Sa Majesté Catholique, et que je meremettois, pour le surplus, aux ordres que je vous donnerois. Mon intention est de demander par vous une satisfaction du Roy Très-Chrétien au nom du roy d'Espagne, qu'il ne puisse pas m'accorder, et que je reçoive de luy un refus tout plat sur ma demande. En attendant que votre réponse arrive, je sauray la décision du côté de l'Empereur : si je trouve ma convénience et la sûreté que je

demande de ce coté-là, je prendray roccasion de ce refus... et feray démission du gouvernement. Si je ne trouve pas ma convénience et avantage avec TËmpereur, j*accepteray la satisfaction que les deux couronnes m^offriront, et dans ce temps-là je me déclarerai sur rofTensive ou sur la continuation de la neutralité.

La satisfaction que je crois que vous pourriez demander de ma part est que Ton révoque la patente qu'on a donnée au duc de Bourgogne, et qu'on le déclare généralissime des armées de Sa Majesté Catholique : à quoi vous adjouterez que, puisque Ton a fait voir qu'il y a un titre supérieur au mien aux Pays-Bas, je suis d'une chère à n'en pouvoir plus porter un moindre, et qu'ainsi je demandois le titre et la patente du vicaire général. Je suppose qu'on vous refusera cette demande, et qu'on vous proposera quelque chose de moins, sur quoy vous direz d'avoir ordre de ne pas accepter d'autre satisfaction et de m'en donner part par un courrier, qui est le but que j'ay, comme je vous ay dit plus haut. Mais si, contre toute attente, on me prenoit au mot en accordant la satisfaction que je demande, je serois réduit à un fâcheux embarras, car je ne saurois me cabrer ny de bonne grâce, ny de bonne foy, après qu'on m'auroit accordé tout ce que j'ay

souhaité Pour savoir s'il n'y a pas du danger d'être pris au

mot, vous pourriez chercher de parler au marquis de Torcy et feindre comme si vous aviez reçu quelques lettres d'ici, par lesquelles on vous marquoit que la satisfaction que je demanderois seroit dans les termes que je viens de dire Vous verrez facilement, par le discours du marquis de Torcy, si l'on me donnera le refus que je souhaite. Si vous n'êtes pas sur de cela, il faudra parler en termes généraux... quoique cela me gagnera le temps dont j'ay besoin, il ne me seroit pourtant pas si agréable, puisque je ne puis avoir une plus belle occasion de rompre qu*à présent, sur le refus de la satisfaction que j'ay demandée touchant le vicariat. Vous êtes à présent entièrement dans le cas et savez

on but et secret; vous avez du jugcrneot et du savoir-faire; si ici je ne puis penser aussi juste sur la manière de se conduire

travailler avec la cour de France, que vous, qui êtes sur le

u, prenez la voyc que vous jugerez la meilleure. Si entre

inps TafTaire est conclue ou rompue avec TËmpereur, je vous

avertirai aussitôt par un courrier.

La vérité est que Max-Emmanuel, tout en négociant

ec Louis XIV, n'avait pas cessé d'être en contact avec la

ur de Vienne, et de prêter l'oreille aux propositions plus

moins sincères dont elle leurrait sa crédule avidité.

ivers agents l'avaient abordé en secret ; il ne les avait pas

^courages; le comte Scblick était enGn venu à Munich,

€)rteur de bonnes paroles. Il avait affirmé que l'Empereur

€ait prêt à souscrire à toutes les demandes de son « cher»

^ndre. Alléché par cet appât, l'imagination hantée par sa

arotf e du ^ troc » , Alax-Emmanuel avait parlé de X'aples ;

chlick n'avait pas dit non ; l'Electeur avait alors oHert son

lliauce aux quatre conditions suivantes : 150,000 florins

ar mois pour un contingent de vingt mille hommes, —

-I-^m cession du marquisat de Burgau et de trois seigneuries en

*ï^yrol, — ^l'échange de la Bavière contre le Milanais ou contre

i ^ royaume de Naples et de Sicile, — enfin la promesse

^le la main d'une iiile du roi des Romains pour son fils'.

