‹ Villes anséatiquesChapitre 24 sur 51 · RELIGIEUX.. — ANTHOSITÉ CONTRE LES JUIFS · texte numérisé non relu

RELIGIEUX.. — ANTHOSITÉ CONTRE LES JUIFS

— Rapprochement du sénat et de la bourgeoisie.— remarques sur la naviga- TION de l'Elbe et sur l'activité des grandes pêcheries. — Premiers événemknts du règne de Charles xii et de celui de Piekre Ier. — Expéditions de Charles xii.

INFLUENCE DE SES GUERRES SUR LE COMMER- CE des Anséates. — Relations qu'ils conservent A\ EC DaNTZIG. — NOU V EAUX TROU- BLES de Hambourg , et règlement pour les apaiser. — Ravages de la peste dans les villes anséatiques. — Différends de Hambourg avec le Danemark. — Prise de stade par les Danois. — Leur défaite a Gadebusch. — Incendie d'Altona. — Retour de Charles xii en Suède. —Événements DE LA GUERRE. — CHARGES IMPOSÉES AUX ANSEATES. — LEURS TRAITÉS DE COM- MERCE avec la France. — Mort de Charles xi i. — Condamnation de son ministre

LE COMTE DE GORTZ. — RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX ENTRE LA SUÈDE ET LES AUTRES PUISSANCES.

Les mesures prises en Danemark

VILLES ANSfcATIQUES.

pour accroîtra l'autorité royata étaient d'un contagieux exemple : elles eoïncidatent avecVépoque ou Charles II avait été rétabli en Angleterre , où Louie \ i\ jouissait en France d'un pouvoir absolu , et où la tendance à renforcer la puissance royale se faisait remarquer dans d'autres monarehies. (Hoiries XI, roi de Suède, ayant atteint en IC70 sa majorité, préparait une révolution semblable: il s'attachait à détruire les privilèges du sénat, qui formait un corps puissant entre le roi et les états généraux, et qui portait également ombrage au monarque et aux différents ordres. Ces états se prononcèrent eux-mêmes contre l'ambition du sénat; ils réduisirent ses attributions, et le roi resta le maître de choisir et d'indiquer les affaires sur lesquelles il aurait à le consulter. L'autorité royale se trouvait alors sans contre-poids ; elle devint plus absolue; et des commissions particulières, qui relevaient du gouvernement seul, turent chargées de faire des enquêtes sur les dilapidations commises pendant la minorité du roi et pendant la dernière guerre : elles furent également autorisées à faire rentrer dans le domaine de la couronne un grand nombre de terres féodales ou allodiales qui en avaient été démembrées, soit en Suède, soit dans les provinces d'Estbonie et de Livonie.

Cette révolution eut lieu en 1682; et dans la même année, le czar Foedor Alexiewitz réduisit les prérogatives des anciennes familles russes, qui ava ient eu jusqu'à lors le droit d'occuper seules les principaux emplois civils et militaires. Un grand conseil fut convoqué à Moscou : on avait prescrit à tous les personnages illustres de se rendre dans cette capitale , et d'apporter avec eux leurs titres de généalogie et tous les actes qui constataient leurs rangs. Les intentions du czar furent appuyées par le patriarche et par la majorité des membres du clergé et de la noblesse, qui faisaient partie de cette réunion; et le conseil ordonna l'abolition des droits exclusifs et héréditaires. On fit brûler sur la place

du paJaèfl tous les registres que i.s

familles avaient apportés. La patriarche prononça Pana thème contre les hommes qui désapprouveraient

cette mesure, si deux ordres de noblesse turent ensuite crées parle czar.

Ce monarque lit inscrire dans un registre les nobles de première elasss,

et les plus anciens s'y trouvèrent compris; mais il leur ordonna de servir dans les différents postes ou ils seraient places, et d'avoir a en parcourir la hiérarchie, sans se prévaloir des grades et <\es emplois supérieurs qu'avaient occupés leurs ancêtres.

Cette mesure permit de conférer an plus dignes les charges publiques, dont quelques familles s'étaient fait jusqu'alors un patrimoine: elle rétablit plus de subordination dans les différents degrés du commandement et dans les rapports mutuels des autorités.

La puissance royale s'était accrue dans les trois monarchies du Is'ord , en abaissant les autres pouvoirs qui l'avaient entravée. On n'eut pas à craindre dans les villes anséatiques les mêmes causes d'agitation ; mais on y était exposé à d'autres mouvements intérieurs. Le gouvernement cherchait plutôt à se maintenir qu'a se montrer agresseur; et, s'il se manifostait quelques troubles, ils tendaient en général à faire prévaloir la cause et les intérêts populaires. L'exercice de l'autorité publique était souvent très-difficile : il le devint à Hambourg en 1G82 ; et cette ville fut livrée aux plus vives commotions par un parti nombreux qui désirait réduire les attributions du sénat et celles du collège des anciens. L'animosité de la bourgeoisie venait d'éclater contre Nicolas Krull, qui avait été nommé sénateur, après avoir été président de ce collège. On l'accusait d'avoir sacrifié à l'Empereur les intérêts et l'indépendance de sa patrie, et d'avoir détourné i'emuloi des deniers publics. Le peuple insista près du sénat pour obtenir la destitution de Krull :

il n'eut aucun égard aux mandats qui prescrivaient le rétablissement de ce

L'UJNIVERS.

magistrat et annulaient toutes les poursuites dirigées contre lui; et, après de longues discussions sans résultat, l'Empereur remit, en 1683, au ducdeLunebourget au gouvernement de Brème le soin de pacifier les différends qui s'étaient élevés entre le sénat et la bourgeoisie. Cependant le peuple était loin de se calmer: il avait a sa tête deux agitateurs, Snitger et Jastram, qui l'excitaient à la révolte : ceux-ci exigèrent que le bourgmestre Meuring, dont ils soupçonnaient la fidélité, se démît de ses fonctions: ils furent encore plus irrités, lorsqu'ils apprirent que Meuring était protégé par l'empereur Léopold, et ils n'eurent pas plus égard à une sentence impériale qui le réintégrait, qu'à celle qui avait été rendue en faveur deKrull.

Le duc de Lunebourg, chargé de prendre , en sa qualité de directeur de la basse Saxe, des mesures pour réduire les mécontents, fit alors avancer dans la Fierlande et jusqu'aux portes de Hambourg quelques forces militaires; et le roi de Danemark, croyant le moment favorable pour faire revivre d'anciennes prétentions sur cette ville, vint lui-même, à la tête d'un corps d'armée, offrir ses secours aux habitants. Mais la crainte de recevoir un tel protecteur eut bientôt rallié tous les partis : ils songèrent à défendre leurs murailles contre les Danois, qui voulaient y pénétrer de vive force; et, comme ils avaient besoin de troupes étrangères, ils admirent celles qui leur étaient envoyées de Lunebourg : ils en reçurent d'autres du Hanovre, du Brandelxmrg, du duché de Brème; et les Danois, qui dirigeaient leurs principales attaques contre le fort de l'Étoile, furent repoussés à plusieurs reprises par sa garnison et par celle de la place. Le siège avait commencé le 21 août 1686, il fut levé le 10 septembre ; et la paix entre Hambourg et le Danemark fut rétablie par un nouveau traité. La faveur publique avait abandonné les deux factieux Snitger et Jastram : on les accusa d'avoir eu des intelligences

avec l'ennemi , lorsqu'il était campé sous les murs de la ville; et ces hommes, qui avaient régné sur Pespritde la multitude, furent chargés de ses malédictions, et conduits par elle au supplice.

Les Danois avaient également menacé l'indépendance de Lubeck , et quelques-uns de ses navires avaient été arrêtés à Copenhague; mais des médiateurs intervinrent dans ce démêlé : Christiern V consentit à la restitution des vaisseaux, et l'on obtint de lui, par quelques sacrifices, la cessation des préparatifs de guerre qui avaient déterminé cette ville à se mettre en état de défense.

Le roi de Danemark avait alors de plus graves différends dans sa propre famille. Le duc de Holstein- Gottorp , son beau-frère, saisissait toutes les occasions de s'affranchir des liens de vasselage auxquels on voulait l'assujettir. Ses droits de souveraineté n'avaient été qu'imparfaitement reconnus : on l'attaqua plusieurs fois sous différents prétextes ; il fut même dépouillé de ses États ; et ce prince s'était enfin retiré à Hambourg; mais il avait eu recours à l'assistance de plusieurs gouvernements étrangers : la Suède et les Provinces-Unies étaient disposées à le défendre; et les Danois consentirent enfin à son rétablissement, par un traité signé à Altona, le 20 juin 1687. Ce traité assura au nord de l'Europe quelques années de paix; et le Danemark et la Suède contractèrent même bientôt une plus étroite alliance. On répandit que Christiern V et Charles XI allaient profiter de ce moment d'union, l'un pour attaquer Hambourg, l'autre pour s'emparer de Brème ; mais les projets hostiles qu'on leur attribuait ne se réalisèrent point.

Durant ces troubles intérieurs, d'autres orages avaient éclaté dans les régions du midi. L'empereur Léopold avait à poursuivre la guerre contre les Turcs, qui occupaient encore une grande partie de la Hongrie , et il eut besoin, en 1683, des généreux secours de Sobieski, dont la valeur força

l'armée du grand \i/.ir à lever précipitamment le siège de Vienne. Dans une situation si périlleuse, toutes les forces de l'Autriche et de l'Empire se dirigeaient vers les frontières des

f>A\s si fréquemment menacés par es Musulmans. Ce n'était pas seulement la cause de L'Allemagne, c'était celle de la chrétienté qu'on croyait servir. Les mers étaient intestées par des corsaires barbaresques, et la France avait eu à diriger plusieurs expéditions contre Alger, Tunis et Tripoli, pour protéger son commerce, et toréer à la paix chacune des trois régences. Venise avait repris les armes contre les Turcs , et François Morosini s'était glorieusement vengé de la perte de Candie par la conquête du Péloponèse. Les Polonais recommençaient la guerre contre les Tartares de Crimée, auxiliaires habituels de la Porte Ottomane, et les Moscovites allaient eux-mêmes les attaquer vers les rives du Borysthène.

La guerre s'était dirigée vers l'orient et le midi ; elle couvrit bientôt l'Europe presque entière, lorsque Guillaume , prince d'Orange, devenu roi d'Angleterre, entra, en 1689, dans l'alliance formée contre la France par les deux branches de la Maison d'Autriche, l'Empire, la Hollande et la Savoie.

