‹ Villes anséatiquesChapitre 22 sur 51 · CARTE · texte numérisé non relu

CARTE

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l<;iTK ASSÉÀTIQUB

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gouvernement espagnol avait besoin pour son service de quelque vaisseau

qui leur appartînt, il ne pourrait pas en disposer sans leur consentement; la valeur du navire serait constatée;

et, en cas de perte, on la rembourserait d'après le taux d'estimation.

11 fut déclaré, dans une convention du 6 juin suivant, que les Anséates jouiraient en Espagne de la liberté de conscience, en respectant toutefois l'exercice du culte dominant. Le roi consentit à leur accorder une compensation pour les dommages qu'avait éprouvés leur commerce : il leur permit , pendant dix ans , de débarquer en Espagne et dans les Pays-Bas les marchandises d'Allemagne "et des États du Nord; et ces importations furent détendues à tout autre, en exceptant néanmoins l'autorisation donnée aux Anglais d'importer en Espagne les marchandises de la haute Allemagne, et en les laissant jouir de ce privilège, concurremment avec les Anséates.

Les seules villes de la Hanse étaient comprises dans ce traité; et celles qui avaient été ou qui seraient séparées de la Ligue, soit volontairement, soit par contrainte, ne pouvaient pas prétendre aux mêmes avantages : cette exclusion s'appliquait expressément aux villes des Provinces- Unies , qui avaient été comprises dans la Ligue Anséatique , et dont les relations avec l'Espagne venaient d'être rétablies et ûxées par un autre traité spécial.

Pendant la guerre de trente ans , le commerce de la France avec les villes anséatiques avait éprouvé de fréquentes interruptions : un traité du 10 mai 1655 renouvela toutes les concessions qui leur avaient été faites depuis 1464 par Louis XI, Charles VIII , François 1er, Henri II et Henri IV. Ce traité fixa les règles à suivre dans les relations mutuelles, soit pendant la paix , soit lorsqu'un des contractants serait en guerre avec une autre puissance; et les principes qu'il proclama méritent d'être spécialement rappelés, parce qu'ils consti-

tuent les bases d'un droit maritime plus liber.d qu'il ne l'avait été antérieurement, qu'ils renferment dans

d'étroites limites ce que l'on doit entendre par contrebande de guerre, et qu'ils respectent en toute circonstance la propriété des neutres. Ce traite stipule que les Anséates peuvent aller, venir, passer et repasser en France, par mer et par terre, avec leurs marchandises, qu'ils peuvent librement y trafiquer, et y jouir de toutes les immunités accordées aux autres nations qui sont en paix avec la France : qu'ils ont le droit de se rendre dans les villes, ports, havres et autres lieux dépendants des ennemis de la France, à moins qu'ils ne soient chargés de marchandises de contrebande qui aient cette destination. On regarde comme contrebande les munitions de guerre, les armes offensives et défensives, les chevaux, les cables et quelques agrès maritimes; mais on n'y comprend point les. blés, les grains, les légumes et autres productions servant à la vie : la contrebande trouvée à bord est confisquée, sans que les autres marchandises le soient; et, si quelques vivres sont retenus, il faut en payer la valeur. Le roi consent que pendant quinze années les navires anséates rendent libres les cargaisons ennemies qu'ils pourraient avoir à bord, et que leurs propres cargaisons trouvées à bord d'un bâtiment ennemi soient également libres, nonobstant les ordonnances contraires qui avaient été rendues par François 1er et par Henri III.

Les villes anséatiques de Lubeck, Brème, Hambourg et Dantzig, avaient conservé en Angleterre, sous le protectoratdeCromwell, leurs comptoirs et leurs relations de commerce : leurs privilèges, qu'avait restreints l'acte de navigation, furent agrandis après le rétablissement de Charles II ; et ce monarque accorda, par un traité du 26 juillet 1661, aux citoyens, habitants , navigateurs et marchands de la ville libre et impériale de Hambourg, la faculté de venir et d'exercer librement le commerce dans ses États,

L'UNIVKRS.

avec des navires qui leur appartinssent ou qui eussent été construits dans leurs chantiers, pourvu que les patrons et la plupart des nautoniers fussent habitants de cette ville, que leurs marchandises fussent des productions de l'Allemagne, ou qu'elles eussent d'abord été apportées a Hambourg, pour être réexpédiées sur d'autres points.

Les mêmes privilèges furent accordés aux Lubeckois, par un traité du 10 aodt suivant; et ils purent importer en Angleterre non-seulement les marchandises d'Allemagne, mais celles

3ui provenaientde Norwége, de Suède, e Livonie et des autres ports de la Baltique. Les habitants de Dantzig obtinrent, par un traité de la même date , le droit d'importer les marchandises de la Prusse et celles de la Pologne , dont cette ville était le principal entrepôt. Un traité de même nature fut conclu en 1663 avec la ville de Brème.

