‹ Villars d'après sa correspondance et des documents inédits;Chapitre 8 sur 25 · L'Electeur de Bavière au cardinal Lamberg · texte numérisé non relu

L'Electeur de Bavière au cardinal Lamberg

Quartier général d'Eliingeo.

le 26 octobre n02.

Votre Dileclion a dû, sans aucun doute, recevoir ma dernière réponse, dans le même temps que le courrier particulier de mon ministre à Ratisbonne m'apportait sa lettre du 20. J'y ai vu qu'à la suite des communications écrites de Votre Dilection la Cour impériale demande de nouveaux éclaircissements, et que vous désirez en conséquence connaître mon dernier mot. Je crois m'êlre suffisamment expliqué dans mes précédentes correspondances, et dans les communications verbales que Reichart

Haupt quartier su Ehingen den 26 oclobris 1702.

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Ewer Liebden wirdt mein i leres antwortschreiben i^nfii.

barlich wol zu handen khom sein, da entzwischen icb a. a deroselbcn weitersvom20*"<lî durch aignen courier von nem gesandten zu Regensf»iLJi ^ empfangen und darauss ers^l^ ^^ habe, wessen sich der kaiserl m^^^^

hoff auff Ew. Ldn gethane ^«^ tere schrifftliche Vorstelluog ^ ner gegen diesel be vernemn»^" lassen vnd sie darûber meinê nâhere sentimenten zu miss^o verlangen. Nun vermeine icb mich durch meine vorige vnd

APPEXDICE.

a faites h Votre Dileclion. Le respect que je professe pour Sa Majesté Impériale- est trop profond, et le temps dont je dispose est trop court, pour que je m'étende plus longuement sur ce sujet. 11 résulte de la lettre de Votre Dilection que Sa Majesté Impériale réclame avant toute autre chose, comme marque de ma soumission, la restitution des places occupées par moi, et qu'ensuite le reste me viendra de ses grâces. Aussi bien suis-je tout prêt (quoique, depuis cette demande, la situation se soit singulièrement modifiée en ma fa- -veur) à donner cette satisfaction à Sa Majesté Impériale comme témoignage de ma respectueuse soumission et de mon véritable dévouement. Mais, par la dure manière dont j'ai été traité jus- C|u'à ce jour, j'ai trop bien appris A connaître mes ennemis et l'influence qu'ils exercent à la Cour impériale, pour ne pas redouter que les intentions favorables dont Sa Majesté Impériale, si j'en crois la lettre de Votre Dilection, daigne être animée à mon égard, ne soient de nouveau altérées par leurs malveillants artifices.

On ne saurait donc trouver mauvais que je désire être préalablement et secrètement informé par Votre Dilection des résolutions positives prises par Sa Majesté Impériale à la suite de mes der-

dess von Reicharts Ew. Ldn gethanen mûndtlichen vortrag genuegsamblich expliciert zu haben; der respect, welchen ich vor Ihrer Kayserlichen Mayestet trage, ist auch allzugross vnd die zeit lasset es ebenfals nicht zue, sich mit weitschichligen proposilionen auffzubalten. Indeme ich aber aus Ew. Ldn schreibcn so vûhl abnemme, dass Ihre Kays.

May. vor allem die abtrettung der von mihr occupierten plàtzen als ein Zeichen meiner submission verlangen, und dass ich alsdan das vbrige von ihren gnaden erwarlen solle, so bin ich zwar auch berait (ohnerachtet sich die sachen seithero zu meinem fortl sehr geandert haben) dise satisfaction Ihro Kays. .May. zu weiteren vnderthenigisten ehren vnd bezaigung meiner wahren deuotion zu geben ; ailein weilen auss dem bisher empfangenen harten tractament ich meine feindt am Kayserlichen hoff vnd deren grosses Vermôgennun gar zu wol khenne vnd daher billich zu aprehendiren habe, es môchte die guette intention , welche Ihre Kays.May . , Ëwer Liebden erwenen nach, vor mich fûeren, durch ihre schlimme artifficia noch weiters immutieret werden; so bin ich ia nicht zu verdenken, dass ich vorhero erwarte durch Ew. Ldn in geheim zu vernemmen , wes-

niëres explications ; de telle sorte, qu^avant d*exécuter les projets que j*ai très-respectueusement soumis à Sa Majesté Impériale, je puisse lui demander et obtenir d'elle une secrète garantie.

Le courrier qui m*a apporté la lettre de Votre Dilection a dû faire un détour pour éviter les partis de hussards qui battent la campagne; il n'est arrivé qu'hier au camp ; sur ce, j*ai aussitôt suspendu ma marche : je tâcherai de ne pas m'éloigner de cette région, et je réserverai ma liberté aussi longtemps que je croirai pouvoir recevoir la réponse que j'attends de Sa Majesté Impériale.

sen sich dan Ihre Kays. May.

auff meine gethane lestere erkhlarung positiué entschliessen, damit ich nach gestaltsame dessen alssdan, ehe ich mein vnderthenigstes offertum ins werk setzen thue, eine geheime versicherung von Ihr May. dem Khavser begehren vnd erhalten khônne. Der Courier, welcher mihr Ew. Ldn schreiben vber* bracht, hatt wegen der herumbstreiffenden Husaren einen detour machen miessen vnd ist dahero erst gestern in alhiesigem lager angelangt, worauff ich anheint meinen ferneren March eingesteit; werde auch suechen nicht weit von diser gegent mich zu lassen vnd in meiner libertal so lange Zeit zu erhalten, als ich beyleiffig glaube, dass die antwort vom Kayserlichen hoff zuruk khommen khan.

p. Le cardinal Lamberg à l'Empereur,

Ratisbonne. 29 oct. 1102.

Hier, après midi, le ministre de Bavière m'a fait prier, par le prélat chez lequel jo loge, de lui accorder une audience secrète, ayant à me parler, de la part de sou maître, d'affaires importantes. Je la lui ai fixée à 7 heures du soir. A l'heure dite, et pour assurer le secret de notre conversation, il s'est rendu à un endroit assez éloigné de la demeure

Regentpnrg. 29 october 1702.

