‹ Ville de BruxellesChapitre 25 sur 29 · C. Bailleux, P.-J. Xavery, A. -P. De Biefve · texte numérisé non relu

C. Bailleux, P.-J. Xavery, A. -P. De Biefve

L'affaire fut, quelque temps après, rappelée à l'administration communale par une nouvelle dépêche du gouverneur général, conçue en ces termes :

Charles-Alexandre, etc.,

Chers et bien amés, Les élèves de l'Académie de peinture et de sculpture de cette ville de Bruxelles nous aïant supplié de déclarer que l'avis que nous vous avons chargé par nos lettres du 34 mars dernier, de rendre sur une requête qu'ils nous ont présentée, doit être rendu d'office, nous vous faisons la présente pour vous dire que c'est notre intention que vous rendiez d'office le dit avis. A tant, chers et bien amés, Dieu vous ait en sa sainte garde. De Bruxelles, le 11 novembre 1763. Étoit paraphé Ne varieiur. Signé : Charles de Lorraine. Plus bas étoit : Par ordonnance de son Altesse Roïale, contresigné, de Reul.

Il est à peine nécessaire de faire remarquer que de graves erreurs entachent l'exposé fait au nom des élèves de l'Académie. Cette dernière, pas plus que les autres institutions de l'espèce, n'existait à l'époque où l'école flamande étonnait l'Europe par le talent hors ligne de ses chefs et par sa fécondité. Les jeunes artistes se formaient alors dans les ateliers des maîtres, et ce ne fut que vers le milieu du xvif siècle qu'il se forma des sortes d'écoles où ils étudiaient en commun. Ce fut David Teniers, le deuxième et le grand peintre de ce nom, à qui revient l'honneur d'avoir institué celle d'Anvers, et nos souverains, c'étaient alors les rois d'Espagne, y restèrent totalement étrangers. Le rapport du magistrat donne sur ce qui se fit à Bruxelles des renseignements très détaillés. En voici le texte :

Monseigneur,

Votre Altesse Eoïale a trouvé bon de nous envoïer, par sa lettre du 24 mars dernier, la requête qui lui a été présentée de la part des élèves de l'Académie de peinture et de sculpture en cette ville, afin que nous en examinassions le contenu et y rendissions notre avis.

Les suppliants rappellent l'époque où ces arts ont fleuri dans ces païs, sous les plus habils maîtres.

Ils remarquent que ces grands hommes n'ont pu acquérir le degré de perfection qu'ils ont atteint qu'à l'aide d'une bonne école ; que les princes souverains de ces païs ont daigné en faire des établissemens sous le nom d'Académies, en leur accordant des privilèges, des gratifications, et même des prix, comme il se practique encore dans la ville d'Anvers; qu'ils ont bien voullu s'en déclarer eux-même les protecteurs, avec établissement de vice-protecteurs et directeurs pour en prendre la conduite en leur nom; que ces directeurs furent toujours les premiers maîtres, de qui les élèves recevoient avec soumission les instructions en travaillant sous leurs ïeux sur les groupes et modèles.

C'est à ces instructions qu'ils attribuent les talens des fameux peintres, sculpteurs, graveurs et architectes qui ont honoré ces pays, dont les Académies ont servi de modèle à celles de la France, qui sont parvenues à leur plus haut degré de perfection. Ils en fixent les comraencemens au tems du célèbre Le Brun en 1648, en ajoutant que leur premier protecteur fut le cardinal Mazarin, aïant sous lui pour vice-protecteur le chancelier Séguier. Ils continuent l'histoire des progrès de cet établissement en observant qu'en 1663 le Roy de France leur donna un quartier au Louvre et les gratifia par l'intercession du grand Colbert d'une pension de 4,000 livres pour subvenir aux fraix de l'entretien de l'Accadémie. Le Roy luy même, disent-ils, en est le protecteur à présent, et commet un vice-protecteur, un directeur, un chancelier, quatre recteurs, un trésorier, douze professeurs, etc., qui tous ensemble sont chargés de l'examen des élèves et de distribuer les prix à ceux qui ont fait les meilleurs modèles ou desseins, en sorte que l'Accadémie tient lieu d'apprentissage aux écoliers, qui n'y sont reçus qu'après avoir montré leurs talens au jugement des directeurs.

Après ce récit et ces observations les supplians passent à l'établissement de l'école de Bruxelles; ils exposent qu'à la sollicitation d'un grand nombre de peintres, le magistrat accorda un emplacement à l'Hôtel de ville pour y tenir l'Accadémie, dont les fraix étoient à charge des élèves, mais que tous ne pouvant contribuer à cette dépense, ce qui affoiblissoit cette Accadémie, le magistrat fit, en 1729, un don de dix pistoles par an, qu'il continue de paier jusqu'aujourd'huy, en laissant la conduite des élèves au soin des directeurs établis par les amateurs, qui choisissent toujours les premiers peintres ou dessinateurs et les plus agréables aux écoliers,

Aïant fait l'exposition de ces règles, les supplians nous reprochent : " que depuis 1759, nous avous établi nous mêmes les

directeurs, et que nous avons dénommé, sans aucun égard aux grands hommes que la ville possède dans la peinture, sculpture et architecture, un membre de notre conseil, sculpteur de son métier, qui ne possède aucunement l'art du dessein, ni les qualités requises à pouvoir donner leçon aux jeunes élèves « .

Ils joignent à leur représentation la traduction de la requête qu'ils nous ont présentée, pour que nous maintinsions leur ancien directeur, reconnu pour un des meilleurs peintres et dessinateurs de cette ville.

