IL
venir à cette petite place, je ne vois rien qui empesche une jonction. Quoyqu'il en soit en attendant nous occupons les ennemis, de manière qu'elle sera asseurement soulagée des plus dangereux!
Je ne suis honoré d'aucunes de ses lettres depuis le 6 janvier; les publiques m'apprennent qu'elle devient tous les jours plus redoutable a ses ennemis déclarés et ceux qui n'oseroient plus se déclarer contre elle, et jamais il n'y a eu tant d'espérance de la voir sortir victorieuse et triomphante d'une guerre dont lescommencemensparoissoient pouvoir estre dangereux. J'ose me flatter que Votre Altesse Electorale sera contente de ma très vive attention a tout ce qui regardera l'honneur de son service. Ce sont les premiers ordres dont m'ait honoré Sa Majesté et jamais je n'en recevray d'aussy agréables pour moy que ceux qui me donnent occasion de faire connoistre à Votre Altesse Electorale le profond respect, etc.
Villars à t Electeur de Bavière.
Kehl, 12 mars 1703.
Imprimée dans Pelet, t. III, p. 941, et analysée ci-dessus, ^ t. I, p. 200.
Le comte de Monasterol au baron de Malkneclit.
A Versailles, ce 23* mars 1703.
C'est, Monsieur, avec une extrême ioye que ie vous commu
nique la copie cy iointe de la lettre que M. de Ricousse a es- ^ crit a M. le maréchal de Villars, laquelle m'a esté envoyée la J nuit passée a Paris par MM. de Chamillart et de Torcy qui
APPEXDICE. 259
m'en ont tous deux donné part chacun par un mot de lettre, sur le premier advis que i'en ay eu par un courier que m'a envoyé M. de Torcy. Je me suis rendu icy pour scavoir s'il y avoit quoique chose de changé aux mouvements que M. de Villars devoit faire, mais i'ay appris a ma très-grande satisfaction que l'on a ce matin sur le champ redepeché le courier de ce maréchal avec des ordres si positifs que ie le crois maintenant au repentir d'avoir repassé le Rhyn, car les couriers qu'on luy avoit envoyé le 16 et le 19 luy portoient des ordres bien contraires; par celuy du 19 Sa Majesté desapprouve absolument les mouvements qu'il a fait en arrière; ie suppose par là que vous estes deià informé que le maréchal de Villars après l'expédition de Kell n'avoit songé qu'a se venir remettre dans ses quartiers d'hyver en deçà du Rhyu, et avoit par conséquent obligé M. de Tallard a se reietter sur la Mosele, comme ce n'estoit nullement l'intention du Roy, ainsy que M. de Villars a son grand regret l'aura appris par les despeches du 16 et du 19. L'on croit qu'il seseraremisen marche pour passer leRhyn a Kell et pour se préparer a l'entreprise de la ionction; Sa Majesté luy ordonne par le courier qui est parti ce matin de tacher a s'ouvrir un chemin par la vallée de la Kintze, s'il le trouve praticable, ou bien de marcher droit à M. le prince de Bade, qui n'est point en estât de faire teste partout, car s'il veut guarder les gorges, il ne scaurait soutenir les postes de Stolhofien et Bihel, quoy qu'il ait receu un renfort de dix mille hommes, enfin. Monsieur, le Roy veut a quelque prix que ce soit que l'on ioigne Son Altesse Electorale, ou que l'on oblige les ennemis à rappeller sur leRhyn le détachement du comte de Stirumb, i'ay vii la lettre que le Roy escrit sur cela au maréchal de Villars : M. de Chamillart qui l'a escrite de sa main me l'a liie ce matin d'un bout a l'autre, elle ne scauroit estre plus forte ny plus positive, et sa conclusion est qu'il faut tout tenter pour secourir un allié qui a exposé ses Estais et sa personne pour sou-
260 APPEXDICE.
tenir les intérêts de la monarchie, et que bien que Son Altesse Electorale vienne par sa conduite et sa resolution de faire un coup important a sa seureté et utile a sa gloire, il ne falloit point perdre un moment pour luy envoyer un secours assez considérable pour éloigner les ennemis de la Bavière et Taffranchir absolument de tout danger; ie crois que si nous avions demandé du secours nous n'aurions pas sollicité avec plus de force que le Roy Tordonne au maréchal de Villars; cependant comme les mouvements qu*il avait fait en deçà du Rhyn mettent hors de portée de pouvoir exécuter les ordres dans le temps précis que Sa Majesté le vouloit, il y aura un retardement de quelque iours, et ie crois que Ton ne sera en estât de marcher que le 5 ou le 6 du mois prochain : i'ay pour cette raison remis mon départ a la semaine prochaine. Je ne suis point fasché d'avoir esté icy dans le temps qu'il estoit question de décider sur le parti que Ton devoit prendre après la prise de Kell, les insinuations du maréchal de Villars de laisser reposer les trouppes iusques au mois de may avoient deià fait une impression forte sur les esprits malgré Topinion du Roy qui alloit tousiours a la ionction, mais grâce au ciel M. de Villars en aura le démenti et ie crois que ie n'ay pas peu contribué a faire detterminer cette resolution vigoureuse. Puysegur y a fait des merveilles et m'a adverti en amy de tous les complots qui se fesoient contre ce proiect par ceux qui vouloient ailleurs de grosses armées. Je vous en diray davantage une autre fois, reiouissons-nous du succez glorieux qu'a eu la resolution de Son Altesse Electorale et espérons en àet suittes utiles autant qu'avantageuses, adieu. Monsieur.
Le 24 mars.
J'avois envoyé ma lettre icy a Paris par un laquais qui n'estant arrivé qu'après le départ de la poste n'a pas songé a Ii faire partir ce matin, mais comme i'ay receu hier au soii
APPEXDICE. 261
estant a Versailles votre lettre du 22 par le courier de M. de Boufflers, et que i'ay appris par les copies de celles que vous avez receu de Scharding en datte du 12 que vous scaviez le glorieux succès de l'entreprise de Sotre Altesse Electorale, ie n*ay pas à me mettre beaucoup en peine que ma lettre ne soit point partie; ce que i'y puis adiouter c'est qu'hier au soir le Roy m'a fait l'honneur de me parler tout le long de son souper, et m'a dit qu'il n'avoit de longtemps ressenti une ioye aussy parfaite : sur les choses qu'il m'a dites tout bas, il m'a témoigné avoir esté dans une vraye colère du mouvement du maréchal de Villars, auquel il avoit donné le mesme iour des ordres pressants pour la ionction ; cependant Sa Majesté esperoit qu'il n'y auroit de retardement que quelque iours, et que M. de Villars repasseroit le Rhin pour exécuter sans delay les proiets concertés.
Orig. aulogr. A. T.
L'Electeur de Bavière au comte de MonasteroL
Straiibin-{, ce 24 mars de 1703.
Cher comte de Monastcrol, quand le maréchal de Villars passoit le Rhin il m'a mandé en ces propres termes qu'il attaqueroit tout ce qu'il trouveroit devant luy et qu'il perceroit si loîng que la terre le pourra porter et le pain le pourra suivre me donnant le choix de l'aller ioindre à Rothenhaus ou à Villingen, i'ay choisi le dernier et me suis engagé d'y marcher, quand ie scauray le temps et le iour que ie devray m'y trouver : i'ay trouvé moyen de scavoir promptement et seurement le iour par le nombres de certaines boutteilles qu'il me devoit envoyer par un trompette : le nombre desdites boutteilles signifioit le iour du mois et la couleur du taffetas dont elles estoient couvertes le mois c'est-à-dire le blanc le mois de mars et le
rouge le mois d'avril; hier mon trompeté que j'ay envoyé au prince de Bade pour recevoir ces boufteilles est revenu, il m'apporta sept boutteillcs couvertes de tafTetas verd, ce qui veut dire que ce n'est ny mars ny avril, et dans la réponse du prince de Bade, qui est une lettre de chancellerie, il a mis une postdate de sa propre main qui est ce qui suit mot à mot : « Je suis tousiours aussy passioné serviteur de Votre Altesse Electorale que ie Tay esté, je la supplie d'en estre persuadé, Villars a pris Keel et retourne dans ses quartiers, Sic vos non vobis. r Tay aussy intercepté plusieurs lettres du camp du prince de Bade qui disent toutes la même chose, que le maréchal de l illars repassera le Rhin et se retirera dans ses vieux quartiers ; le prince de Bade a même sur cola résolu dans un conseil de guerre de faire aussy cantonner son armée, dont j'ay trouvé la repartition dans une de ces lettres interceptées escrite par le directeur du commissariat de l'Empereur, par ou ie vois clairement que le maréchal de Villars n'a pas ordre de faire la ionction présentement, laquelle devroit pourtant estre le principal fruit de la prise du fort de Keel. Il m*est donc bien sensible, qu'après m'estre otTert d'eiecuter de mon costé tout ce qu'on m'a demandé pour la ionction nonobstant que pendant cette marche i'aurois laissé mes états pour ainsy dire à l'abandon, que ie ne vois aucun effet du prompt secours qu'on m'a fait espérer. Du coté d'Italie je ne scais autre chose si non que M. de Barbesieres a esté pris et i'apprends par des nouvelles publiques que la saison empêche le duc de Vendôme d'agir, et que rien ne se remue encore de ce coté là; voilà en un mot la cruelle situation ou ie me trouve sans aucune connoissance par qui, comment et quand ie seray secouru, cependant io suis attaqué par deux corps d'armée très vivement et si ie n'avois pas eu l'avantage de battre la cavallerie du corps du comte de Schlick, il auroit esté impossible de soutenir si longtemps de deux cotés. Mais ie dis franchement qu'à la longue
APPEXDICE. 263
il faudra succomber; lesennemys se renforcent tous les iours, et moy ie ne puis que m'afibibir par les grandes et continuelles marches et fatigues que ie dois faire faire à mes trouppcs, dans cette saison, d'un bouta l'autre de mes Etats. Le corps du comte deStirum a esté encore renforcé de Tarmée du prince Louis de Bade, malgré la diversion que le maréchal de Villars a faite, de deux régiments decavalleric de TEmpereur scavoir Donerstatt cuirassiers et Castel dragons : ce corps là est de six à sept mille chevaux, ie scais iusques au nombre des compagnies; il est vray qu'ils n'ont pas beaucoup d'infanterie et ie scais de science certaine que dans le temps même que le maréchal de Villars attaquait le fort de Keel le prince de Bade a ordonné au comte de Stirumb de ne faire aucune reflexion sur luy et de continuer son opération avec toutte la vigeur possible; dans le temps que i*ay été avec la pluspart de mes trouppes contre le comte de Schlick, le comte de Stirum est entré dans le Palatiuat, a renversé des postes d'infanterie ou j'ay perdu six cents hommes, a attaqué et pris Neumarkt et est actuellement en marche vers Amberg; s'il emporte cette place qui n'est pas en état de faire une grande défense, je perds un duché et province toute entière, et quoyque je sois a présent en pleine marche pour me ioindre au général Weiquel, je ne suis pas assuré de pouvoir avancer pour secourir Amberg puisqu'il faut tousiours que j'aye attention sur ce que fera le comte de Schlick après le renfort qui le va encore ioindre des trois mille Hongrois et deux mille cinq cents Danois, n'ayant pu laisser de ce coté là que très peu de trouppes pour seulement deffendre le passage du Danube, de l'Inn et de la Salza ; et si ie vois que le corps de trouppes qui y est resté ne peut plus soutenir, il faudra que {'abandonne entièrement le haut Palatinat et que ie me iette dans les batteaux que ie tiens prêts pour descendre le Danube et accourir de ce coté là qui est le plus important. Pour surcroit de ma dangereuse situation je me
Î64 APPEVDICK.
trouve aussy sans aucun secours d'argent qui devient tousioars plus incertain par voye de change, que les marchands ne payent plus, et si Ton n'envoyé pas les espèces en nature par la Suisse je ne peux plus faire fond sur rien ny supporter les fardeaux immenses que j*ay sur les bras. Il y a des marchands qui se veulent charger du transport des espèces de Suisse en Bavière et le marquis de Puisieux doit avoir envoyé à la Cour les propositions qu'un de ces marchands luy a faites. Apres que vous aurez dépeint ma situation au Roy, demandez luy positivement de ma part un ordre prompt et positive pour la ionction, tant du coté d'Italie que du Rhin, à (in que d'un coté ou autre elle ne puisse manquer : que l'on ne s'embarrasse pas du concert avec moy, il n'y a plus de temps à cela : ce sera assez pour moy quand je scauray et verray les mouvements et les chemins que prendront les armées du Roy pour me secourir et me ioindre et selon cela je regleray les miens, et comme le maréchal de Villars est à présent maitre du fort de Keel, je ne vois rien qui puisse l'empêcher avec la grande supériorité de forces qu'il a sur celles du prince de Bade, lesquelles sans le secours de douze battiments hollandois ne passent pas le nombre de huit mille hommes et sont même en pitoyable état, de gagner la plaine et venir iusqu'à portée d'Ulm en faisant suivre les provisions et les asseurer par des postes qu'il peut facilement établir à mesure qu'il s'avance, car je ne puis pas répondre d'aller à Villingen comme je l'aurois fait à cette heure, puisque Ton m'attaque si vivement et qu'il vient tous les iours des renforts à mes ennemys : faites bien faire reflexion que l'Empereur oppose huit mille hommes à l'armée de France et fait agir trente mille contre moy. Puisque donc je fais ce que vous voyez pour les deux couronnes, et que toutte l'Europe connoit, faitéz moy scavoir positivement iusques ou vous avez porté l'affaire de la cession des Pays-Bas, la seureté qu'on me donne pour cela, et à quoy l'on a fixé la resolution afin que je puisse avoir l'esprit
en repos de ce coté là et me régler la dessus. Il est de la gloire du Roy de faire en sorte que l'allusion du prince de Bade sur le vers de Virgile Sic vos non vobis ne se vérifie pas en moy, et que tous les alliez de l'Empereur qui font le même iugement ayent le dementy et reconnaissent le prix de Talliance de Sa Majesté et le fruit des services considérables qu'on luy rend.
Orig. A. T.
Villars à l'Electeur de Bavière.
A Strasbourg, le 26« mars 1703.