Nachdeme mich gestern nachniittag der Chur Bayrische gesandte durch den Praelaten, wo Ich logire, umb eine stunde zu geheimer audienz gelangen zu kônnen ersuchen lassen, umb mier ans befehl seines gn&digslen herren importirliche angelegenheiten zu hinderbringen, habe Ich Ihme solcheauf gloken 7 ohr abendts assignieret, vnd ist er

du prélat, dans une chambre de couvent, où je Tai rejoinl, seul, par un chemin détourné. Il commença par me remettre la lettre ci-joinle de T électeur, arrivée par un exprès ; et ensuite, avec une grande abondance de paroles, il ni*assura du dévouement respectueux et inébranlable de son maître pour Votre Majesté Impériale, de son désir sincère et de son véritable besoin de se réconcilier avec Elle, et de renouer avec son auguste maison les relations cordiales qui existaient auparavant. Pour mieux prouver la loyauté de ses sentiments, rÉIecteur est résolu à ne pas chercher ni essayer d*opérer sa jonction avec Parmée de Villars, qui, diaprés des renseignements sûrs, doit s*élever à 36,000 hommes, et à attendre les résolutions déGnitives de Votre Majesté Impériale. Il espèreque Votre Majesté Impériale, en considération des grands services qu'il a rendus à son auguste personne et à son impériale maison, ne repoussera pas la demande qu'il a faite de Tinvestiture du duché de Milan pour lui et ses descendants mâles, en compensation des 6,300,000 tha- 1ers qui lui restent dus par la monarchie espagnole. Il compte aussi que Votre Majesté Impériale daignera, en attendant, lui abandonner comme hypothèque

su selber stunde in puncto erschinen, an einem von des praelatenwohnung etwasentfehrnten ort za mehrerer secretirung diser unterredung abgestigen.

Ich aber babe mich xu disem ende gauz alleine durch einen verborgenen gang in einem Closterzimer einûndig gemacht, alwo er dann mier zu vorderist beygelegtes von Seinem Churfùrsten per expressum ûberkomenes behandiget, und einfolglich mit uielfàltigem worttgebrang Seines gnàdigsten herrn gegen E. K. M. aufrechlhogender unterthànigster deuotion und rediichen gemûths, auch wahren verlangens, Sich mit deroselben auszusôhnen , vnd mit dcro Erzhaus in voriges guttes Vernehmen zu setzen, contestiret ; za welcher wahrheits mehrerer bestettigung der Churfûrst die coniunction mit Villars armée, welche, habender vergwister Kundschafft nach auf 36" mann Sich erstrecken werde, nicht suchen noch vornehmen, sondern von E. K.

M. der leztlichen endschliessung abwarlen woUe, ob dieselbe dann Ihme Churfùrstenin considération E. K. M. hôchste person undero Erzhaus so trew geleister dienste in Seinem gesuech der inuestiturdess hersoglhumbMeylandts vor Sich undSeinemànnlichedescendenten in compensation

le margraviat de Burgau, le landgraviat de Ycllenbourg, et le comté de Hochbourg ou de Neubourg sur Tlnn, et lui en laisser la jouissance jusqu^au jour de Tinvestiture. En retour, TÉlecleur offre de mettre à la disposition de Votre Majesté Impériale 20,000 rie troupes, en un ou plusieurs corps, pour lesquels il demande un subside mensuel de 100,000 thalers en espèces, qui, vraisemblablement, lui seront garantis et payés par l'Angleterre et la Hollande. Enfin TElecleur demande, ainsi qu'on peut le constater dans sa lettre autographe, que Votre Majesté Impériale lui donne, par écrit, l'assurance secrète de son consentement. Quant à l'envoyé, il pensait, pour sa part, que ces conditions ne devraient pas paraître excessives aux ministres de Votre Majesté Impériale, môme à ceux qu'il appelle ses ennemis; qu'il fallait prendre en sérieuse considération les immenses avantages qu'on retirerait de l'alliance complète de son maître avec Votre Majesté Impériale et l'empire romain, tous unis contre la France ; il se refusait î\ croire qu'on préférât pousser son maître à des résolutions désespérées, plutôt que de faire quelque cas de sa personne et de i(on armée. En ce qui concerne la remise des places occu-

nem der an die Cron Spanien li- (|uido zu praetendiren liabender Sechs Millionen drejmalil hunderttausend thaler nicht willfahren und bis auf den erfolg diser belehnung die margraffschafft Burgaw, landtgraffschafft Nellenburg vud graffschafft Hochburg oder Neuburg am Yhn pro Hypothecâ einraumen vnd dauoa so lang die nuzniessung zukomen zu lassen belieben wollen?

da bingegen Elector von Seinen trouppen Ë. K. M. fortan 20" mann zu freyer disposition, auch diuisim zu gebraachen offerire, wouor Selber monathlich 100* species thaler subsidien, welche vermuthlich durch Engelland vnd HoUand assecuriret vnd geschossen werdenwûrden, praetendire; vnd ûber dises ailes, wie auss des Churfûrsten aigenhândigen zeillen zu ersehea wâhre, von E. K. \f. eine geheime schrifftliche versicherung verlangte; Er gesandter vermainte Seines cris, mann tuôchte von Seiten E. K. M.

Ministerii, ia, wie er redete, dess Churfûrsten feinde Selbsten dise condiiiones nicht vor oner^ tràglich ansehen, sondern vielmehr in betrachtung nehmen, was vor grosse emolumenta durch den vôUigen beytriil Seines herrn zu E. K. M. vnd gesambten Rëmischen Reich erwachsen, wann diser Sich ex

APPEXDICE.

pées, r Électeur s*est expliqué lui-même dans sa lettre.

A ces exigences j*ai opposé toutes les objections que j'ai pu tirer des lettres que Votre Majesté Impériale a daigné m'adresser; j*ai ajouté une foule d'autres arguments serrés, pour essayer de modérer des prétentions que je trouve excessives, bien que renvoyé les déclare encore trop modestes, eu égard aux services rendus par son mailre. Je lui ai rappelé, pour mettre un terme à ses discours, le pas qu'il avait fait en me parlant d'une simple investiture du duché de Milan à vie ; il m'a répondu qu'il n'avait alors exprimé que son sentiment personnel, et ne se souvenait pas exactement de ce qu'il avait dit; le dernier courrier lui avait d^ailleurs apporté l'ordre formel dMnsister sur l'investiture pour la decendance mâle de l'Électeur.

A mon avis, cependant, on pourrait encore régler celte question en faisant promettre par la monarchie espagnole de donner au second ou au troisième fils de

l'Electeur, après la mort de son père, quelque autre territoire ou propriété. Si ce chiffre de 20,000 hommes paraît trop onéreux à Votre Majesté Impériale à cause da montant des subsides, le ministre pensait que son maître pourrait, afin de réduire la dépense, ]0 ramener à douze ou

toto mit Selben wider Franckreich verainiget haben werde.

£r gesandter wolle ie nicht glauben, das mann seiner herrn lieber in voliige desperation verfullen zu sehen gleichsamb nôlhigen, als dessen person und manns - chafft in einige considération nehmen woilen ? IVas die abtrettung der occupatorum betreffe, erklehrte sich Ëlector in suis litteris Selbslen. Auf welche weillauffige vorstellungen Ich alldass ienige, was zum theil sich in E. K.

