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CHAPITRE XXVII

UN IROQUOIS FAIT COURIR UN GRAND DANGER À LA SŒUR DE BRÉSOLES—CHARLES LE MOYNE FAIT PRISONNIER PAR LES IROQUOIS.

La colonie de Villemarie était encore dans un état très précaire, en 1663, à cause de la guerre faite par les Iroquois. Par suite des embuscades dans lesquelles excellaient ces sauvages, le travail des champs offrait les plus grands dangers. La plupart des colons se trouvaieïüt dans une gène extrême, car les Iroquois tue'ent les bestiaux, brûlaient et pillaient jes maisons, et, souvent même, empêchaient de faire la récolte.

Il y avait tout à craindre des Iroquois ; non seulement de ceux qui combattaient dans la campagne mais aussi de ceux qui, ayant été blessés et faits prisonniers, étaient soignés à l'Hôpital. La sœur Morin raconte à ce sujet le danger très grave qu'un Iroquois soigné à l’H6tel-Dieu fit courir à la sœur de Brésoles. ‘“ Cet “ Iroquois s'étant jeté sur la sœur de Brésoles, “et cela en plein jour, s’efforça de l’étouffer ‘entre une porte et une armoire, où elle se “ trouva si fortement pressée qu’elle en perdait ‘la respiration. Je couras pour appeler les # malades, et à l'instant plusieurs d’entre eux, “ oubliant leurs propres maux,-se jettent hors “ de leur lit et volent, avec une ardeur incroy- “ able, au secou:s de la sœur, pour la conserva-

“ tion de laquelle ils auraient volontiers donné ‘leur vie. [ls se mettent à frapper assez rude- “ ment le sauvage, auquel ils reprochent son “’ingratitude et sa cruauté. Mais celui-ci, adroit ‘et rusé, comme s’il n’eüt fait que rire des “coups qu'on lui donnait, repartit qu'il avait ‘ voulu seulement faire peur à la sœur de Bré- “ soles ; que son intention n'était pas assuré- ‘“ ment de rendre le mal pour le bien à celle qui “ Jui donnait des médecines, pansait ses plaies ‘ pour les guérir, qui faisait son lit afin qu'il “ dormit à son aise, qui lui donnait tous les “jours de la bonne sugamité, et de qui enfin il “ recevait tant de bons offices, ”

Ces bons traitements des Hospitalières envers les sauvages blessés et leur charité inépuisable inspiraient souvent à ces barbares des sentiments chrétiens, et on avait le bonheur de leur conférer le baptême lorsqu'ils étaient près de mourir. Ainsi il arriva pour un Iroquois, d'une humeur altière, qui ne payait que par des dédains les bontés qu'on avat pour lui. Lorsque le missionnaire, alors à Villemarie, le P. Claude Allouer, S. J., lui parlait, il se mettait en colère, le siflait quelquefois, se cachait la tête sous sa couverture pour ne pas l'entendre. (Cependant, les prières que le Père et les sœurs firent pour lui furent si ferventes qu'il s’'adoucit et consentit à entendre parler de religion. Touché aussi par les exhortations d’un autre Iroquois converti, il demanda lui-même le baptême, qui lui fut conféré le à août 1664. Il fit quelques jours après une mort des plus chrétiennes.

Cette année 1664 fut encore une année de larmes continuelles pour les colons. M. Dollier de Casson en a fait ainsi le tableau. ‘“ À Ville- “ marie, dit-il, il fallait être toujours sur ses “ gardes, à cause des embuscades que les iro-

“ quois nous tendaient de tous côtés. Si on vou- “ZJait faire savoir à Québec ou aux Trois-Ri- ‘“ vières des nouvelles importantes, ou donner “ des avis touchant la guerre, il fallait chercher ‘“ les meilleurs canoteurs et les faire partir de “nuit pour qu'ils ne fussent pas aperçus par “ les Iroquois ; et ces intrépides colons, tâchant “ par leur vitesse d'éviter la rencontre des enne- ‘“ mis, se rendaient au lieu déterminé avec une “ diligence incroyable. M. Jacques Le Ber, un

des plus riches et des plus honnêtes marchands de Villemarie, a rendu en cela de grands ser- “ vices à la colonie, s'étant souvent exposé, soit “ en canot, soit sur les glaces, ou à travers les “ bois pour donner ces sortes d'avis. ”

