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LIVRE DIXIÈME

Participation des villes anseatiques aux progrès des sciences.— lumières répandues a cette époque sur l'astronomie et la géographie, sur la mecanique, la physique, les sciences naturelles, sur l'étude du droit des gens. — nul veaux établissements d'utilité publique a hambourg.— efforts de la régence de lubeck, pour maintenir l'union mes villes anseatiques. — rectification de leurs codes maritimes et de celui de la confédération entière. — analyse de ce dernier acte. — trahis des anseates avec différentes puissan- CES. — Leurs relations avec le Danemark et la Suède. — Leur situation, leurs vicissitudes pendant la guerre de trente ans. — leur concours a une partie de ses opérations. — précis des grands événements de cette guerre.— Principaux personnages qui s'y sont illustrés. — négociations de paix. — Clauses du traité de Westphalie, relatives aux villes anseatiques. — Remarques SUR L'ÉTAT OU SE TROUVAIT ALORS LEUR CONFÉDÉRATION.

En traçant les progrès des villes anseatiques, la prospérité de leur commerce, le développement qu'elles

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donnèrent à l'industrie générale et leur influence sur la civilisation, nous avons cité, comme exemple de leurs services et de leurs bienfaits , une partie des découvertes et des perfectionnements qui leur appartinrent, et les noms de quelques hommes qui furent l'honneur de leur pays et de leur siècle. Chacune des grandes périodes de l'histoire semble avoir un caractère qui lui est propre : l'opinion publique a souvent changé de direction; les routes de la célébrité ne sont plus les mêmes; et, après avoir remarqué des hommes signalés par leurs inventions dans les arts utiles , ou par leur profonde'érudition,ou par la subtilité de leur dialectique, après avoir vu l'Europe ébranlée par les créateurs de plusieurs religions nouvelles, ou le monde agrandi par la découverte d'un continent de plus, ou quelques âmes héroïques délivrant leur patrie et lui assurant l'indépendance, on remarque d'autres génies qui s'élèvent aux plus hautes spéculations des sciences, et embrassent dans leurs études les lois de la nature et les mouvements du ciel.

Nous plaçons à la tête de cette classe illustre Nicolas Copernic, né en 1472, dans la ville anséatique de Thorn. Ses observations, ses calculs firent tomber le système astronomique de Ptolémée : il replaça le soleil au centre du inonde : la terre et les autres planètes accomplirent autour de lui leurs révolutions d'occident en orient; et la lune, emportée par le mouvement de la terre , continua de tourner autour d'elle. Notre globe accomplissait tous les jours sur luimême un autre mouvement de rotation , et son axe était incliné de près de vingt-trois degrés et demi sur l'écliptique. Tout l'ensemble de ce système rendait aisément compte de la succession des jours et des nuits, de celle des saisons, et de tous les phénomènes offerts par les révolutions des planètes, qui paraissent tantôt progressives, tantôt stationnaires , ou même rétrogrades , aux yeux du spectateur placé sur la terre. On

opposait aux doctrines de cet homme célébra quelquei passages de la Bible ; mais ses élevés repondirent que l'objet de l'Écriture sainte était d'enseigner aux hommes la religion, et non pas l'astronomie.

Tycho-IJrahé, qui fleurit vers la fin du seizième siècle, crut devoir modifier l'un par l'autre les systèmes de Ptolémée et de Copernic : il essaya • de concilier entre elles les croyances religieuses et les observations de la science, et il supposa la terre immobile : le soleil et la lune devaient tourner autour d'elle; et le soleil devenait lui-même un centre de mouvement , autour duquel les autres planètes décrivaient leurs orbites. Les apparences célestes s'expliquaient également dans ce système; et quoique les principes en fussent défectueux, il eut de nombreux partisans. Les erreurs du génie ne nuisent pas toujours à sa renommée, et elles n'ont pas rendu Tycho- Brahé moins célèbre ; mais il le devint, à plus juste titre, par l'importance et le mérite de ses observations sur plusieurs branches de la science : il perfectionna la théorie de la lune, reconnut ses différents degrés de vitesse dans le parcours de son orbite, et remarqua l'inégale durée des mois lunaires, qui varie selon les saisons de l'année : il fit entrer dans ses calculs astronomiques l'effet des réfractions qui trompent nos yeux sur les véritables positions sidérales : il traça quelques éléments de la théorie des comètes, dont les révolutions n'avaient pas encore été calculées. Ce Danois, placé par sa naissance et sa fortune dans les premiers rangs de la société, voulait devoir à des titres personnels son illustration : il fonda le château d'Uranibourg dans l'île de Huesne, que le roi lui avait donnée à titre de fief, et dont le plateau élevé domine le passage du Sund et les plaines de la Scanie. Bientôt il y fut entouré de nombreux disciples; on y fit venir les instruments les plus parfaits, et l'on y commença une longue série d'expériences sur toutes les parties de l'astronomie : mais l'établissement de

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cette, colonie, terminé en iôso, ne dura que vingt ans; et Tvcho*Brahé fut prive du nef qu'il avait reçu. Gel illustre, disgracié, qui alla finir ses jours en Bohême, avait quelquefois réside* a w antlsbeck, lieu situé urès de Hambourg ; et Ton coQseri e encore dans le château qu'il occupa, l'espèce ilf campanile qui lui servait d observatoire.

En étendant les progrès de l'astronomie, on était naturellement conduit à en taire l'application à d'autres sciences; et nous devons rappeler la reforme qu'éprouva , en lô8l> , sous le pontificat de Grégoire xiii, le calendrier adopté en 325 par le concile de Nicée. L'equinoxe s'était avancé de dix jours entre ces deux époques ; il ne coïncidait plus avec le 21 mars, mais avec le 1 1 ; et, pour lui rendre la date convenable, on réduisit à vingt jours un des mois de celte année. Le cours des siècles devait ramener un mécompte semblable; mais pour en prévenir le retour on perfectionna le système d'intercalation des années bissextiles.

Kepler, né en Wirtemberg, en 1571, fut le plus célèbre disciple de Tycho- Brahé; mais bientôt il abandonna son système, pour s'attacher à celui de Copernic, et il substitua aux cercles et aux épicycles , ou l'on faisait mouvoir les planètes, de véritables ellipses, dont il calcula tous les mouvements. Les lois de Kepler sur les proportions de la vitesse, de la masse et des distances de ces corps célestes, restèrent immuables dans nos principes d'astronomie.

Le télescope, qui fut inventé, en Hollande, vers l'année 1607, futensuite perfectionné par Galilée, qui s'en servit pour reconnaître les taches de la lune, les inégalités de. sa surface, les quatre satellites de Jupiter, et qui entrevit parle même secours deux satellites de Saturne et les premières lueurs de son anneau , dont la forme fut déterminée, quelque temps après, par de meilleurs instruments. Les phases de Vénus et sa révolution autour du soleil furent également reconnues par Galilée, par Fabriciusde

Hambourg, par Sehetaer, professeur de mathématiques à Ingoistadt ; et le .système deCopernIe, longtemps combattu parla cour de Kome, quoique son ouvrage sur les révolutions célestes eût été dédié au pape Peul W,

trouva de plus nombreux apologistes dans les pays qui s'elaient soustraits a l'autoritedusalnt^iége. Un écrit sur les constellations fut publie en 1603, sous le nom d'Uranométrie, par Haver, astronome d'Au^sbourg; et Longo?

montanus, disciple de Tycho-Bralie, lit paraître, en 1609, son astronomie danoise.

On avait reconnu le besoin de régulariser la mesure du temps, pour perfectionner les observations célestes , celles de latitude et de longitude , les directions et les calculs de la navigation. Si la longueur diurne du temps put se régler sur le passage des étoiles au méridien , il fallut d'autres expériences pour le diviser en fractions égales, et pour apprécier tous les instants de sa durée. Aussi l'on donna un soin particulier au perfectionnement de l'horlogerie : les clepsydres, qui aidaient à mesurer le temps par 1 écoulement de l'eau ou du sable, avaient été souvent remplacées par des gnomons ou cadrans, tracés sur différentes surfaces, et chacune des heures du jour était successivement indiquée par l'ombre d'un style, sur ces plans exposés aux rayons du soleil. Clavius de Bamberg publia, en 1-581, un traité de gnomonique. Mais cet art était insuffisant; et, comme on ne pouvait, durant une grande partie de l'année, faire aucun usage des cadrans solaires surtout dans les pays du nord , on chercha de bonne heure d'autres moyens de mesurer le temps.

L'usage des horloges à poids s'introduisit en Allemagne; et, pour en ralentir le mouvement accéléré, on y joignit les oscillations du pendule, et le système d'échappement qui les détermine et les rend uniformes.

Des observations sur l'optique , et sur l'organe même de la vue , se trouvaient liées aux expériences que l'on fit pour perfectionner le télescope.

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Jean Porta, Napolitain, né en 1545, imagina, en s'e m parant d'un heureux hasard , l'expérience de la chambre obscure : il pensa ensuite qu'on pouvait regarder le fond de l'œil comme une chambre obscure; et Kepler confirma, en 1604, la justesse de cette observation, par l'anatomie qu'il lit des différentes parties de l'œil, et par . l'analyse de la marche que suivent les rayons lumineux. La cause de l'arcen-ciel avait été observée par l'un et l'autre savant ; elle le fut ensuite par Antoine de Dominis. Un traité d'optique, publié par Kepler, expliqua le principe de la lunette actuelle; et Corneille Drebbel de Hollande passe pour avoir inventé le microscope en

La perfection des instruments influa tellement sur les progrès des sciences et des découvertes, que les hommes les plus ingénieux s'attachèrent à multiplier sous toutes les formes les essais et les procédés de la mécanique. Les anciens n'avaient pas les mêmes secours, et l'insuffisance des moyens dont ils pouvaient disposer était souvent un écueil contre lequel venaient se briser tous les efforts du génie : la science, privée de l'appui des expériences , était réduite à de simples conjectures, et si les calculs et les méditations la conduisaient à la vérité, une partie des preuves matérielles lui manquait encore.

On peut être néanmoins surpris du grand nombre de machines ingénieuses que les anciens avaient inventées, et qui s'appliquaient à leurs différents travaux, telles que le levier, la poulie, les plans inclinés, la vis hydraulique, dont on attribue l'invention à Archimède , quoiqu'elle paraisse être d'une date plus ancienne.

Le développement des sciences fut remarquable depuis le seizième siècle : la race humaine semblait arrivée à une époque de rénovation ; partout oiï faisait des tentatives pour étendre ses découvertes, et l'émulation était accrue par les nombreux exemples que l'on avait sous les yeux. Les villes anséatiques prenaient part à ce grand

mouvement intellectuel ; et, quoique la tendance des goûts et des habitudes y fût spécialement dirigée vers le commerce qui était le principe de leur prospérité, les plus hautes sciences y étaient aussi cultivées : on cherchait à faire d'utiles applications de leurs théories aux arts, à l'industrie, aux divers intérêts de la société.

Les connaissances géographiques de Philippe Cluvier, né à Dantzig, en 1580 , se développèrent dans les voyages qu'il lit en Allemagne, en Angleterre, en France, en Italie, en Hongrie : il varia , selon les époques, ses remarques sur les mêmes lieux : son érudition lui aidait à résoudre un grand nombre de questions historiques, et il répandit des lumières sur la géographie comparée. Abraham Ortélius, né à Anvers, avait publié avant lui un savant atlas que l'on consulte encore : il eut pour disciple Gramaye, né dans la même ville, auquel on doit des ouvrages instructifs et des cartes sur la géographie des Pays-Bas , sur l'Afrique et l'Asie : ce savant mourut à Lubeck où il avait continué ses travaux.

Les études astronomiques et géographiques étaient d'autant plus encouragées par les Anséates qu'elles devenaient utiles aux progrès de leur navigation et à leurs rapports avec les pays étrangers. Les sciences concouraient d'ailleurs à leur illustration, à leur influence sociale : ils désiraient augmenter en Europe le domaine des vérités, et favoriser ce développement graduel de l'intelgence , qui suit la marche des générations, les enrichit l'une par l'autre, et assure l'hérédité de leurs connaissances. Chaque savant cherchait à soulever une partie du voile jeté sur les merveilleuses lois de la nature.

Othon de Guéricke, né en 1602, dans la ville anséatique de Magdebourg , étudia les qualités et les effets de l'air, inventa la machine pneumatique, fit d'importantes observations sur quelques phénomènes de l'électricité, et fut un des premiers physiciens de son siècle.

VILLES INSÉÀÎIQUES.