Ils se plaignent de ce que cette requête ne fut point appostillée, que l'un de nos trésoriers se rendit quelques jours après à l'Accadémie, accompagné du susdit directeur établi de notre part, et leur ordonna de le reconnoitre pour tel, ou de se retirer, sur quoi ils se font un mérite de s'être levés et sortis de l'Accadémie eu y laissant quelques-uns de leurs confrères affectionnés au même directeur, et c'est à cet événement qu'ils attribuent enfin la cessation ou l'inaction de l'Accadémie, pour nous servir de leurs termes.

Ici les supplians recourrent à l'exclamation « que feront-ils sans Il protecteur ni directeurs, que diront leurs parens et leurs maîtres, Il quand ils verront qu'ils sont privés des secours nécessaires à pou- (/ voir suivre les traces de tant de grands hommes, qui les ont n précédé et ont fait tant de merveilles dans leur art, par le secours Il des accadémies? Ils se trouvent dans la triste situation de se voir " abandonnés de ceux qui auroient dû les protéger et les soutenir « et qui cependant les laissent croupir dans l'ignorance, qui entraîne " naturellement à soi la paresse et conséquemment à les rendre Il inutiles à l'État et à la patrie, «

Après cet amas de ridiculités et d'impertinences, ils prennent pourtant une conclusion digne d'un meilleur raisonnement, afin que V. A. R., par un effet de sa bonté ordinaire daigne être leur père et leur soutien, qu'Elle daigne se déclarer leur protecteur et, en son absence, le ministre de Sa Majesté; de substituer un vice-protecteur et de constituer des directeurs capables de donner aux supplians des instructions, comme aussi un syndic, qui puisse rendre compte des progrès qu'ils feront. Telle est, du moins en substance et en la réduisant à des termes raisonnables, la demande couchée au pied de leur requête.

Si les arts de peinture et de sculpture n'étoient pas par eux même dans la plus haute considération et dignes par leur importance de la protection de V. A. E., les supplians ne mériteroient guerre,

qu'on les écoulât, dans une requête pleine d'impostures et de calomnies, ouvrage d'un esprit d'indocilité et de mutinerie qui s'est emparé d'une partie des élèves, incités vraisemblablement par plusieurs d'entre les signans, qui ne fréquentoient jamais l'Accadémie, et approuvés par d'autres dont on a mendié la signature et qui, avant cette sollicitation, n'avoient aucune connoissance des difficultés survenues sur cet objet.

Sans entrer ici dans la discussion de ce que les supplians avancent par rapport aux écoles de peinture qu'ils disent avoir subsisté dans ce pais du tems des maîtres fameux qui ont fait tant d'honneur cï la nation, sans nous attacher à faire voir que ces écoles étoient bien moins des accadémies que des ateliers qui se formoient chez ces célèbres artistes par les tirons (1) qui obtenoient la permission de s'y rassembler et de se former sous les yeux du maître; sans qu'il soit besoin d'examiner si, malgré la protection que nos souverains ont daigné accorder aux arts et aux sciences, ils se sont déclarés protecteurs en titre de nos accadémies; sans former l'analyse des erreurs que les supplians avancent par rapport à l'origine et aux accroissemens de l'Accadémie française; il suffira, pour l'information de Votre Altesse Eoyale, de lui représenter quels ont été les commencemens, les progrès et les réglemens de police de cette école de peinture et de sculpture qui subsiste aujourd'huy dans la ville de Bruxelles.

La première mention qu'en fournissent nos rétroactes est une résolution du 30 septembre 1711, par laquelle, comme les supplians l'exposent, nos prédécesseurs accordèrent à la requête des peintres, tapissiers, sculpteurs et autres, une chambre à l'Hôtel de Ville pour y exercer l'art du dessein.

Le 13 janvier 1712, par une autre résolution, on leur fournit la lumière et de la houille pour le chauffage, à concurrence de S.OOU livres par hyver.

Cet établissement ne prit pas d'autre consistance pendant un grand nombre d'années; après ces premiers commencemens les amateurs s'y rassembloient, chacun à proportion de son zèle et de l'envie de s'instruire, leur bonne union fesoit toute leur police, et les plus habiles se fesoient aisément respecter des moins expérimentés; ils contribuoient au reste entre eux pour les fraix du modèle et autres petites nécessités relatives à leur école.

(i) Ou apprentis.

IG

En 1729, à cause apparamment du petit nombre des amateurs ou de leur impuissance de païer la contribution réglée entre eux, ils demandèrent' et obtinrent de nos prédécesseurs une gratification de 100 florins, qui ne tira pour lors à aucune conséquence.

On leur accorda encore, en 1737, un don de 50 florins pour célébrer un jubilé de 25 ans depuis leur érection.

Ce fut en la même année qu'ils obtinrent le premier règlement de police, en suite du projet qu'ils en avoient présenté à nos prédécesseurs.

Il y fut réglé : 1", que le Bourguemaitre et l'ancien trésorier de la ville seroient protecteurs perpétuels de l'Académie;

Secundo, qu'il y auroit toujours cinq directeurs. Bruxellois de naissance, qui seroient choisis d'entre les accadémiciens : la première fois par Messieurs du magistrat; après, lors de la vacance d'une place, par les deux protecteurs et les quatre directeurs restans, à la pluralité des suffrages ;

Tertio, que l'ancien des directeurs, et en son absence le suivant, auroit la convocation et feroit les propositions à l'assemblée;

Quarto, que les deux protecteurs, avec les cinq directeurs, auroient la direction de tout ce qui concerneroit l'Accadémie, à la pluralité des suffrages ;

Quinto, qu'il y auroit cincq professeurs qui seroient choisis pour la première fois par les sept régeus ;

Sexto, que ceux qui voudroient se faire admettre à l'Accadémie seroient obligés de faire un dessein ou un modèle en terre à potier, en présence de l'un des professeurs, qui le présenteroit aux régens ou aux professeurs, pour que ceux-ci jugeassent si l'aspirant méritoit de fréquenter l'Accadémie ;

Septimo, que tous les accadémiciens pourroient aspirer au prix que le magistrat ou quelqu'autre personne voudroit bien leur donner à gagner;

Octavo, que le dessein ou le modèle de terre devroit s'achever dans le terme de six jours, pendant lesquels le modèle ou l'homme nu resteroit placé dans la même attitude, laquelle seroit posée par les cinq professeurs;

No?w, que le dessein devroit se craionner sur une feuille entière de papier dit patron et en proportion de sa grandeur ;

Decimo, que les professeurs jugeroient du mérite des desseins et modèles et par conséquent adjugeroient le prix;

Uiidecimo, que les aspirans seroient obligés de remettre chaque

jour entre les mains des régens ou de cellui qui seroit commis pour cette fin, leur dessein ou modèle, qui leur seroit restitué le lendemain jusqu'à ce qu'ils l'auroient achevé, ou que les six jours seroient écoulés.

