DE MAISONNEUVE
Avant de porter la croix sur la montagne de Montréal, M. de Maisonneuve avait voulu être fait premier soldat de la croix, avec toutes les cérémonies employées par l'Eglise en pareille circonstance, En lui remettant cet étendard de salut, on avait fait sur lui les oraisons du rituel romain en usage lorsqu'on imposait la croix à ceux qui partaient pour quelque expédition religieuse ou qui se dévouaient autrefois à la délivrance des Lieux - Saints ; et, assurément, cette cérémonie ne fut jamais pratiquée avec un fondement plus légitime que dans cette occasion, puisque les fondateurs de Villemarie et M. de Maisonneuve, leur représentant, voulaient, en fondant cette colonie, faire une œuvre sainte et apostolique et que les Iroquois n'étaient, pas moins que les Sarrasins, ennemis de la Foi chrétienne.
Cette cérémonie fut employée avec un grand succès, et les assistances providentielles, miraculeuses pourrait-on dire, qui sauvèrent M. de Maisonneuve des plus grands dangers pendant 24 ans, furent cômme l’accomplissement de celte prière qui fut faite alors pour lui au nom de l'Eglise : “ Seigneur, nous prions votre clé- “ mence infinie de protéger toujours et partout
“et de délivrer de tous les périls votre serviteur “ qui, selon votre parole, désire porter sa croix ‘à votre suite, et combattre contre nos adver- “ sairves pour le salut de votre peuple choisi.”
Cette assistance providentielle ne se manifesta jamais d'une manière aussi éclatante que le 16 mars 1644, où M. de Maisonneuve courut les plus grands dangers.
Depuis quelques mois les Iroquois ne cessaient de harceler les colons qui n'étaient plus en sûreté dès qu'ils avaient franchi les portes du Fort. Ils avaient déjà perdu plusieurs des leurs, et, rendus furieux par des attaques incessantes, ils pressaient M. de Maisonneuve de les conduire au combat. Mais M. de Maisonneuve résistait toujours, vu le petit nombre des combattants qu'il pouvait opposer aux Iroquois, qui, à la férocité la plus grande, joignaient la ruse et la prudence; restant souvent des journées entières cachés dans les broussailles, attendant l'occasion de tuer quelque colon.
Mais la Providence, qui veillait à la conservation de Villemarie, avait elle-même ménagé aux colons un moyen sûr de connaître la présence des [roquois et les endroits oùils étaient cachés.
J’étaient des dogues amenés de France, et qui par un instinct tout particulier, discernaient, à l'odeur, tous les endroits où les Iroquois se tenaient en embuscade. “ Il y avait, d'* le père “ Jérôme Lallemant, à Montréal, un nne, “ Pilotte, qui ne manquait jamais °° ous les “jours à té découverte, condui es petits ‘avec soin et, si quelqu'un d'eux - isait le rétif, “elle le mordait pour le faire marcher. Bien ‘plus, si quelqu'un retournait au milieu de sa ‘* course, elle se jetait sur lui, comme par châti- “ ment, au retour. Si elle découvrait, dans ses ‘recherches, quelques Iroquois, elle tournait
“ court, tirant droit au Fort, en aboyant et don- “ nant à connaître que l'ennemi n'était pas loin. “ La constance dé cette chienne à faire tous les “ jours sa ronde, sa persévérance à ronduire ses “ petits et à les punir, quand ils manquaient de . À suivre, sa fidélité à tourner court quand “ l'odeur de l'ennemi frappait son odorat et à “ aboyer de toutes ses forces, en faisant face du “ côté où les ennemis étaient cachés, tout cela “ donnait de l’étonnement et devait être regardé “ comme un signe manifeste de la vigilance et “ de la protection de Dieu sur Villemarie. ”
Or le 16 mars 1644, les chiens s'étant mis à aboyer de toutes leurs forces, les colons coururent de nouveau supplier M. de Maisonneuve de ‘les mener au combat, Il y consentit et se mit à leur tête après avoir laissé le commandement du Fort à M. d'’Ailleboust. Les trente colons, guidés par M. de Maisonneuve, s'avancèrent bravement contre les Iroquois qui étaient au moins deux cents, Le combat fut d’abord très chaud de part et d'autre, et dura si longtemps que les munitions manquèrent aux colons. M. de Maisonneuve ordonna la retraite ; c'était le seul moyen de salut, moyen diflicile car les colons étaient très engagés dans les bois et si mal montés en raquettes comparativement aux Iroquois “ qu’à peine, dit M. Dollier de Casson, ‘’étions-nous de l'infanterie au rapport de la “ cavalerie. ”
La petite troupe, ayant plusieurs morts ou blessés, se retira en faisant face de temps en temps à l'ennemi, par un chemin de traine, Mais bientôt, effrayés par le grand nombre des Iroquois qui les pressaient, les colons se sauvèrent à ioutes jambes, en laissant M. de Maisonneuve tout seul, fort loin derrière eux. Armé de deux pistolets, il faisait face à chaque ins-
tant aux Iroquois qui étaient toujours sur le point de le saisir, non pour le tuer, mais comme ils avaient reconnu en lui le gouverneur de Villemarie, pour le prendre vivant et le donner en spectacle à ceux de leur bourgade et lui faire subir ensuite les plus cruels supplices.
Us réservaient même à leur chef une si importante capture; aussi se tenaient-ils un peu écarté de lui.
À la fin M. de Maisonneuve, se trouv .t si importuné, tire sur le chef un coup de pistolet. Le coup ayant ruté, le chef sauvage saute sur lui, le saisit par le cou ei le serre entre ses bras pour le faire prisonnier ; en même temps, M. de Maisonneuve, levant son second pistolet audessus de son épaule, le tire dans la tête du sauvage, qui tombe mort. M. de Maisonneuve put alors regagner le Fort sans être poursuivi, car les sauvages s'empressèrent autour du corps de leur chef pour l'enlever de peur qu'il ne servit de trophée de victoire aux colons.
Les soldats de M. de Maisonneuve accueillirent son retour avec autant de joie pour sa conservation que d'admiration pour son courage, et l'estime qu'ils avaient déjà pour lui s’en accrut davantage. Ils conçurent après ce combat une si grande idée de sa valeur et de son adresse dans le métier des armes, que, dès ce moment, ils eurent pour lui le dévouement le plus entier et protestèrent qu'ils ne souffriraient jamais qu'il s’'exposât ainsi. La protection de Dieu envers leur digne chef dans un péril si extrême leur parut évidente, et ils s’'empressèrent de lui en rendre grâce.
Ce combat des colons de Montréal avec les Iroquois eut lieu sur un terrain situé au-dessus de l'emplacement qui figura plus tard dans les
anciens plans de Montréal sous le nom de Bastion
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Lavigne, sur lequel ont été construites les banques de Montréal et de la Cité. Comme, dit “ M. Faillon, M. de M aisonneuve fit ce trait de “ courage en se retirani, de ce lieu pour gagner “ le Fort situé à la Pointe, dite ensuite à Crl- “ lière, il peut très bien se faire que, s'y rendant “ par le chemin de traîne qui a été l’origine de “la rue Saint-Joseph, ila tué de sa main le “ chef Iroquoiïs sur la place même qui est en face “ des deux banques et cette action hardie, le pre- “ mier fait militaire passé dans ce lieu, justifie “ à bon droit le nom de Place d'Armes que les “ anciens lui ont donné depuis plus d’un siècle, ”
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