Peut-être rhabitude d< > religieuses avait disposé les esprits a la e utemplation des phénomèni i do ciel et des beautés de la terre. ! i uns s'affermissaient ainsi dans leur foi : d'autres cherch i par tles lois simples et naturell. -

:>les plus mystérieux: ils croyaient difficilement aux prodiges; et si un fait leur semblait s'écarter des r générales, ils pensaient que cette apate anomalie pourrait étreéclairt dissipée par une analyse ultérieure. D'autres auteurs portèrent leurs etuJes sur l'homme eonsidéré comme être social, sur les droits qu'il tient de la nature, et sur les principes qui doivent diriger les relations des peuples entre eux.

Le premier de ces observateurs et de ces législateurs des sociétés humaines fut sans doute Grotius Cet homme célèbre, né en 1 582, à Delft, e* Hollande, fut un des plus illustres amis de Barneveldt : il s'attacha aux mêmes projets de réforme politique et religieuse, et embrassa comme lui le parti populaire des Arminiens , dans la querelle qui s'éleva entre eux et les Gomaristes , favorables à l'autorité du stathouder. Les persécuteurs qui conduisirent à l'echafaud le vertueux Barneveldt. tirent condamner Grotius à une prison perpétuelle; mais l'ingénieuse tendresse de son épouse parvint a le délivrer. Elle avait obtenu du gouverneur du château de Louvenstein . où il était détenu . l'autorisation de lui faire habituellement passer dans une malle les livres qui devenaient nécessaires à ses études; elle pouvait reprendre de la même manière ceux qui ne lui étaient plus utiles: et !e coffre qui devait les recevoir servit à sauver Grotius. Les gardes du château l'emportèrent euxmêmes sans le savoir : ils croyaient n'être charges que d'un bagage d'érudition, et ils mettaient en liberté le savant lui-même. Grotius se retira successivement dans les Pays-Bas catholiques et en France; et après avoir essayé de rentrer dans sa patrie, qui le proscrivit de nouveau et le condamna

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s iraots de son siè ■!•• . l'accueillit . le c tmbla d'il mneurs et lui confia, en » . la mission d'ambassadeur de Suède en France. Grotius jouissait enfin de toute la considération due à son caractère : le temps avait taire la haine ou l'envie de ses accusateurs, et la Hollande cherchait aie rappeler dans son sein. Lui-même il désirait aussi la revoir; et. après revenu à Stockholm pour y rendre ite de sa dernière mission, il mit à la voile, dans l'espérance de finir au moins ses jours dans sa patrie; mais il ne put l'atteindre, et il mourut à Rostock.

L'étendue d-> ses connaissances dans les langues, l'histoire, la fable, les antiquités profanes et relisieuses , et dans les intérêts politiques des nations, lui assure une juste célébrité :

son ouvrage sur le droit de la guerre et de la paix joint le mérite d'une trèsvaste érudition à celui, beaucoup plus grand . de proclamer des doctrines et des vérités qui sont devenues la base de la science des publicistes et des hommes d'État. De tels principes constituent les règles premières de la diplomatie; ils tendent à lui donner une sage direction , et a la détourner de ces routes obscures et fallacieuses où l'ambition, la cupidité, la ruse ont trop souvent cbercbe à l'entraîner. Si on l'a quelquefois confondis avec des vices qui lui prêtaient leurs couleurs, nous devons la dépouiller de ce travestissement; et ses vrais principes , tels que nous aimons à les concevoir, sont de l'ordre le plus élei on peut en dégrader l'usage : mais sa dignité lui reste, et jamais elle ne peut perdre ses droits a nos hommages.

La diplomatie , envisagée dans son application la plus juste et la plus étendue , doit toujours être considérée comme la science du droit des gens ,

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et du droit politique, généralement admis par les nations, et comme la base des traités qui doivent le fixer.

On y puise des leçons salutaires sur la force que donnent les principes de la justice aux relations établies entre plusieurs nations. La violence, l'iniquité n'ont qu'un succès temporaire; nous en recueillons la preuve dans les différents témoignages de l'histoire; et, quoique les annales des peuples n'offrent qu'un petit nombre de traités qui n'aient pas été dictés par la force , et où le vainqueur n'ait pas abuse de ses avantages, ce petit nombre suffit à nos méditations; il nous indique le but où la diplomatie doit tendre , à mesure qu'elle s'éclaire. En nous attachant à son type idéal, nous ne la concevons ni rampante, ni déloyale, ni obéissant à de viles passions, ni cherchante corrompre ses arbitres; et l'habileté d'un négociateur ne doit coûter aucun sacrifice à sa loyauté, à sa vertu. Telle était l'opinion que l'on pouvait se former de Grotius, dont l'autorité sera toujours grande en diplomatie : il professa de nobles principes , i I les observa dans sa conduite, et légua un bel exemple aux continuateurs de son œuvre et à ses imitateurs.

Les circonstances où il vécut, sa jeunesse formée au milieu des guerres qui allaient affranchir sa patrie, le séjour qu'il fit dans quelques villes anséatiques, où régnaient les théories de droit public et maritime plus accréditées, sa participation aux actes politiques et religieux qui mettaient alors en mouvement l'Europe entière, eurent sans doute unegrande influence sur la nature de ses études, sur la trempe de son caractère, sur les services que le plus remarquable de ses ouvrages devait rendre à l'humanité. Les principes que Grotius a émis sur le droit de la guerre et de la paix sont applicables à tous les pays; ils deviennent surtout favorables aux faibles, à ceux auxquels le droit et la raison publique tiennent lieu de puissance. Cette espèce de force morale était alors nécessaire à la Ligue

Anséatique, déjà privée d'une partie de ses confédérés : le pouvoir de l'o-

fdnion y suppléa plus d'une fois à ceui des armes, et il prévint plus d'une atteinte aux privilèges dont cette ligue jouissait

On remarque parmi les écrivains qui fleurirent dans les villes anséatiques, vers le commencement du dix-septième siècle, Pfeffinger de Hambourg, Brachelius de Cologne, Vinand Pigghius de Campen, savant antiquaire, mort en 1604, Pierre Willebrand et Antoine Kôhler de Lubeck, qui publièrent jusqu'en 1630 les annales delà Ligue Anséatique. Jean Hévélius de Dantzig fut géographe et mathématicien. On cite comme philologues Lubinusd'OMembourg, professeur de poésie à Rostock, Lucas Holstenius de Hambourg, qui devint bibliothécaire du Vatican , Frédéric Gronovius de la même ville, éditeur et annotateur du traité de Grotius et de plusieurs écrivains latins, Christophe Schroeder de Lunebourg,AVasmuthius de Kiel , savant orientaliste, Morosius de Wismar, professeur à Rostock, Janus Gutherus d'Anvers, où la Hanse teutonique avait encore un comptoir de commerce, André Schott, né dans la même ville, très-versé dans l'histoire et les lettres , auteur ou éditeur de plusieurs ouvrages d'érudition, et devenu professeur d'éloquence à Rome.

La considération qu'obtinrent dans les villes anséatiques tous ces hommes, remarquables par leur science ou leur génie, ou par l'importance de leurs découvertes, nous montre que la liberté de penser s'y appliquait à toutes les questions, et que cet esprit d'indépendance remuait profondément et d'une manière durable des imaginations moins promptes à émouvoir, mais plus difficiles à calmer.

La même époque fut signalée à Hambourg par plusieurs établissements d'humanité, d'instruction, d'utilité publique. On y construisit, en 1597, un hospice pour les orphelins, en 1606, un autre pour les pestiférés; six ans

VILLES vnm.aiioi ES.

après on institua im gymnase, d'où sortirent plusieurs hommes célèbres, tels que Lamheccius et Kabricius qui s'occupèrent de l'histoire de leur patrie. Il ne maison de correction et de travail fut fondée, eu I6l4, pour améliorer le sort des prisonniers , et l'on y reçut aussi Itl pauvret: l'année suivante, le corps et le service des pompiers furent organisés.

Cette suite d'établissements utiles était due aux soins paternels d'une administration qui continuait l'œuvre commencée par ses devanciers •■ elle léguait à ses successeurs un pieux et noble exemple a suivre; et ce gouvernement fut toujours fidèle au devoir qu'il s'était imposé de veiller au soulagement des malheureux, au bienêtre et. à l'ordre public.

Les magistrats des différentes villes de l'union tendaient au même but, et la régence de Lubeck, placée au premier rang de la confédération , cherchait, en même temps, à en resserrer les liens; mais la dispersion de ses membres, la diversité de leurs intérêts, la difficulté de réunir leurs forces en un seul faisceau, faisaient renaître de fréquentes contrariétés.

Cette cause dedissensions et de démembrement, déjà remarquée à d'autres époques . devait encore se reproduire ; elle était inévitable, et tenait au caractère même de l'association. Ce corps politique, périssable comme tout ce qui a reçu la vie, recelait dans son sein les principes de sa décadence; il eût fallu, pour le régénérer et lui garantir une plus longue suite de prospérité, un rapprochement, une contiguïté de territoire, que la situation et la puissance des autres États ' ne lui permettaient pas d'obtenir.

Le chef de l'Empire avait été longtemps le protecteur naturel de cette confédération; et les villes anséatiques mettaient au premier rang de leurs privilèges le titre de villes impériales et les droits. qui s'y trouvaient attachés; elles étaient représentées dans les diètes germaniques, fournissaient leurs contingents militaires, acquittaient leur quote-part des mois ro-

mains et des autres subsides, destinés à COUVrif les frai! des expéditions d'Italie, et de celles qui intéressaient la SÛreté* et la défense de l'Allemagne entière. Toutes CêS \illes regardaient comme un devoir d'observer les règlements des diètes relatifs au maintien de l'ordre et de la paix publique : elles y trouvaient d'ailleurs un principe de garantie pour leurs relations avec les différentes parties de l'Empire.

Mais quand la tranquillité de ce grand corps eut été troublée par Tes dissensions religieuses qui précédèrent et qui suivirent la reformation, quand les plus graves querelles politiques vinrent accroître ces premières divisions, et que toute l'Allemagne se fut partagée en deux camps, dont l'un favorisait le catholicisme et l'autorité impériale, dont l'autre soutenait les religions dissidentes et les libertés publiques, la plupart des villes anséatiques, attachées aux dogmes de Luther ou aux autres branches de la réforme, suivirent en politique le parti de leurs coreligionnaires : elles se liguèrent avec eux contre le pouvoir qui prétendait enlever aux évangéliques les possessions et les franchises que plusieurs traités leur «avaient formellement assurées.

Quelques-unes des villes anséatiques, dépendantes de la Pologne ou de la Moscovie, n'embrassèrent pas en politique le même parti que les villes plusoccidentales. Cependant, les anciens rapports de commerce qui avaient uni entre elles tant de cités différentes ne devaient pas encore être rompus : ils étaient protégés par l'empire de l'habitude, par l'avantage de fréquenter des marchés et des ports anciennement connus, où affluaient en abondance les marchandises et les objets d'échange. On était silr d'y trouver crédit et assistance : le souvenir des relations fraternelles n'était pas effacé; et le même pavillon anséatique couvrait encore la plupart des expéditions du commerce.

Quoique les intérês politiques de toutes les villes de la Hanse ne fus-

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sent pas semblables, et que la plupart d'entre elles ne prissent depuis longtemps aucune part aux guerres de quelques-uns de leurs confédérés, cependant le plus grand nombre ne s'étaient pas retirées de la Ligue par un acte formel de renonciation :

elles s'étaient bornées à laisser tomber en désuétude leurs anciens rapports; et, si elles ne remplissaient pas toutes les cbarges de l'alliance, du moins elles tenaient encore au titre d'Anséates, qui avait eu tant d'illustration, et aux privilèges commerciaux qu'il leur avait assurés dans d'autres pays. Ce nom n'était pas sans prestige; il rappelait l'image d'une ancienne puissance dont on cherchait à voiler l'abaissement, et dont les bornes restaient indécises. La régence de Lubeck continuait de négocier et de traiter avec les autres gouvernements au nom de la Ligue Anséatique :

souvent ses transactions n'étaient signées que par ses députés et ceux de quelques villes principales, telles que Hambourg et Brème; et, comme on n'y insérait pas la nomenclature de toutes les villes de la Hanse teutonique, elles n'indiquaient pas les limites réelles auxquelles cette confédération se trouvait alors réduite; elies en dissimulaient les pertes, et paraissaient toujours s'appliquer à cette grande et populeuse association qui avait occupé un si haut rang dans la politique et le commerce européen.

