‹ Villemarie [microforme]Chapitre 28 sur 68 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

EisURIHX DES ASSOCIÉS DE MONTRÉAL POUR FAIRE ÉRIGER UN ÉVÊCHÉ AU CANADA.

Les Associés de Montréal et leur digne chef, M. Olier, toujours préoccupés du bien de la colonie et des moyens d’y établir solidement la religion, pensèrent, vers 1645, à faire ériger dans le pays un siège épiscopal, Après avoir terminé avec M. de Maisonneuve, alors en France, les affaires de la colonie, ils s'occupèrent

activement de cette érection.

Ils résolurent tout d'abord, pour n'être à charge ni au peuple, ni au clergé, ni au Roi, de faire, avec leurs propres ressources, les fonds nécessaires pour doter le nouveau siège épiscopal et 1ls cherchèrent parmi eux l'homme ayant toutes les qualités requises pour cette haute dignité,

La charité, la vertu, le zèle et le courage de Thomas Legauffre le désignèrent aux suffrages de tous les Associés, et en faisant part de leur dessein au cardinal de Mazarin, ils lui nommèrent Thomas Legauffre, comme celui qu'ils avaient choisi pour le futur Évêque. Le cardinal approuva hautement l'érection d'un siège épiscopal dans la Nouvelle - France et le choix qu'avaient fait les Associés.

Les RR. PP. Jésuites, seuls chargés jusqu'alors des missions au Canada, ayant été, d'après

le conseil de Mazarin, consultés par les Associés sur l'érection de l’'Evêché et sur le choix de l'élu, approuvèreat l’un et l’autre de ces projets ; M. Legauffre fut enfin nommé pour remplir le nouveau siège épiscopal.

Quand on vint lui annoncer sa nomination, ce prêtre, aussi humble que vertueux, refusa d’accepter, prétendant avoir été appelé à des fonctions incompatibles avec l’épiscopat. Les instances empressées de ses confrères ne purent le décider; tout ce qu’on put en obtenir, c'est qu’il consulterait ses directeurs spirituels et qu’au bout de dix jours, il rendrait une réponse définitive.

Après avoir pris les conseils de son confesseur, M. Legauffre entra en retraite, demandant avec une grande ferveur à Dieu de le guider dans une affaire d’une telle importance. Mais comme si Dieu ne partageait pas dans cette affaire les vues des Associés, M. Legauffre, pendant qu'il était en retraite, fut frappé d’une attaque d’apoplexie qui l’emporta au bout de trois jours.

Il laissait, par son testament, trente mille livres pour l'érection du siège épiscopal et dix mille livres pour l'établissement de la Foi dans l’île de Montréal.

La mort si inattendue de M. Legauffre, tout en causant une grande douleur aux Associés, ne les détourna pas de leur dessein, et ne les empécha pas de poursuivre leurs négociations pour arriver à cette érection dont ils attendaient un si grand bien pour la religion en la Nouvelle- France.

L'assemblée générale du clergé de France fut saisie par eux de eette affaire et après qu'elle l’'eut longuement considérée, Mgr Godeau, évêque de Grasse, disait dans la séance du 25 mai 1646 : “ Il est digne de la piété et de la

“ dignité du clergé de France de travailler à un “ si généreux dessein, afin que l'Eglise que “ Dieu a assemblée au pays de Canada, avec tant “ de merveilles, ne demeure pas plus longtemps “ privée d’un évêque pour la gouverner. Dans “ l'état où elle se trouve maintenant, on peut “ dire que ce n’est qu'à moitié une église chré- “tienne, l'Eglise étant l'assemblée du peuple “uni à son évêque. ”

Puis après avoir rappelé que la guerre avait retardé l'établissement d'un évêché au Canada, que les Français établis dans ceite colonie désiraient ardemment avoir un Pasteur pour les diriger et donner la confirmation à leurs enfants ; que les Associés de Montréal étaient disposés à assurer à leurs frais la subsistance de l’Evêque et de son clergé, le prélat continuait ainsi : “ Il me semble que l’assemblée ferait une action “ très sainte et très honorable de députer quel- “ ques-uns de ses membres vers la Reine pour “ la supplier de nommer un évêque en Canada, “ afin que l'Eglise, privée de cette consolation “ depuis longtemps, s’accroisse de jour en jour “ par les soins et la conduite d’un bon pasteur, “ que la Reine choisira, sans doute, tel qu’il doit ‘“ être pour une si grande entreprise. ”

La proposition de l’évêque de Grasse fut adoptée à l'unanimité par l’assemblée qui nomma pour porter la parole de sa part devant la Reine, les évêques de Séez et de Grasse ainsi que MM. d'Aquilinguy et Barsillon, chargés en outre d'écrire au Pape, si la réponse d'Anne d'Autriche était favorable. Quelques jours plus tard, l’assemblée étant présidée par le cardinal Mazarin, l’évêque de Grasse rappela au cardinal - ministre la résolution de l'assemblée de supplier la Reine de favoriser l'établissement d'un évêché en Canada et supplia Son Eminente

d'employer sa haute influence pour faire réussir un dessein si avantageux à l'honneur et au service de Dieu. Mazarin reçut cette proposition avec une satisfaction toute particulière et promit, non seulement de s'employer de tout son pouvoir à la faire réussir, mais encore de donner, sur ses biens, mille écus par an pour doter le nouvel évêché.

Malgré les bonnes dispositions de Mazarin st l'empressement du clergé de France, l'évêché de la Nouvelle-France ne fut pas encore érigé.

De ce retard, les historiens donnent des raisons qui paraissent assez fondées ; nous n'en citerons qu'une, celle tirée d’une lettre, du 11 octobre 1646, qu'écrivait sur ce sujet la mère Marie de l’Incarnation : ‘“ On parle de nous “ donner un Evêque en Canada ; pour moi, mon “ sentiment est que Dieu ne veut pas encore “ d'évêque en ce pays, lequel n’est pas assez “ bien établi. ”

On peut donc croire, en s’arrêtant à cette partie de la lettre de la mère Marie de l’Incarnation, que c'est par crainte d’une reprise des hostilités avec les Iroquois que l'évêché, dont l'établissement avait été décidé, ne fut pas érigé en ce moment.

Nous n’en devons pas moins une grande reconnaissance aux Associés de Montréal pour avoir eu ce dessein et l’avoir poursuivi avec tant de zèle et d’assiduité ; pour les largesses qu'ils voulaient faire au nouvel évêché et surtout pour leurs efforts, qui, quoique ils n’aient pas eu un succès aussi prompt qu'ils le désiraient, furent cause que la cour de France prit une résolution arrêtée sur ce sujet.

En effet, dès 1647, dans les articles dressés pour le gouvernement de la Nouvelle-France, le Roi déclara que le conseil de gouvernement se-

188ir au tion mit, Jouner, r le

n At é de

raien 1ère ous non °0re seZ

tte nades ont igé

rait composé de trois personnes : le gouverneur de Québec, celui de Montréal, le supérieur des Jésuites, en attendant qu'il y eût un évéque en Canada.

Reconnaissance donc et honneur aux Associés qui, une fois de plus, montrèrent combien ils avaient à cœur le bien religieux de notre pays!

Page 1