‹ Villemarie [microforme]Chapitre 38 sur 68 · M. DE MAÏSONNEUVE -— SES RAPPORTS AVEC LA SŒUR BOURGEOYS · texte numérisé non relu

M. DE MAÏSONNEUVE -— SES RAPPORTS AVEC LA SŒUR BOURGEOYS

Le courage, la charité, la piété des colons de Villemarie, qui faisaient de cette colonie wne image de la primitive Elise, étaient surpassés par les vertus et lès sentiments pieux de M. de Maisonneuve. Il avait conquis tout pouvoir sur le cœux des colons, tant par sa bravoure, car il était toujours le premier à exposer sa vie, que

par ses bienfaits et les soins touchants qu'il prodiguait à tous.

Rien ne peut mieux faire connaître ce héros chrétien que les lignes suivantes de l'auteur de l'histoire de Montréal, M. Dollier de Casson :

‘ Ce brave et incomparable gouverneur à fait

“ paraitre en sa personne un détachement uni- ‘ versel et non pareil, un cœur exempt de toute

autre crainte que celle de Dieu et une prudence

admirable. Mais entre autres qualités, on a ‘vu en lui une générosité sans exemple à

récompenser les bonnes actions de sæs soldats. ‘ Plusieurs fois, pour leur donner des vivres, il

s'en est privé lui-même, leur distribuant jus- ‘qu'aux mets de sa propre table. Il n’épargna ‘rien pour leur procurer un petit bénéfice, quand les sauvages venaient en traite en ces “lieux. Je sais même qu'une fois, remarquant une extrême tristesse dans l’un de ses soldats,

qui avait fait preuve de cœur dans plusieurs actions contre l'ennemi, il l'interrogea et apprit de Jui que le sujet de sa tristesse était qu'il ‘ n'avait rien pour traiter avec les Outaouais, qui étaient alors ici. Là-dessus il le conduit dans sa chambre, et, comme ce jeune homme était tailleur d’habits, 1l Jui remet tout ce qu'il trouve d'étoffes, jusqu'aux rideaux de son lit, pour qu'il les mette en hardes, afin de les leur vendre, et ainsi il le renvoya content. Il en usait de la sorte, non pour retirer aucun lucre, ‘ mais par une pure et cordiale générosité qui “ le rendait digne de louange et d'amour.”

La sœur Morin, parlant de M. de Maisonneuve, dit : “ Il ne se souciait non plus d'argent que “ de fumier. L'amour de la pauvreté qui était ‘ dans son cœur en fermait la porte à tout désir “ de posséder des biens périssables ; et il était “entretenu et fortifié dans ce sentiment par “ Mlle Mance et par la sœur Bourgeoys, qui “avaient les mêmes attraits que lui pour le “ détachement parfait de toutes choses. ”

Sauf les circonstances, où devant paraître comme gouverneur, il mettait les habits des hommes de son rang, M. de Maisonneuve était toujours vêtu comme les colons ; il portait un capot—sorte de vêtement avec un capuchon que les marins mettent par-dessus leurs habits—de serge grise, taillé à la mode du pays. Sa sobriété était extrême ; il n'avait pour le servir qu’un seul domestique qui était en même temps son cuisinier. a observait très saintement tous les jeûnes prescrits par l'Eglise ; pour se mortifier, il s'en imposait souvent d’autres quoique sa santé en fût altérée.

Les rapports presque incessants que la sœur Bourgeoys eut avec M. de Maisonneuve, pendant les quatre ans qu'elle habita dans le Fort, depuis

son arrivée à Villemarie, furent excellents et procurérent à ce chrétien fervent les meilleurs fruits. La sœur Bourgeoys avait été amenée à Villemarie pour y instruire les enfants et en prendre soin. Mais, à son arrivée, un seul enfant put lui être confié, car, jusqu'alors, presque tous ceux qui étaient nés dans la colonie, y étaient morts en bas âge, “On a été environ huit ans, “dit la sœur Bourgeoys, sans pouvoir garder “ d'enfants à Montréal ; ce qui donnait bonne “espérance, puisque Dieu prenait les prémices. ‘ La première qui est restée vivante est Jeanne “ Loisel, que l’on me donna âgée de quatre ans et demi, et qui a été élevée et est demeurée à la maison jusqu'à son mariage. Jean Desroches est venu après. ”

En attendant que la sœur Bourgeoys püt remplir sa mission, elle fut mise par M. de Maisonneuve à la tête de sa maison, et s’y occupa de tous les détails du ménage, non comme une servante mais comme une aide et un sage conseiller dont il suivait volontiers les sages avis. Une résolution qu'ii prit sur les conseils de la sœur Bourgeoys en fournit la preuve.

