‹ Villes anséatiquesChapitre 25 sur 51 · II.I.I.S AN STATIQUES · texte numérisé non relu

II.I.I.S AN STATIQUES

ques des Danois et des Suédois, lorsque ces deux peuples étaient en guerre et qu'ils choisissaient pour théâtre de leurs hostilités le pays qui

s'étend entre l'Elbe et le Weser. La

navigation de l'un et de l'autre Meuve acquit en même temps plus de liberté et la ville de Brème tut enfin affranchie des prétentions ijue les Suédois avaient eues si longtemps sur sa souveraineté.

Cependant . la guerre était encore trop animée dans le voisinage des villes anséatiques pour qu'elles pussent échapper aux charges que leur imposaient les belligérants. Les Moscovites exigèrent de Hambourg, en 1714, le payement d'une somme de trois cent mille écus, et les Saxons lui en demandèrent cent mille autres : ils revinrent dans la Poméranie qu'ils avaient abandonnée momentanément :

chaque puissance tenait à conserver ses conquêtes, ou à recouvrer tout ce qu'elle avait perdu; et des prétentions contradictoires, auxquelles on ne renonçait pas, empêchaient toute espèce de' rapprochement et de conciliation.

L'obstination , la violence des hostilités éveillèrent l'inquiétude des souverains d'Allemagne qui , après avoir rétabli par les traités de Rastadt et de Bade leurs paisibles relations avec la France, craignaient que la guerre encore allumée au nord de l'Empire ne vînt à en regagner les autres parties. Ces princes ou leurs ministres convinrent, dans une assemblée tenue à Brunswick, de la formation d'un corps de vingt mille hommes, dont la levée serait répartie entre l'Empereur, le roi de Prusse, l'électeur Palatin, celui de Hanovre, l'évêque de Munster et le landgrave de Hesse.

L'armée devait s'assembler sur les bords de l'Elbe; elle avait pour but d'assurer la neutralité du duché de Brème et celle de la Poméranie :

cette dernière contrée serait mise en séquestre entre les mains de l'Empereur, et Stettin serait occupé, au même titre , par le roi de Prusse.

Les résolutions de cette diète seraient

Communiquées aux belligérants, et s'il se livrait entre eux un nouveau combat, Tannée de neutralité prêter. ut son assistance au parti qui pencherait vers la paix.

dette intervention de plusieurs princes de l'Empire ne lit pas encore, cesser la guerre dans le nord de l'Allemagne; mais du moins elle en ralentit les opérations ; elle les concentra dans une partie de la Poméranie, et les villes anséatiques, devenues plus libres dans leurs relations de commerce, purent en accroître le développement et recouvrer les avantages qu'elles avaient perdus.

La variété de leurs spéculations se prêtait aux changements de situation des autres États : si la guerre venait à leur fermer l'accès de quelques ports, elles cherchaient d'autres débouchés , faisaient de nouvelles tentatives, et transportaient ailleurs leurs entrepôts et leurs marchés. Ces déplacements entraînaient sans doute quelques pertes individuelles , mais on pouvait les compenser par d'autres bénéfices, et l'ensemble des opérations était généralement favorable. Quelques fabrications particulières aux Anséates, telles que les brasseries de bière , la mouture des grains , les raffineries de sucre, les tanneries, la quincaillerie, les constructions de navires, et plusieurs espèces de fonderies , les enrichissaient d'une manière directe; et déjà nous avons indiqué les produits de la culture ou de l'industrie qui leur arrivaient de l'étranger et rendaient florissant leur commerce de commission.

Le traité que la France conclut en 1716 avec les villes anséatiques de Lubeck , Brème et Hambourg, peut faire juger de l'activité et de l'étendue qu'avait alors le commerce des Anséates. Cette convention eut pour eux une telle importance que nous croyons devoir en rappeler sommairement les dispositions.