Je ne suis encore honoré d'aucune réponse sur la lettre que i'ay eu l'honneur d'écrire à Votre Altesse Electorale par laquelle îavois celuy de l'informer que ie croyois nécessaire d'attendre iusques au sept de may pour pouvoir ioindre les troupes du Roy a celles de Votre Altesse Electorale a Villingen par toutes les [raisons que] i'ai l'honneur de luy alléguer auxquelles mesme s'est ioint la quantité de neiges tombées depuis quelques iours et qui nous rendent le passage des montagnes entièrement impossible. Cependant Sa Maiesté a tellement a cœur que l'on s'ébranle des ce moment ou pour passer s'il est possible ou pour aller chercher M. le prince de Bade, que i'ay Thonneur d'informer qu'avant qu'il soit cinq iours nous repassons le Rhin, il est certain qu'il manque beaucoup de choses a nostre armée laquelle ayant été en mouvement tout Thyver na pas encore receu ses recreues; plusieurs officiers manquent, nos habillemens et beaucoup d'armes, mais l'ardeur d'exécuter les ordres du Roy et de servir Votre Altesse Electorale au hasard de voir l'armée manquer de la pluspart des choses qui luy sont nécessaires nous fera négliger tout ce que la raison fait désirer a un gênerai qui voudroit bien que l'armée quil a l'honneur de commander n*eust a craindre que les enne-
Î66 APPEXDIGE.
mis : ie supplie dn donner les ordres autant quil sera possible pour que nous puissions [savoir ou] ils trouveront du drap, des souliers, des bottes, car enfin nous partons presque sans avoir receu rien de cela.
P, S. — J'ay rhonneur de réitérer encore a Votre Altesse Electorale les asseurances de la plus sensible joye que j*aye jamais ressentie de Tlieureux succès de ses armes.
Orijj. B. \.
Villars à l'Electeur de Bavière.
Strasbourg, 2 avril 1703.
(Analyse.)
Réponse à une lettre de TElecteur du 24 mars, qui ne s^est pas retrouvée. Villars explique pourquoi il a été obligé de repasser le Rhin et anononce sa prochaine marche en avant. — Imprimée dans Pelet, t. III, p. 552.
L'Électeur de Bavière à Villars.
Straubing, 11 avril 1703.
Promet d'être à Villingen au commencement de mai. — Imprimée dans Pelet, t. III, p. 940.
LtC comte de Monasterol au baron de Malkneeht.
Au camp devant Bhil, ce 21* avril 1703.
Il y a. Monsieur, trois iours que nous sommes icy en pr sence dos ennemis qui sont retranchés iusques aux dent depuis Stolhoven et Bhil iusques au sommet de la montagn
qui ferme leur gauche; presque tout le front de leurs retranchemensest couvert par des inoondationset des grandes flaques d*eaux, la gauche que Ton croyoit attacable par les montagnes est absolument impraticable, Ton y avoit envoyé 25 bataillons pour s'emparer de la crestede celle à laquelle abouttit le retranchement, mais pour y aller il faut descendre par des abysme, et les ennemys environnent cette montagne avec la plus grande partie de leur infanterie, de manière que M. le maréchal de Villars a fait revenir hier au soir au camp ce détachement, et Ton délibère dans ce moment la manière de tenter une attaque par le front; Ton se cannone des deux costés, et nous occupons des postes à la portée du mousquet du retranchement. M. de Bade soutient fièrement son fumier ; il a environ 16" hommes à ce que nous raportent tous les déserteurs; s'il est forcé dans ce poste nous pouvons dire que l'Empire recevra une mortelle blessure, mais aussy ie crois qu'il valloit mieux s'ouvrir le chemin des gorges qui parois- Boit immancable, et présenter M. de Tallard à M. de Bade pour le tenir en échec avec tout tes ses trouppes et l'empêcher de dettacher vers les vallées; M. de Tallard a hier passé le Rhyn k Kell et marche pour nous ioindre, ie crois que l'on fera tous les efforts pour en venir aux mains de ce cotés-cy, avant que l^entreprendre autre chose, le maréchal disant pour ses raisons )ue s'il bat M. de Bade dans le poste ou il est qu'il ne se met plus en peine des vivres pour son armée, parcequ'il prendra sa marche par un pays ouvert, au lieu que par les montagnes il l'est point seur d'en pouvoir faire suivre assez pour tous les :ontre-temps qui luy peuvent survenir, et qu'il met l'armée au *isque de périr faute de subsistance, que si Son Altesse Elecorale luy on avoit assuré dez qu'il arrivera a Villinguen, qu'il l'auroit point hezité d'y marcher, mais que dans cette incertiude il ne trouve point a propos d'aller risquer cette avanture ivant que d'avoir sondé de ce coté icy s'il peut forcer M. de
î«8 APPKMUCE.
Bade: la iouniée d*auîourd*huy et de demain en décideront; les trouppes ont de la volonté et sont assurément bonnes, ie souhaite de les voir aux mains avec les ennemys. Je suis tousiours parfaitement à vous, ie vous prie, Uonsieur, d*en estre bien persuadé; mes compliments s*il vous plaît a M. Bombarda.
Orig. aulogr. il. T.
Le comte de Monasterol à VÈlecteur de Bavière.
Ce 24» avril 1703.
Je ne doute pas (|iie Votre Altesse Electorale n^aye esté informé par Malknecht que ie suis parti le 10* de ce mois pour ioindre le \l. de Villarsavec qui ie suis actuellement au camps devant Bihcl ; nous avons depuis six iours reconnu le poste de tous cotés autant que le pays le peut permetre : Lar. y est si bien établi si fort retranché et a tellement innondé le terrain qui est devant luy depuis Bihel iusques à Stolhoven^ qu*on ne scauroit approcher de sa droite et sa gauche est fortifiée de manière iusques au sommet de la montagne qu'il y auroit de la témérité a vouloir entreprendre de Ty forcer si Ton fust seur qu'il eût beaucoup de trouppes; Ton ne scait point au juste ce qu'il a, mais les aparences sont que Lar n*a qu'aux environs de 16 mille hommes : cependant malgré toutes ces difficultés Villars avoit résolu d'attaquer et l'ordre du combat estoit donné pour ce matin, mais les lieutenans généraux ont fait tant de difficultés et trouvé tant d'obstacles que Villars s*est rebuté et a pris la resolution de marcher droit a Offenbourg pour enfiler la vallée de la Kinze et suivre le proiet de la ionction dont il a donné part a Votre Altesse Electorale pour le sept de may; il marchera d'icy après demain pour le plus tard selon ce qu'il vient de m'asseurer, comptant solidement sur les subsistances que vous luy prometez de faire trouver â quatre ou
APPEXDICE. 269
cinq lieues de Villinguen par vostre lettre du onzième qu'il receut avant hier; c'est ce qu'il m'a prié de vousescrirê ; Villars vous mènera soixante escadrons et cinquante bataillons : ie crois qu'il seroit a propos que le corps que Votre Altesse Electorale enverra au devant avance vers Villingue le quatre ou le cinq du mois prochain, quand ce ne seroit que pour donner de l'inquiétude au corps que commande Prosper Furstemberg dans cette vallée.
Orig. autogr. A. T.
Villars à l'Électeur de Bavière.
Au camp de Donaw Echingen, le 6* may 1703.
Je ne doutte pas que Vostre Altesse Electorale ne soit présentement informée que dez le premier de ce mois nous avons forcé le passage d'Horneberg et défiait quatre mil hommes qui le defiendoient ; la seulle opinion que les ennemis ont eu de Dostre dessein Ta rendu possible puisque le travail de trente paysans exposoit l'armée du Roy a de très fascheux accidens ; je me suis asscuré la teste des montagnes le mesme jour. Il a fallu cinq jours entiers pour traverser la montagne Horneberg bien que l'on n'ay t rien oublié pour faire une extrême diligence; je me suis avancé vers Villingben ou j'esperois de recevoir des nouvelles de Vostre Altesse Electorale, mais n'en ayant pas receu ie m'avance le long du Danube pour trouver un bon pais a faire subsister une assez nombreuse armée composée de 50 bons bataillons et de Gl escadrons, d'un équipage de 50 pièces de canon, celuy-ci est a proportion de ce qu'il faut pour une aussy grosse armée; i'attens présentement avec extrême impatience les vivres que Vostre Altesse Electorale m'avoit fait espérer a 4 ou 5 lieues de Villiugen et mesme plus prés de nous s'il cstoit nécessaire.
Il n'est pas en mon pouuoir d'exprimer a Vostre Altesse Elec-
270 APPEXDICE.
torale mon extrême ardeur d'avoir rhonneur de l'asseurer
moy mesme du profout respect, etc., etc.
Orig. B. N.
Le même au même.
Au camp de Donau Eschingen, le 7" may 1703.
C'est avec une joye au-dessus de toutte expression que j'apprens par la lettre dont Vostre Altesse Electorale daigne m'honorer qu'Elle est satisfaitte de nos soins et de nostre diligence, elle cstoit nécessaire pour faire réussir un dessein dont le succez n'a esté heureux que parce que les ennemis Font iugé impossible, car enfin. Monseigneur, après les avoir forcé dans deux retranchcmens dont le premier est a Housa ou il y a un fort a cinq bastions qui tient tout le vallon, un château escarpé sur une roche, des redoultes sur les montagnes, nous avions encore les retranchcmens d'Horncberg beaucoup plus difficiles, ceux la deffendus par quatre ou cinq mil hommes qui ont esté bien battus, beaucoup de gens tuez, près de 150 prisonniers parmy lesquels est le commandant d'Horneberg et quatre capitaines; et tout cela, Monseigneur, estoit le plus aisé pour nous, mais ce qui estoit un obstacle insurmontable sont les deux lieiies depuis Hornebergiusques au haut de la montagne; le chemin est toujours ou dans le fond d'un précipice, ou cinquante arbres abbatus arrestent sans autre difficulté, ou bien dans le penchant d'vne montagne escarpée ou il ny a qu'a couper les terres , il faudroit faire un chemin sur des echafauts; l'étoile heureuse de Voslre Altesse Electoralle nous a donné des secours miraculeux; et ou cette étoile ne la meiuerat-elle point après tout ce qu'Elle a fait d'extraordinaire cet hiver? son armée a volé et triomphé partout; j'ay l'honneur de luy en meiner une qui meurt d'envie de combattre sous ses
APPEXDICE. 271
ordres, et Dieu m'a accordé enfin la grâce que je luy demandois depuis si longtemps. Elle aura la bouté de se souvenir que ie la conjuray il y a treize ans a Munich de voulloir bien se meltre a la teste d'une armée de François au milieu de TEmpire : ho par ma foy nous y voicy ! et Dieu nous bénira, je suis transporté d'avoir peu rendre a Sa Majesté le service qui luy tenoit le plus a cœur, et a Vostre Altesse Electoralle celuy de la mettre en estât d'imposer la loy a nos ennemis.
Je reviens, Monseigneur, a ce que Vostre Altesse Electoralle me fait Ihonneur de me mander que ses trouppes ont un besoin extrême de repos. Cela pourroit il estre autrement après touttes les fatigues qu'elles out faittcs, il n'est pas moins nécessaire, Monseigneur, a celles du Roy : car il y en a icy qui sont en campagne depuis treize mois saus trois semaines de relasche.
Je crois, Monseigneur, qu'il convient que j'aille recevoir les ordres de Vostre Altesse Electoralle, et mesmes incessamment. Elle n'a qu'a m'ordonner ou Elle a pour agréable que je me rende. Si cette lettre la trouve encore a Ehingen, qu'Elle ayt la bonté de m'ordonner si Elle veut que j'aille a Riedling.
Jevoisparce que Vostre Altesse Electoralle me fait l'honneur de me mander que les fourrages sont rares vers ces endroits là: Dous en trouvons un peu icy, et comme je n'ay receu que ce matin la lettre dont Elle m'honore, quejusqueslaj'ignoroisou estoient ses trouppes, et que le pain est une chose assés nécessaire, je n'avois pas attendu les secours que Vostre Altesse Electoralle a la bonté de m'envoyer pour me mettre un peu au large sur cela, et i'ay commencé a faire travailler icy, j'espère mesme de pouvoir m'en donner, avec celuy que Vostre Altesse Electorale a fait voiturer a Dutlingen, pour le reste du mois.
Si j'ose dire ma pensée en attendant que i'aye l'honneur de prendre moy mesme ses ordres, ce qui sera incessamment, n'attendant que sa réponse sur cette lettre pour me rendre a Riedling, si j'ose donc dire ma pensée, il est également neces-
saire pour les trouppes du Roy et celles de Vostre Altesse Electorale que roD passe le mois de may dans des lieux ou Ton trouve quelque subsistauce, s'estendant depuis icyjusques a Ulm le long du Danube.. Vostre Altesse Electorale me fera Thooneur de me dire jusqu'où Elle désire que j'estende celles du Roy en descendant pour que le commerce soit entièrement libre depuis Ulm jusqu'à Schafibuse. Mous avons beaucoup d'équipages de nos généraux et colonels qui, j'espère, sous le bon plaisir de MM. les cantons, passeront chez eux en bien payant; les cabarets depuis Schaffouse jusquesaHuningue s'en trouveront bien : i'ay a renvoyer près de mille chevaux de paysans d'Alsace, dont i'ay esté obligé de me servir outre l'équipage des vivres, beaucoup de drap d'habillemens desja achettés et arrivez a Huninguc nous joindront, enfin. Monseigneur, pendant que nos chevaux très maigres se rétabliront un peu, et que nos hommes se délasseront, on retirera touttes ses commoditez d'Alsace; je crois. Monseigneur, qu'il est indifierent a Vostre Altesse Electorale que nous consommions présentement les fourrages d'un pays qu'Elle ne veut pas, ie crois, venir visiter cet esté, et je suis bien trompé, ou Elle ne voudra pas tourner ses forces vers les montagnes Noires.
Voilà, Monseigneur, ce que ie puis avoir l'honneur de dire a Vostre Altesse Electoralle, en attendant que i'aye l'honneur de recevoir ses ordres moy mesme, et par ma foy. Monseigneur, cest avec une impatience, que j'attends la permission de me rendre auprès d'EUe, qu'il n'est pas en mon pouvoir de luy exprimer. Elle me fait plus d'honneur que je n'en pouvois espérer dans sa dernière depesche. Elle connoist mon ancien zèle, mon attachement pour Elle, combien je luy ay esté dévoilé dez les premiers momens que i'ay eu l'honneur de la voir, je suis persuadé qu'Elle m'a toujours un peu aimé» el je vous asseure. Monseigneur, que je lay creu dans les temps mesmes que ceux de vostre Cour, vous voyant suivre un autre
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party, le croyoient le moins; enilo, Monseigneur, je ne finirois jamais, qu'ElIe me permette donc de me rendre a Kiedling, etqu'Elle m'en prescrive le jour, le plustost est le mieux, et j'auray Thonneur de Tasseurer qu'Ëlle n'aura jamais parmy ses plus fidèles sujets un homme qui luy soit dévoué avec plus de soumission, ny avec un plus profond respect.
Orig. B. N.
L'Electeur de Bavière à Villars.
A Riedling, ce 8 de may 1703.
