‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits;Chapitre 5 sur 25 · II. is · texte numérisé non relu

II. is

mot célèbre : v^ Cet homme a toujours été heureux. » Nous doutons qu'il ait été dit : non que ce propos de soldat ne soit bien placé dans la bouche de Villars, mais il implique une contradiction qui n'est pas dans son caractère.

L'homme heureux par excellence, celui dont le bonheur ne se démentit jamais, ce fut non Berwick, mais Villars : chez lui le bonheur fut une qualité ; la confiance qu'il avait en son étoile, une force : nous ne croyons pas que, même au lit de mort, il ait admis sur ce point la supériorité d'autrui. Et nous-méme, après l'avoir suivi de près pendant sa longue carrière, pouvons-nous douter que le bonheur ne l'ait accompagné jusqu'au bout ? Après avoir eu la plus grande satisfaction que puisse ambitionner un soldat, celle de délivrer le sol de la patrie et de reconquérir ses frontières, il mourait vainqueur, au début d'une campagne qui devait compléter le territoire de la France par l'annexion de la Lorraine. Saint-Simon a appelé ce bonheur insolent, il a dit qu'il le dégoûtait de l'histoire. Nous avons éprouvé un sentiment tout contraire, et nous osons croire qu'il a été partagé par le lecteur : un bonheur aussi soutenu n'est pas l'effet du seul hasard. Nous avons jugé trop sévèrement les défauts de Villars, pour qu'on nous refuse le droit d'aiBrmer les grandes qualités militaires qui justifient ses succès ; nous souhaitons à notre pays un chef qui ait le même bonheur, eut-il les mêmes défauts, et nous envions le sort de l'historien qui aura à écrire le récit de ses victoires.

Villars mourut à Turin le 17 juin 1734. Eugène lui survécut peu : il s'éteignit à Vienne, moins de deux ans après

son émule et son ami, attristé, inquiet pour l'avenir de la maison à laquelle il avait voué sa vie et qu'il avait servie avec une fidélité peu commune dans sa famille. Lui aussi avait été un capitaine heureux ; mais il avait forcé les faveurs de la fortune, plus qu'il ne les avait reçues ; plus complet que Villars, d'une valeur morale supérieure, doué de dons plus variés, il avait gagné plus de batailles, son nom restera attaché au souvenir de victoires plus retentissautes ; néanmoins il manquera toujours quelque chose à sa gloire, c'est d'avoir, comme Villars, servi son roi et sauvé sa patrie.

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