Il fallait aux gouvernements des villes anséatiques autant d'habileté que de vigilance pour échapper à tous les périls de leur situation. Si leur qualité de villes impériales leur assurait une protection habituelle contre les prétentions de leurs voisins, elle leur imposait aussi des sacrifices, quand l'Empire était en guerre avec d'autres puissances; et ces renouvellements d'hostilités n'étaient que trop fréqupnts. Lorsque la paix de Rvswick eut été rompue , et que Louis XIV, si souvent agresseur, eut à soutenir la guerre contre ses nombreux ennemis, Tempereur Léopold réclama du sénat de Hambourg, en 1690, l'éloignement de l'envoyé français qui résidait dans cette ville. Un refus aurait exposé les habitants au séquestre de toutes leurs pro- 18e Livraison. (Villes anséatiques.)

priétéfl dans l'Empire, et il fallut céder à Cette injonction; mais le renvoi du

ministre <le France les exposa bientôt a

d'autres pertes, lue escadre, commandée par Jean Harth, vint croiser a l'embouchure de l'Elbe, et s'empara SUC sivement des navires qui revenaient de la pèche du Groenland. On retint les capitaines prisonniers; ils furent emmenés à Dunkerque, et ne recouvrèrent leur liberté que lorsqu'on eut reçu le prix des navires et de leurs cargaisons. Les entraves mises au commerce de Hambourg gênaient également celui de Brème; car l'entrée du Wéser et celle de l'Elbe pouvaient être interceptées par les mêmes croisières.

Les pertes que faisait le commerce de Hambourg rendaient plus turbulentes les classes d'artisans, qui ne vivent que de leur travail, et celle des gens de mer. que la stagnation du portlaissait sans emploi. Les dissensions intérieures se renouvelèrent ; mais elles prirent un caractère diffèrent : les mécontents n'avaient besoin que d'un signal ; ils se rallièrent autour de quelques chefs qui cherchaient à exciter des querelles religieuses.

Il semblait que les principes de tolérance dussent être favorisés pardes relations de commerce qui s'étendaient à tous les peuples, sans acception de dogmes et de rites. Néanmoins, l'église dominante suscita quelquefois des persécutions aux autres croyances.

La très-grande majorité des habitants de Hambourg était luthérienne; les pasteurs de cette ville avaient fait refuser aux calvinistes l'autorisation d'y avoir un temple , quoiqu'ils offrissent une somme considérable pour jouir de ce privilège ; et ils étaient tenus d'exercer leur culte et d'avoir leur cimetière hors des murs. A la même époque, les catholiques n'avaient pas d'église : ce ne fut qu'en 1676 que le résident impérial fit ouvrir pour eux une chapelle dans la Fuhlen-twiet : mais les pasteurs luthériens virent avec regret cette innovation ; et ils en furent d'autant plus mécontents, qu'un certain nombre de protestants, gagnés par les prédications de quelques missionnaires

I/UN1VERS

catholiques , abjuraient les dogmes des réformateurs, pour rentrer dans Je sein de PÊglise romaine. On peut mettre au rang de ses plus zélés apôtres Nicolas Sténon. né à Copenhague en 1638 : il avait d'abord fait des études en médecine et en anatomie , et avait accru ses connaissances dans plusieurs universités de Hollande, de France, d'Allemagne et d'Italie, où le grand-duc de Toscane, Ferdinand II, l'avait accueilli avec bienveillance.

Sténon était luthérien, mais il s'était lié en France avec Bossuet ; il avait eu avecd'autres ecclésiastiques de longues conférences sur les principes de la foi, et il se convertit, en 1 GG9, au catholicisme. Cen'était point assez pourunnéophyte si fervent : il fut admis, huit ans après, au sacerdoce; et le pape Innocent XI, informé de sa piété et de son mérite, le nomma bientôt évêque inpartibus, etl'envoya, comme vicaire apostolique, dans le pays de Hanovre. Son zèle, ses bons exemples y multiplièrent les conversions, et il obtint du prince l'érection d'une église. Sténon devint ensuite suffragant de l'évêque deMunster; et, après la mort de ce prélat, il vint résider à Hambourg, où il se livra aux pénibles travaux de la parole et de la doctrine. Déjà on l'avait vu, dans ses précédents pèlerinages, parcourir les campagnes, aller d'une villeàl'autre, répandant ses charités et se refusant tout pour lui-même : il continua de se vouer aux conversions, à l'enseignement religieux, et d'être le guide éclairé des prédicateurs placés sous sa direction. Le duc de Mecklembourg lui permit de formera Schwérin un établissement pour lui et ses missionnaires. Sténon se rendit dans cette ville en 1685 : il y suivit avec le même zèle ses pieux travaux ; il donna de constants exemples de charité chrétienne et d'humilité; et, succombant enfin aux fatigues du saint ministère, et à des infirmités qui s'étaient aggravées de jour en jour, il mourut vers la fin de l'année suivante.

Les catholiques de Hambourg avaient obtenu de la tolérance , et ils n'espéraient pas davantage; mais

le clergé luthérien était devenu assez

fmissant pour entrer en rivalité avec e sénat : il prétendait avoir un tribunal , auquel serait déférée la connaissance des causes qui pourraient intéresser les mœurs : il voulait , comme autorité religieuse, avoir la préséance sur les autorités civiles ; et après avoir attaqué leur juridiction , il s'était lui-même divisé en deux partis : l'un soutenait l'excellence du dogme, l'autre préférait la pratique des bonnes œuvres. Le pasteur Mayer, homme intolérant et* emporté, était à la tête du premier parti : il avait pour antagoniste le pasteur Horbius; et se voyant appuyé par la multitude , qui se passionne aisément, il persécuta son adversaire et parvint à le faire bannir.

Cependant l'éloignement d'Horbius ne suffisait pas pour rétablir le calme : on continuait de part et d'autre des prédications sur la pratique ou sur le dogme : les factions politiques se joignaient à ces controverses religieuses; le sénat et la bourgeoisie étaient divisés plus que jamais; et ils ne songèrent à se rapprocher que lorsqu'ils eurent été prévenus des mesures qui allaient être prises par l'Empereur pour réduire les mécontents. L'amour de l'indépendance leur fit craindre l'intervention de ce monarque ; et le sénat, la bourgeoisie, les pasteurs ecclésiastiques aimèrent mieux consentir à un arrangement volontaire que de s'exposer aux injonctions d'un médiateur armé. L'accord qu'ilsfirent entre eux n'était pas propre à concilier tous leurs différends : la bourgeoisie devenait plus exigeante : elle voulut que les membres du collège des Anciens , chargés de veiller au maintien de ses franchises, ne pussent être ni révoqués sans son aveu , ni élevés au rang de sénateurs; et en affermissant l'indépendance et l'autorité de ce corps intermédiaire , elle aspirait de plus à restreindre les droits du sénat : elle l'obligeait de souscrire à la déposition de quelques-uns de ses membres : elle s'attribua même le droit de nommer un sénateur; et

soutint que tous los pouvoirs resiliaient clans l'assemblée de la bourgeoisie, que l'exercice de Unîtes les magistratures et de tontes les autorités n'était de sa part qu'une délégation.

Des poursuites dirigées contre les juifs vinrent, en 1696, donner un nouvel aliment aux discordes civiles.

Nous avons vu qu'un grand nombre de juifs portugais avaient été accueillis a Hambourg, et que leurs capitaux, leur industrie y avaient donne plus

d'activité au commerce. Ceux qu'on

y avait admis jouissaient d'une juridiction qui leur était propre: ils avaient des écoles, et ils exerçaient paisiblement, sous l'autorité des rabbins, leur culte et leurs professions , lorsque les juifs allemands, profitant de la faveur accordée à leurs coreligionnaires, parvinrent à consolider euxmêmes leurs établissements. Le clergé luthérien leur était contraire : "il chercha plusieurs fois à les faire expulser; et n'ayant pu obtenir du sénat leur bannissement, il parvint du moins, en 161)7. à faire t'-llement aggraver leurs charges pécuniaires et les conditions de leur résidence, que la plupart d'entre eux se décidèrent à vendre leurs biens, à retirer de la banque leurs capitaux , et à quitter une ville où ils cessaient de jouir de la protection des lois. Cette persécution ne pouvait être que temporaire :

le sénat avait reconnu l'utilité de leur coopération à toutes les entreprises du commerce ; et lorsqu'ils furent rappelés, l'espérance d'un meilleur sort les attira de nouveau dans cette capitale.

On ne peut, sans un vif sentiment d'intérêt, suivre à travers les siècles ce peuple, sans territoire et sans patrie , qui dès les premiers temps du christianisme est errant, dispersé, et remplit laterre de ses malheurs. Constamment animé d'un même esprit , il conserve dans ses habitudes nomades toute sa nationalité : les persécutions aux quelles il est en butte resserrent ses liens : les familles proscrites ne s'unissent qu'entre elles; un senti-

ment religieui leur en fait d'ailleurs un devoir; et le temps, oui use tontes

les institutions, toutes les (haines , semble néanmoins donner plus de

forée a eellesqni leur furent impoi

On était encore éloigné de l'époque où la tolérance suivrait le progrès des lumières , ou la qualité d'homme p;i>ser.nt axant toutes les ;iutres, et où la consciente serait considérée comme un sanctuaire inviolable. Les juifs étaient mis en dehors de la société :

souvent on les condamnait à porter les couleurs et la livrée de leur ostracisme, et ils étaient, dans les temps d'orage , personnellement désignés aux persécutions. Sans doute on aurait plus aisément obtenu leur fusion avec les autres classes d'habitants, en faisant disparaître ces marques distinctives, et en rendant plus uniformes les charges publiques; mais, à cette époque, le sénat ne pouvait leur prêter aucun appui, et la décision desaifaires dont on le dépouillait était abandonnée aux capricieuses délibérations de la multitude : celle-ci ne voulut pas, en 1697 , autoriser l'admission de Israélite ïexeira, que le roi de Danemark avait choisi pour résident.

La bourgeoisie étendait chaque jour ses attributions : elle procéda elle-même au remplacement de deux sénateurs, et exigea la destitution d'un troisième qu'elle soupçonnait de malversation. Plusieurs Vois elle lit fermer les portes du palais où le sénat était réuni , jusqu'à ce qu'il eût accédé à ses demandes : ses réclamations étaient souvent irréfléchies : les citoyens modérés et paisibles, ne pouvant plus influer sur ses opinions , avaient pris le parti de se tenir a l'écart, et ne voulaient plus s'associer à de si tumultueuses délibérations. Le sénat, réduit à protester contre la violence, attendait que des commissaires impériaux vinssent à son aide; c'était une espèce d'épou vantail qu'il essayait encore d'opposer aux séditieux; et comme la multitude , déjà aguerrie à cette menace, ne renonçait à aucune de ses prétentions exagérées, les commissaires de l'Empereur se rendirent

L'UNIVERS

à Hambourg en 1608 pour y remplir leur mission.