Peu de temps, Monsieur, après le départ de mon courrier d'aujourd'huy celuy que je vous ay envoyé il y a trois jours est revenu et m'a aporté votre lettre de hier qui a redoublé ma joye par le détail qu'il vous a plu de me faire de tout ce qui s'est passé à la grande expédition que vous venez de faire. Les difficultez que vous avez trouvé a votre passage ne font qu'augmenter votre gloire et montrent assez que rien n'est capable de résister à votre valeur et prudence. J'ay aussy fort bien compris. Monsieur, ce que vous me proposez touchant le cantonnement de l'armée le long du Danube jusques à la fin de ce mois icy pour donner aux trouppes le repos qui leur est si nécessaire; j'espère que nous conviendrons aisément de tout, lorsque j'auray la satisfaction de vous embrasser, et puisque vous voulez bien prendre la peine de venir jusqu'icy j'accepte avec plaisir l'ofire que vous me faites et vous y attends avec impatience, en me reservant de vous renouveller de bouche les asseurances de la plus parfaite estime avec laquelle je suis et seray toute ma vie. Monsieur, entièrement a vous.
Copie. D. G., vol. 1G7G, n"76.
APPEYDICE.
A l^wS
Villars à Vblecteur de Bavière,
Au camp de Donauesching, le 9* may 1703.
Je reccus hier a neuf heures du soir la lettre dont il a plu a Vostre Altesse Elcctoralle de m'honorer du 8, et je marche dez ce moment pour m'approcherd'Ëlle puisque Elle le désire. J'avois eii Thonneur de luy mander que je croyois indispensablement nécessaire de me rendre incessamment auprès d'Klle pour recevoir ses ordres. Quant à la jonction, Vostre Altesse la croit bien entière et seure du moment que i'ay passé les montagnes et le Danube, et iay bien de la peine à croire que M. le comte de Stirum quand mesme il seroit fortiffîé des Irouppes de Saxe et de celles que peut luy amener le général Tingon, fut assez mal conseillé pour s'avancer a Baliogen. Je suis bien persuadé qu'en ce cas là Vostre Altesse Elcctoralle approveroit qu'on Tallast chercher bien viste.
J'ay commencé par suivre ses ordres auec l'exactitude que je dois, mais ie serois persuadé qu'il seroit du bien de son service que j'allasse les recevoir moy mesme avant toutes choses. Je m'approche toujours de Dutlingen, j'ay fait rompre les fours que j'avois fait construire icy ou je contois de pouvoir trouver des farines jusqu'à la fin du mois, me servant seullemcnt du premier convoy qu'Ëlle a bien voulu faire avancer a Dutlingcn.
Comme Vostre Altesse Elcctoralle m'a fait l'honneur de me mander que les fourrages estoient rares en descendant le Danube vers Ulm, si Elle a l'intention de donner quelque repos a ses trouppes que la mesme depesche dont Elle m'honore marque en avoir un grand besoin aussy bien que celles de Sa Majesté; selon mes médiocres lumières, ma pensée seroit que
Ton examine les lieux ou elles peuvent prendre ce repos a moins que les ennemis ne se mettent a portée d'estre attaqués, auquel cas je tiens que cela vaudroit beaucoup mieux que de se reposer.
Orig. B. N.
Villars à l'Électeur de Bavière,
Au camp de Moeskirk, du 18* may 1703.
Je reçois par un postillion la lettre dont il a plu a Votre Altesse Electoralle de m'honorer du 17 avec la copie du S. Pakinster laquelle asseurement meritte toutte l'attention possible que juge Votre Altesse Electorale. Elle doit voir avec une extrême satisfaction que la situation ou je suis oblige le gênerai Styrum a se rapprocher du prince de Bade et rien n'est plus propre a concourir a Taccomplissement des mesures prises que d'augmenter l'inquiétude que le Prince de Baden paroist avoir que nôtre premier objet ne soit d'establir une communication avec le fort Louis. Votre Altesse Electoralle voit parfaittement que plus j'éloigne leurs trouppes du Danube, plus je luy donne de temps pour la seureté de l'exe* cution de nos desseins, et cette lettre interceptée du ministre de Wirtemberg, avec les avis qu'elle a par les déserteurs, me' feroient prolonger mon séjour icy le plus longtemps qu'il seroit possible, mais le manque de subsistance m'oblige à marcher des demain a Merskirck. Je la suplie très humblement de n'avoir nulle sorte d'impatience; son dessein formé est pour Passau ou Lintz, nos ennemis s'éloignent du Danube, que nous peut-il arriver de plus avantageux?
J'ose encore prendre la liberté de luy dire que je suis l'homme du monde le plus persuadé que la diligence et le secret sont les deux principales parties de la guerre. Qu'elle
276 APPEXDICK.
ait donc la bonté de compter que j'agis uniquement sur ces deux principes la, mais je sais en même temps qu'il faut quelques fois reculer pour mieux sauter.
J'ay fait partir immédiatement après le départ de Votre Altesse Electoralle M. de Chamarande avec trois mil hommes choisis, deux pièces de 24 et quatre autres pièces de petit canon. J'ay esté visiter hier moy même la situation d'Uberlingen. Elle nous est entièrement inutile pour la communication parce qu'il faut toujours traverser le lac entier de Constance pour aller aborder à Rauchak, et que les ennemis n'ont qu'a avoir trois ou quatre batteaux a l'extrémité de la pointe de terre qui s'avance vers Constance pour qu'il nous fust impossible de passer. Il n'y a donc d'autre party a prendre pour establir une communication de lettre que de tascher de s*emparer du château deBregents. Cest a quoy M. de Chamarande a ordre de ne perdre point de temps.
Je supplie Votre Altesse Electoralle si Elle avoit besoin de poudre et de boulets d'envoyer ordre, a celuy qui commande a Memmîngen, de luy en donner. Le courrier que Votre Altesse Electorale m'avoit fait l'honeur de me depescher est demeuré en chemin a cause qu'il a rencontré quelques partis de housards et m'a envoyé son postillion, la crainte qu'il n'arrive a celuy cy quelque accident m'oblige a faire chifirer la plus grande partie de cette lettre, et je prie Votre Altesse Electoralle d'ordonner la même précaution pour celles dont Elle m'honorera.
Quant au temps que je puis arriver sous Ulm j'espère bien que ce sera conformément au temps que j'ay eu l'honeur de dire a Votre Altesse Electoralle, mais je dois un peu relier ma marche sur les opérations de M. de Chamarande. Quatre jours de plus ou de moins ne font rien pour le gros de Taffaire, l'importance est de retarder, et cacher le plus longtemps qu*il * sera possible, l'embarquement de l'infanterie; tout ce que Ton
APPKXDICE. «77
gagne de jours sur cela confirme le Prince de Bade dans Topinion, qu'il adesja, que je songea le mettre entre le maréchal de Tallard et moy, et que mon premier objet est d'asseurer une communication de trouppes plus tost que de lettres.
Nous avons un dessein actuel qui est de prendre Passau ou
Lintz, il faut le suivre sans se laisser distraire par aucune
autre veûe. Si les mouvemens que je feray pour oster à Ten-
nemy tout moyen de troubler ce projet, servent en même
temps a réduire les Cercles, comme je n'en doulte pas, a la
bonne heure, mais présentement nous faisons trois choses : la
première de donuer a la cavallerie de Tarmce du Roy un
repos indispensable qui n'est pourtant que de quinze jours
tout au plus; la seconde de tascher de prendre le château de
Bregens pour que Ton soit asseuré d'un commerce certain avec
Sa Majesté sans lequel on pourroit souvent prendre de
fausses mesures, et pendant ce temps la Votre Altesse Elec-
toralle dirige touttes choses pour faire infailliblement une con-
queste très importante et ^ui déconcerte la cour de Vienne
au point qu'elle ne scaura plus de quel costé se tourner.
Sur ce fondement je croirois que rien ne convient mieux que de ne faire embarquer vôtre infanterie que le 27 ou le 28*; que celle qui doit demeurer le plus tard qu'il sera possible a Riediing et vers Estlingen prenne ses mesures pour s'embarquer le même jour qu'elle arrivera a Ulm. Votre Altesse Electoralle voudra bien que je sois averty du jour que Ion retirera les dernières trouppes de Riediing pour envoyer en même temps occuper ce poste, et je la supplie de me rendre la justice destre persuadée que je suis l'homme du monde le plus attentif a suivre un projet, et qui a le moins besoin
d^estre excité a la diligence.
Copie P. V.
«78 APPEiVDICE.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au camp de Moerskirck, le 20 may 1703.
J'apprcDs en arrivant icy que le courrier que Vostre Altesse Electoralle m'avoit fait Thonneur de me depescher a esté pris par un party des ennemis entre Memmingen et Riedeling*. Heureusement toutteladepescheque j*ay eu ThoDeur d^escrire a Vostre Altesse Electorale estoit en chiffre, et je prenois la liberté de la supplier très humblemant que celles dont elle mMionoreroitfussentaussy chiffrées, puisque souventle moindre manque de précaution peut déranger les plus grands desseins. Vostre Altesse Electoralle me pressoit encore de me rendre le plustost qu'il me seroit possible vers Ulm, et j*avois Tboneur do luy dire que le mouvement de M. le comte de Styrum pour s'approcher du Prince de Bade estoit la chose qui m*auroit engagé le plus à demeurer vers le haut du Danube si j'avois peu y trouver de la subsistance, d'autant que plus les ennemis s'éloignent du Danube, plus ils facilitent nos desseins, et si elle veut bien me faire l'honneur de m*en croire, Elle concertera la marche de son infanterie de manière qu'elle s'embarque a Ulm le plus tard qu'il sera possible, puis qu'après cet embarquement son dessein ne peut plus être caché, ainsi ma pensée seroit qu'il faudroit gagner jusqu'au 28 ou 29 pour mettre la première infanterie dans les batteaux, et enfin de la faire aller jour et nuit puisque le clair de lune permet la diligence possible.
J'attens des nouvelles de la marche de M. de Chamarande vers Bregens; je l'ay fait partir immédiatement après le départ
> C'est ce qui explique que TorigiDal de la leUre précédente ne se troote pas dans le recueil de la Bibliothèque nationale.
APPEX'DICE. 279
de Vostre Altesse Electorale; j^espere qu'elle aura la bonté de envoyer des ordres a Memmingen afBn qu'on luy fournisse de la poudre et des boulets s'il enavoit besoin. Pour moy je conte toujours de m'ebranler d'ici avant la fin du mois conformément a ce que i'ay eu l'honneur de dire a Vostre Altesse Electoralle; je la supplie de vouloir bien ordonner que ie sois averti du iour quelle retirera ses trouppes de Riedeling affin que je fasse occuper ce poste.
Je supplie très humblement Vostre Altesse Electoralle de ordonner a ceux de ses officiers qu'elle laisse a Ulm de m'in* former de ce qu'ils pourroient apprendre des mouvements de Stirum. J'apprens que les trouppes de Vostre Altesse Electorale ont quitté iVfemmingen et Riedeling, je prens le party de y en envoyer pour garder ces postes la. J'espère que Vostre Altesse Electoralle aura bien volu faire occuper ceux qui sont entre Riedeling et Ulm pour la seureté de la communication.
Orig. B. \.
ViUars à l'Électeur de Bavière.
Au camp de Moeskirck, le Si^ may 1703.
J'ay l'honneur d'escrire a Vostre Altesse Electoralle par H. le Comte d'Albert ' qui meurt d'envie d'aller jouir des plaisirs de Munick. Comme je voulois envoyer un des premiers officiers généraux de cette armée présenter mes respects a Madame l'Electrice, j'ay creu, Monseigneur, qu'un volontaire
1 Gidet de la maison d* Albert de Luynes, qui, étant colonel des dragons Daupliin, fut privé de sa charge et mis deux ans à la Conciergerie pour s'être battu en duel. Le Roi Tautorisaà aller prendre du service en Bavière: il ne quitta plus l'Électeur et épousa eu 1715 une de ses maîtresses, M'**deMontigny.
280 APPExVDICE.
d'aussy bonne maison pouvoît fort bien avoir cette commîssioD.
J'ay eu l'honneur d'escrire hier a Vostre Altesse Electoralle par un courrier : ie Tinformois que celuy qu'Elle m'avoit depesché avoit esté pris par les ennemis, j'avoîs heureusement repondu en chiffre, et je la supplie de vouloir bien ordonner a ses secrétaires d'user toujours de la mesme précaution. Elle sçait mieux que personne qu'une lettre interceptée peut deranger les plus sages projets.
J'avois esté ravy d'apprendre par les dernières lettres de Vostre Altesse Electoralle que les ennemis prenoient le party de repasser le Necre, et se retirer vers Phortseim. Elle sçait bien que nulle situation ne convient mieux, et si j'avois peu les y retenir par faire un plus long séjour vers Dutling, ien'y aurois pas manqué, mais le manque de subsistance m'a fait venir icy, ou ie suis avec toutte l'armée, i'y trouve toutte celle qui m'est nécessaire pour raccommoder nos chevaux dont il demeura 20 de la Cavallerie dans la marche d'hier; il nous faut tout le mois, comme i'ay toujours eu Ihonneur de luy dire, pour les mettre seullement en estant d'aller. Outre cela je dois attendre des nouvelles de M. de Chamarande, qui a marché vers Bregens quelques heures après le départ de Vostre Altesse Electoralle ; et puis Vostre Altesse Electoralle aura peine a le croire, au grand nombre d'officiers qu'Elle a veu dans l'armée, mais il m'en vient de Strasbourg plus de 300, pour lesquels i'ay ménagé la liberté de passer par Schaffouse et par la Suisse. J'y ay envoyé vn brigadier de cavallerie allemand qui me mande par des lettres que je reçois dans ce moment qu'ils consentent qu'ils puissent traverser la ville de Schaffouse 15 a 15 et logent dans les villages autour en attendant. Ce n'est pas un renfort a laisser derrière quand il n'en couste que deux jours et d'un temps d'ailleurs que touttes les raisons du monde nous obligent a séjourner.
Je supplie Vostre Altesse Electoralle quand il luy plaira de
APPEXDIGK. 281
m'honnorer de ses ordres de les faire passer secretiementa
RiedlÎDg dont les Commandans des troupes que i*y envoyé me
les envoyeront jcy.
Orig. B. N.
Villars à l'Électeur de Bavière.
Au quartier <{eneral de Mcskirch, ce 2G<^ roay 1703.
