‹ Villes anséatiquesChapitre 18 sur 51 · VJ · texte numérisé non relu

VJ

le titre de duc: RIO de - s Bit, Albert

III , devint roi de Suéde : et celte

maison tut nuit1 plusieurs lois par des alliances de mariage bus rois de Danemark i aux durs as Brunswick < rie Saxe, de Poméranie, a d'autres

souverains d'Allemagne ou du nord de l'Europe. Ses relations de famille mêlèrent ainsi ses intérêts politiques

à Ceux i\(^ autres puissances ; mais elles ne changèrent point les rapports de Wismar et dellostock avec la Ligue Anseatique. Les souverains de C a deux villes étaient interesses à ménager un commerce qui devait sa prospérité à la confédération : leurs relations amicales avec la régence de Lubeck furent mutuellement utiles; et si quelque mésintelligence les altéra par intervalle, elle ne fut que d'une courte durée.

Les villes anséatiques de Poméranie avaient, comme celles du liée* klembourg, un souverain particulier :

c'étaient celles d'Anclam , Colberg, Demmin, Golnow, Grvpswald, Rugenwald, Stargardt , Stolpe, Stralsund. Leurs liens avec la confédération commençaient à être moins intimes : les grands intérêts de la Ligue se discutaient alors dans les parages occidentaux de la Baltique; ils concernaient plus spécialement Lubeck et les villes voisines; et celles de Poméranie purent conserver la neutralité, pendant les dissensions de la régence, soit avec le Danemark , soit avec la Suède : elles adoptèrent le luthéranisme , comme les autres villes anséatiques ; et l'introduction des dogmes nouveaux ne rencontra d'opposition sérieuse, ni de la part du prince, ni de celle des habitants.

Nous avons vu que les provinces soumises à l'Ordre Teutonique, et comprises sous le nom sénérique de Prusse ducaie, accueillirent la réforme avec d'autant plus de promptitude que le grand maître leur en donnait l'exemple : les villes anséatiques de cette contrée étaient Braunsberg, Culm , Dantzig, Elbing, Hall, Warbourg, Thorn , Koenigsberg. Les mêmes dogmes furent admis dans l'île

deGothland; niais il n'en fut pas ainsi dans les filles d'Esthooie et deLito-

nie , OÙ les lieutenants pn>\ inci;in\ de,

l'Ordre Teutonique conservaient leur • ii stence politique et religieu • i

rarcheréque de R ssoffragants

luttaient eontre les nouvelles doctrines. Leur résistance et celle des autres princes on l t its restéi Bdèles au catholicisme étaient enccui a

par les armements de L'emp reur Charles-Quint et par les bulles de la cour de Rome : l'un et l'autre pouvoir se prêtaient des secours , pour chercher à extirper les. opinions naissantes ; mais déjà elles s'étaient trop enracinées , elles étaient trop vivaces , pour qu'il fut possible de les détruire ; et les protestants , menaces dans leurs plus chers intérêts, s'étaient unis étroitement et cherchaient à concerter leur résistance.

La division de l'Allemagne en un grand nombre de souverainetés particulières n'empêchait pas les nouveaux dogmes religieux de se répandre avec facilité d'un pays dans l'autre. Comme ils avaient été protégés dès l'origine par l'électeur de Saxe, un des princes les plus considérés et les plus puissants, ils se propagèrent, sous ce patronage, dans la plupart des États voisins, avant que le chef de l'Empire put assembler ses troupes pour arrêter les progrès de la réforme. Quelle digue aurait-il pu d'ailleurs leur opposer? La guerre contre les opinions ne ressemble pas à toutes les autres : on peut, par la supériorité des armes . vaincre un ennemi et conquérir son territoire :

mais les doctrines qu'on a voulu combattre échappent à la force , se font jour à travers les obstacles, et subjuguent souvent le vainqueur luimême. C'est ce que l'on put reconnaître plusieurs fois, pendant les guerres entreprises contre la réformation : quelques-uns des princes qui l'avaient d'abord combattue se rangèrent ensuite sous ses drapeaux : cette multitude de petits États où elle pénétrait à la fois leur donnait toutes les ressources d'une corporation

L'UNIVERS

puissante; ils avaient tous un même intérêt à s'entre-secourir, et ils purent rapidement assembler des forces nombreuses.

La guerre que s'étaient déclarée les deux partis n'aurait sans doute pas été d'une si longue durée, si leurs troupes n'avaient pas été d'abord disséminées sur ungrand nombre de points; mais à côté d'un pays réformé , un autre était resté fidèle à l'ancien culte. Cette opposition se rencontrait dans les différentes parties de l'Allemagne, surtout dans les contrées occidentales , et l'on y voyait plus souvent aux prises les deux adversaires. C'était un puissant appât pour les promoteurs de la guerre civile et religieuse: les ri vaux, les ennemis étaient d'autant plus redoutables les uns pour les autres que leurs habitations et leurs forteresses étaient plus rapprochées; et cette situation nous explique par combien d'excès ces années de trouble et d'irritation furent signalées.

Tant de fureurs furent encore aigries par le fanatisme religieux d'une branche de réformateurs qui, s'éle* vant à la fois contre toutes les institutions reçues, et prétendant vouloir reconstruire la société, portèrent tout à coup la dévastation dans plusieurs parties de l'Allemagne.

L'ouvrage publié par Luther en 1521 , sur la liberté chrétienne, fut une des principales autorités dont plusieurs autres innovateurs se servirent, pour s'écarter à leur tour des principaux dogmes de la réforme. Les anabaptistes furent ceux qui s'en prévalurent le plus ; et comme l'enthousiasme et l'inspiration étaient le caractère de leur doctrine, ils s'abandonnèrent plus librement à des excès qu'ils prétendaient justifier par l'impulsion même de la volonté divine.

Nicolas Storçk, né à Zwickau en Silésie, était le fondateur de cette religion nouvelle : il avait commencé ses prédications en 1522, pendant que Luther était dans le château de Wartbourg , et il avait déjà fait de nombreux prosélytes par la souplesse de son caractère et par l'entraînement de sa

parole, lorsque IMuncer, qui avait obtenu à NuiEmberg et à Prague des succès semblables , vint se joindre à lui. Le nombre des anabaptistes s'accrut rapidement en Thuringe et en Bohême; et les habitants des campagnes commencèrent à s'y soulever contre l'Église, les princes et les autorités publiques.

Ils se répandirent dans les pays voisins, et poursuivirent également les luthériens et les catholiques. Us abusaient des textes de l'Écriture sainte; ils les interprétaient à leur gré, pour ébranler l'autorité des lois et des magistrats, les droits de la propriété et tous les principes de l'ordre social. Muncer. un de leurs chefs les plus fanatiques, commença dans le midi de l'Allemagne la guerre des paysans, et les hostilités delà multitude, qu'il assembla sous ses drapeaux, furent spécialement dirigées contre les classes supérieures. Ces forcenés, dont la fureur était encore augmentée par leur exaltation religieuse, proscrivaient indistinctement les richesses, l'industrie, les lumières, et abaissaient sur toutes les têtes leur sanglant niveau. Quelques-unes des villes anséatiques, situées en Hollande et en Westphalie, éprouvèrent leur rage effrénée ; et l'image de tant d'infortunes put avertir les autres villes confédérées des fléaux qu'entraînent avec elles les guerres civiles et religieuses : leçons terribles , que le ciel nous donne sansdoutedanssa colère, quand nous outrageons le père et le bienfaiteur des hommes , en osant couvrir de son autorité nos propres fureurs.

Les paysans qui avaient pris les armes pillèrent l'église de Mùllerbach en Saxe : Muncer s'établit ensuite à Mulhausen en Thuringe : il parvint à faire déposer les anciens magistrats, fit nommer un sénat chrétien dont il devint le chef, détruisit les autels, brisa les statues et les vases sacrés, fit évacuer les monastères et renversa les églises : on dépouilla les riches; les biens furent mis en commun ; Muncer distribuait au peuple les revenus et

YILLKS AISSÉATIQUES.

les approvisionnements ; cl il eut bientôt pour adjoint Pfiffer, qui alla encore

plus loin que lui dans ses projets de nivellement.

La division se mit ensuite dans leur camp : les uns ne voulaient pas de lois, d'autres refusaient le payement des impôts : la plupart des dissidents prirent le titre d'union chrétienne :

ils s'emparèrent de Mergentheim, qui avait appartenu à l'Ordre Teutonique, de Winsperg, de Hailbronn, de Dourlach, de Spire, et de quelques autres villes. Enfin, iedue Antoine de Lorraine marcha contre eux et tailla en pièces six mille paysans : le landgrave de liesse attaqua ceux qui s'étaient retirés à Fulde : ceux de Thuringeetde Saxe furent défaits près de Franchusen; et Muncer, qui s'était retiré dans cette ville après la bataille, fut arrêté et mis à la torture : la place de Mulhausen se rendit; Pfiffer fut fait prisonnier près d'Eisenach, et Muncer et lui furent décapités.