Pour jouir de tous les avantages promis par ces traités de commerce, il fallait assurer la liberté des communications maritimes : le nombre des pirates s'était accru pendant la dernière guerre; et Hambourg, qui avait autrefois rendu contre eux de si grands services, reconnut le besoin d'opposer de nouvelles forces à leurs brigandages. Ce gouvernement remit, en 1639, à son collège d'amirauté le soin de pourvoir à l'équipement et à l'armement de plusieurs navires, destinés à protéger le commerce contre les pirates : on fixa le nombre de leurs canons , celui des hommes d'équipage, celui des bâtiments qui se réuniraient pour voyager de conserve; et chacune de ces escadres reçut de l'amirauté un commandant particulier, auquel les capitaines devaient obéir.

La sécurité rendue au commerce lui donna un nouveau développement : celui des vins que Hambourg tirait de France et d'Espagne remplaça en grande partie l'usage de la bière : le commerce du thé, introduit de Chine en Europe par les navires hollandais , et celui du café , venu d'A-

mérique ou d'Orient, concoururent aussi a diminuer le nombre des brasseries. Hambourg continuait d'être Un lieu d'étape et d'entrepôt pour les grains, les farines et les autres denrées qui descendaient l'Elbe : la libre navigation du fleuve lui était confirmée : les habitants exportaient sur leurs propres navires les marchandises qu'ils avaient reçues; et l'activité du commerce, la tolérance religieuse, l'accueil fait à quelques colonies étrangères, contribuaient à l'accroissement tie la population.

D'autres signes de prospérité suivirent immédiatement la paix de Westphalie : de nouveaux édifices s'élevèrent : la maison du sénat fut agrandie, et on l'orna des statues des empereurs d'Allemagne, depuis Rodolphe Ier jusqu'à Ferdinand III : on établit un mont de piété, un chantier de construction, un arsenal, un magasin de blé et la maison de correction et de travail de Spinnhause : l'avenue de la porte de Lubeck fut plantée; on commença les digues de l'Alster et les bâtiments du Jung-Fern-Steig.

La part que les Hambourgeois désiraient prendre au commerce des Indes orientales mérite d'être spécialement signalée; et pour s'en rendre compte, il est utile de remonter à quelques événements antérieurs.

Lorsque les découvertes faites dans les deux Indes par les Espagnols et les Portugais eurent ouvert aux navigateurs la route de ces vastes régions, les Anglais, les Hollandais, les Français voulurent y former à leur tour des établissements. Cet esprit d'entreprises gagna les peuples du Nord, et les Danois essayèrent bientôt d'avoir des colonies et des comptoirs dans les lointains parages de l'Atlantique et du grand Océan.

Il venait de se former en Europe plusieurs compagnies des Indes : celle d'Angleterre avait été établie à la fin de l'année 1600,celiedeHollandeen 1602, celle de France en 1604; et Christiern IV fonda en 1612 celle de Danemark. Cette dernière compagnie , dont les sociétaires avaient réuni un capital

VILLES AHSÊAT1QUES.

de deux cent cinquante mille rixdallers

équipa une flotte pour les Indes : ses

vaisseaux partirent eu KiKi le Copenhague, pour se rendre sur la cow de Coroinandel, où l'ancien empire ae Bisnagar venait de tomber en ruine, et où les gouverneurs de Maduré et de Tanjaour, récemment démembrée de

cet empire, n'étaient plus que feuda-

tairee au Grand Mogol.

Les Danois, lorsqu'ils se présentèrent sur les côtes de Tanjaour obtinrent du radjah de cette contrée l'autorisation de former un établissement à TraiH(uebar, où les missionnaires portugais avaient déjà érigé une église, sans toutefois y jouir d'aucune autre possession. Une seconde escadre danoise, composée d'un bâtiment de guerre et de cinq vaisseaux de la compagnie des Indes, partit de Copenhague le 20 mars ltili), mouilla au cap de lionne-Espérance, se rendit à Trinquemalé et ensuite sur les côtes de Coroinandel. L'amiral qui la commandait lit un traité avec le radjah de Tanjaour, mit à terre ses troupes qu'il n'avait pas pu débarquer dans l'île de Ceylan, et (it construire, en 1621, le fort de Tranquebar ou Danebourg, que les Danois ont conservé depuis.

Leur colonie devint florissante en quelques années; ils établirent des comptoirs sur plusieurs points des côtes de Coroinandel et de Malabar; ils envoyèrent des vaisseaux dans les autres régions de l'Inde, ouvrirent, dans le cours de vingt années, un commerce considérable avec les Moluques, et firent partir pour l'Europe plusieurs vaisseaux chargés des riches productions du continent et des archipels indiens. Le Cap et Madagascar étaient leurs lieux de relâche "habituels.

Cependant, la guerre de trente ans vint souvent entraver toutes les spéculationsducommerce ; et les charges, les sacrifices de toute nature qu'elle imposait aux peuples du Nord , comme à l'Allemagne entière, ne leur laissaient pas assez de ressources et de liberté d'action pour qu'on pût cultiver des relations si hasardeuses ;

mais, après le rétablissement de la pab , on se proposa de les reprendre

avec, un nouveau zèle.

