VILLES
initiation du Danemark elle aurait craint de K's perdre.
Hambourg allait bientôt éprouvée un terrible Beau : la peste s'} déclara, en 166 1 ; elle lit de rapides progrès , et ses ravages enlevèrent la huitième partie de sa population. Des précautions sanitaires préservèrent les pays voisins; mais elles isolaient celte place: et l'interruption du commerce allait aggraver encore .ses calamités.
Son gouvernement redoubla de soins,
dans ces jours d'épreuves et de souffrances, pour ouvrir aux malades de nouveaux hospices, et pour assurer aux classes pauvres du travail et des secours. Quand les périls de la contagion turent passés, il attira dans la ville quelques colonies étrangères, afin de réparer ses pertes. On ne pouvait point oublier les ser\ ices déjà rendus par un grand nombre de réfugiés hollandais qui , depuis la ruine d'Anvers, avaient porte a Hambourg leurs capitaux et leur industrie, et avaient perfectionné une partie de ses institutions maritimes et commerciales, en les modelant sur celles qui avaient fait fleurir leur ancienne patrie. Ces émigrants n'avaient d'abord cherché qu'un asile temporaire; ils s'attachèrent ensuite à leur nouvelle habitation et ils s'y fixèrent.
D'autres familles mennonites, qui s'étaient rendues dans le Holstein, furent également accueillies à Hambourg : la simplicité des mœurs, la frugalité, l'amour du travail les faisaient remarquer : elles établirent daus cette \ille quelques nouvelles manufactures, entreprirent des expéditions maritimes, prirent part au commerce d' Archange! et aux grandes pèches qui s'exploitaient dans les parages du Groenland.
Les persécutions exercées en Portugal contre les juifs avaient déterminé un grand nombre d'entre eux à changer de patrie : leur religion cherchait de la tolérance, et la nature de leurs spéculations les attirait dans des places de commerce.
Leurs ancêtres avaient habité l'Espagne; ils y avaient obtenu, sous le
gouvernement des Maures, Les mêmes faveurs que dam les contrées musulmanes de l'Orient, et ils s'\ étaient répandus de prorhe en proche, dans
les pro\ inces mêmes qui n'avaient pas
été soumises a l'islamisme. Mais,
après avoir termine la guerre contre
les Maures, Ferdinand et Isabelle ordonnèrent, en 1492, l'expulsion des juifs; et ceux qui se retirèrent en Portugal, où ils obtinrent de Jean M un accueil hospitalier, furent forces par son successeur Kmmanuel de sortir du royaume, sans qu'il leur fût permis d'emmener avec eux leurs enfants au-dessous de l'âge de quatorze ans.
La plupart des juifs d'Espagne et de Portugal recoururent à la protection du chef de l'Église : Alexandre VI en reçut une partie dans ses Ktats, et en lit admettre beaucoup d'autres dans différentes contrées d'Italie : ils jouirent d'un grand crédit sous le pontificat de Paul III ; et, quoiqu'ils obtinssent inoins de tolérance de quelquesuns de ses successeurs, ils continuèrent d'être reçus à Rome , à A ncône , à Avignon : ils eurent des synagogues dans les États vénitiens, dans le Milanez, en Piémont et dans les autres principautés d'Italie.
L'introduction du luthéranisme en Europe leur avait été favorable; et en réduisant le nombre des sacrements et des dogmes, elle ne permettait plus de les accuser de profanation d'hosties, d'atteinte à la croyance des mystères, de déclamations contre les miracles. Cependant les chrétiens, à quelque communion qu'ils appartinssent, étaient encore prévenus et animés contre cette nation. On la persécutait , vers la lin du seizième siècle , en Hongrie, en Moravie , en Bavière , quoiqu'elle fut tolérée par l'empereur Ferdinand 1er, qui lui accorda le droit d'avoir en Allemagne un prince de la captivité et des princes de la dispersion. Ces titres rappelaient aux juifs les anciens jours d'esclavage et d'exiî; mais ils avaient cru, à plusieurs reprises , voir apparaître un libérateur; et ils obtinrent, en 1G50, l'autorisation d'assembler un concile, en Hongrie,
L'UNIVERS
pour décider si le Messie était venu.
Dos juifs de tous les paye se rendirent dans la plaine d'Agéda , assignée pour leur réunion : il s'y trouva trois cents rabbins de nations différentes et une nombreuse foule de simples israélites:
tous étaient campés sous des tentes, et l'on en avait érigé une très-grande pour les séances du concile, qui fut présidé par le rabbin Zacharie, de la tribu de Lévi. L'assemblée n'avoua aucun de ceux qui s'étaient successivement présentés sous le titre de Messie, et elle se sépara, dans l'attente de celui qui devait relever la nation.
Les juifs avaient alors des synagogues dans différentes parties de l'Allemagne; ils en avaient en Hollande, surtout à Roterda m, Amsterdam et la Haye. Cromwel 1 leur accorda , en 1 656 , un établissement en Angleterre :
Hambourg en avait accueilli un grand nombre; et cette ville était regardée ar eux comme une petite Jérusalem :
a plupart y exerçaient le commerce ; d'autres s'y appliquaient aux lettres, aux sciences , et surtout à la médecine : Joseph Athias, juif espagnol, était devenu professeur à Hambourg, avant d'aller s'établir à Amsterdam , où il acquit l'imprimerie des Elzévirs.
La synagogue des juifs de Hambourg était située à Altona. Le gouvernement danois en reçut d'autres à Gluckstadt, et ils furent également accueillis à Rrême et à Lubeck. Ceux qui trouvèrent un refuge dans les villes anséatiques y contribuèrent à la prospérité de plusieurs institutions , propres à faciliter les échanges, les payements et toutes les transactions que les négociants avaient à faire entre eux.
La profession de banquier était alors exercée fréquemment par les juifs : elle pouvait d'autant mieux leur convenir que cette nation cosmopolite était dispersée dans tous les pays, et que ses membres avaient la facilité de trouver partout des correspondants.
Leurs relations comme coreligionnaires favorisaient leurs opérations et leurs bénéfices; l'usage des lettres
de change rendait leur intervention plus habituelle; et si on les accusa plusieurs fois d'abuser de leur situation pour élever l'intérêt do l'argent, le taux du change et celui des droits de banque, il faut aussi reconnaître les importants services qu'ils rendirent au commerce, en facilitant ses escomptes, ses payements et toutes ses opérations pécuniaires. Leurs richesses les firent souvent persécuter: mais elles faisaient ensuite reconnaître la nécessité de revenir à eux.
L'avantage de multiplier ses relations devenait journellement plus sensible, et l'établissement des postes fut une des institutions les plus utiles à la circulation du commerce des Anséates. Celles de l'Empire remontent au règne de Maximilien 1er, qui les avait empruntées de la France . Ce monarque, pour faciliter les communications de l'Autriche avec les Pays-Bas, établit un service de postes à travers le midi de l'Allemagne, et il en remit la direction à François baron de Taxis : la même charge fut conférée à ses descendants par Giarles-Quint et ses successeurs ; et ce service , établi sur la route deBruxelles à Vienne, reçut bientôt un embranchement entré Augsbourg et l'Italie. En 1615, la surintendance des postes fut érigée en fief de l'Empire par l'empereur Mathias', et Lamoral de Taxis en fut investi pour lui et ses descendants. Une même organisation s'étendit alors dans plusieurs contrées de l'Allemagne, et fut admise sans difficulté par les villes impériales; mais elle donna lieu à de graves discussions dans les grands États de la confédération germanique. Les princes, jaloux de leurs droits et assez forts pour les défendre, voulaient les exercer dans toute leurs plénitude , et ne confier qu'à leur propres sujets l'administration et le service des postes qui auraient à traverser leur territoire.