Je recois dans ce moment des lettres de M. de Cliamarande lar lesquelles j'apprens qu'après avoir marché devant Breleniz il n'a pas trouvé apropos d'attaquer ce poste qui n'est [u^un retranchement du lac a la montagne : j'avoiie que j*en uis très fâché parceque quoyqu'il n'y ait, a ce qu'on prétend, [u'un vieux Château a Bregentz il me paroit par le plan qu'on n'en a envoyé que les murailles n'en sont pas trop abbat- ;iies, qu'il est dans une très bonne situation et qu'en relevant les murailles dudit Château on en auroit pu faire un poste assuré pour une communication avec la Suisse pour faire passer les lettres avec sûreté, et que ie ne scay plus quel poste faire occuper pour cela, car j'ay fait reflection que quand même je tiendrois une ville slir le lac de Constance les ennemis qui en occupent tous les bords auront toujours trente barques contre une pour troubler la communication. Enfin, Monseigneur, veu lextreme conséquence de ne négliger aucun moyen de recevoir des nouvelles de la Cour, j'ordonne a M. de Chamarande de rester a hauteur de Pfulendorff et d'examiner dans tout le pays s'il n'y a pas de Château ou l'on pust mettre cent chevaux et deux ou trois cens hommes de pied, parce que mettant un bon capitaine de chevaux qui partiroit le soir pour aller toutte la nuit sur la frontière deSchafiausen, les ennemis qui ne peuvent couperce commerce que par le Château d'Hohenveil auroient de la peine a nous empescher derece-
voir nos lettres. Vostre Altesse Electoralle jugera aisément de quelle importance il est de sçavoir les intentions du Roy sur le projet du Tirol; ainsy M. de Ghamarande demeurera a hauteur de Pfulendorff iusques a ce que le courrier que i'ay depesché sur cela soit repassé. Pour moy dés demain je mets les trouppes en marche pour descendre le Danube et m'approcher dXlm où je supplie très humblement Votre Altesse Electoralle de m'honorer de ses ordres. Je n'ay été honoré d'aucune de ses dépêches depuis celle que m'apportoit un courrier qui a été pris a son retour, et j'en dcpeschay un autre sur le champ à Votre Altesse Electoralle pour la supplier de n'être point en peine de mes depesches lesquelles estoient touttes chiffrées. J'envoye M. de la Billarderie colonel de cavallerie, homme très entendu, pour avoir Ihonneurde servir Votre Altesse Electoralle dans ce qui regarde les contributions, et recevoir ses ordres sur tout ce qu'elle aura pour agréable de luy ordonner. Nos chevaux se sont un peu remis, et en avoient un tel besoin qu'il n'y a point de colonel de cavallerie qui ne m*ait assuré que si l'on avoit continiïé a marcher l'on courroit risque de
l'avoir ruinée en six jours.
Orig. B. N.
L'Électeur de Bavière à Villars.
MuDÎcli, 27 mai 1703.
Il annonce le changement de ses projets. Pelet, t. III, p. 606.
Villars à l'Electeur de Bavière,
Au camp de Riedlingeo, 30 mai 1703.
Il exprime sa douleur du changement. Pelet, t. III, p. 606.
APPEXDIGE. 283
Villars au comte d'Arco et à M. de Ricous.
Au camp de Ricdlingcn, ce l«''juiii 1703.
Vous m'avez paru trop approuver le bon et louable projet dont Son Altesse Electorale était convenue, pour n'être pas bien persuadé que vous n'avez pas beaucoup de part au changement qu'on ve ut y apporter. Comme il est encore temps d'y Remédier et qu'il n'y a jusqu'à présent d'autre mal que quelques jours de perdus, je vous supplie, Monsieur, de faire en * sorte qu'un dessein aussy considérable qu'est celui de l'expédition de Lintz et de Passau soit suivi. De là on devait repasser par le Tirol et je ne doute pas que Sa Majesté, qui en est informée et dont j'attends à tout moment les ordres sur ledit projet, n'ayt donné les siens asseurement a M. de Vendosme : Elle doit le désirer ardemment et seroit, je crois, très fâchée si l'on y apportoit quelque changement. Je me remets à M. le comte du Bourg de tout cecyet je Tenvoye exprès à Son Altesse Electorale pour lui représenter de quelle importance il est de suivre ses premières vues et la différence qu'il y a entre attaquer l'Autriche ou Nuremberg. Vous scavés que quand les mesures sont une fois prises, rien n'est plus difficile que de les changer.
Orig. p. V.
L'Électeur de Bavière à ViUars.
Munie, ee 2 de juin 1703.
J'ay été surpris, Monsieur, de voir par vôtre réponse que vous avés pu penser que mon intention etoit d'abandonner le premier projet sur l'Autriche pour secourir le château de
284 APPËXDICE.
RoUenberg ie ne le crois pas une opération pour le début
d'une armée de cinquante battaillons et soixante escadrons comme vous le faites entendre, Monsieur, ny digne de moy, j'y envoyay le comte de Monasterol avec un renfort de quelques battaillons et escadrons de mes trouppes, croyant que le 4 ou le 5 de ce mois cette place sera secourue par luy.
J'ay envisagé le siège de Nuremberg comme le moyen le plus seur de réduire les Cercles et en même temps coaime une opération utille et très importante en attendant le party qu'auront pris les alliés après le siège de Bonn; ce qui m'a paru d'autant plus nécessaire et d'une conséquence d'autant plus grande que l'armée des dits alliés grossit desia par l'arrivée de plusieurs regimens du cercle de la haute et basse
outre le détachement qui doit venir de l'armée de Bonn et
que par la une séparation si grande entre nous auroit pu devenir préjudiciable si le prince de Bade après vn renfort si considérable prenoit le party de marcher vers le Danube ou qu'il augmentât le corps du comte de Stirum iusques a un nombre égal ou même supérieur a celuy de votre armée, puisque, selon tous les avis, on peut compter que les alliés auront bientôt une armée de 50000 hommes et qu'avec un corps de 15000 hommes le prince Louis croit pouvoir deffendre les lignes. Voilà, Monsieur, la principale raison qui m'a porté a différer encore un peu l'opération sur l'Autriche et ietter les yeux sur le siège de Nuremberg que ie ne trouve pas d'une exécution si difficille, si de vôtre coté vous faites ce que je vous ay demandé. Vous me disez. Monsieur, que nous sommes maitresdu Danube depuis sa source jusqu'à Vienne et que ie ne dois avoir nulle inquiétude pour tout ce que peut faire le comte de Stirum, il n'est pas question avec les force» que nous avons a présent de deffendre une rivière qui pass^ au milieu de mes Etats, et pour vous dire. Monsieur, en peu d^ mots mes sentiments et mes resolutions sur les raisons qu^
APPKXDICK. 285
VOUS m^avez alléguées dans voire leUrc, ie suivray mon premier plan si vous prenez sur vous de faire, avec Tarmée que vous avez, les opérations dont nous sommes convenus malgré les forces que les ennemis pourroient mettre ensemble et de vous rendre maitre des deux cercles commenceant par prendre Norlingen; si vous ne m'assurez pas positivement décela, je marche tout droit vers Nuremberg, comme ie vous Tay marqué par ma précédente, ne trouvant pas que sans cette assurance je puisse dès a cette heure aller en Autriche et m'eloigner si fort de vous qu'il faudroit un mois de tems pour nous rejoindre, ne pouvant pas concevoir comment en ce cas la vous me pouvez promettre de me joindre en tout temps. J'attends votre réponse au plustôt et suis, Monsieur, comme tousiours tout a vous.
P. S. — Je dois vous dire encore, Monsieur, que dés que je sauray les intentionsdu Roy sur raOaire du Tirol et les mesures que le maréchal de Vendosme croit prendre pour cet eflect, il n'y aura point de retardement de mon coté dans Teiecution, puisque ie continue a faire les dispositions pour cela et ne perds de vue cette expédition que ie regarde tousiours comme
la plus utille et la plus importante.
Orig. P. V.
Villars à ï Électeur de Bavière.
Au camp de Kegin,[, du \*^ juin 1703.
Il m'a paru d'une si grande conséquence de persister dans le très sage et très grand projet que Vostre Altesse Electoralle avoit résolu, qu'en ayant communiqué avec deux des meilleures testes que nous ayons icy, ie prens le party. Monseigneur, de depescher a Vostre Altesse Electoralle l'un des deux qui est U. le comte du Bourg lieutenant gênerai.
Nous trouvons donc. Monseigneur, que le Roy sur les très
fortes ÎDstances que ie luy ay faittesde la part de Vostre Altesse Electoralle laquelle se souviendra bien m'avoir fortement pressé d'insister sur la marche des trouppes d^Italie pour attaquer le Tirol, aura sans doute ordonné a U. le dac de Vendosme de conformer ses projets de la campagne snr celuf là. Ce qui est d'autant plus aisé que M. de Vendosme avoit passé le Mincio pour aller vers Osligliaau lieu d'aller vers la source de la Secchia comme on Favoit dit a Vostre Altesse Electoralle. Ainsy il est aportée de faire ce que Ton désire. D^ailleurs que Vostre Altesse Electoralle ayt la bonté de voir quel avantage c'est d'attaquer TAutriche dénuée de tout secours marchant entre Passau et Lintz comme Vostre Altesse Electoralle Ta resola. Pour le château de Rotemberg, ie crois pouvoir le secourir. Enfin, Monseigneur Je me remets de tout le reste a ce que 11. le comte du Bourg aura Thonneur de dire a Vostre Altesse Electoralle, et je la supplie d'avoir en luy la mesme confiance queo ce que j*aurois Thonneur de lui dire moy mesme. Je ne seriy jamais dans la moindre inquiétude sur les représentations que ie prenJray la liberté de faire a Vostre Altesse Electoralle. Elle connoit le fond de mon cipuret jedeffie personne du monde de pouvoir mieux prouver a Vostre Attesse Electoralle qu'Elle n a pas un seriiteur plus zélé pour ses intérests personels que moy.
Le même au même.
Aa camp de Krgio^. le 3« jaio 1703.
Je recois dans ce moment la lettre dont il a plu a Vostre Altesse Electoralle de mhonorer dn 2* de ce mois. M. le comte du Bimrg qui aura eu 1 honneur de Fentretenir depuis, aura peut eslre esté honoré de ses derniers ordres, pour moy, Monseigneur, ie suis soumis aux siens avec tout le respect et
APPEXDICE. 287
rattachement que je dois. J'avois pensé que sur les deux partis que Ton peut prendre présentement bien examinés, Vostre Altesse Electoralle auroit trouvé celuy d'attaquer TAutriche desarmée, ensuite le Tirol, estoit le plus grand, le plus solide et le plus aisé et que celuy de se ietler sur Nuremberg et vers la Bohême n'estoit qu'au cas que M. le duc de Vendosme ne peust point attaquer le Tirol de son costé. Peut estre. Monseigneur, ay-ie mal entendu ? Tun des partis met TEmpereur dans un très grand desordre et nous assure une ionction par Tltalie dont les secours dans deux mois nous seront peut être bien nécessaires, Tautre regarde Nuremberg et Tesperance de sousmettre les Cercles.
J'ose supplier Vosire Altesse Electoralle de me donner ses ordres sur celuy des deux partis qu'elle jugera le plus apropos de prendre. Ses profondes lumières et la parfaitte connoissance qu'Elle a des affaires de l'Empire, luy donneront un discernement juste que je ne pourrois espérer que de mon attachement iidelle aux intercsts du Roy etaux siens. J'ose supplier très humblement Vostre Altesse Electoralle de me rendre la justice qu'Elle me doit sur tout ce qui peut regarder l'honneur de son service, personne au monde ne luy estant si
dévoué.
Origio. B. N.
Le même au même,
Au camp de Gundelûngen, ce 10 juin 1703.
J'apprens par le retour de M. le comte du Bourg la resolution que prend Votre Altesse Electoralle d'ataquer le Tirol. Son juste discernement l'a porté au party certainement le plus convenable. J'avoue, Monseigneur, que je voyois dans celuy du siège de Nuremberg tout a craindre , même le succéz : ces
S88 APPKXDICE.
conquestes la, Monseigneur, sont d'une extrême conséquence quand on est a la fin de septembre et qu'il n'est plus question quede songer aux quartiers d'hiver, mais quand il faut soutenir une campagne entière, et que Ton commence par occuper une grande ville qu'il faut ou raser ou y laisser douze mille hommes de garnison, ou ne s'en pas écarter de peur qu'on ne la reprenne, j*avoûe, Monseigneur, que ces conquestes la me paroissent assez dangereuses pour n'en pas faire son principal objet : d'ailleurs Votre Altesse Electoralle est elle bien persuadée que la prise en soit infaillible? elle a veu que les ennemis ont commencé par y faire marcher six à sept mille hommes : il est bien certain que toutes les troupes qui assiegeoient Rotembergs'y scroient iettees. J'ai peine a croire que sa prise même eut réduit le cercle de Franconie a desarmer. Votre Altesse Electoralle voit, que le cercle de Suabeau milieu duquel il y a présentement deux assez grosses armées ne paroist pas encore prest a changer de party. C'est par l'impossibilité de soutenir leurs troupes et la seureté d'une ruine entière que l'on commencera à faire crier les peuples, et qu'ensuitte les Princes seront forcés à se soumettre. A l'heure qu'il est ils ne voyent pas bien encore les périls qui les menacent. Votre Altesse Electoralle scait que ces Princes sont gouvernés par M. le prince de Bade; mais leurs troupes jusqu'à présent mal payées, qui n'auront plus d'espérance de l'être, se dissiperont et nos contributions s'etendant peu a peu leur feront connoitre que leur ruine entière suivra leur opiniâtreté, s'ils persistent à ne pas demander une neutralité, et telle que l'on voudra la leur prescrire.
Pour moy, Monseigneur, présentement selon mes foibles lumières, je ne vois rien de si important que une communication et celle du Tirol nous produira des avantages infinis.
Origin. B. N.
APPEiYDICE. 289
Villars à l'Electeur de Bavière.
Ce 12 juin 1703.
J'aurois eu riionneur d'écrire a Votre Altesse Electoralle immédiatement après le retour de M. le comte du Bourg si je n'avois été informé par des lettres de U. de Hfassembach qui revient deSchafibuse qu'il me ramenoit le courrier que j'avois depesché a Sa Majesté sur les proiets de Votre Altesse Electoralle. Elle croit celuy du Tirol le meilleur de tout et par les lettres même de M. de Vendosme ecrittes avant qu'il sceut les intentions de Votre Altesse Electoralle il assure que si Farmée de l'Empereur s'ebranloit pour venir au secours du Tirol il la suivra. Elle luy ordonne de faire tous les efforts pour cela. Si comme Votre Altesse Electoralle me donne lieu de l'attendre de sa valeur, sa fortune, et de tous les moyens qu'Elle met en usage pour assurer cette conqueste, elle réussit, ie ne scay ou elle ne peut point porter ses espérances.
U. le comte du Bourg m'a trouvé marchant. J'ay pris le party de venir passer le Danube a Lauingen par les raisons suivantes : premièrement la diligence de la marche pour venii occuper la rivière de la Brentz sur laquelle je suis présente ment, en second lieu conserver le territoire d'Ulm que Votre Altesse Electoralle m'a fait l'honneur de me recommander. D'ailleurs les avis que j'avois des mouvemens des ennemis s'approchant d'Heydenheim m'ont porté a ne pas perdre un moment pour me mettre le plus prés d'eux qu'il me seroit possible, et le plus diligemment, ma marche étant pluspromte et plus aisée par la route que j'ay prise.
Votre Altesse Electoralle sera bien persuadée que je n'ou-
Î90 APPEXDICE.
blieray rien pour pouvoir faire le siège de Xortlingue : cela dépendra de la situation de U. de Stirum.