Il régnait une telle division entre le sénat et la Bourgeoisie, que l'intervention de cette autorité médiatrice était devenue inévitable. Les commissaires se concertèrent avec le collège des Anciens, qui, pouvant influer sur les délibérations de la bourgeoisie et du sénat, désirait prévenir entre eux une complète rupture. Le peuple semblait fatigué de ses propres agitations : il reconnut le besoin de rendre ses assemblées moins fréquentes; et la bourgeoisie consentit à être représentée, dans les délibérations ordinaires , par une députation de cinquante membres, dont dix appartiendraient à chacune des cinq paroisses. Cette députation eut à examiner les griefs et les prétentions mutuelles des différents corps de l'État; et le sénat et la bourgeoisie, qu'elle parvint à réconcilier, adoptèrent, en 1700, un recez qui eut spécialement pour but de mieux assurer l'administration de la justice et celle des revenus publics, de rendre au sénat le droit d'élection dont il avait été momentanément privé, de déterminer le genre d'affaires qui devaient être déférées aux collèges ou à la bourgeoisie, de faire reviser, tous les trois ans, les comptes des différents fonctionnaires par un collège à la formation duquel concourraient les sénateurs , les anciens et les bourgeois.

Cet arrangement parut satisfaire et calmer tous les esprits : le gouvernement de Hambourg put appliquer ses vues à d'autres objets , et il consacra aux intérêts publics et à ceux de la marine et du commerce les moments de tranquillité qui lui étaient rendus.

Les mesures qu'il prit pour donner à la navigation de l'Elbe plus de sécurité, méritent d'être rappelées d'une manière spéciale.

On établit des sociétés de pilotes, qui avaient à subir un examen rigoureux avant leur admission : ils devaient s'exercer habituellement à pratiquer des sondages dans le lit du fleuve et entre les bancs placés à

son embouchure , afin de connaître la ligne de navigation la plus assurée.

Ces épreuves sont d'autant plus nécessaires , que le niveau et même la situation de quelques bancs de sable sont variables , et obéissent à l'action des vents et des eaux. Le flux rend navigables différents points où le reflux laisse le sol à découvert ; et une expérience habituelle permet seule de tenir compte de ces variations.

Deux bâtiments côtiers étaient spécialement chargés de croiser hors des bouches de l'Elbe, pour envoyer des pilotes aux navires qui réclameraient leur assistance. On était tenu de recourir à eux; et l'on n'en était pas même dispensé , lorsqu'on avait pris un pilote dans l'île de Héligoland ; car les périls de l'entrée du fleuve étaient plus grands que ceux des parages maritimes où l'on venait de naviguer. Dès qu'un piloteavait été admis à bord d'un vaisseau , le soin de le conduire lui appartenait exclusivement, et le capitaine et l'équipage devaient obéir à ses directions : aussi, il devenait responsable de tout accident causé par négligence ou impéritie; et la punition qu'il encourait, en cas de bris ou de naufrage, était portée quelquefois jusqu'à la peine capitale.

Les bâtiments venus de la haute mer rencontraient en avant de l'entrée du fleuve un navire à l'ancre, qui servait de signal : leur route était ensuite indiquée par les phares placés dans l'île de Neuwerk, et allumés depuis le 14 septembre jusqu'au 1er mai , à l'exception du temps où la navigation est entièrement fermée par les glaces. On découvrait successivement, depuis l'embouchure du fleuve jusqu'à Hambourg, une longue suite de bouées et de cônes flottants ; et chacun de ces signaux était retenu par une longue chaîne , à l'autre extrémité de laquelle était un bloc de pierre qui gagnait le fond et y restait assujetti. De simples mâts ou d'autres balises surmontées d'un pavillon servaient également de guide :

enfin plusieurs tours et plusieurs fa-

MLLES ANSÊAT1QUES.

naux avaient été érigés à Cuxhaven,

ou sur d'autres points; et les pilotes jugeaient , par la position de ces si gnaux et par Leurs différente aspects,

de la direction qu'ils avaient à suivre. Ces fanaux étaient pour eux ce que sont les corps planétaires pour les astronomes, qui mesurent par leur conjonction, ou leurs distantes, ou leurs phases variées, le cours du temps et les différents phénomènes du ciel.

Les frais d'entretien étaient considérâmes; mais le gouvernement de Hambourg les avait pris à sa charge, et comme une condition attachée aux privilèges dont il jouissait surla navigation de l'Elbe. Le soin de faciliter celle du Wéserétait également confié aux magistrats de Brème : on fit stationner à l'entrée du fleuve un navire à signaux : une suite de bouées et de balisesfut placée le long de son cours, depuis le confluent de la Geeste jusqu'à la mer, et l'on prévint par des digues l'inondation des terres basses, voisines de son embouchure.

Ces prudentes mesures n'avaient cependant écarte qu'une partie des entraves de la navigation. Un droit de péage avait été étaoli à Gluckstadt par le gouvernement danois, et l'on prétendait y assujettir tous les vaisseaux qui remontaient l'Elbe. Les Hambourgeois se plaignirent de cet impôt, et ils- s'adressèrent à l'Empereur, pour en obtenir la suppression, quien effet leur fut accordée. Mais la Suède, maîtresse du duché de Brème , dont Stade est la place la plus importante, y avait également établi un droit de péage. Il fallut conclure un arrangement avec Charles XI, pour régler et modérer le tarif d'une taxe dont on ne pouvait pas s'affranchir. Cette convention fut confirmée en 1692 par leséditsdu roi de Suède et du sénat de Hambourg ; et les dispositions en furent aussi appliquées au pavillon de Brème, par un autre rescrit que le roi fitpublier l'année suivante.

Les pêcheries occupaient alors un grand nombre de navires, expédiés des ports de Brème, de Lubeck,de

Hambourg surtout; mais cette branche de navigation et de commerce était quelquefois interrompue pendant leurs démêlés avec les gouvernements

voisins. Une ordonnance danoise, du 25 février 1691, avait interdit aux Anséates la pèche des parages du Groenland : elle fut révoquée, au mois d'août de l'année suivante, par une convention qui leur rendit le droit de naviguer et de pêcher dans le détroit de Davis, où le Danemark avait plusieurs établissements.

La pêche la plus lucrative était celle de la baleine; mais elle était la plus difficile; et plusieurs siècles d'exploitation avaient diminué l'abondance de cette classe de cétacés qui n'ont que deux portées par an, et qui ne produisent à chaque fois qu'un seul petit. On ne les rencontrait plus sous les mêmes latitudes; il fallait se rapprocher du Nord , à mesure que la consommation de la pêche excédait la reproduction; et cette nécessité augmentait les périls des bâtiments baleiniers; car ils avaient à fréquenter des parages plus brumeux, plus exposés aux tempêtes, aux naufrages, au chocdes glaces flottantes et des Banquises. Ces obstacles n'arrêtèrent point les navigateurs anséates; et la pêche de la baleine , son huile, ses fanons, le parti que le commerce et les arts pouvaient tirer de toutes ses dépouilles, occupaient un grand nombre d'hommes et multipliaient leurs ressources.

Les Anséates avaient autrefois des relations habituelles avec l'Islande.

Les marchandises qu'ils en exportaient étaient des poissons, surtout des harengs, des morues, des cabillauds : ils en tiraient aussi des salaisons, des huiles, des pelleteries, des duvets d'édredon, du soufre natif , différentes espèces de vêtements et d'étoffes, foulées comme le feutre, ou tricotées et tissues à l'aiguille.

On importait en Islande du fer, du bois, de la farine, des vins, du sel, de l'eau-de-vie de grains, des toiles, quelques soieries. Le prix de ces objets ne s'acquittait pas en argent monnavé

L'UNIVERS

mais en poisson. Un poisson de deux livres équivalait à un schellingde Lubeck. On se réglait sur les poids et les mesures de Hambourg, et il s'était formé dans eette ville une confrérie de marchands d'Islande.

Le Danemark, après avoir longtemps permis aux Anséates lecommerce de cette île, voulut se le réserver exclusivement; mais les bâtiments pêcheurs qui fréquentaient ces parages continuaient d'en extraire des marchandises de contrebande, et on les apportait à Bergen, où elles étaient achetées par les commis du comptoir des villes anséatiques : de là elles étaient expédiées à Lubeck, à Hambourg, à Brème, ou dans les autres ports ouverts au commerce des Anséates.

L'activité donnée à la pêche du hareng ne pouvait pas en diminuer l'espèce, qui se multiplie dans une proportion merveilleuse. Nous avons indiqué dans notre quatrième livre quelquesunes des stations que ce poisson nomade avait successivement fréquentées et abandonnées. Ses émigrations annuelles dans de nouveaux parages doivent être également observées.

L'Océan a ses solitudes comme ses régions habitées : les mêmes eaux ne sont pas toujours occupées par une semblable population , et ses ennemis s'attachent à découvrir ses nouvelles demeures.

Hambourg avait eu une confrérie deScandinavie, spécialement occupée de la pêche du hareng, lorsque cette . espèce de poisson affluait dans les parages de la Suède et jusqu'au fond du golfe de Bothnie. Le comptoir des Anséates à Bergen trouva ensuite dans les pêcheries de Norwége une branche de commerce étendue et florissante; mais vers le milieu du seizième siècle elle avait déjà dépéri; et la confrérie de Bergen n'en recueillait plus que de faibles avantages. Les bancs de harengs avaient pris une autre direction.

La principale colonne de leur émigration, lorsqu'elle a quitté les profondes voûtes de la mer-Glaciale, arrive au mois de mars dans les parages de

l'Islande, dont elle occupe toutes les baies et tous les détroits; la elle se divise en deux peuplades; celle d'occident gagne les parages du Labrador, de Terre-Neuve et du golfe de Saint- Laurent ; la branche orientale se ramifie plusieurs fois autour des îles Féroë, des Orcades, des autres archipels voisins, et s'étend le long des côtes d'Ecosse, d'Angleterre et d'Irlande. La Grande-Bretagne avait abandonné longtemps aux Hollandais la pêche et le commerce du hareng, quoiqu'elle fût plus à portée d'en jouir elle-même. Les couronnes d'Angleterre et d'Ecosse étaient alors séparées et n'avaient pas de communs intérêts; mais lorsqu'on les eut reunies, la nation désira participer aux avantages de cette industrie. La reine Anne ût • une convention avec la ville de Hambourg, pour obtenir dans cette place le débit des produits de la pêche anglaise, et pour y avoir des emballeurs et des priseurs chargés de veiller aux intérêts de ce commerce.

Cette concurrence aurait pu nuire à la pêche des Hollandais, s'ils n'avaient pas continué d'être supérieurs dans leurs procédés et dans leurs moyens de conservation. Le meilleur hareng venait de Hollande, et on l'expédiait de Hambourg dans toute l'Allemagne, lorsque des emballeurs jurés en avaient achevé la préparation suivant la coutume de leur pays.

Les Anséates se conformaient euxmêmes, dans la pratique de la pêche, aux sages ordonnances publiées par les Hollandais, et ils étaient assez prudents, assez habiles, pour emprunter des autres nations tous les usages propres à les éclairer. Les avantages obtenus par différents peuples se trouvaient ainsi mis en commun : il en résultait une louable émulation , et l'industrie se perfectionnait. C'était un genrede conquêtes inoffensives, qu'on avait achetées par le travail et la persévérance et qui ne coûtaient à l'humanité aucunes larmes.

Mais le dix-huitième siècle, que nous abordons en ce moment, s'ouvre par des événements d'une autre nature.

