FONDATION DE L'HOTEL-DIEU DE VILLEMARIE, PAR M"° DE BULLION
A l'encontre de ce qui a lieu le plus souvent dans les associations nes les Associés de la Compagnie de Montréal sont presque tous restés inconnus. La pureté de leur vertu était si grande qu'ils mettaient tous leurs soins à se cacher aux yeux du monde ; aussi presque tous n'étaient connus que de Dieu seul.
Parmi eux se trouvait une grande dame, Mme de Bullion,qui donna environ soixante mille écus à la Compagnie, et elle cachait ses libéralités avec tant d’habileté que la plupart des Associés ignoraient qui elle était, et ne la connaissaient que sous le nom de la “bienfaitrice inconnue. ” Â sa mort seulement le secret fut déceivert.
Mme de Bullion, après avoir lu la lettre que lui adressa Mile Mance, en quittant la Rochelle, et après plusieurs entretiens avec M. de la Dauversière, fut convaincue que Dieu demandait la fondation d’un hôpital à Villemarie. Elle donna donc, en 1643, 42,000 livres pour commencer cet établissement et de plus envoya à Mile Mance 2,000 livres dont elle lui laissait la libre disposition.
Tout en éprouvant la plus grande reconnaissance pour la générosité de la bienfaitrice incon-
nue et le plus grand amour pour Dieu qui manifostait sa bonté sur Villemarie d’une manière si touchante, Mille Mance crut que ces fonds seraient plus utilement employés si on s'en servait pour fonder de nouvelles missions. En conséquence, elle ‘crivit à Mme de Bullion pour lui en demander l'autorisation en lui mandant qu'il n’y avait pas un seul malade à Villemarie, ni aucun blessé; car la paix régnait avec les sauvages.
Mme de Bullion refusa, et, pour se conformer aux ordres de Dieu, répondit qu’elle entendait que ces fonds fussent affectés à la fondation d’un hôpital à Villemarie aw nom et en l'honneur de saint Joseph “ pour y nourrir, traiter et médicamenter les pauvres malades du pays, et les faire instruire des choses nécessaires à leur salut. ”
Comme si Dieu eût voulu montrer d’une façon éclatante que c'était bien par ses inspirations qu'agissait la bienfaitrice inconnue en persistant dans la fondation d’un hôpital, les Iroquois, à la fin de 1648 et au commencement de 1644, se mirent à faire une guerre cruelle aux colons, dont ils tuèrent quelques-uns et blessèrent plusieurs autres.
La construction de l’Hôtel-Dieu devenait de jour en jour plus nécessaire, aussi M. de Maisonneuve y employa-t-il tous ses ouvriers. Enfin, le 8 octobre 1644, les bâtiments furent achevés et Mile Mance alla s’y installer. Cet hôpital, bâti sur un point élevé, le lieu même où est aujourd’hui l’Hôtel-Dieu, était en bois ; il se composait d’une cuisine, d’une chambre pour Mlle Mance, d’une autre pour les servantes et de deux salles pour les malades. Un petit oratoire de pierre, voûté et aussi bien orné que possible, complétait cette première installation.
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Dès les premiers jours, les malades et les blessés dans les rencontres avec les Iroquois furent assez nombreux pour remplir D ns Anssi Mile Mance écrivait-elle à Mme de Bullion : “ D'abord que la maison où je suis a été “ construite, incontinent elle a été garnie, et le “besoin qu'on en a, fait voir la conduite de “ Dieu en cet ouvrage.” Mile Mance terminait sa lettre en demandant de nouveaux secours, car les besoins étaient bien grands.
Mme de Bullion répondit l’année suivante en
des termes qui montrent combien sa charité était ardente : “ J'ai plus d'envie, dit-elle, de “ vous donner les choses nécessaires, que vous “n’en avez de me les demander. Pour cela j'ai mis 20,000 livres entre les mains de la Compagnie de Montréal, pour vous les placer en rente, afin que vous serviez les pauvres sans leur être à charge; et outre cela, je vous envoie 2 000 livres. ” Cette même année, 1645, les Associés envoyèrent le premier ameublement pour la maison et pour la chapelle, des médicaments, des instruments de chirurgie et enfin deux bœufs, trois vaches et vingt moutons.
Bientôt il fut nécessaire d'ajouter une nouvelle salle aux deux primitivement destinées aux malades, à cause des combats journaliers avec les Iroquoïs.
En voyant les services que rendait cet hôpital, les colons ne cessaient de bénir Dieu d’avoir si heureusement inspiré leur bienfaitrice inconnue et ils voyaient dans ce fait une nouvelle preuve de la protection divine sur Villemarie.
À cette époque les colons avaient le bonheur de posséder le très-saint-Sacrement en deux endroits : à la chapelle du Fort, qui servait
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d'église paroissiale, et à la chapelle de l'hôpital
qui devint un lieu de station pour les processions.
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