Avant de recevoir cette institution, Hambourg n'avait que des messagers , qui se rendaient dans les principales villes où l'on avait à entretenir des relations d'affaires . les
VILLES wskaïioi ES.
jours do leur départ , ceux de leur arrivée n'étaient pas réguliers : on attendait qu'il y eût un assez grand nombre d'affaires pour couvrir les trais de leur expédition : quelques-uns voyageaient à pied, d'autres étaient conduits
ou portes par les mêmes chevaux , à petites journées , sans organisation de relais, et sans aucun moyen de contrôle et de surveillance. La même forme de correspondance subsistait a Brème et à Luoeck; mais le service
des postes impériales y l'ut également établi: la maison de Taxis jouissait de ce revenu , de même qu'elle était chargée de tous les frais d'org misation et
d'entretien, dans les bureaux et dans les relais qu'elle avait établis.
Il y avait aussi dans les villes anséatiques une direction de postes particulières , pour chacun des États qui entretenaient avec elles une ligne de correspondance : ainsi l*on avait à Hambourg un directeur des postes d'Autriche , d'autres pour les postes de Prusse, de Hanovre, de Danemark.
de Mecklembourg, et chaque État désirait être chargé de sa correspondance. Il résultait de ces services séparés un accroissement de dépenses, que l'on aurait évité par une commune organisation; mais plusieurs Etats y trouvaient un moyen d'influence, dont ils auraient difficilement consenti à se priver.
Plus on éprouvait de facilité dans la transmission de la correspondance et dans la négociation des affaires de commerce, plus on était intéressé à donner à ses relations avec le dehors de nouvelles garanties, soit par des traités, soit par des améliorations progressives dans les principes du droit international, de ce droit qui tend sans cesse à se perfectionner et à rapprocher plus étroitement tous les peuples , à mesure qu'ils se connaissent et s'éclairent.
Les Anséates cherchaient à faire accueillir dans tous les ports leur pavillon et leur commerce : cette franchise, était le but de toutes leurs négociations : l'état de guerre leur était généralement contraire; et l'intérêt 17e Livraison, (villes ansfatiqcf.S. )
public leur faisait désirer une <•
tante neutralité , surtout depuis que
leur confédération se bornait à quel ■ ques villes. iMais l'Europe était habituellement en guerre, et les nations belligérantes respectèrent rarement
les droits des neutres. En IGiJS, une
escadre hollandaise remonta l'Elbe, et \int pendant la nuit attaquer près d ■ Hambourg dix-sept navires angl lis qui étaient près de mettre à la voile. Les uns furent coulés bas, les autres se réfugièrent sous les murs de la ville, et les Hollandais les y poursuivirent. L'Angleterre supposa que Hambourg avait favorisé cette attaque: elle réclama un dédommagement de ses pertes; et cette ville consentit, pour éviter quelques actes d'hostilité, a un sacrifice pécuniaire de soixanteseize mille livres sterling.
Quoique les Anséates eussent souffert des événements de la guerre, ils ne purent cependant pas obtenir d'être compris dans le traité de paix qui fut conclu, la même année, entre l'Angleterre , la France , le Danemark et la Hollande. Cette dernière puissance se montrait souvent contraire à leurs intérêts, à leurs vues; et comme elle était devenue la rivale de leur commerce, elle voyait sans peine les embarras de leur situation : elle tendait à augmenter leur isolement, et à se ménager l'héritage d'une confédération si affaiblie et si souvent menacée.
La mort de Frédéric NI, roi de Danemark, et l'avènement de Christiern V, en 1670, amenèrent chez les Anséates d'autres sujets de troubles.
Ce prince exigeait, h l'exemple de ses prédécesseurs, que les magistrats de Hambourg lui prêtassent foi et hommage; mais un rescrit impérial défendit au sénat de déférer à cette sommation ; et Hambourg , qui s'attendait à être attaqué par les Danois , se hâta de réparer ses remparts , de les armer et de se mettre en état de défense. Les difficultés de sa situation se compliquaient de jour en jour : des dissensions allaient éclater dans cette ville entre le sénat , jaloux de son autorité,
L'UNIVERS
et le peuple qui tendait sans cesse à étendre son pouvoir. Le conseil des anciens, placé entre l'un et l'autre, cherchait comme un bienveillant médiateur à rapprocher les deux partis :
il n'y réussissait point; et l'Empereur fut prié par le sénat lui-même d'intervenir pour amener une réconciliation. Le comte de Windischgratz se rendit à Hambourg, en 1672, comme commissaire impérial : il eut des conférences avec les sénateurs , les anciens, les principaux membres de la bourgeoisie; et après les avoir entendus, il convint avec eux d'un arrangement que l'on paraissait empressé de conclure, mais qui ne fut pas longtemps observé.
Le commerce des Anséates eut momentanément à souffrir pendant la guerre qui se ralluma en 1674 entre l'Empire et la France. L'empereur Léopold 1er demandait le renvoi du résident français , accrédité près du cercle de Basse-Saxe; et Hambourg, qui négociait, alors un traité de commerce avec la France, prévoyait que ce renvoi interromprait ses relations et ferait arrêter ses navires. Mais l'Empereur, le roi d'Espagne, quelques princes d'Allemagne insistèrent sur cette demande, et le sénat se trouva forcé d'y consentir. La France lit alors diriger vers la mer du Nord quelques armements en course qui croisèrent près des côtes; elle autorisa la capture des navires anséates, et plusieurs bâtiments hambourgeois furent arrêtés à l'embouchure de l'Elbe. Cette ville avait fait construire quelques vaisseaux de guerre pour protéger son commerce, et ses navires marchands furent euxmêmes pourvus de moyens de défense:
néanmoins elle fit de nombreuses pertes.
La condition commerciale des Anséates était d'autant plus malheureuse que la guerre se renouvelait alors fréquemment entre les grandes puissances, et que celles-ci se montraient plus ou moins contraires à la liberté des neutres: elles cherchaient à les engager dans leurs querelles ou à étendre sur eux leurs hostilités, et à se dédom-
mager, aux dépens des faibles, des sacrifices que la guerre leur aurait coûtés.
Les Danois attendaient la première occasion d'une rupture avec les Suédois, pour chercher a leur enlever le duché de Brème; cette guerre éclata eu 1675, et le gouvernement danois s'attacha à restreindre dans les plus étroites limites les relations commerciales de Lubeck avec la Suède.
La paix fut rétablie, en 1 679, entre les deux couronnes: et Chr/stiern V, faisant alors avancer près de Hambourg un corps d'armée, voulut faire revivre d'anciennes prétentions sur cette place, éleva prèsdeDrakenbourg un fort qui paraissait la menacer, fit arrêter sur l'Elbe plusieurs navires, et réclama la foi et hommage que cette ville avait autrefois promise aux comtes de Holstein. Le sénat ne se prêta point à cette exigence; et ses députés représentèrent au roi de Danemarck que Hambourg relevait immédiatement de l'Empire. Les princes de la maison de Brunswick introduisirent des troupes dans la place, pour la défendre et pour en faire lever le siège : ils faisaient en même temps des démarches pour arriver à un rapprochement; et Hambourg obtint par un sacrifice de deux cent vingt mille francs la restitution de ses navires et féloignement de l'ennemi.
