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PREMIÈRE ORGANISATION DE LA COLONIE DE VILLEMARIE

La nouvelle recrue, amemée de France en mème temps que la sœur Bourgeoys par M. de Maisonneuve, fut d’un grand secours pour Villemarie et, en outre, étant la plus nombreuse et la mieux composée de celles venues jusqu'alors, elle permit de s'occuper de létablissement solide de la colonie. Auparavant le Fort était la demeure de tous les habitants, car ceux qui avaient essayé de demeurer au dehors avaient été vite forcés d'y rentrer par suite des attaques réitérées des froquois, ou de se réfugier à l'hôpital, transformé en une sorte de redoute et gardé militairement., La situation n'était pas meilleure, en cette année 1653, à Québec et aux Trois-Rivières ; de sorte que ces réunions de Français ressemblaient plutôt à des postes de défense chargés de préparer les voies à des colonies qu'à des colonies proprement dites.

D’après leur contrat passé en France avec M.

de Maisonneuve, les soldats de la recrue ne devaient servir la compagnie et rester dans le pays que cinq ans. Mais, touchés des bontés de M. de Maisonneuve et heureux de se trouver parmi des hommes si unis et si zélés pour le bien de la religion, plusieurs déclarèrent qu'ils voulaient se fixer à Villemarie. En apprenant

leur désir, M. de Maisonneuve les fit venir auprés de lui pour leur faire part des avantages qu'il voulait leur assurer

À tous ceux qui déclaraient vouloir se fixer à Villemaurie, il faisait don des sommes qui leur avalent été avancées, leur donnait à chacun en propre des terres pour les cultiver et en plus un arpent dans le lieu désigné pour la ville, sur lequel ils se bâtiraient une maison. À ces libéralités, 1] ajoutait une somme d'argent que le colon devait rendre s’il quittait l'île de Montréal Le premier qui se présenta, ler janvier 1654 fut André Demers ; 11 reçut 400 livres. Les jours suivants d'autres chefs de famille se présentèrent aussi, etaprèsavoir pris l'engagement de rendre les sommes, s'ils quittaient l'ile de Montréal, ils reçurent chacun quatre ou cinq cents livres. Ces sommes se trouvalent à cette époque, où la valeur de l'argent était beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui, très suflisantes pour construire une maison, et la fournir de meubles convenables pour des hommes simples. Elles étaient d'ailleurs de beaucoup supérieures à celles que, douze ans plus tard, Louis XIV donna aux soldats, aux sergents, aux officiers même qui devaient s'établir en Canada.

Les terres à cultiver furent généralement choisies au coteau Saint-Louis où à la contrée Saint-Joseph, et chacun reçut trente arpents et en plus l'arpent sur lequel il devait établir sa maison. On se mit rapidement à l’œuvre. ‘“ Les “ défricheurs, les charpentiers, les menuisiers,

les maçons préparaient les matériaux néces-

saires, dit la sœur Morin ; ils se portaient à

l'ouvrage avec zèle et ardeur, et les mieux

accommodés des habitants se firent alors de ‘ petites maisons en bois où ils se retirèrent.” En vue de hâter ces constructions, plusieurs

DOS anne .

s'associaient et travaillaient ensemble. Le zèle et l'ardeur furent si continus que cinq ans plus tard, en 1659, il y avait déjà quarante maisons construites, isolées et situées les unes en face des autres, pour se protéger et se défendre mutuellement. Percées de meurtrières, habitées par des cultivateurs — soldats, bien armés et courageux — ces maisons, véritables redoutes, rendirent le Fort inutile. il ne fut depuis habité que par M. de Maisonneuve, la famille d’Aillebonst, le Major avec la garnison ordinaire et la sœur Bourgeoys. Les défricheurs, dont la plus urande partie défrichaient des terres situées au coteau Naint-Louis, étaient protégés par deux redountes, l’une au-dessous, l’autre au-dessus du coteau.

Mais pour former une vraie colonie et la constituer en corps de société, 1l ne suffit pas d'avoir des cultivateurs et des soldats, il faut de toute nécessité des artisans de toutes professions, s'ent r'aidant mutuellement, et indispensables à toute société humaine. * Dieu, dit en effet M. Olier, n’a soumis les hommes, après le péché, à plus de besoins qu'aucune créature vivante, que ‘pour les obliger à vivre ensemble, eux qui avaient été créés pour vivre unis. Les oiseaux : se font des logements avec leurs becs et leurs ailes, les renards fouissent leur tanière, et l'homme n’a pas où se mettre en repos. Pour son logement il dépend du charpentier, du maçon, du menuisier, du serrurier ; pour son vivre, du boulanger, du boucher, du fruitier, ‘de l’épicier, du cuisinier. Après, pour son habillement, il dépend du tailleur, du cordonnier, du chapelier, du mercier, du linger et de vingt autres métiers divers qui remplissent la ville. Et, entre les artisans, celui qui prête sou secours à l’un pour le vêtir, retire de

Duc

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“l’autre l'assistance pour son vivre celui

qui prête à l'un le moyen de lui couvrir la lête, recevra de l’autre le secours pour se chausser, et celui qui prépare le fer pour la commodité de son prochain, dépend de Jui pour l'ouvrage du bois ; en un mot chacun préte et reçoit, chacun donne et rend, selon que Dieu le fait être et le juge utile au bien de Ja société. I] l’a voulu ainsi, afin de rallier, par besoin et par cette nécessité, les hommes, qui autrement se fussent séparés et divisés par avarice ei par amour-propre.

Imbus de ces idées, les membres de Ja compaone de Montréal et M. de Maisonneuve voulurent que les hommes composant la recrue de 1653 fussent non seulement de braves soldats mais aussi de bons ouvriers ; ils y réussirent, ‘le P. Lemercier, parlant de cette recrue, dit : (Quelques personnes de mérite et de vertu, qui aiment mieux être connues de Dieu que des hommes, ont donné de quoi à lever une bonne escouade d'ouvriers, semblables à ceux qui rebâtissaient jadis le temple de Jérusalem, mantant la truelle d’une main et l'épée de l'autre, [ls sont plus d'une centaine de braves artisans, tous savants dans les métiers qu'ils professent, et tous gens de cœur pour la guerre. Dieu bénisse au centuple ceux qui ont commencé cet ouvrage, et leur donne la gloire d’une sainte persévérance à l’achever. Et alors on vit le travail manuel en grand honneur à Villemarie, comme il le fut dans l'antiquité, chez les patriarches, chez les héros d'Homère, au commencement de toutes les sociétés. M. d’Ailleboust procura le premier blé de France semé au Canada; M. de Maisonneuve aimait à se mêler aux défricheurs et aux charpentiers ; Lambert Closse, major de la gar-

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