VILLES ANsKVnn:

Les destinées du nord de l'Europ

rOQt pondant quelques années dans

les mains d'un seul nomme : il va disposer des couronnes, ravager comme

un torrent la terre de ses ennemis, et promener jusque dans l'Ukraine ses sanglantes victoires^

Charles \ll était arrive au troue, avant rage de quinze ans , par la mort de son père Charles XI, décédé le l"> avril 1697. Les brillantes qualités et les penchants belliqueux de ce jeune prince avaient séduit la nation suédoise, et il fut bientôt investi de tous les droits de la majorité par une délibération des États. Son premier soin fut de concourir, comme médiateur, à la conclusion du traité de Ryswick , atin de rendre la paix aux puissances qui étaient alors en guerre, et de faciliter le succès des expéditions qu'il projetait lui-même. Ce monarque se déclara hautement protecteur des droits du duc de Holstein-Gottorp, son allié et son beau- frère, dont les domaines étaient envahis par le Danemark : il fit passer dans l'île de Rugen huit mille hommes de troupes, et assembla en Scanieune armée plus nombreuse, qui devait opérer une descente dans l'île de Seeland, et venir assiéger Copenhague : il avait pour alliéesl' Angleterre et la Hollande, dont les flottes arrivèrent dans la Baltique • les ducs de Lunebourff °fc Jc saxe- Lawenbourglui tournirent aussi quelque troupes; et ces forces réunies allaient pénetrerdansleHolstein, pour le remettre sous la domination de son ancien duc. On devait s'attendre à une collision d'autant plus vive, que le roi de Danemark Frédéric IV avait fait de nombreux préparatifs de guerre, qu'il avait obtenu l'alliance de l'électeur de Saxe , du roi de Pologne et du czar de Russie , et que les troupes de ses auxiliaires s'étaient mises en marche et allaient attaquer la Suède sur différents points. Aussi Frédéric ne voulut d'abord se prêter à aucun arrangement; mais se voyant enfin pressé dans sa capitale par les forces de ses ennemis, il consentit à une négociation; et un traité du 28 août 1700

rem il le duc de llolstein en pot

sion de ses États.

Le rétablissement de la pais entre le Danemark et la Suéde iutéressait vivement les villes anséatiques. qui, se

trouvant environnées de puissances belligérantes, n'auraient pu que difficilement jouir de la neutralité. D'autres coinbatsallaienl troubler le -Nord; mais du moins le théâtre de la guerre devait s'éloigner, et le commerce habituel des Anseates ne serait pas exposé aux mêmes violations.

Après avoir forcé le gouvernement danois à se séparer delà nouvelle ligue formée contre la Suède, Charles XII voulut attaquer à leur tour ses autres ennemis. Deux illustres rivaux allaient être aux prises; et l'intrépide guerrier du Nord avait pour adversaire un prince qui avait déjà mérite sa gloire en entreprenant ia civilisation d'un peuple barbare.

Le trône de Russie était alors occupé par le czar Pierre et par son frère le prince Ivan; et Sophie, leur sœur, avait d'abord profité de la minorité de l'un et de l'incapacité de l'autre, pour retenir, sous le titre de régente, tous les pouvoirs de la royauté. Ses intrigues , ses conspirations contre ses frères ayant échoué plusieurs {pjgvënt lu} ÎT&ffitCprS de Moscou. Ivan garda les insignes de la monarchie; Pierre en prit toutes les charges; et dès ce moment il suivit avec persévérance le plan de ses réformes. Ses premières vues se tournèrent vers la marine; quelques essais de construction furent tentés par ce prince, sur un lac voisin de la Trinité et ensuite dans le port d'Archangel : il fit vennde l'étranger des marins, d'habiles officiers, des hommes experts dans les différentes branches de l'organisation sociale et de l'industrie; et le célèbre Genevois Lefort mérita , par ses connaissances et son caractère , de concourir à de si grands desseins.

Le czar avait conçu le projet de détruire la milice des Strélitz, qui jusqu'alors s'étaient mêlés à tous les troubles , et avaient moins été les défenseurs

L'UNIVERS

?[ue les tyrans de leurs maîtres. Il allait leur opposer d'autres forées :

Pierre s'entoura d'une garde fidèle, dans sa maison de campagne de Préobaginski; et le noyau de sa nouvelle armée fut un corps de cinq mille hommes , presque tous étrangers, qui servirent de modèles pour la discipline et les exercices militaires.

Le premier résultat de ses expéditions, vers l'orient de la Sibérie, fut de fixer, par un traité conclu en 1689 avec les Chinois, les limites des deux empires. Ce monarque voulut, quelques années après, étendre vers le Palus-Méotide les frontières méridionales de ses États ; il attaqua les Tartares de Crimée et leur enleva en 1696 la place d'Azow, qui le rendait maître des bouches du Tanaïs; mais son entreprise la plus mémorable fut de venir étudier dans l'occident de l'Europe les principes de la construction des navires et les moyens de créer en Russie une force navale.

Ce prince , après avoir confié à des mains habiles les rênes du gouvernement, partit de Moscou, au mois d'avril 1697. Une ambassade russe, suivie d'un cortège de deux cents hommes, se rendait, au nom du czar,

même voyageai! s§iïZ*Z!!}™j* Jésuite de ses envoyés. L'ambassade passa par Novogorod , Riga , Koenigsberg, Berlin, et visita Magdebourg, Hambourg et quelques autres villes, avant de se rendre en Hollande. Hambourg était digne d'attirer l'attention d'un prince qui voulait introduire dans ses États des institutions favorables au commerce et à la navigation : il pouvait admirer dans cette ville les établissements de l'amirauté, le mouvement du port, l'opulence des magasins et des chargements, et cette heureuse activité de travail et d'industrie qui occupe utilement pour la patrie un si grand nombre d'hommes. Le czar précéda de quinze jours l'arrivée de ses ambassadeurs à Amsterdam : il voulait y garder l'incognito; et, pour étudier dans tous ses détails l'art de la construction

des navires, il alla se joindre, sous le nom de maître Pierre, aux ouvriers des chantiers de Sardam. Robuste et infatigable, il maniait la hache avec autant de force que de dextérité, et il acquit assez d'habileté dans la main d'œuvre pour fabriquer lui-même les différentes parties d'un navire et le mettre en état de prendre la mer. L'illustre charpentier de Sardam n'interrompit ses travaux que pour visiter Utrecht et la Haye , où le roi d'Angleterre, Guillaume III, eut avec lui une entrevue. Le roi espérait le recevoir bientôt à Londres; et en effet il s'y rendit au commencement de l'année suivante : il suivit dans le chantier royal de Deptfort les études et les travaux qu'il avait commencés en Hollande; il perfectionna la pratique par la théorie, et s'initia aux éléments des sciences et des calculs, qu'il faut toujours consulter, soit pour la coupe et les proportions des navires, soit pour leur voilure et la disposition de tous leursagrès. Guillaume lui fit présent d'un vaisseau de guerre, et le czar put y embarquer des ingénieurs , d'autres savants , et un nombreux équipage de marins et d'ouvriers. Ce navire bienfaiteur allait porter à la Russie de nouveaux moyens de puissance et d'agrandissement.

5>>utres colonies d'artistes , de fabricants, o/Wnmes lettrés, partaient de différents points de l'Allemagne ou de l'Italie ; et ils étaient attirés en Russie par des récompenses ou des encouragements. Le czar avait repris la route de ses États : il vit, en passant à Vienne, l'empereur Léopold : il concerta ensuite avec Auguste, que la diète de Pologne venait d'appeler au trône, un projet d'expédition contre l'Esthonie et les provinces voisines, fit, au mois de septembre 1698, sa rentrée à Moscou , et signala par la ruine des Strélitz , qui s'étaient révoltés de nouveau , les premiers moments de son retour.

La guerre entre la Russie et la Suède était près d'éclater, et si l'on compare la composition des deux armées qui allaient être aux prises ,

on reconnaît que les Suédois devaient avoir tout l'avantage de la discipline : ils avaient eu longtemps à combattre des troupes européennes, également instruites et aguerries :

leurs victoires avaient été vivement disputées ; et l'armée de Charles \ii , Bière de ses annales glorieuses, et conduite par un jeune héros qui ne savait douter d'aucun succès, marchait avec toute la confiance de la force et de l'audace contre un ennemi, dont les institutions militaires étaient trop nouvelles pour ne pasêtre encore très incomplètes. Mais la puissance des masses appartenait à la Russie : ses armées avaient derrière elles une immense population, dontellesneibrmaient, pour ainsi dire, que l'avant-garde; elles pouvaient, sans épuiser cette pépinière d'hommes, en recevoir de nombreuses recrues; tandis que la population plus bornée de la Suède était graduellement affaiblie par les essaims qu'elle avait constamment à fournir pour réparer les pertes que lui coûtaient ses sanglantes victoires. Le caractère de grandeur et de fermetéde Pierre 1er nous explique d'ailleurs la constance avec laquelle il soutint plusieurs années de revers, et les ressources qu'il trouva dans sou génie et dans l'obstination de sa résistance pour rentrer dans les provinces où Charles XII avait passé sans pouvoir s'y maintenir, et pour continuer, au milieu même des vicissitudes de la guerre , les grandes réformes qu'il avait commencées.

Charles XII, après avoir fait la paix avec le Danemark le 28 août 1700, résolut de porter immédiatement toutes ses forces contre les Moscovites : sa flotte mit à la voile ; et vingt mille Suédois étaient à peine débarqués à Wesenberg en Esthonie, qu'il les conduisit rapidement contre une armée de quatre-vingt mille hommes qui faisaient le siège de Narva. La victoire qu'il obtint le 30 novembre fut décisive : trente mille Russes restèrent sur la place; les autres s'échappèrent ou furent prisonniers. Un

grand parc d'artillerie, resté au pouvoir des Suédois , leur fournit de nouveaux moyens de vaincre; et la prévention favorable qui suit un premier triomphe influa longtemps sur les opérations d'une guerre que Charles \u allait signaler par d'autres exploits. Ce prince vint alors en Livonie attaquer les troupes électorales d'Auguste, campées sur la rive gauche de la Dwina : il traversa ce fleuve sur des radeaux, à la vue de l'armée ennemie, emporta tous les postes qu'elle défendait, et rentra en possession de la Livonie et de la Courlaude après quelques autres engagements partiels. L'intention de Charles était de pénétrer en Pologne et de détrôner Auguste : il était secondé par un nombreux parti , et Varsovie lui ouvrit ses portes , le 25 mai 1701 , tandis qu'Auguste se retirait sur Cracovie, essuyait de nouvelles défaites , et se repliait sur la Lusace,la Silésie et ses États héréditaires de Saxe. Ce monarque fut solennellement déposé, le 14 février 1704 , dans une diète assemblée à Varsovie. On proposa d'abord de lui donner pour successeur le prince Jacques Sobieski; et sans doute le souvenir des glorieux exploits de son père aurait déterminé ce choix, mais le prince refusa la couronne ; et les suffrages se dirigèrent sur Stanislas Leczinski, palatin de Posnanie, qui. fut nommé roi de Pologne le 12 juillet, et dont le couronnement eut lieu le 14 octobre suivant.

