DE L'ÉLECTEUR DE BAVIÈRE MAX-EMMANUEL
AUGURNT^B d'bXTRAITS
OR LA CORRRSPONDANCR DU COIITR OR MONASTRROL
RT DR QURLQURS AUTRRS PIRCRS INRDITRS.
L'Electeur de Bavière à Villars,
Bcl[{rade, le 12 septembre 1G88.
Monsieur, j'ay receu auec beaucoup de joye la lettre par laquelle vous me donnez part de la charge * qui vous a esté accordée, vous sçauez que je vous estime assez pour regarder i^os avantages auec autant de partialité que de satisfaction, croyez qu'ils me seront chers en tout temps et que j'auray toujours un vray plaisir de vous en donner des marques. Je i^eux croire qu'a ma considération vous ne serez pas fasclié d'apprendre la prise de Belgrade et de sçauoir que je l'ay emportée du premier assaut et que j'y suis entré par la bresche.
' La charge de commissaire général de la cavalerie.
184 APPEXDIGE.
Le comte de La Tour que j'ay euuoyé eu France pourra vous entretenir des circonstances de ce siège, et cependant je prieray Dieu quil vous ayt, Monsieur, en sa S** et digne protection.
M. EuAXUEL Électeur.
Original P. V.
Le comte de Monasterol à l'Electeur de Bavière.
Paris, 10 mai 1702.
(Extrait.)
Je ne dois laisser ignorer à Votre Altesse Electorale que le marquis de Villars va dans Tarmée d'Allemagne, et je suis persuadé que ce changement de Tarmée d'Italie dont il estoit pour renvoyer à celle du haut Rhyn, ne s'est fait que dans la viie de lui donner à commander le corps de trouppes qu'on destine pour Votre Altesse Électorale en cas que la ionction se fasse ; il a pris grand soin de se cacher à moy de tout ce mystère, mais il n'a pu s'empêcher de me dire un iour que Votre Altesse Électorale n'avoit personne pour conduire ses trouppes. Je luy voulus parler du comte d'Arco, mais il n'en fit que rire, et j'infère de là qu'il doit avoir représenté qu*il avoit une connoissance parfaite de la capacité des officiers de Votre Altesse Électorale, et qu'il aura formé des proiects de campagne a sa façon, et qui ne reviendront peut estre pas à ceux que Votre Altesse Électorale a dans l'idée, d'ailleurs il a dit à M. de Torcy qu'à son passage de Munich Votre Altesse Électorale luy avoit confié quelques proiects, et qu'elle s'estoit ouverte sur bien des choses importantes avec luy; c'est M. de Torcy qui me l'a dit dans le temps qu'il me pria d'escrire'à Votre Altesse Électorale pour savoir si le marquis de Villars
APPEiVDICE. 185
i seroit agréable pour commander les trouppes, j'ay cru ■ e Votre Altesse Électorale seroit bien aise d'estre prévenue T ce suiet pour tout ce qui peut arriver.
Origioal A. T.
M. de Ricous à Torcy.
Munich, 22 mai 1702.
(Extrait.)
roubliois, Monseigneur, à vous dire une chose qui m'a fait
la peine et que je crois ne vous devoir point cacher.