La guerre des paysans avait gagné le AVirtemberget le diocèse de Wirtzbourg; mais ils rencontrèrent enfin un général ennemi qui les arrêta , les vainquit et ruina leur confédération. Truchses, baron de Walpurg en Souabe , s'empara sur eux de Winsperg, de Necker-Ulm, leur fit lever le siège de Koenigshofïen, les battit près de Wirtzbourg, et acheva, de concert avec le général Fronsperg, la ruine de l'armée des anabaptistes.

Cependant leur secte n'était pas anéantie : elle se conservait en Silésie, où leurs doctrines étaient prêchées par Schwenckel, disciple de Storck , et distingué par son élocution facile, par la politesse de ses manières et les avantages de la naissance. Ses partisans, au nombre desquels se rangèrent des nobles et des riches, se répandirent dans plusieurs parties de l'Allemagne : leur religion pénétra dans les Pays-Bas; et après avoir été chassés en 1527 du diocèse d'Utrecht, par Henri de Bavière qui était alors duc et évêque de cette ville, ils y revinrent bientôt; ils soulevèrent le peuple contre le clergé,

forcèrent l'évêque à l'éloigner, et

formèrent enfin à (Jtrechtun établissement. On parvint à le maintenir,

parce qu'il devenait pacifique, et que

l'on se bornait a prolesser les dogme* et à suivre les rites de l'anabaptisme, sans se montrer rebelle a l'action des autorites, et sans leur porter ombrage. Utrecht faisait alors partie de la Ligue Anséatique, et cette époque de ses annales nous a paru digne d'être rappelée.

La secte des anabaptistes allait pénétrer sur d'autres limites de la confédération : elle commença en 1531 à se répandre en Moravie. Hutter, né en ïyrol, étaitdevenu un de ses chefs : il vint former en Moravie un plan de république, et il y rassembla les disciples que Storck avait formés dans les contrées voisines. Sherding était son collègue, et tous deux achetèrent un territoire inculte , avec les sommes que les frères leur avaient remises :

cet établissement, commencé par des hommes probes et pacifiques, fit de rapides progrès; il prit une forme régulière de gouvernement; et le genre de vie des frères moraves retraça celui des premiers cénobites : ils vivaient à la campagne, devenaient fermiers des seigneurs, se distinguaient par leurs mœurs, par une vie frugale et par l'amour du travail.

Mais comme ils affectaient l'indépendance des magistrats , et voulaient former une république religieuse dans l'État où ils étaient enclavés, Ferdinand, roi des Romains, ne voulut pas les tolérer : il donna au maréchal de Moravie l'ordre de poursuivre leshuttérites par le fer et le feu , et de détruire les édifices où ils se rassemblaient. Le nombre des anabaptistes s'était accru, mais leurs colonies étaient encore dispersées dans les fermes et les métairies : Hutter les fit passer dans les bourgades pour les mettre plus en sûreté; ils s'y fortifièrent; et lui-même se rendit en Tyrol et en Bavière, pour attirer à lui d'autres anabaptistes, qui allèrent se joindre à ceux de Moravie, après avoir vendu leurs biens. Là ils vivaient en coin*

mun avec tous les autres, et ils offrirent de payer un tribut , pour qu'on leur laissât librement pratiquer les maximes de leur religion et de leur gouvernement; mais on lit inarcber des troupes pour les chasser, et pour s'établir dans les terres qu'ils avaient défrichées : ils se retirèrent sans résistance.

C'est sans doute, dans l'histoire des innovations religieuses, un phénomène remarquable, que de voir des réformateurs, tantôt redoutables à tous les gouvernements , employer la violence et les armes , pour détruire les institutions établies, tantôt plus modérés dans leur action et plus humbles dans leurs vœux, ne demander que la tolérance, et se plier à tous les devoirs civils et à toutes les lois régnantes. Cette diversité de conduite et de caractère ne nous prouve-t-elle pas que les opinions seules ne régissent point les hommes qui les professent et qui se réunissent pour les faire triompher? Un petit nombre de chefs s'emparent de ce levier pour soulever les masses , et c'est leur génie personnel qui les fait mouvoir :

ils s'en servent, ils les dirigent, au gré de leurs propres passions; et la même opinion dominante peut tour à tour, et selon qu'elle est mise en œuvre par des âmes énergiques ou patientes, créer des persécuteurs, ou inspirer la résignation aux martyrs.

Les dissidences et les luttes que fit naître la réformation nous offrent plusieurs fois cette différence de résultats.

Quelques-unes des villes anséatiques où le luthéranisme avait fait des progrès furent bientôt exposées à la guerre civile, soit par les animosités mutuelles des catholiques et des protestants, soit par les divisions qui éclatèrent entre les partisans mêmes de la réforme. Munster offrit un des plus tristes exemples de ces déchirements. Les ministres luthériens y avaient été reçus en 1532; l'évêque avait été forcé 'de s'éloigner avec les principaux membres du clergé; et, après, s'être menacé de part et d'autre

pendant quelques mois, on avait conclu un arrangement qui rappelait l'évêque, rendait aux catholiques l'église cathédrale, et accordait six temples aux protestants.

Cependant les deux partis restaient en présence, et la paix fut troublée de nouveau par un réformateur qui avait embrassé la secte des sacrainentaires, démembrée decelle des luthériens, et conforme à celle de Zuingle et d'OEcolampade : elle abolissait l'épiscopat, mettait les biens du clergé à la disposition du gouvernement, et ne laissait subsister ni les images, ni les reliques, ni les ornements des temples. François de Waldeck était alors évêque de Munster; on l'avait réduit à partir pour la seconde fois : les religieux étaient expulsés, et le gouvernement de la ville était resté au pouvoir des évangéliques : c'était le nom que prenaient alors les luthériens et les sacramentaires réunis.

Dans ces circonstances orageuses, plusieurs anabaptistes arrivèrent à Munster; ils y furent tour à tour en discréditet en faveur. Rothman quitta la secte des sacramentaires pour passer dans ce nouveau parti; et deux hommes plus habiles et plus ambitieux, Jean Mathis et Jean Bocold , généralement connu sous le nom de Jean de Leyde qui était sa ville natale, vinrent achever la révolution que les anabaptistes avaient commencée. Cinq cents fanatiques, gagnés par leurs prédications , prirent les armes, s'emparèrent de l'arsenal, déposèrent les sénateurs, et firent nommer de nouveaux magistrats. Ce changement d'autorités n'était qu'une transition au pouvoir que Jean Mathis parvint à se faire conférer : il se hâta de mettre la ville de Munster en état de soutenir un siège; il y fit entrer une grande quantité d'approvisionnements et de munitions, et appela à son secours les anabaptistes de Flandre, de Hollande, des différentes parties de l'Allemagne. L'évêque de Munster s'avançait pour assiéger la place, et Jean de Mathis avait déjà obtenu contre lui

VILLES AIVSK YTIQUES.

dp premiers avantages, lorsque! péril

dam un combat : les anabaptistes lui donnèrent pour successeur Jean de Le/de. L'éréque pressait les travaux du siège, le canon ouvrit une brèche, et l'ennemi donna l'assaut : m, us ses troupes furent repoussées avec tant de rigueur que lévêque, renonçant à une attaque de rive force, prit le parti de changer le siège en blocus, afin de réduire les habitants à capituler quand leurs provisions seraient épuisées.

Les premiers succès de Jean de Leyde avaient accru son autorité : il voulut établir dans la cité qu'il regardait comme la ville sainte le gouvernement des douze juges d'Israël :

lui-même était désigne sous le nom d'Élie; il passait pour le plus grand prophète; et à l'aide des secrètes intrigues tonnées par ses partisans et ses disciples, il tut proclamé roi. Son couronnement se lit avec magnificence le 24 juin 1534 : il lit battre monnaie, eut des gardes et des ofiieiers, lit porter à ses cotés par ses premiers serviteurs une couronne, une bible, une épée, et rendit la justice sur un troue dressé au milieu de la place publique.

Un édit fut proeHamé le 12 juillet suivant : on y traçait les bases du gouvernementd'Israel, et cette charte était signée par Jean le Juste, roi du nouveau peuple, et ministre du Très-Haut. Bientôt on nomma vingtsix missionnaires pour aller annoncer au loin le nouveau règne de Dieu.

Un de ses apôtres, Jean Gléchen, voulut aussi se faire couronner à Amsterdam ; mais il fut arrêté , et il périt avec ces complices.

Le blocus de Munster traînait en longueur, et les assiégeants avaient tracé autour de la place une ligne de circonvallation, défendue par quelques forts, alin d'intercepter tous les convois qu'on voudrait y introduire :

là famine yexerçaitdéjà ses ravages, et la misère des habitants était extrême, lorsqu'un d'entre eux , voulant mettre un terme à des maux devenus intolérables, profita d'une sortie pour s'évader comme un transfuge , se rendit

au camp ennemi, et parvint a faire entrer dans la ville pendant la nuit

quelques hommes déterminés qui ou*

\ rirent les portes aux assiégeants. Jean (le Leyde , tombéeti leur pouvoir, fut ,

par un raffinement cruel, expose pendant plusieurs mois à la dérision publique, avant d'être livre; au dernier supplice : on conduisit de ville en ville le roi de Biôn, garrotte et chargé de fers, et au mois de janvier 1688 Ofl le ramena a Munster, où l'échalaud était dressé pour lui et pour ses deux principaux complices. Ce fanatique n'était plus qu'un objet de commisération : il fut déchire par des tenailles ardentes, avant qu'on lui portât le coup mortel; et ceux mêmes qu'avaient effrayés ses fureurs ne virent plus en lui qu'un martyr, et furent attendris des gémissements que lui arracha l'excès des souffrances. Jean de Leyde n'avait que vingt-six ans: les égarements, les infortunes de cet âge pourraient-ils ne pas exciter un vif sentiment de pitié?