Les habitants des villes anséatiques doivent jouir, dans le royaume et dans tous ses domaines européens, des

L'UNIVERS

mômes libertés que leurs ancêtres; ils peuvent y aller, venir, passer et repasser par mer et par terre, avec lems marchandises, dont l'entrée, la sortie et le transport ne seraient pas défendus aux sujets du roi par les lois et les ordonnances.

Ceux qui trafiquent et demeurent en France ne sont pas assujettis au droit d'aubaine : ils peuvent librement disposer de leurs biens , par testament , donation , ou autrement ; et leurs héritiers peuvent aussi leur succéder ab intestat, sans avoir besoin d'obtenir des lettres de naturalité.

Ils n'ont pas à payer, pour leurs personnes, leurs denrées et leurs navires, des taxes, gabelles, ou contributions plus fortes que s'ils étaient sujets du roi. Ils ne sont soumis à un droit de fret de cinquante sous par tonneau que loruu'ils prennent des marchandises dans un port de France , et qu'ils les transportent dans un autre port du royaume, pour les y débarquer.

L'importation des produits de leurs grandes pêcheries est favorisée en France par des réductions de droits d'entrée, et plusieurs autres articles de leur commerce ont également obtenu une diminution de droits.

Les Anséates jouissent des mêmes franchises que les sujets du roi pour les marchandises du Levant qu'ils importent à Marseille et dans les autres ports du royaume où l'entrée en est permise. Ils doivent jouir, en ce qui concerne la navigation et le commerce , non-seulement des droits et des privilèges que ce traité leur assure , mais encore de ceux qui seraient accordés dans la suite aux Provinces-Unies et aux autres nations maritimes dont les États sont situés au nord de la Hollande.

Leurs capitaines de navire, hommes d'équipage, officiers ou soldats ne peuvent être arrêtés dans les ports de France; leurs vaisseaux ne peuvent y être retenus pour un service quelconque , et leurs denrées ou marchandises ne peuvent être saisies en vertu d'un ordre général ou particulier ,

si ce n'est du consentement des intéressés; sans préjudice néanmoins des saisies qui seraient faites par autorité de justice. Leurs patrons qui relAcheraient dans un port de France ne sont pas contraints d'y faire le débarquement et la vente de leurs marchandises; mais ils peuvent y vendre une partie de leur cargaison, pour acheter les vivres dont ils auraient besoin et les objets nécessaires au radoub de leurs vaisseaux, après en avoir obtenu l'autorisation des officiers de l'amirauté.

Les navires anséatiques qui échoueraient sur les côtes de France, doivent être rendus aux propriétaires , avec leurs apparaux et leurs cargaisons, s'ils sont réclamés dans l'an et jour, et en déduisant la valeur des frais de sauvetage. La vente n'en peut être faite qu'à l'expiration de ce terme, à l'exception des marchandises les plus périssables.

S'il survient une guerre entre la France et quelques puissances , autres que l'Empereur et l'Empire, les vaisseaux anséatiques ne peuvent être arrêtés, même quand ils iraient dans les ports et autres lieux dépendants des ennemis de la France; à moins qu'ils ne soient chargés de contrebande de guerre, ou de marchandises appartenant aux ennemis. On entend par contrebande les munitions, armes, chevaux, harnais et autres fourniments militaires : on n'y comprend pas les froments, vivres, boissons, et tout ce qui sert à la nourriture; à moins que ces articles ne soient portés à une place actuellement investie, bloquée ou assiégée, ou qu'ils n'appartiennent aux ennemis de l'État.

Dans le cas précédent, la contrebande et les denrées sont conGsquées; mais le navire et le reste du chargement ne le sont pas.

Le navire et la cargaison sont confîscables, si des papiers ont été jetés à la mer par le capitaine ou le contremaître : ils le sont également, s'il ne se trouve à bord ni charte-partie, ni connaissement, ni facture.

