‹ Villemarie [microforme]Chapitre 52 sur 68 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

MORT DU MAJOR LAMBERT CLOSSE.—PROTECTION DE LA T. $, VIERGE SUR LE POSTE SAINTE- MARIE.—QUALITÉS DE M. DE MAI- SONNEUVE COMME JUGK.

L'année 1662, à son début, fit subir à Villemarie une nouvelle et bien cruelle perte, C'est, en effet, le 6 février que le brave major Lambert Closse fut tué dans une rencontre avec les [ro quois.

Voici comment les Relations des Jésuites apprécient ce vaillant chrétien et parlent de sa mort : “ C'était un homme dont la piété ne cédait en rien à la vaillance et qui avait une présence d'esprit tout à fait rare dans la chaleur des combats ; il a tenu ferme à la tête de vingt-six hommes seulerient contre deux cents ennemis combattant depuis le matin jusqu'à trois heures de l'après-midi quoique la partie füt si peu égale. Il leur a souvent fait lâcher prise; souvent il les a dépossédés des postes avantageux et même des redoutes dont ils s'étaient emparés, et a justement mérité la louange d'avoir sauvé Villemarie et par son bras et par sa réputation ; de sorte qu'on a jugé à propos “ de tenir sa mort cachée aux ennemis, de peur “qu’ils n’en tirassent avantage. Nous devions

“ cet éloge à sa mémoire, puisque Villemarie lui “ doit la vie.”

Le major Lambert Closse s'étant porté avec deux de ses domestiques et quelques colons au secours de travailleurs attaqués par un gros d'Iroquois, un de ses domestiques, effrayé par leur feu incessant, prit la fuite et laissa le major presque seul. Par malheur ses pistolets vinrent à manquer tous les deux, et il tomba sous les coups de ses ennemis avant d'avoir pu recharger ses armes. Ce lui fut d'autant plus funeste qu'il était très habile à manier le pistolet et que sa fermeté d'âme lui donnait une grande présence d'esprit dans les plus grands périls. Le major Closse mourut en brave soldat de Jésus-Christ et du Roi après avoir mille fois exposé sa vie, comme s’il cherchait la mort. Peu de temps, en effet, avant ce triste événement, quelqu'un lui disant “qu'il se ferait tuer, vu la facilité avec laquelle il s'exposait partout poar le service du pays, ” il répondit: “ Messieurs, je ne suis venu “ici qu'afin de mourir pour Dieu en le servant ‘“ dans la profession des armes ; si je n’y croyais “pas mourir je quitterais le pays pour aller “ servir contre le Turc et n'être pas privé de ‘“ cette gloire.” Dans ce combat périrent en outre trois courageux colons, Jean Lecomte, âgé de 31 ans ; Louis Griffon, âgé de 21 ans ; Simon Leroy.

Lambert Closse laissait en mourant sa jeune femme, Elizabeth Moyen, âgée de 19 ans, dans une position assez gênée. Aussi Mile Mance, qui était sa mère adoptive, s'engagea-t-elle à payer aux créanciers les intérêts des sommes qui leur étaient dues. Plus tard le Séminaire, ayant succédé à la Compagnie de Montréal, fit remise à la jeune veuve de tous les droits qu’il avait à percevoir sur son fief, “en considération des bons

et agréables services que son mari à rendus à l'établissement de la colonie, où il à été tué pur les Iroquois en la défendant.”

Pour remplacer M. Lambert Closse dans l’importante fonction de Major, M. de Maisonneuve fit choix de M. Zacharie du Puis, homme d’un grand courage et d’une grande intelligence, qualités le rendant apte à remplacer M. de Maisonneuve comme gouverneur. M. Picote de Bélestre commandait toujours les travailleurs de Sainte- Marie et dans cette charge il eut maintes occasions de prouver sa vaillance, car cette propriété des Sulpiciens fut fréquemment attaquée. “ Elle a toujours expérimenté, dit M. Dollier de “ Casson, les singulières protections de sa bonne patronne, qui lui a toujours conservé des gens sans mort ni blessures quoique ils fussent attaqués souvent et qu’ils aient toujours passé “ pour gens de cœur.” La bonne Vierge protégea encore d’une manière éclatante les travailleurs de Sainte-Marie dans un combat qu'ils soutinrent le 6 mai 1662 contre une cinquantaine de barbares. M. de Bélestre y fit preuve d'une grande intrépidité ainsi que trois travailleurs, Truteau, Roulier et Langevin.

