‹ Villemarie [microforme]Chapitre 49 sur 68 · HÉROIQUE DÉVOUEMENT DE DOLLARD ET DE $ES COMPAGNONS · texte numérisé non relu

HÉROIQUE DÉVOUEMENT DE DOLLARD ET DE $ES COMPAGNONS

Cette nouvelle guerre, qui débutait d’une taçon si cruelle pour les colons de Villemarie, menaçait de la ruine non seulement cette ville, mais tout le pays. Les Iroquois, ayant rassemblé une nombreuse armée, voulaient en finir avec tous les Français. Le péril était très grand et Ia colonie tout entière n'avait jamais été en si grand danger.

Mais Dieu veillait sur ce petit peuple, si religieux, si courageux et vivant alors de la vie des premiers chrétiens. Il suscita des défenseurs qui par le sacrifice héroïque de leur vie, devinrent les sauveurs du pays.

C’est à un jeune homme, garçon de cœur et de bonne famille, Dollard des Ormeaux, que revient la prernière idée de cette action d'éclat. Voyant le danger de Villemarie, il résolut d'aller, avec quelques hardis compagnons, au-devant des Iroquois, de les combattre jusqu’à la mort et d’arrêter ainsi leur envahissement. Il communique son dessein à seize colons qui l’acceptent avec enthousiasme, et jurent à Dollard de le suivre et de combattre avec lui.

M. de Maisonneuve ayant donné son consentement, les 17 braves, dit M. Dollier de Casson, ‘“ firent un pacte de ne pas demander quartier,

et, pour être mieux en état d'affronter la mort, ils résolurent de mettre tous leur conscience en bon état, de se confesser et de commumier, et de faire aussi tous leur testament, afin qu’il ‘n'y eût rien qui les inquiétât pour le spirituel ou pour le temporel. ?

Ainsi bien préparés, ayant fait à Dieu le sacrifice de leur vie, nos braves compagnons quittent Villemarie, le 19 avril 1660.

Ils en étaient encore très rapprochés, lorsque dans une petite île, probablement l'ile Saint- Paul, ils aperçoivent des Iroquois. Heureux de trouver sitôt les sauvages qu'ils allaient chercher, Dollard et les siens les assaillent si vigoureusement qu'ils les auraient faits prisonniers s1 les Jroquois n’eussent abandonné, pour se sauver dans les bois, leurs canots et leurs bagages. Cette action, si rapidement et si heureusement menée, coûta la vie à trois des compagnons de Dollard : Nicolas Duval, serviteur au Fort, tué par les [roquois ; Blaise Juillet, cultivateur, et Mathurin Goulard, charpentier, qui se noyèrent.

Dollard et sa petite troupe revinrent à Villemarie pour assister aux funérailles de ces trois premières victimes ; puis après s'être adjoint trois autres braves, ils firent à tous les colons un adieu général, comme ne devant plus les revoir en ce monde, “ déterminés qu'ils étaient à mou- “rir en combattant pour la religion et le pays, ”

Is partirent alors dans des canots emportant des armes, des munitions ; et, à cause de leur inexpérience à manier des canots, ils mirent huit jours à arriver, le ler mai 1660, au pied du Long- Naut, sur la rivière Ottawa. En cet endroit se trouvait un petit fort, nullement flanqué, eniouré seulement de mauvais pieux et même commandé par un coteau voisin, Dollard y renferma sa troupe. Dans ce fort, moins en sûreté

VILLEYARIE., iti

que dans la moindre chaumière française, ils at: tendaient les Iroquois qui devaient infailliblement y passer en revenant de leurs chasses.

La petite troupe reçut bientôt un renfort inattendu par l’arrivée du chef Huron Anahoutaha avec trente-neuf Hurons et du chef Algonquin, Metiwemeg, avec trois Algonquins qui venaient se joindre à Dollard par suite d’un défi sur leur courage.

Dollard ne s'était pas trompé en s’arrêtant au pied du Long-Saut pour y attendre les Iroquois ; quelques jours, en effet, après son arrivée, 1l vit s'avancer deux canots, chargés de ces sauvages. C'était l'avant-garde d’un corps de 300 Iroquois allant rejoindre aux îles Richelieu 500 autres pour attaquer ensemble Québec et Trois- Rivières.

