ARRIVÉE DE LA SŒUR BOURGEOYS AU CANADA
Le 20 juillet 1653, jour de la fête de Sainte- Marguerite, s'embarquait à Saint-Nazaire pour le Canada la sœur Marguerite Bourgeoys ; elle arrivait à Québec le 22 septembre et au mois de novembre suivant, elle s’agenouillait sur cette terre de Villemarie qu'elle avait tant désirée et pour laquelle elle fut un secours non moins avantageux que la recrue que M. de Maisonneuve amenait avec elle dans notre pays.
Les circonstances admirables de la vocation de la sœur Bourgeoys pour le Canada montrent, une fois de plus, la protection de Dieu sur ce pays, auquel il faisait, en la sœur Bourgeoys, un don si précieux.
Parmi les jeunes personnes de la Congrégation externe, dirigée à Troyes par les religieuses de la Congrégation Notre-Dame, se trouvait Marguerite Bourgeoys, très favorisée de la grâce et toute consumée du désir de faire connaitre et aimer l’auguste Mère de Dieu. Elle avait souvent entendu parler de la colonie de Villemarie, surtout par une des dames de la Congrégation Notre-Dame, qui était la sœur de M. de Maisonneuve ; elle avait souvent supplié les sœurs de la Congrégation de l’amener avec elles si jamais elles allaient fonder un établissement à Villemarie. &
Une nuit, Mile Bourgeoys, alors âgée de trentetrois ans, vit en songe un homme grave et vénérable, dont l'habit ressemblait à celui porté par les prêtres en voyage et elle crut comprendre qu'elle aurait un jour des rapports avec lui pour la plus grande gloire de Dieu. Ce songe impressionna beaucoup Mile Bourgeoys et elle le raconta à plusieurs personnes,
Deux ou trois jours après, elle est appelée au parloir, où se trouvaient plusieurs religieuses et un laique, À peine entrée, Mlle Bourgeoys en apercevant ce laïque s'écrie: “ Voici mon prétre voici celui que j'ai vu dans mon sommeil. ”
Ce laique était M. de Maisonneuve, venu faire ses adieux à sa sœur avant de retourner au Canada.
L'exclamation de Mile Bourgeoys, qui n'avait jamsis vu M. de Maisonneuve, surprit toutes les religieuses ; elle dut raconter de nouveau le songe auquel elle venait de faire allusion.
Après avoir entendu ce récit, M. de Maisonneuve demanda à la jeune personne si elle serait disposée à le suivre à Villemarie pour y faire l’école aux enfants et les élever chrétiennement ; à quoi elle répondit avec modestie et assurance, qu'elle était prête à partir si elle obtenait l’autorisation de ses supérieurs ecclésiastiques. Puis elle alla consulter son confesseur, un autre prêtre et le grand-vicaire de Troyes, qui lui firent tous les trois la même réponse et l’engagèrent à persister dans un dessein qui venait de Dieu.
Maigré le parfait accord de ces réponses, Mile Bourgeoys avait encore des doutes sur la réalité de sa vocation, lorsqu'elle fut honorée d'une faveur céleste qu’elle rapporte en ces termes : “ Au
matin, étant bien éveillée, je vois devant moi une grande dame, vêtue d’une robe blanche, qui me dit: Va! je ne t'abandonnerai point ; et je
reconnus que c'était la sainte Vierge, quoique je ne visse pas sa figure, ce qui me rassura et me donna beaucoup de courage ; el même je ne trouvai plus rien de difiicile, quoique p pourtant je craignisse les illusions. ?
