‹ Ville de BruxellesChapitre 27 sur 29 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Honorables, nobles sages et très prudents Seigneurs, nous avons reçu la lettre de Vos Honneurs, en date du 14 février dernier, par laquelle Vos Honneurs nous envoient le décret de Son Altesse Koyale du 19 décembre 1770, et, en exécution de ce décret, nous chargent de les informer des documents et de la possession en vertu desquels les membres des métiers cités dans ce décret : les peintres, les sculpteurs et les architectes, à l'occasion de l'exercice de leur art, pourraient être forcés de se faire admettre dans ces métiers, ou autrement seraient exposés à des difficultés; nous devons, en outre, informer Vos Honneurs de ce qui concerne les épreuves, années d'apprentissage, taxes des métiers et autres charges relatives aux corporations, comme aussi de l'état actuel et de l'administration de ces dernières, afin de pouvoir répondre; aux vues de Son Altesse Eoyale indiquées dans le prédit décret.

Satisfaisant à vos désirs, nous avons Thonneur d'informer Vos Honneurs, d'abord en ce qui concerne le métier des peintres, que ce serait eu vain que l'on voudrait rechercher son origine, le cours des différents siècles l'aj'ant obscurcie et anéantie (1).

Les archives et les documents de la Maison-Dieu de Saint- Eloi attestent que la confrérie de cet établissement a pris son origine vers l'année 1000 (2); elle provient de la caisse commune des pauvres des orfèvres, des forgerons, des selliers, des peintres, des regrattiers, des

formalion et à la publication de l'ordonnance de Marie-Thérèse, du 20 murs- 15 novembre 1775, qui affranchit les peintres, les sculpteurs et les architectes, aux Paijs-Bas, de l'obligation de se faire inscrire dans les corps de métiers. Anvers, 1867, in-S» {Annales de l'Académie d'archéologie de Belgigiie). Mais Galesloot n'a pas traduit le mémoire du Magistrat, mémoire dont l'argumentation est très forte; c'est pourquoi j'en reproduis le texte, en le faisant suivre d'une traduction annotée.

(1) La plus ancienne mention du métier dos peintres {schilders) de Bruxelles se trouve dans une charte du 12 mars 1506, par laquelle les habitants de Bruxelles et en particulier toutes les corporations d'artisans acceptent le duc de Brabant Jean II comme arbitre de leurs différends. Hexxe et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. I", p. 85.

(2) Ce chiffre est singulièrement exagéré. La fondation Saint-Éloi, qui existait jadis à l'endroit cù se trouve aujourd'hui le Passage de la Monnaie, ne date probablement que du xui° siècle. Voir Ibidem, 1. 111, p. 205.

serruriers et des boulangers, comme cela est confirmé par une lettre échevinale de l'année 1363, également déposée dans ces archives.

Nonobstant l'ancienneté du métier des peintres, la longueur du temps n'a non plus rien laissé subsister concernant son organisation. La plus ancienne ordonnance que l'on trouve à ce sujet porte la date du 11 octobre 1647 (1).

Dans le proème de cette ordonnance, qui est jointe ci-après, on voit que ceux du métier des peintres, batteurs d'or et vitriers se plaignaient à nos prédécesseurs de l'inobservance de leurs anciens privilèges et droits, parce que leurs anciens titres étaient tombés dans l'oubli; le principal motif de leurs réclamations était que différents maîtres et ouvriers afforains (3) se livraient à la peinture dans cette ville, au grand préjudice de ceux du métier, préjudice qui était d'autant plus considérable que les ouvrages de ces étrangers n'étant soumis à aucun contrôle, loi ou surveillance, étaient exécutés sans attention et sans soin. Il en résultait que le travail de cette ville était grandement méprisé et déprécié, que les membres ordinaires du métier étaient déconsidérés; il çn résultait aussi qu'ils avaient perdu leur ardeur et leur émulation et qu'ils ne pouvaient par conséquent développer leur génie et leurs capacités, étant dépassés par ces étrangers, parce que ceux-ci vendaient à meilleur marché leurs peintures, pour lesquelles ils employaient des matériaux de qualité légère et faible, sans leur donner une consistance suffisante. Ceux du métier, au contraire, étaient astreints à de grands frais et à un travail régulier. En effet, nos prédécesseurs ont trouvé bon, entre autres, d'octroyer à ceux du métier des peintres, comme un droit et statut général, différents points concernant l'exercice de l'art de la peinture et les conditions nécessaires pour pouvoir entrer dans le métier, à savoir : les années d'apprentissage, la taxe d'apprenti, l'emploi d'ouvriers et d'apprentis, la taxe du métier en ce qui concerne tant ceux qui ont appris dans cette ville que ceux du dehors; l'affranchissement des maîtres étrangers, le choix des ouvrages et les autres choses requises pour pouvoir exercer le prédit métier.

(i) Malgré ce qui est affirmé ici, ou possède des règlements bien plus anciens pour le métier des peintres, notamment des années 1587, 1153, l-46o. Voir Ibidem, t. Il, p. 584. Comme le fait remarquer Galesloot {Documents cités, loc. cit., p. 2*^), rordonnance citée remonte en réalité à 1560; en 1647, on ne fit que la republier.

(2) Ou étrangers.

Des articles de cette ordonnance il résulte suffisamment que, dès cette époque, les peintres artistes, non moins que les autres peintres, étaient assujettis aux règlements du métier, le dispositif de celte ordonnance devant s'appliquer plutôt aux artistes peintres, puisqu'il concerne pour la majeure partie l'exécution d'oeuvres d'art.

Par l'art, 33 de cette ordonnance, il est statué, pour ce qui concerne les compagnons étrangers, qu'en arrivant dans cette ville ils pourront exercer leur art pendant 14 jours, afin de gagner leur vie et afin de pouvoir ensuite continuer leur voyage ; s'ils continuaient à résider en ville afin d y travailler, ils étaient astreints à payer toutes les demiannées une taxe de 3 sous au profit de la caisse des malades du métier, taxe pour laquelle les maîtres de ces compagnons devaient répondre et satisfaire.

Il est certain que le droit des étrangers de pouvoir venir en ville exercer leur art a son origine dans cet article; ce droit a toujours été frappé d'une taxe à payer au métier, taxe qui, de temps immémorial, et notamment depuis le bombardement, s'est élevée à la somme de ■ 63 florins 4 sous argent courant par an; moyennant cette somme, les artistes peintres étrangers sont admis sans être tenus à aucune autre charge, et, en particulier, à la taxe d'enregistrement, que les francs-maîtres sont tenus de payer et qui consiste en 10 florins, outre les 63 florins 4 sous.