À Québec, on n'était guère plus en sûreté ; la Mère de l’'Incarnation dit en effet au mois d’août 1664, “ les Iroquois ont fait des courses dans ces “ quartiers lorsqu'on ne les y attendait pas. Ils “ ont enlevé deux grandes filles françaises, avec “ quelques sauvages et quelques français ; puis, “en syant tué quelques-uns, ils se sont enfuis.”

Les mêmes craintes, les mêmes alarmes régnèrent aux Trois-Rivières, où deux soldats de la garnison furent blessés, amenés prisonniers par les Iroquois, qui les torturèrent dans leur village.

L'année suivante, 24 avril 1665, les Filles de Saint-Joseph, qui avaient si souvent prodigué leurs soins aux Iroquois, éprouvèrent la cruauté de ces barbares dans la personne de leurs serviteurs, Basile Rollin, Guillaume Jérome, Jacques Petit et Montor, Ces servitenrs furent assaillis pendaut qu'ils étaient au travail; Rollin fut tué sur place, Jérome mortellement blessé, Jacques Petit et Montor faits prisonniers.

Une autre grande douleur pour Villemarie fut la prise de Charles Le Moyne par les Iro-

quois, la même année. Charles Le Moyne, cet homme d’un si grand courage, qui s'était distingué dans tant d'actions contre les [roquois, était à la chasse avec quelques compagnons Arrivé à l’île Sainte-Thérèse, il s’éloigna de ses compagnons, et aussitôt 11 fut attaqué par une bande d’Iroquois. Ceux-ci le reconnaissant, lui crient de se rendre. Le Moyne refuse, les couche en joue, et recule de quelques pas. Les Iroquois, jaloux de faire une capture si glorieuse, et encouragés par leur grand nombre, s’approchent de Le Moyne et l'entourent. Celui-ci, se voyant perdu, décharge son arme sur l’un d’eux, mais son pied ayant tourné, il tombe ; il est de nouveau entouré et fait prisonnier,

Les habitants de Villemarie avaient les plus grandes craintes sur le sort de Le Moyne ; car sachant les grandes pertes qu'il avait fait subir aux Iroquois, ils ne doutaient pas qu'ils ne l'eussent fait périr dès son arrivée à leur tribu. Jependant ses camarades de la milice de la Sainte-Famille, ses concitoyens, et surtout sa femme, la pieuse Catherine Primot, offrirent avec tant d’ardeur leurs prières à Dieu que, suivant M. Dollier de Casson, on peut leur attribuer l'espèce de miracle que Dieu fit en faveur de Le . Moyne.

Ne perdant pas courage, Le Moyne se mit à haranguer ses vainqueurs, en leur montrant les conséquences qu'aurait sa mort. “Tu peux me “faire mourir, dit-11, mais ma mort sera rigou- ‘“reusement vengée. Il viendra quantité de “ soldats qui brüleront tes villages ; ils arrivent “ maintenant à Québec, j'en ai des assurances “ certaines.” Ce discours si ferme, la réputation de loyauté et de bravoure de Charles Le Moyne même parmi les Iroquois, leur firent faire de sérieuses réflexions, et ils résolurent de lui con-

server la vie, pour s’en servir comme otage.

Bientôt même cet homme, ‘“ une des plus grandes gloires de Villemarie, ”” exerça sur ces sauvages un si grand ascendant par les qualités éminentes de son esprit et de son cœur, qu'ils l’adoptèrent comme un de leur nation, et le choisirent pour leur protecteur auprès du gouverneur-général du Canada. Les Iroquois furent si constamment satisfaits de ce choix que cette qualité fut héréditaire dans la famille de Le Moyne.

Après trois mois de captivité Charles Le Moyne fut délivré et revint à Villemarie.

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