Cet ancien esprit d'adhésion entre les membres d'une corporation, déjà privée d'une grande partie de^es forces, se reconnaît dans la plupart des actes de la diète anséatique, surtout . dans les recez où elle a fixé les bases de son code maritime. Une longue expérience et la fréquentation des principaux ports de l'Europe avaient mis les Anséates à portée d'être bien instruits des ordonnances publiées dans tous les pays, sur le commerce, la navigation et toutes les questions qui s'y rapportent; et de même qu'ils avaient consulté, à l'époque de la formation de la Ligue, les différents codes qui avaient eu jusqu'alors le plus de

célébrité, ils continuèrent d'emprunter des autres nations, ou de chercher eux-mêmes les perfectionnements qui pouvaient y être introduits. On reconnaît ces améliorations progressives, quand on parcourt les codes de quelques villes anséatiques, et surtout ceux qui furent adoptés par la Ligue entière : ceux-ci nous intéressent plus généralement, parce qu'ils constituent un système plus vaste et plus important par ses résultats. S'il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage d'en faire textuellement connaître les différentes dispositions, du moins il peut être utile d'en indiquer la tendance et le but, et de montrer les précautions que l'on avait prises , dans l'intérêt des négociants , des armateurs, et de tous les hommesd'équipage placés à bord des navires.

Quelques observations sur les premiers éléments de cette législation commune pourront aider à la faire mieux apprécier, et à reconnaître comment les usages et les règlements de quelques villes, venant à se combiner et à se compléter les uns par les autres, devinrent la base de ceux qui furent ensuite appliqués à la confédération entière , et se convertirent pour elle en corps de lois et en principes de droit maritime et commercial.

Lubeck, devenu, vers le milieu du douzième siècle, le plus important établissement des rives occidentales de la Baltique, avait obtenu de Henri le Lion, duc de Saxe, la confirmation de ses règlements maritimes : ils furent imités ou adoptés, dans le siècle suivant, par Rostock , par Wismar, par d'autres villes qui s'élevèrent dans le Mecklembourg, en Poméranie, dans les pays slaves, et jusqu'en Livnie : ils furent également adoptés par Kiel, Altembourget d'autres villes du Holstein et de la basse Saxe. Le gouvernement de Lubeck revisa ce premier code à plusieurs reprises, notamment en 1348 et 1586, et il emprunta de quelques autres règlements , et surtout de la compilation de Wisby, les clauses qui lui manquaient.

Hambourg, qui avait publié en

VILLES ANSÊÀflQUES.

1270 un code semblable , se conformait avant cette époque a des usages, à des coutumes, qui, sans être rédi par ccnl, avaient néanmoins force de loi. (l'est par des traditions de ce

geme que les règles de jurisprudence et de droit ont ordinat remeut commencé; il avait fallu, dans toute organisation sociale, des magistrats

cl des arbitres qui pussent juger les différends, suivant les principes d'équité naturelle : on recueillait leurs décisions, et l'on en composait un corps de doctrine.

Avant qu'un gouvernement sanctionnât et fit entrer dans sa législation les règles du droit maritime, celles-ci n'étaient qu'une convention faite entre les négociants, les armateurs de vaisseaux et les navigateurs, qui avaient réglé, de concert et de gré à gré, leurs droits et leurs obligations respectives. Ces codes, consentis par eux-mêmes, servaient de base à leurs relations; mais ce qui n'était qu'un accord particulier et volontaire, entre des bommesdont les intérêts se trouvaient liés, devint ensuite un statut général, dont le gouvernement luimême avait à faire exécuter toutes les dispositions. Le code maritime de Hambourg ne se composait d'abord que de vingt-huit articles : d'autres y furent insères dans la suite; les uns étaient empruntés de la compilation de Wisby, et les autres de la législation des Pays-Bas : les principales révisionsde cet acte eurent lieu en 1495 et en 1603. On ne pouvait procéder que par essai et par degrés à l'amélioration de ce code; car on n'avait pas prévu toutes les infractions qu'il était destiné à réprimer; et, à mesure qu'il se commettait de nouvelles violations, il fallait avoir à leur appliquer d'autres dispositions pénales.

Brème avait suivi , comme d'autres villes , les maximes du droit commun , avant d'avoir une législation maritime qui lui fut propre: cette ville emprunta ensuite le code de Hambourg:

d'autres statuts y furent ajoutés en 1303, 1433, 1450; ou y inséra, vers le milieu du siècle suivant, plusieurs

l'a" Livraison. (Villes anséatiques.)

clauses sur les contrats d'assurances, empruntées de la législation des Pays • Bas; et le sénat désira y introduire, en 1606, de nouvelles modifications qui

ne furent pas consenties par la bourgeoisie.

La ville de Kiel , quoiqu'elle dépendit des comtes de Holstein, fut

longtemps placée au nombre des villes anséatiques : nous avons vu qu'elle se conformait au code maritime de Lubeck. D'autres statuts régissaient les anciennes villes danoises de Sleswick , Flensbourg, Happenrade, Iladersleben, Tonningue, Frédérichstadt , Sunderbourg, Roschild : la Scanie avait ses règlements; ceux de la Séelande étaient communs aux îles de Laland et de Falster; ceux du Jutland s'observaient aussi en Fionie.

Chacun de ces codes fut ensuite modifié et complété, soit par celui de Lubeck, soit par la compilation de AVisby; et ils furent remplacés, en 1561, par un règlement gênerai, qui assimila en partie le droit maritime du Danemark à celui des villes anséatiques.

La Suède avait eu anciennement autant de lois que de provinces; néanmoins on les divisait en deux classes principales, appartenant aux deuxpeuples de cette contrée. La Westrogothie, l'Ostrogolhie et l'ilede Gotliland avaient leurs statuts particuliers : on comptait dans la Suède propre les loisdel'Uplande, celles de Westmanie, de Sudermanie, de Dalie, d'Helsingue; et celles-ci s'appliquaient également à la Bothnie, à l'Angermanie , au Médelpad, à la Gestrie. Les statuts de chaque province furent tous réunis en 1442, et l'on en fit un code uniforme, qui fut de nouveau coordonné et rectifié en 1608. Birka, ancienne capitale de la Suède, avait eu un code maritime qui, après la ruine de cette ville, fut porté à Stockholm : on fit ensuite entrer dans ce règlement plusieurs articles de celui de Wisby, emprunt d'autant plus naturel que Wisby appartenait à la Suède.

L'usage de recourir à cette compilation avait d'ailleurs prévalu dans

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toutes les villes de la Baltique : son autorité et celle du droit de Lubeck étaient répandues dans les villes de Pom-ranie, dans celles de Prusse qui avaient appartenu à l'Ordre teutonique depuis bantzig jus ju'à Koenigsberg, et dans celles deCourlande, d'Esthonie et de Livonie.

Les nombreux exemples que nous avons rappelés montrent que dans les différentes contrées du Nord, et particulièrement sur les rivages étendus de la mer Baltique, chaque ville avait eu anciennement un code séparé et distinct; qu'on avait ensuite amalgamé ceux d'une même province ; et que, cherchant encore à les réunir dans un code plus général , on avait voulu appliquer une commune règle aux contrées qui dépendaient d'un même gouvernement. Ces centralisations, ces fusions législatives rendaient plus faciles la connaissance et l'action des lois; mais le résultat en aurait été moins complet et moins utile si, en ramenant toutes les provinces d'un État à l'observation d'un même code, on n'avait pas également songé à rapprocher et à rendre identiques les lois maritimes et commerciales de plusieurs nations qui avaient de communs intérêts et des relations habituelles. Tous les peuples riverains de la mer Baltique désiraient établir cette uniformité : on la réclamait surtout dans les villes anséatiques, et elle fut solennellement reconnue et confirmée dans le recez, publié à Lubeck, le 23 mai 1614, par les bourgmestres et députés des villes unies de' la Hanse teutonique.

Ce récez est une ordonnance maritime, spécialement adressée aux armateurs, patrons et gens d'équipage qui désirent servir à bord des navires de l'État ou des particuliers : il rappelle et modifie les lois qui avaient été proclamées précédemment, et il a continué d'être la base de la législation maritime des Anséates. L'importance d'un tel acte exige que nous en fassions connaître les dispositions principales.

Le titre premier s'applique a la construction des navires : il faut, pour les

mettre sur le chantier, être bourgeois d'une ville anséatique, ou en avoir obtenu la permission de l'autorité locale : tous les coïntéressés à la construction d'un vaisseau doivent s'être accordés d'avance sur sa forme , ses dimensions, sa capacité, sur les frais de la main-d'œuvre et sur ceux de l'équipement. Le titre second est relatif aux engagements mutuellement pris par les propriétaires et les patrons.

Les fonctions et les devoirs de ceux-ci sont déterminés par le titre troisième : le patron est spécialement chargé de la police du navire , de la surveillance et de la direction des gens d'équipage, du payement de leurs salaires, de la poursuite et de la répression des délits. On indique les peines dont il serait passible lui-même, s'il refusait de défendre le navire contre des pirates; s'il commettait des actes d'infidélité; s'il se rendait dans un autre port que celui pour lequel il aurait été frété; s'il négligeait, en approchant de quelques plages mal connues, de prendre, quand il le pourrait, un pilote côtier. Le titre quatrième se rapporte à l'engagement et aux devoirs des hommes d'équipage : ceux-ci doivent fidèlement obéir au patron; s'établir à bord de»

qu'ils en ont reçu l'ordre; ne pas s'y enivrer ; ne pas y retenir leurs femmes pendant la nuit; faire la garde avec zèle soit dans le port , soit en pleine mer; ne pas détacher le canot du navire sans autorisation du patron ou du contre-maître; ne pas quitter sans permission le navire, s'il hiverne en pays étranger, ou s'il a jeté l'ancre ; suivre le patron vers un autre port , quand ce changement de destination a lieu de l'aveu des armateurs. On indique les cas où un matelot peut demander et recevoir son congé, les peines qu'il encourt s'il déserte; s'il commet des actes de violence envers son patron ; s'il se mêle à une sédition ; s'il refuse de prêter son assistance contre l'ennemi, ou dans les gros temps, les accidents de mer, les naufrages. L'article cinquième règle les mesures qui doivent être prises par les armateurs pour l'approvisionne»

VILLES ANSfiATIQTTKS.

meut dos navires par 1rs patrons, pour la conservation des marchandises

ot la distribution dvs subsistances : il

Ml défendu aux patrons, par lo titre

sixième, do faire dos emprunts à la

grosse, excepté dans plusieurs oas de nécessité urgente, où ils n'auraient aucun autre moyen do so procurer dos ressources pour les besoins et la conservation du navire. Le titre septième enjoint aux patrons doue pas se séparer des autres vaisseaux qui les accompagnent, lorsqu'ils ont pris rengagement de voyager do conserve. Le titre huitième'est relatif aux pertes qui résultent des avaries d'un bâtiment et du jet des marchandises; il détermine les cas où ces pertes doivent proportionnellement se répartir sur la valeur du navire et sur celle des marchandises sauvées; il indique les accidents de guerre et de capture où cette répartition n'a plus lieu, et où chacun doit supporter les pertes qu'il a faites. On règle par le titre neuvième les droits à percevoir sur les marchandises sauvées , quand un navire se brise en mer ; les dommages dont le patron doit répoudre , quand les avaries ont eu lieu par sa faute ; la différente quotité des droits de sauvetage, lorsque l'on rencontre des marchandises naufragées et flottant sur la mer, ou lorsqu'on va les chercher sur un récif où les vagues les ont jetées , et enfin les soins qu'il faut donner au sauvetage dos hommes , à celui des agrès et à celui de la cargaison. Le titre dixième détermine comment doivent être acquittés les dommages occasionnés par des événements fortuits ou par une force majeure; lorsque deux navires se sont accidentellement rencontrés en pleine mer; lorsqu'un bâtiment stationné dans un port est coulé par l'abordage d'un autre vaisseau arrivant sous voile, ou quand un navire, privé de son ancre par la tempête, vient à heurter une autre embarcation.

Quelques règles sont établies par le titre onzième, sur les formes à suivre pour le déchargement des vaisseaux et la livraison des marchandises. Les quatre derniers titres de ce recez delà

dicte anséatique s'appliquent au règlement des comptes du patron; au droit de pacotille dont jouissent les hommes d'équipage dans les voyages do

retour; aux secours a donner aux matelots, dans leurs maladies ou après de. longs services ; aux mesures à prendre pour assurer l'exécution du code que la diète a promulgué.

L'analyse que l'on vient de faire indique quels étaient, au commencement du dix-septième siècle, les règlements maritimes des nations les plus commerçantes. Cet acte constituait la législation particulière dos Anséates, de même que leurs conventions et leurs traités avec différentes puissances établissaient la base de leurs relations et des avantages politiques et commerciaux dont ils jouissaient en pays étranger.