Ces étrangers, que l'on appelle reconnus du métier, ne sont également assujettis à aucun frais annuel et autres charges du métier, ni à rien en quoi que ce soit qui concerne le prédit métier, dont ils ne font pas même partie en aucune façon; ils ne prennent pas place dans les assemblées de chambre. Ce qui plus est, ces étrangers ont le droit de travailler eans être bourgeois, comme cela a toujours été pratiqué de temps immémorial. En outre, les reconnus ne sont soumis à aucune année d'apprentissage comme les francs-maîtres, et cela en vertu d'une ordonnance de l'année 1759, ci-jointe sur le n^ 2; la restriction dont il y est question, pour ce qui concerne les reconnus, pour quils aient à tenir un ouvrier uniquement à l'effet de broyer les couleurs, n'est plus en vigueur, les reconnus, aussi bien que les francs-maîtres, étant autorisés à avoir autant d'ouvriers que cela leur plaît, par dérogation spéciale à l'ordonnance de 1647,

Au surplus, pour ce qui est relatif aux habitants de cette ville qui veulent s'occuper de peinture, ils doivent d'abord faire conster de leur condition de bourgeois; puis, de tout temps, ils ont dû se faire admettre comme francs-maîtres dans le métier, et cela sans distinction

de peintres ordinaires ou de peintres artistes; il n'y a de distinction qu'au sujet des étrangers reconnus^ qui doivent se borner à exécuter des peintures artistiques et rien de plus; sinon ils doivent se soumettre complètement à tous les règlements du métier.

Cette distinction a peut-être été cause que beaucoup de maîtres se sont fait enregistrer comme francs-maîtres dans le métier.

Différents peintres célèbres, soit d'ordonnance ou d'histoire, comme des peintres de portraits, de paysages, de fleurs et d'ornements, sont mentionnés dans les registres aux maîtres, commençant en l'année 1600. Leurs noms confirment l'exactitude de ce qui vient d'être allégué, pour ce qui concerne tant les francs-maîtres que les étrangers reconnus.

En l'année 1602 servit comme doyen du métier des peintres .Jérôme Van Orley, célèbre peintre d'art, fils de Bernard Van Orley, qui fut aussi admis dans le même métier, après avoir été deux fois en Italie et y avoir appris chez Eaphaël d'Urbin (1)

La même année fut admis comme franc-maître Henri De Vriese, éminent peintre d'architecture, comme l'attestent les œuvres existantes encore dans le pays (2).

En même temps on reçut comme franc-maître Gérard Snellinck, natif d'Anvers. Il excellait dans la peinture de paysages (3).

En 1605, Eaphaël Coxie, venant de Rome, fut inscrit comme

(1) Ilya dans l'énumération qui va suivre plus d'une erreur, mais il faut remarquer qu'à l'époque oii le rapport du magistrat a été rédigé, on connaissait fort peu et fort mal la biographie de la plupart de nos artistes, même des plus célèbres.

Le Jérôme Van Orley dont il est ici question ne fut jamais renommé. Était-il tils de Bernard Van Orley? C'est une question, et une question très douteuse, car celui-ci, ou doit le remarquer, mourut en 1542, 60 ans avant l'époque 011 Jérôme aurait été doyen. Peut-être était-ce son petit-lils? Pour la biographie de Bernard Van Orley, voir dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, de l'année 1881 , le travail intitulé : Bernard Van Orley, sa famille et ses œuvres.

(2) Je ne connais pas de peintre Henri De Vriese. 11 s'agit sans doute de Jean De Vriese, excellent peintre verrier. Il mourut en 1628, au couvent des Chartreux, de Uruxelles, qu'il avait orné en 1616 de verrières, qui lui furent payées de 38 à 40 florins chacune. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. lil, p. 498.

(5) Gérard Suellincx n'a pas laissé de réputation, tandis qu'un peintre de la même famille, mais portant le prénom de Jean, a beaucoup travaillé. Ce maiire Gérard fut admis dans le métier de Bruxelles le 6 mars 1602.

— ÔU) —

franc-maître. Cet artiste, à cause de sa célébrité, reçut le nom de Raphaël Néerlandais (1).

Le renommé Gaspar De Graver, natif d'Anvers, fut accepté comme franc-maître dans le métier le 6 novembre de l'année 1607 et peu de temps après on le choisit pour doyen de la corporation. Il était aussi peintre des Sérénissimes Altesses Albert et Isabelle. Cet artiste a laissé dans les Pays-Bas une quantité innombrable d'œuvres, qui ornent la plupart des églises de toutes les provinces et que les connaisseurs n'hésitent pas à placer à l'égal de celles de Rubens (3).

En 1609 fut enregistré dans le livre du métier Augustin Van de Venne. natif de Malines, très renommé dans l'exécution de paysages montagneux et de perspectives (3).

En l'année 1613 figure comme franc-maître Philippe De Vadder, bon peintre de paysages (4).

A la même époque, on prit comme franc-maître Antoine Sallaerts, célèbre par la richesse de ses compositions et ordonnances, comme aussi par l'exécution d'esquisses de peintures, ayant composé de cette manière les principales œuvres de Rubens (5),

(1) Raphaël Coxie ne fut jamais surnommé le Raphaël Néerlandais; c'est à son père, Michel Coxie, célèbre imitateur de Raphaël (dont il ne parait pas avoir été l'élève) que cette épithète a quelquefois été appliquée. Raphaël naquit ii Malines en loiO, passa une partie de sa vie à Gand, puis se fixa à Bruxelles, oii il se lit recevoir bourgeois en ISSB et où il mourut en 1616 II lut, comme son père, le peintre du roi Philippe II.

(^) Gaspar De Graver fut l'élève de Raphaël Coxie. Baptisé à Anvers le 18 novembre lo8'2, il mourut à Gand le 27 janvier 1669; il séjourna une grande partitde sa vie à Bruxelles, où il fut conseiller communal en 1626 et 1627 et receveur du canal de 1626 à 1629; il demeurait rue des Fripiers, en face du couverit des Madelonnettes, et ne quitta la ville qu'en 1664. Les œuvres de De Graver sont aussi remarquables que nombreuses. Lorsqu'il fut reçu, le ô (et non le 6), il fut enregistré comme ayant appris sa profession au dehors.

(5) Augustin Van de Venue, fils de Jean, qui était de Malines, mais avait élé reçu bourgeois de Bruxelles, fut admis le 13 juin 1609.

(4) Philippe De Vadder. On ne connaît aucun détail sur ce peintre.

(5) Antoine Sallaerts, fils de Philippe, fut élève de Michel de Bordeaux, chez qui il entra comme apprenti le •14 avril 1606. Devenu maître le 20 avril 1615, il fut plusieurs fois doyen du métier. Il avait la réputation de grouper et de composer avec habileté et itour cette raison collabora maintes fois avec Rubens et Van Dyck. Il y a de lui un beau tableau au Musée communal de Bruxelles, daté de 1654. Il grava beaucoup et travailla considérablement pour les fabricants de tapisseries de sa ville nat:ile, qui, pour cette raison, lui accorda des iinnuuiilés spéciales, le 15 décembre 1646. Il mourut peu de temps après. Get artiste demeurait a la Terre-Neuve.

