LIVRE SIXIEME
Agrandissement des villes anséatiques.
— Fléaux qu'elles éprouvent. — Ravage»
de la peste noire en 1348. — efforts des anséates pour réparer leurs pertes.
— Leur GUERRE avec les p issances du Nord. — Nouveau roi donne a la Suède.
— Epoque florissante de la ligue, ses ressources. son étendue. —réunion des trois couronnes du nord sur lv tête de Marguerite. —Armements des Anséates contre les pirates vitaliens. — principaux événements de cette guerre, dans la baltiyue, la mer du nord et sur le continent voisin. — démêlés de la ligue avec l'angleterre.
—Suspension du commerce des Anséates.
— Leur recours a l'intervention du grand maitre de l'ordre teutonique.
— Ils le reconnaissent pour protecteur.
— Leur traité avec l'Angleterre.
— Principales dispositions des récez de leurs diètes. — progrès de l'industrie. — Dissensions de quelques villes anséatiques. mesures prises pour les apaiser. — Adolmton des trirunaux wéhmiques.
Les vicissitudes politiques des trois puissancesdu Nordeurentune grande influence sur les progrès de la Ligue Anséatique. La Norvège, d'abord indépendante, avait eu pendant longtemps ses souverains particuliers ; mais la possession de ce royaume était également convoitée par fe Danemark et la Suède : elle passa plusieurs fois de l'un à l'autre, à titre de conquête ou d'héritage. Il survint entre les trois couronnes d'autres changements de dynastie; et leurs guerres, leurs révolutions intérieures modifièrent la situation des Anséates qui , au milieu de ces graves discussions, s'étaient prononcés en faveur d'un des partis. On peut reconnaître, par le nombre des traités qu'ils conclurent pour se reconcilier tour à tour avec chacun de ces souverains, combien leurs démêlés furent fréquents.
De nouvelles conventions de paix rétablissaient leurs anciens privilèges; et ils en obtinrent aisément la confirmation, aussi longtemps qu'ils se bornèrent à faire fleurir leur commerce, sans prétendre à de nouvelles acquisitions de territoire.
Hambourg n'avait cherché à éten-
dre sa juridiction que dans un cercle très-limite, et dans la vue seulement de protéger son indépendance. Cette ville, s'était agrandie, en achetant quelques terres situées sur les rives ue l'Alster; et en 1 3 iG elle avait fait un traite avec les peuples de la Wortsace, afin d'obtenir leur secours, dans le cas où Ton voudrait attaquer et détruire la tour de Neuen-Werk, élevée à l'embouchure de l'Elbe , pour servir de pliai* aux navigateurs et pour défendre l'entrée du fleuve : entourée de voisins inquiets ou puissants, elle cherchait dans ses ressources et dans ses alliances la garantie de sa prospérité. Lubeck, Brème, Wismar, Lunebourg et les autres cites comprises dans la confédération suivaient, le même système de prudence dans leurs relations avec l'étranger, et les mêmes principes d'amélioration dans leur gouvernement intérieur; elles s'attachaient surtout à maintenir l'intimité des liens formés entre tous les membres de la Ligue. Leur puissance maritime et leurs richesses étaient alors très-supérieures à celles des trois couronnes du Nord; et le mouvement du commerce de la Baltique était favorisé par la circulation de leur numéraire : le Danemark tirait ses monnaies d'argent de Lubeck, de Hambourg et des autres villes de la Hanse : la Suède et la Norvège n'avaient encore que des monnaies de cuivre et de fer.
L'activité du commerce de la Ligue se développait de jour en jour; les manufactures s'étaient multipliées dans les villes, et de nombreuses colonies, venues des régions méridionales, avaient rapidement accru la f>opulation des rives de la Baltique, orsqueen 1317, la peste qui ravagea le nord de l'Europe, moissonna un si grand nombre d'habitants que la plupart des campagnes restèrent sans culture : la rigueur inouïe de quelques hivers fit périr un grand nombre •de plantes; et la terre ayant été frappée de stérilité, la famine pénétra dans les villes qui ne recevaient plus leurs approvisionnements.
D'autres calamités atteignirent en 1321 les Anseates qui commençaient à relever les ruines de leur commerce.
Un ouragan, plus terrible que tous ceux dont les vieillards avaient conserve la tradition, se déchaîna sur la mer Baltique; et la plupart des vaisseaux dont elle était couverte furent coulés bas, ou chassés vers le sud avec une telle violence, qu'ils se brisèrent sur les cotes. Ce désastre lit éprouver aux villes des Vendes, et à Lubeck surtout, des pertes immenses
3ui, à la suite de plusieurs fléaux, evenaient plus difficiles à réparer.