Par là se trouvaient fixés les principes de leurs droits conventionnels, et ceux de ce droit naturel qui a précédé tous les autres, et qui fut écrit dans le cœur des hommes , avant d'être inséré dans leurs lois et. dans leurs traités. Ce code était constamment susceptible d'amélioration; car il se trouvait lié aux progrès de l'ordre social, qui a eu son enfance, et qui ne peut se développer qu'à l'aide de l'expérience et du temps. On pouvait donc se proposer de le reviser encore ; mais il était du moins aussi parfait qu'on pouvait l'espérer à cette époque.

La Ligue Anséatique, déjà privée d'une partie de ses membres, et ne pouvant plus espérer de les rappeler dans son sein, allait s'ouvrir une carrière nouvelle, et conserver sous d'autres formes ses anciennes relations avec les associés qu'elle avait perdus : son commerce était intéressé à ne pas se priver des lieux d'entrepôt et de marché ouverts si longtemps à ses spéculations. Les démembrements de cette ligue n'eurent donc pas pour sa navigation et ses intérêts les funestes résultats qu'on avait pu redouter.

Campen, Bruges, Anvers et les autres villes des Pays-bas, qui avaient acquis l'indépendance, reprirent, en vertu des traités, l'intimité de leurs liaisons avec les Anséates : ce fut un

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changement politique; mais il ne détruisit pas les relations d'affaires; il en prolongea môme le maintien , et Jour donna toutes les garanties que cette différence de situation pouvait exiger. Un traité, conclu le 13 mars 1613, entre les États-Généraux de Hollande et la régence de Lubeck , traité auquel accédèrent les autres villes anséatiques, stipula entre les contractants la liberté du commerce de la Baltique et de la mer du Nord. Il se forma, au mois de décembre 1615, une confédération entre les États-Généraux et les Anséates, pour conserver la même liberté, les mêmes privilèges dans Tune et l'autre mer; et les sénats de Lubeck et de Hambourg veillèrent avec soin au maintien de leurs relations, soit avec la Hollande, soit avec l'Angleterre et la Suède.

Plusieurs traités du Danemark avec Hambourg appartiennent a la même époque, et ils confirmèrent les privilèges de commerce , de douanes et de navigation , précédemment accordés à cette ville : d'autres conventions terminèrent des discussions de limites entre Hambourg et le Holstein ; un accord fut fait, en 1613, entre le roi de Danemark et la régence de Lubeck, sur les péages de l'entrée de la Baltique.

La confédération avait obtenu , au mois de juin 1603, des lettres patentes du czar Borys-Féodorowitz; et la régence de Lubeck renouvela, en cette occasion, ses anciens règlements sur le commerce de Novogorod, dont les privilèges venaient d'être confirmés. Les villes les plus intéressées à ce commerce n'étaient pas seulement celles de la Baltique : on doit y joindre Hambourg, Brème, Lunebourg, Brunswick , Magdebourg et quelques autres places.

L'Espagne, devenue maîtresse du Portugal , conserva aux Anséates, par un traité du 28 septembre 1607, les privilèges commerciaux dont ils y jouissaient; et bientôt elle leur en accorda de semblables en Andalousie et en Castille. Ceux qu'ils avaient obtenus en France, avant le règne de Henri

IV, venaient d'être confirmés parce prince, au mois de novembre 1604.

On peut remarquer que ces différents traités avaient été spécialement conclus avec Hambourg et avec Lubeck. Ces deux villes et celle de Brème étaient alors les plus considérables : leur indépendance politique et une heureuse situation commerciale leur assuraient plus d'influence et de pouvoir, et les destinaient à recueillir un jour l'héritage de la confédération dont elles faisaient partie.

L'union des villes anséatiques était souvent mise à l'épreuve, non-seulement par les hostilités et les agressions que d'autres États dirigeaient contre elles, mais par les guerres qui s'élevaient entre leurs voisins, et par la difficulté de conserver des communications libres avec chacune des puissances belligérantes. Celles-ci prétendaient quelquefois interdire aux Anséates tout commerce avec l'ennemi ; et comme on cherchait à se soustraire à une injonction si absolue, il en résultait des collisions et des représailles qui pouvaient amener une rupture.

Ces froissements d'intérêts et ces actes de violence se faisaient surtout remarquer pendant les guerres du Danemark avec la Suède. Celle qui éclata, en 1611, entre ces deux puissances, fut favorable au Danemark, qui s'empara de Calmar, de l'île d'Oeland, de Wisby, établit ses croisières sur les côtes du Smaland et de l'Ostrogothie, et dirigeant ensuite ses vaisseaux vers la Trave, tenta d'enlever, dans les eaux mêmes de Lubeck , vingt navires marchands, prêts à mettre à la voile avec des cargaisons pour la Suède. L'amiral danois aurait réussi à s'en approcher et à les surprendre, à la faveur d'un brouillard, s'ils n'avaient pas eu le temps de lever l'ancre , et de se retirer sous le canon de la place. Cette expédition hardie n'empêcha pas Lubeck d'entretenir des relations avec la Suède ; mais ses bâtiments ne naviguèrent plus que de conserve, afin d'être en état de résistei.

La Hanse teutonique désirait un

VILLES AJSSÊATIQUES.

rapprochement entre les deux puissances : elle eut recours à la médiation de l'Angleterre et de la Hollande, et leurs démarches réunies parvinrent a faire rétablir la paix. Les conquêtes faites sur la Suède lui furent rendues; et le Danemark, qui les restituait, reçut quelques indemnités pécuniaires; il consentit à supprimer les surtaxes de guerre qui avaient été imposées à rentrée du Sund, et à ramener les droits de passage à leur ancien taux.

L'Empereur avait lui-même interposé ses bons offices en faveur de la régence de Lubeck; il avait écrit au roi de Danemark , pour l'inviter à rendre.

les navires anséates qui avaient été captures, à réduire les péages, et à laisser à la navigation la liberté dont elle avait joui avant la guerre.

Le retour de la paix entre la Suède et le Danemark faisait espérer au commerce des villes anséatiques une nouvelle prospérité : les différends du duc de Brunswick avec la ville de ce nom furent aisément conciliés par la médiation de ChristiernïV : Gustave- Adolphe, récemmentélevésur le trône, cultivait avec soin ses relations d'amitié avec ce monarque; et les guerres qu'il eut à soutenir au fond du golfe de Finlande ne menaçaient pas les parages occidentaux de îa Baltique ; mais d'autres germes de dissensions et de trouble fermentaient en Allemagne :

ils allaient y jeter de profondes racines : on prévoyait leurs progrès et leurs développements ; ils s'étendaient de proche en proche ; et les villes anséatiques ne pouvaient pas échapper longtemps à leur invasion.

Le sujet que nous abordons tient à une des plus importantes périodes de l'histoire, et il embrasse de vastes contrées, des nations nombreuses, qui diffèrent entre elles de mœurs, de religion, d'intérêts et de langage. La guerre, allumée au centre de l'Europe, doit s'y propager dans tous les sens et en atteindre les extrémités. En parcourant cette longue série d'événements , et ces images successives d'opérations militaires et de calamités publiques, l'em-

nloi de la force et de la ruse, les violences des hommes armes, le choc de toutes les passions | et les haines religieuses mêlées aux fureurs des guerres civiles , on est ému d'une vive et profonde pitié sur le sort des peuples qu'atteignirent de si cruels fléaux. Il appartenait aux écrivains d'un pays qui essuya tous les malheurs de cette guerre, d'en transmettre les récits et les graves leçons à la postérité , et ce soin a dignement occupé le premier de ses poètes dramatiques et un de ses meilleurs historiens. Sans avoir à reproduire un tableau si noblement tracé, nous avons du moins à nous arrêter par intervalles aux événements qui se lient à l'histoire de la Ligue Anseatique; et quelques excursions nous seront sans doute permises , lorsqu'elles paraîtront nécessaires à l'enchaînement et à l'explication des principaux faits.

Les contestations que fit naître, en 1G09, la succession au duché de Juliers semblaient d'abord ne concerner que les princes appelés à prétendre à cet héritage; mais chacun d'eux avait contracté des alliances de famille ou d'intérêts avec d'autres cours; chacun avait de puissants auxiliaires; et une si faible étincelle faillit amener un vaste embrasement. D'autres questions épineuses étaient venues compliquer etanimer les premiers débats:

l'autorité impériale s'était emparée de cette affaire et avait mis en séquestre les domaines dont l'héritage était contesté. Plusieurs gouvernements voyaient avec inquiétude s'accroître la puissance de la maison d'Autriche; ils désiraient y mettre des bornes; et cette nécessité était plus vivement ressentie dans le cœur de l'Allemagne, où l'Empereur tendait sans cesse à restreindre les privilèges du corps germanique, où les haines religieuses , loin d'être apaisées par une autorité conciliante et paternelle, s'étaient encore envenimées, où les protestants réclamaient contre la spoliation d'un grand nombre de biens ecclésiastiques, dont ils avaient le droit de jouir en

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vertu des traités de religion. Ce parti avait reconnu l'obligation de résister à de tels empiétements : il voulait recouvrer ses biens et ses privilèges, et il avait formé , en IG03, sous le titre d'Union évangélique , une confédération qui fut conlirmée cinq ans après et dont l'électeur palatin devint le chef. La plupart des princes protestants adhérèrent à cette association, et prirent part aux levées d'hommes et de subsides qu'entraînait le besoin d'une commune défense. Ces mesures , destinées à donner plus de poids aux réclamations des confédérés , n'étaient encore qu'une simple précaution contre les actes du pouvoir; mais en annonçant le projet de résister à l'oppression , on tenait en défiance le parti contraire; et bientôt il se forma contre les protestants une ligue catholique, à la tête de laquelle fut placé Maximilien duc de Bavière : les princes de la même religion y furent appelés; ils y prirent leurs rangs; et l'Allemagne se trouva partagée en deux corporations ennemies, entre lesquelles les hostilités paraissaient imminentes.

Les querelles de religion auxquelles la Bohême avait été livrée s'y renouvelèrent en 1617, avec une extrême violence, et entraînèrent une guerre de trente ans, dont le principal théâtre changea plusieurs fois : d'illustres guerriers furent tour à tour amenés sur la scène; ce fléau les dévora presque tous : il semblait que l'édifice des libertés germaniques ne pût être élevé que sur des ruines.

L'empereur Mathias, qui n'avait pas d'enfants, venait d'adopter l'archiduc Ferdinand, petit-iils de l'empereur de ce nom; et ce prince, que les états de Bohême avaient reconnu pour roi, et qui avait été couronné le 17 juin 1617, s'était engagé à maintenir les privilèges du royaume et le libre exercice de la religion protestante; mais plusieurs atteintes portées aux droits des habitants excitèrent bientôt leurs plaintes, qui furent encore aigries par le comte de Thurm , homme violent ,

ambitieux, jouissant d'un grand empire sur l'esprit de la multitude. Il était devenu le principal personnage du royaume; et, comme il avait reçu le titre de défenseur des protestants, il s'en autorisa pour convoquer les états de Bohême sans l'aveu de l'empereur Mathias, et pour exciter une insurrection contre le conseil d'État, auquel étaitremise Pautoritédu roi Ferdinand pendant son absence. De nombreux mécontents, à la tête desquels s'étaient placés le comte de ïhurm et plusieurs membres des états, se portèrent en tumulte au château de Prague où le conseil était réuni. Leurs bruyantes réclamations et la hauteur des réponses qu'on leur fit engagèrent bientôt unequerelle plus violente: les séditieux étaient encouragés par les cris de la populace, et ils jetèrent par les fenêtres deux membres du conseil et Fabricius qui en était secrétaire. Publiant ensuite un manifeste, pour justifier la mesure qu'ils avaient prise, ils soutinrent qu'ils avaient eu le droit de se rendre justice eux-mêmes : ils cherchèrent d'anciens exemples pour établir la légalité de leur conduite, et prétendirent s'être conformés aux bons et louables usages de leurs pères. L'apologie d'une sentence et d'une exécution si expéditive et si cruelle nous montre quelle était la barbarie des mœurs de cette époque. Un incident imprévu sauva les trois proscrits : l'eau ou la vase du fossé qui les reçut dans leur chute en affaiblit la violence, et les préserva d'une mort qui semblait inévitable. Tels étaient chez ces magistrats les règles de l'étiquette et l'attachement à ses formules, que Fabricius qui fut précipité le dernier s'excusa près du conseiller Sbalata de la liberté qu'il avait prise de tomber sur lui.