Schllck était reparti pour Vienne, laissant Max-Emma-

^^^uel convaincu que ses conditions seraient acceptées; il

^levait rapporter la réponse de l'Empereur dans le plus

V>ref délai possible. En attendant, Max-Emmanuel avait

pendu les négociations de Monasterol, lui enjoignant

1 lostrucUons de TEmperear au comte Schlick, du 5 août 1702. A. V.

iU CHAPITRE III.

d'exiger de la cour de France des satisraciions inacceptables, afin de la rendre responsable de la rupture qu'il désirait. Toute sa crainte alors était que Torcy, qui avait déjà tant cédé à ses caprices, ne cédât encore une fois. Cette crainte était justifiée. Louis XIV, nous Tavons déjà dit^ était décidé à conserver Talliance de la Bavière. Aussi Monasterol se trouva-t-il bientôt dans le plus cruel des embarras; Torcy, tout en lui laissant voir qu'il n'ignorait pas la véritable cause des hésitations de rÉlecteur, montrait une patience et une condescendance sans limites '; il accordait tout^ le retrait de la patente, des subsides nouveaux, l'envoi d'une armée française en Bavière. Monasterol ne savait plus comment expliquer les reiards de son maître ; il expédiait courrier sur courrier, écrivant à Malknecht, à Reichardt, à l'Electeur lui-même, des lettres pressantes et indignées".

Max-Emmanuel ne se trouvait pas moins embarrassé que son ministre à la cour de France : les jours, les semaines passaient, et la réponse promise de Vienne n'arrivait pas ; il ne savait comment concilier ce silence avec les assurances du comte Schlick, et hésitait entre ses inquiétudes et ses convoitises. Le fait est qu'à Vienne ses demandes

1 Ricous, qui renseignait exactement le Roi, trouvait cotte condescendance excessive. < Au lieu d*agtr avec TRlecteur comme avec un amy, écrivait-il le 1*' août, je croirois qu*il faudroit ne le regarder que comme un instrument utile ou iuutile à vos desseins, t A. E.

3 Les originaux se trouvent dans les archives du comte Tôrriog. Voyes à l'Appendice, vfi 5, la lettre, du 12 août, de Monasterol à TEIecteur. • J*ai pris la liberté, écrivait en même temps Monasterol à Malknecht, d'écrire à Son Altesse Electorale mes sentiments, d'une façon que ma le'ttre /ne servi* roit de sentence à la cour de Vienne, si elle étoit interceptée, t

VILLARS ET LÉLEGTEUll DE BAVIÈRE. 145

avaient été trouvées exorbitantes et rencontraienl une vive opposition : TEmpereur cédait volontiers sur les questions financières, ne refusait pas rarchiducbesse, mais se montrait intraitable sur les cessions de territoires. Kaunitz, qui n'était pas sur de conquérir Naples, Taurait promis sans scrupule; mais le roi des Romains, soutenu par des émigrés napolitains compromis par l'Autriche, s'y opposait avec violence. Après deux mois de tiraillements, on se décida à renvoyer secrètement Scblick a Municb, avec la mission d'obtenir de l'Électeur qu'il se contentât de 100 à 120,000 florins par mois, de la garantie du remboursement de ses anciennes créances sur TEspagne et de la main d'une archiducbesse pour son fils. Si Max-Emmanuel insistait pour l'écbange de la Bavière contre des territoires italiens, Scblick accepterait la conversation, se ferait expliquer par Max-Emmanuel comment il comprenait le règlement des nombreux détails résultant de cet échange, chercherait à savoir si l'Electeur désirait être mis en possession de l'un des royaumes italiens avant que TAutriche eût reconquis l'Alsace et les Pays-Bas, puis reviendrait à Vienne recevoir de nouvelles instructions. En dernier ressort, il pourrait offrir à Max-Emmanuel des territoires à conquérir en Espagne et aux Indes.

Scblick a laissé un long récit de son mystérieux voyage; c'est une scène de haute comédie, dont le lecteur nous saura peut-être gré de reproduire les traits essentiels \ Parti secrètement de Vienne le 12 août, l'envoyé impé-

1 L*origÎDal est conservé aui Archives I. R. de Vienne ; il est daté du T7 août 1702.

rial passe par Passau, Landshut, et arrive le 16 à Freisingen, où raltcndait l'intendant de Schleissheim, qui le prend dans sa voiture et l'amène à onze heures du soir au château. Il passe la nuit dans les appartemenLs d'hiver de l'Electeur, qui sont entièrement vides. Max-Emmanuel a un pied-à-teiTC dans les nouvelles constructions qu'il a fait élever au bout du parterre ; il vient chaque jour visiter ses travaux : rien n^esL plus simple que de se voir sans éveiller l'attention. Le len— demain matin, à huit heures, l'intendant vient le chercher^ lui fait traverser le jardin et l'introduit par une fenêtre du. rez-de-chaussée dans la pièce oii l'attend TElecteur; onfermc? les porles à clef. Après des compliments aussi nfTectueux. que peu sincères, on s'assoit des deux côtés d'une petite table, l'Electeur dans un fauteuil, Schlick sur un tabouret C'est Max-Emmanuel qui aborde la négociation; il se plaint des lenteurs de la cour de Vienne et les oppose ol l'empressement de la cour de France : depuis le mois de mars le roi Louis XIV lui offrait un traité aux conditions les plus avantageuses; il a toujours ajourné son acceptation, répondant aux concessions de la France par des dif-* cultes renaissantes; il s'élonne de la patience des Français et de la confiance quUls lui témoignent; il lève avec leur argent des troupes qui serviront sans doute à les combattre^ car son but, en faisant ainsi trainer les choses en longueur, a été de servir les intérêts de TEmpereur. Il a voulu se mettre en situation d'être utile à l'Empereur et à la patrie ',

