ARRIVÉE À VILLEMARIE DE LA FEMME DE JEAN-BAPTISTE
Le 8 juin 1647 un canot arrivait à Villemarie ; li était monté par une femme seule, c'était Marie, femme de Jean-Baptiste. Toute en larmes et éclatant en sanglots, elle est conduite auprès de M. et de Mme d’Ailleboust, qui tächent par des paroles affectueuses de calmer sa douleur. Mais ses larmes ne cessaient pas et elle s’écrie : * Voyant les personnes et les lieux où l’on m'a “témoigné tant d'amitié ainsi qu'à mon pauvre “ mari et à mon enfant, je ne puis retenir mes “ larmes, ”
Après quelques instants, cependant, Marie raconta les moyens dont Dieu s'était servi pour la tirer du pays des Iroquois. Etant parvenue à s'enfuir, elle demeura cachée dans un bois, pendant dix jours et dix nuits, sans feu, au milieu de la neige, avec une simple robe fort mince, La nuit elle allait chercher sous la neige quelques épis de blé-d’Inde pour se nourrir pendant le voyage de deux mois qu’elle allait entreprendre.
Mais elle ne put en trouver que deux petits
plats. Prise de découragement à la pensée que, si elle retournait à la bourgade, elle serait brüûlée par les Iroquois et que si elle se mettait en chemin elle mourrait de faim, elle résolut de se donner la mort. Elle fait alors sa prière pour se recommander à Dieu, attache sa ceinture à un arbre où elle monte et, passant autour de son cou l’autre bout où elle avait fait un nœud coulant, elle se jette en bas. Le poids de son corps fait rompre la ceinture ; elle remonte de nouveau, la ceinture se brise encore. Alors elle se dit : ‘“ Peut-être, Dien veut me sauver par la ‘“ fuite. Et n'est-il pas assez puissant pour me “ nourrir ?”
Réconfortée par une ardente prière, elle se met hardiment en route, se conduisant par la vue du soleil, souffrant d’un froid intolérable et d'une faim dévorante car elle n'eut pendant dix jours pour se nourrir que les quelques épis qu'elle avait ramassés.
Enfin, à bout de forces, elle trouva, dans une ancienne hutte d’Iroquois, une petite hache avec laquelle elle fit un petit briquet de bois, ce qui lui permit d'allumer du feu la nuit. “ Ayant “fait ma prière, disait-elle, j'allais chercher, “ dans les rivières, des tortues que je mangeais “ avant de m'endormir auprès du feu.” Dieu, qui la protègeait, lui fit rencontrer un canot ; elle s’y embarqua et eut l'adresse de le raccourcir pour pouvoir le manier. Avec un pieu de bois durci au feu et sa petite hache, elle parvint à tuer plusieurs cerfs. Elle prit aussi de grands poissons et quantité d'œufs d'oiseaux de rivière, de sorte qu’en arrivant à Villemarie il lu: restait encore de ces œufs et de la viande qu’elle avait fumée.
En terminant son récit, Marie s’adressa à sa protectrice, Mme d’Ailleboust et lui dit : “Il me
“ semblait que je vous voyais dans ma fuite, “ priant Dieu pour moi à la chapelle et que le “ Père qui m'avait instruite et baptisée priait “aussi pour moi et me conduisait dans mon “voyage. ÆEnfin, grâce à Dieu, me voici au ‘ LA fr à de mes parents. ”
Pour remercier Dieu de son assistance et lui témoigner sa reconnaissance pour sa bonté, Marie demanda instamment à se confesser et à recevoir la sainte communion ; elle la reçut avec de grands sentiments de piété.