Nous n'avons point à suivre les divers événements de cette guerre, qui força le roi Auguste à renoncer formellement, par un traité du 24 septembre 1706, au trône de Pologne et aux alliances qu'il avait formées contre la Suède. Charles XII put alors ramener toutes ses forces contre les Moscovites. On faisait de part et d'autre de nouveaux préparatifs, et chaque parti attendait ses renforts, dans l'espérance d'opposer à l'ennemi une plus vive résistance.

Dès le mois de janvier 1708 , les hostilités se renouvelèrent avec plus

L'UNIVERS

de vigueur. Charles XII marcha sur Grodno, sur Borisoff, sur la Bérésina,dont les Moscovites ne purent lui défendre le passage. 11 se dirigea ensuite vers Mohiloff, et s'approcha de l'Ukraine, pour se réunir à Mazeppa, hetman des Cosaques, qui avait abandonné le parti des Moscovites et avait promis de joindre ses forces à celles de Suède. La fortune de Charles touchait à son terme : les corps d'armée qu'il ne commandait pas luimême avaient été défaits en plusieurs rencontres : un renfort que lui amenait le général Lewenhaupt fut battu, au mois d'octobre, par les Moscovites, et les troupes de Mazeppa eurent le même sort. Le rigoureux hiver de 1708 à 1709 vint rendre plus pénible la situation des belligérants, et ses effets désastreux furent d'autant plus funestes pour les Suédois, qu'ils n'avaient aucun moyen de remonter leur cavalerie et de réparer leurs pertes :

leur armée était affaiblie par la disette et les maladies, lorsqu'elle vint, au mois de mars 1709, investir la place de Pultava, où les Moscovites avaient formé de grands magasins.

Le czar était campé avec quatre-vingt mille hommes, à cinq milles de Pultava : ses troupes légères harcelaient les assiégeants, surprenaient leurs fourrageurs, interceptaient leurs subsistances; et Charles XII, après avoir tenu un grand conseil, où l'on résolut d'attaquer les Moscovites , marcha contre eux le 18 juin, à la tête d'une armée de vingt-huit mille hommes. Il n'y eut dans cette journée qu'un engagement partiel; mais une bataille générale fut livrée le lendemain : la défaite des Suédois fut complète; ils furent taillés en pièces; et Lewenhaupt, qui leur amenait un dernier secours, fut bientôt forcé de capituler avec le corps de troupes qu'il avait sous ses ordres. Charles XII s'était précipitamment retiré vers le Borysthène; il passa le fleuve, à quelques milles d'Oczakoff , et se rendit à Bender, sur l'invitation du séraskier, qui lui fit offrir ses services et tous les soins de l'hospitalité. Ce grand capi-

taine avait appris à ses ennemis à le vaincre ; et la nécessité de chercher un asile contre eux fut le dernier résultat de dix années de triomphe, qui avaient épuisé ses forces.

A vant que les ressources de la Suède fussent affaiblies par de si sanglants sacrifices, ce royaume jouissait d'un commerce florissant; et, depuis longtemps, il avait cherché à s'affranchir de l'intervention des Anséates, dont le pavillon dominait dans la Baltique.

Gustave-Adolphe avait encouragé l'agriculture, l'exploitation des mines et le développement de l'industrie :

Christine suivit ce mouvement progressif; Charles XI appliqua ses soins à la marine; il fit établir, en 1667, une pêcherie de harengs, près de Gothembourg, conclut, en 1 693, un traité avec le Danemark , pour assurer de part et d'autre la liberté de la navigation, et parvint à balancer la concurrence des Hollandais et des Lubeckois, par les franchises dont il fit jouir les navires appartenant à ses sujets et construits dans les ports de ses États.

Mais l'effet de ces mesures fut détruit sous le règne de Charles XII son successeur. Ce prince , exclusivement occupéd'expéditions militaires, épuisa, pour subvenir à ses entreprises gigantesques, toutes les richesses de son royaume : il entraîna au milieu des camps une population belliqueuse qui, sans redouter la fatigue et sans mesurer l'étendue de ses pertes, parcourut victorieuse les États de ses ennemis ; et il ne songea à laisser que de la gloire à son pays qu'il appauvrissait.

Les Anséates surent tirer avantage des guerres de la Suède, pour étendre eux-mêmes leur commerce , et pour substituer leur pavillon à celui des belligérants : leur cabotage sur toutes les rives de la Baltique devenait plus important : ils s'étaient chargés, pendant les conquêtes de Charles XII, de la plupart des convois de la Suède pour la Poméranie et pour les provinces situées à l'orient de la Vistule : souvent ils avaient eu à y débarquer des troupes, des armes, des machines

de guerre, des approvisionnements de toute espèce. La plupart de ces fournitures étaient faites par les Anséates : elles étaient dues à leur commerce, qui prenait de l'extension de jour en jour*

et qui les mettait en rapport a\ee toutes les contrées d'on l'on pouvait tirer ee genre d'exportations. Plusieurs

traites conclus pendant le cours des

guerres de Charles \ll montrent avec quel soin les villes de la Hanse cnlti- \ aient leurs relations de commerce, l ne convention faite en 1706, entre

Hambourg et la Prusse, assura la libre navigation de la Sprée,du llavel et de l'Elbe : Dantzig conclut, en 1700, un traite avec l'Angleterre , qui l'assimilait aux autres villes anséa tiques *, et celles-ci obtinrent du Danemark, en 1707, la continuation des privilèges dont elles avaient précédemment joui dans le comptoir de Bergen.

Le Danemark Cherchait, à la même époque, à relever dans les Indes orientales le crédit et le commerce de ses établissements. Les missionnaires qu'il avait envoyés à Tranquebar y étaient arrivés en 1700 : c'était en propageant l'Évangile et en convertissant les naturels du pays que Frédéric IV se proposait d'y acquérir de nouveaux sujets : il aurait cru courir trop de basants, en envoyant des colonies européennes dans des régions si éloignées. Ces missionnaires étaient chargés d'apprendre l'a langue du pays pour prêcher et pour enseigner, et d'établir des écoles pour les enfants pauvres. Il régnait à Tranquebar une grande liberté religieuse : on y avait érigé des églises catholiques, des temples protestants, des mosquées, des pagodes; et les jésuites, les evangeliques, les mahométans, les Indous y exerçaient leur culte. Tranquebar reprit alors quelque prospérité : la compagnie danoise des Indes orientales était soutenue par les souscriptions des étrangers; et les plus riches négociants des villes anseatiques étaient au nombre des actionnaires, et participaient aux spéculations de ce commerce.

Mais tandis que les contrées occi-

dentales de la Baltique jouissaient des bienfaits de la pai\ , la Courlande, la Livonie, l'Esthoaie, la Carélie étaient

encore livrées a toutes les calamités de la guerre, et le même Qéau ravagent depuis longtemps la Pologne et la Litbuanie. Souvent des populations entières étaient pillées ou rançonnées

parles milices ; d'autres prenaient la

fuite a leur approche, n'osant ni leur résister, ni s'abandonner a leur merci.

Les désordres étaient d'autant plus grands que le royaume s'était divisé en deux partis : les uns soutenaient la cause d'Auuuste. les autres celle de Stanislas , et chaque fraction de territoire devenait un lieu de ralliement pour les hommes qui suivaient la même bannière. Les cantons amis étaient quelquefois enclaves par leurs adversaires, et ne pouvaient communiquer ensemble qu'en s'ouvrant un passage les armes à la main. La même diversité d'opinions se faisait remarquer au milieu des villes : les factions opposées occupaient une commune . enceinte , et l'aigreur des haines politiques dégénérait en actes de violence et d'inimitiés personnelles: les formes du gouvernement polonais, les diètes armées, l'usage des confédérations opposées l'une à l'autre, favorisaient encore cette tendance à l'anarchie, et rendaient plus difficiles les réconciliations et le rétablissement de l'ordre public. La guerre avait absorbé les principales ressources du pays , en lui enlevant de nombreux cultivateurs pour en faire des soldats. Plusieurs cantons restèrent sans culture : la disette gagna les villes, que d'insuffisantes récoltes ne nourrissaient plus; et d'autres maux vinrent accroître les souffrances de ces régions désolées.

Cet hiver de 1709, qui affligea l'Europe entière, futencore plus désastreux dans les contrées voisines de la Baltique : il y lit périr un grand nombre d'hommes et d'animaux , et rappela les tristes ravages de l'hiver de 1608, dont il devint la commémoration séculaire. L'intensité du froid était d'autant plus sensible, qu'elle se mêlait aux soudaines vicissitudes de la tempe-

L'UNIVERS

rature. Une extrême humidité avait d'abord pénétré et amolli les plantes; elles furent tout à coup surprises par une vive gelée. La même alternative se renouvela plusieurs fois; elle désorganisa les fibres des végétaux : les tardives gelées du printemps vinrent ensuite enchaîner et paralyser les premiers mouvements de la sève : la plupart des semences confiées à la terre furent détruites, et de vastes territoires furent frappés de stérilité.

Un hiver où le froid eût été aussi violent, mais où il se serait développé progressivement et sans secousses, aurait causé moins de ravages : on jugea de sa rigueur par ses redoutables effets plutôt que par la mesure exacte de son intensité. Le thermomètre, à l'aide duquel on aurait pu l'évaluer, n'avait pas encore acquis les perfectionnements qui lui furent donnés bientôt par Fahrenheit , savant physicien de Dantzig, et par Réaumur, dont les nombreux travaux jouissent d'une si juste célébrité.

La famine suivit les calamités de l'hiver, et la peste vint s'y joindre ijnmédiatement ; elle se déclara , en 1 709 , dans quelques palatinats de Lithuanie, et se propagea vers l'ouest dans les provinces de la Prusse royale, où plusieurs cantons perdirent leurs habitants et n'offrirent que de sauvages solitudes. L'étendue de ces ravages est attestée par les mesures que prit le roi Frédéric-Guillaume pour réparer les pertes de la population. Une colonie de Saltzbourgeois vint bâtir au centre de la Lithuanie prussienne la ville deGumbinen : les persécutions qu'ils éprouvaient dans leur pays les avaient réduits à le quitter : et le roi les avait attirés par des concessions de terre , des privilèges de commerce, des exemptions de milice et d'impôts pendant plusieurs années. Lui-même il fit construire les établissements publics, donna des fonds pour les maisons particulières, et rassembla dans la nouvelle ville d'autres habitants , que le travail et l'industrie fixèrent dans cette résidence. Les mêmes secours furent donnés par le roi pour la fondation

de Stallupehnen et de quelques autres villes, destinées à servir de postes militaires ou de chefs-lieux d'administration. La tolérance religieuse aidait à repeupler ces déserts ; et si l'on quittait pour des climats plus rigoureux les heureuses contrées du midi , c'est que la liberté de concience et celle de la pensée sont pour les hommes le premier de tous les biens.