Buodecimo, que le dessein ou modèle par lequel le prix auroit été remporté resteroit au profîit de l'Accadémie;

Becimo tertio, que cellui à qui le prix auroit été adjugé seroit revêtu de la qualité de professeur, et succèderoit au plus ancien qui devroit lui céder sa place et prendre celle de vétéran ;

Decimo quarto, que les vétérans pourroient juger, conjointement avec les professeurs, du mérite des desseins et des modèles dans les concertations pour les prix ;

Decimo quinto, que ceux qui auroient remporté une fois le prix ne pourroient plus concourir pour en gagner un autre, à moins que le Mecenas ne le prescrivit autrement.

Voilà le premier essay de règlement qui ait été émané au sujet de uotre Accadémie ; on y observe qu'il a principalement pour objet la forme de sa direction, et c'est en effet par où il falloit commencer. Les règles pour la discipline des élèves ne devenoient nécessaire qu'à mesure que leur indocilité ou leur pétulance pouvoit y donner lieu.

Ce premier statut nous paroit très bien digéré, et d'une étendue suffisante pour donner un ordre convenable à une Accadémie naissante.

Ce que nous eussions voulu éviter, c'est le trop grand nombre d'emploiés, et la confusion qui semble se trouver entre les fonctions des directeurs et des professeurs ; c'étoit bâtir d'abord un trop grand édifice pour servir de berceau à une nouvelle école. Ces deux qualités pou voient donc se réunir dans la personne des cinq directeurs internes, et l'usage les a confondus sur ce pied.

Il se trouve de plus quelque chose de trop arbitraire dans la faculté attribuée à ceux qui auroient remporté un prix, de donner ensuite leur suffrage pour l'adjudication des autres; ou ne voit pas si ces emérites ont par eux-mêmes le droit de suffrage, ou s'ils dévoient attendre qu'ils en fussent requis ; on ne voit pas de même si, en étant requis, ils sont obligés de voter, non plus que si les directeurs ou professeurs sont obligés de les assumer et en quel nombre ; toute cette partie devroit être réglée par une loy fixe et sans équivoque.

Au reste on n'a rencontré jusqu'à présent aucun inconvénient sur cette matière, attendu qu'il n'a point encore été question de dessiner ou de modeler pour les prix.

En 1743, les directeurs demandèrent une ordonnance pour la discipline des élèves ; apparamment que depuis la première émanation il s'étoit présenté des déloyautés parmi les disciples, qui provoquoient la providence d'un règlement; c'est ce que la loy paroit prouver clairement par le détail de ses différentes dispositions.

Il y est statué ■ primo, que les accadémistes seroient obligés d'être soumis aux directeurs pendant la tenue de l'Accadémie et de se conduire à leur égard avec le respect convenable;

Secundo, que ceux qui s'y présenteroient en épée ou avec des cannes seroient obligés de les déposer dans un coin de la chambre à désigner parles directeurs, jusqu'à la fin de l'exercice;

Tertio, que les cinq directeurs auroient la régie et direction de tout ce qui se passeroit dans TAccadémie, soit à l'égard de la position du modèle, soit autrement;

Quarto, que les accadémistes ne pourroient point poser d'action, sous prétexte d'en avoir besoin, mais qu'il leur seroit permis d'en requérir les directeurs, qui auroient la liberté d'y déférer ou de refuser, sans que les requérans ou d'autres pourroient témoigner, de parole ou de fait, le moindre mécontentement sur le refus de leur demande;

Quinto, que pendant que le modèle seroit en attitude, il ne seroit permis aux accadémistes de perdre leur tems en garrulité (1) ni à se chauffer à l'étuve;

Sexto, qu'il ne seroit permis aux accadémistes de se manquer en paroles, de se dire des injures, ni de se provoquer à combattre en quelque manière que ce fût, ni de s'attendre pour cet effet après la fin de l'Accadémie.

L'observation de tous ces points et articles est cimentée par la sanction d'une amende de trois florins au profit de l'Accadémie, avec défense aux contra venteurs d'y rentrer avant d'avoir satisfait.

Ce sont ces deux ordonnances qui servent de règle pour le régime de l'Accadémie et pour la conduite des élèves; la dernière ne fait que trop entrevoir que les commenceraens n'étoient point exempts de quelque désordre. Au reste, jusqu'aux dernières difficultés survenues nous n'avons point reçu de plaintes; l'école s'est soutenue passal)leraeut et, pour l'encourager davantage, la ville a donné annuellement depuis 1751 une gratification de cent florins pour stipendier l'homme servant de modèle et pour les autres nécessités de l'Accadémie.

(i) Ou bavardage.

Nous rétrogadons ici d'un raomeut pour réduire à leur juste valeur les reproches que les supplians osent proférer contre le magistrat, par rapport au choix de l'un des directeurs, dans la personne du conseillant de ville, N. de Vits, maître sculpteur de sa profession.