Les protestantsétaient aussi opposés que les catholiques aux anabaptistes :

Luther attaqua leurs doctrines: le gouvernement de Hambourg publia contre euxdes édits sévères ; mais d'autres villes anséatiques leur donnèrent asile. Un certain nombre s'enrôlèrent au service de Lubeck : ils ne recherchaient plus l'empire ; ils se bornaient à fuir la persécution ; et de dominateurs qu'ils avaient été, ils devinrent bons serviteurs , citoyens fidèles et soumis aux lois.

Le grand tableau des réformes religieuses, qui furent généralement adoptées par les membres de la Ligue Anséatique, nous aurait paru moins complet, si nous n'étions pas entres dans quelques détails sur les contrées voisines. La société religieuse s'y reconstituaitsurde nouvelles bases , et il en devait naître une partie des événements dont il nous reste à nous occuper dans le cours de cet ouvrage.

Si nous allions nous perdre dans les annales de chacune des villes delà confédération, nous craindrions de n'offrir qu'un amalgame confus d'événements , dont la plupart seraient

L'UNIVERS

sans importance et ne devraient pas être arrachés à l'oubli; mais en négligeant une foule de faits obscurs, pour ne nous attacher qu'aux actes éclatants et féconds en résultats, nous avons reconnu que ce grand tableau d'une association illustre devenait plus important et plus digne de mémoire : le moyen âge s'est présenté à nous avec ses diverses institutions, liées les unes aux autres, et inséparables de notre sujet. L'histoire des Anséates se trouvait nécessairement mêlée à celles de l'Allemagne, de la Hollande, des puissances du Nord, et des autres Etats qui s'élevaient sous différents noms dans les régions orientales de la Baltique. Tant de villes, disséminées sur un vaste territoire , participaient des lois, des usages, des intérêts de leurs voisins; et si l'on se trouve amené à expliquer par quelques digressions les événements qui leur sont propres, cette extension de vues devient nécessaire, pour mieux embrasser dans son ensemble une corporation dont les membres s'étendent au loin, et dont les éléments sont si divers. Poursuivons donc le système d'explications et de développements que nous avons adopté sur la Ligue Anséatique, sur ses relations et sur les causes qui tendaient à es maintenir, à les modifier, et à leur donner plus d'activité.

Nous avons placé au premier rang de ces améliorations l'agrandissement du commerce, qui sera toujours le plus ferme principe de l'union des peuples , parce qu'il se fonde sur leurs besoins, sur leurs intérêts, et qu'il leur assure de mutuels secours. Aussi nous retrouvons fréquemment l'occasion de louer, de bénir les efforts que fit la Ligue Anséatique pour multiplier les communications qui lui furent ouvertes dans tous les pays.

Sans doute elle avait en vue d'assurer ses bénéfices et sa grandeur ; mais un désintéressement absolu n'aurait pas accompli de tels travaux : il fallait, pour braver tant de périls, avoir à espérer quelques récompenses. Cette perspective excitait le zèle des navigateurs et des négociants anséates :

elle dirigeait la politique et la conduite de leurs magistrats, généralement choisis dans la classe du commerce, ou parmi les jurisconsultes et les autres hommes les plus éclairés : les questions d'intérêt public et particulier leur étaient familières ; et ils traitaient les affaires de la cité, avec ces principes d'ordre, d'économie, de prudence, qui avaient été l'origine de leur fortune.

On aime à reposer ses yeux sur un tel spectacle, lorsque l'on est forcé de parcourir un siècle de calamités, lorsqu'on voitde nombreuses nations, livrées à toutes les fureurs des guerres civiles et religieuses , se débattre dans des discussions obscures et passionnées, et se déchirer pour l'exercice du pouvoir , ou pour des conquêtes incertaines, que la violence a faites et que d'autres forces vont lui ravir.

Le droit de la guerre s'exerça sans restriction , sans pitié , pendant une longue suite d'hostilités; et les vainqueurs désiraient l'étendre, parce qu'ils en profitaient plus librement; mais la Ligue Anséatique, habituellement intéressée à faire restreindre ce terrible droit, ne perdait aucune occasion de proclamer et de faire admettre d'autres règles plus conformes à l'ordre social. Les traités qu'elle eut successivement à conclure avec différentes puissances sont autant de précieux monuments de ces principes de droit public, qui tendait à se développer d'âge en âge, à mettre un frein aux fureurs mêmes de la guerre , et à faire quelquefois céder la colère des peuples à la voix et à l'autorité souveraine de l'humanité.

Ce suprême ascendant de la raison et de l'équité naturelle fut exercé quelquefois par de petits États sans armée et par la régence d'une seule ville : la force ne venait point à leur aide; mais une puissance bien supérieure les favorisait. C'était cette puissance de la justice et de la conscience, qui enseigne à l'homme ses devoirs, et qui lui parle au nom d ciel même. Souvent elle suffit pour protéger le faible : elle tient la balance

égale entre les gouvernements, etnpprend à ceux qui régissenl les hommes a respecter les droits qu'ils tiennent de.

la nature.

Toutes les foisquela Ligne Anséatique eut à conclure des traités arec

d'autres puissances, elle prit soin de consacrer par quelques stipulations formelles ees principes du droit des gens, dont elle se montra toujours unedes plus vigilantes conservatrices; et quand ce droit éprouva des améliorations, tantôt elle en eut l'initiative , tantôt elle emprunta et se lit gloire d'adopter celles qui avaient été introduites par d'autres nations.

Mais avant d'arriver à des conventions semblables, il fallutsouvent que la régence de Lubeck prît les armes , pour défendre les intérêts de son commerce, et pour maintenir ou étendre les privilèges que lui avaient accordés les puissances du Nord. Elle sut proliter de leurs dissensions pour agrandir sa propre influence; et lorsque l'île de Gothland fut devenue une pomme de discorde entre le Danemark et la Suède qui s'en disputaient la souveraineté, la régence excita d'abord Gustave Vasa à s'emparer de cette île; elle lui fournit même une flotte pour effectuer le transport et le débarquement des troupes chargées de cette expédition : elle favorisa ensuite les prétentions des Danois sur le même territoire qui leur avait longtemps appartenu ; et enfin elle réusf 'sit à se faire choisir pour arbitre entre les deux rois, qui lui remirent le jugement de cette contestation et qui

fmrtagèrent provisoirement entre eux a possession de l'île de Gothland , dont Wisbv continuait d'être le point commercial le plus important.

L'affermissement de Gustave Vasa sur le trône de Suède était entré dans les vues de la Ligue Anséatique, toujours intéressée à empêcher que les trois couronnes du Nord ne fussent réunies sur une seule tête. Le caractère , le courage et l'habileté de Gustave garantissaient la longue indépendance de la Suède; et ce prince avait accordé aux Anséates de si grandes pré-

rogatives commerciales, que ceux-ci avaient constamment a s'applaudir d'avoir secondé ses glorieuses entre

prises : mais Gustave avait si chèrement acheté leur secours, et la pn rite qu'il avait procurée SU commerce étala navigation des \nscales devenait si contraire au développement et aux progrès de ses propres Etats, qu'il aspirait à se dégager de cette espèce d'entraves, et à se rapprocher davantage du roi de Danemark Frédéric 1er, qui n'avait ni l'espoir ni la pensée de rétablir sa domination sur la Suède.

La situation des deux monarques avait donc changé : ils étaient disposés à rendre leurs relations plus intimes : tous deuv voyaient avec ombrage les efforts que faisaient les Anséates pour réparer les pertes qu'avait déjà faites leur confédération, et pour conserver au moins tous leurs avantages dans la Baltique, lorsque leurs prérogatives dans les ports de l'Océan commençaient à s'affaiblir.

La régence de Lubeck ne se contentait plus des prhiléges qui assuraient tout le commerce de Suède aux négociants et aux navigateurs de cette ville et de celles de Hambourg, Rostock, Wismar, Lunebourg et Dantzig : elle voulut obtenir davantage.

Elle demandait à la Suéde que les Hollandais fussent entièrement exclus du commerce de la Baltique ; et les mêmes démarches furent faites près du roi de Danemark, qui était disposé à les accueillir parce queles Hollandais avaient embrassé contre lui le parti de son prédécesseur Christiern II, lorsque ce prince avait été déposé , et lorsqu'il avait fait des tentatives pourremonter sur le trône. Mais le roi mourut à Gottorp le 3 avril 1533; sa mort fut suivie d'un interrègne qui dura plus d'un an, et le gouvernement intérimaire de Danemark changea de politique : il ouvrit des négociations de paix avec la Hollande, et un traité fut signé àGand paT les plénipotentiaires des deux États. On convint d'une trêve de trente ans entre les Pays- Bas et le Danemark , le Holstein et

la Norwngc : les navires hollandais devaient librement jouir de rentrée du Sund , en payant un droit de passage : si le Danemark et la ]Norwége étaient attaqués, les Pays-Bas leur enverraient un secours de six vaisseaux de guerre, et chacun de ces navires aurait à bord deux cents hommes de troupes.