Les armements qui suivirent ce premier acte de révolte faisaient prévoir d'autres hostilités. L'empereur Mathias essaya vainement de les détourner par de nouvelles promesses : il avait perdu la confiance des protestants, et l'inquiétude qu'ils causèrent à ce prince abreuva d'amertume ses

MLT.ES anséatiques,

derniers jours. Il mourut le 20 mars

1619, et l'élection de Ferdinand il, son successeur, eut lieu le l's août suivant , après ua interrègne qui favorisa les progrès de l'anarchie.

Le nouvel empereur chercha par plusieurs concessions à recouvrer son autorité et à rétablir le calme en Bohème. Il y avait perdu une couronné, et les états avaient proclame sa déchéance, au moment même où il obtenait la dignité impériale. Ce prince fut attaqué par les insurgés jusqu'au! portes de sa capitale. La guerre dirigée contre lui s'était rapidement étendue en Silésie et en .Moravie : les mécontents avaient pour auxiliaire Bethlem Gabor, prince de Transylvanie, qui fit une invasion en Hongrie, s'avança jusqu'à Prcsbourg, et y tut proclamé roi par un nombreux parti soulevé contre l'empereur Ferdinand. Les Bohèmes, qui s'étaient eux-mêmes soustraits à son autorité, avaient besoin d'un nouveau chef :

le comte de Thurm n'osait prétendre h cette haute dignité, quoiqu'il eut perdu l'habitude d'obéir; et cette couronne, donnée et ôtéetour à tour par les mêmes états , fut offerte à Frédéric, électeur palatin, gendre du roi d'Angleterre Jacques Ier. C'était un dangereux présent; et le roi Jacques et Maurice, stathouder de Hollande, invitèrent l'électeur à ne pas l'accepter; mais l'ambitieux Frédéric n'écouta pas leurs prudents avis. Il se rendit à Prague, fut couronné roi le 26 octobre; et, profitant de la faveur populaire qui accueillit son avènement, il leva promptement en Bohème une armée de trente mille hommes.

Ils étaient commandés par le margrave de Bade-Durlach, et ils tinrent la campagne jusqu'au 3 novembre

1620, époque désastreuse où ils perdirent la bataille de Prague.

Toute la Bohême fut bientôt soumise par les armes de l'Empereur : ce monarque fit faire le procès aux artisans de la révolte : la plupart des chefs périrent sur l'échafaud , et Ferdinand commua en prison perpétuelle la peine capitale à laquelle

d'autres étaient condamnés. Déjà

l'électeur palatin avait été mis au

ban de PEmpire : Ferdinand desirait transmettre cet électoral a Maximilien duc de Bavière; il le lui conféra, en 1622, dans la diète de Elatisbonne;

t t ce prince fut mis 60 possession

d'une grande partie du Palatinat, malgré les protestations d s l'électeur de Six,- , de celui de Brandebourg, et de plusieurs autres membres du corps germanique.

Une décision si arbitraire, si absolue, était regardée par les mécontents comme une llagrante violation des lois et des constitutions de PEmpire. Les états de la basse Saxe, où les principales villes anséatiques étaient situées, songèrent à se prémunir contre d'autres infractions : ils tinrent à Lunebourg une session , où se trouvèrent les ambassadeurs du roi de Danemark, l'électeur de Brandebourg, les ducs de Brunswick, de Mecklembourg, de Holstein, les députés des villes anséatiques. On y forma une association pourla défense de la basse Saxe, et l'on choisit pour chef de l'armée le duc de Brunswick, coadjuteur de Halberstadt.

Les hostilités n'éclataient encore qu'entredifferents États d'Allemagne; mais on prévoyait que d'autres gouvernements prendraient bientôt part à ce démêlé : les uns y étaient attirés par leurs alliances de famille avec les princes belligérants; d'autres par la conformité des opinions religieuses qu'ils étaient disposés à soutenir; plusieurs par le désir d'empêcher l'agrandissement de la maison d'Autriche, et de lui opposer, dans le sein même de l'Empire, un contre-poids habituel. Cependant on n'en venait pas encore à une rupture ; on se bornait à envoyer à ses partisans quelques subsides , à leur permettre des levées d'hommes sur son territoire, à tenter des négociations pour rapprocher les belligérants, ou pour prolonger leurs dissensions , si l'on espérait en recueillir quelques fruits.

Avant que la confédération formée en Allemagne contre l'Empereur trou-

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vât des alliés en Suède, en France et dans d'autres pays, son principal appui fut le comte Ernest de Mansfeld.

qui mit a son service les troupes qu'il avait levées lui-même. Plusieurs fois il (it triompher la cause qu'il défendait : quelques revers firent éclater sa constance, son génie militaire, la fécondité de ses ressources; mais il trouva dans le comte de Tillyun redoutable adversaire, auquel l'Empereur dut ses premières victoires, et qui acheva promptement la ruine de l'électeur palatin, pour les intérêts duquel Jes mécontents avaient pris les armes.

La défaite de ce prince, qui ne chercha plus qu'une obscure retraite, n'amena cependant pas un rapprochement entre les partis. Quelques États de l'Empire, et surtout ceux de l'union évangélique, voyaient leur indépendance menacée par la prépondérance de la maison d'Autriche : ils cherchèrent un nouveau chef qui partageât leur ressentiment et se montrât dévoué à leur cause , et ils jetèrent les yeux sur Christiern IV, roi de Danemark. Ce monarque s'unit à leurs intérêts, dans une assemblée convoquée en 1625 à Ségeberg , ville du Holstein : il comptait sur les subsides de l'Angleterre, de la Hollande et de la France : des troupes furent levées sur leurs territoires ; et celles du comte de Mansfeld , commandées par lui-même,balancèrent plus d'une fois les succès et la fortune des armées de l'Empereur. On remarquait dans les rangs des confédérés le duc de Meklembourg, celui Brunswick , l'administrateur de Brandebourg, et les villes impériales de la basse Saxe, empresséesde fournir leurs contingents pour l'armée du cercle où elles se trouvaient situées.

De nouveaux guerriers s'illustrèrent dans cette lutte mémorable; et un homme , dont la réputation s'était rapidement accrue, le baron de Walstein dut à ses premiers exploits la faveur de l'empereur Ferdinand II, le titre de duc de Friedland , celui de prince de l'Empire , et le commandement général des armées.

Les opérations de la campagne de 162 J commencèrent près du Weser, et les Impériaux sous les ordres du comte de Tilly obtinrent contre Mansfeld de premiers avantages , à la suite desquels ils s'emparèrent de llamelu , de Minden, de quelques autres villes de la confédération; la guerre fut ensuite portée sur les rives de l'Elbe, où ils étaient maîtres du pont de Dessau. Mansfeld essaya de les déloger de cette position, afin d'établir une libre communication entre les deux rives; mais, quoiqu'il eût cherché à dérober sa marche à l'ennemi, il fut surpris dans son camp par l'activité et la vigilance de Walstein : ses tentes, ses bagages furent incendiés ; et se voyant réduit à gagner la rase campagne, il y fut altaqaé par Walstein, qui " tailla en pièces son infanterie , et poursuivit les fugitifs jusqu'à Zerbst, où il en lit un nouveau carnage.

Mansfeld se retira dans la Marche de Brandebourg; il n'était point découragé par sa défaite; et sa cavalerie, qu'il avait sauvée, devint le noyau d'une nouvelle armée, à laquelle se réunirent les renforts du Danemark, du Mecklembourg et des viiles anséatiques. On le vit bientôt rentrer en campagne, gagner laSilésie, la Moravie, et s'avancer en oute hâtevers la Hongrie, avec un corps de troupes, qui s'éleva rapidement jusqu'à vingtcinq mille hommes. Son but était de se rallier à Bethlem Gabor , qui avait fait une nouvelle invasion dans les plaines de Hongrie situées sur la rive gauche du Waag; et il voulut se concerter avec lui , ainsi qu'avec les pachas de Bude et de Bosnie , pour porter en Autriche ses opérations ultérieures; mais les fatigues de cette campagne hâtèrent les progrès d'une phthisie qui consumaitses forces. 11 laissa au prince de Transylvanie les troupes qui lui restaient, et sentant approcher sa fin, il désira se faire transporter à Venise. Mansfeld mourut en Bosnie , dans les bras de quelques officiers qui l'accompagnaient ; et son corps tut inhumé à Spalatro, où la république de Venise lui fit faire d'honorables

obsèques. Ce guerrier avait été constamment poursuivi par les Impériaux , dans sa marche rapide à travers la Silesie, la Moravie, la haute Hongrie; et Walstein, quoique supérieur eu forces, n'avait pu l'entamer dans cette

marche longue et difficile. La mort de Mansfeld priva les confédérés de

leur plus habile gênerai; et Tilly et Walstein obtinrent ensuite de pins faciles avantages contre Tannée dont ie roi de Danemark avait gardé le commandement.

Ce monarque avait divisé ses troupes en plusieurs corps , afin de ne pas exposer aux chances d'une bataille rangée toutes les nouvelles levées qu'il voulait avoir le temps d'aguerrir; mais en évitant d'agir avec ses forces réunies, il éprouva successivement et sur différents points plusieurs échecs qui affaiblirent ses ressources. Bientôt il fut réduit à se défendre de poste en poste le long des rives de l'Elbe, et à se replier enfin sur le Holstein, le Sleswick et le Jutland, où il fut vivement poursuivi par les Impériaux que commandait le comte de Tilly. Les alliés de Christiern commencèrent à se détacher de lui : découragés par le malheur de leurs armes, ils cherchaient à se réconcilier avec l'Empereur , et à sauver du moins une partie de leurs possessions et de leurs droits comme membres du corps germanique. Déjà on avait disposé du Meeklembourg, dont le duc avait été mis au ban de l'Empire; et Ferdinand II en avait donné l'investiture à Walstein, en récompense de ses services. Walstein et Tilly poursuivaient leurs avantages ; et quoique le roi de Danemark continuât de soutenir contre eux une lutte inégale, sa position, qui empirait de jour en jour, lui ût enûn désirer la paix. Ce vœu était également celui de Hambourg , de Brème , de Lubeck , et des autres villes anséatiques, dont le commerce était appauvri par les ravages de la guerre : elles ne voulurent plus concourir à ses opérations, cherchèrent à recouvrer la neutralité , et

envoyèrent, pour l'obtenir, une ambassade à la cour de Vienne.

Une dicte anseatique, convoquée a Lubeck en 1628, avait alors à délibérer sur les plus importants intérêts de la confédération. Son commerce du Nord allait être menacé par la concurrence d'une compagnie qui avait obtenu de l'Empereur le privilège de l'exploiter, et la maison d'Autriche désirait que les villes anséatiques favorisassent les intérêts de cette corporation : mais c'était leur demander lesacrilicede leurs principales ressources. Pendant longtemps les Anséates avaient été exclusivement en possession du commerce du Nord , et particulièrement de celui de la Baltique :

d'autres pavillons , ceux d'Angleterre et de Hollande, avaient ensuite paru dans cette mer intérieure et avaient partagé les bénéfices de sa navigation.

Si l'Espagne et l'Autriche, ces deux grandes branches d'une même famille, allaient être encore admises à en jouir, ne consommeraient-elles pas la ruine des villes anséatiques, déjà si réduites en nombre et en puissance? L' Es-pagne, maîtresse des richesses du nouveau monde, pourrait les importerdans la Baltique sur ses propres navires, et l'Autriche y ferait arriver les marchandises de l'intérieur de l'Allemagne, par le cours des grands fleuves qui traversent cette vaste contrée. Les mêmes ports recevraient ainsi , soit par terre soit par mer, les objets d'échange que la nouvelle compagnie autrichienne voudrait y introduire, et les Anséates cesseraient d'être les facteurs et les intermédiaires d'un commerce de commission qui les avait longtemps enrichis.

L'intention de la maison d'Autriche était de ruiner les finances du Danemark , en le forçant à supprimer ou à réduire les droits du Sund , et l'on voulait aussi supplanter dans la Baltique les Anglais et les Hollandais.

L'Empereur et leroi d'Espagne avaient envoyé des négociateurs à Lubeck, pour inviter la régence anséatique à s'associer à leur entreprise et pour

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lui offrir l'avantage de participer au commerce qui allait être remis à la nouvelle compagnie : ces deux cours espéraient, en associant les Anséates au même privilège, les intéresser au succès de ce projet, elles détacher entièrement de l'union évangélique , à laquelle ils tenaient encore par des liens politiques et religieux, quoiqu'ils désirassent être neutres. Mais la diète de Lubeck, ayant à délibérer sur des propositions si graves, déclara qu'elle ne pouvait pas y accéder. Quel que fût son intérêt à s'affranchir d'un péage onéreux, elle ne voulait pas, pour obtenir la suppression des droits du Sund , entrer en guerre avec le Danemark, dont elle avait été l'alliée; elle craignait d'ailleurs la rivalité d'une nouvelle compagnie qui , ayant à compter sur la protection de deux grandes puissances., deviendrait de jour en jour plus entreprenante et plus ambitieuse.