Dantzig, où la peste éclata en 1709, avait été moins exposée que les autres places, voisines de la Vistule, aux violentes attaques des belligérants, qui s'étaient plusieurs fois disputé l'occupation de Thorn, de Varsovie, de Cracovie, et de quelques autres points fortifiés. Cette ville jouissait encore de ses institutions municipales et des avantages commerciaux attachés à sa situation locale. Les villes anséatiques s'intéressaient vivement au sort de leur ancien confédéré : elles ne regardaient pas Dantzig comme entièrement détaché de leur association; car les navigateurs et les négociants de cette place jouissaient encore en pays étranger d'une partie des privilèges de la Hanse teutonique; et les mêmes prérogatives leur avaient été expressément réservées par plusieurs puissances. Hambourg, Brème et Lubeck aimaient à se rappeler la part considérable que Dantzig avait prise aux plus grands événements de la Ligue Anséatiqui, lorsque cette métropole était placée à la tête du quatrième cercle de la con fédération , et qu'elle comprenait dans son arrondissement les villes les plus florissantes de la Prusse , de la Pologne et de la Livonie. Dantzig allait changer de destinées; mais ses ancien nés institutions duraient encore; elles méritent d'être remarquées.

Ce gouvernement ressemblait à celui des autres villes anséatiques :

quatre consuls ou bourgmestres étaient placés à la tête d'un sénat de vingt-quatre membres, et réglaient avec eux les principales affaires : un, conseil d'échevins ou d'anciens exerçait entre le sénat et le peuple un pouvoir conciliant et modérateur. On portait devant lui les causes civiles ou

villks ansêatioufs.

criminelles d'une limite importance, et l'on pouvait appeler de 869 jugements à un grand conseil, compose de cent membres. Dantzig était depuis

longtemps sous la protection des rois de Pologne i et avait conserve sous cet abri son propre gouvernement.

Ses privilèges, confirmés par Etienne

Battori, le furent également par Sigismond III, successeur de ce prince.

Jean Casimir contera la noblesse aux principaux magistrats; il entoura cette ville de nouveaux retranchements, et lit fortifier le Bischopsberg. qui la domine et qui en est devenu la citadelle.

Le roi de Pologne entretenait à Dantzig un burgrave, qu'il devaitchoisir parmi les sénateurs; et quoique l'autorité de ee magistrat se fît peu sentir dans les affaires administratives, néanmoins elle privait cette ville de son indépendance : elle l'attachait à d'autres intérêts que ceux de ses anciens confédérés ; et cette place , plus étroitement liée au sort de la Pologne, réclama vainement les franchises dont elle avait joui comme ville anséatique , lorsqu'elle fut tour à tour rançonnée par les Prussiens ou les Polonais, et qu'elle eut à racheter d'eux sa neutralité, pour conserver encore quelques vestiges de ses droits.

La population de cette ville s'élevait à plus de quatre-vingt mille âmes ; la plupart des habitants étaient luthériens : ceux-ci étaient même les seuls qui fussent admis aux principaux emplois. Cependant il y avait liberté de conscience pour les autres dissidents et pour les catholiques : les jésuites y avaient un collège, et ils se consacraient , comme dans les autres pays, aux soins de l'éducation et de l'enseignement.

Le territoire avait peu d'étendue; il se bornait aux verders ou prairies que baignent les eaux de la Vistule vers son embouchure; à la langue de de terre qui se prolonge entre le Frischaff et la mer Baltique, et à une espèce de digues naturelles qui abritent du côté du nord la baie de Dan-

tzig , et où l'on 9 bâti la petite ville de Bêla. Les plus grands vaisseaux mouillent dans cette baie; les autres navires gagnent Wechselmunde, et ils s'y allègent, lorsqu'ils sont trop

chargés pour remonter le fleuve jusqu'à Thorn ou Dantzig.

Malgré les exigences des belligérants, le commerce de cette contrée conservait encore quelque importance, lorque la perte de la bataille de Pultava changea pour la seconde fois les destinées de la Pologne, à laquelle Charles XII avait imposé un roi. Auguste, quoiqu'il eut solennellement abdiqué, ne croyait plus être lié par un engagement que la force lui avait prescrit. Les courtisans de la victoire changèrent de parti; et Stanislas se vit à son tour abandonné par ceux que la disgrâce met en fuite. Le czar, instruit par une longue suite de revers qu'un triomphe éclatant et décisif venait de réparer, rentrait dans les provinces qu'il avait perdues, voyait la couronne rendue à son allié, et allait menacer à son tour les possessions ennemies que la valeur de Charles ne pouvait plus protéger.

Le roi de Danemark, Frédéric IV, était près de contracter avec le czar une nouvelle alliance , et il venait de terminer un voyage en Italie, quand les nouvelles de Pultava lui parvinrent. L'administration du royaume avait été sagement dirigée pendant son absence : l'armée était sur un bon pied, et le corps de troupes danoises, qui avait servi en Hongrie contre les Turcs, venait de rentrer dans ses États Ce moment parut favorable au roi pour reprendre possession de la Scanie, qui avait été arrachée à son prédécesseur par la conquête et par les traités de Roschild et de Copenhague : Il fit, le 1 1 novembre 1709, une descente près de Helsinbourg et il s'empara de cette place : l'armée qu'il laissa en Scanie était de quinze mille hommes; il comptait réduire aisément cette province et celles de Halland et de Blecking ; mais , dés l'ouverture de la campagne de 1710, ses troupes furent battues par les Sué lois.

L'UNIVEKS.

Après la perte de cette bataille, les Danois se retirèrent à Helsiiibourg, qu'ils durent évacuer quelques jours après. Les Nowvégiens tentèrent sans succès une invasion en Suède : un combat naval fut livré, le 7 octobre, dans les eaux de la Scanie ; on perdit quelques vaisseaux de part et d'autre, et les Hottes se séparèrent après une vive canonnade.

De nouveaux préparatifs se faisaient pour l'année suivante. Le théâtre de la guerre allait s'étendre, il devait embrasser tous les rivages de la Baltique; et, quoique les villes anséatiques de Lubeck, de Brème et de Hambourg désirassent vivement conserver la neutralité, il leur était difficile de se préserver d'un incendie prêt à les envelopper, défaire respecter leur territoire, d'échapper aux passages de troupes , aux réquisitions de vivres , de fourrages et de moyens de transport : les concessions faites à un belligérant, les exposaient aux représailles de l'autre, et ieur situation les livrait aux violences du plus fort. Il en résultait un état de malaise et un aggravement de charges, dont les hommes turbulents cherchaient à tirer parti pour inquiéter leur gouvernement et fomenter les discordes publiques.

Les troubles religieux que Mayer avait excités à Hambourg , quelques années auparavant, n'étaient pas apaisés par son exil : le pasteur Krummoltz les avait ranimés; et cette faction prit aussi un caractère politique, lorsqu'unautre séditieux, Stielke, ralliant autour de lui tous les mécontents , réussite propager l'anarchie, afin de s'emparer ensuite de l'autorité. Les magistrats ne pouvaient plus conserver leur ascendant sur la multitude, et le gouvernement danois avaitinutilement cherché à faire agréer sa médiation aux deux parties : on redoutait l'offre de cette protection intéressée, dont on avait plusieurs fois reconnu les périls, et l'on n'y voyait qu'un moyen de ressaisir le pouvoir. Les secours de l'Empereur portaient moins d'ombrage; et Joseph Ier, qui occu-

pait alors le trône, était naturellement appelé, comme chef de l'Empire, à pacifier dans les villes anséatiques les troubles intérieurs dont elles ne pouvaient plus se préserver elles-mêmes.

Quelques troupes du cercle de Basse- Saxe, de Hanovre, de Brunswick , de Prusse, furentdirigées sur Hambourg à la suite des commissaires impériaux : leur présence contint les factions.

Cette nouvelle autorité proposa un plan de conciliation concerté avec le sénat et avec un comité de cent membres qui agissait au nom de la bourgeoisie , et le résultat de leurs délibérations communes fut un recez d'union, publié le 17 novembre 1710.

Cet acte ne tranchait pas encore toutes les difficultés; mais il conduisait à une plus complète solution et à des réformes définitives. La commission mixte continuait ses travaux; elle montra autant de modération que de persévérance : le vœu public était habituellement consulté; et Hambourg offrit l'exemple d'une grande reunion de citoyens, discutant leurs droits et leurs devoirs , balançant leurs intérêts , et cherchant à rectifier les principes et les bases de l'ordre social. Si leurs discussions furent souvent animées, on peut pardonner cette effervescence à des classes quelquefois souffrantes qui réclamaient un meilleur sort. Le choc était tumultueux; mais il en jaillissait quelques lumières : le pouvoir s'éclairait sur les besoins de la multitude ; on avait fait de part et d'autre quelques pas pour se rapprocher, et ces concessions mutuelles amenèrent enfin une plus parfaite réconciliation.

De tels résultats semblent nous avertir que les institutions sociales, les mieux appropriées à l'époque où elles furent établies, ont dans la suite des temps besoin d'être modifiées, quand la situation des peuples n'est plus la même, quand l'industrie, les arts, les lumières sont plus répandus, qu'il règne plus de bien-être, et que l'accroissement des ressources fait aussi rechercher plus de jouissances.

La stabilité des lois était un bienfait;

VILLES UI8EATIQUES.

mais la progrès de la société obligent aies revoir par intervalle; et l'autorité trop itationnaire , celle qui \oudrait s'obstiner a résister a la toute-

puissanee du temps , risquerait de se

briser contre eet obstacle.

Les travaux de la coininission impériale avaient été interrompus par la mort de.loseph l1'1 : Charles \ I, qui lui succédait, les lit reprendre immédiatement; et lacommission, après a\oir débattu toutes les questions en litige, lit promulguer en 1712 un reoei définitif, dont nous avons à indiquer les principales dispositions.

Le pouvoir souverain réside dans le sénat et la bourgeoisie, conjointement et inséparablement. Le sénat se compose de vingt-quatre sénateurs et de quatre bourgmestres, dont un est investi de la présidence : un protonotaire, un archiviste lui sont attachés , et les différentes attributions du ministère sont réparties entre quatre syndics. Les droits régaliens appartiennent en commun au sénat et à la bourgeoisie, et ils sont exercés par le sénat. On comprend dans ces droits la garde du sceau, des archives, des clefs de la ville, la grande voirie, la juridiction dans la plupart des causes civiles, criminelles, ecclésiastiques; le droit de convoquer la bourgeoisie et de lui faire des propositions; le droit de grâce, celui de dispenses matrimoniales; la nomination des députés à la diète, celle des agents diplomatiques et consulaires; la réception des princes et des ministres étrangers; la préséance dans les cérémonies publiques, le droit de représenter la ville , la correspondance en son nom; la nomination et l'installation des ecclésiastiques; la réception du serment des employés; la jouissance des droits casuels, comme la chasse et la pêche; le droit d'accorder des saufs-conduits dans les affaires criminelles.