Les Danois, après avoir réglé leurs relations avec la Hollande, envoyèrent une ambassade à Gustave Vasa, pour lui proposer une plus étroite alliance : elle fut en effet conclue, et le Danemark et la Suéde se promirent des secours mutuels dans le cas où ils seraient attaqués.

L'un et l'autre traité étaient alors dirigés contre la Ligue Anséatique ; la régence de Lubeck avait armé une flotte de vingt-quatre vaisseaux qui s'étaient emparés d'un grand nombre de navires hollandais ; et cette flotte était commandée par Marc Meyer, ancien serrurier à Hambourg , et parvenu ensuite par sa valeur et sa capacité aux différents grades de la milice à Lubeck : il y avait épousé la veuve d'un magistrat, et il était devenu sénateur. Georges Wullenwert , un de ses associés, était bourgmestre de Lubeck : celui-ci s'efforça de susciter des ennemis à Gustave Vasa , en encourageant en Suède les intrigues et l'ambition de quelques factieux jaloux du pouvoir , et surtout en cherchant , à l'aide de ses émissaires, à faire soulever Stockholm, pour que cette ville devînt indépendante et put entrer dans la Ligue Anséatique.

Wullenwert sut aussi profiter de sa mission en Danemark , pour y exciter des troubles et ébranler la monarchie.

Deux hommes puissants secondaient ses desseins : l'un était Ambroise Boeckbinder, bourgmestre de Copenhague, l'autre Georges Munter, bourgmestre de Malmoë : ils étaient convenus qu'au moment où la flotte de Lubeck apparaîtrait dans leurs eaux, ils se joindraient aux troupes de la régence , qu'ils chasseraientles nobles et les évêques , qu'ils feraient recevoir le luthéranisme, et que les villes anséa-

tiques les prendraient sous leur protection.

C'était à l'aide de ces commotions intérieures que la régence de Lubeck espérait affaiblir les forces de ses ennemis : elle chercha d'autres allies, et crut pouvoir intéresser a ses projets Henri VIII, roi d'Angleterre en lui faisant espérer une partie des dépouilles du Danemark : elle obtint même do lui une avance ou un subside de vingt mille écus; mais n'ayant reçu de ce monarque aucun autre secours effectif, elle prit le parti de seconder ouvertement l'ancien roi de Danemark, Christiern II, qui était alors détenu dans le château de Sunderbourg, et qui avait encore de nombreux adhérents.

Les premières hostilités qui s'engagèrent sur le continent furent contraires à la régence ; et les troupes danoises ayant obtenu quelqueavantage, s'avancèrent jusque sous les murs de Lubeck. Mais la flotte des Anséates avait pris la mer : elle se dirigeait vers le Sund : Georges Munter mettait au pouvoir de la Ligue la place de Malmoë , un des boulevards de la Scanie ; et Copenhague se rendit par capitulation au comte d'Oldenbourg, qui commandait une partie des troupes anséatiques, conjointement avec le duc de Mecklembourg, et qui s'empara des principales îles du Danemark. Cependant le.lutland et le Holstein n'étaient pas soumis , etils étaient résolus à la résistance : les états de ces deux provinces s'assemblèrent à Aarhus, et reconnurent la nécessité de faire promptement cesser l'interrègne : ils élurent pour roi le duc Christian de Holstein; et le nouveau monarque se rendit à Horsens, où il fut solennellement couronné , sous le nom de Christiern III : il devait l'être également à Odensée en Fionie ; mais cette île et les autres parties de l'archipel danois étaient occupées par les troupes de Lubeck et du comte d'Oldenbourg :

la Scanie l'était également; et ces pays allaient continuer d'être le théâtre de la guerre : la régence de Lubeck fit débarquer des troupes à Niebourg

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VILLES A.NSÊÀTÎQ1

en Fionle, et lit croiser une escadre dans le petit Bell pour empéch ir que cette Me ne reçût des secours duJutland. Néanmoins elle ne put la conserver : tes troupes danoises que Ha ni /.au commandait reconquirent la Fionie , et gagnèrent nie de Séeland, pour en recouvrer les différentes places, et surtout pour faire le siège de Copenhague, tandis qu'un autre eorps dirigé vers la Scanie allait y concerter ses opérations avec un général suédois , et accélérer la reddition de Malmoë et de Landskron. Christiern 111 s'était intimement lié avec Gustave Nasa dont il était le beaufrère : il lit en 153ô un voyagea Stockholm, où le roi de Suède t'accueillit de la manière la plus amicale, et les deux monarques parurent dispos n'ouvrir l'un sans l'autre aucune négociation avec la régence de Lubech , et à suivre avec vigueur leurs opérations maritimes qui avaient été signalées jusqu'alors par plusieurs succès.

Cependant la guerre touchait à son terme : la régence de Lubeck inclinait vers la paix ; et l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, les villes de Hambourg, de Brème, de Magdebourg, de Brunswick, employèrent leurs bons offices pour la conclure.

Cette négociation fut commencée à Hambourg le 14 février 1536, et l'on y régla toutes les conditions de la paix : il fut stipulé que toutes les hostilités cesseraient entre Christiern et la régence de Lubeck -, que le Danemark et les villes anséatiques reprendraient tous leurs anciens rapports de paix et d'amitié; que l'on confirmerait les immunités et les privilèges de Lubeck et de ses alliés; que l'île de Bornholm serait engagée à la régence pendant cinquante ans ; que Lubeck emploierait ses soins pour faire entièrement retirer du Danemark les troupes du comte d'Oldenbourg et du duc de Mecklembourg; que le roi de Suède, le duc de Prusse et leurs amis seraient compris dans le traité, et que toutes les prérogatives des Lubeckois en Suède seraient conservées.

Les places de Malmoë et de Copen-

hague étaient encore occupées par les roupes de la régence lorsqu'on suivit cette négociation; mais le il avril tàS6 Malmoë ouvrit Bes portes à Christiern, et Copenhague se rendit le 27 juillet, après un an de siège : la prise de Ces OeUI Villes Compléta le rétablissement (le Christiern dans tous ses domaines. Chacune des parties belligérantes se trouvait replacée au même point qu'avant les hostilités; et la regenee de Lubeck sortit honorablement dea pénibles embarras dune guerre où le caractère inquiet et remuantde quelques hommes l'avait engagée. Jamais elle n'avait eu à faire plus d'efforts et de sacrifices pour se soutenir contre de puissants ennemis : ses intérêts n'étaient plus embrassés par une confédération forteetnombreuse, qui perdait dejourenjourquelques-uns de ses membres : souvent elle fut réduite à ses seules ressources; et pour soutenir tant de charges et affronter tant de périls elle ne put recourir qu'au dévouement et au courage des citoyens; mais c'était là un principe de force qui ne lui manqua jamais, et qui lui permit, non-seulement de conserver dans la Baltique ses avantages commerciaux, mais de prendre part aux affaires de la confédération germanique , et de remplir envers les partisans de la réforme religieuse les devoirs que la ligue de Smalkalde avait imposés à tous ses membres.

L'association formée en 1531 entre les protestants, dans la vue de maintenir le luthéranisme, avait été confirmée cinq ans après , par les comtes deMansfeld, les villes de Magdebourg, Brème, Strasbourg, Ulm , Constance, Lindau, Memmingen, Kempten, Hailbronn, Bottlingen, Isne, Bibrach :

l'invitation d'entrer dans cette ligue fut adressée au roi de Danemark , au duc de Poméranie, à celui de Mecklembourg , aux villes de Hambourg , Embden, Northeim, Francfort, Brunswick. Goetingen, Minden, Hanovre, Hildesheim, Lubeck, Stettin, et à quelques autres villes maritimes.

Le traité q"union auquel ces différents gouvernements accédèrent était

L'UNIVERS

purement défensif, et ils se garantissaient de mutuels secours dans le cas où ils seraient attaqués : mais ils ne le furent point alors; et quoique l'empereur Charles-Quint désirAt s'opposer aux progrès du luthéranisme, il évita longtemps d'en venir à une rupture, soit par ménagement envers l'électeur de Saxe qui avait si puissamment contribué à son élection, soit dans la vue de réunir contre les Turcs toutes les forces de l'Empire. Ce prince aimait mieux recourir a des termes de conciliation pour déterminer* les protestants à fournir des troupes contre Soliman, et en effet il se trouva bientôt à la tête d'une armée de quatre-vingt mille hommes d'infanterie et de trente mille hommes de cavalerie, levés dans les différentes contrées de l'Allemagne : ces forces empêchèrent Soliman de se maintenir en Hongrie; et quand le péril d'une invasion fut passé, Charles-Quint licencia une grande partie de son armée.

