CHAPITRE XXV
ÊÉTABLISSEMENT DE LA CONFRÉRIE DE LA SAINTE- FAMILLE.—- -RÉC EPTION DES VŒUX DE LA SŒUR MORIN. — ENTRÉE DE M%* DENIS À L'HOTEL- DIEU.
Nous avons déjà raconté la fondation, par M.
de Maisonneuve, dans les premiers jours de 1663, d’une confrérie mili aire sous le nom de Mitice de la Sainte-Famille, Jésus, Marie, Joseph. En la fondant, ce parfait chrétien ne voulait pas seulement avoir toujours sous la main un corps
de valeurenx soldats ; 1] voulait surtout maintenir la foi de ces hommes et les rapprocher le plus possible de Ia perfection en leur offrant pour modèle les vertus de la sainte Famille du Verbe incarné.
C'est guidée par les mêmes sentiments de piété et t d'amour pour son prochain que Mme d’Aiïlleboust conçut, cette même année 1663, la pensée de fonder une pieuse confrérie de la Nainte-Famille dans tout le Canada. Par ses qualités, Mme d’Aïlleboust était plus qu'aucune autre apte à mener à bien une «re de dévotion à la sainte Famille, car,selon la sœur Mor n, elle était ‘une personne d’un entretien fort ‘ dévot et fort religieux, étrangère à l'esprit du
monde, vivant humble et rabaissée comme si
elle ne l'avait jamais connu, quoiqu'elle fût fort avantagée de talents naturels tant du corps que de l'esprit, ’
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À la mort de son mari Mme d’Ailleboust s'était retirée à l'Hôtel-Dieu, où ‘elle gardait la ‘cloture fort régulièrement, ne sortant jamais ‘et ne recevant jamais personne du dehors dans ‘sa chambrette. ”
Elle fit part de son pieux projet à son confes-
seur, le P. Chaumonot, jésuite, ainsi qu'il le rappor te dans sa propre Pre. “ J’eus le bien de faire ‘ la connaissance de Mme d’Ailleboust dès mon arrivée à Montréal. Cette dame, pendant que j'étais à Villemarie, eut la pensée de trouver quelque puissant et efficace moyen de réformer les familles chrétiennes sur le modele de la sainte Famille en instituant une société ou confrérie ou, dans le monde, les hommes imiteraient Joseph ; les femmes la très sainte Vierge et les enfants, l'Enfant Jésus. Je le découvris à M. Souart, mon directeur, qui le confirma par son approbation. ” Pour obtenir la réussite de cette grande entreprise, l'approbation de Mgr de Laval et même des Indulgences du Saint-Père, M. Nouart, Mme d’Ailleboust, la sœur Macé, supérieure de l’'Hôtel-Dieu, la sœur Margue rite Bourgeoys, supérieure de la Congrégation firent, sur la 1ecommandation du P. Chaumonot, une neuvaine à saint Ignace.
Enfin, le 31 juillet 1663, le P. Chaumonot dressa un acte qui fut signé par M. Nouart, le P. Chaumonot, la sœur Macé, la sœur Bourgeoys, la sœur Crolo, Mme d' Ailleboust, Mademoiselle Mance. Par cet acte toutes ces personnes s’engageaient à faire neuf communions, et à faire que toutes les personnes qui seraient admises dans l'association de la sainte Famille récitassent, dès leur récepticr,, neuf fois Gloria Patri, etc.
La délivrance d’un soldat milicien pris à Villemarie par ies [roquois, et des événements mer-
veilleux et providentiels, dont Dieu se plut à entourer cette dévotion, firent qu’elle se répandit et s'accrédita très vite.
Un des premiers qui éprouverent les salutaires effets de la dévotion à la sainte Famille fut le P. Nouvel, jésuite, qui dans un de ses voyages, en plein mois de mars, se trouva perdu au milieu de la nuit. S'il s'arrêtait, c'était s’exposer à périr gelé ; marcher, c'était s'égarer de plus en plus. “ Dans cette perplexité, dit-il, “je me mis à genoux, et m'étant adressé à Jésus, “ Marie, Joseph par un vœu que je fis en l’hon- “ neur de cette très sainte et très auguste Fa-
mille, alors comme si j'eusse été conduit par
un guide, changeant aussitôt ma route, je donnai à travers un bois bien épais, où il y av ait au moins six pieds de neige et enfin J'arrivai ‘ heureusement au cabanage. Rendons grâces
à Dieu, dis-je à mes pauvres sauvages qui
m'avaient cru mort, de la faveur que je viens
de recevoir de sa bonté. Jésus, Marie, Joseph ont eu pitié de moi. Ayons toujours recours