En 1616 devint franc-maître un certain Van der Laenen, peintre artiste, natif d'Anvers, après avoir été reçu bourgeois (1), comme aussi certain Foucquier, qui, après avoir peint des paysages à Bruxelles avec beaucoup de louanges, partit pour la France, où il mourut (2).

Dans le même temps figure comme franc-maître Daniel Van Heel, disciple de G. De Crayer. Il excellait tant dans le paysage que dans la peinture d'histoire (3).

En 1628 on admit comme franc-maître Louis De Vaddere, paysagiste (-i), et l'année suivante Pierre Snyers, natif d'Anvers, qui a été très renommé comme peintre de batailles et de campements (5), et dans le même temps fut aussi admis comme franc-maître Jean Sallaerts(6).

En 1634 devint franc-maître Jacques Artois, qui, après s'être longtemps tenu dans la forêt de Soigne, pour y peindre les arbres, est devenu un excellent paysagiste (7J.

(1) Vaoder Laenen, peut-être l'Anversois Christophe Van der Lamen, peintre de banquets et d'autres fêtes, qui vivait dans la première nioilié du xvi'' siècle.

(2) 11 s'agit ici de Jacques Foucquier, dis d'Antoine, qui apprit la peinture à Anvers, chez Arlhus Van Lalvcn et fut reçu bourgeois de Bruxelles le 15 mars 1616. 11 fut employé par Louis XIII à la décoration du Louvre.

(.ï) Les Van Heel, ou plutôt* Van Heil, constituèrent, au xvii" siècle, une famille artistique dont les membres se distinguèrent par la variété de leurs aptitudes. Tandis que Léon Van Heil était architecte du gouverneur général, peintre de fleurs et peintre d'insectes, et Jean-Baptiste Van Heil, peintre d'histoire et de portraits, Daniel, leur frère, représentait de préférence des hivers et des incendies. Né en 1604, il mourut en 1662. Il fut reçu maître peintre le 5 août 1626.

(4) Louis De Vadder est l'une des gloires de l'ancienne école des paysagistes flamands. On était jadis bien mal renseigné à son égird, puisqu'on le faisait naître en 4360 et mourir en 1628. Or, ce fils de Gilles De Vaddere ou De Vadder, Bruxellois de naissance, mourut en 1633. Après la mort de Rubens, il était regardé comme le meilleur artiste du pays; il fut privilégié, par la ville de Bruxelles comme peintre de cartons de tapisseries le 27 février 1644.

(3) François, et non Pierre Snyders ou Snayers, né à Anvers en 1379, mort à Bruxelles en 1657, était aussi un grand artiste; il excellait notamment à représenter les batailles et fut peintre des archiducs Albert et Isabelle. Les principaux musées de l'Europe possèdent de ses toiles.

(6) Jean ou Jean-lîaptiste Sallaerts, fils et élève d'.\ntoine, cité plus haut, fut reçu en qualité d'apprenti le 28 avril 1629 et en quali'é de maître le 22 décembre 4644.

(7) Jacques Van Artois fut également un grand paysagiste. Fils de Henri d'Artois ou Van Artois et de Jeanne Geeraerts, il fut baptisé dans l'église Sainte- Gudulc le 12 octobre 1613 et mourut, non en 4655, comme on le dit d'ordinaire,

Deux années plus tard fut admis comme franc-maître Michel Coxie, natif de Grez (1), et, en 1644, Gilles Tilbourg, célèbre peintre de portraits, de « conversation » et de kermesses champêtres (2).

En 1657 fut admis comme franc-maître Jean Artois, fils de Jacques; il excellait, ainsi que son père, dans le paysage (3).

Deux ans plus tard, on reçut Michel Sweerts, qui, à cause de son talent, fut élevé à la chevalerie (4).

Michel De Nerve, Hollandais de naissance, fut affranchi de l'obligation de payer le droit de bourgeoisie à cause de sa grande renommée comme peintre et de son habileté à marbrer; il fut ensuite admis comme franc-maître, en 1660 (5).

N. Champagne fut reçu en 1669. Après avoir exécuté dans ce pays beaucoup d'œuvres excellentes, il fut obligé, faute de trouver de l'ouvrage, de partir pour la France, où il devint peintre de Louis XIV (6).

car il vivait encore en 1669; il entra comme apprenti dans l'atelier de Jean Merteiis et devint raaitre le 3 mai 1G54. La ville lui accorda, le 23 novembre 165o, les privilèges attribués aux artistes qui travaillaient pour les tapissiers. Grand ami de la solitude, Artois affectionnait, parait-il, la partie la plus reculée de la commune de Boitsfort, le Haut-Boitsfort, où il avait quelques biens.

(1) Michel Coxie, probablement de cette branche des Coxie de Malines qui se transmirent le prénom de Michel pendant plusieurs générations.

(-2) Gilles Tilborgh peignait de préférence des scènes de genre et de cabaret. On n'a sur sa biographie que des données imparfaites et l'on suppose qu'il vécut de 1623 à 1678.

(5) Je ne sais rien de Jean Artois.

(4) Michel Sweerts était, je pense, inconnu avant son travail sur les Tapisseries bruxelloises (p. 231). Après un long séjour en Italie, oii il fut nommé chevalier par le pape, il revint dans sa patrie, et le premier y établit une académie, c'est-à-dire une école où les jeunes artistes pouvaient dessiner et peindre d'après le modèle vivant. Privilégié par le magistrat poiu' ce motif le 5 avril l6o6, il ne se lit recevoir maître qu'en 1659 et, en 1660, légua au métier son portrait.

(o) Nom inconnu.

(6) Les deux De Champagne honorèrent leur patrie par leurs talents, mais travaillèrent surtout en France.

Philippe, qui fut baptisé le 26 mai •1602 et mourut le 12 août 1674. excellait dans la peinture religieuse. Fixé à Paris, il y fil partie de l'Académie des Beaux-Arts dès. sa formation, le l" février 1648. Honoré, du reste, pour ses grandes qualités autant que pour son talent, il aimait sa ville natale et s'est plu à faire figurer sur son portrait la flèche de la maison communale.

Son neveu Jean Baptiste, fils d'Everard De Champaigne ou Champagne et de Catherine Bémery, fut baptisé le 20 septembre 1G31, a Saint-Jacques sur Coiiden-

Mathieu Van Ileltnont fut admis comme franc-maître en 1674. Ne possédant pas de quoi payer son droit d'admission, il fut reçu par le métier à la seule condition d'exécuter un tableau de sa main (1),

L'année suivante, on inscrivit comme franc-maître le célèbre David Teniers (2).