Votre Altesse Eoïale aura vu par l'extrait traduit du premier règlement que les cinq directeurs dévoient être nommés pour la première fois par le magistrat, et que, dans la suite, les places vacantes dévoient être remplies par les deux protecteurs et les quatre directeurs restans.

En cette conséquence, nos prédécesseurs choisirent pour premiers directeurs les nommés Bascour, Mille, Berge, de Pèry et Casciopin (1).

Mille occupe encore aujourd'huy cette fonction; de Péry est parti depuis sept ou huit ans pour Saint-Pétersbourg et a prié, en partant, qu'on ne luy donnât point de successeur, à cause qu'il comptoit revenir au païs ; Bascour et Casciopin étant morts, ont été remplacés par les nommés Van Wel et Dansart, selon la forme prescrite par le règlement, et, lors de la mort de Berge, les directeurs restans, c'est-àdire Mille, Dansaert et Van Wel ont présenté par un écrit signé d'eux la personne de Jean-Baptiste De Vits, non seulement aux deux protecteurs nés de l'Accadémie, mais à toute l'assemblée du magistrat, dont ils ont demandé et obtenu l'aggréation le 15 novembre 1759.

Comme cette pièce fait preuve de la légèreté et de la mauvaise foy avec laquelle les supplians osent blâmer le magistrat dans le choix de ce directeur, nous avons cru devoir la joindre en copie authentique.

La présentation des directeurs a dû nous persuader que le présenté étoit aggréable et avoit la capacité nécessaire pour la direction ; nous n'aurions pu même nous refuser à l'aggréation qu'on nous deraandoit, sans couvrir d'une tache flétrissante la personne du récipiendaire, qui étoit revêtu de plus d'une charge au magistrat, ce qui rendoit sa réputation d'autant plus délicate et d'autant plus intéressante au service de Sa Majesté et du public.

D'ailleurs quoique le nommé De Vits ne soit pas un artiste de la première classe, il entend cependant dans un degré très recommandable les règles de la sculpture; son zèle pour relever cette école

(t) Ou Cachiopin.

d'une espèce d'assoupissement où elle étoit tombée, sembloit animer les élèves d'un nouveau courage; il a joui de leur confiance pendant tout le tems de sa direction, et sans être le plus habile d'entre les directeurs dans la connoissance de son art, il n'étoit pas le moins utile pour la conduite de l'Accadémie et pour répandre l'émulation parmi les écoliers.

C'est principalement à ses soins et à sa sollicitation faite au nom de tous les directeurs que Votre Altesse Roïale a daigné accorder sa bienveillance à l'Accadémie jusqu'au point qu'Elle a bien voullu leur faire espérer, par un effet de sa générosité, la gratification de quelques médailles en forme de prix.

Enfin, le choix du même directeur a été suivi de la satisfaction de ses confrères et de tous les élèves, et d'une parfaite harmonie entre les uns et les autres.

La célébration d'un jubilé de 25 ans est devenue pour eux une pomme de discorde. A l'aide d'une gratification de cinquante florins, qu'ils ont obtenue de notre part et d'un peu d'épargne qui leur restoit, ils ont fait célébrer une messe solennelle en musique à la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, et ils ont fait composer et imprimer un poème à l'éloge des arts qu'ils exercent pour servir de trophée à leur école.

Jusques là tous les amateurs et surtout les académistes ont dû prendre part à la solemnité de cette fête, mais les directeurs y ont ajouté un repas pour signaler la joie de ce jour, et ils ont manqué de prudence dans le choix des convives.

Au lieu de se divertir entre eux seuls, au lieu d'inviter tous les accadémistes, ils ont pris un parti mitoïen, c'est-à-dire ils en ont prié quelques uns en négligeant les autres.

Tel paroit avoir été le véritable motif de la jalousie et de la division qui s'est jettée entre les élèves; en vain les directeurs ont-ils voullu réparer leur bévue, en leur donnant à boire au lieu même oii se tenoit l'école. Cette politesse faite après coup semble n'avoir servi qu'à les aigrir davantage ; chaque mécontent a trouvé des partisans et des souffleurs hors même de l'Accadémie, et au lieu d'une trentaine d'élèves mécontentés dans le principe, le feu de la dissention a gagné en peu de tems la plupart de ceux qui, sans s'embarasser de l'école, se sont intéressés à la mauvaise humeur des écoliers.

Comme notre conseillant De Vits avoit eu la principale direction de la fête, c'est contre luj'' qu'ont éclaté les murmures et les reproches; la mauvaise humeur ne se fit appercevoir d'abord que sur le visage

des écoliers; elle s'exhala bientôt en bruit-sourd, ensuite elle se marqua par des traits de mépris, dans l'exercice même du dessein.

Aïant craionné leur tâche d'après le modèle pendant les heures de l'Accadémie, les plus pétulans d'entre eux défigurèrent leur ébauche eu donnant un air ridicule à la figure qu'ils avoient tracée, soit en la fesant marcher à béquilles, en la rendant louche, borgne, ou la représentant de quelqu'autre manière grotesque.

Ces plaisanteries alloient devenir sérieuses et tirer à conséquence lorsque le directeur De Vits requit l'ancien trésorier de cette ville, en sa qualité de protecteur, d'y mettre ordre par sa présence, et d'imprimer aux élèves le respect convenable qu'ils dévoient à leurs supérieurs.

En effet, M. Van der Dilft se rendit avec le même directeur dans la place où les accadémistes étoient rassemblés; ils l'étoient alors en beaucoup plus grand nombre que de coutume, et leur aiant représenté avec bonté l'objet de leur fréquentation, le bon ordre et la tranquilité qu'il falloit observer et les égards qu'ils dévoient aux personnes préposées à la direction de l'école, il les exhorta à se conduire avec sagesse en se conformant aux réglemens de l'Accadémie, et il finit par leur faire entendre que ceux qui ne pouvoient en supporter la rigueur feroient mieux de se retirer que de nuire à l'instruction des autres par leur mauvais exemple.