Si j'en croy divers avis, ce que m'a mandé le comte de Stirum luy même par un trompeté qu'il m'a envoyé il y a deux jours, le prince de Bade a d(*ub joindre cette armée dés le sept.
Enfin, Monseigneur, s'ils s'aprochent ie les chercheray et du moins les tiendray tellement en échec que certainement ils ne troubleront pas les opérations de Votre Altesse Electoralle sur le Tirol. J'ay peine a croire que ils osent envoyer des détachements et affoiblir leur armée quand ils ont tout a craindre de ces cotés ci.
Je supplie Votre Altesse Electoralle de me faire donner tous les eclaircissemens qui peuvent m'étre nécessaires sur Xortlingue, que je puisse en faire le siège, et même de m'envoyer /eux des officiers de Votre Altesse Electoralle qui pourront le plus parfaittement connoitre cette place; ce n'est pas que si Tennemy se retiroit vers le Rlekre et que n'osant pas se mettre a portée de moy il prit le party de me laisser faire le siège de Nortlinguc pour marcher vers Memingue et s'aprocherdu Tirol, il vaut mieux que je assure la conqueste qu'entreprend Votre Altesse Electoralle que toute autre chose, car de celles du Tirol elle marchera bien a de plus importantes, surtout après la seconde ionction que i'espere. Enfin, Mouseigneur, je suivray les ordres dont il plaira a Votre Altesse Electoralle de m'honorer, mais pour ne point courre comme l'on dit deux licvres a la fois, je croy devoir présentement tenir les ennemis de bien près et les empêcher par tous moyens de troubler les desseins presens, après cela s'ils sont assez foibles pour se tenir bien éloignés, se mettre en état de profiter de leur foiblesse.
J'apprens que Votre Altesse Electoralle a pris la resolution d'envoyer commander M. Schelleberg dans Ulm, je puis l*assurer que c'est un très bon et très capable officier. Je dois me
APPK.VDICE. Î91
louer de U. le baron de Bettendorff lequel me paroit très appliqué au service de Votre Altesse Electoralle.
L'armée est campée la droitte a Gondelfingen et la gauche au château de Brentz.
Origia. B. N.
L'Electeur de Bavière au Rot.
Munich, ce IS juin 1703.
Vostre Uajesté est si accoutumée de récompenser les bons services qu'on lui rend, que je ne doute pas que le passage de la Forest Noire que Monsieur le maréchal de Vilars a fait pour effectuer la jonction si importante, ne trouve auprès de Vostre Majesté le prix qu'il mérite; come j'ay tant de raison de marquer au dit maréchal l'obligation que je luy ay de ce bon success, j'ose prendre la liberté de prier Vostre Majesté de luy accorder un brevet de Duc ce sera une grâce particullière qu'elle me fera que je reguarderay come une nouvelle marque de ses bontés pour moy. Je dois aussy témoigner à Vostre Majesté la satisfaction que j'ai de M. de Ricousse et de la manière dont il s'aquitte auprè de moy des devoirs de son caractère je prie Vostre Majesté de l'avoir en considération et d'estre persuadée du profond respect avec lequel je suis...
Orig. aatogr. A. E.
Villars à l'Électeur de Bavière.
Au camp de GundeIGng, le IQ'join 1703.
J'apprens par divers avis, par des déserteurs et par gens inesme qui m'asseurent avoir veu M. le prince de Bade, qu'il est arrivé depuis trois jours au camp de M. de Stirum avec un
reDfort assés considérable, cependant ie supplie Vostre Altesse Electoralle de n'avoir aucune inquiétude sur tout ce qu'il peut entreprendre.
J'escris a M. de Bettendorf pour luy recommander expressément de n'oublier aucune des précautions nécessaires pour estre en seureté dans la ville d'Ulm. Ce poste est d'une extrême conséquence et je luy conseille mesme d'user d'autorité pour le bien du service de Vostre Altesse Electoralle et de faire sortir de cette ville ceux dont la conduitte luy pourroit estre 3uspecte, le voisinage des ennemis luy donnant occasion d'être fort sur ses gardes, et pour cela de n'avoir aucun ménagement pour les bourgeois de cette ville, et mesme de ne laisser pour l'ordinaire que deux portes ouvertes.
J'attends la réponse dont il plaira a Vostre Altesse Electoralle de m'honnorer sur tout ce que M. de Simeoni a eu l'honneur de luy mander depuis nostre entreviie. Elle me permettra de luy dire que ie desirerois assez de ne faire descendre les bataillons qu'Elle me demande vers Passau que je ne puisse voir plus clairement a quel party se déterminera M. le prince de Bade, car bien que je n'aye aucun dessein de l'attaquer, je crois cependant nécessaire de ne pas m'afibiblir de manière a ne pouvoir l'attendre que dans des postes retranchez, auquel cas ne faisant de mouvement qu'avec de trop grandes précautions, je luy laisserois prendre un air d'avantage qui a quelquefois des suiltes fâcheuses.
J'espère que Vostre Allcsse Electoralle aura donné tous les ordres nécessaires pour la seureté de Ratisbonne, c'est a dire qu'il ne puisse estre surpris, car de toutte entreprise qui iroît a quelque longueur, j'espère bien l'en pouvoir garantir.
J'envoye en poste a Vostre Altesse Electoralle encore un ingénieur, garçon très entendu et très hardy; je recommande a ceux qui ont l'honneur d'es.trc auprès de Vostre Altesse Electoralle de s'attacher moins aux règles pour avancer davantage
J'ay escrit par diverses voyes a U. de Puisieulx pour estre :5Qforiné par luydes premières nouvelles que Ton pourra avoir ^e H. le duc de Vendosme. Je ne doutte point qu'il attaque le TTIrol de son costé, mais quoyqu*il en soit, il me paroist toujours très avantageux d'estre maistres de cette entrée du Tirol
^t de la ville d'Inspruck.
Orig. B. N.
Villars à l'Électeur de Bavière,
Au camp de Guodelfiageo, le 20« juin 1703.
J'ay receii ce matin des lettres de Sa Majesté du 9 de ce
ois, par lesquelles ie vois que U. de Vendosme envoyera
battaillons et 24 escadrons, si Sa Majesté luy en donne
*ordre précis, que même il les meinera luy même iusqu'a
rente si cela est nécessaire ; il ne laisse pas d'y trouverquelques
ifficultés, mais il espère de les surmonter. M. de Vendosme
oit que les trouppes que j*ay amenées, jointes a celles de
^^ostre Altesse Electorale, seront supérieures en nombre a touttes
lies de TEmpereur et de TEmpire ; je vois qu'il se défait de
trouppes avec peine; pour moy, Monseigneur, si je n'avois
<x>nsideré que mon interest particulier, je serois demeuré sur
le Rhin avec cent battaillons et 140 escadrons, mais celuy du
Aoy et de Votre Altesse Electorale vouloit a quelque prix que
ce fust une jonction, et je Tay faitte, grâce a Dieu; le même
interest veut une communication, elle est certainement plus
facile que la jonction. Cependant, je vois avec peine que
M. le mareschal de Tallard marche vers Landau plustost que
vers Fribourg, dont la prise est absolument nécessaire, j'ay
pris la liberté d'en mander ma pensée a Sa Majesté.
Origia. B. N.
t94 APPENDICE.
Villars à V Électeur de Bavière.
Guodelfiog, 22 juin 1703.
Reproduite ci-dessus, t. I, p. 227.
Le même au mime,
Au camp de Dillingen, le 25* juin 1703.
J^attendois a me donner Thonneur d'escrire a Vostre Altesse Electorale que je fusse un peu mieux informé des mouvemens des ennemis, ce que nous sçavons positivement, c'est que toutte leur armée s*est ébranlée dez le 23 de son camp de Siessen et a poussée des testes en divers endroits qui ne décident pas encore quel peut estre le dessein de M. le prince de Bade, dez avant hier ils ont un poste a Albeck, et des partis a Langenau, vers Ulm il s'est avancé un corps asses considérable qui s'est retiré vers Keisling.
J'ay quelques avis qu'un détachement de 6 a 7000 hommes a marché comme pour aller vers Riedling, mais comme M. de Bettendorf ne m'en mande rien, je n'y adjoute pas foy; j'ay envoyé M. du Héron avec un lieutenant colonel des trouppes de Vostre Altesse Electorale a Ulm pour faire rompre les ponts sur le Danube, six ou 7 lieues au dessus d'Ulm, et M. de Ijegal mareschal de camp est avec 1 3 escadrons entre Leipeim et Ulm pour empescher que l'ennemi ne puisse passer le Danube vers Elching.
Comme le sieur de la Tour lieutenant colonel des trouppes du Roy, qui est depuis quelques iours à Donnavert, me mande par un courrier que 7 mille hommes des trouppes de
M. de Bareith dévoient camper a Norlingue hier au soir, ie viens d'envoyer a Donavert 200 hommes destachez. Enfin, Monseigneur, ie vois que les ennemis songent a me donner de rinquietude par divers endroits; dans cette situation i'ay creû devoir prendre celle que i'ay Thonneur d'expliquer a Vostre Altesse Electoralle; j'ay mis Tarmée, la droitte a Dillingen, la gauche a Lawingen, le front de mon camp est couvert d'un ruisseau lequel je grossis autant que je le veux par des reteniies; je couvre la gauche par une ligne ; ce camp là fort seur me donne lieu d'envoyer des detachemens considérables pour garder le Danube depuis Ulm jusqua Donavert. Si l'ennemy marche avec le gros de ses forces au dessus d'LIm, i'ay le temps d'aller defTendre TlIIer; sil veut attaquer Donavert, je puis aussy le soutenir; ce qui pourroit m'inquieter c'est s'il estoit possible a l'ennemy d'envoyer un corps léger a Augsbourgavec quelque intelligence qui luy en fit ouvrir les portes : c'est a Vostre Altesse Electoralle qui a une connoissance parfaite de celte ville a juger de ce qui convient pour n'en avoir rien a craindre, et si a tout événement il ne convicndroit pas qu'ils laissassent les trouppes de Vostre Altesse Electoralle garder une de leurs portes.
Quant a Ulm, si j'en crois tous nos officiers, cette bourgeoisie est très mal intentionnée, il ne faut pas en estre surpris, le changement de leur estât doit leur inspirer de tels sentimens. J'apprens qu'un trompette que M. le prince de Bade m'envoyoit avant hier pour m'apporter des lettres du sieur de la Billarderie, a esté très accueilly des bourgeois, mesme avec des discours séditieux. M. de Bettendorf me paroist très bien intentionné, mais il est du service de Vostre Altesse Electoralle qu'il y ait un officier gênerai et très entendu qui ayt dans cet intervalle le commandement qu'EUe avoit destiné au sieur de Chelberg, et qui ayt inspection depuis Memmingen jusqu'à Donavert.
296 APPKNDIGE.
Quant aux postes d'fngolstat et Ratisbonne, i'ay écrit a MM. les commandaus et n'ay pas encore receu de leurs nouvelles, i'ay creu devoir prier M. de Santini de mettre dans Ratisbonne les deux bataillons doùt Vostre Altesse Electoralle me permet toit de me servir, mais Vostre Altesse Electoralle doit je crois avoir aussy a Ratisbonne un oflScier gênerai qui réponde de la frontière depuis Donavert jusques vers Passau. C'est ainsy que nous avions disposé nos frontières depuis la mer jusques au Rhin dans la dernière guerre.
Je suis bien asseuré que Vostre Altesse Electoralle me pardonnera mes libertez sur ce que j'ose luy dire mes sentimens.
J'escris, et très fortement, a Sa Majesté sur la nécessité d*establir une communication solide par Fribourg, car pour ne se pas flatter, M. le prince de Bade avec touttes les trouppes qu^il peut avoir joignant celles qui estoient vers Nuremberg formera une armée de 40 mille hommes.
J'envoye a Vostre Altesse Electoralle une lettre interceptée que M. de Bettendorf m'a envoyé. Je ne puis repondre des mouvemens de M. le duc de Vendosmc iusques a ce que le Roy, informé du dessein qu'a pris Votre Altesse Electoralle d'attaquer le Tirol, ayt peu envoyer ses ordres convenables a ce dessein ; jusqu*a présent iescay que les premiers, sur le premier projet, avoient esté de mander a M. de Vendosme d'envoyer 24 bataillons et 20 escadrons ; mais sur celuy de marcher a Nuremberg, elle pourroit avoir changé de dessein. Je scais que ma lettre par laquelle j'avois l'honneur d'informer le Roy du retour de M. le comte du Bourg, a esté receiic a SchafTouse et envoyée de la a la Cour par un courrier, mais cela aura fait perdre du temps. Enfin, Monseigneur, il me paroist que Vostre Altesse Electoralle a ouvert la porte du Tirol de son costé, le reste est aisé a M. de Vendosme puisqu'il n'a a combattre que la seuUe difficulté des chemins qui n'est rien quand aucun ennemy ne les garde.
J'ay fait chanter le Te Deum hier dans Teglise des Jésuites de Dillingen, et les bons pères Tont fait de très bonne grâce, nous fismes les saluts de réjouissance ensuite ; en vérité çà esté de très bon cœur, et c'est une belle et prompte conqueste de Vostrc Altesse Electoralle, et qui nous en facilitera bien d'autres.
Je vois par la lettre de M. de Ricous que Vostre Altesse Electoralle avoit Tintention de s'ouvrir le passage de en le prenant par les derrières ; il me semble que delà, Elle n'a pas bien loin a revenir sur Augsbourg d'où Elle prend son party pour aller ou l'enneray voudra tourner ses forces, je n'ejyirgne ny
soin ny peine pour le pénétrer.
Origin. B. N.
Villars à V Electeur de Bavière.
Au camp de Diiliogcn, le 26' juia 1703 (Analy$e.)
Villars félicite l'Electeur de ses succès, lui apprend que
Tennemi s'approche du Danube, et l'engage à faire occuper
Augsbourg.
Origio. B. N.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au camp de Dilliogen, le 27* juin 1703.
J'ay renvoyé hier le courrier de Votre Altesse Electorale le plus dilligement qu'il m'a esté possible pour avoir l'honneur de l'informer de la marche do l'armée impériale campée dans la plaine de Langenau, la droitte vers le Danube, et la gauche vers la source du ruisseau de Langenau, comme j'ay eu l'hon-
ariir de Toxpliquer a Votre Altesse Electorallc par nia dernière depesche. Je suis informé par le baron de Circenstein, lequel me parois! 1res bien intentionné pour le service de Votre Altesse Electoralle, qu'hier, en arrivant dans le camp de Langenau, il y eut une conversation assés vii'e entre le prioce Ivouis et plusieurs généraux de son armée sur la resolution qu'il paroissoit avoir prise, de m'attaquer, qu'enfin la resolution et le résultat avoit esté d'attendre les trouppes de M. de Bareith.