M. anmicherlassenenverschidenen allergnàdigsten handbriefjn enthalten, auch viel andere stringirende argumenta dise so hohe forderungen, die Er gesandter en esgard Seines herrn verdienste vor klein haltet, zu moderiren, versezet, auch beim heschlus Seiner reden auf das ienige erinderet, wessen er Sich zu Pfader wegen der belehnung dess herzogthumb Mcylandts blos ad dies vitae Ëlectoris sich geaûsseret bette; Ille, seiches wàhre nur Sein parlicuiar sentiment in selbigem diseurs gewesen, wuste Sich auch dessen sich so genau nicht mehr zu erindern, und bette mit disem lezteren Curri^r expressen befehl ûberkommen, auf dem gesuch der inuestitur ad descendentes Masculos zu bestehen; welches iedoch meinem beduncken nach noch wohl solcher gestalten einzurichten

quinze mille hommes; il tirerait du reste son contingent d^empire, et garderait trois à quatre mille hommes dans ses propres Étals; ce point serait ultérieurement réglé par Votre Majesté Impériale. Le ministre espérait enlin qu'aussitôt la réconciliation accomplie et la confiance rétablie, FElecteur, honoré par Votre Majesté Impériale d*un commandement en chef, pourrait, dès la prochaine campagne, rendre encore de grands services. Pour le moment, il insiste respectueusement pour une prompte réponse, et s'en remet à la bonté de Votre Majesté Impériale qui ne voudra pas, il Tespère du moins, en méconnaissant ses mérites, le réduire au désespoir.

sein môchte, das pro secundo uel tertio genito Electoris etwas anderwertig post fala parentts an grund vnd boden aigenthumlîch lu geniessen von der Spanischen monarchie versprochen wûrde.

Wann der numerus von 20" mann intuitû der grossen sabsidien I. K. M. zu kostbar dunken solten, glaubte Er gesandter, Eleclor wûrde dauon auch 12 oder 15" folgen, umb die geldpraestaliones zu moderiren, von denen ûbrigen sein Reichscontingent s telle n, auch in aigenen landen 3 à 4" mann behalten, welches ailes E. K. M. weiterer regulirung ûberlassen, vud nach erfolgter aussÔhnung, auch vollig restabilirtem vertrawen mit dem Ghurfûrsten, diser viUeicht in kûnftiger Campagne bej ertheillung eines Comando E. K.

M. noch uiel erspriesliche dienstc leisten wûrde ; inst&ndiges vnd vorallem aber ersuchtc Sein herr umb ohnverziegliche Kayserliche allergnadigsle resolution ûber Seine ansuchungen, wessen mérita gegen E. K. M.

vnd das er durch unerkantnns deren nicht in dcsperation gestûrzet werden môge, zu E. K.

M. gûttigkeit hoffnung machien.

q. Le cardinal Lamberg à l'Empereur.

(Extrait.)

Ratisbonne. 31 oct. 1702.

Je porte respeclueusement à la connaissance de Votre Majesté que le secrétaire du ministre bavarois (baron de Zinth) m'a répété verbalement qu'il était absolument sûr que la conjonction de son maitre avec Villars ne dépendait que de sa volonté, et qu'il n'était au pouvoir de personne de Tem pécher, mais que FEleeteur suspendait cette opération dans Tespoir que Votre Majesté accepterait ses conditions el dans l'attente de sa réponse.

Regenspnrg. den 31 oct. 1702.

Ich fûgegehorsambst zur nacbricht wass massen der Chur Beyrischer gesandter (baron v. Zinth) durch seinen secretario mich mûndiichen erinderen lassen, gesichert zu sein , dass Seines herrn conjunction mit Villars allein von dessen velie aut nolle dependire, und nunmehr nicht gehinderet werden kônne, der Churfûrst aber dises unternehmen wegen Verhoffen der E. K.

M. beliebung der in vorscblag gebracbter conditionen und erwartender ehister anlwortt suspendire.

r. Le cardinal Lamberg au baron de Zinth, — Se plaint de ce que Reicbardt lui a donné un faux renseignement sur les offres de Schlick, et de ce que lui-même lui a donné une indication erronée au sujet de l'investiture du Milanais. Ne correspondra plus avec lui que par écrit.

s. L'Empereur à Lamberg. — 2 novembre 1702. — Refu se d'« acheter l'Électeur à un prix aussi élevé, après toutes ses mauvaises actions », et ordonne & Lamberg de mettre fin à des négociations secrètes qui, si elles étaient prolongées, « ne pourraient qu'exciter la défiance contre le cardinal et contre lui-même dans tout l'Empire n .

t. Ratisbonne, 6 novembre 1702. — Le cardinal communique à l'Électeur les ordres de l'Empereur.

11. Ratisbonne, 9 novembre 1702. — Le cardinal envoie copie de la lettre précédente & l'Empereur et clôt la correspondance secrète.

L'Electeur de Bavière à Villars.

Au camp d'EhÎDgen, 8 novembre 1702.

Essaye d'expliquer ses retards et annonce une coopération active : se plaint de la méfiance de Villars et lui adresse un plan pour la jonction. Imprimée dans Pelet, Mémoires mili-taireSy t. II, p. 864.

Villars reçut une lettre le 19 et prépara un projet de réponse où il réfutait assez vertement les explications de TElecteur : mais avant de Texpédier, il le soumit au Roi : u Je ne crois pas devoir l'envoyer que Votre Majesté ne l'ordonne, écrit-il le 20, puisque je ne sçais s'il convient de convaincre M. l'Electeur de ses fautes. » Le Roi n'approuva sans doute pas, car l'expédition de cette lettre ne se trouve pas dans le recueil si complet de la Bibliothèque nationale, et la copie ne se trouve pas davantage dans les registres de copies faites pour Villars et sous sa direction. La minute originale s'est retrouvée dans les Archives de Vaux, et la copie soumise au Roi est au Dépôt de la Guerre, 1582, n» 183.

L'Électeur de Bavière au comte de MonasteroL

Au camp d*Ehiagen, 9 novembre 1702.

Cher comte de Monasterol, j'ay prié le maréchal de Villars de vous envoyer avec cette lettre la copie de celle qu'il m'a écrit, et ma réponse, n'ayant pas le temps de la mettre en chiffre pour vous l'envoyer. Par là vous verrez ce qui a empêché la ionction, mais je vous avoue que je suis outré de voir qu'on m'ait soupçonné après ce que j'ay fait. Si c'est Ricous