Le choix des bourgmestres, des sénateurs, des syndics, de l'archiviste, du protonotaire, appartient au sénat. L'organisation du collège des Anciens , de celui des Soixante et de celui des Cent quatre-vingts, est régula-

risée, et Ton détermine les rapports qu'ils doivent avoir entre eux, cl le genre d'affaires sur lesquelles ils ont a délibérer en eominun ou séparément.

Si li' sénat doit conférer avec un »• »l-

Lége, il l'invite a s'assembler J mais il passe outre, quand le collège ne se

réunit pas. Le sénat doit avoir le consentement des \iiciens pour la publication des mandat s les pi us important s. Les lois ordinaires ne doivent être Changées ou annulées qu'avec le concours du sénat et de la bourgeoisie.

On se propose de joindre au recez plusieurs règlements pour maintenir l'ordre et le calme dans les assemblées de la bourgeoisie; pour déterminer les corporations et les confréries qui de\ ront subsister ; pour simplifier les formes de la justice, fixer les attributions des ministres du culte, éclairer l'administration des finances. D'autres règlements sont projetés sur la banque, les lettres de change, le courtage. Une nouvelle loi somptuaire sur les habillements doit être présentée à l'approbation de la bourgeoisie : les mandats publiés contre les jeux de hasard seront rendus plus sévères : chaque ouvrage sur les questions théologiques ou sur les affaires publiques sera soumis à la censure avant de pouvoir être imprimé. Il sera fait un nouveau règlement sur l'admission des juifs et sur leur existence politique. On rétablira l'ancien usage de lire annuellement au peuple , et dans son propre idiome, le texte des principales lois.

Tous les recez antérieurs sont maintenus, en tout ce qui n'est pas contraire à celui de 1712 : ils servent de base au gouvernement de l'État : les articles fondamentaux en sont à jamais obligatoires; et les autres ne peuvent être modifiés que par le libre assentiment du sénat et de la bourgeoisie.

L'établissement d'un port franc est recommandé au sénat et au conseil des Soixante. Le sénat doit veiller au maintien des digues de l'Alster, à celui de la salubrité des eaux, à tous les travaux nécessaires pour le curage des canaux et du port , et pour que la navigation du fleuve ne soit

L'UNIVERS

pas embarrassée par des ensablements ou par tout autre obstacle. Les ordonnances relatives aux constructeurs de navires doivent être revisées : le tarit* des droits de douane doit l'être également: on suivra pour le roulage entre Lubeck et Hambourg le règlement convenu entre les deux villes.

Quelques autres dispositions moins importantes, ou n'ayant qu'un effet temporaire, furent consignées dans ce recez; et pour compléter la réconciliation que l'on avait à cœur de rétablir , on accorda une amnistie aux hommes qui auraient troublé la paix publique, à l'exception de quelques provocateurs , condamnés , détenus ou coutumaces. Le sénat et la bourgeoisie s'engagèrent à observer les obligations contractées par ce recez et par les règlements qui devaient y être joints. Cependant ce dernier ouvrage resta incomplet ; et la plupart des actes supplémentaires ne furent pas publiés.

D'autres calamités, plus funestes que les troublesintérieurs, affligeaient alors les villes anséatiques : on y était consterné des ravages de la peste; et quand les jours d'une population entière étaient menacés , tout autre intérêt pouvait être mis en oubli.

Cette maladie cruelle n'avait cessé à Dantzig qu'après avoir emporté trente mille habitants : elle s'était étendue en Pologne, en Prusse et sur toutes les rives de la Baltique , depuis l'extrémité du golfe de Finlande jusqu'à Copenhague. Il y eut en Suède et en Danemark un grand nombre de victimes : le Holstein fut atteint par la contagion; et les sénats de Hambourg, de Lubeck et de Brème, adoptèrent toutes les mesures sanitaires que leur prescrivait le salut du peuple. Les étrangers arrivant des lieux suspects ne furent point admis : tous ceux qui s'introduisaient sans passeports furent condamnés à des peines afflictives, et même à la peine de mort s'ils venaient d'un lieu contagieux , et l'on brilla tous leurs effets : le commerce fut prohibé avec la Prusse, la Poméranie et les autres pays où

la peste s'était déclarée. Cependant, malgré toutes ces mesures, Hambourg ne pilt en être préservé ; elle pénétra dans la Iiôhmcken Strasse au mois de septembre 1712, et bientôt elle gagna d'autres quartiers. Les pauvres en étaient attaqués les premiers : on leur défendit la mendicité, mais on fit des quêtes pour les secourir. Un hospice avait été établi pour les pestiférés:

d'autres maisons servirent de lazaret pour les personnes et les effets qui devaient être soumis à la quarantaine.

Les mouvements militaires de tous les peuples du Nord avaient favorisé la contagion; et ce fléau, prompt à se joindre à celui de la guerre, était venu frapper au milieu des villes, de paisibles populations, innocentes du sang répandu. La guerre bornait aux champs de bataille lethéâtre de ses fureurs ; mais la peste ne fut circonscrite par aucune limite : lorsqu'elle avait pénétré dans un camp, elle s'y étendait avec rapidité; et chaque nouveau combat devenait d'autant plus funeste que les hommes tombés sous les coups de l'ennemi n'expiraient pas seuls : la contagion qu'ils répandaient autour d'eux allait les venger et porter la mort à leurs vainqueurs.

Plusieurs nations s'étaient confédérées pour soutenir l'un ou l'autre parti ; mais souvent elles ne s'accordaient que d'homicides secours: elles empruntaient l'une de l'autre la maladie qui consumait leurs forces; elles la propageaient dans les pays qu'elles avaient à traverser; et comme la nécessité de se pourvoir de subsistances les mettait journellement en communication avec les habitants, elles laissaient chez les amis et chez les ennemis les mêmes vestiges de leur funeste passage.

Ce fut par ces inévitables relations que la peste pénétra dans les villes anséatiques de même que dans les contrées environnantes. Hambourg en fut spécialement affligé : on y compta sept mille victimes dans les cinq derniers mois de 1712. L'art de guérir devenait impuissant; et l'altération des organes était si rapide,

VILLES ANSKATIQIJKS.

que dès les promiôrs symptômes elle était déclarée mortelle.

Pendant cette calamité , le gouvernement de Hambourg permit aux calvinistes d'avoir une chapelle dans l'intérieur de la ville et un cimetière dans les faubourgs. lis ne pouvaient plus exercer leur culte hors de la place, depuis (pie les Danois avaient établi un cordon sanitaire autour de ses murailles : un malheur commun lit oublier les dissensions religieuses; et la tolérance accordée aux calvinistes leur fut conservée après la cessation de ce Qeau.

Le voisinage des troupes étrangères taisait d'ailleurs sentir à tous les H am bourgeois la nécessité de la concorde. Ces troupes ne se bornaient pas à intercepter les communications de la ville avec le Holstein : quelques régiments danois avaient pris leurs quartiers dans la Fierlande et dans les deux bourgs possèdes en commun par Hambourg et Lubeck : Frédéric IV ne renonçait pas aux prétentions qu'avaient eues les comtes de Holstein : il se plaignait vivement du refus qu'avait t'ait le sénat de recourir à son intervention et de reconnaître son protectorat; et il saisissait, pour étendre ses droits, toutes les occasions qui lui paraissaient favorables.

Son projet d'assujettir au péage de Gluckstadt tous les bâtiments qui naviguaient sur l'Elbe, quelle qu'en fut la provenance ou la destination , n'était pas abandonné; et, comme les Hambourgeois continuaient de s'y refuser, il en résulta de part et d'autre différents actes d'agression et de représailles qui aigrissaient encore les anciennes animosites.

Le gouvernement danois lit alors saisir plusieurs navires de Hambourg, qui se trouvaient en Norwége, où les Anséates continuaient de jouir de leur ancien comptoir; et il donna l'ordre d'arrêter également, partout où l'on pourrait les rencontrer, les vaisseaux de la même ville et les biens qui lui appartenaient.

Il était urgent de prévenir la suite

des dommages dont le commerce et la

19e Livraison, (villes ansé.vtiqiïes. )

navigation de Hambourg étaient menaces; et le sénat, qui desirait recouvrer la bienveillance du roi, lui envoya une députation pour obtenir un

arrangement amiable, il reconnaissait

la nécessite dv faire un sicrilice: et la

satisfaction pécuniaire que demandait le gouvernement danois fut fixée à une somme de deux cent quarantesix mille rixdales. Le roi promit de retirer ses troupes du territoire de Hambourg et de celui des bailliages communs, et de n'y laisser prendre à l'avenir aucun quartier militaire : il ordonna de relâcher immédiatement les vaisseaux et les effets qui avaient été retenus en Norwége; il révoqua l'ordre d'en arrêter un plus grand nombre, et rendit à la navigation et au commerce un libre cours. Ce prince était également intéressé à pacifier ce différend et à recevoir une indemnité:

la guerre contre la Suède multipliait ses dépenses, et réclamait l'emploi de toutes ses forces. Il en avait d'abord dirigé une partie sur Wismar, pour faire le siège de cette ville, et d'autres corps de troupes allaient se rallier aux Moscovites et aux Saxons pour attaquer la place de Stralsund; mais la rigueur de l'hiver vint suspendre lune et l'autre entreprise, et les hostilités prirent momentanément une direction différente.

L'expédition des Danois en Poméranie avait laissé à découvert les rives méridionales du Holstein : elles étaient exposées aux attaques d'un corps de troupes suédoises qui se trouvait alorsdansle duché de Brème; et plusieurs milliers d'habitants s'étaient réfugiés vers le nord de cette province, pour se soustraire aux périls d'une invasion. L'ennemi n'avait en effet qu'à traverser l'Elbe, pour se portersurAltona, Gluckstadt, ou d'autres places du Holstein.

Le roi de Danemark résolut d'aller au-devant du danger, et de couvrir ses États, en prenant lui-même l'offensive contre le duché de Brème.

Une escadre, qu'il envoya vers l'embouchure de l'Elbe, remonta ce fleuve, et s'empara de trente navires enne-

L'UNIVERS

mis : un corps de troupes danoises vint débarquerdans le duché de Brème et assiéger Stade, qui en était la plus forte place. Le feu tut ouvert par une artillerie formidable; et lorsqu'elle eut ruiné une partie de la ville, les habitants demandèrent à capituler; mais lesconditions qu'ils proposaient n'ayant pas été acceptées, toutes les batteries de canons et de mortiers recommencèrent leurs attaques : les Danois eurent bientôt emporté les ouvrages extérieurs; ils se logèrent dans le chemin couvert; leur bombardement alluma un vaste incendie; et l'explosion d'un magasina poudre ayant détruit la plupart des édifices que l'artillerie n'avait pas encore atteints, la garnison et les habitants furent forcés de se rendre à discrétion.