rÉIecteur m'a demandé pourquoy on avoit changé M. de
^^* 1 lars de Tarmée d'Italie a celle d'Allemagne. Je ne scavois
P^^ le changement, et j'ay repondu que cela arrivoit souvent
P^ ^ de certaines convenances ou des généraux ou du service
*•-* Hoy.ll m'a dit : a Et nioy je croy que ce seroit plutost pour
^^^^^*^^:a mander les trouppes de la jonction. » Il a esté quelque
'^ ■^^*:^ ps sans parler et voyant que j'attendois ce qu'il vouloit dire
'* ** poursuivy : « C'est un homme qui se donne tout ce qu'il y
s bien fait. » J'ay alors dit que c'etoit un très brave homme
^^ •^«•ès bon officier; il en est convenu, mais il en est toujours
^"^^^nu là, et est tombé sur le sujet de M. de Alontrcvel qui
* ^^"loit brouillé avec M. l'élecleur de Cologne. Vous jugerez,
^^^^^^^seigneur, de tout cela et des conséqueoces, car quoique
• ^e Villars soit de mes amys et que je sois seur de vivre
«^^-^^^aitement bien avec luy, j'ay creu devoir vous confier ces
^^^t>ositions, scachant qu'il a l'honneur d'estre de vos amys,
'c^que si les choses prenoient un mauvais tour cela pourroit
'der sa fortune, et peut estre mesme le service du Roy en
fïriroit. Ce prince cy est extrêmement délicat et jaloux de
*^^^tineur d'une belle action. Vous en userez, Monseigneur,
'^ la prudence d'uo grand ministre comme vous. Je travail-
lerai cependant à dissiper ces impressions qu'on aura pu prendre dans le temps que Tun et Tautre estoient plus jeunes qu'ils ne sont. Il m'a fort questionné sur M. d'Huxelleset m'en a parlé avec beaucoup d'estime.
Original A. E.
M. des Alleurs * à Villars.
Bonn, 30 juillet 1702.
{Extrait.)
Scavés-vous que l'électeur de Bavière se fait tenir à quatre pour ce diable de Vicariat, il semble qu'il veuille tourner casaque sur ce prétexte, que je ne crois pourtant pas le seul, ny le véritable. Nous travaillons à le ramener, je ne say si nous y réussirons; il a commencé par désirer que l'électeur de Cologne ne joignit pas M. le comte de Tallard, on y a consenty icy avec beaucoup de peine; j'attens avec impatience un courrier que j'ay envoyé à Munick qui devroit estre de retour; ce qui fait mon inquiétude est que nous avons arresté un courrier qui portoit l'ordinaire, en représailles d'un que le prince Louis de Bade a fait arrester ; depuis ce temps la on en a arresté deux à Son Altesse Électorale, ce qui cause beaucoup de désordre dans le commerce des lettres. Il semble qu'on n'aye voulu se servir cette campagne que du Bouclier, mais je croirois qu'il faudroit se servir la prochaine de l'Epée et de bonne heure : il y a temps ou les Fabius sont de bon usage, et temps ou les Marcellus sont nécessaires.
Copie P. V.
> Envoyé de France auprès de l'électeur de Cologne, frère de rélectenr de Bavière.
APPEXDICE. 187
Le comte de Monasterol à V Électeur de Bavière.
Paris, 12 août 1702.
[Extrait.)
Je dois apprendre à Votre Altesse Électorale que cette cour icy commence à concevoir de grands soupçons des intentions de Votre Altesse Électorale, par les nouvelles difficultés qu'elle a fait d'aquiescer aux satisfactions qui luy ont esté proposées sur l'affaire du Vicariat, après tous les soins qu'a pris Sa Majesté Très Clirestienne de faire connoitre a Votre Altesse Electorale qu'elle ne vouloit pas luy laisser sur cela le moindre suiet de plainte.
M. de Torcy que i'ay vu avant hier m'a témoigné la sensibilité du Roy sur le peu de cas qu'il paroit que Votre Altesse Électorale fasse de l'application avec laquelle Sa Majesté est allé au devant, et recherche encore actuellement les moyens de contenter en tout poinct Votre Altesse Électorale au suiet de cette patente, et de l'exactitude qui a jusqucs icy esté observée de sa part pour tout ce que Sadite Majesté s'estoit engagée par les précédents traittés, comme aussy de la facilité avec laquelle elle s'est tousiours portée aux choses que l'otre Altesse Électorale a désirées. Ce ministre m'a dit qu'après toutes les assurances que M. de Ricousse a donné à Votre Altesse Électorale de la part du Roy, qu'on ne scait plus à quoy l'on doit attribuer le retardement qu'elle a mis de dix iours pour faire réponse aux propositions que Sa Majesté luy a fait offrir, vu que Votre Altesse Électorale ne pouvoit plus prendre pour prétexte de ce délay le titre de Lugar téniente exprimé dans les ordres du Roi d'Espagne pour la reforme ordonnée en dernier lieu pour les Pays Bas, puisque le mesme sieur de Ricousse avoit déià eii l'honneur de dire à Votre
188 APPË\DICE.
Altesse Electorale que le Roy ne lui vouloit en rien laisser du mécontentement, et que le roy d'Espagne donneroit une déclaration par escrit que pareils inconvénients n'arriveront iamais.