La lettre que ie recois dans ce moment du comte de .Vontfort, dont j'envoye la copie a Votre Altesse Electoralle, me confirme ce que le baron m'a dit. J'avoue que j'ayme bien mieux que les ennemis prennent la resolution de m'attaquer avec touttes leurs forces unies que de songer a me dérober un passage sur le Danube; j'ay toutte l'attention que ie dois pour l'empecher, mais souvent auec beaucoup d'attention on peut manquer. Ceux que j'ay commis pour y veiller et que j'ay choisis pour les plus entendus sans regarder a l'ancienneté de charge peuvent estre trompés, cependant ce que je luge le plus important est la conservation de Ratisbonne. Pour cela, Monseigneur, je mande a M. de Santini ce qui me paroist nécessaire, mais je prendray la liberté do demander a Votre Altesse Electoral le si Elle n'est pas maîtresse de la ville aussy bien que du pont, car elle me permettra de luy dire que Sa lettre est équivoque, et la conservation d'un poste aussy important ne doit point l'estre asseurement; après cela je regarde Ulm, il faut un siège, pourveûque M. de Bettendorf soit bien sur ses gardes, pour éviter toutte surprise.
Le passage du Danube a Oberelchingen serait dangereux; mais j'ay i bataillons et 20 escadrons chargés uniquement d'y veiller auec un de mes meilleurs maréchaux de camps et trois brigadiers.
Je crois pouvoir estre tranquille pour mon camp; si les
is ont 53 milhommes, comme ils le disent, je soubaitte nent qu*ils viennnent m'y attaquer et je n'en seray pas rassé. Ainsy, que Votre Altesse Electorale ne soit pas te, pour moy, je le suis beaucoup moins depuis que j'ay a lettre du comte de Hontfort, car ce que je trouve le périlleux c'est de voir touttcs leurs forces ensemble; ie *ois bien plus sur des detachemens, et s'ils prennent le le venir tous a moy, j'espère pouvoir donner à Votre Electorale tout le temps qu'elle voudra. Les passages Danube, audessus ou audessous d'Ulm qui pourroient esolés malgré touttes les précautions, car ie n'en ay aucune, me feroient le plus de peine. A cela il n'y a adre que pour Augsbourg, c'est a dire supposé que levaux des impériaux passent le Danube vers Ehingen et lu gué, allassent a Augsbourg qui leur ouurit les portes, e Altesse Electorale iuge a propos d'y mettre vn regie dragons, cela, je crois, suffiroit.
fait partir les escadrons de Volframsdorf pour descendre ibe, mais ie charge le lieutenant collonel de se rapproupposé qu'il apprenne que le M. de Bareiith marche ortlingen comme la lettre du comte de Montfort le l'ay envoyé 200 hommes de pied dans Donnauert pour pas a craindre une surprise.
?oye ordre a Foutbeausard qui revient avec 600 chei les 400 hommes qui estoyent a Ravensbourg de se sous L'im environ deux lieues audessus derrière l'Iller, ^egal est entre Gunzbourg et Ulm, et pour moy je croy • désirer, par la bonté du camp que j'ay pris, que lennemy e auec touttes ses forces, il y aura quelques volées de i essuyer, mais on leur en tirera aussy.
cois dans ce moment un courrier de M. de la Tour qui nde 180 chenaux de nos trouppes a Donauert et il a eu es rude affaire avec les eonemis, dans laquelle il leur a
300 APPENDIGK.
tué bien des gens et en a perdu aussy, mais enfin il s'est retiré auec 200 hommes devant 1500 cuirassiers et hpussarts sans estre entamé.
Le 28* juio 1703, a 8 heures du matin.
J'ay attendu, Monseigneur, a faire partir mon courrier ce matin, ayant roceû divers avis hier au soir et cette nuict, qae les ennemis dévoient venir camper sur la Brentz ; ie ne vois pas encore paroistre la tête de leur armée. Votre Altesse Electorale peut estre tranquille sur ma situation, et si je n*estois retenu par croire que pendant que Votre Altesse Electorale agit si glorieusement et si utilement, il vaut mieux observer les ennemis, j'aurois esté les chercher dans la plaine de Langenau. Enfin, Monseigneur, ne vous contraignes point du toat pour moy, et Si Votre Altesse Electorale iuge a propos de faire attaquer Bregentz par les derrières, je lui donneray tout le tems qu*Elle Jugera apropos; je voudrois seulement qu'il ne fust point possible aux ennemis de faire entrer dans Augsbourg 2000 chevaux ou dragons qui pourroient prendre un fort grand tour et dont la marche ne me seroit connue du cotéde Memingen.
Origio. B. \.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au carap de Dilliogen, le dernier juin 1703.
Je dépêche ce courrier pour avoir Thonneur d'informer Votre Altesse Electorale que les ennemis sont en présence depuis hier, ayant le centre au château de Brentz, et la droite a Sontein. Ils n'ont pas marche aujourd'huy, et publient partout qu'ils viennent m'attaqucr s'ils me trouvent encore endeçà du Danube, mais qu'ils sont bien asscurés que ie ne les altendray pas. Pour moy, Monseigneur, pour leur faire voir le contraire, des que leur armée a esté a la veùe de ce camp, j'aj
APPEXDICE. 301
occupé le village de Hausen audcla du petit ruisseau qui couvre le front de mon camp. Sans la règle generalle qui veut que Tarmée d'observation soit sage, en vérité, Monseigneur, je n'aurois pas résisté a la tentation de les aller chercher; mais ie n'oubliray rien, sans perdre l'avantage de mon poste qui est très bon, pour les engager au combat s'ils m'approchent. Votre Altesse Electorale peut estre tranquille sur les bords du Danube au dessus de ce Camp, qui est ce qui m'inquietoit le plus. Il faut voir présentement ce que M. le prince de Bade de concert auecM. de Bareith pourroient tenter sur Donnauert et le bas du Danube iusques a Ralisbonne. J'ay dans Donnauert 200 hommes de pied et 150 chenaux, qui y sont depuis longtems; outre cela une partie du régiment de Wolfirarasdorff, suivant les ordres de Votre Altesse Electorale, suit le long du Danube ; jls doivent se tenir entre Donnavert et Ingolstatt pour observer les mouvemens des trouppes de M. de Bareith. J'cnvoyeray des trouppes a Donnavert dés que ie scauray que les ennemys en approcheront, mais on dit que cette pettite ville est encore plus difficile a deifendre que Lauingen.
Dans le tems que ie depechois ce courrier, est arrivé celuy de Votre Altesse Electoralle : qu'elle rapidité de conquestes. Monseigneur! jamais Alexandre ny César n'ont en si peu de jours emporté des provinces. Voila, Monseigneur, une bonne acquisition, quand même M. de Vendosme n'envoyeroît pas sur le champ une armée, dont j'ay pris la liberté de presser bien fort Sa Majesté. Votre Altesse Electorale croit elle que l'on eust peu faire quelque chose de mieux, que ce qu'elle vient d'exécuter avec une promptitude incroyable. Mais Votre Altesse ne me parle point du tout d'Inspruck, et d'un toit d'or, qui est dans le milieu de la ville ; en vérité. Monseigneur, j'aime assés les villes dont les toits sont d'or.
Comme elle ne m'a honoré d'aucune responcc et sur ma joye audessus de toutte expression de touttc la gloire qu'elle
302 APPEXDIGK.
acquiert, et sur la part que ie luy ay demandée dans les trésors d^Inspruck, je dois épargner sa modestie, ne pas montrer mon avidité, et traitter les matières dontelle daigne me parler. Quand j*ay parlé de Bregentz c*est en soumettant sur cela comme sur toutte autre chose mes foi blés lumières aux connoissances solides de Votre Altesse Electorale, il m*a paru véritablement qu'il y avoit loin, mais j'ay regardé cette commanication comme la plus aisée avec la France.
Je vois que Votre Altesse Electorale n'obmct rien de tout ce qui se peut imaginer pour aller vistc et, sans vouloir la flatter, je vois avec ioye et admiration tout ce qu'elle fait et tout ce qu'elle pense ; j'auray l'honneur de dire a l^otre Altesse Electorale, que naturellement ie ne suis pas né admirateur, et que nulle raison ne m'obligeroit a me servir de ces termes, si ie ne voyois que certainement tout ce qui s'est passé en trois jours est surprenant, ie me tais pour ne pas fatiguer Votre Altesse Electorale de loiianges.
Elle a pris le meilleur party du monde en laissant M. de MatTei vers Augsbourg; comme l'ennemy paroist vouloir présentement m'attaqucr il est hors de portée d' Augsbourg, si ie savois quand M. de .VlatTei s'en approchera, je luy manderois de se rendre prés de Donnauert le plus tost quil sera possible; pour la ville d'Augsbourg Votre Altesse Electorale scait mieux que personne quelle seureté il convient de prendre.
Quant ace que Votre Altesse Electorale me fait l'honneur de me mander, qu'elle ne veut pas s'afibiblir davantage, ie suis surpris même quelle ne garde pas un plus gros corps de trouppes auprès d'ElIe, pour moy. Monseigneur, j^aimerois beaucoup mieux en manquer, que si Votre Altesse Electorale n'avoit pas tout ce qui peut luy estre nécessaire; ie suis en estât par la bonté de mon poste d'envoyer vers Donnauvert le même corps que j'avois détaché vers Llm, j'envoye demain un de nos meilleurs lieutenants collonels d'infanterie audit
APPEXDICE. a03.
Donnauverl pour voir conjoînctemeDt avec le gouverneur de Donnauvert tout ce qui se peut faire promptemeut pour soutenir cette place. Je fais ce que Votre Altesse Electorale m'ordonne a Tégardde M. le marquis du Héron, qui estasseurenient un très bon suiet ; si Elle daigne m'honorer d'un mot de lettre de quatre lignes seulement sur cela, ie le mottray dans la dépêche de Sa Majesté, car, comme Ton scait desja qu'il est de mes amys, Ton pourroit croire que j'ay pris la liberté de demander cette grâce a Votre Altesse Electorale.
L'Électeur de Bavière à Villars.
Au camp de Muhia près d'Iasprugg, ce 30 de juia 1703.
Vous avez, Monsieur^ si bien pourvu à touttes choses que ie ne m'embarrasse plus de vôtre situation, et la boone confiance que vous y avez ne me laisse la moindre inquiétude : ie suis de votre sentiment qu'il vaut mieux que les forces des ennomys soient iointes que séparées, vous serez moins embarrassé. Par ma précédente vous aurez vii, Monsieur, le nombre des trouppes que j'ay résolu de faire mercher sur le Lech sous les ordres du marquis de Maffei, à (in qu'il puisse avoir l'oeil sur Ausbourg; ie crois que pour n'avoir rien a craindre de ce coté là, il est mieux de se servir de la voye de négociation. L'année passée le magistrat de la dite ville m'a asseuré par écrit qu'il ne seroit fait aucun changement dans la ville et qu'il ne recevroitpas de garnison estrangere; cette asseurance a été fidèlement observée, et malgré les menaces que pour lors le comte de PoUy a faittes a la ditte ville pour l'-obliger à recevoir quelques cents de ses houssars en garnison, il n'a pu rien obtenir; dans le temps que mes trouppes s'approcheront du Lech, i*envoyeray un de mes secrétaires au magistrat d'Ausbourg.
30V APPKXDICE.
pour en tirer une nouvelle déclaration conformément a celle de Tannée passée ; pour caution d'icelleje leur feray demander des ostages ou une porte de la ville a garder par mes trouppes : i'espere qu'ils ne feront pas des difficultéz de m'accorder Tun ou Tautre, et en ce cas ie crois que nous pourrons être hors de toutte crainte de ce coté là. Pour ce qui est de la ville deRatisbonno vous scauéz, Monsieur, que ie suis maitre du fort et d'une porte de la ville : il dépendra de moy d'y faire entrer mes trouppes et de m'emparer des autres portes touttes les fois que ie voudray, mais, comme cela requiert plus de monde pour les garder, ie n'ay pas voulu le faire encore, i'en suis pourtant entièrement le maitre. J'ay reçu ce matin des lettres du baron de Lizclbourg par lesquelles il me mande de s'être emparé de tous les postes qui fermoient les avenues de Reitta, il compte d'arriver demain devant cette place, i'attends maintenant le succès de son expédition; si elle réussit, comme i'ay lieu d'espérer, ie verray ce que nous pourrons faire sur Bregentz. L'on m'assure que les chemins sont impraticables, surtout pour l'artillerie, cependant s'il y a moyen de passer et de l'attaquer par derrière, comptez que ie feray tout ce qui sera possible, mais comme le détachement du baron de Lizelbourg n'est pas suffisant pour cette entreprise, je luy ay ordonné, déz qu'il sera maitre de Reitta et trouvera moyen de percer jusques a Bregentz, de faire venir a lui par Reitta trois bataillons et cent dragons de ceux qui vont sur le Lech et qui ne seront pas fort esloiguèz de Reitta, de quoy i'ay crû vous devoir prévenir. Monsieur. J'attends touiours des nouvelles de M. de Vendosme lesquelles i'espere ne pourront pas tarder longtemps à venir, en attendant i'ay etably un poste sur le Breyner pour être seur de ce passage en cas qu'il me fallût aller plus loin vers l'Italie. L'avantgarde de mes trouppes que i'ay envoyé pour prendre ce poste, consistant en 50 dragons et autant de hassars, a rencontré a Mattra, entre icy et le Brenner, 400 hommes
d'infanterie des ennemis postez dans le dit village de Mattra» qu'ils ont attaqué, en ont tué 40 et fait 120 prisonniers, le reste ayant été dispersé.
Demain i'iray visiter la Scharnitz ou mes trouppes ont aussy pris poste. Les ennemys y ont laissé seize pièces de canon et une assez bonne quantité d'armes et de tout te sorte de munition de guerre et de bouche.
Orig. P. V.
L'Électeur de Bavière à Villars.
Au chatteau d'Inspruck, ce 2 de iuillet 1703. ^
Je VOUS advoue, Monsieur, que de vous scauoir en présence d'une armée si nombreuse comme celle du prince de Baade, seroit de quoy m'inquieter beaucoup, si ie ne connoissois pas ce que c'est que le maréchal de Villars; cela seul me rassure plus que le détail que vous auéz pris la peine de me faire de la bonté de vôtre poste, qui est pourtant excellent et très reiouissant a lire. Comme vous ne marquez, Monsieur, que vous pouvez vous servir du coté de Donauwerth du même corps des trouppes que vous aviez détaché vers le haut du Danube, et que les ennemys sont présentement hors de portée d'Ansbourg, ou l'on va agir par voye de négociation comme ie vous l'ay mandé. Monsieur, par ma précédente, vous ne trouverez pas mauvais que ie fasse revenir le détachement dû marquis de Maffei, sans lequel ie ne seray pas en état d'avancer du costé de Brixen, comme il est nécessaire pour effectuer la ionction. J'en parle a présent auec plus de clarté puisque M. de Ricousse a reçu aujourdhuy une lettre de M. de Vendosme qui marque ses dispositions pour marcher dans le Trentin. Ainsi que M. de Ricousse vous l'apprendra, ie ne
l(. so
doutte pas qu'il ne se hâte quand il scaura mes progrés en ce
pays cy ; ce qui me fait voir davantage que i*ay besoin de plus
de trouppes, est que les paysans et tireurs de ce pays cy
reprennent les armes du coté du Brenner, ou i'ay été obligé
d'envoyer auiourdhuy le brigadier de Bordet avec trois battail-
Ions pour soutenir ce poste qui etoit attaqué par le haut des
montagnes, et presque toutte mon armée est en détachements;
il m'a fallu aussy envoyer deux bataillons de ceux qui sont
avec le marquis de Mafiei au gênerai Weiquel qui demandoit
du renfort a cors et a cris.