Quand les capitaines refusent d'à-

VILLES INSÉATIQU1 S.

mener leuti voil i avoir et

moncés . ils peuvent y ôtre contraints par la forte, M en cas il»' résislanoe

OU tif combat ils sont de bonne prise. Si l'on arrête un vaisseau chargé de marchandises prohibées, on ne peut en l'air»' la trente que lorsqu'i ont ete mises a terrej itivetitoi

saisissantes* Les vaisseaux aiiM-atiques, a boni d« squels il se trouve des marchandises ennemies, ne peuvent être confisqués, non plus que la partie neutre de leur cargaison. On déroge, à leur égard, aux ordonnances de 1536, 1584 et 1681, qui f»ortent que la robe ennemie c a marchandise et le vaisseau amis.

Il faut, pour connaître les véritables propriétaires, que les eonnaissements indiquent la qualité et la quantité des marchandises, le nom du chargeur et de celui auquel on doit les consigner, le lieu d'où l'on est parti, Celui de la destination, et le nom du capitaine.

Toute marchandise appartenant aux Anséates et trouvée dans un navire ennemi, estconfiscable ; mais elle ne l'est pas, si le chargement a eu lieu avant la guerre, ou s'il a été fait depuis sa déclaration, pourvu qu'il l'ait été dans les termes et les délais suivants. Ces délais sont de quatre semaines pour les chargements faits dans la mer du Xord, depuis les rotes de >"orwe re jusqu'à l'entrée de la Manche; de six semaines jusqu'au cap Saint-Yinrent : de dix semaines dans la Méditerranée ou jusqu'à la ligne; et de huit mois au delà de l'equateur et dans toute autre partie du monde.

Si quelques marchandises de contrebande font partie d'un chargement, elles ne sont rendues que lorsqu'on a reçu cnution qu'elles ne seront pas portées à l'ennemi. Le capteur a aussi le droit de les retenir, en payant leur valeur, qui doit être convenue de :re a gré. Si l'on trouve, à bord d'un navire anséatique, des passagers appartenant à une nation ennemie delà France, ils ne peuvent pas être enlevés, à moins que ce ne soient des gens de guerre, actuelle-

ment mi dt l'ennemi

ce dernk r cas, ils deviennent prison*

nier- re.

Pour qu'un bâtiment toH réputé appartenir aux rilles anséatiques, il faut qu'il loi! le leur fabrique ou de

celle d'une nation neutre, un qu'il ait ete acheté d'un ennemi avant la

déclaration de guerre : il faut aussi que les capitaines, contre-maîtres,

pilotes, subi mmis et les

d<m\ tiers des é [uîp tges soient sujets naturels des villes anséatiques ou d'une nation neutre, ou qu'ils aient ete naturalisés. Ces preuves de patrie ou de naturalisation doivent être blies par les | rts ou lettres de

mer et par les roi - .;e :

elles doivent être | : rie

capitaine ou le p itron.

Les navires insêatès . rencontres en temps de guerre, dans les rades ou en pleine mer, par les vaisseaux:

du roi ou par ceux des armateurs français, doivent amener leurs voiles, dès 'qu'ils ont été semonces par un coup de canon , tiré sans boulet.

Le vaisseau ne s'en approche qu'a portée de canon : il envoie sa chaloupe et quelques hommes au navire anséate, et le capitaine de ce navire représente les actes et papiers qui constatent sa nationalité, son chargement et la régularité de son expédition. Les gens de guerre du vaisseau français ne doivent commettre aucune violence à bord : ils ne peuvent rien enlever, sans s'exposer à la restitution du quadruple, et sans encourir les autres punitions prescrites par les ordonnances. Le "navire continue sa route, lorsqu'on a reconnu qu'il ne renferme ni contrebande ni marchandises ennemies.

Pour préserver de toute violence les gens de g;;erre qui viennent vis un navire, on fait descendre dans la chaloupe où ils étaient quelques hommes de son équipage, et ils y restent jusqu'à ce que les gens de guerre se se soient rembarques.

Les capitaines français ou anséates, armes en guerre et en course, doivent donner, avant leur départ du

lieu où l'armement s'est fait, une caution suffisante pour répondre de toute contravention aux clauses du traité.