Un concours de circonstances favorables semblait néanmoins faciliter les plans de la maison d'Autriche. Le nouveau duc de Mecklembourg , Walstein, devenu général en chef des armées de l'Empereur, avait aussi été nommé grand amiral de la mer Baltique : il devait attaquer la Poméranie, afin que l'Empire eût de nouveaux ports sur ce littoral ; et l'on projetait d'assembler à Stralsund , dont on espérait s'emparer aisément, une flotte assez considérable pour dominer dans la Baltique , attaquer le Danemark et s'emparer des forteresses ' qui gardent le passage du Sund. Une seconde flotte, dont l'Espagne aurait équipé une partie, devait croiser dans la mer du Nord , et chercher à ruiner la marine marchande des Provinces-Unies.

C'était à l'aide de ces forces combinées que la maison d'Autriche se proposait d'envahir le commerce de la Baltique; et pour agir plus librement contre le Danemark , elle cherchait à se préserver d'une attaque de la Suède, en occupant Gustave- Adolphe sur les frontières de la Livonie , dont

la possession lui était disputée par le roi de Pologne Sigismond III , et en donnantdes secours à cedernier prince.

La Ligue Anséatique, en refusant de concourir à des actes hostiles, soit contre le Danemark, soit contre la Suède , conservait par cet acte de prudence les privilèges commerciaux dont elle jouissait en vertu de ses traités avec l'une et l'autre puissance: elle craignait d'ébranler par de nouvelles commotions l'ancien système de sa confédération politique, et cherchait du moins âne pas provoquer les périls dont elle était menacée. Ce fut un moment d'orage; il passa; et l'Autriche, moins occupée de l'agrandissement de son commerce que du soin de poursuivre ses opérations militaires contre un ennemi obstiné dans sa.

résistance , remit à d'autres temps un projetquientraînaitalors trop de difficultés. Son intention était de ménager les villes anséatiques si la guerre venait à se prolonger ; et quoique la fortune des armes lui eût été habituellement favorable, ses troupes avaient tant souffert, par les pertes que coûte la victoire elle-même, et par les fatigues, la désertion, les maladies, qu'elle désirait terminer la guerre, et obtenir par des traités la confirmation de ses avantages. Le roi de Danemark était toujours à la tête de ses ennemis, et c'était d'abord avec lui qu'il fallait se réconcilier; mais les exigences de l'Empereur étaient devenues telles, que Christiern IV aimait mieux lui disputer pied à pied ses dernières possessions sur le continent que de condescendre par un traité aux nombreux sacrifices qui lui étaient demandés.

Cependant, malgré l'irritation que l'on remarquait de part et d'autre, des conférences avaient été ouvertes à Lubeck pour la négociation de la paix entre le roi de Danemark et Ferdinand II; et quoique les premières conditions proposées par l'Empereur eussent été rejetées, les discussions se prolongeaient; elles devenaient moins vives, et l'on tendait à se rapprocher par de moyens termes. Une réconci-

V1LLI S \NM \TIQUES.

liatiou fut préparée par WalittiOi

qui cherchait , depuis qu'il irait été mis eu | mi du duché de Mao*

klembourg, à établir eutre lui al le roi de Daueraark des relatiooi d'amitié.

Son iuterrention al son iuflu suce déterminèrent l'Empereur à se relâcher de la plupart des préteotions qu'il avait mises en avant. Le Danemark obtint la restitution des villes qui lui avaient été anlevéei : l'Empereur cessa d'exiger de lui le remboursement des trais de la guerre . et lei duos de Uolstein et deSIeswiok furent remis en possession de leurs États. Le premier de ees deux pays était un ùVf de l'Empire; le second ne l'était pas et il ne dépendait que de la couronne de Danemark.

Lorsque la paix eut été rétablie entre I Empereur et Christian) IV, ce dernier prince lit réparer et agrandir Gluckstadt, ville du Holstein située sur le rivage de l'Elbe. Cette place avait été ruinée pendant le siège qu'elle soutint contre les Impériaux; et l'on s'efforça d'y attirer de nouveaux habitants, par des concessions de terres et des privilèges de commerce.

Christiern voulut y établir un droit de péage sur tous les vaisseaux qui remontaient l'Elbe; mais les Hambourgeois se plaignirent vivement d'une innovation si nuisible à leur navigation et à leur commerce; et, comme il n'eut aucun égard a leurs réclamations , ils résolurent de recourir a la force: ils armèrent quelques navires, ayant a bord quinze cents hommes, et attaquèrent dans le port même de Gluckstadt les vaisseaux danois charges de la perception de ce péage.

Des représailles succédèrent aux premières hostilités, et la médiation

un rapprochement. Hambourg restitua

au Danemark laa navires enlevée, lui remit une indemnité da aent mille rix> datera, oonaarva aur l'Elbe la liberté <le sa navigation, et la recouvra également dans la mer du .Nord et dans la Bal tiqua.

Le traité de Lubeok , qui avait réconcilié , en 1629, le roi de Danemark avec l'Empereur, pouvait être regardé comme un acheminement à la paix générale; les esprits y semblaient préparés ; et la diète germanique que l'Empereur convoqua, l'année rai vante, a Ratisbonne, dans l'espérance d'y faire élire roi des Romains son tifs l'archiduc Ferdinand, lit ses efforts pour obtenir un désarmement de part et d'autre, et pour ramener au pied de paix l'effectif des troupes de l'Empereur et de l'Empire. C'était oter aux belligérants de fréquentes occasions de se nuire, et rendre aux habitants une sécurité dont ils étaient privés depuis longtemps.

Si nous nous reportonsàces époques, nous remarquons l'extrême licence des gens de guerre auxquels chaque parti conliait la défense de ses droits Cet esprit d'indiscipline et de violence tenait à la composition même des armées : souvent un chef enrôlait sous sa bannière une foule d'aventuriers qui, à son exemple, offraient et engageaient leurs services. Les troupes de Mansfeld avaient eu ce caractère :

une partie des armées conduites par Tilly et par Walstein se composaient de levées semblables : elles dépendaient de leurs commandants , ne reconnaissaient qu'eux , s'attachaient a leur fortune, et embrassaient ensuite une autrecausequand leurs capitaines avaient

des villes de Lubeck et de Brème ne changé de parti. Ces marques d'insta

put prévenir une rupture. Les escadres danoises et hambourgeoises se rencontrèrent, le 12 septembre 1630, près de Ritsbuttel. et il y eutentreelles un premier combat, que suivirent quelques autres engagements peu décisifs.

Les attaques se renouvelaient ; il fallut pour les suspendre l'intervention de l'Empereur ; et enfin les démarches du gouvernement hollandais amenèrent

bilité étaient fréquentes chez des hommes qui appartenaient à différents pays , qui n'avaient qu'une bannière pour point de réunion , et ne voyaient la patrie que dans leur camp.

Les services propres à assurer les subsistances et l'entretien des armées, n'étaient pas alors établis : les troupes vivaient aux dépens des populations; et malheur aux contrées où elles de-

L'UNIVERS

vaient séjourner ! Le droit de la force y dominait tous les autres : le besoin d'avoir des hommes de guerre faisait tolérer leurs excès, et la plupart des actes de violence restaient impunis.

Ce fléau menaçait également les pays amis ou ennemis : les armées se portaient sur les territoires où elles pouvaient vivre; après les avoir épuisés elles changeaient de lieu; comme on voit des tribus nomades planter momentanément leurs tentes dans les plaines qui leur offrent des moissons à récolter et des pâturages. La guerre dévorait promptementdes ressources mal administrées; l'absencedes règles exposait aux exactions particulières; et des troupes auxquelles on ne faisait aucune distribution de vivres étaient dans la nécessité de pourvoir à leur entretien : souvent elles exigeaient au delà du besoin ; elles imputaient au mauvais vouloir des habitants la parcimonie, l'insuffisance de leurs fournitures, et cherchaient à leur arracher de nouveaux sacrifices. Quel recours pouvait-on exercer contre des troupes qu' il fallait ménager et retenir pour un jour de combat ? Avaient-elles de la valeur, on les dispensait de beaucoup d'autres devoirs; et, si elles rançonnaient les villes que leur bras pouvait seul défendre contre l'ennemi, on était disposé à excuser leur licence. L'indiscipline militaire était alors si habituelle, que l'on s'accoutumait à la regarder comme un mal inévitable. Elle accroissait la misère publique; mais l'abondance régnait dans les camps :

elle faisait oublier aux soldats leurs fatigues; et l'insouciance du péril, l'incertitude du lendemain leur faisaient rechercher toutes les jouissances du moment.

Les mêmes éléments , la même for mation de troupes se faisaient remarquer dans les différentes parties de l'Europe. Lorsque Gustave-Adolphe était en guerre avec le Danemark, il avait fait lever en Ecosse et dans les Pays-Bas un corps de trois mille hommes; et s'il congédia en 1614 ces milices étrangères, il en lit enrôler de nouvelles en 1(329, lorsqu'il allait

porter la guerre en Allemagne , pour soutenir les droits de la confédération germanique. Les unes lui furent amenées de Finlande et de Livonie; d'autres étaient levées en Prusse. Ce prince prit à son service six mille Anglais ou Ecossais, qui débarquèrent en Poméranie sous les ordres deJacob Ha milton, et qui furent employés sur les rives de l'Oder et en Silésie.

L'usage où l'on était d'acheter les services de quelques chefs de bandes qui levaient des soldats à leurs frais était emprunté des guerres d'Italie.

Chacun de ces hommes, devenu le champion de la cause qu'il s'était engagé à servir, s'était fait un exercice habituel des travaux de la guerre , aimait à prodiguer sa vie, n'attachait de mérite qu'à la bravoure , et donnait toujours raison à la force. Il y trouvait encore le jugement de Dieu, tel que l'avaient admis ses ancêtres :

il y voyait un principe de gloire, s'il avait l'âme élevée, et un moyen de fortune, s'il ne tenait qu'à dépouiller les vaincus. On admirait son courage dans les assauts, mais on plaignait les victimes de ses exactions. Acheté pour combattre, pouvait-il offrir au pays qu'il avait à défendre la même garantie que l'homme qui aurait pris les armes pour sa patrie ?

Ces remarques ne s'appliquent cependant pas aux capitulations régulières qu'un gouvernement était dans l'usage de conclure avec d'autres nations, pour leur donner habituellement placedans ses armées. Il estdes peuples éminemment doués d'esprit militaire , auxquels un sol ingrat refuse des moyens de subsistance. La stérilité de leur territoire n'y a pas toujours nui à la fécondité des familles, et il en sortait autrefois des essaims de conquérants, dont les émigrations périodiques allaient envahir et coloniser d'autres contrées. Des mœurs différentes prévalurent ensuite , et le service étranger vint offrir à ces mâles courages une noble perspective de périls et de renommée : leurs gouvernements eux-mêmes contractèrent pour eux des conventions militaires,

VIT.T! S UtôÊATlQUES.

et le pays qu'ils sVcoutumaient à servir devenait pour eux uue patrie adoptive. Ils yeonsuinaient leurs jours,

ils y jouissaient des honneurs, des recoin» aux autres

corps de l'année; et l'État, qu'ils servaient avec fidélité, les assimilait

entants. Mais ou De pouvait pas attendre le même dévouement d'un rassemblement d'hommes levés a la hâte, appartenant à plusieurs pays et qu'une Circonstance fortuite reunissait momentanément.

H résultait aussi de leur manque d'approvisionnements plus de difficultés dans la conduite de leurs opérations militaires. L'obligation de choisir les lieux où l'armée pouvait vivre faisait souvent manquer l'occasion de porter des coups décisifs; et l'on pouvait voir déjouer les plus habiles combinaisons de la stratégie , lorsque l'épuisement d'un pays forçait a l'abandonner, avant qu'on eut "pu attaquer l'ennemi avec avantage. Cet embarras de subsistances prolongeait la durée de lerre. Les capitaines avaient soin de ménageries hommes qu'ils avaient fournis ; ils voulaient mettre à leur portée les ressources et les facilités delà vie, etils étaient d'ailleurs intéressés à rendre leurs services longtemps nécessaires.