Les \ illis SntéatiqueS furent invi-

en 1658, a concourir a la formation d'une comp ignie , dont le but

était de donner plUS d'activité au commerce des Indes : les fonds de cette Société auraient été fournis p;ir le gouvernement danois, pat relecteur de Brandebourg , par des négociants anseatcs, et l'on devait expédier pour les Indes quatre grands navires, armés en guerre et en marchandises, avec un délégué qui veillerait aux intérêts commerciaux de ces établissements ; mais la mésintelligence que l'on commençait à remarquer entre Christine, reine de Suède, et Frédéric III, roi de Danemark, lit perdre de vue ce projet d'association commerciale.

Christine avait conclu avec l'Angleterre un traité d'alliance; Frédéric en avait fait un autre avec la Hollande, et il désirait avoir aussi pour auxiliaires les villes anséatiques. On s'attendait à voir éclater incessamment des hostilités dans les régions du INTord et dans leurs parages maritimes, lorsque plusieurs événements imprévus éloignèrent le moment de cette rupture.

Christine avait attaché sa gloire à conclure le traité de Westphalie, et à calmer dans toutes les parties de l'Allemagne les troubles qu'une si longue guerre avait excités; mais elle nejouissait pas dans ses États du repos qu'elle avait rendu à l'Empire : l'accroissement des charges publiques faisait élever des plaintes contre ses libéralités : le sénat et les états de Suède lui avaient adressé plusieurs fois des remontrances sur le poids des impôts et sur la nécessité de ne pas sacrifier le bien-être du peuple à la splendeur du trône, et d'être moins prodigue des ressources d'un pays qui ne pouvait prospérer que par l'industrie, l'économie et le travail. Cette princesse, fille de Gustave-Adolphe, avait hérité, à l'âge de six ans, du trône et de lagloire d'un grand homme , et, comme elleleditelle-même dans ses Mémoires, « elle avait reposé, durant son en-

L'UNIVERS

« fance, sur les pannes et les lauriers, y « entre la fortune et la victoire, jouant « avec elle dans son berceau. » Ses généraux avaient préparé par leurs exploits les négociations que terminèrent habilement ses ministres. C'étaient là les plus brillantes phases de son règne; elle n'espéra pas de plus hautes destinées, et prit bientôt en dégoût une royauté qui ne lui offrait plus que de pénibles devoirs à remplir. Christine abdiqua la couronneenl654, à l'âge de vingt-huit ans , en faveur du prince palatin Charles-Gustave, son parent : elle reçut, à titre d'apanage , quelques îles de la Baltique et plusieurs terres en Poméranie ; et en quittant la Suède, elle se rendit à Hambourg, pour y régler ses affaires d'intérêt avec Texeira , riche Israélite, qui était son agent et son banquier , et qui devait lui faire parvenir les revenus de ses domaines à Rome, où cette princesse avait l'intention de se fixer. Elle abjura à Bruxelles le protestantisme ; elle renouvela à Inspruck sa profession de foi; et le pape Alexandre VII lui envoya dans cette ville le savant Holstenius de Hambourg qui venait luimême de se convertir au catholicisme, et qui avait été nommé bibliothécaire du Vatican et protonotaire apostolique.

Nous n'avons pas à suivre Christine dans ses différents voyages en Italie et en France, soit lorsque son esprit et ses connaissances lui attiraient des admirateurs, soit lorsqu'elle se rendit coupable de la mort de Monaldeschi; mais elle revint deux fois en Suède, où elle eut à renouveler sa renonciation à la couronne; et, dans chacun de ses voyages, elle s'arrêta longtemps à Hambourg : elle aimait cette résidence, où elle reçut constamment des hommages et des respects, et où elle trouvait aussi, disait-elle, une liberté indépendante des égards dus à la royauté. Christine cherchait d'ailleurs à obtenir, en échange de ses terres de Poméranie, les duchés de Brème et de Verden, qui appartenaient alors à la Suède, et qui lui au-

raient permis de continuer sa résidence sur les rives de l'Elbe, si elle n'avait été constamment entraînée par le goût des voyages et par le désir de changer de situation.

Pendant la courte durée de son règne, Christine s'était attachée à introduire dans ses États le goût des sciences et des lettres. Les hommes les plus célèbres furent honorés de sa correspondance : plusieurs furent attirés à sa cour; et l'on y vit paraître Saumaise, un des critiques les plus érudits; Bochard, idolâtre ami de l'antiquité, et connaissant peut-être mieux les siècles glorieux de Rome et d'Athènes que les annales de ses contemporains; Naudé, qui avait écrit sur la danse des anciens , et que Christine , dans une saillie de gaieté , condamna un jour à danser la pyrrhique devant elle; Descartes, qui ouvrit à la philosophie des routes nouvelles, et dont le génie éclaira ses successeurs. La reine recherchait la société des savants, prenait part à leurs discussions, et parlait à tous leur langage. Elle fut la bienfaitrice de l'université d'Upsal, fonda celle d'Abo, forma dans son palais des collections de livres, de médailles, d'objets d'art, qu'elle avait fait acheter dans toutes les parties de l'Europe; et lorsqu'elle eut quitté la couronne, elle conserva dans toutes les positions de sa vie le désir d'étendre ses connaissances.