APPEXDICE. 239

qui a donné des pareils avis, je puis dire, que c'est pour la troisième fois qu'il perd les intérêts de son maifre, et qu'il me met au précipice : la première pour avoir donné des avis qui ont fait que rien n'était prêt de ce qu'on avait promis quand fay commencé l'offensive, la seconde pour la vilainie d'éparper un secrétaire et d'avoir par la été obligé d'écrire luy même, après que le chevalier Defosse a été parti, duquel il se ^ervoit, ayant écrit cette lettre sans chiffre, qui a été interceptée, et puis divulguée à Ratisbonne, et fait le fondement lu Ban et des avocatoires, qui a gâté tout le concert et mis les choses dans l'état ou elles sont. Ce troisième coup, si c'est luy qui l'a fait, a fini de tout perdre ; le comte de Guiscard a lit à Luttin que les lettres de M. de Ricous étoient d'une naniere, qu'on ne sçavait pas quoy écrire, ce n'est que par luy )Ourtant qu'il a fallu écrire, car je n'avais point de chiffre, et :elle dont vous recevez la copie est la première que j'ay écrite, lyant présentement un chiffre avec le maréchal de Villars. }uand Reichart a eu un moment le chiffre de M. de Ricous en nain, pour déchiffrer quelques lignes, il a fait tenir trois pertonnes dans sa chambre de peur qu'il ne copiât le chiffre, [uoyque je sçais que Villars luy a mandé de me le donner; eut cela me doit estre suspect avec raison, sans dire d'autres )articularités, qui seroient trop longues. Ce dont il s'agit, est, |ue vous insistiez que l'on me secoure, de quel coté que ce oit, et que le Roy donne des ordres exprès pour cela. Les leiges qui tombent, lesquelles sont d'un pied de haut icy, me ont iuger de ce qu'elles seront dans la forêt Noire, et par la es difficullézque trouvera le M** de Villars d'exécuter nos deseins et concerts; si i'avais dix mille hommes de plus, j'éviteois ma ruine et soutiendrais iusque à Feutrée de la campagne, lais par les fatigues que j'ay fait faire à mes trouppcs, sur >ut à une cavalleric nouvellement montée, elles sont fort iminuées, l'argent ne vient que goutte à goutte, lu défense du

pays, les ouvrages qu*on y fait, et les milices tousiours sous les armes, absorbent des sommes immenses, et desja les bancquiers d'Allemagne font entendre qu*ils doubtent s*ils pourront ou oseront payer mes lettres de change, cela étant, vous voyez bien qu*il n*y a plus de ressource pour moy, ou il faudra perdre mes trouppes, mes Etats, ma liberté, ou ma vie, ou demander quartier à mes ennemis, me soumettant à tout ce qu'ils voudront m'imposer. S*il étoit impossible d'avoir des trouppes, si pendant la rigueur de Thiver je pouvois avoir assez d'argent pour remettre et m'augmenter, encore pourrais ie espérer de me soutenir, car j'ay un proiet fait, et ay assez de monde en Bavière pour avoir 28" hommes effectifs sur pied, sans compter les milices, ny celles qui ont été dernièrement regimentées, et cela seroit asseurement prest au mois de février, mais il faudrait trouver le moyen de me faire tenir une somme considérable tout d'un coup : cela ne se pourrait-il point par la Suisse à Memmingen en espèce, car en lettres de change cela ne se pourra pas, faites ce que vous pouvez la dessus, la gloire et les intérêts du Roy parlent plus pour mof que tout ce que je sçaurais dire, et je suis tout à vous.

Copie A. M.

L'Électeur de Bavière à Villars.

Au camp d'Kliiogen, 19 novembre 1702.

Ayant, Mons', cette occasion seure, je vous envoyé le pj que j'avois fait pour la jonction : j'ay voulu vous l'envoyer un party, comme la dernière fois, mais ayant sceu que vi avez repassé le Rhin avec toute votre armée et pris la routte^ ^^ Strasbourg et par là entièrement abandonné le dessein d^ -^^ jonction, j'ay trouvé inutile de le faire partir, et comme je su

sans espoir de la jonction, par la marche que vous avez faite, je ne vois plus d*aulre party a prendre pour moy que celuy de retirer mes trouppes vers mes Etats et les poster de manière a les pouvoir deffendre le mieux que je pourray. Tout ce que je peux vous demander encore, Mons% est d^obliger le prince de Bade de tenir cet hyver ses forces le long du Rhin de manière qu'il ne puisse pas faire un détachement pour joindre les trouppes qui se préparent à m'attaquer en Bavière, supposé qu'il n'y a plus moyen au jour de faire passer un corps de trouppes de huit à dix mille hommes, qui seront toujours receu à Ulm de la manière qu'il est dit dans l'autre lettre. Il est superflu de vous eu dire d'avantage vous connaissez vous môme combien il est de la gloire et de l'intérest du Roy de me soutenir. Pour moy je seray toujours bien aise de trouver des occasions a vous donner des marques de mon estime.

Orig. autog. D. G. vol. 1582, d»2I8.

L'Électeur de Bavière au comte de MonasteroL

Au camp d'Eliingen, 19 novembre 1702.

Cher comte de Monasterol, je vous envoie par cette occasion seure de la marquise de Leede * un double de la dernière dépêche que j'ay addressé au maréchal de Villars pour vous l'envoyer, ne scachant pas si elle vous a été bien rendue, je joins à ce double la copie d'un proiet que j'ay fait pour la ionction après le départ de ma dite lettre, mais dans le temps que j'ay voulu l'envoyer au maréchal de Villars, j'ay appris parles nouvelles publiques, que sans attendre ma réponse, il a repassé le Rhin avec son armée, et marché vers Strasbourg,

1 Dame d'honneur de l'ÉlecIrice de Bavière.

242 APPEMDICE.

abandonnant par conséquent entièrement le dessein de la ionction ; ce changement subit m'a d'autant plus surpris, que dans la seule veiie de la ionction si fort désirée, j'ay tenu mes trouppes en campagne iusqu'à cette heure, par ou elles ont fort souffert, et souffriront encore davantage par les longues et pénibles marches qu'elles ont à faire en cette saison, avant que de pouvoir entrer au quartier d'hyver ; tout cela rend ma situation plus difficile, et ma perte plus évidente. Outre les trouppes que je vous ay marqué être destinées contre la Bavière sous les ordres du comte de Schlick, qui est desia nommé pour cela, et dont voicy encore une fois la liste, il doit venir un détachement de l'armée du prince Louys de Bade pour attaquer le haut Palatinat, huit mille Saxons sont de m(^ine actuellement arrivés aux frontières de Silesie, et entièrement à la disposition de l'Empereur, soit que la paix avec le Roy de Suéde se fasse ou non; si touttes ces forces sont employées contre la Bavière, comme l'Empereur l'a conclu, et dont l'exécution est fortement sollicitée et pressée par l'Empire, et particulièrement par les deux cercles et les princes protestants, il est aisé de iuger que mes seules trouppes dans l'état ou elles se trouvent auiourdhuy, ne sont pas suffisantes pour y pouvoir résister; et ce qui augmente ma peine est que je me vois en même temps privé de tout secours d'argent, n'ayant non seulement pas reçu un sol de la nouvelle augmentation depuis le truitté conclu, mais ayant même au dessus de cela encore un considérable reste à prétendre de ce qui m'est assigné aux Pays-Bas, et dont je devois être payé i! y a longtemps ; vous scavcz aussy que suivant la propre déclaration du comte de Bcrgeik, l'on y pourra compter encore moins pour l'avenir, et bien loin de pouvoir songer à faire des contributions, sur lesquelles j'ay compté, faisant fond sur la ionction, je suis obligé d'employer mes plus clairs revenus aux fortifications, lignes et l'entretien des milices, comme