L'électeur de Brandebourg, les ducs de Brunswick et de Lunebourg étaient également intéressés à l'indépendance de Hambourg; ils la regardaient comme favorable à l'Allemagne entière, dont cette ville était devenue le plus grand entrepôt commercial.
Nous voyons à cette époque les villes anséatiques terminer plusieurs fois par une composition pécuniaire leurs démêlés avec les États voisins :
elles aimaient mieux obtenir par un sacrifice le rétablissement de la paix, que de s'engager dans une lutte où les forces étaient devenues trop inégales : les dangers de leur position expliquent cette condescendance; et la prudente circonspection qui leur était nécessaire ne peut pas être con-
VILLES INSÊATIQUES.
sidérée comme un acte de faiblesse.
La paix que l'on cherchait à conserver avec aea voisina permettait de diriger toutes ses ressources vers ledéveloppement de la prospérité intérieure; et tes gouvernements de Luheck, de Brème, de Hambourg étaient constamment occupés de <v soin paternel.
Nous ue citerons pis, ensuivant les
progrès du commerce de Hambourg, différentes branches d'industrie, communes à toutes les villes manufacturières; mais quelques fabriques spéciales mentent d'être remarquées.
T. es raffineries de sucre établies a Hambourg étaient supérieures à celles des autres pays : les fabriques de velours et de rubannerie occupaient un grand nombre d'ouvriers ; on avait des filatures pour la soie grége que Ton tirait d'Italie; les teinturiers de Hambourg passaient pour les meilleurs de I Allemagne; les brasseries, les tanneries, les salaisons de tout genre procuraient d'importants bénéfices.
Un peuple privé de territoire et réduit aux ressources du travail et de l'industrie, avait su y joindre celles d'un commerce étendu et d'une banque dont le crédit était assuré. Il s'était formé , entre cette place et les autres marches, de nombreuses relations qui se maintenaient par le mélange des intérêts, par l'empire de l'habitude et par les sentiments d'estime qu'inspire la fidélité a remplir ses engagements. Le commerce ne se prêtait point à de hasardeuses entreprises; et les bénéfices n'en étaient pas absorbés par un luxe imprudent , dont les négociants de cette ville avaient eu le bon esprit de se préserver. Accoutumés au bien-être, ils négligeaient le superflu , et ne songeaient pas a multiplier leurs besoins. La vasteétenduede leurs magasins leur laissait peu de place pour le logement : la salle de la Bourse de venait tous les jours leur centre de réunion : ils allaient observer quels étaient dans les différentes villes de commerce le cours du change, le prix des achats et des ventes, le tarif des douanes, et tous les frais d'impor-
tation et d'exportation. Ces remarques
lent de direction aux négociants
commissionnaires ou expéditeurs; Hlea leur aid, tient a choisir des cargaisons
dont le dclnt fût facile, i.es arriva
imposaient d'autivs gofns; et lorsqu'on voyatl revenir à pleines voiles les navires qui avaient accompli leur voyage,
déjà on calculait les préparatifs d'une expédition prochaine. Les opérations de commerce s'encliaînaient l'une a l'autre, et la fortune offrait toujours en perspective quelques nouveaux avantages.
Brème profitait de son heure situation sur le Wéser pour continuer d'être l'entrepôt des productions de tous les pays arrosés par ce fleuve ou par ses affluents : elle devait au droit d'étape, qui lui avait été accordé et confirmé par les empereurs, le facile approvisionnement de ses magasins et la source de son commerce de commission. Le chargement et le déchargement de ses navires se faisaient ou a \ -esack ou à Bracke, lorsque les vaisseaux étaient trop grands pour pouvoir remonter le Weser jusqu'à Brème. Ce fleuve fournissait aux habitants une pèche abondante d'anguilles, de lamproies, de saumons surtout, que l'on fumait pour les livrer au commerce : la bière de cette ville était réputée : ou y chargeait des bois de charpente et de construction, des draps, des laines, des cuirs, des métaux, tous les produits des duchés de Brunswick, de Lunébourg, de la A-Yestphalie et des contrées voisines.
La modicité des droits d'entrée et de sortie facilitait les relations avec le dehors : l'activité de la navigation était remarquable : on rencontrait les vaisseaux de Brème dans tous les parages, surtout dans la Baltique, dans les faux de la Norvège et dans celles du Groenland où l'on faisait la pèche de la baleine.
La position géographique deLubeck et son rang dans la Ligue Anseatique en avaient fait depuis longtemps le centre des relations de commerce suivies entre la Baltique et l'Océan.
On y déposait une grande partie
chargements faits dans les ports de Livonie, de Pologne, de Prusse, de Poméranie, tels que les bois, les cuirs, les chanvres, les métaux, toutes les matières nécessaires à la construction, au gréement, au calfatage des navires, et tous les produits de pêche recueillis dans la Baltique; les cargaisons venues de l'Océan étaient également déposées à Lubeck , où se faisait un commerced'échange et de commission très-considérable. Les vaisseaux les plus grands et les plus chargés pouvaient s'alléger à Travemunde , où ils trouvaient un abri sûr et un point de relâche : ils remontaient la Trave jusqu'à Lubeck; et ce fleuve qui n'a pas un long cours était du moins navigable jusqu'à Oldeslohe pour de petits bâtiments. Les autres lignes de communication , ouvertes par la Wackenitz et la Stecknitz , facilitaient le commerce avec l'intérieur. Ainsi les marchandises affluaient à Lubeck par différentes voies; et les manufactures établies dans cette ville y faisaient fleurir plusieurs branches d'industrie.
On remarquait dans le nombre de ces fabriques les tanneries et tous les ouvrages de mégisserie, le tissage des toiles à voiles, les fonderies de cloches et de pièces d'artillerie, les raffineries , les fabriques de tabac, celles de savon noir et d'amidon, le laminage des métaux, et surtout les vastes travaux des chantiers, dont l'activité était entretenue , soit par la marine de Lubeck , soit par les navigateurs étrangers, qui préféraient à toute autre main-d'œuvre celle des habiles constructeurs de cette ville.
Des officiers étaient chargés de surveiller toutes les opérations du port, de faire curer le lit du fleuve pour en prévenir les ensablements, de prendre soin des fanaux et des balises destinés à guider la navigation, d'assurer enfin l'exécution de tous les règlements maritimes dont Lubeck avait autrefois posé les fondements, et que le temps avait ensuite perfectionnés.
lie commerce maritime de cette ville avait nécessairement, décliné à mesure que celui des autres ports de
la Baltique s'était agrandi; mais une partie de ses pertes était compensée par le développement d'une industrie manufacturière, dont les produits étaient recherchés dans les contrées voisines. Ce genre de progrès était favorisé par des institutions libérales, et par le soin avec lequel un bon gouvernement savait encourager l'amour du travail , varier la direction de l'industrie quand les circonstances l'exigeaient, et préparer de nouvelles ressources à une population devenue plus nombreuse.
Le bien-être des classes laborieuses était le but que l'on voulait atteindre. Les gouvernements des villes anséatiques en étaient spécialement occupés; et les perfectionnements qu'ils, cherchaient à donner aux principes de l'ordre social , en rendant à la fois leurs nations plus heureuses et plus éclairées , se remarquaient aussi dans leurs relations avec Je dehors, et dans le soin d'affermir et d'étendre les rapports politiques et tous les avantages commerciaux dont ils avaient joui précédemment.
Cette période de l'histoire, cette suite de transactions qui se succédèrent jusqu'à la fin du dix-septième siècle, nous offrent de graves sujets d'instruction , qui ne doivent pas être passés sous silence, dans un ouvrage où il faut rendre compte des variations du droit maritime et commercial, et où l'on a souvent à reconnaître combien les villes anséatiques étaient intéressées à maintenir et à protéger les intérêts de la neutralité.