En 1678 figure dans le registre comme reconnu Lambert De Hondt, natif de Malines, disciple de David Teniers. Il est très renommé pour ses peintures de batailles et de paysanneries (3).

Alors fut aussi accepté comme reconnu Jacques Vander Heyden, natif d'Arnhem. Il excellait dans la peinture d'histoire (4).

Jacques Huysmans et Luc Achtschellinck, l'un et l'autre célèbres paysagistes, furent acceptés comme reconnus en 1681 (5), comme aussi

berg, et mourut le 29 octobre 1681, à Paris, où il fut enterré à Saint-Gervais. Le 24 octobre dCeo, il promit de se faire inscrire dans le métier des peintres de Bruxelles, mais comme il séjournait en France, où i! se maria à Geneviève Jehan et où il entra dans l'Académie des Beaux-.\rts le 14 septembre 1671, il ne put sans doute tenir cet engagement.

(1) Mathieu Van Helmont, né a Anvers en 1625, entra dans la gllde de Saint- Luc de cette ville en 1646 et mourut, dit-on, en 1674 ; il visita plusieurs fois l'Italie et eut pour maître le grand Teniers.

(2) Ce n'est pas celui-ci qui fut reçu à Bruxelles le 2S juillet 1673, mais son fils, David Teniers le jeune, comme il se qualifie lui-même, mort en f68o, rue Haute, où il demeurait, cinq années avant son père, avec qui on l'a toujours confondu.

(5) Il règne beaucoup d'incertitude au sujet des De Hondt, dont la biographie reste à faire.

(4) Jacques Vander Heyden, d'Arnhem, ne nous est pas connu, mais bien Jean Vander Heyden, peintre d'histoire, qui fut reçu dans le métier de Bruxelles le •lo novembre 1678, reçut du magistrat des exemptions d'accises le 20 juin 1686 et alla fiuir ses jours en Angleterre, où il mourut en 1697, à Stapleton, dans le comté de Norlharapton.

(o) Ce Jacques Huysmans est-il le même que Corneille Huysmans, dit de Malines, qui naquit à Anvers en 1648, apprit son art chez Jacques Artois, voyagea ensuite avec Vander Meulen, retourna plus tard à Anvers, où il fut reçu dans la gilde de Saint-Luc en 1706, et finit ses jours à Malines, le 1" juin 1727. C'était un bon peintre de figures et d'animaux. Un Jacques Huysmans fut reçu comme apprenti dans la gilde de Saint-Luc, d'Anvers, en 1666-1667, mais c'est tout ce que je sais de lui.

Luc Achtschelling ou Achtschellinck, excellent paysagiste, ne naquit pas, comme on l'a dit, en 1570, et ne mourut pas en 1651. A ce compte, il eût été difficile pour lui d'apprendre son art chez Louis De Vaddere. La vérité est qu'il fut baptisé le 16 janvier 1616 et qu'il mourut en 1704. Il devint, le 29 octobre 1659, l'élève de Pierre Van der Beurght, prit la maîtrise le 17 décembre Uïo9 et fut privilégié par la ville le 50 avril 1689.

N. De Vooglit, qui, après avoir longtemps navigué, se consacra à la peinture de marines (1).

Victor-Honoré Janssens fut admis comme franc-maître en 1639. Le plafond de la salle d'assemblée générale des seigneurs états de Brabant et plusieurs tableaux d'autel, dans cette ville, témoignent de la supériorité de son art, surtout dans la peinture d'histoire (2).

En 1690 fut pris comme franc-maître Henri Hertebout, disciple de David Teniers. Comme son maître, il fut très célèbre pour ses peintures de paysanneries (3).

Eu 1692 et 1693, on trouve inscrit comme franc-maître François Bargas (4) et Jacques Huysmans (5), le premier peintre d'images (?) et le second paysagiste.

Adrien Boudewyns, paysagiste, après avoir été admis comme 9'econnu en 1694", prêta serment comme franc-maître (6).

Il en fut de même pour J.-B. Van Diest, peiîitre de la cour (7).

En 1696, Jérôme Van Breugel fut inscrit comme reconnu et plus tard il devint franc-maître (8).

Deux ans après, le métier admit Augustin Coppens, célèbre paysa-

(1) N. De Vooghl, peintre de marines, ne nous est pas connu.

(3) La biographie de Victor-Honoré Janssens a été récemment écrite, phis complète, dans la Biographie nationale. Cet artiste, dont le chef-d'œuvre orne la salle d'assemblée du Conseil communal, ii l'Hôtel de Ville de Bruxelles, naquit dans cette ville le 11 juin 16o8, mort en 1756. Ce peintre remarquable fut doyen du métier en l'an 1699.

(5) Hertebout, inconnu. Tout ce que l'on sait de lui, c'est que, sous le nom de Henri Herdebaut, il fut doyen du métier en 1705.

(4) François Bargas était, parait-il, de Toulouse, oii il naquit en 1659. n était aussi graveur et l'on connaît de lui quatre pages d'après Bout et six d'après lui-même. Il fut doyen en 1C98.

(5) Ce Jacques Huysmans est sans doute le même dont il a déjà été question.

(6) Adrien-François Boudewyns, qui travailla longtemps avec Van der Meiilen, dont il épousa la sœur, Harbe. Baptisé à Bruxelles le 5 octobre lG4i, il y devint, le 22 novembre 1663, l'apprenti d'Ignace Van der Stock. H revint dans sa ville natale et y mou ru l en 1 7 1 1 .

(7) Jean-Baptiste Van Diest, qui était peintre de la Cour en 1702 et eu 1750, n'est guère connu aujourd'hui que des érudits. \\ y avait de ses tableaux au musée de Ter-Vueren, qui a été déplacé au siècle dernier.

(8) Jérôme, ou plutôt Jérôme-Michel Breugel, comme je l'ai établi dans mon travail sur la famille de ce nom (publié cette année), était petit-flls de Jean Breughel, le fils aine du célèbre Breughel de Velours. H naquit en 1663.

giste, renommé surtout pour ses patrons de tapisseries deBruxelles (1).

L'année suivante, en 1699, on inscrivit dans le registre comme reconnus Tiiibaud Michau et N. De Neefï, le premier excellent paysagiste, le dernier, qui était natif d'Anvers, peintre d'histoire agréable (2).

Jacques Vander Borght, J.-B. Morel et David De Koninck, les deux premiers peintres de fleurs célèbres, le troisième peintre d'animaux, furent la même année acceptés en qualité de reconnus (3).

Elisabeth Celdrin, peintre de paysages et de kermesses de paysans, fut aussi acceptée comme reconnue, la même année (4).