1 Dicsc ménagements warco zu keinem anderen Zweck gerichtet gevcsea, al sich in cinem Standt zu sctzen, S. K. M. und dem Vatcrlandt desto nfltslicher seyn.

et de pouvoir les assister dans le besoin. La seule difficulté était de rompre avec des gens aussi accommodants. Le ciel heureusement est venu à son secours^ en suscitant cette afTaire du vicariat général des Pays-Bas, qui lui donne le meilleur des prétextes : il peut rompre sans manquer à sa parole et a de la belle manière )> . Il ne Ta pas fait encore, mais le moment est venu de prendre un parti définitif.

Cest au tour de Schlick de faire connaître les avantages que la rupture procurera à Max-Emmanuel du côlé de rAutriche; il les énumère peu à peu, sans livrer son dernier mot, mesurant ses oflres à l'impatience de son interlocuteur, marchandant chaque détail, et mettant deux heures à atteindre la limite que ses instructions lui assignaient. Max-Emmanuel discute chaque terme, ne cachant pas son désappointement, réclamant les territoiresannoncés. Schlick élude la question, se refuse à •< vendre la peau de 1 ours j» , et enfin, pressé par l'Electeur, finit par lui laisser opérer l'échange de Milan contre la Bavière et par offrir les *^riloires que les flottes de Hollande et d'Angleterre ne "^queront pas de conquérir en Espagne et aux Indes. Il "ïsiste sur les trésors du Pérou, sur les ressources de 1 Espagne, ^ à laquelle il n'a manqué jusqu'à présent 1^ une bonne direction » ; quelle figure ne fera-t-elle pas ^ns le monde, lorsqu'elle aura été réorganisée par la ^^^ie intelligence de l'Électeur!

Max-Emmanuel l'interrompt, et, changeant de ton, ^proche assez vivement à Schlick les procédés dont il est 1 ^fgane. Voilà donc la réponse qu'on lui a fait attendre °^ semaines! Que reste-t-il de la promesse écrite, que

Schllck lui a donnée au nom de rEmpereur, de traiter su les bases quUl avait indiquées? On lui ofTre aujourd'hu moins que ce qu'il a déjà refusé ; est-ce pour arriver à c résultat qu'il a dépensé 23 millions de florins et sacrifi quarante-deux mille de ses sujets au service de l'Autriche sans vouloir parler de son intervention personnelle? Il n' même pas été remboursé de ses avances ; on lui offre de subsides qui n'ont aucune valeur, s'ils ne sont garanti par l'Angleterre ou la Hollande; on lui oflre des territoire qu'il faut conquérir par de grandes victoires, des pays qu les Espagnols ne se laisseront pas arracher, et que la maiso: de Bourbon ou la maison d'Autriche seules sont asse fortes pour pouvoir garder. L'Electeur raconte alors tout l'aflaire du vicariat général des Pays-Bas, avoue cynique ment que les satisfactions qui lui ont été oflertes étaien très-suffisantes, qu'il les a refusées, et a posé des condi tiens tt qu'il n'aurait jamais cru devoir être acceptées » ^ Tout a été accordé ; Torcy a dit à Monasterol, et Rjcou lui a textuellement répété : « Pour désarmer Votre Altessi encore de ce côté, et vous faire voir Pestime que le Roi i pour vous. Sa Majesté veut bien passer par-dessus toute les considérations dues à son petit-fils, héritier de la cou ronne '. » Dans une pareille situation, Monasterol n'a pi faire autrement que de signer le traité; l'Electeur a résenr< sa ratification, mais jusqu'au 22 août seulement : on es

1 Icli babe zwar dem Mooasterol... solcbe BediognOsten vorgeschriebe velchc ich nicht geglaubt babe dass Sie jcmahlt eiogcben wûrden; sotban habcn Sie dannoch aile bewilliget.

* En français dans Toriginal.

au 17 ; il faut quatre jours à un courrier pour se rendre à Paris à franc étrier; c'est donc le lendemain que la réponse définitive doit être expédiée ; l'Électeur ne peut la retarder sans s'exposer à ce s'asseoir entre deux chaises )> .Si Schlick n^est pas en mesure de conclure séance tenante, ils n'ont plus qu'à se séparer.