On peut remarquer, en comparant entre eux les traités conclus à différentes époques, une amélioration sensible dans les règles du droit maritime et dans les franchises et les garanties accordées au commerce.
Cette amélioration n'a pas seulement pour but de faciliter les relations des peuples pendant la durée de la paix :
elletend aussi àprotéger leur neutralité lorsque la guerre est allumée quelque part, et à moins circonscrire les limites du commerce qu'il leur est encore permis de faire pendant les hostilités.
VILLES kNSÊATIQl ES.
Los principes de ce droit conventionnel ont souvent différé, parce qu'ils dépendaient de la volonté des
contractants; ils ont même été en opposition à plusieurs époques. Si
l'on remonte au commencement du quinzième siècle, on voit que la capture d'une propriété ennemie, trouvée a bord d'un bâtiment neutre , était autorisée par la plupart des traites, et notamment par ceux que l'Angleterre conclut en 1 106, 1446 et 1 185 avec les dues de Bourgogne et de Brabant. en 1468 et i486 avec les ducs de Bretagne. La même maxime fut généralement observée pendant le cours du siècle suivant; mais dès le commencement du dix-septième siècle, il fut établi que le pavillon ami devait sauver la marchandise ennemie ; et cet exemple fut donné à l'Europe dans un traité conclu en 1604 entre la France et Achmet . et dans un lîrman de 1612 sur la franchise du commerce des nations chrétiennes : il le fut dans les traités de 1646 entre la France et les Provinces-Unies, de 1650 entre ces provineesetl'Espagne,etde 1654 entre l'Angleterre et re Portugal, dans les traités que la France conclut Tannée suivante, soit avec les villes anséatiques, soit avec l'Angleterre, dans celui des Pyrénées entre l'Espagne et la France, dans ceux que la Hollande signa en 1661 avec le Portugal, en 1668 et 1674 avec V Angleterre.
La plupart des conventions qui déclaraient insaisissables les marchandises ennemies trouvées sous pavillon ami autorisaient la prise des marchandises amies trouvées sous pavillon ennemi : ce principe était expressément reconnu dans les transactions que nous avons rappelées.
Les mêmes traités laissaient aux neutres la liberté de conserver des relations de commerce avec l'ennemi; soit qu'ils partissent d'un pays neutre pour se rendre dans le port d'un belligérant, soit qu'ils entretinssent des communications directes entre deux ports ennemis : seulement il leur était interdit de se rendre dans un port réellement bloqué, et de porter à l'en-
nemi des articles de contrebande de guerre. Ces deux restrictions sont exprimées dans bs traités antérieurs; elles le sont dans celui de 1644 entre la Suéde et les PrOVÏnCCS-l 'mes . dans
ceux que l'Angleterre conclut en 1625 avec la Hollande, en 1630 avec l'Espagne, en 1654 avec la Suède, en 1655
avec la France , dans le traité des Pj renées en 1659, dans ceux de 1661 entre l'Angleterreet la Suède, dans ceux que la France conclut en 1662 soit avec la Hollande, soit avec le Danemarck, et dans celui de 1666 entre l'Angleterre et la Suède.
Pour expliquer la cause des variations que nous venons de remarquer dans les usages suivis envers les neutres, il nous parait utile de remonter a l'origine de leurs droits, d'indiquer les réserves auxquelles ils sont inévitablement soumis par les belligérants , et les mesures qui ont été généralement adoptées pour reconnaître à bord des navires les marchandises qui peuvent être légitimement capturées , et pour éviter les collisions auxquelles ces saisies pourraient donner lieu.
Lorsqu'une puissance est en paix avec d'autres nations, elle fait avec elles un libre commerce. Cette franchise doit être encore la même, si quelques-unes de ces nations viennent à se faire la guerre, et il lui reste le droit de maintenir avec les belligérants les relations qu'elle avait avec eux avant leur rupture. Mais on reconnaît aussi que chacun d'eux doit jouir du droit de se défendre, de se conserver, d'empêcher qu'on ne porte à ses ennemis les movens de l'attaquer et de lui nuire : ce droit est naturel, il passe avant tous les autres.
On peut donc restreindre par ce motif l'exercice du commerce des neutres. Quelle doit en être la limite? C'est sur cette question que se sont souvent élevées des controverses.
Un gouvernement, lorsqu'il entre en guerre, peut faire connaître aux neutres, avec lesquels il n'a pas de traité, les règles qu'il suivra envers eux, relativement à leur commerce
L'UNIVERS
avec l'ennemi, et les limites qu'il croit devoir y mettre pour sa propre défense.
Il est généralement admis dans le droit conventionnel qu'on peut arrêter et retenir les marchandises de contrebande de guerre , porté -s à l'ennemi, et que ceux a qui un belligérant les enlève n'ont aucun recours à exercer contre lui : mais il n'est pas interdit aux neutres de vendre sur leur propre territoire des marchandises de cette nature : elles ne sont pas même considérées comme contrebande de guerre, tant qu'elles sont déposées dans les magasins d'un pays neutre : l'ennemi peut les y acheter librement comme tout autre objet.
Elles ne deviennent contrebande qu'après être sorties du territoire neutre, lorsqu'elles passent ou sont destinées a passer au pouvoir des belligérants; et on les regarde comme choses hostiles si on les trouve hors de toute juridiction souveraine, comme en pleine mer, et si elles ont été expédiées a l'ennemi, dont elles peuvent augmenter les forces.
Si les pièces de bord prouvent que ces marchandises ne sont pas destinées à l'ennemi , si , par exemple , elles ont été expédiées pour la Méditerranée, quand la guerre se fait dans le Nord ou sur l'Océan , on les laisse passer; elles ne sont pas regardées comme articles saisissables.
C'est au droit conventionnel à déterminer ce qu'il faut entendre par contrebande de guerre, si on peut confisquer indistinctement cette espèce de marchandises, ou s'il doit quelquefois être accordé une indemnité à ceux qui les perdent.
Dans un traité conclu le5 mai 1655 entre la France et les villes anséatiques, on ne considéra point comme marchandises prohibées les grains et les vivres : la même clause fut insérée quatre ans après dans le traité des Pyrénées, et ce principe fut également reconnu dans les transactions ultérieures de la France. L'humanité, qui passe avant toutes les autres lois, dictait elle-même cette règle ; elle ne
permet dans aucun cas de ravir à des populations entières les moyens de se conserver la vie.
Quant à la nomenclature des marchandises de contrebande, elle était autrefois très -nombreuse : on la resteignit progressivement : souvent on cessa d'y comprendre les métaux, le chanvre, les cables, les voiles, les ancres , les bois et autres objets propres à la construction et au radoub des vaisseaux : la contrebande se bornait alors aux armes offensives et défensives, au salpêtre, au soufre, aux différents articles qui ont la forme d'un instrument de guerre.
On reconnut de bonne heure la nécessité de soumettre a des règlements sévères l'exercice du droit de prise,, qui ne doit pas être indistinctement accordé à tous les navires,. et qui ne peut l'être qu'aux vaisseaux de guerre et aux armements en course. Les anciens avaient peu de lois de police sur cet objet : l'usage des guerres privées, où chacun se faisait justice contre ses ennemis, s'appliquait aux hostilités sur mer et sur terre; et comme le droit de guerre appartenait également à-tous les vassaux , qui l'exerçaient sans attendre l'aveu de leur suzerain, chaque vassal enjoignait à tous ses sujets de courir sus aux navires de son ennemi. Souvent on leur laissait la propriété entière des biens qu'ils avaient capturés; on ne les obligeait à prendre aucune lettre de marque : ils pouvaient même disposer de leurs prises, sans attendre une condamnation judiciaire.