Mile Bourgeoys fut alors décidée à partir; elle se dépouilla de tout ce qu'elle possédait et le distribue aux pauvres, Car, disait-elle: “Je pensai que si cela était de Dieu, je n'avais que faire de rien porter pour mon voyage. Je dis en moi-même : “ Si c’est la volonté de Dieu que j'aille à Villemarie, je n'ai besoin d'aucune chose, et je partis sans deniers ni mailles, n'ayant qu'un petit paquet, que je pouvais porter sous le bras, ”
Arrivée à Saint-Nazaire, Mile Bourgeoys, ou plutôt la sœur Bourgeoys, eut la joie de trouver plusieurs pieuses femmes envoyées au Canada par M. de la Dauversière. Pendant la traversée, eurent lieu de nombreux accidents ; puis la maladie s'étant déclarée à bord, il y eut un grand nombre de malades ; et des cent treize hommes dont se composait la recrue, huit moururent en mer. ‘“ Comme l’œuvre de Villemarie, à laquelle cette recrue devait se dévouer avec
tant de résolution et de courage, était une œuvre
sainte pour laquelle un grand nombre d'entre eux eurent, dans la suite, le bonheur de verser leur sang, 11 plut à Dieu de les préparer tous à leur sacrifice par de nouvelles épreuves, dit M. Faillon, et de prendre même déjà pour lui les prémices de cette troupe choisie. ?
'ette maladie et la traversée fournirent à la sœur Bourgeoys l’occasion de montrer son zèle, son courage, sa charité. Jour et nuit, elle était auprès des malades, leur prodiguant ses services, ses soins, les instruisant, les préparant à faire une bonne mort. Elle passait à ses chers malades tous les mets, toutes les provisions que lui don-
nait M. de Maisonneuve, à la table duquel elle n'avait jamais voulu s'asseoir ; et pour sa nourriture, elle se contentait de la ration des hommes de l'équipage. Puis quand la maladie se fut apaisée, la bonne sœur employait son temps à instruire les soldats, à leur faire le catéchisme, à réciter les prières du matin et du soir et à faire souvent des lectures spirituelles et d’autres exercices de piété. Non voyage de France au Canada fut une véritable mission.
“ Nous arrivâmes à Québec le jour de Saint- Maurice (22 septembre), dit la sœur Bourgeoys, et notre arrivée redonna de la joie à tout le monde.” Aussi rendit-on à Dieu des actions de grâces solennelles, pour le secours amené par M. de Maisonneuve, en chantant le Te Deum dans l’église de Québec.
En débarquant à Québec, M. de Maisonneuve avait trouvé Mlle Mance, venue à sa rencontre pour avoir au plus tôt des nouvelles. Il s’empressa de lui faire connaître le caractère et les vertus de Ja sœur Bourgeoys. “J'amène, lui dit-il, une excellente fille, personne de bon sens et d’un esprit droit, dont la vertu est un trésor, et qui sera d’un puissant secours pour Montréal. Au reste, c’est encore un fruit de notre Champagne, qui semble vouloir donner en ce lieu plus que toutes les .autres provinces ensemble.” M. de Maisonneuve lui communiqua aussi les espérances qu'il avait conçues de la ferveur de la sœur Bourgeoys pour l'instruction et la sanctification des jeunes personnes de Villemarie.
La sœur Bourgeoys demeura à Québec avec la recrue jusqu'au mois de novembre. Elle donnait des soins à ceux qui n'étaient pas entièrement guéris et distribuait aux autres des provisions. Dans ces exercices de charité, elle put se convaincre du changement que la grâce
opérait sur la plupart de ceux qui se dévouaient à l'œuvre de Villemarie. Aussi disait - elle : “ Peu de temps après leur arrivée à Québec, ces cent hommes de la recrue étaient changés corame le linge qu’on a mis à la lessive.”
Pendant son séjour à Québec, la sœur Bourgeoys entra en relation avec les Hospitalières et les Ursulines, qui surent vite apprécier ses vertus et sa charité. Les Ursulines, sachant qu'elle devait aller à Villemarie pour y instruire les jeunes personnes, lui offrirent de la recevoir dans leur communauté. Mais elle ne crut pas devoir accepter cette proposition quelque honorable qu’elle fût, parce qu'elle la trouvait incompatible avec sa mission et avec le grand désir qu'elle avait d'aller de suite vivre à Villemarie.
Elle y arriva, comme nous l'avons dit, au mois de novembre
En ce moment, se trouvaient à Villemarie les fondateurs de deux communautés, sur les trois destinées à répandre l'esprit de la Sainte- Famille ; la troisième sera bientôt fondée par l’arrivée des prêtres de Saint-Sulpice à Montréal.
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