CHAPITRE XV
M. DIÈ MAISONNEUVE PART POUR LA FRANCE AFIN DE DEMANDER DES SULPICIENS À M.
OLTER ET POUR ASSURER AUX FILLE“ DE ST-JOSEPH DE LA FLÈCHE LA CON- DUITE DE L'HOTEL - DIEU.
Vers la fin de l’année 1655, M. de Maisonneuve, après avoir laissé le commandement de la colonie à M. Closse, son major, partit de nouveau pour la France où il arriva heureusement. Jusqu'alors, dans les voyages qu'il avait faits en France, M. de Maisonneuve avait eu surtout pour but d’aller y chercher des hommes pour renforcer la colonie ; maintenant il se proposait de presser M. Olier, qui avait établi la compagnie de Saint-Sulpice en vue de Villemarie, d’y envoyer des prêtres de ce séminaire, et il voulait faire donner la conduite de l'Hôtel - Dieu de Villemarie aux sœurs du nouvel institut de Saint-Joseph, formé spécialement dans cette intention par M. de la Dauversière.
M. de Maisonneuve crut devoir hâter son départ pour deux raisons : la première parce que les révérends Pères Jésuites, très occupés par le service des missions souvent éloignées, ne pouvaient résider d’une manière stable à Villemarie, et qu'ainsi on était exposé à y manquer d'assistance spirituelle ; secondement parce que
M. Olier étant devenu paralytique, on pouvait craindre qu'il ne vint à mourir avant d'avoir envoyé à Villemarie, selon ses promesses plusieurs fois répétées, des prêtres formés de sa main,
Dès son arrivée en France, M. de Maisonneuve, après s'être concerté avec les Associés de Montréal, qui avaient toujours eu en vue les messieurs de Saint-Sulpice pour procurer un clergé séculier à Villemarie, se rendit auprès de VE. Olier afin de lui rappeler ses promesses et le prier de se ressouvenir d'une lettre que Mlle Mance lui avait écrite l'année d'avant, dans laquelle elle l'avertissait ‘“ qu'il était temps d'exécuter les beaux projets qu'il avait toujours faits pour Montréal et qu'il ne devait pas retarder davantage à lui envoyer des ecclésiastiques de son séminaire. ”
Il ne fallut pas presser beaucoup M. Olier, car ce digne serviteur de Jésus-Christ, qui n'avait que le regret de ne pouvoir aller se sacrifier lui-même, jugeait que le moment d'accomplir le dessein de Dieu était arrivé. Les messieurs de Saint-Sulpice ayant su que leur supérieur allait choisir quelques-uns d’entre eux pour les envoyer à Villemarie, tous s'offrirent. L'un d'eux, M. Lemaitre, dit qu'une fois au Canada il irait jusqu'au pays des sauvages pour les rencontrer : “Vous n’en aurez pas la peine, reprit M. Olier, ils viendront bien vous chercher eux-mêmes et vous vous trouverez tellement environné par eux, que vous ne pourrez vous échapper de leurs mains,” M. Olier choisit quatre de ses prêtres pour les envoyer à Villemarie : d’abord M. l'abbé de Queylus, “illustre par sa piété, sa doctrine et son zèle.” Docteur en théologie, il se joignit à M. Olier à Vaugirard pour travailler sous ses ordres. Ayant plus tard établi un
as onpeertqes
séminaire dans le diocèse de Viviers, il s’appliqua avec succès à la réforme du clergé daus ce diocèse, dans plusieurs antres du Languedoc, et opéra beaucoup de conversions parmi les huguenots du Vivarais, pendant qu'il était curé de Privas. Très riche dès sa naissance, M. de Queylus se faisait remarquer par son renoncement aux biens de ce monde et par son inépuisable charité. Il fut le premier supérieur des Sulpiciens à Villemarie, Puis M. Gabriel Souart, prêtre de Paris, bachelier en droit canon ; M. Dominique Galinier, prètre de Mirepoix, et M. d'Allet, diacre de Paris. Ils acceptèrent tous les quatre avec une grande joie et une grande reconnaissance, ce qu'ils regardaient comme une insigne, faveur, et “le temps étant venu de partir, chacun, dit M. Dollier de Casson, plia la toilette avec autant de diligence et de promptitude qu’Isaac lia son fagot en allant vers le lieu qu'on regardait comme celui de son sacrifice. ” Les Associés de Montréal crurent le moment favorable pour renouveler les instances qu'ils avaient déjà faites en 1645, afin de faire ériger uu évêché au Canada. De même qu'en 1645, ils s'engagèrent à faire les fonds nécessaires pour doter le nouvel évêché et le chapitre, et proposèrent pour ce siège M. l'abbé de Queylus.
L'assemblée générale du clergé, saisie de cette proposition, l’accepta le 6 abüt 1656 et chargea l'évêque de Vence de faire les démarches nécessaires auprès du pape, du roi et du cardinal Mazarin, Dans une autre assemblée, du 10 janvier 1657, le cardinal Mazarin, qui présidait, parut, lui aussi, très favorable à l'érection d’un évêché au Canada et à la nomination de M. de Queylus. Cependant, au mois de janvier 1657, le roi adressa des lettres au pape pour solliciter la création d’un siège épiscopal au Canada et
lui proposer pour ce poste M. François de Laval de Montmorency.