L'Empereur et les états de l'Empire avaient signé en 1 532 un traité de paix et d'accord général, jusqu'à la convocation d'un concile œcuménique, et il a-1 ait été convenu que l'on suspendrait tous les procès intentés, pour fait de religion , contre l'électeur de Saxe et ses alliés. Une nouvelle trêve de quinze mois fut accordéeaux protestants le lofévrier 1539, et l'Empereur en prolongea bientôt la durée, afin d'appliquer toutes ses forces aux guerres qu'il avait à soutenir contre la France , à la lutte engagée contre Soliman qui venait de remporter en Hongrie la victoire de Bude , et à une grande expédition contre la régence d'Alger. Il était sans doute difficile d'accomplir avec succès d'importantes entreprises formées à la fois sur des points si éloignés; mais la dispersion des États de Charles-Quint l'exposait à ce genre d'embarras et de périls ; et ce fut peut-être la principale cause qui l'empêcha de s'opposer plus efficacement à la ligue de Smalkalde. Charles était souverain de l'Espagne, des Pays-Bas, de Naples

et Sicile, de quelques principautés de l'Italie supérieure; il était empereur d'Allemagne: Ferdinand, son frère, était archiduc d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême ; et il avait reçu le titre de roi des Romains, qui lui faisait espérer la survi vance à l' Empire. Cependant ces nombreux États , placés dans différentes parties de l'Europe, et distingués entre eux par la langue, les lois, les mœurs et tous les caractères de la nationalité, n'accroissaient pas dans la même proportion sa puissance effective : une volonté forte ne suffisait pas pour les gouverner : il fallait se plier aux différences de leur situation; et quelle que fût la souplesse et la flexibilité du génie de Charles-Quint , il ne put ni éviter ni surmonter tous les obstacles qui s'opposèrent à ses grands desseins.

Si vous joignez à toutes ses couronnes la vaste étendue de ses domaines et de ses colonies dans le nouveau monde, les empires du Pérou, du Mexique, les établissements en Floride, en terre ferme et dans les Antilles, et les conquêtes commencées dans les archipels du grand océan, ne vous semble-t-il pas qu'une puissance exercée en tant de lieux devient plus vulnérable sur les points où elle est vivement attaquée? Telle fut sa position en Allemagne, où l'autorité impériale trouva un grand nombre de contradicteurs, qui cherchaient à défendre contre elle le maintien de leurs anciens privilèges. L'attention de Charles-Quint fut souvent distraite des affaires de cette contrée par celles des autres parties de l'Europe ; et comme il se trouvait mêlé à tous les grands événements de la politique et de la guerre, il ne fut pas assez fort pour les dominer habituellement, et il resta exposé à leurs vicissitudes.

Néanmoins ce prince ne renonçait pas aux projets qu'il était réduit à différer : il attendait l'occasion d'agir; et après avoir temporisé pendant vingt-cinq ans avec les chefs et les signataires de la ligue de Smalkalde , il prit ouvertement les armes pour les combattre,

et pour opposer à cette confédération l'alliance, des princes qu'il avait engagés dans sa cause

Luther était mort dans sa ville natale le 18 lévrier 15 16 : il avait VU s'étendre en Allemagne et dans le nord de l'Europe les progrès de sa doctrine , et il croyait à l'affermissement de son ouvrage; mais sa mort ranima la confiance des adversaires de la reformation: Charles-Quint, après avoir assemblé ses forces, et avoir conclu avec le pape un traité d'alliance, qui pouvait, dans une guerre de religion, lui assurer quelque ascendant sur l'opinion des peuples, publia un manifeste contre les protestants, et mit en marche son armée. La ligue de Smalkalde s'était hâtée elle-même d'assembler sestroupes qui se partageaient en deux corps principaux, l'un sous les ordres de l'électeur de Saxe, l'autre sous ceux du landgrave de Hesse :

elle lit porter à l'Empereur sa déclaration de guerre, par un officier, qui rapporta pour toute réponse l'édit de ce prince contre les luthériens; et les hostilités s'engagèrent, avec des succès divers, sur la rive septentrionale du Danube, où les protestants étaient maîtres d'Ulm, de Donawert et de plusieurs villes deFranconie. Bientôt le principal théâtre des opérations militaires fut transféré en Saxe : l'Empereur y avait fait tenter une invasion par le roi Ferdinand son frère; et l'électeur de Saxe dut y revenir avec une grande partie de ses troupes, afin de défendre ses propres États.

La plupart des villes anséatiques , qui avaient accédé à la ligue de Smalkalde , furent invitées à envoyer leurs contingents ou leurs subsides, pour le soutien de la cause commune : Hambourg , Brème , Brunswick , Magdebourg , Hildesheim, furent du nombre des villes qui s'empressèrent de remplir cette obligation. L'hiver allait suspendre les hostilités; mais on faisait ses préparatifs pour la campagne suivante : elle s'ouvrit avec quelque avantage pour l'électeur, qui reprit quelques-unes des places occupées par les Impériaux. Cependant la fortune

14" Livraison. (Vujes anséatiques.)

allait changer, et le sort de la Saxe devait être Bxé par un combat décisif.

L'électeur perdit la bataille de IMuhlberg , le 24 avril 1547; il y fut blessé eu combattant : on le lit prisonnier de guerre, et les malheurs de cette journée devinrent irréparables pour lui. Mais ils ne pouvaient pas entraîner la perte du parti protestant , dont les troupes se défendaient avec succès sur d'autres points. La ville de Brème, attaquée par Henri duc de Brunswick , prolongeait avec vigueur sa résistance, et forçait ce prince à lever le siège : les troupes que Hambourg envoyait au secours de Brème se joignirent à celles du comte de Mansfeld ; et ces deux corps réunis atteignirent dans sa retraite le duc de Brunswick , et lui firent éprouver de nouvelles pertes. La ville de Magdebourg se défendit bientôt , comme celle de Brème, contre les troupes impériales , et elle ne se rendit le 16 novembre 1551 qu'après un siège de quatorze mois.

L'Empereur, qui retenait prisonnier l'électeur de Saxe, avait aussi fait arrêter le landgrave de Hesse , dans une conférence où il l'avait attiré. Ce monarque , en retenant les plus illustres chefs du parti luthérien, espérait le soumettre plus aisément :

il employait avec d'autres adversaires les séductions ou les menaces ; il voulait faire recevoir et exécuter partout les règlements religieux qu'il avait publiés sous le nom d'intérim, et qui devaient être en vigueur jusqu'au moment où ils seraient remplacés par les décisions d'un concile ; mais il ne put ramener à lui l'opinion des dissidents : leur nombre augmentait ; ils ralliaient à eux les défenseurs des libertés germaniques : ceux mêmes qui devaient à l'Empereur leur élévation allaient se déclarer contre lui ; et le nouvel électeur de Saxe, que Charles-Quint avait enrichi des dépouilles de son prédécesseur , se mettait à la tête du parti des protestants. Ceux-ci pouvaient d'ailleurs compter sur les secours de la France : Henri II, successeur de François 1er, avait conclu avec eux un traité d'alliance ;

L'UNIVERS

il leur envoyait des subsides, et formait une puissante diversion en leur faveur, en envahissant la Lorraine et l'Alsace, qui dépendaient alors de l'Empire : les Turcs faisaient en même temps une irruption en Hongrie, où ils s'emparaient de Témeswar.

L'Empereur céda enfin à la nécessité de reconnaître ce qu'il ne pouvait plus abolir, et il mit un terme aux troubles de T Allemagne, en réconciliant entre eux les princes, les peuples, toutes les villes, que les guerres de liberté et de religion avaient divisés. Une transaction, signeeàPassau le 2 août 1552, fit cesser provisoirement les hostilités; et les conditions d'une paix définitive furent réglées en 1555 par la diète d'Augsbourg, qui fut présidée par le roi des Romains. Cette ville était celle où l'on avait réglé les bases de la réformation; elle devint le lieu de son triomphe.

Il fut convenu qu'aucun État de la confession d'Augsbourg ne serait troublé dans sa religion, dans les rites et cérémonies de son église : que ces gouvernements jouiraient de leurs domaines, supériorités et juridictions:

qu'on ne reviendrait point sur la disposition qui aurait été faite des biens ecclésiastiques, appliqués à des écoles, ou à d'autres usages et institutions : que l'ancienne juridiction ecclésiastique ne s'étendrait pas sur les protestants , qu'aucun membre de l'Empire n'emploierait la force ou l'adresse, pour taire embrasser sa religion par les États ou sujets d'un autre souverain, qu'on ne les prendrait pas sous sa protection, et qu'on ne les défendrait point contre leurs seigneurs : il était accordé aux sujets, qui voudraient changer de pays pour cause de religion, toute liberté de le faire, et de vendre leurs biens, moyennant un droit de détraction , en faveur de leur ancien gouvernement. D'autres clauses eurent pour objet de conserver les biens et les droits de l'Église catholique, dans les pays qui lui restaient attachés ; d'autres enlin tendirent à assurer la bonne harmonie dans les

États et dans les villes où les opinions religieuses étaient mixtes, et où l'un et l'autre culte étaient pratiqués.