Il n'en fallut pas davantage à une multitude qui s'étoit rendue à l'Accadémie plus tôt pour observer l'occasion de causer quelque chagrin à l'un des directeurs, que pour s'occuper de l'exercice; la plupart sortirent tumultuairement. Il n'en resta que cinq ou six qui continuèrent leur ouvrage; cette conduite manqua même de leur attirer des insultes au sortir de l'Accadémie de la part des premiers, qui, se trouvant sur leur passage assemblés par bandes ou pelottons, les accablèrent d'injures, ainsi que le souvent dit directeur, et firent paroître le dessein de ne pas s'en tenir à des paroles.

Ce fut dans cette situation des choses que les supplians nous présentèrent la requête jointe en copie à leur représentation; ils y traitèrent les directeurs choisis selon la forme du règlement de directeurs soi disant tds, à l'exception du nommé Mille, aïant signé à leur tête, et désignant eux-mêmes d'autres directeurs à leur guise, il nous demandèrent la permission de les requérir en notre nom d'accepter cette qualité.

Il ne se pouvoit rien de plus irrogulier ni de plus déplace que cette conclusion. Elle tendoit d'abord à destituer et à déshonorer en même

tems les trois directeurs Van Wel, Dansaert et De Vits, élus légitimement et selon les formes prescrites par le règlement constitutif de l'Accadémie ; elle tendoit ensuite à faire surroger à leur place des directeurs dénommés par les disciples mênie, et par quels disciples, par ceux qui ne furent portés à cette nouveauté que par un esprit d'indocilité et de faction, et, tandis qu'ils buttoient par cette démarche à renverser la providence des statuts, l'observation du bon ordre et les règles de la subordination, ils osèrent commettre encore notre authorité en vouUant emprunter le nom du magistrat pour demander aux directeurs nommés dans leur requête qu'ils voullussent bien accepter cette fonction.

Nous ne fîmes'aucune réponse à cette requête des supplians ; nous n'eussions pu y disposer qu'en termes qui leur fissent sentir l'indiscrétion de leur demande. D'ailleurs, comme la fréquentation de cette école est \\a acte purement volontaire de la part des accadémistes, nous prévîmes bien que notre disposition, au lieu de les ramener à leur devoir, auroit dissous pour jamais l'Accadémie; d'un autre côté, la partie nous parût trop liée et les esprits trop échauffés dans ce premier mouvement, pour espérer de les calmer par quelque tempéramment. Dans ces circonstances, comme le tems de la vacation de l'Accadémie approchoit, nous prîmes le parti de fermer l'école, dans la confiance que le tems venant à remettre les mécontens dans une assiette tranquile, on parviendroit plus aisément à leur faire comprendre leur tort.

Nous avons cru devoir porter ù la conuoissance de Votre Altesse Royale l'enchaînement et la suite de toutes ces circonstances, qui ont donné lieu finalement à la représentation que les supplians lui ont addressée; nous avons été surpris d'en voir à la tête ce même Mille, qui fut en quelque façon un des instituteurs de l'Accadémie, qui aida a projetter et à solliciter les deux réglemens de 1737 et 1742, qui fut Van des premiers directeurs, qui assista en cette qualité à la nomination de tous ses confrères actuels, qui proposa en 1759, avec ses deux collègues, le nommé De Vits à la place de Berge, et notre surprise en a été d'autant plus grande que la douceur de son esprit ne lui fait pas moins d'honneur dans le commerce de la vie, que son génie et ses talens ne lui en font dans la classe des artistes.

Quoiqu'il en soit de Mille, la situation des choses, dont nous venons de rendre compte, nous met dans le plus grand embarras sur la manière que nous devons penser et sur celle de nous expliquer dans l'avis que Votre Altesse Royale nous ordonne de lui rendre sur l'objet de la conclusion des supplians.

Nous voïous d'un côté l'esprit de faction et l'indiscipline s'élever contre les directeurs de l'Accadémie établis selon les loix prescrites par les règlements, et nous envisageons en même tems les conséquences dangereuses qui peuvent résulter par rapport même à d'autre corps, du succès d'une démarche qui tend à destituer les supérieurs de leurs fonctions.

])'un autre côté, nous voïons la perspective la plus brillante et la plus avantageuse pour le progrès des arts dont il s'agit dans le nouvel établissement sollicité par les supplians sous la protection de Votre Altesse Eoyale, en son absence sous celle de son Excellence. Le projet est trop beau pour ne pas nous faire oublier le principe qui y a donné occasion.

Cependant comme la destitution des nommés Van Wel, Dansaert et De Vils, directeurs actuels avec le peintre Mille, et choisis selon les règles constitutives, répandroit sur eux une espèce d humiliation et de flétrissure, qui pourroit nuire à la fortune de ces honnêtes bourgeois, et qui pourroit influer désavantageusement dans la personne de De Vits sur le service même de Sa Majesté, par le mépris qu'en pourroient concevoir les doiens de sa Nation, nous eroïons que Votre Altesse Roïale, en se déterminant favorablement sur la demande des supplians, pourroit assigner aux dits emploies une place, soit parmi les nouveaux directeurs, soit parmi les professeurs qu'elle daignera nommer elle-même ou faire élire par d'autres, afin de garantir ler.r réputation du mépris ou de la raillerie du public.

Nous sommes avec le plus profond respect Monseigneur,

De Votre Altesse Koyale, Les très humbles et très obéissans serviteurs.

Les Bourguemaitres, Echevins, Trésoriers, Eeceveurs et Conseil de la ville de Bruxelles.

Bruxelles, le 33 octobre 1763.

Annexe à la pièce précédente.

Aen mijne heeren die wethouders deser stadt Brussele als p-rotccteurs der Accaderaie van schilders ende beldthouwers consten.