Ayant eu auparavant quelques peines d'esprit, M. de Maisonneuve s’en était ouvert à l’un des Peres Jésuites qui desservait Villemarie, Ce Père lui avait conseillé de se marier ; mais il avait pour le mariage une répugnance invincible, aussi était-1l dans un grand embarras et ses souffrances morales continuaient. Il consulta alors la sœur Bourgeoys qui lui conseilla, au contraire, de faire le vœu perpétuel de chasteté. Le Père Jérôme Lallemant, son confesseur, à qui il fit part du conseil de la sœur Bourgcoys, l'ayaut pleinement approuvé, M. de Maisonneuve prononça alors le vœu de chasteté et il fut délivré de toutes ses peines. Par ce trait,

on voit combien M. de Maisonneuve s’avançaÿt dans la perfection. ‘“ En apparence homme du monde, dit M. Faillon, il était en réalité un vrai religieux, par sa délicatesse de conscience, qui le rendait pur comme un ange, et par son humilité sincère et profonde, qui lui faisait cacher en tout le bien qu'il faisait. ” Il acceptait toutes les disgrâces, le mauvais vouloir des hommes et leurs procédés blessants, non seulement avec résignation, mais même avec joie, en les offrant à Dieu, et en espérant y trouver des mérites pour gagner le ciel.

Nous avons raconté comment, en 1643, M. de Maisonneuve avait porté et fait planter une croix sur la montagne de Villemarie. L'às l’arrivée de la sœur Bourgeoys, il l'y fit conduire accompagnée d’une escorte, mais on ne trouva plus la croix ; les Iroquois l'avaient détruite dans la dernière guerre, La sœur Bourgeoys pria M. de Maisonneuve de faire rétablir ce témoignage de la piété des colons ; il y consentit et chargea la sœur de ce soin. “ Je fus destinée “ pour cela, dit-elle, jy menai Gilbert Barbier, “ dit Minime, avec quelques autres hommes.

“ Nous y fûmes trois jours de suite et la croix “ fut plantée ainsi qu'une palissade de pieux “ pour la clore.”

Après avoir rétabli oc monument et en attendant qu’elle pût se consacrer à l'éducation des enfants, la sœur Bourgeoys donna un libre cours à sa charité, qui “ la faisait être toute à tous pour les gagner à Jésus-Christ.” Elle soignait les malades, consolait les affligés, instruisait les ignorants, blanchissait et raccommodait les hardes des pauvres ; elle ensevelissait les morts et se dépouillait envers les nécessiteux des objets les plus nécessaires, (C’est ainsi qu'elle donna à un soldat qui ne savait comment so

garantir du froid, son matelas; à un autre, sa paiilasse et enfin à deux autres, à chacun, une couverture.

Par son amabilité la sœur Bourgeoys attirait les âmes et les gagnait à Dieu. L'exemple de ses vertus et ses prières étaient de la plus grande efficacité pour le bien de la colonie. La sœur Morin, après avoir rappelé tous les services que la sœur Bourgeoys a rendus, ajoute : “ Voilà ce “ qu'elle a fait, animée de l’amou: de Dieu et du “zèle po : sa gloire ; elle vit encore aujourd’hui ‘“ en odeur de sainteté, si humble, si rabaissée, ‘qu'elle inspire l'amour de l'humilité rien qu’à “la voir.” Le. R. P. Bouvard, supérieur des Jésuites de Québec, parle ainsi de cette sainte fille : “ Je ne crois pas avoir vu jamais de fille “aussi vertueuse que la sœur Bourgeoys, tant “ jai remarqué en elle de grandeur d'âme, de ‘“ foi, de confiance en Dieu, de dévotion, d’hu- “ milité, de mortification, de zèle. ”

Tous ceux qui étaient en ce moment à la tête de la colonie donnaient aux colons les plus admirables exemples de charité et de piété, M. de Maisonneuve avait fait vœu de chasteté perpétuelle, M. et Mme d’Aïlleboust, malgré leur mariage, s'étaient consacrés à Dieu par le vœu de virginité, mademoiselle Mance et la sœur Bourgeoys, liées, elles aussi par le même vœu ; toutes ces pieuses personnes, par leurs prières, attiraient sur les colons les bénédictions de Dieu et préservaient le pays des dangers auxquels il était sans cesse exposé. La sœur Bourgeoys était presque toujours en oraison, priant sans cesse pour cette nouvelle église. Non confesseur, convaincu de son grand crédit auprès & Jieu, l’appelait la petite sainte (feneviève du Canada et était convaincu qu'elle avait pour le

salut du pays autant de puissance qu'en avait eue sainte (eneviève pour sauver Paris.

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