Cette succession d'adversités rendit plus turbulente la classe des indigents dont elle augmentait la misère. Un grand nombre de ces malheureux cessaient de croire à la Providence, et cherchaient par des moyens illicites une subsistance que le travail ne leur procurait plus : des dissensions éc»Qtaient dans les villes; et l'autorité publique était souvent dans l'impuissance de soulager la pauvreté et de désarmer les partis. Cette sorte d'inquiétude et d'irritation , causée par les malheurs publics, se fait souvent remarquer dans le cours du quatorzième siècle :
elle rend les arts sationnaires; elle fait même rétrograder l'ordre social; elle vicie les mœurs, amène le découragement , accroît la superstition , et porte les hommes crédules à expliquer par des causes absurdes l'origine de leurs souffrances.
Une épreuve encore plus funeste était réservée aux nations qui se croyaient déjà poursuivies par la colère du ciel. L'année 1348, époque de lugubre mémoire, vit propager dans l'Europe entière la peste qui s'était déclarée en Orient ; et ce fléau menaça d'extermination les cités les plus florissantes. Les écrits de l'empereur Cantacusène, qui fut témoin des ravages de cette horrible contagion, nous en ont conservé limage.
■ La peste commença dans la Scythie hyperboréenne; elle envahit presque tous les rivages maritimes et enleva une grande partie d^s habitants : elle parcourut le Pont, la Thrace , la Ma-
L'UJMVEMS.
cédoine, la Grèce, l'Italie, toutes les îles, la Syrie, la Judée, l'Egypte, la Libye, le monde entier. Le mal était incurable, et aucun régime, aucune force humaine ne pouvait y résister :
il abattait également les corps robustesou débiles; et ceux que l'on soignait à grand frais succombaientcomme les plus pauvres. Cette année n'eut aucune autre maladie, ou du moins elles dégénéraient toutes en affection pestilentielle, et l'art de la médecine était impuissant. Tous n'étaient pas également frappés : les uns Tétaient subitement, résistaient peu, rendaient l'âme le même jour, et quelquefois dans la même heure : ceux qui avaient lutté deux ou trois jours étaient saisis d'une fièvre aiguë; le mal envahissait la tête; ils devenaient muets, stupides, et comme absorbés par un profond sommeil. Si par hasard ils revenaient à eux, ils s'efforçaient de parler; mais leur langue 'attachée au palais et la paralysie des nerfs du cerveau ne leur laissaient proférer que des sons iDarticulés, et ils expiraient promptement. Chez d'autres hommes, le mal n'assiégeait pas la tête, mais les poumons ; il enflammait bientôt la plèvre et causait de vives douleurs dans la poitrine : les malades avaient des crachements de sang; kur haleine dégageait une odeur infecte; leur gorge et leur langue enflammées étaient noires et avaient des taches sanguinolentes : le plus ou le moins de breuvage ne les soulageait pas; ils ne pouvaient jouir d'aucun sommeil, et souffraient une angoisse générale. Il se formait au bras et à l'avant-bras, souvent aux gencives, (et quelquefois dans d'autres parties du corps , des abcès ou des ulcères plus ou moins grands et accompagnés de pustules noires. Quelques malades avaient tout le corps tacheté d'une espèce de stigmates, les uns plus rares et plus apparents, les autres plus fréquents et plus obscurs, et ils en mouraient tous. Un grand nombre avaient à la fois tous ces symptômes; d'autres n'en avaient qu'une partie, et souvent un seul de ces signes était mortel.
« Mais dans cette multitude, le petit nombre de ceux qui avaient échappé à la maladie ne la reprenaient plus assez violemment pour en mourir : ainsi une nouvelle attaque leur laissait quelque espérance : on parvenait, en ouvrant leurs abcès, à dériver au dehors la source du mal. Quant aux autres, on n'avait trouvé aucun secours qui fdt certain; et si deux hommes éprouvaient les mêmes souffrances, ce qui avait sauvé l'un devenait un poison pour l'autre : les funérailles s'accumu. laient, et un grand nombre de maisons et de métairies furent bientôt désertes. Rien n'était plus affligeant, plus misérable, que le spectacle du désespoir de tous ces hommes souffrants, qui ne s'attendaient plus à guérir : ils tombaient dans un découragement absolu:
cet abattement, cette tristesse , aggravaient la maladie ; et ils expiraient subitement. » Alors on vint à s'isoler, à fuir les malades, à chercher, comme préservatif ou consolation, le genre de vie que Ton croyait le plus salubre, ou le plus propre a distraire d'un péril auquel on n'espérait plus échapper.