J'ay remarqué par ces sortes de plaintes réitérées que les différents termes de prolongation qu'elle a pris font iuger que Votre Altesse Electorale cherche à éluder Teffectuation des traittés et qu'elle s'appuye sur toutes sortes de raisons pour chercher a couvrir son peu de penchant pour agir, cependant Ton finit par me dire que la droiture de Votre Altesse Electorale rassure extrêmement contre les apparences du contraire» et que Ton ne scauroit se persuader qu'elle veuille oublier les bons et obligcans procédés qu'a eii le Roy à l'endroit de Votre Altesse Electorale, n'y qu'elle voulust se servir des secours considérables que Sa Majesté luy a donné pour s'en prévaloir contre les propres intérêts de Sa dite Majesté.
M. de Torcy assure que la patente de Vicaire, laquelle est icy depuis peu de temps entre les mains du Roy, sera renvoyée, qu'on en fera venir une de Généralissime pour Monsieur le duc de Bourgogne, en révoquant tout ce qui peut avoir deplù a Votre Altesse Électorale ; a tout cela, Monseigneur, ie ne scay plus que repondre, car, pour des asseurances que Votre Altesse Electorale est véritablement dans l'intention d'observer ses premiers engagements, elle peut bien iuger que ie ne m'advenceray point d'en donner a pré — sent, et que ie ne blesseray pas la probité qui doit accompagner le caractère de ministre, que i'ay l'honneur de représenter, par des démarches de certitude sur l'exécution d'un traitté que ie vois tomber dans Tinexistence.
Je désire, plus ardemment que ie ne souhaite de vivre, que Votre Altesse Electorale ait lieu de se louer longtemps des grands services qu'elle va rendre à la maison d'Autriche et qu'elle en soit payée par des avantages et par des marques
APPEXDICE. 189
solides d'une reconnaissance qui efface dans Tesprit de Votre Altesse Électorale les mauvais traitements et l'ingratitude qu'elle en a essuyée : ie prends la liberté, Monseigneur, de m'expliquer avec hardiesse, mais ie ne crains point qu'elle blasme ma témérité quand ie luy auray représenté que Votre Altesse Électorale ne seroit point privée des thrésors immenses qu'elle a prodigués pour relever la maison d'Autriche, qui alloit tomber dans l'abbatement, si celle cy s'estoit piquée de reconnoître dans les occasions qu'elle est sensible aux bienfaits; elle peut s'cstrc trouvé autrefois forcé a l'estre, mais ce n'a point esté volontairement, et ce n'est pas a Votre Altesse Électorale a s'en loijer.
Votre Altesse Électorale auroit retiré de grandes sommes ^es deux couronnes qui auroient produit une abondance d'argent avantageuse à la Bavière; l'attente de ses proiets si*eut peut estre pas esté longue, surtout si Votre Altesse électorale avoit pris le parti de l'action; il pouvoit encore jvesulter de cette alliance des conséquences inestimables pour la maison Électorale, si le chef de l'Empire cstoit venu à manquer dans le temps que la puissance de Votre Altesse Électorale se seroit accrue, et qu'elle eût pu trouver et dans ses
propres coffres et dans ses Etats une ressource assurée pour de grandes entreprises.