Cette prise facilita l'invasion des autres parties du duché de Brème, où la Suède n'avait qu'un petit nombre de troupes; mais un tel succès n'avait rien de décisif : la Poméranie allait redevenir le théâtre de la guerre. Les Danois, les Saxons et les Moscovites devaient reprendre le siège de Stralsund ; ils faisaient aussi celui de Wismar ; et l'armée suédoise chargée de leur tenir tête était commandée par Steenbock , par ce même général qui avait déjà remporté près d'Helsinbourg une victoire contre les Danois.

Il était campé près de Wismar, et comme il attendait quelques renforts de Suède , il avait d'abord négocié une suspension d'armes : les ennemis y consentirent ; et ils espéraient en profiter eux-mêmes pour avoir le temps de réunir contre lui toutes leurs forces; mais à peine l'armistice fut-il expiré que Steenbock marcha contre l'armée danoise, renforcée par les Saxons , et encore éloignée des Moscovites, dont elle cherchait à se rapprocher. Il la joignit près de Gadehusch dans le Mecklembourg : les forces étaient très-inégales : les Danois et les Saxons avaient l'avantage du nombre, et venaient d'enlever à leur ennemi un convoi de munitions, dont ils avaient dissipé l'escorte : ils

avaient battu quelques-uns de ses détachements, et ils manœuvraient pour envelopper son corps d'armée mais ils furent complètement défaits dans la sanglante journée du 2 décembre 1712. La guerre entre les Suédois et leurs ennemis avait pris un tel caractère d'extermination , que plusieurs corps qui combattaient à Gadebusch ne s'étaient fait aucun quartier, et qu'un carnage aussi cruel qu'inutile avait tristement accompagné la victoire.

Cette impitoyable haine se fit encore plus remarquer dans une expédition que le général Steenbock dirigea bientôt contre Altona , tandis que le roi de Danemark, ralliant ses troupes après leur défaite, se retirait vers le nord du Holstein, où il allait attendre de nouvelles levées. Le général savait que les Danois avaient formé à Àltona des approvisionnements considérables en farine, en pain, en fourrages : ne pouvant pas les emporter, il prit la résolution de les détruire ; et comme ils étaient distribués dans un grand nombre de maisons, il voulut brûler la ville entière.

En arrivant vers cette place, qui ne pouvait lui opposer aucune résistance, Steenbock fit enjoindre aux habitants d'avoir à sortir immédiatement d'une ville qu'il allait réduire en cendres : les magistrats lui adressèrent d'inutiles supplications, pour émouvoir sa pitié et pour se racheter : la rançon qu'il exigeait d'eux était si excessive, qu'on ne pouvait satisfaire à ses demandes.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1713, des soldats, armés de haches et de torches incendiaires, brisèrent les portes d'Altona; ils mirent le feu à plusieurs quartiers , et toute la ville fut bientôt dévastée par d'impétueux tourbillons de flamme. Les habitants s'échappaient en toute hâte de leurs murs embrasés : ils furent livrés dans leur fuite à toutes les rigueurs de la saison, et ils allèrent demander un refuge aux autres villes, aux hameaux du Holstein, qui recueillirent leur misère. Un petit

VILLES ANSÉATIQUKS

nombre s'étaient arrétél dans les campagnes voisines; ils y suivaient des yeiix avec mie profonde douleur les

procès de l'incendie, espérant encore que quelques habitations échapperaient a ses ravages, et qui le vainqueur, prenant enfin en pitié tant d'infortunes , laisserait debout les édifices que le hasard aurait épargnés.

La plupart d'entre eux revinrent, quand ce grand incendie fut éteint :

on les vit errer à travers les décombres , cherchant à exhumer quelques débris de meubles , d'ustensiles, de marchandises que la flamme n'avait pas entièrement dévorées.

L'auteur de ce grand désastre chereba vainement à se justifier devant les peuples qui l'accusaient, et il prétendit avoir exercé de justes représailles contre les Danois, en se vengeant sur Altona des malheurs qu'iis avaient fait éprouver aux habitants de Stade ; mais les calamités de Tune et de l'autre ville n'avaient pas la même origine. Stade avait soutenu un siège, et s'était exposée par sa résistance a tous les fléaux de la guerre : Altona , ouverte à ses ennemis, et n'ayant pas eu à se défendre contre eux , ne laissait aucun nrétexte à leur furie.

Steenbock, après avoir détruit Altona , ramena ses troupes vers le nord du Holstein : il leva sur son passage de nombreuses contributions, et voulut ensuite pénétrer dans le duché de Sleswick ; mais les Danois et leurs alliés couvraient cette frontière : ils disputèrent aux Suédois le passage de l'Eyder; et, après les avoir battus dans plusieurs engagementssuccessifs, ils les réduisirent à se renfermer dans Tonningen , à y soutenir un siège, et à conclure, le 1 7 mai 1713, une capitulation, aux termes de laquelle les troupes suédoises furent faites prisonnières de guerre.

Ce succès rendit aux Danois la supériorité des armes pendant le cours de cette campagne : il leur restait à réparer les malheurs d' Altona; et le roi avait déjà cherché à relever cette ville de ses ruines par des secours pécuniaires, de nombreuses recons-

tructions et des privilèges de commerce qui devaient un jour la replacer dans un état plus florissant. Les habitants d'Altona reprochèrent aux Ha in bourgeois de ne pas leur avoir donne l'hospitalité; mais le malheur, qui rend injuste, les empêcha d'examiner si la situation sanitaire de Hambourg, où la peste exerçait alors de si cruels ravages , lui permettait de recevoir des étrangers et de livrer de plus nombreuses victimes à la contagion. Sans doute le gouvernement de Hambourg craignit d'étendre encore dans cette ville les progrès d'une épidémie qui ravageait sa population et réduisait de jour en jour les relations de son commerce. Déjà une grande partie de ses communications était interrompue : la mortalité était encore progressive; et ce cruel fléau n'épuisa sa violence, et ne cessa vers la fin de 1714, qu'après avoir dépeuplé les quartiers qui lui offraient le plus d'aliment.

Tandis que le Nord était encore livré à toutes les calamités de la guerre, les grandes puissances de l'Occident et du Midi renouaient entre elles les liens de la paix , et concluaient à Utreeht ces traités célèbres qui devaient fixer pendant longtemps les destinées de l'Europe, et qui eurent pour elle autant d'importance que les traités de Westphalie. Les villes anséatiques furent comprises dans cette grande pacification : cependant il fallut attendre quelques années pour fixer d'une manière définitive leurs relations de commerce avec la France.

Elles avaient été souvent entravées pendant la guerre que ce royaume avait eue à soutenir, depuis 1702, contre les grandes puissances maritimes et continentales; mais la Hollande avait conclu, en 1711, de nouvelles conventions avec la Hanse : l'Angleterre avait suivi cet exemple; et la reine Anne, après s'être détachée de la ligue formée contre la France, avait aussi voulu préparer la paix du Nord : elle avait offert , en 1 7 12 , au czar, au roi Auguste, à celui de Danemark, sa médiation entre eux et les Suédois,

L'UNIVERS

afin que la guerre, prête à s'éteindre dans (e Midi, pût cesser en même temps de ravager les rives de la Baltique.

Mais la Suède, toujours animée de cet esprit militaire que Charles XII avait porté jusqu'à l'exaltation, ne voulait faire aucun acte de conciliation que son monarque pût désavouer.

Ce prince, encore fasciné par les illusions de conquêtes et de gloire qui l'avaient longtemps ébloui, ne renonçait pas à l'espérance de rentrer en vainqueur dans les provinces qu'il avait perdues : son but était de rallumer la guerre entre la Porte Ottomane et la Moscovie, et de pénétrer en Pologne à la tête d'un corps de spahis et dejanissaires, tandis que la Suède tenterait au nord une diversion et lui enverrait de nouveaux secours. Tout lui faisait espérer de pouvoir troubler encore la paix du monde : ses agents à Constantinople étaient parvenus à opérer une révolution dans le divan :

l'exil du grand vizir Cuprugli était leur ouvrage; et la Porte s'était déterminée à déclarer la guerre à la Russie pour venger la défaite de Charles XII. Une armée de cent mille hommes, conduite par le nouveau vizir Balthadji Méhémed, et accrue de quarante mille Tartares que commandait l'hospodar Cantemir, s'assembla en Moldavie, marcha contre le czar, qui n'avait que vingt-quatre mille hommes, parvint à l'envelopper et surprit tous ses convois. L'armée russe était campée sur la rive gauche du Pruth : elle soutint avec perte plusieurs engagements partiels qui l'affaiblissaient encore; et une bataille générale contre des ennemis si nombreux ne lui aurait offert aucune chance de succès. La czarine qui accompagnait son époux , dont elle avait voulu partager tous les périls, fit alors ouvrir une négociation avec le grand vizir, parvint à le déterminer à la paix , et signa , de l'aveu du czar, un traité qui sauva l'armée moscovite.

La seule clause stipulée en faveur de Charles XII, fut que le czar n'empêcherait pas le retour de ce princa

dans ses États; mais il fallait le décider à quitter la Turquie, et il s'y refusa : une lettre du sultan Aehmet III ne l'y détermina point. Déjà il avait perdu, en s'obstinant à rester près de Bender, la possession de la Livonie et de l'Esthonie, dont ie czar s'était emparé, tandis que la Scanieet la Poméranie lui étaient également disputées par le roi de Danemark, devenu l'allié des Saxons et des Moscovites. On ne put l'arracher qu'avec violence de sa maison, où il soutint un siège ; et lorsqu'on l'eut transféré de Bender à Démotica, près d'Andrinople, il ne céda qu'après un séjour de dix mois aux vives instances qu'on lui faisait pour qu'il retournât en Suède. Charles XII partit enfin de Démotica, le 14 octobre 1714; il renvoya, en arrivant à Targovitz, l'escorte qu'il avait reçue du pacha d'Andrinople, donna à "tous les gens de sa suite rendez-vous à Stralsund , et partit pour cette ville, seul en poste, avec le colonel During. Charles XII se dirigea par la Hongrie, la Moravie et l'Autriche : il gagna la Bavière, le Haut-Palatinat, la Westphalie, traversa la basse Saxe, le Mecklembourg, et arriva le 21 novembre à Stralsund. Ce prince n'avait pas voulu consentir à la neutralité de la Poméranie et des autres possessions suédoises situées en Allemagne : il s'y trouva bientôt enveloppé par les forces de ses ennemis. La ligue formée contre lui entre le Danemark, la Saxe et la Moscovie, fut accrue par l'accession de la Prusse et par celle du roi d'Angleterre en sa qualité d'électeur de Hanovre; et le Danemark, qui s'était emparé du duché de Brème en 1712, l'engagea à ce monarque pour une somme de sept cent mille écus. Dès ce moment il fit partie des domaines de l'électorat, et cette cession fut confirmée par des traités ultérieurs.

L'acquisition de ce duché par le Hanovre n'était pas sans intérêt pour les villes anséatiques de Hambourg et de Brème. Dès ce moment, elles se trouvaient moins exposées aux atta-

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