Les jugements concernant les prises faites sur les villes anséatiques doivent être prompteinent rendus suivant les lois du royaume. Eu cas de plainte contre ces jugements, le roi les fait revoir par son conseil; et en attendant cette nouvelle décision , qui doit être rendue dans les trois mois , on ne doit vendre aucun article de la prise , à l'exception de ceux qui pourraient dépérir.

La durée de la convention que nous venons d'analyser est indélinie ; et si quelque mésintelligence interrompt les rapports d'amitié et de commerce rétablis entre la France et les villes anséatiques, les sujets de celles-ci doivent avoir un délai de neuf mois pour se retirer du royaume avec leurs effets , les transporter, ou en disposer comme ils le jugent convenable.

Les contractants convinrent par un article séparé que dans le cas où il surviendrait quelque rupture entre la France et l'Empereur, les villes de Lubeck, Brème et Hambourg seraient réputées neutres à l'égard de la France , et jouiraient de la liberté du commerce et de tous les droits reconnus par ce traité, à condition qu'elles obtiendraient aussi de l'Empereur la reconnaissance de cette neutralité, et qu'il y aurait sûreté dans leurs ports pour les vaisseaux et le commerce français.

Quelles que fussent les faveurs commerciales accordées aux Anséates par les dispositions de ce traité, ils virent néanmoins avec peine restreindre l'exercice de leurs droits de neutralité pendant les guerres qui pourraient survenir entre la France et d'autres puissances. Ils pouvaienteffectivement conserver leurs relations avec l'ennemi et se rendre dans ses ports avec leurs propres marchandises; mais ils ne pouvaient pas prendre à bord de leurs bâtiments ses propriétés, sans que celles-ci courussent le risque d'être ar-

rêtées et déclarées de bonne prise. Le commerce de fret et de commission, qui avait toujours enricbi les Anséates, se trouvait ainsi gêné en temps de guerre, et la France dérogeait à ses usages en déclarant que la neutralité du pavillon anséatique cesserait de couvrir la propriété ennemie. Cette exception à la règle était d'un dangereux exemple; et le gouvernement qui se déclara si souvent protecteur des droits des neutres, ne les aurait pas sans doute limités en cette circonstance, s'il n'avait reconnu pendant ses dernières guerres que l'ennemi profitait habituellement de la marine des Anséates pour continuer avec plus de sécurité les expéditions de son commerce. Au reste, une restriction, dont on n'avait pas à faire l'application immédiate, put alors paraître moins rigoureuse : la paix était rétablie entre la France et les autres États, et la perspective d'une nouvelle rupture ne s'offrait que dans un avenir éloigné.

La guerre dont on était délivré dans les contrées occidentales de l'Europe, venait de se diriger vers l'Orient : les Pays-Bas, les bords du Rhin était pacifiés; mais les succès obtenus par les Turcs contre les Vénitiens, qu'ils avaient chassés de la Moréeen 1715, étaient devenus pour la république chrétienne un sujet d'inquiétude. La Hongrie était menacée d'une invasion, et ses périls avaient déterminé l'empereur Charles VI à déclarer la guerre a la Porte Ottomane.

Ce monarque demanda, en 1716, un subside en hommes et en argent aux différents cercles de l'Empire; et -il fut convenu dans la diète de Ratisbonne que ce subside serait levé , dans la proportion de cinquante mois romains; mais plusieurs États le trouvaient trop onéreux, après les pertes que la guerre leur avait déjà imposées: les princes du cercle de Basse-Saxe déclarèrent qu'ils ne pouvaient fournir que vingt-cinq mois : les députés de Meckleinbourg, duHolstein, de Brunswick, de Hambourg, de Lubeck, demandèrent à être exonérés de cette taxe, et l'Empereur eut égard à ieurs

VILLES dNSÉATlQl I S

représentations. Une armée de soixante mille hommes s'assemblait en Hongrie

les ordres du prince Eugène :

celle des Turcs était ae cent cinquante mille; mais malgré la supériorité du

nombre, ils perdirent, le (j août 17H». la bataille de Péterwaradin : les Impériaux s'emparèrent de Témeswar le 13 septembre, et lé prince gugène

devait bientôt remporter a Belgrade une nouvelle victoire.