Elle n'a qu'a considérer que depu'rs 16 mois seulement elle
^ touché 970 m. escus de la France, et presque autant des
f ays Bas; si l'on me fait voir que Votre Altesse Électorale va
dans aussy peu de temps tirer de l'Empereur de pareilles
sommes, qu'elle aura pour l'entretien de ses trouppes des
subsides aussy considérables, et de plus grands advantages que
ceux que luy assurent les traittés faits avec les deux couronnes,
et que toutes ces promesses ne seront point en paroles, alors
ie loùeray le zèle et les vues des ministres qui ont l'honneur
d'agir et de conseiller Votre Altesse Électorale dans cette
190 APPEXDICE.
affaire ; iasqae là, Uonseigneur, permettez mof s*il fous plaît de suspendre mon iagement et de n'estre pas de leurs adm. Si ie tirois pension des deux roys ie ne dirois pas mieux que ie fais pour leur cause, mais ie me mets plus en peine des intérêts de Votre Altesse Electorale que de toutes les iniostîces que peuvent m*attirer Texces de mon zelc dans Tesprit de ceux qui connoissent ce commerce; Votre Altesse Electorale trouvera que ie lui en donne icy des marques fort imprudentes, mais i'aime mieux tomber dans ce deffaut et encourir tous les risques de la censure, que de manquer a la sincérité que ie lui dois, comme fidèle et bon serviteur.
Original aatog. A. T.
L'Électeur de Bavière au comte de MonasieroL
A Honic, ce 21 août 1702.
Cher comte de Monasterol, vous aurez vu la resolution que j'ay prise à Tégard du nouveau traitté par ce courier que je vous depechay avant hier, par celuy ciyqui est un gentilhomme du sieur de Ricousse je vous envoyé la ratification dudit traitté, dont vous ferez rechange contre celle de Sa Majesté Très Chrétienne que j'attends par le retour du courier avec les informations et notices que je vous ay demandé. Le mémoire cy ioint vous instruira des dispositions faites tant pour Texecution de Tentreprise sur la ville d'Ulm que pour assembler mes trouppes, el faciliter ensuite la ionction avec celles de Sa Majesté Très Chrétienne. Cependant quoy que tout soit disposé et le iour fixé pour l'entreprise en question et le commencement de roflfensive, je ne Texecuteray pas sans voir auparavant toutes les sûretés requises, tant par la force du détachement qui me doit ioindre que par la situation des armées de Sa Majesté Très Chrétienne.
APPEXDICE. 191
Comme le temps est fort court encore, j'envoye Docfort que vous connaissez au maréchal de Cattinat, pour scavoir de luy même tous les éclaircîssemens, et si ayant reçu les ordres du Roy de marcher et de me soutenir, il se croit absolument maistre du passage de Hunninguen et me pourra assurer de la ionction sans que je sois obligé de m'esloigner trop de mes Etats; car si je n'ay pas cette seureté, et que peut être le corps d*armée de France qui doit rester au delà du Rhin n'est pas fort assez pour tenir tête et occuper celle du Roy des Romains particulièrement après le siège de Landau, je ne m*exposeray iamais à commencer un ieu qui est trop dangereux, sans être seur de le pouvoir soutenir; ce que vous pouvez de même donner à connoitre au marquis de Torcy, à fin qu'on ne croie pas que j'entreray en action autrement que sur le pied de mon proiet que vous luy avez communiqué, ce qui est de même entièrement conforme aux clauses de Tarticle séparé, qui ne m'oblige à aucun acte d'hostilités, que lorsque i'auray une parfaite connoissance de toutes les dispositions que Sa Majesté Très Chrétienne auroit faites pour me soutenir dans l'action et que touttes les difficultés qui se pourroient rencontrer à l'égard de la ionction seroient levées.
Orig. A. T.
Le comte de Monasterol au baron de Malknecht.
A Paris, ce 2« de 7''" 1702.