Mais en ne soumettant à aucune loi ce genre d'hostilités maritimes, on eut bientôt à se plaindre soi-même des attaques et des actes de violence qu'on avait d'abord voulu diriger contre l'ennemi; et dès le treizième siècle, on cherchait à restreindre la course dans quelques limites. Il ne fut permis aux sujets de se faire justice eux-mêmes qu'après s'être inutilement adressés aux conservateurs de la paix.
Il leur fallut ensuite obtenir de leur gouvernement des lettres de marque pour exercer la course sur mer, ou
VILLES iKBÊÀTIQUES.
des lettres de représaillei, pour saisir sur terre les propriétés ennemies.
On exigea , dans le quinzième siècle, nue les armateurs fournissent mie caution, comme garantie de la légalité
de U'iirs actes : les règles qu'on leur
imposa furent plus exactement définies dans le siècle suivant : elles eurent pour but. non-seulement de prévenir toute violence contre lés pavillons neutres, mais de poser les bornes des droits a exercer contre l'ennemi.
Il devenait difficile défaire respecter ces limites, quand les gouvernements n'avaient pas de marine qui leur fdt propre, et quand ils se bornaient à requérir, dans un moment de besoin, les bâtiments des particuliers.
On commença d'abord par mettre ces navires sous le commandement d'un amiral, dignité qui remonte au siècle des croisades , et dont le nom était emprunte de celui des émirs.
L'amiral délivrait des lettres de marque au nom du gouvernement; et ceux qui les avaient reçues étaient autorises à courir sus a l'ennemi; leur commission les distinguait des pirates, qui n'avaient aucune autorisation, et qui attaquaient indistinctement tous les navires, soit pendant la guerre , soit au milieu de la paix.
Quoique les lettres de marque accordées par l'amiral ne pussent être employées que contre l'ennemi, il était difficile d'en régler l'usage, et souvent elles furent le fléau des puissances neutres, parce qu'elles donnaient aussi le droit de faire des visites à bord de leurs vaisseaux. Les armements en course devenaient plus nombreux à mesure que l'on espérait de plus riches captures; et lorsqu'on avait à se faire la guerre pour des intérêts de commerce, les hostilités maritimes prenaient Un caractère de rapine que celles de terre n'avaient déjà plus.
En effet on avait commencé, dans les guerres de terre, à ne pas faire porter sur les citoyens paisibles les actes de violence et de destruction.
L'ancien usage de saccager les villes
dont on s'emparait de vive fort
d'en abandonner le butin aux soldats, était généralement remplacé par une rançon ; et a ce pris (es propriétés particulières étaient épargnées. L i guerre de mer continua d'être plus
avide et plus impitoyable : tout ce qui était au pouvoir de l'ennemi put
être capturé : souvent même onde»
p Hiilia les BUJetS des puiss m -es amies, et l'on S empara sur m t des biens qu'on aurait épargnés sur terre et dans les magasins de L'ennemi.
Le nombredes armateurs s'était singulièrement accru penJant la longue
guerre de l'indépendance des Proi inceS Unies, et depuis que Maurice prince d'Orange avait armé en course les (jwax de mer, pour attaquer les navires ennemis et intercepter toute communication inaritimeentre l'Espagne et les Pays-Bas. Ces corsaires ne se bornèrent pas aux hostilités qui leur étaient permises; ils poursuivirent indistinctement tous les pavillons , tous les navires qui pouvaient leur offrir quelque proie; et il fallut de toutes parts se défendre de leurs agressions. L'Espagne s'était hâtée de faire des armements contre eux ; l'Angleterre en ordonna ensuite, ^t la France . 1 js puissances du .Nord , et les villes anséatiques , dont le commerce maritime était habituellement menacé, durent prendre des mesures pour le protéger, pour repousser les corsaires ennemis, et chercher à reprendre sur eux les marchandises dont ils s'étaient emparés. La nécessité de faire ces arm -ments lit aussi reconnaître celle d'avoir une législation plus régulière sur les prises maritimes, sur la manière de les administrer, sur les tribunaux qui devaient en connaître, sur les questions de reprises ou recoasses, et sur les autres incidents auxquels la capture d'un navire pouvait donner lieu. Si nous croyons pouvoir réduire en principes'ces règlements ou ces usages, c'est parce qu'ils ont été consacres par le temps et qu'ils se sont transmis jusqu'à nos jours.
Il a été généralement reconnu que
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le droit d'accorder des lettres de marque appartient au gouvernement du pays, et qu'il n'a pu être quelquefois remis à des autorités inférieures que par délégation du souverain.
Un navire marchand peut armer pour se défendre, sans avoir besoin de se pourvoir de lettres de marque, puisque sa destination n'est pas de courir sus à l'ennemi ; et s'il s'empare d'un vaisseau qui l'aurait attaqué, il peut obtenir de son gouvernement que la prise qu'il a faite lui soit adjugée.
Un souverain en état de guerre peut donner des lettres de marque à des étrangers et aux sujets d'une puissance neutre; mais cette puissance leur refuse souvent l'autorisation de prendre part aux armements des parties belligérantes , afin d'observer plus strictement la neutralité, et de ne pas s'exposer aux plaintes et aux agressions d'un ennemi : souvent les neutres interdisent aussi dans leurs ports toute espèce d'armement, pour le compte de l'un ou de l'autre adversaire.
Un armateur s'expose à être considéré comme pirate, lorsqu'il prend à la fois des lettres de marque de deux puissances. Si elles sont ennemies, on croit qu'il peut les trahir toutes deux en agissant tour à tour en leur nom : si elles ne sont pas ennemies, le délit est moins grand; mais il en résulte d'autres abus qui tiennent à la diversité des intérêts ; et si les instructions ne sont pas les mêmes de part et d'autre, il devient impossible de s'y conformer.
La visite des bâtiments de commerce, rencontrés en temps de guerre par un armateur en course, doit être seulement faite par quelques officiers qui s'y rendent dans un canot ; tandis que l'armateur se tient lui-même à distance, et à une portée ou demiportée de canon.
C'est par la vue des papiers de mer que la neutralité du navire et la légalité de la cargaison sont assurées. Ces papiers sont : le passe-port, l'acte de propriété du navire, lerôle d'équipage,
constatant que les deux tiers au moins des matelots appartiennent à l'État qui a donné le passe-port ou à d'autres pays neutres, les connaissements ou polices déchargement, le manifeste ou charte-partie.
Celui qui navigue en pleine mer se trouve hors de toute juridiction territoriale : s'il est arrête et pris en contravention, il devient justiciable des tribunaux du capteur; mais on a établi que les navires et les effets saisis ne deviennent la propriété légitime de celui-ci , que lorsqu'ils ont été jugés de bonne prise par l'autorité compétente.