L'entretien est interrompu parle grand chambellan, qui vient frapper à la porte et avertir l'Electeur qu'il est près de midi et qu'on l'attend pour la messe. Schlick supplie Max-Emmanuel de l'entendre encore une fois. Une seconde entrevue a lieu à trois heures, avec le même mystère. Schlick entame la série des questions qu'il est chargé de poser en vue d'un échange éventuel du royaume de Naples contre la Bavière. Max-Emmanuel, voyant qu'il ne s'agit toujours que d'un entretien sans conclusion immédiate, l'interrompt. Schlick prie, supplie, ne demande que huit jours pour avoir une réponse de Vienne, offre de passer ce temps caché et ignoré dans le logement qui lui a été assigné : a II est trop tard » , dit Max-Emmanuel en ie congédiant définitivement.

Le soir, l'intendant apportait à l'envoyé impérial un billet autographe de l'Electeur, conçu en termes très-affectueux et annonçant l'envoi d'un présent. Schlick crut devoir le refriser, et le lendemain 18 août, à cinq heures du matin, il repartait pour Vienne par un autre chemin.

Le même jour, Ricous était informé que rÉlecleur avait ratifié le traité conclu avec Louis XIV, et, le lendemain, un courrier portait à Monasterol la lettre suivante, curieux mélange de cynisme et de naïveté :

150 CHAPITRE IIL

Scbleissheim, 19 août 1702.

Cher comte de Monasterol, depuis ma dernière j'ai su plus précisément les intentions de TEmpereur; mais comme elles ne sont pas décisives, et que je vois qu*on ne cherche qu'à traîner et me laisser dans Tambiguïté, pendant que de la part de Sa Majesté Très-Chrétienne on m'offre une satisfaction complète touchant le vicariat général, et que rien ne paroit plus sincère que la manière dont on agit avec moy de ce côté-là, je croirois blesser en quelque façon la bonne foy si je n'agissois pas de même, et, puisque je vois partout que les affaires tournent entièrement à l'avantage des deux couronnes, je ne peux pas plus longtemps rester dans l'incertitude et perdre une occasion si favorable qui peut-être ne reviendra plus tout le reste de ma vie. C'est pourquoy je me suis déterminé enGn de ratiGer le traité et de commencer l'offensive le plus tôt que je pourray, ce qui sera, à ce que j'espère, vers la fin de ce mois. Vous recevrez le traité ratifié par un courrier que je vous dépéchcray tout aussitôt qu'on l'aura achevé d'écrire. En attendant, j'ai trouvé nécessaire de vous envoyer celuy-cy, afin de vous informer de ma résolution et que, sans perte de temps, vous en donniez part au Roy. Je me suis expliqué de même de cette manière à l'envoyé de France. Quant à l'affaire du vicariat, il y a quelques jours que ledit envoyé, en me pressant fort de lui dire la satisfaction que je souhaitterois, m'a fait entendre que, si la patente de vicaire général étoit ce que je demandois, le Roy me l'accorderoit : je ne luy ay rien répondu cette fois-là, sous prétexte d'attendre le retour du courrier que j'avois envoyé aux Pays-Bas : mais ayant aujourd'huy pris la résolution que je vous ay marqué cy-dessus,jeluy ay dit que Iccourrier étoit revenu, et que trouvant, par la réponse qu'il m'a apportée, l'affaire du vicariat en un état à pouvoir être redressé en me donnant ce titre k moy, j'espérois que Sa Majesté Très-Chrétienne ne me le refusera pas, croyant pouvoir demander avec justice le caractère le plus élevé qu'on pouvoit donner aux Pays-Ras : à quoi le sienrde

Rîcousse n'a trouvé aucune difGculté : même lui ayant dit que je ne voudrois pas qu'on donnât ensuite le titre de gouverneur des Pays-Bas au marquis de Bedmar, il m'a répliqué qu'il ne le falloit pas y et que je porterois celui de vicaire, gouverneur et capitain géftéral, dont il m*a assuré plusieurs fois aussy bien que d'avoir sur ce chapitre plein pouvoir du Roy, sur quoy vous pouvez vous régler et persister que cela ayt son effet ; surtout je vous recommande que le titre de gouverneur et capitain général me reste avec celuy de vicaire, car si Ton le donnoit au marquis de Bedmar ou à un autre, cela me donneroit bien du désagrément et beaucoup de brouillerie.

Avant que de commencer roffensive, j'ai demandé d'être précisément instruit de quelle force sera l'armée du maréchal de Patinât, quel mouvement cette armée fera en conséquence de l'entreprise sur la ville d'Ulm,tant pour la favoriser que pour se joindre, s'il étoit nécessaire; quel détachement l'on destine pour ^^ joindre à moy, par qui il sera commandé et où il sera dans '® ^emps de ladite entreprise. Informez-vous-en de même de votre

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