Les uns vivaient avec tempérance, d'autres se plongeaient avec ivresse dans les plaisirs : on abandonnait sa maison , sa ville, sa famille, et jusqu'à ses enfants ; les malades restaient sans secours, les morts furent bientôt sans sépulture; l'air était corrompu par de fétides exhalaisons, et les progrès de la contagion furent si rapides que, dans les trois mois du printemps, ils emportèrent la moitié de la population.
La maladie qui ravageait le midi de l'Europe pénétra rapidement vers les contrées du nord avec un nouveau caractèrede malignité. Partoutelletrompait les efforts de l'art : plusieurs villes perdirent les trois quarts de leurs habitants : les campagnes restaient abandonnées aux animaux sauvages que ce cruel fléau épargnait encore ; il continua de sévir pendant une année entière, et les désastres qu'il causa furent si grands , que la Suède, la Norvège, l'Islande redevinrent dévastes solitudes. On attribue à ce terrible phénomène la disparition de la colonie
VILLES AINSÉATIQUES.
qui l'était formée dans le Groenland.
Les progrès d'un fléau si destructeur frappèrent les nations d'un effroi Universel. On en cherchait la cause afin de pouvoir s'en défendre ; mais on ne pouvait l'assimiler à aucune maladie connue; il U'S excédait toutes par sa \ iolence ; et les corps qu'il attaquait subissaient une si prompte des organisation qu'aucun secours ne pouvait en arrêter les effets. La peste noire fut d'abord attribuée à des exhalaisons malfaisantes, échappées d'un gouffre qui s'était ouvert dans la Tarlarie.
Mézerai rapporte qu'il avait apparu dans le Cathay un globe de vapeurs infectes et enflammées qui, après avoir détruit les animaux et les végétaux d'une province entière, porta de contrée en contrée la désolation : d'autres f détendirent que des pluies de repties, d'insectes, d'animalcules immondes et vénéneux étaient tombées du ciel , avaient vicié l'air que respirent tous les êtres animés , et avaient fait pénétrer dans leur sein un poison subtil. Partout on apercevait un extrême désordre dans la nature, et l'on en cherchait l'origine dans le ciel ; soit qu'on y eut remarqué d'effrayants météores, ou des comètes, ou la conjonction de quelques astres , soit que l'on crût reconnaître dans quelques chocs des éléments les combats du ciel avec l'Océan ou avec la terre. Les observations que la science ne pouvait pas faire encore étaient remplacées par les conjectures de l'imagination : celle-ci suppléait à ce que la nature avait d'inexplicable; et les opinions religieuses, venant se mêler à l'obscurité de cette recherche, portaient à croire que Dieu avait envoyé aux hommes un si grand fléau pour châtier leurs iniquités. La superstition vint aggraver les malheurs publics, en armant de nouveau la fureur de la multitude contre un peuple depuis longtemps en butte aux animosités des chrétiens. On crut que pour apaiser le ciel, il fallait un sacrifieed'expiation, et les Juifs furent calonmieusementchargés de l'absurde imputation d'avoir attiré la colère de Dieu sur tous les pays où ils s'étaient
répandus. On osa même les accuser
d'avoir empoisonné les puits et les fontaines : plusieurs Israélites furent, mis à la torture, à Bonn et dans d'autres villes; et l'excès de la douleur leur arracha quelquefois des aveux qui fureill ensuite rétractes. Une assemblée
"de barons, convoquée à Rhinfeld, jugea qu'il fallait les chasser; et la plupart n'échappèrent à la mort que par le bannissement.
Ces persécutions contre une classe d'hommes spécialement attaches au commerce ruinèrent une partie de ses opérations. I/Europe entière avait d'ailleurs si violemment éprouvé les ravages delà contagion qu'elle fut d'abord plongée dans l'accablement : les villes anséatiques participèrent au malheur général ; et l'on peut aisément se repi ésentertout ce qu'elles eurent à souffrir, par la perte des ouvriers , la ruine des manufactures, la pauvreté publique, l'interruption de toutes les voies de communication. Cependant les franchises dont ces villes jouissaient, la sagesse de leurs institutions, et les privilèges de leur commerce, favorise dans tous les pays, attirèrent bientôt dans leurs mursde nouveaux habitants.