Dès que cette avant-garde eût touché terre, elle fut reçue par une décharge générale de Dollard et de ses compagnons ; cette décharge tua le plus grand nombre des sauvages. Ceux qui purent se sauver se précipitèrent dans les bois pour avertir le reste de la troupe à quiils dirent : “ Nous avons été défaits au petit Fort “ qui est ici tout proche, et 1l y a là un parti de “ Français et de sauvages.” Les [roquois espérant avoir facilement raison de ce parti, s’avancent vers le Fort.

Dollard et ses compagnons français et sauvages faisaient matin et soir publiquement leurs prières chacun en sa langue; “ de sorte qu'ils “ formaient trois chœurs bien agréables à Dieu, “qui n'avait jamais vu en ce pays de si saints “ soldats et qui recevait bien volontiers des vœux “ conçus en même temps, en Français, en Alæon- “ quin, en Huron.” Ils priaient au moment de l'arrivée des Iroquois qui avaient quitté la posture du chasseur pour prendre celle du guerrier.

Le changement est bientôt fait, suivant les Relations des Jésuites : la petite hache à la ceinture au lieu d'épée ; le fusil à la pointe du canot, et l’aviron en main, voilà l'équipage de ces soldats, ”

Dès l’abord, les Iroquois, usant de leurs ruses ordinaires, essayent de parlementer, n'ayant disent-ils, aucun mauvais dessein. Dollard leur répond d'aller alors camper de l’autre côté de la rivière. Mais au lieu de cela, les [roquois construisent un retranchement en face du Fort; ce que voyant, les Français le fortifient de leur mieux.

Les sauvages s'empressent alors d’assaillir le Fort; ils sont repoussés avec de grandes pertes. Plusieurs fois ils réitérent leurs attaques, le résultat est toujours le même. Humiliés de ces défaites, rendus craintifs par les grandes pertes qu'ils ont déjà subies, ils renoncent à donner d’autres assauts et se contentent de bloquer le Fort en attendant l’arrivée des 590 Iroquois de la rivière Richelieu qu'ils ont fait prévenir.

Pendant ce blocus, ce qui faisait le plus souffrir les assiégés était le manque d’eau. Afin de s'en procurer ils faisaient des sorties pour aller en chercher jusqu'à la rivière qui était à deux cents pas du Fort, dans lequel, disent les Re/ations des Jésuites, “ on trouva, à force de fouiller, “un petit filet d’eau bourbeuse, mais si peu que “le sang découlait des veines des blessés bien “ plus abondamment que l’eau de cette source “ de boue. ”

Les Iroquois, profitant habilement de cette grande souffrance, pressaient les Hurons qui étaient dans le Fort de se rendre, les assurant qu'on ne leur ferait pas de mal, tandis que s'ils ne se rendaient pas, ils seraient tous tués, car

un renfort de 500 Iroquois allait leur arriver. “ La langue de ces traîtres, dit M. Dollier de Casson, qui leur représentaient l'apparence de “ l'arbre de vie, les déçut aussi frauduleusement “que le serpent trompa nos premiers parents quand il leur fit manger ce fruit de mort qui “ leur coûta si cher.” Les Hurons effrayés s'enfuirent du Fort, sautant qui d’un côté, qui de l'autre par-dessus les pieux, laissant désolés de cette lâcheté leur chef Anahoutaha, l'Alzonquin Metiwemeg et les autres défenseurs.

La petite troupe se trouve donc réduite à 22 personnes résolues, plus que jamais, à se défendre jasqu’à la mort et puisant dans leur amour pour Dieu la fermeté et le courage.

Et cette troupe de héros avait bien besoin que Dicu lui donnât fermeté et courare zuur ne pas avoir été ébranlée par l'arrivée de 500 nouveaux Iroquois dont les hurlements terribles auraient suffi pour effrayer les plus audacieux.

Voilà donc huit cents hommes réunis pour emporter un mauvais réduit, à peine fortifié et défendu seulement par 22 hommes. Dès leur arrivée, l'attaque commence, les sauvages se précipitent avec furie sur le Fort, ils sont repoussés avec de grandes pertes. Pendant trois jours ils continuent leurs attaques, d'heure en heure, tantôt tous ensemble, tantôt une partie à la fois, faisant tomber sur le Fort des arbres entiers qu'ils venaient de couper.

Le Fort résistait toujours, la vaillance et la piété des défenseurs ne faisaient que grandir. Dès qu'ils avaient un moment de liberté entre chaque attaque, ils priaient, ils se mettaient à genoux, et ne se relevaient que pour rep "”sser une nouvelle attaque, qui les trouvait tou.;jours debout les armes à la main,

Cette résistance héroïque des Français que

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