vous Tavez vu par ma susdite précédente lettre. CepeudaDt comme je ne peux plus espérer d*étre soutenu par les trouppes de France cette année icy, et que par conséquent Tunique ressource qui me reste est celle de pouvoir promptement recrutter et augmenter mes propres forces, je vous répète encore une fois d'en bien représenter la conséquence , et de faire tout vôtre possible, pour que je puisse être incessamment assisté d'une considérable somme d'argent de trois ou quatre cent mille écus, avec le secours desquels j'espère d'augmenter mes trouppes iusqu'au nombre de cinq mille hommes suivant le proiet cy-ioint, et de me soutenir aussi longtemps que je pourray contre les violences et les desseins de mes ennemys; je crois qu'après cette augmentation l'on ne fera pas difGculté d'augmenter de même les subsides a proportion sur le pied précèdent, ce qui ferait treize mille écus par mois de plus, à commencer du premier de janvier qui vient, la somme que je demande peut être descomptée à l'avenir des subsides. Il me doit être bien sensible de me voir tout à la fois déclaré ennemy de l'Empire, mon frère chassé de ses États, et moy dans le péril évident de perdre les miens avec la ruine de toutte ma famille. La haine que l'Empereur, l'Empire et tous ses alliez ont conçu contre moy est d'autant plus grande, qu'ils connaissent le service que j'ay rendu à la France, ayant arrêté le progrés de leurs armes de l'autre coté du Rhin, espargné par là des millions à la France, et sauvé la ruine d'une bonne partie de ses Etats; ils en sont si outrez qu'on n'a pas de retenue de dire hautement que cela eiface entièrement tout ce que la maison de Bavière a mérité de l'Empire dans les siècles passez, et que cela exige une démonstration pour servir d'exemple aux autres. Si je dois avoir le sort de mon frère, après avoir si généreusement agi pour les intérêts des deux roys, aucun prince de l'Empire ne se fiera iamais plus à la France, et la gloire de Sa Majesté Très-Chretienne en recevra une notable

244 APPKXDICE.

tache, tout le monde croit que, du coté de la France, Ton m'a promis des royaumes pour faire ce que j'ay fait, au lieu de cela, les deux provinces qui doivent faire mon partage sont perdues, les Pays-Bas en risque de courir le même sort, ou d*étre du moins entièrement ruinés, et moy sans aucune seureté du coté de TEspagne à Tégard du traitté, et de tout ce qui me doit revenir en vertu d'iceluy : bien au contraire je suis adverty par l'envoyé de Savoyc, auquel le comte de Vernon Ta écrit très positivement, que Tambassadeur d'Espagne à la Cour de Sa Majesté Très-Chrétienne a fait des fortes protestations et plaintes contre la cession des Pays-Bas en ma faveur, en cas que j'eusse le malheur de perdre mes Etats, disant que c*etoit contre le testament du feu Roy, et contre les intérêts de la monarchie, au démembrement de laquelle Ton ne consentirait iamais; je dois presque présumer par la, n'ayant pas encore reçu la confirmation de TEspagne, ny le billet du Roy Catholique qui me devoit être remis le premier iour de l'action, qu'on pourra un iour se servir de ce prétexte ou échappatoire pour éluder l'exécution du traitté. Vous n'épargnerez aucun soin pour vous en éclairer; voyez en même temps, si vous trouvez la conioncture propre, puisqu'il faut tout bazarder et qu'il sera difficile de trouver un équivalent pour les deux provinces en question, s'il n'y a pas moyen d'obtenir la cession du Milanois pour ma satisfaction, à la place de la perpétuité du gouvernement et des deux provinces : je crois qu'après ce que j'ay fait, ma demande n'est point exorbitante ny hors de saison, et que je suis en droit de prétendre une satisfaction plus grande après le changement arrivé aux Pays-Bas, et qu'on a si mal exécuté ce qu'on m'avoit promis, aussy pour me donner d'autant plus de raison de supporter le chagrin que j['ay souffert iusqu'icy, et de refuser les offres qu'on prépare à me faire de nouveau avant de m*attaquer, ce qui finira de désoler mes suiets, et les rendre plus portez à se soumettre à mes enne-

APPEXDICE. 2*5

mys, déz qu*ils trouveront iour pour cela. Mandez moy par le retour de Duclos, ou par les addresses que celuy-cy vous donnera, iusques ou vous croyez pouvoir porter la chose, et à quoy je me dois attendre touchant le reste. Quand je scauray Tun et Tautre, et que mes ennemys m'auront donné le temps de me renforcer selon le proiet cy-dessus mentionné, je feray un plan pour l'opération de la campagne prochaine, qu'il faudra mieux concerter que le dernier, et que sur tout le sieur de Ricousse ne s'en mesle point, je m'obligeray de l'exécuter aussy ponctuellement que j'ay fait celuy de cette année icy, pour le commencement de l'offensive ; vous pouvez assurer de ma part, que recevant la somme d'argent que je demande, mes trouppes seront en état sur le pied du proiet au mois de février, j'ay pris des mesure infaillibles pour cela, et vous pouvez compter la dessus.

Minute A. T.

Le comte de Monasterol au baron de Malknechi.

A Savcrne, ce 18* novembre 1702.

Il y a. Monsieur, deux iours que je suis icy avec M. le maréchal de Villars qui a mis les trouppes en quartier de rafraichissement aux environs de cette ville, M. de Baden en a fait de mesme de l'autre costé du Rhyn y faisant fortiGer tous les passages et tirant des lignes depuis Brisac iusques a Fribourg et dans les endroits qui luy paroissent trop ouverts : nous avons icy receu des nouvelles de Son Altesse Electorale du 8 de ce mois, elle escrit une longue lettre au Maréchal dans laquelle elle luy marque du ressentiment du soupçon que celluy cy luy avoit marqué sur son peu d'envie de se ioindre aux trouppes du Roy, au contraire Son Altesse Électorale le presse fortement de tenter le passage des montagnes, ou du

246 APPEXDIGE.

moiDS de le faire tenter a un détachement de 9 à 10 mille hommes, sans quoy elle iuge sa perte certaine dans cet hyver; cependant Son Altesse Electorale pour faciliter ce passage ne veut de son coté rien tenter, alléguant qu'elle ne scaurait s'éloigner d'Ulm pour attaquer quelques uns des postes à Fentrée des montagnes ainsy que leluy demandoit le maréchal, Sa dite Altesse Électorale disant qu'elle ne scauroit conduire du gros canon, et déplus elle asseureque sa cavallerie ne scauroit plus subsister aux environs d'Ulm ou elle a déjà consomé tout le fourage. Je ne suis pas en mon particulier content de ce que ie vois et du costé de Son Altesse Electorale et de celuy-cy. Je désire seulement de pouvoir passer, peutestre les choses iroient elles moins mal ; i'ay escrit a Son Altesse Electorale pour avoir une escorte du costé de SchaOfhausen, i'attends une reponce avec toute l'impatience que vous pouvez vous imaginer; ie vous donneray de mes nouvelles quelque chose qui arrive, si vous voulez me donner des vostres vous pouvez les adresser a M. Bombarda qui me les fera venir. Simeoni est a Huningue ou ie l'ay laissé il y a huit iours, il m'attend pour scavoir ce qu'il y a à espérer sur nostre passage en Bavière, si du moins il veut s'en retourner à Paris. La prise de M. de Marlebouroug est quelque chose d'etonant mais l'afiaîre de Vigo me paroit triste quoy qu'on asseure que l'argent de la flotte estoit en seurelé.