De ondergeschreve directeurs van de Académie hebben gekosen voor directeur Joannes-Baptista de Vits, dieneude raedt deser voors-

stadt, versoeckende van U. E. de voors. aggreatie. Waerea onderteeckent : Henricus Van Wel, J. Mille eade Joanaes Dausaert.

Copije van d'apposlille.

Gesien dese Mijne Heeren die wethouders deser stadt Brussele hebben goetgevonden ende geaggreëert den keus gedaen bij die directeurs van de Accademie in den persoon van Joannes-Baptista De Vits, raedt deser stadt, als directeur van de selve Accademie. Actura 15 novembris 1759, Was onderteeckent : P. Lion.

Il résulte de celte pièce, que le sculpteur Jean-Baptiste De Vils avait été choisi par les autres directeurs, Henri Van Wel, Jean Mille et Jean Dansaert. Le magistral, dont De Vits faisait partie en qualité de conseiller (raedt, raedlsman), n'avait fait que ratifier ce choix, le 15 novembre 1759.

Les détails qui précèdent expliquent la cause du mécontentement qui se manifesta alors parmi les élèves de l'Académie et qui entraînèrent sa fermeture temporaire. Outre des questions de personnes, une autre cause agitait les esprits. Les directeurs ou professeurs de l'Académie avaient demandé au prince Charles de Lorraine de se déclarer protecteur de celte institution, à laquelle il accorderait, comme marque de sa faveur particulière, quatre médailles à décerner toutes les années. Il n'est pas difficile de reconnaître le mobile qui dirigeait les promoteurs de ce mouvement. On voulait peu à peu transformer en établissement patroné par le gouvernement une école qui devait son origine à la commune et y substituer peu à peu l'influence de la Cour à celle du Magistrat. Les pièces dont le texte suit permettent de suivre les progrès continus de cette intrigue.

La lettre qui suit, adressée au Magistrat de Bruxelles, montre comment furent accueillies les premières démarches des directeurs :

Charles Alexandre, Duc de Lorraine et de Bar, etc. Chers et bien Atnés, Les Directeurs de l'Académie ou École de peinture et de sculpture

en cette ville nous aïant supplié de nous en déclarer protecteur, en faisant distribuer tous les ans quatre médailles pour servir de prix à ceux de leurs élèves qui auroient fait le plus de progrès dans les arts, nous sommes disposés a Nous prêter aux vues des supplians; mais, comme pour donner à cet établissement la consistance nécessaire pour le rendre utile et avantageux au public, il seroit à propos de faire certains arrangemens. Nous vous ordonnons de charger votre pensionnaire d'approcher le conseiller du Conseil privé de Wavrans, à l'effet d'entendre ce que celui-ci aura à lui proposer de Notre part relativement à cet objet, et en conférer ensemble, pour le tout vu, être ensuite communiqué par le même pensionnaire, qui devra après cela venir rendre compte à ce conseiller de la résolution que vous y aurez prise. A tant, chers et bien Ames, Dieu vous ait en sa sainte garde. De Bruxelles, le 13 février 1760.

Paraphé Né(ny) v^. Signé : Charles de Lorraine. Plus bas étoit : Par ordonnance de Son Altesse Eoyale, contresigné : F.-J. Missou.

(Copyeboeck, n° XXXII, P ol.)

Le Magistrat ayant tardé à répondre à cette dépêche, le gouvernement revint à la charge, comme en témoigne la nouvelle dépêche qu'il transmit à l'administration de la capitale, en 1765.

Charles Alexandre, Administrateur de la grande Maîtrise en Prusse, etc. ,

Chers et bien amés. Sur le compte qui nous a été rendu de vôtre avis du 22 octobre dernier, sur la requête des élèves de l'Accadémie de peinture et de sculpture de cette ville, nous vous remettons ci-joint copie du décret porté aujourd'hui sur la dite requête : Comme néanmoins les arts méritent toujours de l'encouragement, que l'Accadémie dont il s'agit seroit digne d'une attention favorable de nôtre part, si elle étoit mise sur un bon pied et portée a un certain degré de consistance, et qu'en ce cas nous concurrerions volontiers à son affermissement en nous en déclarant protecteur, c'est notre intention que vous rédigiez et présentiez un mémoire pour nôtre information, avec les anciens réglemens, un mémoire dans lequel vous tracerez le projet d'un règlement stable et permanent, et vous vous expliquerez sur les moïens que vous croirez propres à donner de la solidité à cet établis-

sèment et à le porter à toute la perfection dont il peut être susceptible. A tant, chers et bien amés, Dieu vous ait en sa sainte garde. De Bruxelles le 4 avril 17ô3, étoit paraphé : Ne rt. Signé : Charles de Lorraine. Plus bas étoit : « Par ordonnance de Son Altesse Royale », contresigné: « De Reul «.

(Copyehoeck, l. XXXII, f" 56 v^)

Voici la réponse du Magistrat de Bruxelles :

Monseigneur,

Les directeurs de l'Accadémie de peinture et de sculpture en cette ville aïant présenté requête à Son Altesse Royale, pour que ce Prince daignât se déclarer protecteur de cette école et faire distribuer tous les ans quatre médailles pour servir de prix à ceux des élèves qui auroient fait le plus grand progrès dans ces Arts, ce Sérénissime Prince nous déclara par son décret du 13 février 1760 qu'il étoit disposé à se prêter aux vues des supplians ; mais comme pour donner à cet établissement la consistence nécessaire pour le rendre utile et avantageux au public, il étoit à propos de faire certains arrangemens, il nous ordonna de charger notre pensionnaire d'approcher le conseiller du Conseil privé de Wavrans à l'effet d'entendre ce que cellui ci auroit à lui proposer de la part de Sa dite Altesse relativement à cet objet et d'en conférer ensemble, pour le tout nous être ensuite communiqué par le même pensionnaire qui devroit après cela venir rendre compte à ce conseiller de la résolution que nous y aurions prise.

