‹ Villemarie [microforme]Chapitre 26 sur 68 · BAPTÈME ET MORT D'UN SAUVAGE NOMMÉ JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

BAPTÈME ET MORT D'UN SAUVAGE NOMMÉ JEAN-BAPTISTE

Les colons, tout en s’établissant dans l'ile de Montréal et en guerroyant contre les cruels [roquois, s'employaient sans cesse à la conversion des sauvages. Ils eurent la joie d'en voir plusieurs recevoir le baptême pendant l’année 1646. Un de ceux-là avait durant trois ans édifié la colonie par sa fidélité à remplir tous ses devoirs pour se préparer au baptême. Il répétait souvent : “ Voilà trois ans que je ‘ demande le baptême ; je me fâche contre ‘“ moi-même et non contre ceux qui me le re- “ fusent ; car j'ai beaucoup offensé Dieu. ?

Un hiv er, ayant failli mourir de froid, il suppliait Dieu de ne pas le faire mourir avant qu'il ne fût baptisé : “Si j'étais baptisé, disait-il en

s'adressant à Dieu, je ne serais pas marri d’être

malade, et je ne craindrais pas la mort.”

Les longues épreuves qu'on fit subir à ce sauvage, non seulement affermirent sa foi, mais contribuërent à faire éclater dans l'esprit des paiens la vérité et la puissance de notre sainte Religion, Le 24 juin 1646 on accéda enfin à ses vœux, et il fut baptisé solennellement, ayant pour parrain et marraine M. et Mme d’Ailleboust jqui, en l'honneur du grand saint dont c'était le our même la fête, le nommèrent Jean-Baptiste.

Il fut l'édification de tous les Français et des Sauvages qui assistèrent à cette cérémonie, par sa modestie et par ses protestations de défendre toujours sa foi au péril de sa vie,

Jean-Baptiste entendit ensuite la messe et y fit sa première communion, Ces denx événements produisirent un grand changement dans sa personne ; il devint modeste, qualité si rare chez les sauvages, et conserva jusqu'à sa mort sa piété aussi vive et sa foi aussi grande.

Ce bon chrétien mourut bientot dans une embuscade dressée par les froquois. Le 5 mars 1647, plusieurs Iroquois, affectant les apparences de la paix et de l'amitié, approchent de plusieurs capitaines Algonquins qui venaient de prier Dieu et qui étaient accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Les voyant sans méfiance, ils fondent sur eux à l’improviste et commencent le massacre. Jean-Baptiste était un de ces Algonquins. Prévenu par sa femme, Marie, du danger, il se met en défense, tue le premier {roquois qui se présente, mais accablé par le nombre, il est massacré à son tour et il expire en louant Dieu

Les Troquois font un grand carnage, tuent les vieillards, les femmes et les enfants inc sir de les suivre dans leur pays et entrainent, e les frappant brutalement et leur arrachant Le ongles, ceux qu'ils amenent dans leurs bourgades.

Dans ce grand désastre, les pieux Algonquins ne perdirent pas leur foi, soutenus qu'ils furent par un de leurs chefs qui leur dit : “ Courage, “ mes Frères ! ne quittons pas la prière ni la “foi. L'orgueil de nos ennemis passera bientôt, ‘“ nos tourments ne seront pas de longue durée, “et le ciel sera notre demeure éternelle, Que ‘“ personne ne soit ébranlé dans sa croyance ;

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“ nons ne sommes pas délaissés de Dieu, malgré “ cette infortune ; mettons-nous à genoux et “ prions-le de nous donner le courage dans nos “ tourments. ” À ces mots, spectacle qui montre la grandeur de la foi chez les Algonquins, ils se jettent à genoux, font le signe de la croix en présence de leurs persécuteurs, récitent à haute voix leurs prières ordinaires et chantent ensuite des cantiques pour se consoler de leur malheur. Et, détail touchant, comme les [roquois leur avaient enlevé tout objet de dévotion, ils se servaient de leurs doigts pour dire le chapelet.

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