Le courage, la piété, le mépris de la vie, allant jusqu’à désirer le martyre, dont les colons de Villemarie ont donné si souvent l’exemple, s’expliquent quand on songe que la plupart de ces Français étaient venus au Canada pour y travailler à la plus grande gloire de Dieu et sacrifier même leur vie à cette fin. À cette époque les mœurs des colons étaient intègres et on n’y voyait pas les vices grossiers qui dégradent l’homme, déshonorent le chrétien, et en font un mauvais soldat.

C’est à maintenir ces qualités et à réprimer ces vices, s'ils venaient à se montrer, que M. de

Maisonneuve employait toute son énergie et sa fermeté. Comme juge particulier de l'ile de Montréal, il fit toujours paraitre une sagesse et une expérience bien surprenantes chez un homme qui avait passé sa vie dans le métier des armes.

Tout d'abord M. de Maisonneuve, pour dé-

truire la passion des jeux de hasard et de la boisson, sources de tous les vices et qui, si elle s'était développée aurait infailliblement amené la ruine de la colonie, rendit une ordonnance que nous devons citer.

“ Nous défendons, portait-elle : lo A toute sorte de personne, de quelque qualité ou condition qu'elle soit, habitant dans ce lieu ou autre, d'y vendre ou débiter, en gros ou en détail, sous quelque prétexte que ce soit, sans un ordre de nous, exprès et par écrit, aucune boisson enivrante sous peine d'amende arbitraire, à laquelle on sera contraint par corps.— 20 De plus nous interdisons tous jeux de hasard.—3o Nous cassons et annulons toute promesse, par écrit on verbale, faite ou à faire, tant pour ce sujet que pour toute autre sorte de jeu, avec défense aux créanciers de faire aucune poursuite en justice pour le recouvrement de ces sortes de dettes, sous peine de vingt livres d'amende et confiscation des sommes ainsi réclamées.—4o Quant à ceux qui seront convaincus d’avoir fait des excès de vin, d’eau-de-vie, ou autres boissons enivrantes, ou d'avoir juré et blasphémé le saint nom de Dieu, ils seront châtiés, soit par amende arbitraire, soit par punition corporelle, selon l’exigence des cas.” Cette ordonnance est du 18 janvier 1658.

C’est d'après elle qu'un individu, s'étant enivré et ayant blasphémé le saint nom de Dieu,

le 17 février 1668, fut condamné par M. de Maisonneuve à vingt livres d'amende envers l'église paroissiale, La même amende fut infligée à celui dans la maison duquel le blasphème avait été proféré ‘et cela d'après la déclaration du Roi, qui obligeait les témoins de ces scandales à les dénoncer dans les vingt-quatre heures aux juges. ”

Les jugements, au sujet d'affaires litigieuses entre particuliers, étaient toujours rendus par M. de Maisonneuve avec la plus grande sagesse et au mieux des intérêts des parties, S'il y avait doute dans son esprit, il les engageuit à se désister de leurs poursuites et par ses bonnes paroles, il réussissait le plus souvent à les mettre d’'accord.

L'injure en parole ou la calomnie était sévèrement punie, le coupable devait faire à la personne injuriée une réparation devant témoins et en outre payer une amende au profit de l'église paroissiale

Quand l'injure était accompagnée de coups, le coupable était puni d'une amende en faveur de la personne qu'il avait frappée et d’une autre au profit de l’église paroissiale,

Pour ceux qui commettaient des délits publics contre les bonnes mœurs, M. de Maisonneuve était d’une excessive sévérité ; outre de fortes amendes, il les condamnait au bannissement perpétuel “de peur qu'ils ne devinssent contagieux en restant dans la colonie.” Un soldat ayant été convaincu d’avoir tenu de mauvais discours à des femmes honnêtes fut condamné au bannissement, et, dit M. de Maisonneuve dans la sentence : “ Pour réparation du scandale “ qu’il a donné à toute l'habitation de Villema- ‘‘ rie, nous l’avons cassé de notre garnison, et “ condamné à deux cents livres d'amende appli-

“ cables à des filles pauvres, pour les aider à se ‘marier à Villemarie, et afin d'éviter la conti- “ nuation du scandale nous l'avons banni pour “toujours de toute l'étendue de notre gouver- “nement, ?

La religion et la piété sincère rendaient M. de Maisonneuve un juge d'une impartialité qui ne se démentit jamais. Il était ainsi un juge selon le cœur de Dieu, car, dit M. Oler : “ Dieu ne “ considère pas s1 la personne est grande ou ‘ petite pour lui faire bon droit, si elle est pauvre “ ou riche ; il regarde à l'équité et à rendre à “ chacun ce qui lui appartient, ne voyant goutte “pour faire acception de personne, AWon est “ personarum acceplor Deus. Ainsi le vrai juge “ doir être aveugle à toute condition. ”

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