Use faisait partout un grand déplacement de population; et tandis que la misère et le désespoir faisaient abandonner les derniers hameaux de plusieurs contrées qui ne renfermaient plusquedes tombeaux, quelques villes où l'on espérait un avenir moins funeste, recueillirent ces colonies malheureuses. Les Anséates, accrus par de nombreuses familles, indigentes et laborieuses , parvinrent à réparer toutes leurs pertes, à rétablir leurs relations avec les autres pays, et à reprendre dans tous les marchés de l'Europe la prépondance dont ils avaient joui.
L'identité d'intérêts et le soin de leur commune défense les déterminèrent à s'unir encore plus étroitement, et à rassembler toutes leurs forces contre la puissance qui menaçait le plus directement leurs libertés' et leur commerce.
Lorsque Waldemar III se fut emparé en 1361 de la ville de Wisby qui fut
L'UNIVERS
abandonnée au pillage, les Anséates, n'ayant pu obtenir dcce prince aucune satisfaction, armèrent une (lotte. Lubeck fournit une grande partie des vaisseaux et des hommes de guerre; et le commandement en fut remis au bourgmestre Wittenborg, qui obtint.
un premier avantage et fit un débarquement en Danemark; mais les Danois saisirent une occasion favorable pour enlever aux Anséates douze vaisseaux chargés d'approvisionnements et de munitions de guerre. Ce revers fut imputé à Wittenborg : On ne lui tint aucun compte d'une victoire dont il avait perdu les fruits; il fut livré aux tribunaux et paya de sa tête son imprévoyance. Un armistice fut conclu en 1 363 entre les belligérants ; mais les causes de la guerre subsistaient encore, et de part et d'autre on n'avait pas quitté les armes.
Aucun motif ne fit mieux reconnaître aux Anséates la nécessité de leur union, que la crainte de voir passer sur la tête d'un seul monarque les trois couronnes du Nord. Magnus III régnait en Suède; Haquin son fils était devenu roi de Norvège, et ce jeune prince avait épousé Marguerite, fille de Waldemar III, roi de Danemark , qui n'avait pas d'autres enfants. Cette alliance ayant fait prévoir que les trois royaumes n'auraient bientôt qu'un seul souverain, les Anséates crurent devoir favoriser le parti qui venait d'offrir la couronne de Suède au prince Albert de Mecklembourg; et soixante -dix-sept villes, dont la Ligue se composait en 1364, ayant uni leurs forces pour le placer sur le trône, envoyèrent leurs députés à Cologne, où Ion affermit les bases de leur confédération générale, et où l'on fixa les devoirs et les privilèges de tous les membres de cette grande association.
Waldemar tournait d'abord cette Ligue en dérision; mais attaqué à la fois par les villes de la Baltique et de la mer du Nord, qui concertèrent avec un parfait ensemble leurs résolutions et l'emploi de leurs forces, il fut obligé de rendre à la confédération tous ses
droits; de déclarer libres les routes et la navigation; de consentir à la restitution des marchandises naufragées , qui seraient réclamées dans l'an et jour; enfin, de confirmer les privilèges que la Suède avait accordés aux Anséates, dans la province de Scanie dont il jouissait alors. Ce prince ayant fait naître de nouvelles difficultés sur l'exécution de ses promesses, la guerre fut poursuivie avec plus de vigueur en 1368; la diète des confédérés résolut de porter toutes ses forces en Scanie, et les Lubeckois fournirent seize cents hommes pour leur contingent. La Ligue était secondée par Albert, roi de Suède, et par un grand nombre de Danois mécontents ; elle s'empara de Falsterbode, Schonoër, Helsingor, Nikôping, Asholm; elle fit même une descente à Copenhague. Waldemar fut contraint de quitter ses États, et la paix fut conclue en 1370 avec la régence qui gouvernait après son départ. Les Anséates obtinrent pour seize ans la possession de la Scanie , en dédommagement des pertes qu'ils avaient faites à Wisby, où ils avaient des magasins considérables : leurs anciens droits dans les ports de Danemark furent renouvelés, et la navigation redevint entièrement libre.