En cette conséquence nous chargeâmes nôtre pensionnaire de se rendre chez le conseiller De Wavrans, qui l'informa avec plus de détail des intentions de Son Altesse Royale; il observa entre autres qu'il étoit impossible aux élèves d'atteindre la perfection de ces arts sans la connoissance de l'histoire et de la fable, dont l'étude étoit d'autant plus importante qu'elle est pour ainsi dire le fondement de la peinture et de la sculpture.

Il remarqua de plus qu'il n'étoit pas moins essentiel d'exciter le goût de l'architecture civile, et que cet art, trop négligé dans ce païs où il est presqu'abandonné à la mécanique grossière des simples ouvriers, devroit avoir même la préférence par son utilité sur la peinture et la sculpture, qui sont de pur agrément et de décoration.

Que les intentions de Son Altesse Royale étoient par coiiséqueut que l'architecture civile fit partie des exercices de l'école ou accademie en question, que l'histoire et la fable y fussent étudiées relativement à la peinture et à la sculpture, et que Sa dite Altesse vouUoit bien faire distribuer tous les ans quatre médailles d'argent pour servir de prix dans ces quatre genres.

Cependant il le prévint, conformément aux intentions de Son Altesse Eoyale, qu'avant tout il falloit travailler a un règlement concernant l'ordre, la police et la fréquentation de l'école, en observant que, pour exciter l'émulation des maîtres, il convenoit de leur attribuer quelqu'exeraption.

Notre pensionnaire nous rendit compte de tout ce qui lui avoit été dit par le conseiller du Conseil privé de Wavrans, afin de nous mettre en état de délibérer avec plus de connoissance sur cette matière; il le chargea de se pourvoir des réglemens des autres accadémies, tant de ce païs que de la France, et d'en tirer les articles qui pourroient le mieux convenir au plan de l'école qu'il s'agissoit d'établir ou de perfectionner en cette ville.

Pendant les intervalles qui s'écoulèrent entre le décret, la conférence et le rapport préallegués, et tandis qu'on travailloit à la recherche des instructions nécessaires pour former un projet d'ordonnance, il survint une fermentation entre les élèves de l'accadémie qui, après avoir été éteinte et rallumée quelques fois, donna lieu finalement à une requête, présentée à Son Altesse Royale, par où les écoliers demandèrent la destitution de quelques-uns de leurs directeurs, de nouveaux maîtres pour les remplacer et un changement total dans l'ordre de la direction.

Cette requête fut envolée à notre avis le 24 mars de l'année 1763, et Son Altesse Royale s'étant fait rendre compte des mérites de la cause, aïant reconnu l'esprit d'indiscrétion et d'indiscipline qui y avoit donné lieu, déclara par son décret du 4 avril 1763, qu'EUe jugeroit par la soumission des supplians envers leurs supérieurs, par leur respect pour le Magistrat, leur bienfaiteur, et par leur progrés, de la protection qu'il conviendroit de leur donner.

Cependant, en nous envolant copie de cette disposition, par son décret du même jour, Elle daigna nous déclarer que comme néanmoins les arts méritent toujours de l'encouragement, que l'accadémie dont il s'agit seroit digne d'une attention favorable de sa part si elle étoit mise sur un bon pied et portée à un certain degré de consistance, et qu'en ce cas Elle concourreroit volontiers à son affermissement en

s'en déclarant protecteur; c'étoit son intention que nous rédigeassions et présentassions à Votre Excellence, pour sou information, avec les anciens régleraens, un mémoire dans lequel nous traçassions un projet de règlement stable et permanent, avec ordre de nous expliquer sur les moïens que nous croirions propres à donner de la solidité à cet établissement et à le porter à toute la perfection dont il pourroit être susceptible.

Nous avons rendu compte dans notre avis susréclamé des réglemens qui furent émanés par nos prédécesseurs en 1737 et 1742 : le premier pour régler l'ordre et la direction, le second pour régler la police et la discipline de l'espèce d'accadémie qui commençoit à naître depuis 1711 par le zèle de quelques amateurs, qui s'asserabloient volontairement dans l'espoir de s'évertuer.

Nous y observâmes que ces réglemens nous paroissoient assez étendus sur l'un et sur l'autre objet pour donner de la consistance à ce nouvel établissement, en attendant que son accroissement exigeât des arrangemens ultérieurs ; qu'il s'agissoit seulement d'éclaircir quelques articles, et de pourvoir avec plus de précision à certaines fonctions des directeurs et professeurs, par rapport à leur jugement sur le mérite des écoliers, dans la concertation pour les places ou pour les prix.

Nous avons fait examiner depuis les réglemens des autres accadémies du païs, qui sont à peu près dirigées et policées comme la nôtre. Les ordonnances pour celle de Paris sont moulées sur un objet trop vaste pour qu'ils puissent convenir à une école qui est pour ainsi dire encore dans son berceau, et Votre Excellence, qui par un effet de la protection qu'elle répand sur les arts, a bien voulu se faire rendre compte des dites ordonnances, ou peut-être les examiner personnellement, a trouvé elle même que le plan en étoit trop étendu pour pouvoir être adapté à notre école, aiiisi que notre pensionnaire nous l'a rapporté.

Pour satisfaire donc aux ordres de Son Altesse Royale et nous conformer à la direction que Votre Excellence nous a fait donner de vive voix sur cet objet, nous avons l'honneur de présenter à son approbation ou à sa censure le projet de règlement que nous prenons la liberté de joindre, conçu en langue françoise, mais que nous ferons traduire si Votre Excellence approuve que nous le fassions publier.