Christine avait été illustre sur le trône : cependant, quand elle eut perdu cet éclat, ce prestige, tous ces hommages qui environnent le pouvoir, elle fut différemment appréciée : le jugement de la postérité commença pour elle; et si elle fut grande, elle parut encore plus singulière. Sa naissance l'avait appelée à régner : elle put apprendre cet art d'Oxenstiern , de Grotius , bien dignes de l'instruire :

les études qui occupèrent ses premières années développèrent la force et l'étendue de son génie; et combien elle aurait accru la prospérité de ses États, si elle eût dirigé vers un si noble but les hautes qualités dont la nature et l'éducation l'avaient douée !

Pierre Lambeccius, professeur à Bambourg, fut au nombre des savants qui la suivirent à Rome et qui renoncèrent au protestantisme : elle désira qu'Isaac vossius écrivit l'histoire de son règne , et ce théologien qui , suivant l'expression de Charles il, roi d'Angleterre, croyait à tout, excepté à la Bible, entreprit l'ouvrage qui lui était demandé; mais il ne le termina pas.

Il y eut, pendant le séjour de Cbristine à Hambourg, une émeute populaire contre elle, parce qu'elle avait célébré par une fête, une illumination et un feu d'artifice, l'exaltation d'un nouveau pape, et qu'elle avait fait peindre dans une décoration le triomphe de l'église romaine sur le luthéranisme; mais les réparations que le sénat lui lit adresser calmèrent son ressentiment; et avant de retourner en Italie, où elle devait finir ses jours, elle donna aux magistrats et au peuple de Hambourg des témoignages de sa bienveillance. La reine avait souvent regretté le trône , et sans doute elle fit, à plusieurs reprises, des tentatives pour y remonter et pour regagner le cœur de ses anciens sujets ; mais le gouvernement de Hambourg se bornait à lui faire un accueil hospitalier, et il ne fit pour elle aucune démarche qui pût porter ombrage à son successeur.

Quand la guerre se ralluma, en 1657, entre la Suède et le Danemark, Charles-Gustave recherchait l'alliance des villes anséatiques; il offrit même aux Hambourgeois, lorsque les troupes

?u'il avait dans le duché de Brème se urenl avancées dans le Holstein , de leur livrer Gluckstadt, s'ils voulaient s'unir à sa cause et prendre les armes contre le Danemark. L'acquisition de Gluckstadt leur aurait sans doute été utile ; elle leur eût assuré une nouvelle position sur le cours inférieur de l'Elbe, et une garantie pour la liberté de la navigation du fleuve ; mais Hambourg ne céda point à cette proposition, et ne voulut pas rompre avec le Danemark ses rapports de paix et d'amitié. Sa neutralité l'ex-

posait à quelques sacrifices; mais le sénat les préféra aux avantages éven-

tuels qui lui étaient offerts.

La guerre fut favorable aux armes

de la Suéde. Charles-Gustave avait entrepris une campagne d'hiver, pendant laquelle il avait envahi le Holstein, le Sleswick et une partie du Jutland. Le froid devint si rigoureux qu'il tenta de traverser le petit Belt sur la glace avec son armée : il s'empara de Tile de Fionie, passa également sur la glace dans les îles de Langeland, de Laland, de Falster, de Seeland , et marcha sur Copenhague, dont il se proposait de faire le siège. Un autre corps de troupes, parti des provinces méridionales de Suède, avait en même temps envahi les provinces de Halland et deScanie; et le Danemark, attaqué de toutes parts, ne put conserver son indépendance que par d'onéreux sacrifices. Il s'engagea par un traité signé à Roschild, le 28 février 1658, à céder à la Suède les provinces de Bléking, de Scanie, de Halland, de Bonus, ainsi que le gouvernement de Drontheim.

Charles-Gustave aurait, voulu encore davantage, et il regretta bientôt de ne pas avoir été plus exigeant. Ce prince projetait de soumettre le Danemark tout entier , de transporter à Landskrona en Scanie les privilèges dont jouissait Copenhague, de créer dans la même province une capitale de ses États, et d'entretenir dans la Baltique une flotte assez puissante pour ouvrir ou fermer à son gré les détroits qui la séparent de l'Océan.

Dans cette vue, Charles-Gustave fit, le 17 août d la même année, un débarquement de troupes à Korsôr dans l'île de Seeland, et il vint lui-même assiéger Copenhague , qui fut en même temps bloqué du côté de la mer par la flotte de l'amiral Wrangel; mais la fermeté de Frédéric sauva cette place.