En 1705, on trouve dans le registre, avec la qualification de reconnus, Pierre Snyders et Pierre Eyckens, le premier paysagiste de réputation, le second peintre d'histoire (5).

En 1711 apparaît comme franc-maître Jean Van der Heyden, peintre d'histoire, et comme reconnu Siger Van Helmont, peintre de portraits et d'histoire (6).

En 1713 fut reçu comme reconnu N. Cortens, prêtre, portraitiste, et, en 1717, N. Duplessi, venu de France et célèbre peintre d'histoire (7).

(1) Coppens, qui est surtout connu par ses vues des ruines de Bruxelles et de l'église Saint-Nicolas après le boùibardement, était déjii privilégié, dès 1690, comme peintre travaillant à des cartons pour des tapisseries. Augustin Coppens fut doyen des peintres en 1707.

(2) Tfiibaud ou Tliéobald Michau, bon paysagiste, naquit à Tournai en 1676 (et non 1696) et mourut à Anvers en 1763, où il avait été reçu, en 4710-1711, sous le nom de Thibo Micliou; c'était un imitateur de Teniers.

N. De Neeffest-i! le François De Neve, d'Anvers, peintre et graveur, qui vivait en 166-2?

(3) Ces trois noms n'ont pas échappé à l'oubli. Jean-Baptiste Morel est accidentellement cité comme peintre de fleurs dans les Lirjgeren ou registres de la gildc de Saint-Luc, d'Anvers, en 1712.

(4) H en est de même de celui d'Elisabeth Celdrin.

(5) Pierre Snyders est sans doute le P. Snyers, né à Anvers en 1681 et mort dans cette ville en 1752, professeur à l'Académie. Il avait été l'élève d'Alexandre Van Bredael et peignait surtout des chasses.

Quant à Eyckens, il a laissé à Bruxelles plusieurs tableaux. Le Musée communal possède de lui de beaux dessins représentant les triomphes de l'empereur Charles VI.

(6) Il a déjà été question, plus haut, de Jean Van der Heyden. Siger-Jacques Van Helmont, liis de Jean, naquit a Anvers en 1685 et mourut

à Bruxelles en 1726.

(7) Noms inconnus aujourd'hui.

L'année suivante, on admit comme reconnu Charles Eyckens, natif d'Anvers, peintre d'histoire (1).

En 1720 est admis comme franc-maître François Boudewyns, bon paysagiste, et comme reconnu M. Vander Meyen, disciple du célèbre Schalkens(2).

En 1726, on reçut comme franc-maître Maximilien De Haese (3) et, en 1729, commQ reconnu , Martin Hullet, qui devint franc-maître eu 1733 (4).

La même année devinrent aussi francs-maîtres J.-B. Mille, disciple de S. Van Helmont; Pierre Schovaerts, Michel Breugel et Jean Thibaut, tous peintres artistes (5).

En 1732 furent reçus comme reconnus François Schaldi, natif d'Anvers, peintre d'histoire et de paysanneries, et Frédéric Du Mesnil (6).

L'année suivante, on accepta comme reconnu Julien Disbecq, portraitiste, natif d'Alh (7).

En 1736 devint franc-maître Nicolas Péry (8), peintre d'histoire, et l'on admit comme reconnus N. Sauvage, peintre de la cour, et

(1) Un Charles Eyckens, élève de Pierre Snyers, fut reçu à Anvers en 175:2-

(•2) François Boudewyns fut baptisé le 51 janvier 1671, fut reçu maître à Bruxelles le 27 novembre l'iîO et mourut en 1766.

Vander Meyen m'est inconnu.

(5) Maximilien De Haese, neveu de Jean Van Oriey, est l'un des derniers peintres de l'ancienne école qui ait quoique peu brillé. Il fut protégé par Marie- Thérèse et privilégié par le magistral (19 aoiit 17o0). 11 mourut en 1787.

(4) Hullet, inconnu. Martin Hallet (ou Hullet) fut doyen du métier en 1745; il demeurait rue de l'Artifiee.

(3) Ces quatre peintres sont peu connus; Mille a un tableau représentant Marie-Thérèse, à l'Hôtel de Ville. Pierre Schovaerts, dit le chevalier de Valcour, fut peintre et gentilhomme de l'archiduchesse Marie-Elisabeth. Michel Breugel était le plus jeune des fils de Jérôme-Pierre Breugel, dont il a été question plus haut. Né en 1705, il mourut en 1756, ne laissant qu'une fille, Suzanne, qui resta célibataire et en qui s'éteignit, en 1757, une de nos plus illustres lignées artistiques.

(6) Inconnu.

(7) Idem.

(8) Nicolas-Emmanuel Péry, d'Alost, fut privilégié comme peintre travaillant pour les tapissiers le 4 avril 1745 ; vivait encore en 1730. Il fut élu, en 1742, aux fonctions de doyen.

Antoine Le Clercq; dans la suite, celui-ci fit serment en qualité de franc-maître (1).

Deux années plus tard entra comme franc-maître Joseph Lamberts, arclier de la noble garde de Son Altesse Royale, et l'on admit comme reconnu Chrétien Baillieu, lequel, plus tard, en 1744, prêta serment en qualité de franc-maître (2).

En 1744 fut accepté comme reconnu J.-B, Douxfils, portraitiste, et l'on admit comme recomms : en 1752, N. Dubois, peintre artiste, et en 1763, N. Tassaert, natif d'Anvers, peintre d'histoire (3).

On a jugé nécessaire d'entrer dans ces détails afin de montrer que, dans tous les temps, les peintres artistes, tant étrangers qu'habitants de la ville, ont dû reconnaître l'existence du métier des peintres et en observer les privilèges, et que cette corporation est autorisée à percevoir les droits établis, comme cela s'est pratiqué de tout temps, en ce qui concerne les peintres artistes, tant étrangers qu'autres.

Une quantité d'artistes célèbres, qui ont paru depuis environ deux siècles, constatent que l'organisation du prédit métier, même sur le pied de l'ordonnance de 1647, n'a nullement été contraire au progrès de l'art et que l'on doit chercher ailleurs les causes de sa décadence.

Et d'abord, il est notoire et du reste très naturel que, plus les produits d'un art ont du débit, soit par les circonstances du temps ou autrement, on voit immédiatement une quantité d'amateurs s'y livrer; leur grand nombre amène l'émulation, qui est l'origine de l'excellence d'un art.