La législation relative aux prises n'avait pas un caractère uniforme dans tous les pays; elle éprouva quelques variations dans les villes anséatiques, comme dans d'autres États; mais une ordonnance maritime, publiée en Franceen 1681, obtint bientôt par la sagesse de ses dispositions , par les questions nombreuses qu'elle embrassait et par leur lumineuse solution, toute l'autorité d'une institution européenne : elle fut généralement adoptée par les nations commerçantes, comme l'avaient été successivement et à d'autres époques le consulat de la mer, les rôles d'Oleron, les lois de Damme, le code de Lubeck et la compilation de Wisby. Tel est l'avantage des règles qui se fondent sur le droit des gens, et que toutes les nations sont intéressées à reconnaître, comme impartiales et dictées par la raison. L'ordonnance de 1681 , revêtue de cette sanction générale, déclare, dans son titre relatif aux prises, qu'aucun vaisseau ne peut armer en guerre sans commission de l'amiral; qu'un armateur doit fournir d'avance une caution pécuniaire; qu'aucun sujet ne peut, sans autorisation du souverain, prendre une commission d'un gouvernement étranger, sous peine d'être traité comme pirate; que tout vaisseau ennemi, ou commandé par des pirates et des forbans, sera de bonne prise; qu'il en sera de même d'un vaisseau combattant sous un autre pavillon que celui du souverain de qui il tient sa commission. On déclare de
bonne prise le navire dont le capitaine aura reçu une double commis* sion de deux Etats différents, et celui où il ne sera trouvé ni charte-partie ni connaissement , ni facture, route marchandise chargée sur navire ennemi peut être capturée. Si un bâtiment enlevé par l'ennemi est repris sur lui an bout de vingt-quatre heures, la capture est bonne; mais s'il est repris avant vingt-quatre heures, il est rendu au propriétaire > à laréserved'un tiers quidoit étreremis aucapteurpourdroit de recousse. La même remise et la même réserve sont ordonnées pour les navires qui auraient été repris sur les pirates , et qui auraient été réclames dans l'an et jour. Les armes, poudres, boulets et autres instruments de guerre, transportés pour le service des ennemis, sont coniiscables, dans quelque vaisseau qu'ils se trouvent. Tout navire qui refuse d'amener ses voiles , lorsqu'il a été semonce par un coup de canon chargé à poudre, peut y être forcé ; et , en cas de résistance et de combat, il est de bonne prise. Un capteur doit amener ses prises dans le port où s'est fait son armement, a moins qu'il ne soit forcé par la tempête ou par l'ennemi à se rendre dans un autre port. Il est défendu de couler à fond un vaisseau capturé , et d'en débarquer l'équipage sur une cote éloignée , afin de cacher sa prise, et l'on ne peut d'ailleurs disposer d'aucune capture avant qu'elle ait été jugée.
L'ordonnance dont on vient d'offrir l'analyse est un des honorables monuments du règne de Louis XIV ; elle tendait à protéger les neutres, tà borner les malheurs de la guerre , à les réduire aux seuls belligérants , et à maintenir entre tous les autres pays des relations utiles au rétablissement de la paix.
Plus les neutres conservent de privilèges sous leur pavillon , moins ils sont tentés de recourir à celui de l'ennemi, et d'attirer sur eux des périls, auxquels ils ne sont pas exposés s'ils naviguent sous leurs propres couleurs. La liberté de comprendre dans
la cargaison de leurs navires quelques marchandises appartenant a l ennemi ne résulte-t-elle pas d'ailleurs du droit qu'ils ontdesuivre lcur> relations de commerce avec lui, soit pardes échangea directs, soit par commission , et en se bornant a lui offrir des moyens de transport?
L 'intérêt et la prépotence maritime ont quelquefois cherché a restreindre les droits des neutres, lorsque ceuxci n'avaient pas assez de puissance pour les soutenir a main armée; mais ces infractions momentanées n'ont pas anéanti la règle ; elles en ont même fait mieux sentir les avantages; et l'on a dû reconnaître que les devoirs et les droits mutuels des nations ne peuvent pas être réglés par la force, qu'ils sont soumis au tribunal de l'opinion, et que ses arrêts ont souvent mis un frein à la violence et à l'injustice.
Les villes anséatiques se trouvèrent tour à tour dans la situation des puissants et des faibles. Lorsqu'elles avaient des forces supérieures a celles de leurs voisins, elles ne furent pas troublées dans la jouissance de leurs droits et dans l'exercice de leur commerce; elles surent profiter de leurs avantages pour les étendre encore.
Mais quand la Ligue eut été réduite à quelques villes, sa situation politique se trouva changée, elle dut éviter un conflit inégal avec des gouvernements devenus plus puissants qu'elle. L'équité, le droit des gens, les usages fondés sur la raison publique étaient son principal recours : elle sut du moins se prévaloir avec habileté de cette force morale ; elle entretint des relations de paix avec les États intéressés à sa conservation, et donna tous ses soins au commerce qui survivait à sa puissance.
Quoique la Ligue eût perdu le monopole dont elle avait longtemps joui, et quoique les négociants des autres pays eussent ouvert entre eux des relations directes , néanmoins leur concurrence n'avait pas arrêté les progrès des villes anséatiques. On avait vu se développer de toutes parts l'industrie
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et la richesse : l'accroissement du bien-être amenait de nouveaux besoins : la quantité des productions et leur aiïluence dans les marchés devaient se proportionner au nombre des consommateurs ; et à mesure que l'aisance pénétrait dans les différentes classes de lasociété, il fallait mettre à leur portée les moyens de satisfaire à leurs goûts.
Ici nous commençons à nous représenter toutes ces lignes de communications commerciales, comme un vaste réseau dont les mailles se multiplient, et qui doit s'étendre de proche en proche sur les plus lointaines contrées : les villes anséatiques avaient contribué à l'agrandir; elles l'avaient étendu sur les rivages du nord et de l'occident, et dans les principales villes de l'intérieur : la direction qu'elles avaient donnée à leur commerce continua longtemps de leur appartenir, dans les places habituellement fréquentées par leurs négociants ou leurs navigateurs.
Les Anséates ne se bornaient plus à venir échanger, dans les ports de la Manche, les marchandises du nord contre celles du midi ; ils suivaient les côtes occidentales de la France, de l'Espagne, du Portugal : le port de Sévilie était le terme ordinaire de leur navigation; et si l'on en excepte le temps des croisades , où leurs pavillons flottèrent honorablement jusque vers les côtes de Palestine avec ceux des autres nations chrétiennes, ils ne pénétrèrent que rarement dans la Méditerranée.
La piraterie des corsaires barbaresques aurait habituellement menacé leur commerce et ne lui aurait laissé aucune sécurité. Les Anséates désiraient ne pas s'engager à leur payer annuellement une espèce de rançon pour se mettre à l'abri de leurs attaques; et ils aimaient mieux ne point participer à une navigation si périlleuse. Le petit nombre, de ceux qui pénétraient dans la Méditerranée n'aurait pas pu espérer de l'ordre de Malte le même genre de protection que les navigateurs du midi de l'Europe. Cet ordre,
devenu le défenseur de tous les pavillons de la catholicité , ne Tétait pas de ceux qui appartenaient aux puissances séparées de l'Église de Home:
il vouait ses services a cette communion, et s'il porta quelquefois la tolérance jusqu'à secourir des dissidents et des hérétiques, ce fut moins pour remplir un des devoirs de sa mission que par sentiment d'humanité.
D'autres puissances, qui partageaient entre elles lecommerce du Levant, étaient intéressées à ne pas laisser établir de rapprochement entre les villes anséatiques et les Baibaresques : la Hollande ne voulut pas les comprendre dans un traité qu'elle conclut en 166:2 avec les Algériens; et les llambourgeois qui faisaient alors quelques expéditions de commerce dans la Méditerranée prirent le parti de construire deux vaisseaux de guerre pour les protéger. Ces armements ne furent que temporaires, et les avantages que pouvait en retirer le commerce ne dédommageaient pas de cette dépense : il parut bientôt plus utile de donner une direction différente aux spéculations des négociants, et de s'en tenir aux parages où leur pavillon jouissait de plus de sécurité.