[ExlraU,)
l'intention de Sa Majesté n'estoit point que les
trouppes passassent le Rhyn pour se ioindre aux nostres, elle avoit formé le proiet d'occuper les impériaux en deçà de cette rivière pour laisser a Son Altesse Électorale la liberté d'agir avec ses trouppes au delà sans trouver de l'opposition ; cepen-
192 APPE^JDICE.
dant comme Son Altesse Électorale assure qu'elle ne scauroit commencer Taction qu'elle ne soit certaine de la ionction des trouppes de France, j'ay demandé qu*on fasse tenir à Son Altesse Électorale le proiet de Sa Majesté tel que M. de Chamillar Ta dressé, afBn qu'elle voye s'il luy convient d'agir sur ce pied-là; et en mesme temps le Roy donne plein pouvoir au sieur de Ricousse d'accorder à Son Altesse Électorale un corps de trouppes pour la ioindre en cas qu'elle ne puisse point agir sans cette assurance, et des ordres à M. le maréchal de Catinat de faire passer les trouppes que M. de Ricousse demandera de la part de Son Altesse Électorale. Ce corps n'est point fixé parce qu'on ne scait point ce qui pourroitestrc nécessaire, mais Son Altesse Électorale peut compter iusques a 40 bataillons et 50 escadrons en cas qu'elle en ait affaire. Le marquis de Villars commendera ce détachement et aura un train d'artillerie de 20 pièces de canon de campagne. Voilà, Monsieur, ce qui est reiglé, mais la difficulté que j'y vois c'est comment ces trouppes passeront l^hyn n'estant encore les maistres d'aucun passage; le pont d'ifuningen n'est point achevé parce que les Impériaux occupent un poste vis a vis de l'isle ou ce pont doit estre construit, et, a moins que les trouppes de Son Altesse Electorale s'avancent de ce costé là pour pouvoir faire un détachement qui déposte celles de l'Empereur, la ionction sera difficile.
Orig. aiilog. A. T.
Le comte de Monasterol au baron de Malknecht.
A Fontainebleau, ce 29 septembre 1702.
Je VOUS renvoyay hier nostre courier, et ie partis ensuite pour me rendre icy, en arrivant je fiis voir M. de Torcy, qui m'apprit que tous nos couriers de Son Altesse Électorale deptf
APPEXDICE. 193
elles a M. de Catinat avoient esté pris par les eDuemis, c'est a dire qu*il y en a bien 7 ou 8. Le sieur de Locatelli qui avoit esté Tun de ceux que Son Altesse Electorale avoit chargé d'instruire et de bouche et par escrit le dit maréchal, fut arresté auprès de Rhynfeld après une chute qui l'obligea a se mettre au Ut, quoy qu'il eût trouvé le moyen de déchirer son paquet, il n'a pas laissé que de découvrir les ordres qu'il avoit eii, et les dispositions qui se dévoient faire de part et d'autre pour la ionction, car ayant esté conduit à Rhynfeld chez le gouverneur de la place, il y fut interrogé, mais comme on s'apperceut qu'il en faisoit accroire, et que tout ce qu'il disoit n'cstoit point apparent, le gouverneur ayant fait aller le bourreau en sa présence le menaça de la question s'il n'avoùoit les ordres dont' il estoit chargé ; cette dure extrémité luy fit prendre le parti d'avouer qu'il estoit dépêché de Son Altesse Électorale a M. le maréchal de Catinat pour l'advertir qu'il eiit a faire advanccr le marquis de Villars avec 40 bataillons et 50 escadrons devers Hunninguen pour y passer le Rhyn, tand's que Sa dite Altesse Électorale pour faciliter cette ionction faisoit avancer M. le comte d'Arco avec 14 bataillons et 26 escadrons iusques devers Hunninguen pour attaquer les trouppes qui occupoient ce poste, que c'estoit là tout ce qu'il scavoit, que ces ordres luy avoient esté donnés par Son Altesse Électorale dans son cabinet en présence de l'envoyé de France, et que d'ailleurs il avoit eii des paquets pour le maréchal de Catinat, mais qu'il les avoit déchirés : voilà ce qu'escrit un correspondant qu'a cette cour icy dans Rhynfeld mesme, auquel le sieur de Locatelli a trouvé moyen de parler, et l'a chargé d'escrire a M. de Puysieux en Suisse, comment il avoit esté arresté, ce qu'il avoit confessé, et comme il craignoit d'estre prisonnier pendant le reste de la guerre» qu'on voulust songer a l'échanger avec les premiers officiers que l'on pourroit prendre; au reste iy>n a arresté plusieurs autres couriers avec leurs dépêches
j«4 APPEMDICK.