Aussi l'on voyait rarement réunir ces grands corps d'armée dont le choc peut décider en un seul jour du sort d • toute une campagne et hâter la fin deshostii;t<-s. L'Allemagne fut ravagée par des troupes souvent dispersées.

qui ne faisaient qu'y répandreen détail tous les malheurs de la guerre, sans avancer le moment d'y mettre un ternie. Chaque année empirait la situation de ces belles contrées, et leur enlevait une partie de leurs ressources , jusqu'au moment où l'extrême lassitude de tous les partis ferait sentir la nécessite de la paix.

Les charges imposées aux habitants par des chefs qui ne recevaient du trésor public aucun secours, faisaient souvent haïr leur autorité , et craindre la protection de leurs armes.

Les peuples étaient plus épuises par

leurs demandes arbitraires qu'ils ne l'auraient ete p,ir des prestations légales et proportionnelles; et Pani« madrersioo publique ledtrigi lentent contre Walstein , oui commandait alors toutes les forces de P Empire, et tenait sur pied d^ux cent nulle hommes dont il dirigeait tous les mouvements La diète de Ratisboune sollicita avec instance sa déposition , le licenciement d'une grande partie de l'armée, et sa ré tiou a un corps de quarante milie hommes : ce nombre paraissait suffire à l'état de paix, et l'Empereur consentit à sacrilier un gênerai dont il croyait alors l'ambition plus <i reuseet les services moins nécessaires.

Un des principaux motifs de I i haine des protestants contre \\ alstein était la rigueur avec laquelle il avait fait exécuter un édit de l'Empereur qui ordonnait la restitution de tous les biens enlevés au clergé catholique depuis la transaction de Passau, conclue en 1552. Trop d'intérêts individuels se trouvaient froisses par cet édit, pour qu'il n'excitât pas un mécontentement général. On remarquait d'ailleurs les nombreux empiétements de Ferdinand II sur les droits du corps germanique; cet empereur cherchait, comme son devancier, a rendre héréditaire dans sa famille la dignité impériale; et les électeurs, qui pouN aient avoir des prétentions semblables, tenaient aussi à la conservation de leurs privilèges. Dans ce moment d'inquiétude et d'irritation, ils obtinrent inopinément l'assistance de Gustave-Adolphe qui avait contre la maison d'Autriche de nombreux griefs. Ce monarque se plaignait des secours qu'elle avait donnes aux Polonais avec lesquels il était en guerre, de la défense qu'elle avait faitlever des soldats en Allera igné pour le service de la Suede.de l'usurpation du duché de Mecklembourg sur un prince dont il était parent , de l'occupation de quelques ports de la Baltique, de la capture de plusieurs navires suédois, du siège de la rille anséatique de Stralsund, des arme-

ments que l'on avait faits pour enlever aux puissances du Nord le commerce et la navigation de cette mer intérieure, et eu lin du relus de recevoir les ambassadeurs de Suède, lorsqu'on traitait à Lubeck du rétablissement de la paix.

Ces différents sujets de plaintes portèrent Gustave-Adolphe à déclarer la guerre à l'Empereur. Il débarqua, le 24 juin 1630, avec une armée de quinze mille hommes, dans l'ile de Rugen, s'empara de celle d'Usedom, des places de Cammin, de Stettin, de Stargardt , et assura , par l'occupation de la Poméranie, ses communications avec la Suède, pendant la durée de l'expédition qui allait le retenir en Allemagne. Une assemblée que les États protestants avaient convoquée à Leipzick avait résolu de lever une armée de quarante mille hommes pour soutenir leurs privilèges, et d'établir un conseil permanent , chargé d'exécuter les mesures que l'intérêt commun leur ferait adopter.

L'électeur de Saxe et celui de Brandebourg , l'électeur palatin , le landgrave de Hesse-Cassel , les ducs de Brunswick, de Lunebourg, d'autres grandes maisons protestantes, les députés de Lubeck, de Brème et des principales villes impériales assistaient à cette réunion, convoquée par l'électeur de Saxe. Elle avait pour but de se concerter sur l'affaire des restitutions de biens ecclésiastiques ordonnée par l'Empereur, sur les moyens de réduire à de plus justes bornes l'autorité de ce monarque , sur le maintien des lois et des libertés du corps germanique , sur le rétablissement de la bonne intelligence entre les catholiques et les protestants, et sur les moyens de soulager la misère des peuples, déjà accablés par treize années de guerre.

Cette assemblée résolut d'envoyer à la ligue catholique une députation , pour lui témoigner le désir de conserver la paix; néanmoins l'empereur Ferdinand regarda comme séditieuses les délibérations qu'elle avait prises : il se hâta de terminer par le traité de

paix de Cherasco la guerre de la Valtelineetdelasuccessiondu Mantouan, et voulut ramener en Allemagne les troupes qu'il avait en Italie, afin dese

défendre contre l'invasion de Gustave- Adolphe qui poursuivait ses succès dans l'Empire, et de cherchera démembrer et à détruire par la force la confédération des États protestants, encouragés par l'espérance d'attacher à leur cause un si vaillant auxiliaire. Quoique la ligue qu'ils formaient entre eux n'eût pas conclu d'alliance avec ia Suède, elle opérait en sa faveur une puissante diversion, et tenait en échec une partie des forces de l'Autriche.

Les électeurs de Saxe et de Brandebourg hésitèrent quelque temps de se joindre d'une manière plus directe aux opérations de Gustave-Adolphe; mais enfin ils s'engagèrent dans son alliance; et les troupes de Saxe, commandées par leur prince , se trouvaient à la bataille de Leipsick, où Gustave-Adolphe battit complètement l'armée impériale. Cette victoire, remportée le 17 septembre 1631 sur le comte de Tilly, un des meilleurs généraux de l'Empire, accrut la renommée du roi de Suède , lui ouvrit tous les États occidentaux depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe, le rendit maître de la basse Saxe, du Mecklembourg, et lui permit de déloger les Autrichiens des places de Rostock et de Wismar où ils s'étaient établis.

La direction suivie par le roi de Suède dans ses premières opérations nous explique l'avantage qu'eurent pour les villes anséatiques les succès de ce prince : en soutenant leurs libertés politiques et en les couvrant de ses armes , il rendit quelque activité à leur commerce.

Les derniers revers du comte de Tilly étaient difficiles à réparer; et le conseil de l'Empereur, craignant de nouveaux désastres, désirait que Walstein fût replacé à la tête des troupes, qui le regrettaient vivement : lui seul paraissait pouvoir lutter contre un ennemi victorieux ; et quelle que fût la répugnance de Ferdinand II à rappeler un guerrier mécontent, qui

VILLES \\si \llol I s.

avait conserva d ins la ù

entimeota et sa hauteui , il plia sous la nécessité , < i envoya une putation à Walstein qui s'était retiré a Znaïm en Mora\ ie. L'orgueilleux suit i refusait d'abord de se rendre aux prières de son souverain, et il parut enfin accorder une grâce en acceptant le commandement des armées.

Ses premières opérations Rirent de reconquérir la Bohême avec un corps de quarante mille hommes qu'il avait levés rapidement: il joignit ensuite .ses troupes a celles du due de Bavière, pour marcher contre l'armée suédoise:

une sanglante affaire eut lieu près de Nuremberg, mais elle fut indécise; et les deux ennemis, observant les mouvements l'un de l'autre, se dirigèrent enfin versLutzen, à deux lieues de Leipzick: une bataille mémorable y fut livrée le 15 novembre 1032; elle fut gagnée par les Suédois qui restèrent maîtres du champ de bataille: mais Gustave-Adolphe avait été tué au commencement de faction, et l'Autriche était délivrée de son plus redoutable adversaire, dette bataille, où la victoire avait été disputée avec acharnement, n'affaiblit point la réputation militaire de Walstein , qui avait déployé dans toutes les dispositions du combat une grande habileté, il porta en Silésie les opérations de la campagne suivante, descendit les rives de l'Oder jusqu'à Francfort, dont il s'empara, et revint en Bohême où l'attendaient d'autres genres de périls. Sou inaction , pendant que les Suédois attaquaient au midi le duc de Bavière et qu'ils se maintenaient au nord dans la Poméranie, fit supposer qu'il commençait à entretenir avec eux quelques intelligences: les rivaux desafortune et de sa renommée accueillirent ces premiers bruits, s'attachèrent à lui faire perdre la confiance de l'empereur, réussirent à inspirer à AValstein lui-même des doutes sur les dispositions du monarque, et à lui persuader que l'on cherchait à le perdre.

Tous ses actes furent décriés ; on lui attribua l'intention de livrer à l'ennemi ses plans de campagne , une par-

tic de B6S troupes et les places qu'il de-

va t défendre. On répandit (pie la couronne de Bohême allait être pour lui la récompense de cette trahison , et qu'il s'était concerté avec la France, et avec la sue le dont Le chancelier Oxenstierjo dirigeait les affaires depuis la mort de Gustave- Ldolphe.

L'ambition dont on accusait Walstein donnait trop d'ombrage a un prince déliant et jaloux de sou pouvoir pour ne pas amener une catastrophe. On aigrissait contre lui la haine de la multitude, en exagérant encore le récit des charges dont il accablait les provinces; mais on ne pouvait lui taire perdre L'affection d'une armée qui lui devait son bien-être, et qui avait si souvent vaincu sous les ordres de cet habile général.

L'union évangélique profita des hésitations de Walstein et de son animosité contre la cour d'Autriche pour se rapprocher de lui, et pour l'intéresser à sa cause. Un grand nombre d'officiers de son armée lui étaient personnellement attachés : il les rassembla autour de lui à Pilsen pour mettre leur dévouement à l'épreuve, et il leur exprima l'intention de se retirer et de renoncer au commandement, afin d'imposer silence à ses calomniateurs. Les hommes qu'il avait consultés combattirent sa résolution, voulurent le garder à leur tête, lui jurèrent de suivre sa fortune, et Piccolomini fut du nombre ; mais celui-ci annonça aux princes de la famille impériale, qui se trouvaient alors à Pilsen, la trame formée sous ses yeux.

Walstein fut déclaré rebelle parle conseil aulique; il fut mis au ban de l'Empire et l'on donna ordre de l'arrêter. Ce général, voyant l'orage prêt à fondre sur lui , s'était retiré à Egra où se trouvaient quelques hommes qui l'avaient assuré de leur attachement. Trois étrangers, Butler, Gordon, Lesli étaient du nombre :

ils voulaient sa mort, et le trompant par une amitié feinte, ils le convièrent à un repas, où devaient aussi se trouver quatre autres généraux qu'ils avaient également proscrits. Ceux-ci

L'UNIVERS

furent massacrés; et AValstein, qui ne s'était pas rendu a cette invitation, fut attaqué chez lui et tué d'un coup de pertuisane par Butler, accompagné de plusieurs complices.

Quelles que fussent les accusations élevées contre lui, sa mort funeste, que n'avaient d'ailleurs précédée ni poursuite juridique, ni preuve légale, ni moyen de défense, put le faire regarder comme une victime de la haine de ses rivaux. On l'avait d'abord fait disgracier; et, lorsque les dangers publics l'eurent fait rappeler au commandement des armées, sans doute il n'accepta pas les nouvelles offres de l'Empereur dans le dessein de le trahir; mais l'inconstance de la faveur l'avait rendu plus défiant ; les sourdes intrigues de ses ennemis se renouvelèrent, et on l'entraîna dans des pièges où son ambition pouvait se laisser surprendre.

L'histoire, en recueillant les témoignages de ses accusateurs, élève aussi ia voix contre ses meurtriers; et l'assassinat d'un accusé dont on voulait flétrir la mémoire devient encore plus criminel. La gloire militaire de Walstein est restée dans le souvenir des hommes, sans qu'on ait évidemment reconnu la culpabilité d'un général qui ne laissait pas pénétrer ses desseins. Attenter aux jours d'un accusé qu'il fallait mettre en jugement, c'était renoncer à le convaincre et lui laisser tous les droits de l'innocence:

le voile qui couvrait ses actions n'a pas été écarté, et les secrets deWalsteinsesont ensevelis dans sa tombe.

Si nous consultons sur ce grand problème historique les autorités les plus imposantes , telles que celle d'Oxenstiern et de Puffendorf , nous n'admettrons pas que Walstein ait voulu trahir , et qu'on en ait recueilli la preuve ; mais il cherchait à se former un parti dans l'armée , contre les ennemis qu'il avait à la cour. L'Empereur, en le replaçant à la tête de ses troupes, lui avait laissé la direction des opérations de la guerre, et Walstein voulait pouvoir exercer librement cette espèce de dictature : on lui avait

promis qu'une souveraineté en Allemagne serait le prix de ses services, et il voulait être assez puissant pour que cet engagement filt rempli.