La forteresse de Kronenbourg, qui gardait le passage du Sund, était en même temps attaquée par les Suédois :

ils s'en emparèrent le 26 septembre, et leurs troupes, qui occupaient déjà Elsinborg, sur la rive orientale du

L'UNIVERS

même détroit , voulurent fermer ce passage à la flotte hollandaise de l'amiral Opdam, qui s'avançait vers le Sund et qui allait jeter quelques secours dans Copenhague; mais niées troupes, ni la Hotte suédoise commandée par Wrangel, ne purent arrêter l'amiral hollandais ; et , après un combat sanglant, qui dura un jour entier, les renforts qu'il apportait dans cette capitale purent y parvenir.

Dès ce moment la guerre changea de caractère, et la fortune redevint plus favorable aux Danois, qui venaient d'ailleurs de recevoir quelques troupes auxiliaires commandées par l'électeur de Brandebourg. Les Suédois perdirent les positions qu'ils occupaient dans les îlesd'Alsen et de Bornholm : le bailliage et la ville de Drontheim leur furent également enlevés; et Charles-Gustave, qui continuait le siège de Copenhague, donna sans succès plusieurs assauts à cette place. On était au mois de janvier I6Ô9 : l'hiver ne suspendait pas les opérations de la guerre, et il en rendit les fléaux encore plus désastreux :

on s'obstinait dans l'attaque, dans la défense; et le ISord , les Pays-Bas , une partie de l'Allemagne se trouvaient compris dans ce sanglant démêlé. La France et l'Angleterre s'engagèrent enfin par un traité du 3 février à intervenir comme médiatrices dans ces grands débats qu'elles désiraient terminer : elles confirmèrent leurs engagements le 31 mai par un nouveau traité , et annoncèrent l'intention de se déclarer contre celle des deux puissances qui se refuserait à la paix. On proposait le dernier traité de Roschild comme base de réconciliation, et l'on offrit ensuite d'en modifier quelques clauses, afin de le rendre moins défavorable au Danemark.

L'année s'écoula en opérations militaires mêlées de succès et de revers , et en négociations sans résultat. La mort de Charles-Gustave eut lieu le 23 janvier 1660, et cet événement hâta la conclusion de la paix , qui fut signée le 23 mai, sous une tente dressée entre le camp des Suédois et Copenhague

dont ils faisaient encore le siège. La paix entre la Suède et la Pologne venait d'être conclue le 3 du même mois dans l'abbaye d'Oliva, située à quelques lieues de Dantzig.

Les cessions de territoire que le Danemark venait de faire à la Suéde par les traites de Koschild et de Copenhague avaient rendu les Suédois maîtres de la rive orientale duSund :

ils cessèrent de payer dans ce détroit la taxe que le Danemark y percevait sur la navigation de tous les peuples; et cette première dérogation aux anciens usages fit prévoir que d'autres exemptions seraient sollicitées et pourraient être obtenues. Les villes anséatiques avaient plusieurs fois réclamé cet affranchissement; et s'il ne leur fut pas accordé, du moins elles obtinrent quelque réduction. L'établissement et les variations des droits du Sund se trouvent liés à leurs annales, et nous sommes naturellement conduits à donner à cette partie de leur histoire quelques développements.

On peut communiquer entre l'Océan et la mer Baltique par trois passages différents : par le petit Belt , qui sépare le Jutland et l'île de Fionie; par le grand Belt, entre l'île de Fionie et celle de Seeland, et parle Sund ou Ore- Sund , placé entre la Séeland et la Scanie. Le premier passage est étroit, et n'est fréquenté que par de petits navires de cabotage. Le grand Belt est large et profond ; mais ses courants et ses écueils obligent dy louvoyer avec précaution. Le passage du Sund est le plus facile et le plus fréquenté; et, pouren rendre la navigation plus sûre, on a établi sur les côtes de Scanie une longue suite de fanaux , de balises, et d'autres signaux destinés à guider les voyageurs. Ces fanaux ne pouvaient être entretenus que par le Danemark, lorsque les deux ri ves lui appartenaient ; mais les Anséates, dont les navires devaient profiter habituellement de ce moyen de sécurité, consentirent les premiers à concourir à cette dépense :

l'exemple en fut donné à la ligue entière par les villes de Lubeck et de Dantzig. Chaque vaisseau qui passait le Sund

VILLES ÀNSEATÎQl ES.

avait à payer tOX autorités danoises un noble a la rose, équivalant à deux francs et demi : ce péage , convenu de glé a lire et dans l'intérêt des négociants, s'étendit bientôt aux autres nations; il devint pour les rois de Danemark un droit de régale .et il subit différentes variations. D'abord, il n'était appliqué qu'aux navires; il le fut ensuite aux cargaisons; et les lurcharçes du tarif des marchandises excitèrent quelquefois de rives plaintes.