qui odI esté envoyés au roy des Romains, lesquelles font presque toutes mention de la commission dont le dit sieur de Locatelly estoit chargé, ce qui fait iuger que le pauvre diable sera maltraitté : ces deccouvertes ont fait que le roy des Romains a détaché un corps de trouppes qui a repassé le Rhyn pour aller ioindre le marquis dXVlac * et se mettre a portée d'empêcher la ionction; on mande d'ailleurs qu'on avoit outre ce renfort commandé les milices de ce pays là pour occuper les portes et les deffilés, et qu'ainsy on prevoyoit de grandes difficultés pour la ionction. Cependant le chevalier de Santini que Son Altesse Électorale avoit dépêché en dernier lieu, après avoir aussy esté pris avoit trouvé des expédients pour oter tous soupçons et continuer sa route, estoit arrivé auprès de M. de Catinat, mais comme il avoit esté obligé de déchirer aussy ses dépêches, il n'avoit pu rendre compte que de ce qu'il avoit ordre de dire de bouche, et M. de Catinat luy avoit dit en le renvoyant les ordres qu'il avoit receu du roy, sans scavoir précisément les détails dont il estoit nécessaire de s'eclaircir de part et d'autre. Voilà, Monsieur, ce que je pus apprendre hier «n arrivant icy : mais ce matin j'ay esté voir M. de Chamillart pour scavoir plus positivement ce que luy escrivoit M. de Catinat, il m'a d'abord répété les circonstances que M. de Torcy m'avoit dites, adioutant que le chevalier de Santini estoit arrivé auprès du mareschal le 21, et que le 22, il estoit encore arrivé un aide de camps de Son Altesse Electorale que M. le comte d'Arco avoit envoyé pour faire scavoir qu'il n'avanceroit point iusques à Stilinguen, parce que Son Altesse Électorale luy ordonnait de demeurer encore deux marches en arrière crainte qu'il ne se trouvast exposé a quelques contingences, si le détachement des impériaux qui avoit repassé le Rhyn se fust advancé, et que par conséquent il ne bougeroit point qu'il
* Le margrave de Durlach.
APPEMDICK. 195
n'eut (les nouvelles du marquis de Villars. Le maréchal de Catlnat ayant visité la carte avec cet ayde de camps, ils convinrent des marches qu'il falloit faire et des chemins qu'il fallait tenir, et selon ce qui estoit praticable de part et d'autre, il fut trouvé que M. le comte d'Arco, aussy bien que M. de Villars ne pourroient arriver devers H unninguen que le deux et le trois d'octobre, et M. de Catinat renvoya l'ayde de camp sans toutesfois pouvoir l'asseurer de la ionction vu le gros détachement des ennemis qui pouvoit l'embarasser, cependant il fit son détachement aussy sous les ordres de M. de Villars composé de 30 bataillons et de 40 escadrons avec deux lieutenants généraux, trois maréchaux de camps et des brigadiers a proportion, pour s'avancer à Hunninguen et voir sur les lieux ce qui se pourra entreprendre; le marquis de Villars, qui est entreprenant et qui brusle d'impatience de se signaler, a formé un autre proiect pour tenter le passage par Rhynaû, iugeant que le détachement des impériaux qu'il suppute a 15 mille hommes se sera porté avec précipitation du costé d'Hunningen pour en deffendre l'approche aux trouppes de Son Altesse Électorale, et comme il est persuadé qu'ils n'auront rien laissé ducosté de Rhynaû, tandis qu'il fait semblant de continuer sa marche aHunninghen, il veut que le comte de Guiscar iette en une nuit un pont sur le Rhyn au dit lieu, et luy, en dérobant dans le mesme temps sa marche, reviendra en arrière passer brusquement son pont à Rhynaû, et tomber sur le détachement des impériaux qu'il croit inférieur au sien: son proiect envoyé par un courier a esté approuvé du Roy et Sa Majesté a fait sur le champ repartir le courier avec son approbation estant persuadé que personne ne l'exécutera mieux que luy si la chose est possible. Le courier arrivera demain a l'armée, voilà les dispositions qui se sont faites et dont M. de Chamillart m'a rendu compte, les trouppes qu'on a donné au marquis de Villars sont toutes des meilleurs que le Roy ait : quant au renfort que