Il serait difficile de parcourir successivement toutes les vicissitudes du commerce des villes anséatiques : leurs importations, leurs exportations changeaient d'objets et de nature, selon la marche de l'industrie et du commerce dans les autres pays ; la guerre y mettait souvent des entraves qui tombaient après le rétablissement de la paix; les douanes avaient des tarifs variables , et divers articles étaient tour àtour allégés ou chargés dedroits, admis ou prohibés. Sans chercher à rendre compte de toutes ces mutations, on peut remarquer du moins que le commerce des Anséates eut habituellement pour objet d'opérer l'échange des productions brutes de quelques pays avec les produits manufacturés des peuples dont l'industrie était plus avancée. Les forêts du "Nord, ses goudrons, ses chanvres, ses mines fossiles ou métalliques fournissaient
VILLES ANSKATKJI I S.
aux peuples navigateurs d'abondaates ressources pour leurs constructions maritimes et pour leurs usines : tandis que les fabriques du Midi et de l'Occident pourvoyaient aui h soins et aux
usages domestiques i\cs nations qui n'étaient encore qu'agricoles. Les relations fondées sur ee genre de spéculation étaient plus Stables et inoins exposées à des volontés \ersaliles que des échanges entre des peuples qui auraient eu des productions ou des branches d'industrie analogues. Les Anséates étaient les facteurs d'un commerce aussi fécond que varié; et les bénéfices de leurs droits de commission étaient a l'abri de toutes les variations du marché et de tous les caprices de la fortune.
Une longue expérience de la navigation et des périls qui en sont inséparables lit reconnaître aux Anséates l'utilité des compagnies d'assurances oui s'étaient formées en Hollande, et dont la sage institution fut ensuite adoptée par les autres nations maritimes. Ces compagnies s'engageaient, au moyen d'une prime, convenue d'avance entre elles et les armateurs ou les négociants, à se rendre responsables des pertes que la guerre, les naufrages ou d'autres accidents de mer pouvaient occasionner.
L'assurance devenait un contrat conditionnel et aléatoire, entre le propriétaire du vaisseau ou des marchandises et l'assureur qui prenait le péril sur lui et qui se chargeait de l'événement. Cette sorte de convention favorisait le commerce qui , sans un tel secours, n'aurait pu être exercé que par des personnes assez riches pour courir elles-mêmes les risques maritimes : mais il avait été très-diflicile d'établir .cur une base équitable les prix d'assurance : il fallait calculer les probabilités, analyser les cas fortuits, tenir compte des ecueils, des courants, des dangers plus ou moins grands de la navigation. La prime n'était pas la même dans toutes les saisons et dans tous les parages, en temps de guerre ou en temps de paix, dans les mers libres ou dans celles
qu'infestait la piraterie. Le contrat d'assurance devait exprimer si I assuré
était aime en couisc et en marchandises, s'il devait naviguer sous convoi, quels étaient les lieux ou il se rendait,
quelle était la durée de l'engagement.
Il fallait insérer dans cet acte toutes les clauses, toutes les formules propres à prévenir des supercheries.
Lorsqu'un voyage était assure, le capitaine devait se rendre, par la route usitée, au lieu de sa destination : il ne devait pas changer de direction, ou relâcher volontairement, sans y avoir été autorise; et comme l'assureur était tenu de répondre des sinistres, des dommages , des avaries qui pouvaient survenir, il fallait aussi que l'assuré n'occasionnât pas ce préjudice par sa propre faute. S'il avait imprudemment abordé un autre navire, s'il s'était engagé dans un passage dangereux, s'il n'avait pas pris de pilote cotier dans les parages où il devait le faire, lui seul était responsable des accidents qu'on pouvait lui imputer. L'assurance était un contrat de bonne foi : un principe de dol et de fraude le faisait annuler. On stipulait la prime, d'après la valeur des marchandises assurées: on prévoyait les cas où la police d'assurance pourrait être dissoute, et où l'on aurait à faire le ristourne ou la restitution de la prime, qui avait été acquittée, soit au moment même de la signature du contrat, soit aux époques dont les parties intéressées étaient convenues.
Ces transactions furent mises, dans toutes les villes de commerce, sous la sauvegarde des tribunaux et de la loyauté publique. Les garanties qu'elles offraient aux négociants les encourageaient à donner plus d'étendue à leurs spéculations, et l'accroissement de la population suivait ce mouvement progressif.
Dans tous les pays que la guerre ou d'autres fléaux avaient ravagés, on avait pris soin d'attirer de nouveaux habitants, par des concessions de terre, des réductions d'impôts, des secours pour un premier établissement. Hambourg avait fait plusieurs
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lois des conventions avec des étrangers pour fixer les bases de leur admission ; et cet exemple avait été suivi dans d'autres villes anséatiques : ailleurs on exerçait une espèce de presse sur les voyageurs, et le gouvernement les attachait au sol ou il les avait rencontrés. Les commissaires de l'électeur palatin étaient autorisés , en vertu du droit de fVlldfangiat , à retenir comme serfs les vagabonds et les hommes sans aveu qui erraient dans leurs domaines : ils arrêtèrent, sous ce prétexte, un grand nombre de voyageurs qui avaient à parcourir l'électoral, et ils exigeaient un impôt des sujets des pays voisins qui se bornaient à passer sur ce territoire pour aller s'établir dans une autre contrée. L'abus de ce droit de transit fut supprimé, en 1667, par une convention entre l'électeur et les princes voisins; mais l'ancien privilège, qui autorisait à retenir les hommes sans aveu, fut conservé; et lePalatinat continua d'acquérir ainsi de nouveaux prolétaires.
D'autres Causes valurent aux pays du Nord une augmentation d'habitants, plus utile à leur commerce et à leur prospérité. Ces causes remontent à la réformation qui avait eu , depuis un siècle, une si grande influence sur les événements politiques.
Elle avait rapproché et uni par un lien religieux plusieurs nations, qui jusqu'alors étaient divisées : elle avait mêlé aux affaires de l'Europe celles des puissances du Nord ; leur poids était entré dans la balance; et leur accession avait établi sur d'autres bases l'équilibre général si souvent interrompu. L'accord des opinions, la similitude des intérêts avaient prévalu sur les relations de famille, qui souvent unissent les souverains sans rapprocher les peuples; et les ligues catholiques et protestantes devinrent les deux grandes confédérations entre lesquelles l'Europe entière fut longtemps partagée.
Ce n'est pas que cette séparation habituelle n'ait eu quelques exceptions. On vit plusieurs gouvernements
favoriser sur leur territoire un culte religieux, et devenir en pays étranger les auxiliaires d'une autre opinion.
Ainsi l'on proscrivait en France la reformation a laquelle on prêtait des secours en Allemagne : on avait assisté la même cause dans les Provinces-Unies, lorsqu'elles étaient en armes pour conquérir leur indépendance; et l'on continua , dans les guerres qui se rallumèrenten Allemagne, à favoriser le parti de la confédération germanique.
Cette espèce de contradiction entre les alliances politiques et les doctrines religieuses était occasionnée par la différence des intérêts nationaux , par celle des langues, des institutions, des rapports de commerce. Les hommes, les peuples que désunissaient des opinions religieuses contractaient cependant ensemble des fraternités sociales. L'intérêt de l'État auquel ils devaient leurs services mettait leur conscience en repos; et leur situation pouvait s'expliquer par une réponse de Turenne qui, ayant abjuré, en 1668, la religion réformée, avait cependant à soutenir en Allemagne la cause des princes protestants : « Je suis devenu catholique, disait-il, mais mon épée est restée calviniste. »
Ce mélange de religion, qui existait alors dans les camps des alliés, y introduisait aussi la tolérance , et l'on se trouvait rapproché les uns des autres par la communauté des périls et par la discipline militaire ; mais on ne remarquait pas dans l'administration intérieure de quelques États le même esprit de conciliation; et les dissidences religieuses que l'on se pardonnait sous la tente étaient persécutées dans les villes.