V la même époque, Charles XII cherchait a reprendre l'ascendant que

ses derniers malheurs lui avaient lait perdre. Après avoir soutenu un long siège daus les murs deStralsund, et

avoir épuise tous les moyens de défense, il avait quitté cette place le 20 octobre 171(5, et s'était retiré en Scauie . sans perdre l'espérance de relever une puissance abattue et de fonder son rétablissement sur la ruine de t|uelques autres États. Le baron de Gôrtz l'encourageait dans ce dessein : lui-même il avait conçu une partie de ces plans gigantesques, et ses artifices devaient en préparer l'accomplissement.

Le baron de Gôrtz. né en Frnnconie, avait quitté son pays natal et s'était attache de bonne heure au duc de Holstein-Gottorp . dont il était devenu le ministre. Lorsque ce prince fut dépossède de ses États par le roi de Danemark, Gôrtz l'accompagna dans sa retraite à Hambourg, où il resida longtemps. Quelques services qu'il put rendre ensuite à Charles XII, pendant son exil en Turquie , lui valurent toute la confiance de ce monarque ; et Gôrtz prit sur l'esprit du roi un empire si absolu, qu'il lui lit approuver toutes les machinations qu'il allait mettre en œuvre pour rallumer la guerre en Europe et procurer à la Suède de puissants alliés.

D'abord , il chercha à détacher le czar de la ligue de ses ennemis, en offrant à ce prince la cession de la Livonie , de l'Ksthonie et de la Carélie : il embrassa le projet de rétablir sur le trône d'Angleterre le prétendant, fils de Jacques: et dans cette vue il

noua des intrigues en Espagne, avec le cardinal Ubéroni, esprit brouillon, vif, audacieux, et digne de fomenter

avec lui IfN troubles et les d\\ la qui pouvaient affermir son pouvoir. Il vit en fiance et en Hollande les hommes qui servaient la cause du prétendant ; il lit sonder i n Angleterre les

dispositions du même parti : et menées ayant été découvert! - en

France par le, régent, et en Bollande

par le St ithou 1er, le baron de Gortz fut arrêté a la Haye, et le comte de Ghillemberg fut arrêté à Loin; ou il était ambassadeur de Su Ltur détention dura quelques mois; et Gôrtz. encore plus aigri par s i captivité . chercha par d'autres voii se venger de ses ennemis : il reprit des négociations avec la Russie, pour la déterminer a la paix; et le czar cousentit a faire ouvrir des conférences dans l'île i|*Alland, entre Osterman et le baron de Gôrtz.

Pierre l" désirait la conclusion d'un traité qui devait lui assurer l'acquisition de plusieurs provinces Toutes ses vues tendaient a la prospérité de la Russie , et il poursuivait sans îelâche le projet d'introduire dans ses États les sciences, les lettres et tous les établissements propres à développer les arts et l'industrie. La noble mission de civiliser son peuple était l'occupation habituelle de sa vie: ce prince y consacra tous les moments dont une longue guerre lui permettait de disposer; et afin de procurer à son empire de nouveaux cléments de puissance et de grandeur, il voulut, en 1717, revoir les pays où il était venu, vingt ans auparavant, puiser ses premières connaissances maritimes. Ce n'était plus le simple ouvrier, venant exercer lui-même les professions qui devaient lui préparer une puissance navale. Le temps avait secondé tous ses projets : ses vaisseaux parcouraient les mers: ses armées étaient nombreuses et disciplinées; lui-même s'était intruit de tous leurs devoirs, en parcourant successivement tous les grades ; il avait appris a connaître tous les besoins des camps, et en servant

L'UNIVIvKS.

avec zèle; il s'était rendu plus digne de commander.