Ce traité de pacification s'appliquait aux villes anséatiques , comme aux autres parties de l'Empire; il fut signé, au nom de toutes les villes libres, par le bourgmestre d'Augsbourg, de même qu'il l'était par les autres orateurs et envoyés du corps germanique. | Les sanglantes guerres que termina la paix de religion, conclue à Augsbourg , et sanctionnée deux ans après par la diète de Ratisbonne, avaient parcouru et dévasté une grande partie de l'Allemagne, et l'on avait vu, pendant leur durée, d'autres querelles particulières s'assoupir, et s'absorber pour ainsi dire au milieu de ces grands débats. Mais d'anciennes causes de dissension et de rivalité se réveillèrent , quand les gouvernements purent de nouveau disposer de leurs forces, et suivre plus librement le cours de leur politique et leurs vues d'ambition.

Frédéric II, devenu roi de Danemark en 1559, par la mort de son père Christiern III, forma avec son frère Adolphe, duc de Holstein, le projet de soumettre la Dittmarsie, située entre l'Eyder, le duché de Holstein, l'Elbe inférieur et l'océan. Ce pays, anciennement occupé par une colonie de Saxons, avait eu pendant longtemps ses comtes particuliers, et avait ensuite été cédé parHartwigaux archevêques de Brème qui lui avaient donné en échange la terre de Stade :

il appartint ensuite tour à tour à Henri le Lion, duc de Saxe, à la famille des comtes de Schauenbourg et de Holstein , à l'archevêque de Brème et au roi de Danemark : il parvint plusieurs fois à recouvrer son indépendance, et il en jouissait, lorsque Frédéric et son frère firent , avec leurs troupes réunies, une invasion dans cette contrée. Les princes s'emparèrent de Meldorp qui en était la ville principale, de Braunsbuttel sur l'Elbe, deHeyden vers la frontière du nord.

Ils poursuivirent l'ennemi dans les

plaines marécageuses du Marschland, et le réduisirent à Implorer la paît, dont lêi conditions furent dictéeà pir

le vainqueur. Cette expédition, terminer le 21 juin (559, n'avait duré qu'un mois, et le traité Qui réunit la Dittmarsie au llolstein lut bientôt confirmé par rempereur Ferdinand, Successeur de Charles-Quint.

La nouvelle Situation de cette province rendit plus de sécurité aux navigateurs de I Elbe , souvent inquiétés par les pirateries des Dittmar<es; mais elle devint l'occasion d'un différend assez grave entre les Danois et les Hambourgeois. Ceux-ci avaient oblige, en 1561, un navire chargé de grninsen Dittmarsie de remonter l'Elbe, etde venir vendresa cargaison dans leur port :le Danemark s'en plaignit, et il lit arrêter tous les navires de Hambourg qui se trouvaient dans ses États. Cette querelle fut apaisée par des arbitres; et Hambourg, sans entraver ultérieurement le commerce de la Dittmarsie, conserva la libre navigation de l'Elbe.

La guerre qui éclata l'année suivante entre la Suède et la régence de Lubeck avait un caractère plus grave : il s'agissait pour les Anséates de retenir dans leurs mains l'ancien commerce de la Baltique. Déjà Gustave Vasa avait cherché, vers la fin de son règne, à s'affranchir de la dépendance commercialeoù le retenaient ses premiers traités avec la Ligue Anséatique : il ne voulait pas lui laisser des droits exclusifs : il admit aussi dans ses ports les navires marchands de France, de Hollande , d'Angleterre, et lui-même il créa une marine et encouragea la navigation de ses sujets.

Ce système fut suivi par Éric, successeur de Gustave : il refusa de renouveler gratuitement les privilèges précédemment accordés à la régence de Lubeck; et lorsqu'il eut fait arrêter en 1562 les vaisseaux anséatiques qui revenaient du port de Narva, les Lubeckois s'unirent au roi de Danemark ainsi qu'aux princes et aux villes delà basse Allemagne, pour déclarer la guerre à ce prince ; et la régence publia

contre lui un manifeste, où elle anttonC ut qu'Éric avail trouble sa navigation et son commerce avec la Ilus- Ble.

L'acquisition de Narva , faite depuis Quelques années par les Moscovites,

leur donnait un port sur la Baltique; et l'on vit bientôt les navigateurs et les négociants de Lubeck se diriger vers cette place, au lieu de conserver leurs anciennes relations avec Rével, qui avait été leur principal entrepôt dans le golfe de Finlande. La libre jouissance du port de Narva était d'autant plus importante pour les villes Inséatiques qu'elle les mettait en communication directe avec les Moscovites, maîtres de Novogorod. Il fallait, pour arriver par toute autre voie à cet entrepôt général, traverser des territoires qui dépendaient de la Pologne, ou de la Prusse, ou de la Suède; et ce transit éprouvait souvent des obstacles, parce que les occasions de guerre devenaient plus fréquentes.

Ne soyons donc pas surpris que la régence de Lubeck ait fait de constants efforts pour maintenir ses relations immédiates avec les Moscovites.

L'Europe commençait à s'inquiéter de leurs conquêtes; elle craignait qu'on ne leur portât les arts des Européens et de nouveaux moyens de s'agrandir :

mais en temps de paix on n'a point le droit d'imposer au commerce de semblables restrictions; il est libre de sa nature : son but principal, son résultat inévitable est de répandre au loin les arts et l'industrie, et de faire participer aux biens et aux jouissances d'une nation celles qui les ignoraient encore. C'est par là que la race humaine fait de véritables progrès, que les bienfaits d'une civilisation plus avancée s'étendent chez les peuples barbares, et que ceux-ci contractent, en devenant plus éclairés et plus sociables, des inclinations plus paisibles.

Il y avait, chez les nations du moyen âge, de si grandes différences dans la condition des peuples, dans leurs usages et leurs lois, dans leur degré de lumières, que l'on doit re-

L'UNIVERS

garder comme un avantage commun a tous cette liberté de commerce, si constamment et si vivement réclamée par la régence des villes anséatiques.

Elles avaient obtenu en 1558 d'importants privilèges de Féodor Ivanowitz, czar et grand-duc de Russie; et le vaste marché qui leur était ouvert dans les États de ce prince favorisait l'écoulement des marchandises que leurs navigateurs continuaient d'exporter des pays d'Occident.

Mais ces exportations éprouvaient souvent des entraves, surtout en Arfgleterre,où le parlement avait supprimé en 1552 les privilèges de la compagnie teutonique qui , dans le cours de l'année précédente, avait expédié au dehors quarante-quatre mille pièces de draps, tandis que tous les marchands anglais n'en avaient expédié que onze cents pièces.

Les villes de Hambourg, de Wismar et de Lunebourg réclamèrent avec instance le rétablissement de ces privilèges : elles ne l'obtinrent qu'au prix d'une imposition considérable sur les marchandises que la compagnie exporterait ; et cette condition fut également stipulée, au commencement du règne de Marie : mais lorsque cette princesse épousa en 1554 Philippe II, fils de Charles-Quint, les villes anséatiques furent affranchies pendant trois ans des taxes extraordinaires que le parlement avait imposées sur leurs exportations. Une suspension de si courte durée était peu importante; mais elle faisait espérer de plus longues concessions. Les droits des comptoirs anséatiques en Angleterre furent fixés en 1558 par un rescrit du gouvernement britannique, et les droits des marchands anglais qui se trouvaient à Hambourg furent également reconnus, en 1567, par une convention; mais la rivalité commerciale qui subsistait entre les deux parties faisait naître des dissensions fréquentes. La reine Elisabeth abrogea en 1578 les privilèges dont la Hanse avait joui en Angleterre; les villes anséatiques résolurent, l'année suivante, de lever un droit considéra-

ble sur toutes les marchandises importées ou exportées par les Anglais, et le gouvernement britannique usa de représailles. Si les communications, mutuellement gênées par de telles entraves, ne furent pas interrompues, du moins elles cessèrent d'être aussi fréquentes : les relations légales étaient remplacées par un commerce interlope, toujours exposé à des périls et propre à écarter la nonne foi de la plupart des transactions. L'intérêt maintenait encore ce genre de spéculations aventureuses; mais des saisies ou des séquestres en faisaient souvent perdre les fruits; et l'Angleterre, en réduisant les privilèges des Anséates, s'accoutumait à suivre sous son propre pavillon la plupart de ses relations de commerce.

D'autres événements, mémorables menaçaient en Hollande les intérêts de la ligue, et tendaient à lui susciter de puissants rivaux : cette crise politique et commerciale influa d'une manière si remarquable sur les destinées de la confédération, qu'il devient nécessaire d'en exposer avec quelque étendue les causes et les résultats.

A l'avènement de Philippe II au trône d'Espagne , les Pays-Bas étaient dans une situation florissante ; on les regardait comme les plus riches provinces des vastes États de ce monarque; mais il ignorait l'art de les gouverner : il voulut les soumettre à l'Espagne , et dès le commencement de son règne il blessa leur dignité, enfreignit leur privilèges, les chargea d'impôts, voulut les gouverner arbitrairement , et fit servir toutes les forces qu'il envoyait dans cette contrée , à la persécution des protestants, et au projet barbare d'éteindre dans leur sang les brandons de la guerre civile et religieuse que son intolérance avait allumée.