Dès le xvie siècle, les églises de ce pays furent partout dévastées; les peintures, aussi bien que les statues, furent détruites par les iconoclastes et brûlées, et il ne resta presque rien subsister de ces arts distingués. Au commencement du siècle suivant, notamment sous leurs Sérénissimes Altesses Albert et Isabelle, les guerres ayant en partie cessé, le pays commença à revivre, les églises ravagées furent rebâties et les autres se virent, comme auparavant, décorées de peintures. Souvent, on voyait arriver beaucoup de peintres étrangers, et

(1) Je ne sais rien sur Antoine Le Clercq. Quant a Jean-Pierre Sauvage, il mourut a Bruxelles le 27 septembre 1780, à l'âge de 8-2 ans; il avait été peintre de Marie-Thérèse et de Charles de Lorraine et ses portraits passaient pour fort ressemblants.

ijL) Lamberts et Baillieu, inconnus.

(5) Tous noms restés obscurs. Philippe-Joseph Tassart fut reçu maître à Anvers le 27 juillet 1757.

d'autres, de Tinlérieur du pays, s'adonnaient au même art, certains de faire leur fortune au moyen de leur travail ; leur multitude provoquant entre eux l'émulation, il se manifestait d'excellents maîtres.

Plus tard, les églises se trouvant ornées, il se trouva dans le pays beaucoup d'artistes et il en résulta le bon marché des tableaux; différents amateurs en formèrent alors de belles collections. On remarquera que c'est à la suite de cette circonstance que l'art a si merveilleusement prospéré dans ce pays, précisément à l'époque où les principaux peintres ont vécu.

Les églises, comme il est dit plus haut, étant alors parées de peintures, l'art commença peu à peu à déchoir, faute d'ouvrages à exécuter, les anciens maîtres ayant fourni les églises et ensuite le pays, ainsi que les particuliers amateurs de pièces artistiques. Il ne resta plus alors de travail que pour quelques amateurs, qui se trouvèrent en nombre d'autant moins considérable que les objets d'art devenaient plus chers. Joignez à cela l'esprit d'économie des particuliers acheteurs, qui, maintenant, préféraient orner toute une maison de tapis, de pièces de damas, d'étoffes peintes ou de papiers peints pour le prix, ou même pour un prix moindre que n'aurait coûté une petite chambre garnie de tableaux.

Maintenant, c'est à peine si quelques amateurs rassemblent encore des objets d'art pour en former une collection. Les ecclésiastiques même, qui, autrefois, payaient de fortes sommes pour orner leurs abbayes ou couvents, tombent tous dans le même système d'économie, et il est rare qu'on voie donner pour un tableau sa valeur.

Il en résulte que l'on rencontre actuellement peu d'artistes. Ces réflexions amènent pour conclusion que l'art n'est pas en sommeil par suite de l'existence du métier ou des taxes du métier, comme quelques-unes voudraient le faire croire. Le fait que des maîtres excellents ont existé dans notre ville au temps où le métier et les taxes de métier existaient, même sur le pied de l'ordonnance' de 1647, prouve à chacun le contraire.

La tolérance et la liberté laissées depuis aux artistes étrangers, qui étaient simplement soumis à une reconnaissance, sans être obligés à supporter les autres charges de la corporation; la faible taxe payée par les habitants bourgeois de cette ville pour devenir francs-maîtres; le fait des valets et les autres articles de l'ordonnance précitée, qui n'est plus observée actuellement, font suffisamment ressortir les autres raisons et circonstances ayant provoqué la décadence de l'art, plutôt que l'organisation et les lois du prédit métier.

Ce métier, outre ses charges ordinaires, consistant en taxes des flambeaux, messes annuelles, appointements du valet de la corporation, réparation de la maison d'assemblée, etc., est grevé d'une rente au capital de 3,147 florins, à 3 p. c, l'an, et, de plus, d'une rente viagère de 750 florins, à 7 p. c, et d'une autre de 1.200 florins de capital, à 8 moins 1/4 p. c. On emploie, pour en payer les intérêts, le produit du droit d'entrée et du droit de reconnaissance des nouveaux francs-maîtres et reconnus étrangers, que le métier est en possession immémoriale de percevoir des artistes, comme il est expliqué plus haut.

Maintenant, pour ce qui concerne le métier des sculpteurs ou statuaires, ceux-ci, de même que les maçons, les tailleurs de pierre et les ardoisiers, forment ensemble le métier des Quatre-Couronnés ; ils ont tous des intérêts communs et paient les mêmes droits d'entrée, s'élevant à 475 florins; ils constituent une seule assemblée, sauf que chaque profession a un doyen, soit quatre pour toute la corporation; les années d'apprentissage sont pour tous de trois ans, la preuve (de capacité) étant seule diftercnte.

Celle des sculpteurs ou statuaires a toujours consisté en un objet d'architecture, tel qu'un pilier d'ordre dorique, avec piédestal, base, chapiteau, architrave, frise, corniche, élevés sur mesure ou au moins dessinés sur papier. Cela se pratique encore maintenant, en prenant pour guide l'architecture de Vignole.

Il est à remarquer que les statuaires peuvent exercer le métier de tailleur de pierres et vice-versa.

Cela doit avoir pris son origine de ce que, de tout temps, les statuaires, conformément aux ordonnances, peuvent travailler non seulement à rexéciitiou des statues, mais aussi à celle d'ouvrages en rondebosse de toute espèce, de moulures, de corniches et de tout ce qui est relatif à l'architecture; il est presque impossible de séparer tout cela de la taille des pierres, qui se rattache aussi à l'art précité.

Il faut remarquer, de plus, que si les statuaires devaient uniquement se livrer à la construction de statues et de bas-reliefs, il leur serait impossible de se procurer des moyens d'existence au moyen de leur art; ces œuvres ne peuvent se terminer que très lentement et sont ensuite d'une extrême cherté. Il en résulte qu'un maître n'a l'occasion d'en exécuter une qu'en deux ou trois ans à peine; ce n'est presque jamais un particulier, mais une cour, une abbaye, une commune qui en fait faire.

C'est pour cette raison que les plus célèbres statuaires, autrefois comme à présent, ne se sont jamais bornés à l'exécution des statues. Les Duquesnoy, à savoir Jérôme et François (1), tous les deux célèbres sculpteurs; Raphaël Gripello (3), Plumier (3), Berger (4) et plusieurs autres ont, non seulement travaillé des statues, mais aussi les ouvrages en bosse et la taille d'antres ouvrages, comme leurs chefs-d'œuvres encore existants l'attestent. Le sieur Delvaux (5), statuaire éminent encore en vie, ne s'est jamais borné à sculpter des statues, mais il exécute encore tous les jours d'autres travaux, notamment d'architecture.

Tous ceux qui, en cette ville, se livrent à la statuaire, ont également étendu leur application à différents objets, ces artistes n'étant pas moins capables dans ce genre que dans l'exécution de statues ou de bas-reliefs.