Lorsqu'il reparut dans l'occident de l'Europe, il n'avait plus à ébaucher de premiers travaux, et il ue lui restait qu'à consolider son ouvragé, en prenant parmi les grandes puissances le rang qui lui était réservé, et en assurant a son empire les alliances qui allaient le faire entrer pour toujours dans le système européen.

Quelques entretiens que le czar eut avec le comte de Gôrtz, pendant son séjour en Hollande, eurent pour résultat de ralentir les opérations de l'armée russe qui était alors en Poméranie : c'était un premier acheminement vers la paix avec la Suède. Ce monarque vint ensuite à Paris, et il eut de longues conférences avec le régent Philippe, duc d'Orléans, sur les mesures à prendre pour hâter cette réconciliation. Un traité d'amitié fut alors conclu entre la France , la Russie et la Prusse ; et cette dernière puissance obtint, pour prix de son adhésion, que sa nouvelle acquisition de Stettin luiseraitgarantie. Leczar désiraitque le duc d'Orléans devint médiateur entre la Suède et ia Russie pour rétablir la paix du Nord; mais l'obstination de Charles XII devait encore faire différer un résultat si désirable et si nécessaire à la situation de son royaume.

La Suède avait été tellement appauvrie par dix-huit années de guerre qu'il ne lui restait ni trésor, ni crédit. Le baron de Gôrtz avait imaginé de lui donner une monnaie fictive n'ayant que la quatre-vingtième partie des valeurs qu'elle représentait. Ces signes imaginaires achevèrent la ruine des finances : leur emploi faisait hausser tous les prix, et la plupart même des marchandises disparurent : on aimait mieux les soustraire aux acheteurs que de les livrer pour une valeur illusoire. Ces monnaies eurent en Suède l'effet que produisait en France le système de Law; et le commerce des villes anséatiques, participant à cette calamité commune , eut à subir à Stockholm et dans tout le royaume des pertes considérables. Ces villes avaient

déjà éprouvé d'autres alarmes pour leur négoce et leur navigation, lorsque Gôrtz , voyant la marine de Suéde entièrement délabrée, avait eu, en 17 H), le dessein de faire recevoir dans le port de Gothembourg soixante vaisseaux appartenant à des pirates de différents pays, qui avaient formé entre eux une association et qui infestaient tous les parages où la course pouvait leur offrir quelques bénéfices.

Ces hommes avaient choisi pour leur principal repaire un port de l'île de Madagascar, et ils interceptaient habituellement les communications de l'Europe avec les Indes orientales; mais aimant mieux se rapprocher .des régions d'Occident où leurs spoliations pouvaient être plus fréquentes, ils avaient fait offrir leurs services à Charles XII, et ils demandaient à être reçus dans ses ports avec leurs richesses. Leur admission n'eut cependant pas lieu : d'autres combinaisons la firent suspendre; et le roi, exclusivement occupé des préparatifs qu'il faisait en Scanie pour ouvrir une nouvelle campagne contre la Norwége, ne prit alors aucune mesure pour relever sa marine, ou pour la remplacer par de si dangereux auxiliaires.

Les Anséates continuaient de pourvoir au transport des approvisionnements dontlestroupesdu roi pouvaient avoir besoin et au service de cabotage qui se faisait de port en port le long des côtes de Suède. Ils s'étaient habituellement intéressés à la cause de cette puissance pendant ses guerres avec le Danemark , et la neutralité dont ils jouissaient alors ne leur interdisait pas toute espèce de relations.

Cependant les levées et les dépenses de l'armée suédoise aggravaient de jour en jour les charges publiques : le baron de Gôrtz voulut soumettre aux contributions le clergé comme les autres classes; et cette mesure lui suscita de nouveaux ennemis, que l'ascendant et la dignité de leur caractère rendaient plus puissants. Bientôt il fut poursuivi par la haine de la nation entière : on ne faisait pas remonter jusqu'au roi les reproches dont on

VII,!. \ SÉATIQUES.