Albert de Mecklembourg venait de confirmer en Suède tous les avantages accordés aux villes qui lui avaient prêté leurs secours. La Ligue entière se trouvait comprise dans cette convention conclue en 1368 : on y désignait nommément Lubeck , Brème, Hambourg, Kiel, Wismar, Rostock , Stralsund, Grypswald, Anclam, Stettin, New-Stargardt, Colberg. Les mêmes franchises commerciales étaient communes aux villes de Thorn, d'Elbing , de Dantzig, de Braunsberg, deKoenigsberg, appartenant à l'Ordre teutonique ; à celles de Riga, Dorpat, Revel, Pernaw,qui relevaient du gouvernement de Livonie; aux villes germaniques de Cologne, Dortmund, Socst, Munster, Osnabruck; à celles de Brunswick, Magdebourg, Hildesheim, Hanovre, Lunebourg, et à celles
villes a>m:aiiques.
tPUtrecnt, Schwoll, Hasseli , Deventer, Elborn, Zutphen, situées dans les provinces voisines du Zuydersée.
D'autres concessions, dont la base était la même , furent faites en 137(>, Haquin IV, roi de Norvège, aux mêmes villes, et à celles de Hollande et de Zélande, qui n'avaient pas été comprises dans les traités précédents:
c'étaient celles de Campen, Bréda, Midelbourg, Arnheim, Dordrecht, Amsterdam, Enkuyzen, Harderwick, llindelofen. Ces différents lieux avaient alors une importance que plusieurs d'entre eux ont perdue depuis.
La nomenclature des villes précédentes nous indique les développements que la Ligue Anséatique avait pris, par l'union de ses armes et par ses traités de paix et de commerce.
Elle avait d'abord attiré dans son association les villes situées au bord de Ja mer, ou sur la rive des fleuves navigables qui cji assuraient les communications ave* l'Océan ; ses relations avec d'autres places de l'intérieur s'étendirent ensuite de proche en proche, et accrurent à la ibis sa considération et sa puissance.
Les Anséates étaient alors parvenus au plushaut point deleur grandeur: ils tinrent à Lubeck, en 1385, une grande diète, à laquelle se trouvèrent plusieurs tètes couronnées, et où d'autres souverains furent représentés parleurs ambassadeurs. On y remarqua la reine Marguerite de Danemark, Albert, roi de Suède, le comte Eric de Saxe-Lawenbourg, les comtes Nicolas et Adolphe de Holstein; les envoyés du duc de Bourgogne, ceux des comtes de Flandre etde Hollande, et un grand nombre de députés, non -seulement des villes de la Hanse, mais de ses comptoirs , et de différents États qui entretenaient avec elle des relations.
On y négocia la remise de la Scanie au Danemark, et l'on y fit des règlements sur le commerce des Anséates avec la Suède, le Danemark, la Livonie, la Flandre, l'Angleterre et d'autres pays.
Cependant, malgré les sages mesures que les Anséates avaient prises
pour prévenir la reunion des trois couronnes du .Nord, cette concentration de forces allait s'accomplir. \i-
bert , qu'ils avaient aidé a monter sur le trône de Sllède, ne sut pas conserver
L'affection du peuple qui l'avait reconnu pour roi. 11 mécontenta les seigneurs du royaume, en réunissant au domaine de la couronne une partie de leurs fiefs j il exigea du clergé ^Ws subsides considérables, à titre d'emprunt; il chargea le peuple d'impôts; et la nation tout entière, ayant résolu de le détrôner, lit proposer en 1387 la couronne de Suède à Marguerite, qui gouvernait déjà le Danemark et la Norvège : Albert fut alors solennellement déposé par les états, après vingt-cinq ans de règne. Ce fut en vain qu'il appela à son secours les princes de sa maison , les comtes de Holstein, les villes anséatiques, et les chevaliers de lOrdre teutonique auxquels il promit l'île de Gothland : les troupes qu'il avait rassemblées furent défaites à Falkôping en Westrogothie ; luimême fut fait prisonnier avec son fils et ses principaux officiers, et on les transféra àLindolm, château de Scanie, situé entre Ystadt et Malmoë. Les partisans qu'il avait eus en Suède abandonnèrent la cause du monarque captif; et les seuls lieux où l'on continua de le reconnaître furent l'île de Gothland, dont il venait de faire la cession . et la ville de Holmia , capitale de la Suède.
Cette dernière place était assiégée par l'ennemi , et les habitants étaient réduits à la famine, lorsque Jean de Mecklembourg, beau-père du roi prisonnier, tenta de faire lever le siège par un armement dans la Baltique et par une diversion sur différents points des trois royaumes. Une tempête ayant dissipé sa flotte, il en répara les avaries, revint au secours d'Holmia, et pan int à y introduire d'abondantes provisions.
Les habitants de Rostock et de Wismar, qui étaient sujets d'Albert, faisaient des efforts pour le délivrer; et les magistrats de ces deux villes appelèrent aux armes tous ceux qui vou-