196 APPKXDICE.
Son Altesse Électorale voudroit qu'on envoyasse a M. de Catînat, le Roy ne scauroit rien changer au proiet qu*il a fait, tout ce qui se pratique c'est de dilligcnter la marche des trouppes qui doivent le ioindre dans tout le mois d'octobre, et pendant rhyver le reste destiné pour la campagne prochaine ioindra, en sorte qu'outre l'infanterie qui est destiné pour guarder les places de l'Alsace, il y aura 60 bataillons en campagne, non compris les 30 qui seront avec Son Altesse Électorale : et 70 escadrons non compris les 40 qui seront avec nous. Vous pouvez compter sur ce pied que le Roy aura eu campagne en Allemagne JIO escadrons et 90 bataillons sans compter les trouppes de Son Altesse Électorale et tout cela se ioindra à Son Altesse Électorale ou sera séparé aïnsy que la nécessité l'exigera. M. de Chamillart m'a dit qu'il estoit donc nécessaire de n'avoir d'autre vue, après la ionclionde M. de Villars, que de prendre avantageusement les quartiers d'hyvers, sans se commettre a rien de risqueux, parceque certainement nous aurons la supériorité des troupprs au primtemps prochain de manière que l'on fera sûrement des progrès : le roy des Romains a dit qu'il plaignoit extrêmement Son Altesse Électorale vu que l'on entreroit dans ses Etats par les derrières qui ne sont point guardés.
Orig. aut. A. T.
Villars à V Electeur de Bavière,
Au camp sous Huningue, ce 28 septembre 1702.
Monseigneur, c'est avec la plus sensible joïe, que j'ay receu les ordres de Sa Majesté de faire toute la diligence possible pour me rendre à ceux de Votre Altesse Électorale. Je les attends avec toute l'impatience d'un homme qui a une égalle ardeur pour le service de son maître, et pourceluy d*un prince auquel j*ay l'honneur d'être devoiié depuis si longtemps.
Je mené à Voire AUesse Electorale 30 des meilleurs bataillons de France, 40 très bons escadrons, avec un équipage d artillerie de 30 pièces, mille chevaux pour les vivres, et outre cela 40 charettes haut le pied, pour servir aux divers besoins impreveus; j*ay cent mil écus pour les premières depences, car après cela, Monseigneur, en vérité j'espère que les troupes de Votre Altesse Electorale aussy bien que celles de Sa Majesté pourront un peu vivre aux dépens de ses ennemis, et que par les divers passages que Ton peut avoir sur le Danube, Ton pourra porter une guerre bien avantageuse de tous côtés.
J'avoue, Monseigneur, que je meurs d'impatience de me voir sous les ordres d'un très grand capitaine dont la victoire suivra toujours les étendars, que je souhaitte. Monseigneur, de les voir mêlés avec ceux d'une nation qui ne respire que la gloire de se sacrifier pour son maître, et pour des généraux dont la valeur brillante leur fera trouver tout facile.
Je fais travailler actuellement au pont sur le grand bras du Rhein, le petit se passe a gué, et je suis en état d'aller attaquer les ennemis dès que je verray paroitre les troupes de Votre Altesse Electorale; quand même ils auroient trente mille hommes, ils n'oseroient tenir contre celles du Roy, et il s'en faut bien que nous n'ayons un pareil nombre a craindre.