L'Empereur, s'il le croyait coupable, ne devait-il pas d'ailleurs mettre en balance tous les actes , toutes les époques de sa carrière militaire, et voir en lui l'héroïque défenseur qui avait relevé la fortune et soutenu la couronne de son maître? Le mérite de ses exploits ne pouvait pas être effacé en un seul moment, et l'on devait au moins la vie à celui qui avait sauvé l'Empire. Le monarque passait pour n'avoir ordonné que l'arrestation de Walstein; cependant on vit bientôt les meurtriers récompensés; ils furent élevés à d'autres grades militaires; et leur accorder sa faveur c'était prendre sur soi la responsabilité d'un acte si cruel. La perte de cet homme illustre fut regardée comme désastreuse : ceux qui l'avaient vu puissant plaignirent sa destinée : ses ennemis gardaient le silence; et sa mémoire était réhabilitée, à leurs yeux, par le souvenir de ses hauts faits.

A cette nouvelle, la Silésie fut trou* blée ; elle se révolta , et les partisans de Walstein voulurent venger sa mort Les Impériaux, attaquésàLiegnitz le 3 mai 1634, furent défaits et perdirent quatre rnillehommes : mais les Saxons, qui avaient remporté cet avantage, ne purent maintenir leur supériorité.

L'archiduc Ferdinand, roi de Hongrie, devenu général en chef des troupes de l'Empereur, porta la guerre sur le Danube , reprit Ratisbonne dont les Suédois s'étaient emparés, leur enleva toutes leurs positions en Bavière, les poursuivit en Souabe, et gagna sur eux la bataille de Nordlingue, le 6 septembre suivant.

Cette victoire fut assez décisive pour amener la dissolution de la ligue que plusieurs États de l'Empire avaient formée avec la Suède : l'électeur de Saxe se sépara le premier de cette alliance ; la paix fut signée à Prague, le 30 mai 1635, entre l'Empereur et lui; et d'autres princes se déta-

VITJ.ES ANSÉATIQUES.

plièrent successivement de I a confédération.

Cependant la guerre, qui parut momentanément assoupie, devait se ranimer avec plus de fureur : elle allait éclater à la lois a l'occident , an midi, au nord de l'Europe. La France, devenue alliée de la Suéde par un traité signé à Wismar le 20 mars 1686, attaqua les deux branches de la maison d'Autriche, en Espagne, en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas, tandis que les Suédois , sous les ordres du duc de Weymar et du général Banner, remportaient sur les Impériaux d'autres avantages. Ces généraux, formés sous Gustave-Adolphe, et dignes élèves de ce grand capitaine , poursuivaient la guerre avec habileté; etTorstenson, qui remplaça Banner, en 1641 , se fit également remarquer par son génie et son activité militaire.

Pendant ces mémorables campagnes, le sort des villes anséatiques fut soumis aux chances et aux périls qu'éprouvaient les États voisins. Les relations politiques et commerciales qui devaient les unir entre elles étaient souvent interrompues : tantôt elles avaient à pourvoir à leur propre défense, tantôt elles devaient fournir leur contingent en levées militaires et en contributions, pour servir la cause commune, ou pour échapper à des exactions et à aes actes de violence qui auraient augmenté leurs charges; mais ces mêmes villes que la paix et le commerce avaient fait longtemps fleurir, désiraient pouvoir reprendre leur ancienne prospérité; et comme les traces de leur indépendance politique n'avaientpas disparu, quoiqu'elle eût été souvent mise en péril, leurs gouvernements cherchaient à faciliter une réconciliation entre les puissances belligérantes.

Aussi quelques-unes des principales villes anséatiques furent considérées, pendant la guerre de trente ans, comme des territoires neutres, où Ton entama des négociations pour le rétablissement de la paix. De premières tentatives de rapprochement avaient été faites à Cologne en 1636 : deux

16e Livraison. (VILLES ANSFATIQCES. )

ans après, le comte d'Avaux se rendit a Hambourg comme plénipotentiaire

français .- des préliminaires y furent

signes le :>5 décembre 1611, et l'on convint qu'un ennuies serait ouvert l'année suivante, soit a Munster, soit àOsnabruck. Plusieurs incidents firent néanmoins différer, jusqu'au 11 juillet 1643, l'ouverture de cette assemblée, où les destinées d'une grande partie de l'Europe allaient être fixées. Ce ne fut même qu'au 1 décembre 1644 que les propositions d chacune des puissances intéressées purent être présentées au congrès.

L'ouverture des conférences ne ralentissait pas les opérations de la guerre; et comme on n'était pas convenu d'une suspension d'armes, la vicissitude des événements militaires vint plusieurs fois changer la situation des puissances, tantôt élever leurs prétentions , tantôt affaiblir leurs espérances , et compliquer les embarras de la négociation.

Deux traités furent enfin signés le 24 octobre 1648, l'un à Munster, l'autre à Osnabruck, pour régler les affaires de l'Empire et pour rétablir ses relations de paix avec la France, la Suède et leurs alliés. Ces actes solennels décidèrent toutes les questions politiques et religieuses qui avaient occasionné la guerre II fut stipulé que l'on maintiendrait dans leur force et qu'on observerait saintement et inviolablementla transaction de Passau et la paix de religion, telles qu'elles avaient été confirmées à Augsbourg et dans plusieurs diètes de l'Empire; que les biens ecclésiastiques seraient restitués de part et d'autre, tels qu'ils étaient possédés au Ier janvier 1624 dans les États catholiques et dans ceux de la religion protestante: que les villes libres jouiraient des mêmes droits de réforme religieuse que les autres États de l'Empire, et que les concessions faites aux Etats et aux sujets catholiques, de même qu'à ceux de la confession d' Augsbourg, devaient s'appliquer également aux réformés. Les villes libres avaient, comme les auties

L'UNIVERS

États de l'Empire, voix décisive dans les diètes générale! et particulières : il ne serait pas touché à leurs droits régaliens, à leurs revenus, libertés et privilèges, ni à la levée de leurs impôts. Des charges inusitées et des péages, nuisibles au commerce ou a la navigation, avaient été établis pendant la guerre; ils furent supprimés :

une entière liberté de communications par mer et par terre fut garantie , et dut être protégée, comme elle l'était avant les troubles de l'Allemagne.

Le sort de plusieurs pays où se trouvaient enclavées différentes villes anséatiques fut changé par les traités de Westphalie. Stralsund et toute la Poméranie citérieure, placée à l'occident de l'Oder, furent remis à la Suède, où régnait alors Christine :

cette cession comprenait aussi l'île de Rugen; et la Suède obtint dans la Poméranie ultérieure les villes anséatiques de Stettin, de Golnow, et d'autres places , îles et territoires situés à l'embouchure de l'Oder. La ville et le port de Wismar lui furent cédés , en réservant toutefois les privilèges des habitants que l'on recommandait à sa protection et à sa faveur. La même puissance obtint l'archevêché de Brème et l'évêché de Verden ; mais il était convenu qu'on laisserait à la ville de Brème ses privilèges et ses libertés dans les affaires ecclésiastiques et politiques. Le nouveau souverain tiendrait toutes ces provinces en fief et comme État immédiat de l'Empire; il aurait séance et voix dans les diètes , et il confirmerait, en prêtant hommage, les franchises et les droits que ces pays auraient obtenus légitimement, ou qu'ils auraient acquis par un long usage. Le monarque s'engageait a conserver aux villes anséatiques placées .dans ses nouveaux domaines la même liberté de commerce et de navigation que celle dont elles avaient joui avant la guerre.

D'autres cessions de villes et de territoires furent faites à l'électeur de Brandebourg , afin de l'indemniser de ses pertes en Poméranie. L'évêché de Halberstadt, avec ses droits réga-

liens, ses autres privilèges et son territoire, lui fut cédé en fief immédiat de l'Empire : il obtint l'évêché de Cammin et celui de Minden avec leurs terres et leurs droits, sauf les immunités civiles et de juridiction dont la ville de Minden jouissait dans son enceinte et sa banlieue: on lui accorda, sous le même titre et avec les mêmes réserves, l'expectative de l'archevêché de Magdebourg, lorsqu'il viendrait à vaquer par la mort du duc Auguste de Saxe, ou par la promotion de ce prince à l'électorat.

En rappelant ici plusieurs clauses des traités de Munster et d'Osnabruck, nous avons du nous borner à celles qui concernaient les villes anséatiques : l'examen des autres dispositions de ces actes solennels appartiendrait à l'histoire de l'Allemagne entière , et il excéderait les bornes de notre sujet.

On a pu remarquer, par l'exemple des cessions de territoire dont nous avons fait mention, l'usage que l'on commençait à faire du principe des sécularisations. Ce fut dans ce système que l'on trouva la base des indemnités accordées à différentes puissances qui réclamaient le prix de leurs victoires ou un dédommagement de leurs pertes. La nature d'un grand nombre de souverainetés ecclésiastiques se trouvait ainsi changée :

des dignités électives devenaient héréditaires , et la possession viagère faisait place à la propriété absolue et perpétuelle.

Ces changements de souverains, et ceux qui eurent lieu dans la nature des domaines et dans les formes de gouvernement et d'administration, rendirent plus précaires les privilèges dont plusieurs villes anséatiques devaient continuer de jouir. Elles faisaient partie des territoires cédés; et , quoiqu'on eût expressément réservé le maintien de leurs anciens droits, elles n'avaient plus, sous un souverain plus puissant, la même liberté d'action que sous une autorité inférieure , plus disposée ou plus intéressée à les ménager. Leur ancienne

VILLES \:nm;\tkm ES.

union avec la Ligue inséatique était affaiblie par ers transmissions dfl souveraineté ; el , depuis que les \ i|les de Hollande s'étaient séparées de cette confédération , pour se grouper entre elles* sous un seul gouvernement devenu commun h toutes, on p. ut regarder les traités de Vyestphalie comme ceux qui amenèrent le plus de démembrements dans cette association, autrefois si forte et si grande, à laquelle tout le commerce et toute la navigation du i\ord avaient appartenu.

La rupture de ses anciens rapports dut être regardée comme inévitable, des le principe de cette guerre de trente ans qui bouleversait l'Allemagne entière; et cette dissolution parut encore plus imminente en I63Q, lorsque la régence de Lubeck ayant convoque dans cette ville une diète générale, la plupart des députés qui s'y rendirent déclarèrent que leurs commettants se séparaient de l'association.

Il n'y eut, depuis cetteépoque, aucune assemblée générale; mais quelquesunes des villes les plus anciennement liées d'affection et d'intérêt , et le plus à portée de s'entre-secourir, continuèrent de se concerter dans des diètes particulières. Lubeck, Brème, Hambourg ne se séparèrent point, et se firent constamment remarquer, parle parfait accord de leurs vues, et par l'appui mutuel qu'elles se prêtèrent, lorsque leurs droits communs ou particuliers furent mis en péril.

La possession de chacune de ces trois villes pouvait tenter l'ambition de ses voisins, et Indépendance de Brème fut menacée , quelques années après les traités de Westphalie , par le roi (te Suède Charles-Gustave, successeur de Christine. Ce prince qui venait d'être investi des domaines de l'archevêque de Brème , se regardait comme ancien souverain de cette ville et voulait y jouir des mêmes droits ; mais sa prétention n'était pas fondée; car la ville anséatique et le duché de Brème avaient été formellement séparés par les déclarations de l'Empereur : la ville avait

constamment envoyé s< s députés .1 la dicte germanique, et ils avaient pris part aux délibérations du con d'Osnabruck : Brème jouissait de tous les privilèges des villes impériales; <*t I»' droit qu'elle avait de se

gouverner elle-même fut soutenu avec tant de l'nro- »'t avec une si

évidente justice', que ses prérogatives, son rang, son indépendance lui furent garantis de nouveau, lorsqu'il 1 {).")! la Suède essaya de les mettre en doute.

Charles-Gustave avait charge Koenigsmark, commandant de ses troupes dans le duché de Brème, de marcher sur cette ville; mais elle se mit en défense; on eut le temps d'y faire arriver des approvisionnements et cinq mille soldats: TKmpereur remit à la diète de Ratisbonne la décision de ce différend; et comme la Suède refusait de se prêter à cet arbitrage , il chargea les cercles de Westphalie et de basse Saxe de faire -exécuter le décret de la diète. Le mouvement des troupesqui allaient marcherau secours de Brème, les représentations faites au nom des villes de Hambourg et de Lubeck, et la médiation offerte par la Hollande, comme par les villes anséatiques , déterminèrent enfin la Suède à consentir à une négociation de paix : les députés nommés de part et d'autre s'assemblèrent à Stade, et il fut convenu que la ville de Brème conserverait ses prérogatives et son gouvernement.

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