‹ Villegiatures d'artistesChapitre 13 sur 18 · LE CLOS SAINT-BLAISE · texte numérisé non relu

LE CLOS SAINT-BLAISE

Ça vous a un véritable air de campagne, ce titre-là; qui supposerait qu'ainsi s'appelle un jardin-musée?

On descend du train à Poissy, la ville bruissante d'autrefois par ses marchés, la ville où la vieille église, pittoresquement moyen-âgeuse, évoque tout un passé de seigneuries bataillant, la ville que Meissonier a rendue un instant célèbre et où il est mort après y avoir longtemps travaillé — le fauteuil roulant sur les rails pour les études cle chevaux, le champ labouré et blanchi pour poser dans le le Retour de Waterloo, etc. — on traverse

200 VILLÉGIATURES D'AUTISTES

sur le pont de la Reine-Blanche la Seine toute égayée de petites îles verdoyantes, toute peuplée de barques, en flottilles, et, afin d'aller à droite, du côté cle Carrièressous-Poissy, on quitte la grande route.

Avant un calvaire — ce fut là sous ce nom un premier volume de haute valeur et de grand courage — une grille, et, visà-vis, l'entrée d'un vaste potager qui, de terrasses entonnellées de vignes, dégringole jusqu'aux prairies bordant le fleuve.

— Monsieur Octave Mirbeau?

Des abois de molosses de garde qui, à cette heure, sont enfermés là-bas dans les communs, l'ondulement sur le sable jusqu'au visiteur d'une jolie petite chienne, bête familière au poil long, joujou d'intérieur, et, en gentilhomme-farmer, chaussé de babouches jaunes, à la pointe recourbée, un chapeau mou enfoncé sur les yeux, voici le féroce ironiste aux haines vigoureuses, au parler franc, à la dent cruelle, qui s'avance, souriant, gai, affable de

Page 1