Tous, indistinctement, à toutes les époques, ont été obligés d'entrer dans le métier des sculpteurs ou des tailleurs de pierres, comme le prouve la liste des maîtres ciannexée, commençant de l'année 1639 jusqu'à ce jour (6), extraite des registres du métier précité. Là, on rencontre des maîtres très remarquables, comme, en 1641, un Vincent Anthoni (7), en 1631, un Antoine Moerevelt (8), et les

(1) Les deux frères Duquesnoy sont suffisamment connus : François, dit aussi le Flamand, vécut surtout en Italie, où il a laissé ses plus beaux ouvrages; il mourut à Livourne, où il fut enterré dans l'église des Récollets. Son frère Jérôme, après avoir été nommé architecte, statuaire et sculpteur de la cour, le 26 octobre 1645, fut accusé et convaincu d'un vice infâme et exécuté k Gaud en 1634.

(2) Gabriel, et non Raphaël Gripello ou Grupello, de Grammont, entra comme maître dans le métier des Quatre-Couronnés de Bruxelles, en 1675, et mourut près d'Aix-la-Chapelle le -20 juin 1750.

(3) L'.Anversois Pierre-Alexis Plumier vint s'élablir à Bruxelles en 1713, fut alors admis dans le métier, et mourut à Londres en 17:2 L On admire dans la cour de l'Hôtel de Ville de Bruxelles une fontaine ornée d'une statue de fleuve, exécutée par lui.

(4) C'est au sculpteur Berge que Bruxelles doit la fontaine du Grand-Sablon.

(5) Laurent Delvaux, l'auteur de l'Hercule de l'escalier du Musée, né à Gand, mort et enterré à Nivelles.

(6) On a jugé inutile de reproduire ici cette liste, qui se trouve déjà dans le travail de M. G.\lesloot et que l'on peut comparer à celle éditée par Pincuart (t. II, pp. 55 à 40).

(7) Vincent Anihoni, admis le 26 juillet 1641.

(8) Arnoul Moerevelt, admis en 1651.

années suivantes, un Voerspoel (1), un Van Delen (3), Huygeloos (3), Devos (4), Van Stichelen (5), Cosyns (6), Van Dievoet (7), De Kindere (8) et plusieurs autres, lesquels ont tous été obligés d'entrer dans le métier, sans distinguer s'ils s'occupaient d'exécuter des statues ou d'autres objets. On peut aussi en conclure, comme ci-dessus au sujet des peintres, que le mode d'organisation du métier n'a, en aucune façon, causé de tort à l'art, les raisons apportées précédemment peuvent aussi trouver place dans ce qui concerne les statuaires.

Mais établir une distinction entre les statuaires et ceux qui n'exécutent que des bas-reliefs et rendre ceux-ci indépendants du métier des statuaires serait (sous correction) constituer une nouveauté inusitée jusqu'à ce jour. Le prédit métier serait lésé dans ses droits et possession et, de plus, il résulterait de cette distinction des procédures interminables et des difficultés; les statuaires, supposés seuls capables dans ces autres branches de la sculpture [snyderye), ne s'exempteront pas de les cultiver; s'ils ne les exercent pas, les grands maîtres, non moins habiles dans les autres parties de l'art, devront les abandonner, au détriment de l'art même, que l'on doit essayer aujourd'hui de favoriser. Ce qui plus est, en réduisant les statuaires à n'exécuter que des statues et des bas-reliefs, on rend leur existence presque impossible par la rareté de l'ouvrage. Il en résultera que les maîtres célèbres se verront forcés d'abandonner le pays pour se rendre là où le travail sera plus abondant, comme on l'a vu dans les temps antérieurs, lorsque Duquesnoy, Raphaël Gripello et Plumier, maîtres excellents, qui s'étaient surtout adonnés à l'exécution des statues, outre les petits ouvrages qu'ils exécutaient pour gagner leur vie, ont été forcés de quitter ce pays et d'aller en Italie, où leurs travaux artistiques se vendaient mieux.

(1) Jean Voorspoel, de Malines, élève de Jérôme Duquesnoy, admis en 1634.

(2) Van Delen, l'architecte de la belle maison le Renard, Grand'Place, fut reçu maître en 1664; mort le 12 mars 1702. 11 fut le digne élève de Fayd'heibe.

(3) Jean Huygeloos, admis comme mailre en 1669.

(4) Marc De Vos, excellent statuaire, admis en 1675. (d) Pierre Van Stichelen, admis en 1678.

(6) Jean Cosyns, l'auteur de la belle façade d'une maison de la rue de Flandre, apprenti d'Arnoul Moerevelt en 1659, admis comme maître en 1678.

(7) Pierre Van Dievoet, admis en 1695, doyen du métier en 1705.

(8) Jean De Kindere, admis en 1712, fut élu doyen du métier en 17'23 et en 1754.

De ce dernier fait, on pourrait inférer que la vente des objets d'art peut seule relever les arts et qu'au contraire, là où il y a rareté de travail, l'art doit aussi s'étioler et tomber en décadence. On ne doit, par conséquent, chercher à la décadence de l'art dans ce pays aucune autre cause que la rareté du travail, laquelle, comme on l'a dit, ne permet pas d'entretenir avec honneur un maître éminent, qui est par suite forcé de délaisser le pays, ce que l'on peut également appliquer aux peintres.

Maintenant, pour ce qui concerne les charges de ce métier uni, il est chargé d'une somme de 24,000 florins de change, dont les intérêts sont payés au moyen des sommes provenant des nouveaux maîtres ; sous ce rapport, le, métier verra grandement diminuer ses revenus et sera forcé de se procurer les intérêts précités au moyen d'une taxe annuelle sur les autres suppôts, taxe dont il n'a jamais été question jusqu'à ce jour.

En ce qui regarde la sculpture et l'architecture, elles ne sont assimilées à aucun métier en cette ville, mais constituent des arts libres. En conséquence, elles ne tombent en aucune façon sous le coup des dispositions du prédit décret de Son Altesse Eoyale, si ce n'est en ce qui concerne la preuve de capacité et l'admission pour exercer ces arts, de même que la statuaire et la peinture, ce qui, d'après les termes du décret, devra s'effectuer à Anvers.

Mais on fera remarquer à cette Cour souveraine que nous avons eu dans tous les temps dans notre ville autant de maîtres peintres éminents qu'à Anvers et que nous avons surpassé de loin cette cité sous le rapport des maîtres statuaires, sculpteurs et architectes; actuellement, notre ville n'est pas dénuée de maîtres éminents dans les arts, non moins capables que les Anversois de reconnaître l'excellence des travaux dans ces arts ; en outre, depuis quelques années, une académie de dessin et d'architecture étant érigée dans cette ville, on en verra sans doute sortir de très bons maîtres qui, certes, ne devront pas céder à ceux d'Anvers, de sorte qu'il serait inutile d'envoyer dans cette cité ceux qui se livrent à ces arts pour le jugement déiiuitif et l'examen de leurs travaux, tandis que cela pourrait se faire dans notre ville, avec autant de soins.