Ce que l'usage avait établi et consacre fut reconnu comme une règle, dans les traites que le Danemark conclut successivement, depuis le milieu du quinzième siècle, avec l'\ngleterreja Hollande, l'Espagne, la France et les différents pays voisins de la Baltique. Tous les navires qui se rendaient d'une mer à l'autre devaient passer par le Sund, et non parles Belts, à moins qu'ils n'y eussent été forcés parle gros temps : cette nécessité devait être affirmée sous serment par le capitaine et deux hommes d'équipage; et dans ce cas, on devait acquitter les mêmes droits à JNiebourg en Fionie, ou au passage du petit Belt a Fridericia.

Flseneur a été bâtie sur la rive occidentale du Sund , et vers le point où ce détroit est le moins large : c'est aussi le coté où les eaux ont le plus de profondeur : les vaisseaux sont obligés de passer sous le canon de cette place et de la forteresse de Cronenbourg destinée à la de fendre, et ils n'ont point à se détourner pour acquitter les droits du Sund.

Pendant plusieurs siècles, la Ligue Anséatique avait joui , plus que toute autre puissance, de ce moyen de communication; elle en avait besoin, pour unir les forces de ses confédérés , répandus sur les côtes de la Baltique et de la mer du IVord ; et lorsque cette Ligue eut vu décliner sa puissance, il lui devint encore nécessaire de conserver à son commerce les mêmes facilités de navigation. Ce commerce était toujours très-etendu -, et, quoiqu'il se trouvât en concurrence avec celui de quelques autres puissances maritimes , ce-

pendant il jouissait souvent de plus d,. .sécurité, parce que ces puissances se trouvaient iinpliquéesdansîesdiffcivn-

; guerres de I Europe, tandis que

ItS \ îllel anseali.ju's cliercliaienl a Conserver une neutralité, plus convenable a leur situation et bu genre de prospérité et d'influence dont elles pouvaient encore jouir.

La question de l'affranchissement

des droits du Sund intéressait si vivement le commerce qu'elle fut soin eut discutée dans les conseils des villes anseatiques, dans ceux du Danemark, et dans les ouvrages des publicistes qui s'emparèrent de cette discussion.

Les partisans de la liberté absolue des mers pensaient qu'on ne pouvait y apporter aucune exception. La mer, disaient-ils , est un élément dont la jouissance appartient à tous , et dont la propriété ne peut être réclamée par personne; on peut, sous ce rapport, la comparer à Pair que nous respirons, et dont il serait impossible de nous ravir l'usage. Le fond et la surface de la haute mer sont également libres, et l'utilité en est commune à tous les peuples; si plusieurs puissances ont prétendu, en différents temps , exercer un droit de souveraineté sur quelques parties de l'océan, ces usurpations sur le domaine de tous remontent à des époques où les souverains et les maîtres de quelques rivages de la mer jouissaient presque seuls d'une puissance maritime et commerciale, cherchaient à écarter d'autres navires des parages qu'ils fréquentaient, et pouvaient faire aisément reconnaître leur suprématie par d'autres nations hors d'état dentrer en concurrence avec eux. Sans remonter à des usages trop anciens, nous citerons les droits de sou< veraineté que la république de Gênes s'arrogeait encore dans le quinzième siècle sur la mer de Ligurie entre l'île de Corse et le continent ; la cérémonie annuelle des épousailles de la mer par le doge de Venise , considéré comme souverain de l'Adriatique, depuis la hauteur du cap de Ravenne jusqu'au fond des lagunes; les anciennes prétentions dé l'Angleterre

L'UNIVERS

sur le canal de la Manche , sur le bassin de la mer du Nord jusque dans les régions boréales, sur les parages del'Atlantique, voisins des côtes de France, et sur ceux qui s'étendaient à l'occident des Iles Britanniques. Ces prétentions étaient encore soutenues, au milieu du dix-septième siècle, dans les captieux écrits de Selden, quoiqu'elles fussent réfutées par G rotius, avec toute l'éloquence et l'autorité de la raison.

D'autres nations avaient usurpé dans l'Océan des titres de souveraineté encore plus étendus. Les rois d'Espagne et de Portugal ne s'étaient-ils pas partagé entre eux l'immensité des mers, en vertu d'une concession illusoire que leur avait faite le pape Alexandre VI? Les Portugais, après leurs premières expéditions dans les parages occidentaux de l'Afrique, ne prirentils pas le titre de seigneurs de la navigation sur les côtes de Guinée? et de sanglantes guerres ne s'allumèrentelles point entre les premiers possesseurs des colonies européennes en Amérique, dans les archipels d'Asie et dans les îles de l'Océanie , sur l'étendue et les limites des droits de navigation et de souveraineté?

Pour obtenir une semblable suprématie , il faudrait que les puissances qui prétendent à la domination de quelques parages pussent y entretenir des forces suffisantes pour en écarter les autres nations ; mais ces forces deviendraient le jouet des vagues et des tempêtes : elles ne défendraient que le point qu'elles occuperaientdans cette immense étendue ; et les autres pavillons se croiseraient, se dirigeraient dans tous les sens , autour de ces vains et fragiles boulevards, qui ne constateraient que l'impuissance d'un usurpateur.