Ori»j. autogr. A. T.

Le comte de Monasterol à Torcy,

A SavernPf ce 20 novembre 1702.

Affin que vous puissiez par vous mesme juger des intentions de Son Altesse Electorale j'ay l'honneur de vous envoyer cy joint une copie de la lettre qu'elle a escrit le 8 de ce mois à

M. le mareschal de Vîllars; je suis bien persuadé que vous y trouverez comme moy de quoy soulager nos inquiétudes et j'espère que les propositions dont je suis chargé dettermineront Son Altesse Électorale a des mouvements qui dissiperont celles qui vous resteront encore après la lecture de cette lettre. Cependant je dois vous advertir en toute confiance que M. de Vîllars fait des commentaires et sur la lettre et sur toute la conduite passée de Son Altesse Electorale pour me prouver qu'il ne scauroit faire fonds sur les dispositions qu'elle mande, DÎ se reigler sur ce plan. D'ailleurs il m'a d'abord dit en arrivant icy que la saison estoit trop avancée et qu'il falloit remettre la partie pour le printemps prochain. J'ay combattu plusieurs fois cette opinion et je suis d'advis qu'il soit en estât de faire passer un corps de trouppes ; des que Son Altesse Electorale le demandera et qu*elle fera dans le mesme temps les mouvements qu'il conviendroit de faire de son coslé pour faciliter la jonction ; pourvu que Sa dite Altesse Électorale fasse advertir M. le mareschal du temps qu'elle se mettra en marche et du projet qu'elle aura formé; enfin j'ay désiré que M. de Villars m'asseure qu'il marchera et qu'il agira en vue de joindre dès que Son Altesse Électorale l'en requerra : il a eu bien de la peine a me déclarer qu'il le feroit; et a vous parler franchement, Monsieur, je crois que je ne m'éloigne pas de la pensée de M. de Villars : il a le balon de mareschal, le passage de la forest Afoire ne scauroit plusluy rien produire de meilleur. Après cela se commettre au risque d'une entreprise qui peut avoir un malheureux succès pour n'aller commander qu'en second, ce n'est plus l'envie de M. le mareschal. Son but est sans doute de rester en chef en Alsace et d'avoir le commandement de tout ce pays cy auquel se joindra encore la Lorraine ; il juge fort bien que s'il passe en Bavière il ne scauroit plus se proposer cette idée ; je souhaite de me tromper mais en vérité je crains bien qu'il n'y aura sur cela de trompé que ceux

qui donneront dans son project; quoyqu*il en puisse estreet sans vouloir en la moindre chose nuire à M. de Villars, je croirois en cette occasion manquer essentiellement à ce que je dois si je ne vous parlois sur ce sujet comme il m*a donné lieu de penser; tout ce que je vous demande. Monsieur, c'est de n'en vouloir faire d'autre usage que celuy de provenir à temps les suites fâcheuses que pourroient avoir de telles idées par représenter au Roy que j'ay pris la liberté de vous escrire qu'il convient d'assister Son Altesse Électorale d'un corps de trouppe quand elle le demandera sans le différer a une autre saison et que par conséquent M. de Villars doit avoir ses dispositions toutes prestes pour cet effect, car en vérité je n'en vois point jusque icy, soit dit s'il vous plait entre nous, vous scavez encore mieux que moi de quelle conséquence il est de seconder Son Altesse Electorale dans l'instant qu'elle exigera un secours de trouppes. Si vous voulez m'honorer d'un mot de réponse vous pourrez la faire adresser au maitre de poste d'Huningue.

Orig. autogr. A. Ë.

Villars à l'Electeur de Bavière.

A Strasbourg, ce i2« décembre 1702.

Je reçois par Madame la marquise de Leyde la lettre dont il a pieu à Votre Altesse Electorale de m'honorer du 19* novembre avec un projet de jonction. Dans le temps que je le recois j'apprens par les mêmes personnes qui me l'apportent que Votre Altesse Electoralle est vers Ingolstatt. Pour moy, Monseigneur, dans le moment que j'ay l'honneur d'écrire à Votre Altesse Electorale, qui est le 12 décembre, je commence a disposer les quartiers d'hyver, et toutes les troupes qui composoient l'armée sont encore dans l'Alsace ou, contre l'opi-

APPËXDICt:. 249

nioD generalle et quasi par miracle, je les fais subsister jusqu'à présent : il est vray, Monseigneur, que j'ai poussé la chose a Teitremité pour attendre toujours des nouvelles de Votre Altesse Electoralle; mais a la fin a moins que de vouloir tout faire périr, il faut bien les séparer, et je travaille actuellement à cela, ne les éloignant cependant pas plus que TAlsace, les Ëveschés, et la Sarre, je n*en envoyé même aucunes ny en Comté ny sur la Meuse, Sa Majesté m'ordonnant toujours d'avoir la première attention atout ce qui regarde les interests de Votre Altesse Electorale : mais, Monseigneur, quant aux marches que vous me faittes Thonneur de m'indiquer, j'ai déjà eu rhonneur de vous mander quatre ou cinq fois, et a M. de Ricous, qu'il ny a pas ombre de passages par les endroits que Votre Altesse Electoralle me fait Thonneur démarquer. Entre Fribourg et Huningue il ny en a que deux : ou celui de la vallée de Saint-Pierre, ou celuy de Schophen et Rottenhausen; par ce dernier outre le fort de Rottenhausen il y a encore celui de Hauwestein trois lieues plus loin d'Huningue que le premier, et dont il n'a été fait aucune mention dans toutes les instructions qui me sont vcniies de la part de Votre Altesse Electoralle, et ce dernier fort est très bon et très bien gardé. Outre ces deux routes il ny a que le chemin nommé le Val d'Enfer.

Heureusement M. de Monasterol a esté dans votre régiment de Dragons de Soyer qui gardoit les montagnes noires, il m'a dit luy même que jamais les plus petits partis d'infanterie ny de leurs gens ny des nôtres n'avoient pu passer par là pendant la dernière guerre ; que luy même dans tous ces chemins ne les faisoit qu'a pied menant son cheval par la bride, cest adiré en été, car quand les neiges commencent, les oyseaux seuls les traversent : enfin, Monseigneur, cette valléedc Xeustatt que Votre Altesse Electoralle m'a proposée par sa dernière lettre, c'est ce chemin que l'on nomme le Val d'Enfer, hé bien, je ne

suis pas Diable pour y passer! Monseigneur, je suis plus votre serviteur que tout ce qui vous environne, je n*en veux pour témoin que Votre Altesse Ëlectoralle même, je suis bon serviteur du Roy, et j'y suis bien obligé, mais quand je me donnerois au Diable je ne pourrois faire passer des troupes par cet endroit la.