Comme l'accadémie sembloit en quelque façon dissoute par les difficultés survenues entre les écoliers et les régens, que cependant pour la remettre en activité il ne s'agissoit pas tant d'instituer une

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nouvelle école que de la faire reparoître sous uue autre forme, et que les intentions de Son Altesse Eoyale requéroient en effet quelques changemens à sa direction, nous avons cru qu'il étoit nécessaire de mettre, à la tête du règlement a émaner, un préambule qui, en effleurant les évenemens progressifs, qui ont influé dans ces païs et dans cette ville sur la considération et sur la culture des arts dont il s'agit, servît en même tems à exciter l'émulation de ceux qui s'y exercent, par la perspective de la protection de Son Altesse Royale, et démontrât au surplus la nécessité d'adopter de nouveaux arrangeraens par rapport aux exercices.

Au reste nous avons pris pour base les réglemens qui subsistoient déjà, et nous en avons suivi la disposition dans tous les articles qui jîouvoient convenir au plan qui nous a été tracé dans les différens décrets portés sur cette matière.

Les intentions de Son Altesse Royale étant qu'on s'applique à l'architecture civile, qu'elle envisage même comme préférable par son utilité à la peinture et a la sculpture, nous avons cru ne pouvoir destiner moins que deux jours de chaque semaine pour l'étude de cet art.

Quant à l'histoire, nous avons trouvé trop d'inconvéniens à la faire enseigner dans l'école, la première difficulté seroit de trouver lin maître ou professeur entendu, qui eût voulu se charger de cette leçon ; la faire apprendre par lecture pendant le tems de l'accadémie c'étoit nous mettre dans la nécessité d'y établir une bibliotèque et de multiplier chaque auteur selon le nombre des accadémistes, et après cela il ne seroit presque plus resté de tems pour le dessin, s il eût fallu prendre encore un ou deux jours pour l'histoire.

Nous avons pensé qu'il valoit mieux d'indiquer d'abord dans le règlement, ensuite à la fin de chaque cours, les sujets qu'il faudroit étudier pour aspirer au prix. Nous croïons bien que tous les accadémistes n'y travailleront pas avec le même zèle; plusieurs d'entre eux sont à peine en état d'acheter les livres qu'il faut pour cet effet, mais quant on n'en formeroit que cinq ou six dans le nombre, ce seroit toujours faire une acquisition,

La détermination des personnes qui décideroient du prix en chaque genre, et la méthode de proposer les sujets dans la partie de l'histoire, nous ont donné un nouvel embarras.

Il ne convenoit pas d'établir un trop grand nombre de régens dans une école qui ne vient pour ainsi dire que de naître. Parmi ces régens il doit se trouver un architecte; on en trouvera rarement qui soit en

même teras entendu au dessin; on trouvera aussi rarement des peintres et des sculpteurs qui se soient appliqués à l'architecture. Par conséquent il n'arrivera presque jamais que les cinq régens soient pourvus des talens nécessaires pour juger en même tems et sur l'art de la peinture et sculpture, et sur celui de l'architecture civile.

Il arrivera qu'il n'y aura que deux peintres, un sculpteur et deux architectes ; en ce cas nous avons réglé qu'il seroit choisi par les directeurs et régens deux maîtres hors de l'accadémie, afin de voter avec les trois premiers pour adjuger le prix et de l'ébauche en plâtre, et trois architectes, pour décider avec les deux régens de cette profession sur le prix d'architecture.

Nous avons lieu de nous persuader que les directeurs et régens ne rencontreront aucune difficulté de trouver des amateurs qui veuillent bien se charger de cet examen, attendu que la peine en sera très légère et qu'ils en seront recompensés en quelque sorte par la distinction qu'emportera ce choix et ce recours.

Au reste cet arrangement ne sera nécessaire que pendant les premiers cours, étant apparent que dans peu d'années ceux qui auront remporté des prix seront en état de juger par eux-mêmes du mérite des concurrens qui viendront après eux, et pour lors il ne faudra plus sortir de l'accadémie, comme nous l'avons fait entendre dans le projet de règlement.

Revenant à l'histoire, l'attention consistera à bien choisir les sujets et à ne former les questions que relativement aux arts de la peinture et de la sculpture, qui est la sphère à laquelle l'étude des accadémistes est bornée en cette partie. Lorsqu'il s'en agira, nous nous ferons proposer par les régens un projet de pareilles questions, et si nous les trouvions ou trop diffuses, ou trop écartées de leur véritable objet, nous tâcherons de leur indiquer la route pour les rectifier et les faire rentrer dans les limites qu'elles doivent avoir selon les intentions de Son Altesse Royale.

Cela fait, et les propositions étant rendues simplement et avec netteté, nous avons cru que les cinq régens qui les auront choisies et arrangées eux-mêmes d'après les autheurs étudiés par les accadémistes, seroient en état de décider entre les répondans, sans avoir besoin de lumières étrangères. Nous veillerons d'ailleurs à ce que les questions ne soient arrêtées par les régens que le jour même du concours, pour éviter toute collusion et supercherie.

Ce sont là. Monseigneur, tous les arrangemens que nous avons osé hazarder relativement à cet établissement, nous avons suivi le

plus exactement qu'il nous a été possible les intentions de Son Altesse Eoyale et la direction de Vôtre Excellence ; le progrès du tems le rendra susceptible d'autres précautions pour l'encourager d'autant plus dans l'état où il va se trouver ; nous pourrions accorder à lancien des régens, peintre ou sculpteur, et à l'ancien régent architecte l'exemption des gardes bourgeoises et la franchise des droits de ville sur douze aimes de double ou 24 aimes de petite bierre.

Nous attendrons ses ordres sur le tout, et sommes avec le plus profond respect

Monseigneur

de Vôtre Excellence

Les très humbles et très obéissans serviteurs.

Les Bourguemaitres, Echevins, Trésoriers, Receveurs et Conseil de la ville de Bruxelles.

Bruxelles, le 18 avril 1765.

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