Le principe de la liberté des mers, liberté conforme à la nature, au droit des gens, et aux droits conventionnels le plus généralement adoptés, peut être envisagé sous un autre point de vue, lorsqu'il s'agit des mers intérieures qui n'ont avec l'Océan qu'une étroite communication; et c'est ici surtout que s'en&age uû conflit réel entre les par-

tisans d'un usage restreint ou d'une absolue liberté. On soutient, dans cette dernière opinion, que lorsqu'une mer intérieure baigne les rivages de plusieurs États différents, leurs communications avec l'Océan ne peuvent jamais être entravées par les possesseurs des deux rives du détroit où il faut passer. On établit, en appliquant ce principe à un exemple, que les vaisseaux qui entrent de la Méditerranée dans l'Océan ne peuvent pas être retenus ni imposés, a leur passage dans le détroit de Gibraltar, et qu'ils ne doivent l'être ni au Bosphore ni aux Dardanelles, lorsqu'ils viennent de la mer Noire dans la Méditerranée. La même remarque a été faite sur la navigation de la mer Baltique : les navires des différents États qui l'environnent doivent librement communiquer avec l'Océan, sans être retenus au passage du Sund.

Cette dernière opinion a rencontré, il est vrai, des contradicteurs : ils ont allégué que la juridiction territoriale d'un pays voisin de la mer s'étend jusqu'à une certaine distance des côtes : on lui assigne généralement pour limite la portée d'un boulet de canon : elle peut ainsi s'exercer sur le passage du Sund qui n'a pas quatorze cents toises dans sa plus étroite largeur. Les partisans de cette opinion pouvaient aussi , lorsque les deux rives du détroit appartenaient au Danemark, soutenir que la souveraineté du passage devait encore moins lui être contestée, et que le Sund formait, à travers ses États, une espèce de canal de navigation, où le Danemark avait le droit de percevoir un péage, de même qu'il pouvait en imposer un sur les navires qui traversaient les deux Belts, également situés entre plusieurs parties de son territoire.

Mais cet important litige dut éprouver une modification nouvelle , lorsque le Sund se trouva placé entre deux nations différentes , dont chacune avait les mêmes droits à revendiquer. La Suède, qui venait d'obte-

ToZ

nir par un traite le libre passage de ses navires, et leur exemption de toute espèce de droits, ne cherchait pas .1 faire jouir de la même franchise les pavillons des autres puissances : flic était intéressée à écarter leur concurrence dans la Baltique, en

rendant leur condition moins avantageuse que la sienne; et les navires anséatiques , de même que ceux des

autres nations, continuèrent d'acquitter le droit du Sund , à leur pass devant Klseneur.

La forme de la perception variait quelquefois; et pour ne pas en multiplier les embarras , en exigeant de chaque navire un paiement particulier, la Hollande fit avec le Danemark, en 1647, un contrat d'abonnement , en vertu duquel elle se rachetait, par une somme annuelle et (i\e, des droits qu'aurait eus à payer chacun de ses navires; mais cet arrangement temporaire ne fut pas renouvelé.

L'Angleterre cherchait à conclure une convention semblable, et ses négociations furent sans résultat.

Les Anglais désiraient alors diriger par le Sund et la mer Baltique les principales opérations de leur commerce avec la Russie : ils les avaient commencées, depuis plus d'un siècle, par la mer Blanche et le port d'Archangel ; et Richard Chancellor avait ouvert cette périlleuse navigation , en doublant le Cap->"ord et en suivant les côtes de la Laponie. Mais quand les Russes eurent étendu leurs établissements vers le fond du golfe de Finlande, il devint plus facile d'arriver à eux par cette nouvelle voie de communication. Les villes anséatiques étaient intéressées à prendre part à ce commerce : il se liait à celui qu'elles avaient toujours fait avec Dsovogorod, et qui s'était progressivement étendu dans toutes les régions voisines. Cependant les Brêmois , les Hambourgeois conservèrent aussi des relations directes avec Archangel : il se faisait dans cette place un débit considérable de goudron, de câbles, de pelleteries , de produits de la pêche des mers boréales. On se rendait vers

le milieu du mois d'août à ses foin s annuelles; il y arrivait des marchands de toutes les provinces de la hfoscovie,

surtout des contrées situées entre la

mer Blanche et la chatm des monts

Ourals, et ils y taisaient leurs cehan-

ges de marchandises avec les navigateurs des côtes occidentales de l'Europe.