Les Pays-Bas avaient été, depuis l'établissement de la réforme, l'asile d'un grand nombre de réfugiés de

France et d'Allemagne. Poursuivis pour leurs opinions, ils avaient porté leur industrie et les débris de leur fortune chez les peuples qui les avaient

accueillis : là ils reprenaient leurs operations de commerce, ils exerçaient librement les cultes conformes à leur

croyance; et quoique les Pays-Bas n'eussent pas été spécialement compris dans les transactions politiques et dans la paix de religion, qui avaient réglé

en Allemagne les rapports des catholiques et des protestants, néanmoins on avait reconnu l'avantage de leur appliquer les mêmes règles, et l'on recueillait les fruits de cette sage tolérance, lorsque Philippe II résolut d'établir l'inquisition dans ces provinces. On ny comptait alors que trois évêchés; mais pour y renforcer l'autorité ecclésiatique, on en porta le nombre jusqu'à dix-sept, par une nouvelle circonscription de diocèses, et les plus cruels edits furent publiés contre tous les hommes qui suivraient ou qui favoriseraient la religion protestante. Laduchessede Parme, Marie, sœur naturelle du roi, avait été nommée en 1560 gouvernante des Pays- Bas, et Philippe lui avait donné pour conseil et pour ministre le cardinal deGranvelle, que les remontrances et les plaintes des Flamands parvinrent à faire éloigner quatre ans après. Ce prélat s'était aliéné l'opinion publique par la dureté de son administration et par une inflexible sévérité; mais son éloignement n'améliora pas le sort des habitants : le tribunal de l'inquisition se montrait impitoyable dans ses poursuites , et les échafauds étaient dressés de toutes parts pour le supplice des hérétiques, sans que de si barbares exécutions diminuassent le nombre et la ferveur des prosélytes de la réforme.

Le mécontentement, la douleur publique étaient extrêmes : l'esprit de révolte pénétrait dans toutes les classes; on cherchait un point de ralliement pour se réunir; et tous les veux étaient ouverts sur le comte d'Egmont, et sur Guillaume de Nassau, prince d'Orange, qui , placés plus en évidence que les autres classes de la population, s'étaient vivement récriés contre les violentes mesures du gouvernement, et avaient paru prêts à

l'avait fait élever aux plus hauts honneurs; on respectait la franchise de

se dévouer pour la cause d'une nation si opprimée. D'Egmont s'était déjà BÎgnaie par son courage et son habileté, dans la bataille de Saint-Quentin et dans celle deGravelines: son mérite

er aux p

MYtait 1; son caractère, et il proclamait hautement son aversion contre les auteurs des calamités publiques. Le princed'Orange, plus circonspect dans ses démarches et plus adroit dans les négociations, évitait de se compromettre sans utilité pour la cause publique , et de devancer par d'imprudentes attaques le moment où il pourrait servir eflicacement cette cause , en se déclarant ouvertement, et en lui assurant de nombreux défenseurs.

Le comte d'Egmont fut inutilement envoyé en Espagne, pour y porter les doléances de la population entière; on ne lui fit que de vagues promesses : il vit, à son retour dans les Pays-Bas, l'inquisition établie dans toutes les villes , les protestants poursuivis de toutes parts, et les libertés de la nation anéanties. Le duc d'Albe allait s'embarquer le 20 mai 1567, pour se rendre dans cette malheureuse contrée, avec un corps de dix mille homems de troupes espagnoles et italiennes : il était chargé d'y mettre à exécution tous les édits prononcés contre les hérétiques , et toutes les mesures fiscales prises contre les habitants. Un conseil des douze fut créé par lui , comme pour dégager sa propre responsabilité, et couvrir d'un voile légal les sanglantes décisions qu'il lui dictait.

La gouvernante des Pays-Bas n'avait plus qu'une autorité illusoire : elle prit le parti de la résigner, pour échapper à la haine qui s'attachait à l'administration; et le duc d'Albe, croyant effrayer les mécontents par le supplice des plus illustres d'entre eux, fit condamner par son conseil, et exécuter publiquement à Bruxelles le comte d'Egmont et le comte de Horn qu'il avait fait emprisonner. Ce pur et noble sang féconda les semences de la révolte : on vit qu'il n'y avait plus

d'espérance que dins le sort des armes ; d'autres têtes éminentes avaient été condamnées par contumace, et le prince d'Orange était du nombre :

il s'était retiré en Allemagne avec

?|uelques-uns de ses adhérents, il y ormait un noyau de troupes, qu'il espérait grossir en les ramenant dans l'intérieur; et en 1568 il commença contre leducd'Àlbe les hostilités', avec une armée de vingt-huit mille hommes. De premiers succès , obtenus dans le-Brabant par le principal corps qu'il commandait, et dans le pays de Groningue par le comte Louis de Nassau son frère, turent sans résultat. Les troupes, levées à la hâte, étaient mal pourvues et mal disciplinées : il fallut les licencier à l'entrée de l'hiver; et le prince d'Orange se rendit en France, où il avait formé quelques relations avec le prince de Condé et l'amiral de Coligny, qui étaient alors à la tête du parti protestant.

L'amiral lui conseilla de tourner ses principales vues vers la mer, de

F router des nombreux armements que exercice du commerce maritime avait rassemblésdansles ports de Hollande, et d'offrir à bord de ces navires un asile et des moyens de vengeance à cette foule de religionnaires que la cruauté du duc d'Albe avait proscrits.

Ceux ci avaient quitté leurs maisons, pour échapper à leurs persécuteurs; ils s'étaient réfugiés dans les bois ; et la plupart n'ayant aucun moyen de subsistance ne pouvaient vivre que de brigandage, et craignaient d'être surpris, eu venant dans les lieux habités implorer quelques aumônes. Leur mi< sère et leur vagabondage leur avaient fait donner le nom de Gueux : on l'appliqua ensuite à tous les hommes qui embrassèrent leur cause et qui se rallièrent sous la même bannière : la plupart d'entre eux composèrent les équipages de ces nombreuses escadres, qui devaient bientôt croiser sur les côtes, et intercepter les secours envoyés d'Espagne au duc d'Albe. On avait cherché à les dégrader par un titre méprisant; mais ils en relevèrent

la bassesse, en remportant sur leurs ennemis de nombreux avantages. D'abord ils n'attaquèrent que les navires espagnols : bientôt leurs succès les encouragèrent à étendre leurs hostilités : ils les dirigèrent contre les pavillons des autres puissances, et tout ce qu'ils rencontraient en mer fut exposé à leurs agressions.

Quelque blâmables que fussent les abus et les excès de ces armements lorsqu'ils se dirigeaient contre des pavillons neutres, on peut reconnaître qu'ils préparèrent et accrurent la puissance maritime de la Hollande : le peuple s'accoutumait à l'empire de la mer; et le prince Guillaume d'Orange, qui avait d'abord employé contre l'en* ne/ni ces nouveaux et redoutables flibustiers , s'attacha ensuite à réprimer leurs actes illégaux, et à ramener l'exercice delà course à de plus justes bornes.

Nous ne suivrons pas toutes les vicissitudes des événements, et les nombreuses alternatives de succès et de revers qui signalèrent la guerre de l'indépendance des Pays Bas : attachons-nous aux faits qui intéressèrent leur commerce , donnèrent une direction particulière à ses spéculations, et séparèrent de la Ligue Anséatique les villes de Flandre et de Hollande qui en avaient fait partie pendant plus de trois siècles.

L'essor donné à la marine hollandaise , et les nombreux armements ?u'elle fit dans les îles de laZéelande, urent excités par le besoin de se défendre. Mais en veillant à leur sûreté, ces peuples ne négligeaient pas les progrès de leur commerce : les vaisseaux qu'ils avaient armés en guerre servaient aussi à protéger, à convoyer d'autres bâtiments qui portaient leurs marchandises dans des contrées éloignées, et qui allaient ouvrir un nouveau cours à leurs spéculations.

Depuis la découverte de l'Amérique, et depuis celle d'un double passage aux Indes orientales, soit par le cap de Bonne-Esperance, soit par le détroit de Magellan, les Hollandais n'étaient pas encore parvenus à pren-

VILLES ANStATIQUES.

dre directement part à ee commerce.

Leurs navires ail. lient a Cadix recueillir une partie des produits que les Espagnols étaient allés chercher dans le nouveau inonde; ils allaient a Lisbonne prendre ceux que les Portugais avaient rapportes de leurs comptoirs situés dans les Indes et dans les are hi-

f>els de la mer du Sud : mais pendant a guerre de l'indépendance des Pays- Bas, l'Espagne voulut leur interdire le commerce de Lisbonne. Philippe II s'était emparé du Portugal en J58I :

il avait soutenu à main armée ses prétentions à cette couronne, depuis la mort du roi Henri qui n'avait laissé aucun héritier direct; et leducd'Albe, à la tête dune armée de vingt-quatre mille hommes , avait défait les troupes qui servaient la cause de don Antoine : ce dernier prince avait même été réduit à s'embarquer et à chercher un asile hors du pays où il n'avait joui qu'un instant du vain titre de roi.