Je vous demande pardon, Monseigneur, vous connoissez le fond de mon coeur, mais ceux qui vous font de tels projets ne veulent pas la jonction assurément.

Je croy. Monseigneur, que jusqu'au printems il faut donner quelque repos aux troupes, aucune de celles du Roy n'est encore en quartier d'hyver, pendant ce tems la on peut prendre de bonnes mesures. Je défie tous les hommes du monde de faire plus que nous avons fait pour joindre Votre Altesse Ëlectoralle et nous serions tous au milieu de TEmpire si de Hemingue, suivant ce qu'Elle avoit eu pour agréable de me mander. Elle avoit envoyé ses troupes de mon coté. Nous avons eu pour la joindre huit bons jours bien libres, mais dés le 20 octobre j*ay seu par les lettres du 11 de M. de Ricous que Votre Altesse Electorale ne vouloit plus s'approcher de nous, et peu après qu'Elle marchoit vers Donauert. Ces méprises n'arriveront plus, et dés que Ton sera convenu des lieux et du tems de la jonction, elle sera assurée par les armées formidables que nous aurons en ces pays cy . Je scay que Sa Maiesté n'oublie rien pour faire, passer des sommes considérables a Votre Altesse Ëlectoralle, et l'on ramasse toutes les espèces d'or ; enfin les intentions de Sa Maiesté sont de ue rien oublier au monde pour soutenir Votre Altesse Ëlectoralle, bien persuadée que vous estes le prince du monde le plus fidèle

a vos engagements

Orig. B N.

L'Électeur de Bavière à Villars.

(Analyse.)

Munich, 6 janvier 1703.

L'Électeur s'étonne que Villars, dans sa lettre du 12, parle sur ce ton des obstacles qui ont empêché la jonction : u Sans être diable » , Villars aurait pu passer les montagnes après la victoire de Friediingen. Quant à lui, il proteste de ses bonnes intentions, eipose les dangers qu'il court, le besoin d'argent où il se trouve, et presse Villars d'exécuter les ordres du Roi. Imprimée dansPelet, t. III, p. 931.

Villars à l'Electeur de Bavière.

Du 31 janvier 1703.

J'ay receu hier seullement la lettre dont il a plu a Votre Altesse Electorale de m'honorer du 6 de ce mois, laquelle m'a esté renvoyée de Versailles aussy bien que le duplicata. Je me sers d'une adresse particulière d'un marchant de Munick indiqué de M. de Ricous, mais il y a eu tant de lettres interceptées, et M. de Puysieulx m'a tellement asseuré que les ennemis comptoient d'avoir déchiffré touttes nos lettres qu'il seroit contre la prudence d'avoir l'honneur d'informer Votre Altesse Electorale des projets que l'on peut avoir. J'ose seullement la supplier d'estre persuadée que dans peu Elle apprendra par les nouvelles publiques les efforts qu'on fait pour son secours. Elle me rendra bien la justice de compter que par bien des raisons personne au monde ne souhaitte si ardemment que moy de les voir réussir.

Minute D. G., 1675, n» 36.

252 APPKiVDICE.

Le comte de Monasterol au baron de Malknecht.

A Paris, ce 3« février 1703.

J'ay vu par vos deux lettres du 28 et du 30 Testai des choses en Bavière suivant les nouvelles que vous en aviez du 1 7 et du !20. M. Reichard appelle incident un manquement essentiel de précaution, a Tegard de Neubourg qui devoit estre reguardë comme un passage de conséquence duquel il falloit se rendre le maitre, dèz lors mesme que Son Altesse Electorale résolut d'oter aux ennemis tous ceux du Danube qui leurs donnoient une entrée dans la Bavière; car il n*est pas possible que Son Altesse Electorale ait eu les yeux fermés sur ce poste d'autant plus important dans ces conionctures qu'ilappartienta un prince qu'il doit tousiours reguarder comme un ennemy secret de la branche Electorale de Bavière. Ainsy, Monsieur, pourmoyjene reguardë ce manquement d'attention que comme une faute volontaire trop grossière pour des gens qui doivent avoir quelque chose de plus qu'une simple teinture de guerre; dites moy s'il vous plait, ou du moins que M. Reichard, qui colore avec tant d'art tout ce qui se pratique de douteux par son scavoir faire, nous apprenne à vous et à moy d'où vient que Son Altesse Electorale ne s'advise du poste de Neubourg que dans le temps qu'il ne le peut plus occuper, ayant laissé passer six mois de temps pendant lequel espace elle prenoit cependant des mesures pour se mettre a couvert par le Danube d'une invasion subite; si l'on dit qu'elle n'avoit point assez de trouppes pour guarder encore Xeubourg, il est aisé de repondre qu'il n*estoit pas question de le guarder et qu'il suffisoit d'en rompre le pont et d'en faire démolir la teste et mesme le moulin sMl pouvoit nuire; mais en voilà delà trop pour une affaire sans remède;

APPEMDICE. 253

quant a la représentation qu*a fait a Katisbonne M. de Zindt, ie souhaite qu'elle produise un bon efifet, mais î'en espère peu pour le présent après les resolutions dont la diette a esté capable et qui conviennent aussy peu a Testât de TEmpire en gênerai; j'en liray avec plaisir la reponce. Nous attendons icy de moment a autre des nouvelles de MM. de Vendosme et de Villars sur les ordres qu'ils ont rcceu et M. de Torcy m'a dit mardy que l'armée d'Allemagne alioit se mettre en mouvement pour occuper les ennemys, et cmpescher a quelque prix que ce soit que M. de Bade ne fasse un détachement contre Son Altesse Electorale; l'on fait une disposition secrète pour (aire passer un corps par la forest Noire en cas que les ennemis prennent le change : ic seray demain a Versailles et par- Jeray a M. de Chamillart pour les subsides des Pays-Bas.

A Versailles, ce 5«.