Le Danemark prenait alors peu de part à ce commerce : il avait été épuisé par les malheurs d'une longue

guerre avec la Suède ; il avait perdu quelques-unes de ses plus belles provinces; la discorde régnait entre les différents ordres de l'État; et une révolution, qui vint changer, en 1660, les bases de cette monarchie, fit conférer au monarque un pouvoir absolu. Le poids des impôts et l'inégalité de leur repartition lurent la première cause de ce grand changement. La guerre venait de se terminer, et de grandes forces militaires devenaient inutiles; mais on ne pouvait congédier l'armée sans lui payer les arrérages de sa solde j et il fallut, pour acquitter cette dépense, établir de nouvelles charges. La noblesse avait joui jusqu'alors du privilège de ne pas être taxée : elle était exempte du logement des gens de guerre; elle cherchait à rejeter sur le clergé et sur le peuple les obligations et les impôts dont elle s'était affranchie; et, en attaquant à la fois l'un et l'autre corps, elle eut l'imprudence de ne pas prévoir l'énergique opposition qu'elle allait rencontrer. Pour sortir de l'embarras de cette situation, le roi Frédéric IV eut recours à la convocation des états généraux : ils s'assemblèrent à Copenhague , au mois d'octobre : une scission éclata sur-le-champ; et les orateurs du peuple demandèrent avec force que les impôts fussent également répartis, et que les riches tenanciers, qui jouissaient de la plupart des propriétés, en acquittassent aussi les charges. De si justes réclamations méritaient d'être accueillies; mais un sénateur fut assez insensé pour oser dire que le peuple ignorait sans doute sa condition , et qu'il devait plus d'é-

L'UNIVERS

garda à la noblesse dont il était esclave.

Ces derniers mots soulevèrent l'indignation de tous les députés du peuple : Nanson, président de Copenhague et orateur de la bourgeoisie, répondit avec chaleur que le peuple ne se laisserait jamais traiter en esclave, et que le sénat en serait bientôt convaincu.

Il rompit l'assemblée, et sortit avec Swane, évêque de Copenhague et chef de l'ordre du clergé : tous deux étaient suivis des députés qu'ils présidaient : ils allèrent se réunir dans la salle des brasseurs; et, après avoir délibéré sur les moyens d'abattre le pouvoir de la noblesse et d'améliorer la situation du peuple , ils s'arrêtèrent à la résolution de remettre au roi les destinées de l'État, de lui offrir le pouvoir absolu, et de rendre la couronne héréditaire dans sa famille, par ordre de primogéniture.

Frédéric parut accepter avec regret les offres qui lui étaient faites par le peuple et le clergé: il voulait du moins pouvoir aussi compter sur l'assentiment de la noblesse ; et celle-ci ne crut pas pouvoir résister à l'invitation que vinrent lui faire les députés des communes et du clergé, de se joindre à eux , pour obtenir la complète adhésion du roi aux vœux qui lui étaient exprimés. Ce changement dans la forme du gouvernement fut bientôt accompli : tous les membres des états généraux se réunirent le 27 octobre dans une cérémonie solennelle, où le roi, environné de sa famille, de sa cour, de toutes les autorités civiles et d'une grande partie de l'armée, reçut l'hommage de tous les ordres, et le serment que fit individuellement chaque membre, de le servir en homme d'honneur et en sujet lidèle.

Dans cette grande réunion, où le monarque était revêtu d'une autorité sans bornes, une seule voix s'éleva pour exprimer quelques inquiétudes sur l'avenir : le sénateur Gersdorf témoigna le désir que les successeurs du roi actuel ne se servissent que pour le bien de leurs sujets de ce pouvoir illimité, et qu'ils ne le fissent pas tour-

ner à leur ruine. Frédéric n'abusa point de la confiance que son peuple venait de lui accorder, et il employa les dernières années de son règne à réparer les maux de la guerre, a rétablir l'ordre dans les iinances, à contenir le mécontentement des grands qu'il avait abaissés, et à diriger vers les progrès de l'industrie et vers le travail l'inquiète activité de la multitude. Le même peuple qui venait de renoncer à ses droits pourrait un jour désirer de les reprendre, et le roi cherchait à le distraire du sentiment de sa force, pour ne plus avoir à craindre qu'il voulût en faire usage.

Si de nombreuses remarques sur différentes questions de droit public ou maritime et sur quelques institutions propres à favoriser le commerce doivent naturellement se présenter dans le cours de cet ouvrage et se mêler au récit des événements politiques, nous avons aussi reconnu la nécessité de faire dans les annales des pays voisins quelques excursions, intimement liées à l'histoire des villes anséatiques. Dès que plusieurs peuples ont entre eux des relations, ils exercent l'un sur l'autre une action mutuelle; et l'on doit cesser de les considérer isolément.

Lorsque le peuple de Danemark eut conféré à son souverain tous les pouvoirs d'un gouvernement absolu , les villes anséatiques n'apprirent pas cette révolution sans quelque regret.

Comme elles jouissaient d'un gouvernement qui recevait sa force de celle du peuple et qui restait Adèle à son origine, l'exemple d'abdiquer lesdroits populaires ne pouvait séduire des citoyens satisfaits de leur forme d'administration, et il les rendit plus défiants sur les vues d'une nation qui venait de s'assujettir volontairement.

Hambourg avait été souvent menacé d'une invasion danoise , et le même péril pouvait se renouveler : cette ville, toujours prête à se mettre en défense et à repousser une agression , ne tenait pas seulement à son indépendance nationale, elle voulait aussi garder ses libertés publiques, et sous la do-

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