Si les Hollandais avaient pu conserver leurs relations commerciales avec le Portugal, peut-être ils n'auraient pas encore songé à les étendre immédiatement jusqu'aux Indes : il leur aurait sufli de distribuer dans l'occident et le nord de l'Europe lés cargaisons qu'ils allaient chercher à Lisbonne; mais pour échapper à de nouvelles entraves , ils songèrent à s'ouvrir eux-mêmes un passage vers les Indes, et à chercher les lignes de communication qui pourraient leur offrir le moins d'obstacles. D'abord ils avaient essayé de faire venir de Lisbonne , sous pavillon neutre , les marchandises des Indes orientales qu'ils ne pouvaient plus extraire de ce port sur leurs propres navires; mais cet emprunt de pavillon fut bientôt prohibé par Philippe II : le port d'Anvers, sur lequel on avait dirigé tous ces arrivages, et qui s'était élevé rapidement a une grande prospérité, la vit tout à coup disparaître : il fut ruiné par la guerre; la ville fut incendiée; les négociants cherchèrent un refuge dans d'autres lieux où ils pussent reprendre leurs opérations de commerce; et Amsterdam, où la plu-

part d'entre eux vinrent s'établir, lient i di s avantage! dont Brugei et Anvers av. uenl su.vcs-iveineut joui, et devint la plus importante place de la Hollande. Cette ville était protégée par si situation; <t dans les guerres (1 -s Pays-Bas aveo r Angleterre, ou la France, ou l'Espagne, elle était plus à l'abri des incursions de l'ennemi.

L'union des sept provinces du nord avait été signée à Utrecht le 23 janvier 1579; et quoique ce traité n'annulât pas celui qu'elles avaient précédemment conclu avec les dix autres provinces, il établit entre les nouveaux contractants une union plus intime, il concentra mieux leurs forces, et les mit en état de conquérir, par de constants efforts d'habileté et de courage, leur indépendance.

Les n moiteurs de Hollande et de Zéelande entreprirent de gagner les extrémités de l'Asie orientale, par les mers arctiques qui baignent le nord de l'Europe et de l'Asie. Une escadre de trois vaisseaux, commandée par Guillaume Birentz, partit d'Amsterdam le 5 juin 1594, et revint le 16 septembre, après avoir découvert les côtes occidentales de la Nouvelle- Zemble jusqu'au cap de Nassau : elle avait pris connaissance du détroit de Waygatz entre cette île et le continent; et deux autres expéditions furentinutilementtentées, dans les deux années suivantes, pour essayer de le franchir.

Tandis que l'on tentait cette voie de communication à travers les mers polaires, il s'était formé à Amsterdam en 1595 une compagnie des pays lointains, qui envoyait aux Indes quatre vaisseaux parle cap de Bonne- Espérance : Outman était à la tête de cette expédition. Il avait recueilli à Lisbonne , où on l'avait retenu plusieurs années comme prisonnier de guerre, des notions précises sur le commerce de ce pays avec les Indes et les îles orientales : la nouvelle compagnie le chargea d'ouvrir des relations dans les îles qui produisent les épiceries, et dans les lieux où les Portugais n'étaient pas établis.

L'UNIVERS

D'autres expéditions furent successivement tentées dans les dernières années du seizième siècle : les unes partirent des ports de Zéelande, d'autres de Rotterdam, du Texel, d'Amsterdam, où se préparaient toujours les principaux armements. Plusieurs compagnies s'étaient formées dans différents ports : chacune d'elles unissait ses capitaux, et les sociétaires participaient aux mêmes risques et aux mêmes bénéfices : la plupart des vaisseaux allaient doubler le cap de Bonne-Espérance; plusieurs pénétraient dans l'océan Pacifique par le détroit de Magellan , avant que Schouten et Le maire eussent franchi le large détroit qui porte ce dernier nom.

L'Espagne voulut s'opposer à ces nouvelles entreprises; mais elle ne put les arrêter; les Hollandais remportèrent sur ses escadres plusieurs avantages : leur marine avait déjà acquis de la célébrité : elle la soutint par de nouvelles victoires dans les Indes , et par la conquête des riches établissements que les Portugais avaient formés dans les mers orientales.

Il s'était établi une telle émulation entre les compagnies de commerce , que leurs expéditions se succédaient , sans même qu'on attendît le retour des premiers navires. Le gouvernement n'avait pris d'abord aucune part à ces entreprises; mais ensuite il remit des patentes et des commissions aux armateurs qui tentaient ce commerce, afin qu'ils ne fussent pas considérés comme des aventuriers , voyageant sans autorisation. On réunit bientôt en une seule compagnie toutes celles qui avaient été séparément formées ; et par là on put donner plus d'ensemble à leurs opérations et plus de consistance à leurs ressources : on se mettait en état de mieux supporter les pertes , d'étendre les différentes spéculations, et de les combiner avec assez de justesse pour qu'elles ne pussent pas se nuire. La création de la compagnie hollandaise des Indes eutlieu Ie20mars 1602 : ses privilèges lui furent accordés pour vingt ans ;

et ce fut sous cette puissante et sage direction que furent accomplies les conquêtes des Hollandais. Ils enlevèrent à leurs ennemis Columbo dans l'île de Ceylan; Malacca, ïernate, Tidor, Amboine, les comptoirs des Moluques, de Java, de Sumatra; et le commerce des épiceries passa dans leurs mains.

Quoique les Hollandais fussent sortis avec gloire de tous ces combats, cependant ils désiraient donner plus de sécurité à leurs expéditions; et comme ils avaient à traverser, pour se rendre aux Indes, une longue suite de parages maritimes fréquentés par l'ennemi, ils se voyaient si habituellement exposés à ses croisières et à la rencontre de ses forces navales , qu'ils cherchaient encore, comme ils l'avaient fait quelques années auparavant, à s'ouvrir de nouveaux passages pour pénétrer dans la mer Pacifique. Dans cette vue ils engagèrent Henri Hudson , qui avait quitté la marine anglaise pour s'attacher à leur service, à chercher au nord de l'Amérique un passage entre les deux Océans. Ce voyage de découvertes eut lieu en 1609; et s'il ne conduisit pas au but que l'on cherchait , du moins il fraya la route aux autres navigateurs, qui un jour devaient reconnaître les limites septentrionales du nouveau monde.

Les vœux des Hollandais pour la sécurité de leur commerce furent plus efficacement remplis par le traité qui affermit dans la même année l'indépendance de leur pays, et qui leur assura le droit de suivre librement leurs relations avec les Indes orientales. Ce traité n'était qu'une trêve de douze années; mais ce temps suffisait à la Hollande pour affermir son existence politique et pour la faire définitivement reconnaître par les autres gouvernements.

La guerre de l'indépendance des Provinces-Unies avait interrompu leurs communications habituelles avec les pays voisins de la Baltique : d'autres intérêts étaient nés de leurs expéditions dans les Indes orientales : une nouvelle puissance s'était élevée en

VILLES \YM V TIQUES.

Hollande, et après avoir acquis des comptoirs en Asie, elle y poursuivait se&conquétes. La compagnie des Indes qui s'était formée à Amsterdam jouissait d'un privilège exclusif; elle était disposée a ne pas faire participer d'autres nations a ses bénéfices; et les

villes de Hollande rompirent définitivement leurs anciens liens avec la Ligue Anséatique. (lelles qui avaient fait fiartie de cette association étaient Axnieim, Bolswerde, Campen. Deventer, Elbourg . Groningue, Hardswick, Nimègue . Rureraonde, Stavern, Swolt, Yenloo , Zutphen : ces différentes places ne séparèrent plus leurs intérêts commerciaux de ceux des principales villes de Hollande; et les rapports qu'elles avaient eus successivement avec les comptoirs anseatiques de Bruges et d'Anvers se dirigèrent vers Amsterdam , qui était devenu le centre des grandes opérations du commerce.

La perte que fit la Ligue Anséatique de plusieurs villes de Hollande entraîna celle de quelques autres places, situées sur le Rhin et dans les parties occidentales de l'Allemagne, telles que Andernach, Emmerich, et Cologne surtout. Ces différentes séparations devenaient le principe d'une dissolution plus générale : la Ligue perdit ses nombreux associés en Westphalie, en Saxe, dans les Marches de Brandebourg et de Magdebourg :

l'Allemagne commençait à être différemment constituée; et chaque prince désirait affermir d'une manière plus absolue son autorité sur les villes qui taisaient partie de ses États. Charles- Quint avait commencé cette concentration politique, et son système devint celui de ses successeurs.

Le commerce, venant à s'accroître dans chaque pays, ne pouvait plus être exercé seulement par quelques villes : il rendait nécessaire un concours plus général; et l'effet de sa marche, de sa circulation, de ses progrès , fut d'enrichir un plus grand nombrede places, sans appauvrir celles qui en avaient eu pendant longtemps le monopole. Ainsi tous les peuples

furent appelés a recueillir les fruits qu'avait seines l'association des villes

anseatiques : partout on emprunta

d'elles les sages institutions commerciales qui les avaient fait prospérer :

l'Europe leur fut redevable des inventions les plus utiles, des grands développements de l'industrie, et d'une

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