Comme ma lettre n'estoit pas Gnie parceque la poste estoit partie, je vous diray d'icy que les trouppes d'Allemagne sous Jl. de Villars s'assemblent et que tous les ofGciers généraux «t autres ont receu ordre de partir sans delay pour se rendre a leur devoir. Son Altesse Electorale verra qu'on a bonne envie de la secourir; je vous envoie la copie d'une partie de la lettre «jue i'ay receu hier du mareschal de Villars affin que vous en Aissiez part à la dite Altesse Electorale ; si le prince de Bade a fait un détachement contre la Bavière comme on le dit, l'armée %în Roy passera le Khyn et tentera toutes choses, et ie puis vous dire en confience que l'on proietle de jetter des forces considérables de ce costé là sans négliger rien de ce qui se pourra pour l'Italie ; si Son Altesse Electorale veut tenir ferme elle sera l'arbitre de la guerre et de la paix; mais ie vous avoiie entre nous que ie ne pense point bien de ses inquiétudes ; les manquements de précautions, sur tout ce qui peut donner de l'avantage aux ennemis, ne me paroissent point naturels : il y

a depuis six mois un manège que i'expliquerois mal si ie ¥oulois desmeler le vray d'avec Taparence : la ionction n'a véritablement dépendu que de Son Altesse Electorale, et ie n'ay pu scavoir ce qui Ten a détournée. Quoyqu'il en puisse estre elle est encore a temps de ioiier un beau rôle si elle veut effectivement ce que ie ne scaurois m'empescher de croire qu'elle n'a voulu que bien foiblcment iusques icy; enGn tous pouvez mander que si elle est attaquée qu'on marchera bien résolument pour la secourir a force ouverte ; i'ay parlé auiourdhuy a M. de Cliamillart fort longtemps, Ton a épluché la matière du iour a fonds, on scait que le prince de Bade ne scauroit faire un détachement de lO"" hommes sans encourir des risques évidents, car ou n'ésitera point à le chercher, ou a s*ouvrir des passages par le coté du fort Louis et entrer dans le Virtemberg pour pénétrer par ces costés là iusques a Son Altesse Electorale, et M. le prince de Bade n'est point assez hardy pour s'aller mettre entre deux armées toutes deux fortes a pouvoir luy tenir teste séparément, ie ne scay s'il est bien nécessaire d'entrer dans les détails avec Son Altesse Electorales par lettres, par l'inconvénient que vous pouvez instruire les ennemis des proiets que Ton forme et les rendre par là inutiles, ie crois qu'il vaut mieux luy mander que l'on assemble des trouppes suffisemmcnt pour embarrasser le prince Louis, et qu'elle sera secouriic certainement : i'ay obtenu que le subside d'Espagne sera reiglé, et payé tous les mois comme celuy de France, le comte de Bergcig en recevra les ordres vendredy ....

Orig. auto({r. A. T.

lillars à P Électeur de Bavière.

Strasbourg, 4 février 1703.

Imprimée ci-dessus, t. I, p. 195.

Villars à V Électeur de Bavière,

Ail camp sous Wubourg, 10 février 1703.

Imprimée ci'dessus, t. I, p. 196.

iO.

L'Electeur de Bavière à Villars.

De Munie, le 20 février 1703.

Votre lettre, Monsieur, du 4 de ce mois qui m*a été rendue après mon retour icy m'a fait un très sensible plaisir, j'attends auee impatience les suittes de votre dessein et ne doutte nullement, de la manière que vous m'en donnez l'idée, qu'il ne soit digne de vous et tel que je le peux souhaitter. Comme je n'en suis pas instruit je seray attentif pour voir de quel coté vous porterez les armes et je feray de mon coté tout ce qui me sera humainement possible. J'aydes magasins considérables sur le Danube et les voitures ne manqueront pas à Ulm quand je sauray où aller. Le comte de Stirum est encore aux environs de Nerlingue avec son détachement et les troupes que le duc de Virtemberg luy a amenées en attendant la jonction de celles du cercle de Franco nie. Celles qui me doivent attaquer du coté d'Autriche sont touttesà portée de le faire, six régimens saxons sont en marche pour les joindre et le comte de Schlick qui doit commander ce corps y est arrivé. Comptez, Monsieur, que je feray tout de mon mieux et que je n'ay jamais douté de votre amitié, ny du zèle que vous auéz pour exécuter les ordres du Roy, je vous prie aussy. Monsieur, d'être persuadé que je n'oublieray rien pour vous donner des marques de la parfaitte estime et amitié que j'ai pour vous.

Oriyin. P. V.

256 APPKXDICK.

Villars à F Électeur de Bavière.

De Pibrac (Biberach), ce 21 feuvrier 1703.

L*armée du Roy a eu le bonheur de dissiper touttes les troupes des ennemis qui estoient entre Brisac, Fribourg, Ofifenibourg et le fort de Kell dont plusieurs bataillons se sont jettes dans ces deux places et les régimens de Bibrach, Fuxs et Salins dans les montagnes pour y pouvoir se raprocher avec plus de seureté de M. le prince de Bade qui, s'cstant avancé sur la Kinche deux jours avant que la teste de nos troupes ait peu y paroistre', n*a cependant peu nous en defifcndre le passage. \fous avions passé cette rivière malgré tous les ouvrages, rctranchemens, redouttes qui la defiendoient, et Kell a esté' investy. Les villes imperialles d'Ofifembourg et de Gegembach ont esté abandonnées, dans la première Ton a trouvé vingthuit pièces de canon et quantité de munitions et d'équipages et beaucoup de farines. J'ay laissé la plus grande partie de Tarmèe devant Kell, et me suis avancé au delà d'Haslach a Textrcmité de la vallée de la Kinche ou Ton ma confirmé ce qui m'avoit dcja esté dit des ordres envoyés par M. le prince de Bade aux trouppes qui avoient paru s'approcher des Etats de Votre Altesse Electorale de revenir promptement sur le Rhin. Il est certain que des le 19 le régiment de Stirum a repassé dans le lieu d'où j'ay l'honneur d'écrire à Votre Altesse Electorale, ce qui m'a fait un extrême peine c'est de ne pouvoir cstre honoré de ses ordres n'ayant receu aucune de ses lettres depuis le 6 janvier.

Copies P. V.-D. G.

APPEXDICE. Î57

L'Électeur de Bavière à Villars.

Munich, le 25 février 1703.

Imprimée dans Pelet, l. III, p. 939. Voir les extraits que nous en donnons, t. I, p. 199.

Villars à l'Électeur de Bavière.

Du 26 février 1703.

J'ay eu l'boneur de rendre compte il y a trois jours à Votre Altesse Electorale des mouvemcns de Tarmée du Roy dont la diligence a tellement surpris les ennemis que, sans qu'il en ait cousté un seul homme, nous avons entièrement dissipé ses forces, fait abandonner plus de cinquante forts ou redouttes qui conservoientleRhinou la Kinche, les villes d'Ofiembourg, Gegembacb, le château d'Ortemberg et enfin. Monseigneur, formé le siège de Keel, place la plus importante que les ennemis puissent avoir, puisqu'elle nous ouvre un nouveau passage en Allemagne, et séparé leurs places et leurs forces de manière que la guère qui leur estoit aisée en tenant le Rhin, leur deviendra asseurcment bien difficile a soutenir, etlesEstatsdeSuabe doivent craindre présentement de s'attirer un ennemy aussy dangereux que Votre Altesse Electorale quand elle peut les attaquer d'un costé et nous de l'autre. Enfin, Monseigneur, le Roy qui a pour premier objet de soutenir Votre Altesse Electorale m'a ordonné ce siège parce que aucune place n'est plus propre a donner les moyens d'une jonction. Nous pouvons aller à Villingen par la vallée de la Kinche, et quand les affaires de Votre Altesse Electorale luy permettront de

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