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CHAPITRE XXXII

BREF DU PAPE ALEXANDRE VII AUTORISANT LES HOSPITALIÈRES DE SAINT-JOSEPH À FAIRE DES VŒUX SOLENNELS.-— LE DROIT DE JUSTICE REMIS AUX MESSIEURS DE SAINT-SULPICE— DÉPART DE M. DE TRACY.— ARRIVÉE DE NOU- VEAUX PRÊTRES DE SAINT-SULPICE EN CANADA.

Au commencement de l’année 1666, le pape Alexandre VII, sur la demande de Mgr l’évêque d'Angers et des évêques français dans les diocèses desquels l'institut des Hospitalières de Saint-Joseph avait des établissements, donna un Bref par l: vuel il approuvait l’institut des Hospitalières de Saint-Joseph, autorisait les vœux solennels et déclarait que ces filles étaient vraiment religieuses. Ce fut un grand et heureux événement pour Villemarie, qui se trouva ainsi irrévocablement doté d’un établissement religieux dont tous les habitants avaient depuis longtemps apprécié les mérites ; ce fut aussi le parfait couronnement de l’œuvre de M. de la Dauversière ; car en fondant cette œuvre, il avait voulu que les Hospitalières se consacrassent par des vœux solennels au service de Dieu et aux soins des malades. |

Le 13 juin 1666 fut enfin réglé le différend qui, ainsi que nous l’avons raconté, s'était élevé entre le Conseil souverain de Québec et les Messieurs de Saint-Sulpice par rapport à la pos-

session de la justice et du droit de nommer le Gouverneur particulier de l’ile de Montréal. En ce jour, M. Talon, se référant aux lettres patentes du Roi de 1644, reçut le Séminaire à foi et hommage pour la Seigneurie de Montréal, avec haute, basse et moyenne justice. Et deux jours après, en vertu des pouvoirs extraordinaires qu'il avait reçus du Roi, il ordonna que les Messieurs du Séminaire sereient maintenus dans la possession de leur justice. Par suite de ces mêmes lettres patentes, le droit des Messieurs du Séminaire, seigneurs de l'ile, à nommer le Gouverneur particulier était pleinement reconnu. Aussi trois ans après, par suite de la démission de M. de Maisonneuve qui rendait la place de Gouverneur vacante, M. de Bretonvilliers, Supérieur du Séminaire à Paris, représentant des seigneurs, nommait-il M. Maxime Pérot Gouverneur de l'ile de Montréal. C'était un gentilhomme de naissance, capitaine au régiment d'Auvergne, fort habile au métier des armes, qui, avec sa compagnie, allait passer au Canada pour s’y établir.

M. de Tracy, M. de Courcelles et M. Talon s'occupèrent de régler l’importante question de la dîime. D’après une ordonnance du 23 août 1667, ils la fixèrent au vingt-sixième, en déclarant de plus que, les cinq premières années de la concession d’une terre, le propriétaire n'en payerait point la dîme, afin qu’il pût la défricher plus aisément. L'ordonnance portait, en outre, que cette dîime, établie en vue de l'état où se trouvait alors la colonie naissante, pourrait être augmentée quand la colonie serait devenue plus prospère.

Malgré cette ordonnance, les notables de Villemarie, réunis en assemblée générale, le 12 août 1668, décidèrent, d'eux-mêmes, que pendant

trois ans, la dime serait fixée au vingt-et-unième pour les gerbes de blé et au vingt-sixième pour les autres grains ; ils voulaient ainsi témoigner leur reconnaissance aux seigneurs de Montréal pour leur générosité et leur dévouement si constant en vue de la prospérité de Villemarie.

Cinq jours après l'ordonnance sur la dîme, M. de Tracy, rappelé en France, s’'embarquait à Québec et quittait le Canada pour n'y plus revenir,

Homme d’une fervente piété et d’une grande bravoure, M. de Tracy fut très regretté au Canada. Déjà l’année précédente la Mère Marie de l'Incarnation, à propos de son rappel dont il était question, écrivait : “ Cette nouvelle Eglise “et tout le pays feront une perte qui ne se peut “ dire, car il (M. de Tracy) a fait ici des expédi- “ tions qu’on n'aurait jamais osé entreprendre “ ou espérer. Dieu a voulu donner cela à la ‘“ wrande piété de son serviteur, qui a gagné ‘ tout le monde par ses bonnes œuvres et par “les grands exemples de vertu et de religion “qu'ils a donnés à tout le pays. ”

Un grand bonheur était réservé en cette année aux habitants de Villemarie par l’arrivée au milieu d'eux de plusieurs prêtres du Séminaire de Saint-Sulpice. Voici ce qui donna lieu à leur arrivée.

Au mois de novembre 1666, M. Talon avait écrit à Colbert, lui demandant du secours pour l'Eglise du Canada, constatant que Mgr de Laval ne pouvait fournir le pays de prêtres que s’il était assisté par le Roi, et il ajoutait : “ Le fonds “ des dimes, établi avec beaucoup de modéra- “ tion, ne peut suffire, à moins que M. de Bre- “ tonvilliers, Supérieur de Saint - Sulpice, ne “ fasse passer cinq ou six prêtres de son Sémi- “ naire, qui ne soient pas plus à charge que

‘“ ceux qu'il nous a fait donner cette année pour “ desservir la cure des Trois-Rivières et admi- “ mistrer les sacrements aux ilroupes d’un ou “ deux de nos forts ; cet expédient me parait le ‘ plus facile et le moins onéreux de tous.” Cet expédient était bien, en effet, le moins onéreux, car les Messieurs de Saint-Sulpice n'étaient ni à la charge du Roi, ni à celle du pays ; ils s’entretenaient de leurs propres revenus et faisaient même de nombreuses largesses aux habitants de Villemarie.

Louis XIV, très zélé pour faire fleurir la religion en Canada, demanda à M. de Bretonvilliers d'y envoyer tous les ans de ses prêtres. Alors arrivèrent dans le pays des missionnaires séculiers venant de Saint-Sulpice, choisis parmi ceux dont le revenu était assez fort pour qu'ils pussent s’entretenir et contribuer même de leur superflu à l’établissement et au soulagement des nouveaux colons. “ C'était, comme le fait remarquer M. Faillon, l’accomplissement littéral des vues imontrées autrefois à M. Olier, si désireux d'aller se sacrifier en personne, et à qui Dieu avait fait connaître qu’il accomplirait les desseins de son zèle, par ses disciples, après sa mort. ”

Parmi les ecclésiastiques envoyés par le Supérieur du Séminaire se trouvaient M. François de Salignac-Fénelon, frère aîné consanguin de l'archevêque de Cambrai, et M, Claude Trouvé, sous-diacre du diocèse de Tours. Ils arrivèrent à Québec, le 27 juin 1667 et M. Souart partit par les derniers navires de cette même année pour obtenir de M. de Bretonvilliers de nouveaux missionnaires.

Dès son arrivée à Paris, il s’empressa afin de trouver “ des ouvriers évangéliques car le nombre en était trop petit à Montréal pour des

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