Orig. P. V.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au camp de Dillingea, le 6' juillet 1703.
{Analy$e,)
Répond à la précédente : pense que la négociation avec Augsbourg eût dû être soutenue par des troupes. Il ne croit pas que Tennemi Tattaque et suppose qu'il cherchera plutôt à passer le Danube sans être aperçu. Aussi fait-il surveiller le fleuve par Santini à Ratisbonne, par Duhéron à Donauvert, par Legall à hauteur d'Hochstett et par Fontbeausard à Ulm : ce dernier a fait une « violente course » en Wurtemberg et mis Mentzingen à contribution. Il demande rautorisation de fortifier La wingen. Il voit avec regret les délais de Vendôme et espère qu'au reçu des nouvelles que lui porte M. de Novion le maréchal se décidera à marcher sur Trente.
Orig. B. N.
L'Electeur de Bavière au maréchal de ViUars.
A Inspruckf ce 6 juillet 1703.
Je coinmeDceray, Monsieur, par vous donner part de la prise de Reitla et de son chatteau d'Ehrenberg, qui selon la relation que m'en a faite le sieur de Tardif n'est pas moins fort que celuydeKuefistein; vous coignoisséz l'importance de ce poste, qui est le grand passage par lequel les ennemys pouvoient encore secourir ce pays cy du coté de la Suabe.
L'on y a trouvé 24 pièces de canons de fonte et deux mortiers, un arsenal fourny de touttes sortes d'armes, beaucoup de bombes, grenades et autre munition de guerre, avec un magazin de grains et d'avoine fort considérable ; cette prise est venu a propos, car tous les paysans de ce coté là et plusieurs baillages sur le haut de l'Inn et vers l'Adige avoient pris les armes au nombre de 8 à 10*" hommes; ils ne pouvoient avoir leur subsistance que du magazin de Reitta, j'espère qu'a présent ils seront obligez de se séparer bientôt; ces mêmes gens sont tombés de tous cotez sur l'escorte du marquis de Novion, qui consistoit en cent dragons et autant de grenadiers, il n'en est pas revenu un seul encore, et j'ay des nouvelles qu'ils ont été tous assommez ou prisonniers ; j'espère cependant que le marquis de Novion a passé puis que cecy ne peut être arrivé qu'au retour. J'attends à présent le baron de Luzelbourg avec son détachement, et le corps du marquis de Maffei sans lesquels je ne suis pas en état de rien entreprendre. A la moindre nouvelle que je recevray que le duc de Vendosme s'ébranle pour venir à nous, j'auanceray autant que ie pourray pour faciliter la jonction. Si le bonheur nous veut de nous joindre, ce sera après qu'on songera a la manière de se rendre
308 APPEXDICE.
maitre de Bregenz, et ie vous prîeray à son temps de me dire vos sentiments sur le party a prendre après la jonction. Il y en a trois que je vous proposeray, espérant tousjours que vous soutiendrez de vôtre côté aussy glorieusement que vous avez commencé, iusques à ce que nous ayons achevé icy. Je vous suis infiniment obligé, Monsieur, de l'exactitude avec laquelle vous continuez de me donner part ie ce qui passe de vôtre coté ; après ce que vous me mandez de vôtre poste et combien vous souhaittez d'y être attaqué, ie ne doutte point que le prince de Bade ne s'ennuye bientôt de vous regarder de si préz. Je vous envoyé cy ioint Tordre de battaille de son armée, M. le Margrave de Barcith la doit joindre avec quatre mille cinq cents hommes. Vous aurez deia viî. Monsieur, par ma précédente, que je ne puis me passer du détachement du marquis de Mafiei. Touchant la ville de Donawert, ie connoisce poste là fort bien et ne Tay iamais compté pour soutenable, ainsy ie ne suis point contraire, quand la nécessité le demandera, que vous le fassiez abandonner et rompre le pont. Puisque M. de Puisieux vous asseure, Monsieur, que vos lettres ont été envoyées a M. de Vendosme je suis persuadé qu'il ne nous laissera pas languir longtemps dans ces montagnes.
Orig. P. V.
L'Électeur de Bavière à Villars.
A lospruckf ce 9 de juillet, à 10 heures au soir 1703.
J'ay bien reciî. Monsieur, vôtre lettre du 6 de ce mois. Je la trouve bien plus sérieuse que la précédente, quoyque ie n'y vois rien qui puisse altérer ma tranquillité sur la situation on vous avez mis les choses de vôtre côté. La negotiation auprès de la ville d'Augsbourg a eu son efiet, la dite ville m'a donné
une asseurance fort ample et en bons termes par laquelle le magistrat aussy bien que tout le corps de la bourgeoisie s'oblige de ne recevoir aucunes trouppes ny garnison étrangère, sous quelque prétexte que ce puisse être, et pour caution de cette asseurance elle m'a donné deux de la magistrature pour otages, qui sont actuellement aiTivés à Munie ; ie crois ' qu'avec cela on peut être en repos pour ce qui concerne la ville d'Augsbourg. Quant à celle de Ratisbonne ie vous ay desia marqué mes sentiments; toutte l'attention doit être d'empêcher que l'ennemy ne nous dérobe son passage sur le Danube, et ie voudrois avoir assez de trouppes pour pouvoir mettre un corps avec un gênerai qui en eût soin depuis Donauwert iusqu'à Ratisbonne. L'on ne peut pas ôter tout à fait les dragons d'Amberg, tant qu'il y a un corps des ennemys à portée, tout ce que ie crois qu'on puisse faire, c'est d'en tirer deux escadrons, lesquels avec les quatre de Wollfframstorfif et quatre que vous y voulez envoyer pourroient veiller de ce coté là. Pour des généraux ie n'en peux donner aucun car ien'en ay pas dont ie me puisse passer; mettez y quelqu'un de votre armée que vous trouverez propre pour cela.
Il est asseurement bien chagrinant que fautte de correspondance nous ne scachions pas encore ce que nous pouvons espérer du costé de M. de Vendosme. Je serois fort fâché de consommer icy avec mes trouppes un temps que ie pourrois employer plus utilement ailleurs. D'un autre côté si je sorà avec une partie de mes trouppes d'icy il faut renoncer a la jonction et a toutte communication avec l'Italie, car il n'y a point des postes soutenables de Rattenberg en deçà et M. de Vendosme avec toutte son armée ne pourroit pénétrer jusque la si d'icy en avant ie ne facilitois pas son passage.
J'ay crû d'établir une commuuication d'icy aux Grisons mais ie vous ay marqué ce qui est arrivé aux trouppes que i'avois envoyé à cette vallée là avec le marquis de Novion. Les pay-
sans sont encore tous sous les armes de ce coté là, ayant coupé les chemins de manière qu'on n'y peut plus passer. Le marquis de Novion n'a pas passé non plus» j'ay des nouvelles qu'on Ta mené prisonnier à Consfance ; il y a aussy quelques trouppes réglées de ce coté là, qui ont mis garnison dans Landek. Il ne faut pas songer non plus a présent a l'attaque de Bregenz avec les troupes que j'ay. Car si même le détachement du marqui» de Maffei m'aura ioint, laissant ce qu'il faudra pour garder Insprugg et mes derrières, il ne me restera que cinq mille hommes pour marcher en avant. Je vous laisser iuger. Monsieur, si cela n'est pas un peu embarrassant, attendu que le corps de Vaubonne est entre M. de Vendosme et vous, et que depuis le 4 de ce mois M. de Solari est en marche avec six battaillons détachez du corps du comte de Schlick, pour venir en ce pays-ci en prenant la route par la Styrie et la Carinthie, l'archevêque de Salzbourg luy ayant refusé le passage par ses Etats a ma réquisition. .
Les Danois et Brandenbourgeois qui estoient avec le marquis de Bareith doivent remplacer ce détachement au corps du comte de Schlick, et sont en marche pour cela.
La situation de Lawingen est assez bonne, si vous croyez. Monsieur, que le temps présent permet d'y travailler et de le mettre en estât de défense, ie me remets a ce que vous trouverez bon la dessus.
La course qu'a fait M. de Fonbeausard dans le pays de Wirttenberg ne peut faire qu'un très bon effet, des pareilles visites ne laissent pas que d'inquiéter beaucoup le prince de Bade. Je suis. Monsieur, tout à vous.
Villars à l'Électeur de Bavière,
Au camp de Dilliageo, le 13* juillet 1703.
J*ay receu la lettre dont il a plû a Votre Altesse Electoralle de m'honorer du 9 de ce mois. Les nouvelles publiques nous avoient appris la prise de Reitte. Je comprens, Monseigneur, le juste chagrin qu'a Vostre Altesse Electorallede n'avoir aucune nouvelle de M. de Vendosme et de ne pouvoir agir sur des mesures réglées pour la jonction des trouppes d'Italie. Mais quand tout ce qu'EUe vient de faire ne produiroit point cet avantage, Vostre Altesse Electoralle ne comptct-elle pas pour un bien considérable d'avoir pris avec si peu de perte d'hommes et de temps quatre places importantes. Elle voit bien que quatre mille hommes placés derrière ces postes mettoient toutte la Bavière en contribution, et qu'enfin par les partis qui pouvoient venir, ou par Kufistein, ou par Mitterwald, Vostre Altesse Electoralle ne pouvoit pas aller de Munich a Schleisheimb sans escorfe. Pour moy, Monseigneur, rien ne me paroist plus important, quand on a tout le Danube a deffendre que de n'avoir pas la moindre inquiétude pour ses derrières : et Votre Altesse Electoralle doit l'importance et la promptitude de cette conqueste au bonheur d'attaquer une province qui n'attendoit pas d'ennemis. A la guerre, le principal avantage, comme Vostre Altesse Electoralle le sçait mieux que moy, est de surprendre : et pour moy qui dois par mille raisons et par l'interest du roy mesme regarder ceux de Vostre Altesse Electoralle comme ceux de mon maistre, j'avoue que je suis ravy touttes les fois que ie songe qu'EUe n'a plus rien a craindre par ses derrières.
Voilà, Monseigneur, pour repondre a la première partie de
la lettre dont m^honore Vostre Altesse Electorale : je sais estonné qu^ElIe n'apprenne pas, au moinspar la voye publique, que M. de Vendosme attaque de son costé, car il a seurement receu dés le 20* juin une lettre que je lui ecrivois pour luy apprendre la marche de Vostre Altesse Electoralle en Tirol, et a esté informé aussy très promptement de la prise de Kuffstein ayant receu réponse de M. de Puisieulx avec deux lettres par lesquelles ie luy mandois ces nouvelles, que H. de Puisieulx a fait partir par des courriers a M. de Vendosme.
La prise de M. de Novion est très fascheuse, c'est un honneste homme, mais naturellement malheureux; et pour moy, j'avoiie que ie ne donne pas aisément de commissions aux gens malheureux. Ce qui me fait beaucoup de peine c*est de voir Vostre Altesse Electoralle marcher présentement au hasard*, car du reste les conquestes qu'EUe a fait sont par elles mesmes trop importantes pour ne pas se rejouir de tant de succès, d'autant plus que certainement le dessein de Nuremberg me paroissoit remply de divers grands obstacles, par touttes les trouppes que Ton auroit trouvé dans cette place, et touttes celles qui marchoient au secours ou qui auroient pris la route d'Ausbourg dont la conservation nous est infiniment plus nécessaire que la prise de Nuremberg. Cette matière a desja esté assés traittée, et je n'ay Thonneur d'en parler encore a Vostre Altesse Electoralle que pour la convaincre qu'EUe n*a jamais pu prendre un meilleur party, quand mesme ses conquestes n'auroient pas esté si rapides, que d'attaquer le TiroL
Vostre Altesse Electoralle ne me fait point l'honneur de me mander iusques où Elle conte de s'avancer dans cette province pour faciliter la ionction de M. de Vendosme. Nous n'apprenons pas que M. le duc de Bourgogne fasse le siège de Landau, ce qui me fait espérer que Sa Majesté voudra bien se rendre a mes très humbles et souvent reitérées représentations sur la nécessité indispensable de faire le siège de Fribourg; car enfin
APPENDICE. 3i3
il faut une communication solide avec le royaume, sans quoy Ton peut se trouver dans de grands embarras.
A regard d'Ausbourg, Monseigneur, ie suis bien plus tranquille sur la situation des ennemis que sur la seureté que peuvent donner deux otages; et si M. le prince de Bade trouvoit moyen de faire entrer un corps de trouppes dans cette grande ville, le péril des deux otages ne Tembarrasseroit pas; mais j^espere avec Tayde de Dieu que nous Ten empescherons.
H. du Héron m'écrit lettres sur lettres sur Timpossibilité dedefTendreDonnawert; ielui mande tousîours qu'il faut cependant le deffendre jusqu'à l'extrémité. Jay deux raisons pour cela. La première c'est cju'un ennemy qui n'a peutestre pas beaucoup de grosses pièces, ny tout ce qu'il faut pour attaquer une place pour mauvaise qu'elle soit, mais soutenue, peut se rebutter. D'ailleurs, je voudrois qu'il fut obligé de l'ouvrir de manière qu'il eut peine a la refermer, car celuy qui sera maistre de la campagne l'est toujours de tous ces postes là. Cest ce qui me fait de la peine a commencer a travailler a Lawingen, et comme Vostre Altesse Electoralle le remarque, la crainte de n'avoir pas le temps de rien perfectionner, et de commencer des ouvrages peut estre pour l'ennemy.
J'ai fait travailler au château d'Ochstet parce que je le puis soutenir de l'autre costé de la rivière. Les retranchemens pour la communication sont faits et si l'ennemy s'obstinoit a l'attaquer peut estre luy feroit-on perdre bien des gens.
Quant a Donnauert j'ordonne que l'on se retranche tousiours sur les bords du Danube, non seullement pour retenir la garnison sans péril, mais même pour en deffendre les bords quand l'ennemy auroit occupé Donauert. Car je feray non seullement l'impossible pour deffendre le Danube, mais si l'ennemy surprenoit un passage en quelque endroit, je croirois ne devoir pas balancer un moment a l'aller attaquer.