Telles sont les réflexions que nous avons jugé devoir faire parvenir à 'Vos Honneurs, conformément à votre honorable lettre, dans l'espoir que la Cour souveraine trouvera nos raisons sufiisanles, en conseillant à Son Altesse Koyale de maintenir les métiers prénommés dans leurs privilèges, droits et possession pacifique, et ils verront par là que

— oô'-J, —

l'inactivité des arts ne résulte nullement de l'organisation des métiers, comme quelques-uns le prétendent, mais provient d'autres causes qui sont rapportées ci-dessus.

■ Espérant avoir satisfait de la sorte aux ordres de la Cour, nous avons l'honneur de nous déclarer, honorables, nobles, sages et très prudents Seigneurs, de vos honorables nobles, les dévoués, bourgmestres, etc.

(Signé) L.-J. De Zadeleere.

Il ne sera pas sans intérêt de joindre ici une correspondance échangée entre les administrations communales de Gand et de Bruxelles au sujet du commerce des tableaux. On y voit qu'indépendamment des ventes mobilières qui s'opéraient publiquement, en cas de décès, il s'effectuait à Bruxelles des ventes de tableaux, tant anciens que modernes, chaque fois qu'un particulier le jugeait convenable, et cela au plus offrant, c'est-à-dire, pour nous servir d'une expression usitée à cette époque, « avec l'usage du bâton », met den stockslagh. Cet usage s'était introduit, dit le magistrat de Bruxelles, afin d'encourager les peintres et pour éviter qu'ils ne soient forcés de vendre leurs œuvres de la main à la main ou au rabais.

Dans sa lettre, qui est datée du 1" juin \77'2, le magistrat de Gand déclare que, dans cette ville, les peintres artistes étaient distingués sous le nom de fynsclulders, des peintres de maisons ou de bâtiments, dits hiiysschilders, les uns et les autres formant avec les teinturiers et blanchisseurs (blanchisseurs de façade s'entend, en flamand icUters) un métier. Ils s'opposaient à l'usage de vendre publiquement des tableaux, ce que le magistrat gantois désapprouvait, « la peinture étant » un art libéral d'un rang distingué » . Dans sa réponse, à la date du 6 juin, le magistrat de Bruxelles parle du métier des peintres en rappelant que, sans en supporter les charges, on pouvait en faire partie, sous le nom de reconnu du métier, en s'astreignant simplement à payer à la corporation un droit de GO florins. Il termine en se montrant disposé à donner au magistrat de Gand tous les renseignements qu'il désirerait et

— '-yôo —

en se plaignant que des demandes semblables, faites par lui, étaient restées sans réponse; qu'il avait notamment sollicité, sans succès, l'envoi d'une mesure gantoise de sel brut. Voici le texte de ces deux épîtres :

Edele, weerde ende voorsinnige heeren,

Wy sauden geerne van U. Ede glieinformeert wesen of liet jedereen gheperraitteert is binnen U.Ed'^stadt ende jurisdictie publieckelyck by den stock te laeten vercoopeu soo aude als nieuwe schilderyen, buyten de venditien die men gewoon is te hauden in sterfhuysen, ende dat 't elcken als het de particulière inseteneu goet dunckt; alhier bevinden wy dat de fynscbilders, die met dese denominatie gedistingeert worden van de huysschilders, verwers ende witters, ende uytmaecken een particulier lidt van eene vrye neerynge, hun daer jegens opposeren. Daer ons gerapporteert is dat sulcx binnen U. Ede stadt jedereen toegelaeten wordt, ende het gonne ons in reden ende justitie dunckt te bestaen, midts de schilderconste is eene liberaele conste, ende wel eenen gedistingucerdeu rang onder de liberaele consten occupeert,

Wy suUen U. Eà^ daer vooren verplicht wesen ende hebben d'eere te syn met allen offer van dienst, ende met aile veneratie,

Edele, weerde ende voorsinnige heeren, enz.

Schepeneu van den Keure en Eaed der stad Gent.

Signé: G. Gobert.

Geud, iJuny 1772.

Aen de Edele, weerde ende voorsinnighe heeren die Schepenen van den Keure ende Raedt der stadt Gent.

Edele, weerde ende voorsinnighe heeren, Wy hebben ontfanghen U. E. missiven in date j. deser loopende maendt juny, by welcke U. E. ons melden dat sy geerne souden geinformeert syn ofte het binnen onse stadt geoorloft is publieckelyck met den stockslagh buyten de venditien der sterfhuysen te vercoopen soo oude als nieuwe schilderyen, ende dat 't elcke nais het de particulière ingesetenen goetdunckt.in antwoordt van welck wyU. E. suUenonderrichten dat binnen onse stadt, soo als by U. E. , de schilders syn formerende een particulier lith van vry neiringhe, met dese distinctie

nochtans dat binnen onse stadt de vremde koastschilders alleen gehouden syn aen het voorschreven ambacht te betaelen eene somme van sestigh guldens eens, raits welcke sy hunne konste binnen dese stadt verraoghen liberlyck te oeffenen, sonder aen eenighe de minste lasten van het voorschreven ambacht onderworpen te wesen ; welcke aldus geadmitteerde konstschilders worden genaemt erlmnde ofte recognuëii van het ambacht, welck niettegenstaende nochtans heeft men 't allen tyde publieckelyck met den stockslagh sien vercoopen soo nieuwe als oude sehilderyen soo wanneer dit de particulière goetdocht; sulcx geschiedt menighmael ende wordt toegelaeten, soo tôt liet aenmoedighen der schilderkonste, als om dat de konstschilders hun niet en soude genootsaeckt vinden hunne konststucken op verlies onder de handt te vercoopen, waert dat dese publiecke vercoopinghen niet geoorloft en waeren.

Dit syn de bemerckinghen de welcke wy U. E. bebben vermeynt te moeten laeten toecomen, ingevolghe U. E. brief, verblydt synde in aile occasien te konnen bethoonen onse dienstbaerheydt, raaer in tegendeel hebben wy U. E. met verscheyde raissiven aensocht, ende naementlyck met onse itérative van 3 raay laestleden, van ons te willen laeten toecomen een Gendsch rouwzout-vat, maer tôt op heden en hebben wy het selve van U. E. niet konnen becomen, jaeselfs geene de minste antwoorde ontfanghen, niettegenstaende wy over verscheyde andere saecken missiven van U. E. hebben ontfanghen, op het versoeck van welcke wy op het spoedighste hebben voldaen, soo als de goede gebuersaemheydt dit vereyscht; wy syn in aftwachtinghe vau dese reciprociteyt, ende hebben d'eerete syn met aile veneratie,

Edele, enz.

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