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LE CLOS SAINT-BLA1SE

savoir que l'on vient admirer ses fleurs.

Grand, solidement bâti, la moustache d'officier, le teint hâté, une allure de combativité, une sensation d'énergie brutale, d'audace dangereuse, malgré le blond doré des cheveux, l'auteur des Grimaces, un pamphlet de jeunesse écrit à l'acide, est un merveilleux horticulteur, et, malgré ce vilain temps maussade de septembre, le vent qui fouette et la pluie qui bruine, nous visiterons d'abord le jardin, palette milliardaire de tons qui aurait dû tenter bien des peintres, et qui enchantait Edmond de Goncourt.

Des dahlias, des glaïeuls, des iris, non pas ceux qu'on connaît, que tout le monde peut avoir, mais des espèces inédites créées par Octave Mirbeau, des mélanges de graines, des croisements, des hybridations dont les résultats aussi extraordinaires que séduisants ont étonné et tenté récemment Vilmorin lui-même.

Au lieu de cette .chose serrée, tuyautée, en boule bête et lourde, droite sur sa tige

disgracieuse qu'est le dahlia, ici la fleur s'écarte, s'évase, se recourbe, et sa teinte habituelle se limite de colorations bizarres, de panachures excentriques, et alors ce sont modèles précieux d'ornementation pour des étoffes, pour des papiers, pour des Carlos Schwab ou des Grasset; aussi les glaïeuls, très montés, en forêt touffue et érigée de clochettes, montrent des apparences hallucinantes de bêtes de rêve, des formes fantasques qui semblent vivre, les unes endeuillées de bleus éteints, de mauves morts, les autres venimeuses, traîtresses, avec leurs macules; les iris, importés directement du Japon, sont dans une sorte de bassin sablé qu'une prise d'eau voisine humidifie de façon continue, et tout cela n'est pas le jardinet restreint du collectionneur, on compte les pieds par milliers; toutes les allées en sont bordées, les massifs en sont emplis, le bois en ses rochers abrite toute une catégorie de plantes des montagnes ; des arbustes même, par le caprice et la volonté de leur

possesseur, sont modifiés dans leur dessin, dans leurs feuilles, dans leur existence. Régentée par un grand souci d'art, par l'esthétique d'une vision gourmande, mais difficile, par une passion raisonnée, cette fabrication de fleurs est de l'œuvre de Mirbeau, une partie très spéciale dont le comte Robert de Montesquiou doit s'éjouir.

Entre deux murailles, frissonnantes à la brise, d'helianthus de l'Himalaya, leurs larges disques d'oradornés d'une collerette de folioles pointues, nous gagnons la maison qui, avec ses balcons de bois découpé courant sur les façades à l'extérieur à l'abri d'un toit en auvent ainsi qu'on en voit aux chalets suisses, est entièrement plaquée d'un treillage en losange d'une teinte vert d'eau pâle ; cette douceur d'aspect prépare bien aux harmonies exquisement combinées de l'intérieur, le vestibule tendu de toile grise d'emballage où des cygognes sont décolorées au vaporisateur, la salle à manger toute peinte en jaune, boiseries, murs, vitres, dans une clarté

transparente à la Liberty, le salon égayé d'une étoffe anglaise, des oiseaux-fleurs posés entre des rinceaux hiératiques, copie en bleu d'une mosaïque vieille de deux mille ans ; et, en cet entour d'élégance sobre, raffinée, précieuse, de rares meubles laqués, des sièges aux formes grêles, des étagères d'outre-Manche avec des bibelots japonais, des ivoires fouillés, des bronzes délicats, puis des marbres de Rodin dont le fameux haut-relief de Mirbeau vu au champ de Mars, des plâtres de Constantin Meunier, son Souffleur de verre et son Vieux Cheval de mine, des Pissaro, des van Gogh, des Monet, des Gauguin, des Raffaëlli, des Forain, un Renoir merveilleux, efflorescence de chair grasse à la Rubens, des Degas, une sanguine de Puvis de Ghavannes.

Des livres, habillés d'étoffes fanées, de soies pâlies, révèlent également les sympathies en art du maître de la maison.

C'est Yilliers, Mallarmé, Jules Laforgue, Maeterlinck, Yielé-Griffîn.

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