Les poursuites dirigées en France contre les réformés en firent expatrier un grand nombre : ils se réfugièrent en Angleterre, en Hollande, dans plusieurs États d'Allemagne où leur culte était admis , et les contrées qui recueillirent une partie de ces émigrés s'enrichirent d'une population laborieuse.
VILLES ANSÉATIQU-.S.
Un certain nombre de calvinistes , encore chancelants dans leurs opinions, avaient été ramenés ;ui catholicisme; mais leur conversion était douteuse. On crut, en France, pouvoir la li\er par des lois pénales; et Ton rendit, en IMG, une ordonnance pour enjoindre de punir avec rigueur tous les relaps qui , après avoir abjuré le calvinisme, l'auraient embrassé de nouveau. Cette loi effraya les réformés ; elle leur fit craindre d'autres persécutions, et le nombre des exilés volontaires s'accrut de jour en jour.
On reprit avec zèle en 1675 la conversion des dissidents. Des missionnaires furent envoyés dans les provinces; et , pour encourager cette œuvre dans la classe pauvre, ou facile à gagner par l'appât de quelques secours, le gouvernement accorda des gratifications aux convertis : on consacrait à cette prime un tiers des revenus de la caisse des économats : une foule d'hommes sans aveu allaient abjurer entre les mains des distributeurs; et quelquefois ils se présentaient successivement à plusieurs bureaux de conversion , pour y renouveler une profession de foi dont le tarif leur était connu.
Quand cette fraude hypocrite eut été remarquée , on rendit plus rigoureuses les lois prononcées contre les relaps, et l'on ordonna leur bannissement et la confiscation de leurs biens. Les dissidents qui n'avaient pas varié dans leur croyance éprouvèrent eux-mêmes d'autres persécutions : ils furent exclus de leurs emplois dans les parlements du midi, dans les finances, dans la plupart des charges qui tiennent aux tribunaux. On défendit les mariages mixtes entre les personnes de communion différente : les enfants furent autorisés à se convertir dès l'âge de sept ans, et à se soustraire à l'autorité paternelle : on commença la démolition des temples : on affranchit du logement des gens de guerre les hommes qui se convertissaient; et les fureurs des dragonnades atteignirent tous les autres : elles devinrent si excessives, que les religionnaires pre-
naient la fuite de toutes parts, pour aller jouir en pays étranger des avantagea qui leur étaient offerts.
Le gouvernement crut arrêter le cours de cette émigration, en menaçant des galères les fugitifs que l'on pourrait atteindre. Alors le sentiment d'un danger commun détermina les calvinistes à se concerter sur quelques mesures de conservation. Leurs députés s'engagèrent en leur nom à persévérer dans la réforme, à s'assembler de nouveau, soit dans les temples interdits mais restés debout, soit sur les ruines des temples abattus, et même au milieu des déserts, s'ils ne pouvaient pas se réunir avec sécurité dans les villes. Le Languedoc, les Cévennes, le Vivarez, le Dauphiné étaient les provinces où il se trouvait le plus de calvinistes; on y envoya des troupes qui se jetèrent en fureur sur les rassemblements. Le nombre des conversions parut s'accroître; mais les religionnaires n'attendaient qu'un moment favorable pour les révoquer ; et le gouvernement , ne pouvant plus croire à leur sincérité, mit enfin le sceau à ses rigueurs , en proclamant, le 22 octobre 1685, la révocation de l'éjdit de Nantes. Ce nouvel acte prohibait l'exercice public de la religion réformée. Les ministres devaient être bannis, les derniers temples abattus, les enfants des calvinistes et des nouveaux convertis soustraits à leurs familles, et recueillis dans des collèges et des hôpitaux. Les assemblées du désert furent prohibées et dissoutes par la force. D'un côté, on punissait de mort les pasteurs exilés qui rentraient en France; de l'autre, on condamnait aux galères les proscrits arrêtés sur la frontière au moment où ils s'expatriaient. Ces violentes mesures n'arrêtèrent cependant point l'émigration : une immense frontière ne pouvait pas être exactement gardée, et l'on trompait la surveillance des postes militaires. Plus de cinq cent mille hommes quittèrent la France pour échapper à cette persécution en
religieuse, et pays étranger la
pour retrouver liberté d'exercer
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leur culte et d'obéir à leur conviction- Le nombre des calvinistes qui restaient en France était encore assez considérable pour y rallumer une guerre religieuse: elle éclata en 1701 dans le Languedoc et les Cévennes. Les Camisards , ainsi nommés du genre de vêtement qu'ils avaient adopté pourse rallier, étaient conduits par de fanatiques prophètes, qui les animaientspécialement contre le clergé et les ordres religieux : ils attaquèrent ensuite les percepteurs des impots et toutes les autorites publiques. On répondit à leurs cruautés par de terribles représailles. Il fallut envoyer contre eux des troupes nombreuses ; et cette guerre , assoupie et rallumée à plusieurs reprises, occupa tristement les dernières années d'un règne qui, dans ses plus beaux jours, avait répandu sur la France tant d'éclat et de gloire.
Une partie des religionnaires, qui avaient quitté ce royaume après la révocation de Ledit de Nantes, espéraient trouver un asile dans les villes anséatiques; mais ils étaient calvinistes, et les pasteurs luthériens, soulevant contre eux l'opinion du peuple, empêchèrent qu'ils ne fussent admis.
Ces exilés , que le malheur rendait si dignes d'intérêt, et qui auraient acquitté par leurs services le prix de l'hospitalité qu'ils réclamaient, allèrent porter ailleurs leur industrie. Le Brandebourg en reçut un grand nombre : d'autres obtinrent à Altona l'accueil que Hambourg leur refusait :
tous les cultes y étaient admis; chaque communion avait ses temples; et les catholiques, les luthériens, les calvinistes et d'autres dissidents pratiquaient librement à Altona leurs cérémonies religieuses.
Altona, simple villagedans l'origine, était devenu une bourgade, appartenant aux comtes de Schauenbourg :
le roi de Danemark en avait hérité en 1640, ainsi que de la seigneurie de Pinneberg, et ce bourg fut érigé en ville en 1664. Hambourg avait autrefois négligé d'étendre dans cette région les limites de son territoire,
lorsqu'on n'y trouvait encore que des forêts et des terres vagues, sans population et sans culture : l'occasion de les occuper ne se retrouva plus : les champs avaient reçu des cultivateurs :
la navigation de PKIbe attirait le commerce , et la colonie qui vint se former dans le voisinage de Hambourg ne fut séparée de cette ville que par un plateau élevé qui dominait l'un et l'autre port. Le gouvernement danois désira profiter de cette position, pour attirer à Altona une partie du commerce et de la navigation de Hambourg : on y établit des chantiers de construction, des tanneries, des fabriques de toiles et de draps, différents ateliers de ferronnerie, des magasins pour le commerce d'entrepôt et de commission : le havre fut agrandi : la plupart des marchandises n'eurent à payer aucun droit d'entrée et de sortie ; et les franchises accordées aux négociants accrurent promptement le mouvement du port et la population.