M. le baron de Simeonl est icy qui sera un fidèle témoin à
Votre Altesse Electorale de mon ardeur et de mon zèle, si ses
anciennes bontés pour moy, sans autre secours, ne la portoicnt
pas a rendre justice à mes sentimcns, au profond respect et à
la parfaitle vénération avec laquelle, etc.
Orij. B. X.
U Électeur de Bavière à Villars .
GbârtreDse, près Memmingen , 7 octobre 1702.
(Analyse.)
Max-EmmaDuel exprime la joie que lui a causée la lettre précédente, et « Timpatience n avec laquelle « il attend le moment d'embrasser » Villars. Il annonce qu*il va se mettre en marche vers le Rhin, mais ne dissimule pas les difficultés qu'il prévoit et la crainte qu'il éprouve de ne pouvoir arriver jusqu'à Huningue. Imprimée dans Pelet, Mém. mUit., t. Il, p. 338.
Villars à V Électeur de Bavière.
Au camp sous Huningue, 12 octobre 1702.
{Analyse.)
Villars remercie de la précédente et ne doute pas du succès. Imprimée dans Pelet, Mém. milit., t. Il, p. 8i2. (Voir les extraits donnés ci-dessus, t. 1, p. 168.) En même temps il exprime à Ricous (id., ibid.) sa surprise, son impatience des incertitudes et hésitations de l'Électeur.
Le comte de Monasterol au baron de Malknecht.
A Paris, ce 5" octobre 1702, a dix heures du soir.
J'arrive de Fontainebleau, mon premier soin, Monsieur, est de vous participer une bonne nouvelle que le Roy a receu ce matin par un courier du marquis de Villars, qui mande à Sa
Majesté que le premier de ce mois il avait heureusement fait son pont à Hunningue, que s'estant la veille à la faveur de la nuit rendu maître de deux petites isles a coté de celle qui sert pour la construction du pont, il y avoit fait passer de Tartillerie aussy bien que dans la grande isle au nombre de 40 pièces de canon, qu'ensuite ayant fait embarquer un corps d'infanterie qui avoit abordé de l'autre costé, Ton s'y estoit posté en attendant qu'il y eut plus de monde passé, ce détachement favorisé par le feu du canon s'avança et attaqua une redoute vis a vis de l'endroit ou le pont se devoit achever, la redoute fut emportée, et M. Desbordes lieutenant gênerai qui commandoit le détachement avec le marquis de Biron mareschal de camps, se saisirent du terrain qui estoit fortifié autrefois à la teste du pont qui a subsisté avant la paix, et comme ils commençoient a s'y fortifier un corps de trouppes ennemies qui estoit posté a quelque distance de là et couvert par un grand rideau s'estant mis en état de combattre les trouppes qui avoient passées s'avancea pour charger, mais le sieur Desbordes ne se voyant pas assez fort pour attendre de pied ferme regagna le bord de la rivière pour couvrir ses batteaux ; pendant que ces mouvements se fesoient le feu de l'artillerie des isles ne discontinuoit point aussy bien que celuy de la mousqueterie, les ennemis s'y trouvant trop exposés se retirèrent dans leurs premiers postes couverts par un rideau, et laissèrent le temps aux François d'achever le pont et de le fortifier de manière que le marquis de Villars mande qu'il est le maître du passage et que le poste retranché peut contenir le corps entier des trouppes qu'il a avec luy; il iuge celuy des ennemis qui estoit a l'opposite fort de 7000 hommes et conte qu'ils ont perdu beaucoup de monde du canon et du feu du mousquet, cette action n'a coûté aux trouppes du Roy que 30 soldats et 6 officiers. Le marquis de Villars estoit surpris de n'avoir point receu des nouvelles de Son Altesse Électorale, il luy a dépêché des couriers pour
Tadvertir de ses mouvements et pour scavoir ce qu'elle ordonnoit qu'il fist : cetle nouvelle a beaucoup réjoui la cour, aussy bien que celle que Ton eut hier de Tarrivée des gallions a Vigo dans la Gallice ;
Orig. autogr. A. T.