Dès que j'auray quelques nouvelles ou du Roy ou de M. de
314 APPEIVDICE.
Vendosme j'auray ThoDeur d'en informer très diligemment Vostre Altesse Electorale.
Les présentes de nos ennemis sont qu'ils font diverses redouttes dans le front de leur camp dont nous approchons a la portée du mousquet assés souvent. Enfin nous pouvons compter les rues de leur cavallerie. Certainement leur camp est long et bien fourny, et pour ne se pas flatter on peut compter a M. le prince de Bade au moins 30 mille hommes, M. de Bareith en a huit au moins. Cela est bien au dessous des forces que les ennemis se donnent mais cependant c'est quelque chose et tousiours beaucoup plus que moy
Orig. B. \.
L'Électeur de Bavière à Villars,
A Inspruk, ce 13 de juillot 1703.
J'ay vu avec déplaisir, Monsieur, par votre lettre du 9 de ce mois que le précèdent courier que vous m'avez dépêché est tombé entre les mains des hussars à son retour, ie vous envoyé cyioint un duplicata de la lettre dont il étoit chargé; puisque les ennemis commencent à se retrancher dans leur camp, ie ne doutte pas que ce ne soit pour pouvoir faire des détachements qui pourroient peut être regarder ma ville de Donauwert; ie vous ày dit, Monsieur, que ie n'etois pas contraire qu*on Tabandonnât et rompit le pont quand la nécessité le demanderoit, sachant que ce n'est pas un poste soutenable, cependant ce que le marquis du Héron m'écrit en datte du 10 de ce mois que si les ennemis s'estoient rendus maistres de Donauwert on ne pourroit pas empescher qu'ils ne rétablissent le pont en peu d'heures ou d'en construire uu nouveau ce qui donneroit au prince de Bade le moyen de se porter sur le Lech avant que vous le puissiez empescher ne laisse pas que de me donner de Tin*
quietade. Si celaarrivoît il en pourroit résulter des suittes fascheuses. Le marquis du Héron croit que le seul moyen d'empescher que Donawert ne tombe entre les mains des ennemis est de faire camper sur la montagne un corps d'infanterie avec de la cavallerie à la faveur de laquelle Ton y pourroit rétablir un vieux fort dont on voit encore les vestiges, je trouverois ce proiet fort bon si l'avantage de votre poste vous permettoit de luy donner les moyens nécessaires pour cela, car de mon coté je ne peux faire aucun détachement ny grand ny petit, bien au contraire i'ay plustot trop peu de trouppes pour garder six gorges des vallées entre icy et Brixen lorsquil faudra avancer jusques la. J'attendray ce que vous me direz la dessus, Monsieur; ce qui medeplaitle plus, est, que ie n'ay encore aucune nouvelle de Tapproche de M. de Vendosme. J'ay envoyé quelques personnes à pied vers Bolzano et Trente pour s'informer de ce qu'on scait des mouvemens de M. de Vendosme i'espere que par là i'en apprendray bientôt quelque chose
Oriy. P. V.
L'Électeur de Bavière à Villars,
\ lospruck, co L7« de juillet 1703.
Je VOUS envoyé, Monsieur, un extrait des dernières lettres de Vienne qu'on a retenu à Munie, et que i*ay fait traduire en françois, par lesquelles vous verrez tant l'intention et les dispositions du prince de Bade, que celles qu'on fait vers ce coté icy; il est bien chagrinant d'être réduit à ne recevoir d'autres nouvelles des mouvements de M. de Vendosme que par des lettres qui viennent de Vienne, et ce sont les plus fraichcs que i'en ay malgré touttes les diligences possibles que i'ay faites pour en avoir. Ce que le prince Eugène écrit au gênerai de Thungen
316 APPEXDICE.
des marches de M. le duc de Vendôme au delà du Hindo et du Pô confirme qu'il a suivy le proiet dont il a donné parti M. de Ricous et sur lequel il attendoit les ordres du Roy, il est vray que le 20 de ce moiscy» quilamispour terme, s'approche et quoy que les ennemis ont le temps d'assembler leurs forces et de se fortifier davantage du coté de Brixe, si le duc de Vendosme avancé de son costé, ils ne pourront pas tenir entre deux. S'il n'avance pas, tout ce que ie pourrois faire seroit inutile, l'affaire essentielle est de mettre les choses en seureté de vostre costé, je puis en laissant icy les postes gardés estre a Donnaaert avec le reste de mes trouppes en neuf marches et i'ay donné ordre au gênerai Weiquel de faire marcher presenteinent vers ledit Donnauert huit escadrons de cuirassiers et trois bataillons du corps qu'il commande auxquels vous pourries faire joindre trois escadrons des dragons a Amberg, un bataillon de Ratisbonne et celuy qu'on a à Keilhem. J'ay crû qu'en vous envoyant ce renfort je pourrois différer a prendre mon party dicy josques a vostre réponse. Vous connaissez la situation ou vous vous troovez, ie vous prie de me dire franchement vos sentiments, si nous ne risquons point d'attendre icy dans les montagnes a quoy se déterminera M. de Vendosme, pendant que les ennemis se grossissent sur le Danube et fondent toute leur espérance sur les forces de M. le prince de Bade. Il n'y a aussy rien de si nécessaire que de songer a une communication du moins de lettres. Vous scavéz vous môme les maux que le deffaut de concert nous peut causer, mais ie vous advoue sincèrement que ie ne pourray soustenir les dépenses de payer mes troupes si je ne recois pas mieux mes remises qui sont arrestées faatte de communication, je pourrois vous en faire vn détail qui vous feroit regarder avec horreur la situation ou ie me trouve a cet égard. Soyez persuadé, Monsieur, qu'on ne peut être
plus véritablement que moy tout a vous.
Orig. P. V.
l/illars a l* Électeur de Bavière.
Au camp de DiinD<]eD, le 18« juillet 1703.
J'ay receu par le retour du courrier que j*avois eu Thoneur de depescher a Vostre Altesse Electoralle la lettre dont Elle veut bien m'honorer du 13 et le duplicata de celle du 6. Je ne puis avoir Thoneur de luy rendre un compte plus exact de tout ce que je crois devoir faire au sujet de Donauert qu'en lui envoyant la coppie cy jointe de la conduitte que je prescris a H. Duheron. J'espère que Votre Altesse Electoralle daignera l'approuver; car pour les petits camps retranchés j'avoue que je les tiens très dangereux si une armée considérable n'est a portée de les soutenir. Je regarde a peu prés de môme le grand nombre de postes que l'on occuppe. Ce qui est excellent ce sont les conquestes que vient de faire Votre Altesse Electoralle de places quasi imprenables, que l'on peut garder avec fort peu de gens, et qui ne peuvent plus estre reprises.
J'avoiie que je suis au desespoir quand je songe que j'ay trois lettres de M. de Puisieulx du 30 juin 6 et 10 juillet, sans qu'il me fasse un mot de réponse de ce qu'il a mandé de ma part a M. de Vendosme par un exprés, et de voir que les plus grands projets du monde puissent manquer faute de recevoir une lettre, car il y a plus de dix jours que je devrois scavoir si M. le duc de Vendosme viendra ou ne viendra pas, moyennant quoy Vostre Altesse Electoralle ayant fait la plus heureuse conqueste du monde on songeroit a d'autres partis. Je n'ay aucune nouvelle a luy apprendre de l'armée de M. le prince de Bade laquelle estant fortifBée depuis quatre ou cinq jours du corps de M. de Barcith, n'a encore marqué aucun dessein. Cependant il est a présumer que cette armée agira
bientost puisque je scay par leurs déserteurs qu'ils ont plus de sept lieues aux fourages.
J*ay renvoyé M. de Légal auec le corps qu'il avoit derrière Hocstet, vers Leppheim; j'ai fait occuper le château de Tissen par M. de Fonbeausard afin d'asseurer tout le pays contre tous les hussarts.
Je n'ai receu aucune lettre de Sa Majesté depuis celle do
S juin, et ne scay pas encore un mot de ce qu'Elle aura eu
pour agréable d'ordonner sur ce que j'ay eu Ihoneur de luy
mander des desseins de Vostre Altesse Electoralle et encore
moins de leur heureuse exécution. Comme Vostre Altesse
Electoralle connoist ma vivacité, Elle sera facilement persuadée
que je jure un peu entre mes dents contre les difficultés du
commerce. Ce que je scay seuUement c'est que M. le duc de
Bourgogne ne fait point le siège de Landau, et ainsy j'espère
qu'ils en viendront a celuy de Fribourg qui nous est capitalle-
ment nécessaire pour une communication.
Orig. B. K.
L'Électeur au maréchal de ViUars.
A Inspruk, ce 19 de juillet 1703.
Je vous envoyé, Monsieur, le porteur de la présente le sieur de Docfort mon colonel d'infanterie pour vous informer plus particulièrement de bouche des agréables nouvelles que ie viens de recevoir de Monsieur le duc de Vendosme par une lettre du 3* de ce mois, par laquelle il me donne part qu'il est en marche avec 33 battaillons et 29 escadrons vers le lac de Garde pour entrer dans le Tirol. Sur cette nouvelle i'ay résolu de marcher demain en avant, et quoy que les ennemys ont ei tout le temps de s'assembler et se retrancher en plasieors postes entre icy et Brixen, ie feray neantmoins tout mon mieux
our percer. Comme nous sommes convenu ensemble, Mon- .Trieur, que ie vous dois envoyer quelqu*un pour avoir soin de s^outcequi me pourroit regarder tant à Tegard des contribuerions que d'autres choses, j'ay donné cette commission au susdit sieur de Docfort, vous priant, Monsieur, de luy donner une -entière créance, il est assez bien instruit de mes affaires, et vous pouvez vous fier a luy, ie Tay chargé de vous asseurer parti- -^zulierement de toutte mon amitié et de la parfaite estime auec Maquelle ie suis et seray tousiours. Monsieur, entièrement a vous.
Orig. B. \.
Villars à V Électeur de Bavière,
Au camp de Dilliogen, le 20 juillet 1703.
Je receus hier la lettre dont il a plu a Vostre Altesse Elec- ^oralle de m'honorer avec la copie des lettres interceptées. Il ^st certain par tous les avis que j'ay tant par les déserteurs ^ue d'ailleurs que tous les jours les ennemis sefortiffient par 1 ^arrivée de nouvelles trouppes, et que generallement toutes celles de TEmpire tant vieilles que nouvelles viennent fondre icy. A la fin il en viendroittant que toute Thabileté du monde, laquelle même n'est pas en moy, n'y suffiroit pas.
Votre Altesse Elecloralle prend un très sage party d'avoir envoyé ordre au gênerai Weiquel de faire marcher incessamment vers Donauert 8 escadrons de cuirassiers et trois bataillons car en tout événement il est bon de fortiffier le haut du Danube. Si comme il y a tout lieu de le croire les trouppes de If. de Vendosme pénètrent, Vostre Altesse Electoralle aura un si grand renfort par l'arrivée de 32 bataillons et 30 escadrons que les trouppes qu'Elle fait venir du costé de Passau ne luy seront pas nécessaires. Si au contraire contre toutte espérance les trouppes de M. de Vendosme trouvoient des obstacles a une
320 APPEXDICE.
joDctîon, il est bien certain que nous devons fortiffier le haut du Danube. Ainsy, Monseigneur, quoy qu'il arrive Vostre Altesse Electorale ne pouvoit jamais prendre un party plus sage que d'envoyer ordre a ces 8 escadrons et 3 bataillons de marcher incessamment vers Donauert. Il seroit très apropos que ces trois escadrons de dragons qui sont a Augsbourg» fussent déjà a Ratisbonne, il est certain que les ennemis sont très forts en cavallerie.
Vostre Altesse Electoralle souffre impatiemment le manque de commerce. Pour moy j'en suis au desespoir, car enfin les dernières lettres que j'ai de la Cour sont du 8 juin. J'ay si bien représenté l'extrême conséquence d'establir une communication, et solide, que je ne doutte point que le Roy n'ait donné ordre positif au maréchal de Tallard d'attaquer Fribourg ; ce qu'il y a de plu^ fâcheux cest le temps qu'il a perdu depuis que j'ay passé les montagnes qui estoit le premier may, et ccluy qu'a perdu aussy M. de Vendosme lequel a deu estre informé dés le 20 juin du dessein de Vostre Altesse Electoralle a moins que les courriers de M. de Puisieulx n'aillent bien lentement. Car enGn une lettre par laquelle je mandois que Vostre Altesse Electoralle marchoit en Tirol a este receu le 15 a Schaffouse, et je crois que de la elle peut aller en cinq jours a M. de Vendosme, puisque de Zurich a Milan on va en quatre jours sur le même cheval.
EnGn, Monseigneur, nous voila dans la crise, pour moy je crois y «stre, et il est impossible que dans peu de jours M. le prince de Bade ne prenne un party. Le poste que j'occupe l'a fort embarrassé, puisqu'il protège egallement le costé d'Vlm et de Donauert et Ratisbonne, mais a la fin il pourroit venir une si grande quantité de trouppes aux ennemis qu'ils m'embarasseroient fort aussy. J'ay fait compter les estendarts au camp de M. de Bareith, dans celuy la seul il y en a 89 et de très belles trouppes.
Il m'arrive un assés grand nombre de déserteurs, par tous lesquels j'apprends a peu prés les forces des ennemis. Les plus sensés et ceux qui leur en donnent le moins, disent 40 mille hommes.
J'esperc que j'apprendray par le retour du courrier que j'ay eu rhoneur de depescher a Vostre Altesse Electoralle qu'ËlIe sera informée au moins par la voix publique de Tentrée de M. de Vendosme dans le Trentin, comme il ne doit mener avec luy ny artillerie ny gros bagages je ne crois pas que rien doive arrester sa marche.
Je reçois dans ce moment des lettres de M. de Fabry qui me mande qu'un corps de 4 a 500 hommes s'assemble entre Bregentz et Kempten, certainement ce ne peut estre des trouppes réglées, et si ce ne sont que des paysans, ils ne sçauroient faire ny grand peur ny grand mal.
J'ay rhoneur d*envoycr encore a Vostre Altesse Electoralle une copie de la lettre de M. de Vendosme, quoyque je compte fort que le courrier que j'ay depesché avant hier sera seurement arrivé, par les ordres très positifs que le luy ay donnés de prendre des escortes partout ou il y auroit le moindre péril. J'attends quel partyaura pris Vostre Altesse Electoralle; j'ay desja eu l'honcur de luy dire que personne ne comprenoit mieux que moy l'horreur d'cstre sans commerce de lettres, cest ce qui me fait croire que l'occupation de Bregentz est presque indispensablement nécessaire, mais je crois qu'il faut auparavant touttes choses estre eclaircy de ce que fera ou pourra
faire M. de Vendosme.
Orig. B.M.