■(tablait son ministre : l'esprit ehe* iraleresque de Charles \n, ses mal* heurs, ta constance, ses efforts pour retrouver la fortune et la victoire,

frappaient encore tontes les imaginations. On pardonnait tout, pour retrouver la gloire militaire, quelque chèrement qu'elle piH être achetée.

Charles XII avait épuise son peuple ; mais il avait acquis un nom qui ne périra pas; son illustration en avait tait une idole, et Ton s'était prosterné en Sa présence, comme devant un dieu arme de la foudre. Mais elle était près d'échapper de ses mains : elle allait même éclater contre lui ; et ce prince, qui avait envahi la Norwége avec un corps de trente mille hommes vers la (in de 1718, était venu mettre le siège devant Frédencshall , lorsqu'il fut tué dans la tranchée, le Il décembre, par une balle qui l'atteignit à Ja tête et qui causa une mort instantanée. Sa sœur, la princesse Ulrique-l^léonore, fut proclamée reine : on modifia la forme du gouvernement; et le Sénat et les autres corps de l'État rentrèrent dans les privilèges qui leur avaient été enlevés sous les règnes de Charles-Gustave et de Charles XII.

On vérifia, après sa mort, qu'il ne restait à la Suède que trois vaisseaux marchands; unique débris de la marine commerciale qui s'était développée sous son prédécesseur. Ce résultat explique la facilité qu'avaient eue les villes anséatiques de profiter d'une telle décadence.

Le baron de Gortz, accusé depuis longtemps d'être l'instigateur des mesures les plus désastreuses, fut arrêté aussitôt après la mort du roi ; il fut mis en jugement , et fut condamné par le Sénat à avoir la tête tranchée. Gôrtz reçut avec fermeté l'arrêt de sa mort; mais, comme il devait être exécuté au pied du gibet, il demanda que du moins cette partie de la sentence fut adoucie : il se plaignait de n'avoir obtenu ni avocat ni conseil , et de n'avoir eu que quelques heures pour sa défense et pour la recherche des pièces propres à le justifier : il

repoussa l'idée de trahison et de malversation , protest i de son innocence)

et n'attribua m mort qu'a celle, du roi

auquel il avait été fidèle. On l'enterra

près du lieu de l'exécution; mais ses

serviteurs l'exhumèrent pendant la

nuit; et après avoir embaume à la hâte ses triste, restes, ils les transportèrent a Hambourg , OÙ sou corps fut. expose sur un lit de parade, avant de recevoir la sépulture.

(lu des premiers soins de la reine fut de ren Ire la paix à la Suède, et deux traités furent successivement conclus, l'un avec l'Angleterre, le 12 juillet 1719, et l'autre avec la Prusse, le 21 janvier de l'année suivante.

La Suède Cédait au roi d'Angleterre, en sa qualité d'électeur de Hanovre, leaduenés de Brème etde Werden, aux mêmes conditions que lorsqu'elle les possédait elle-même : elle cédait à la Prusse la ville de Stettin , toute la partie de la Poméranie située entre l'Oder et la Pehne, et les îles placées à l'embouchure de l'Oder.

L'une et l'autre pacification diminuaient le nombre des ennemis de la Suède, et cette puissance conclut un traité de paix avec le Danemark le 12 juin 1720. Le Danemark s'engageait à n'assister la Russie ni directement ni indirectement , pendant la guerre qui subsistait encore entre elle et la Suède; à ne souffrir dans ses ports aucun armateur moscovite qui troublât le commerce et la navigation de la Baltique . à n'y recevoir aucune des prises qu'il aurait faites; à rendre à la Suède File de Rugen, Stralsun 1, et les terres de Poméranie situées à l'occident de la Pehne. La Suède renonçait à l'exemption et à la franchise du péage du Sund et des Belts, et ce péage devait être le même pour elle que pour les Anglais, les Hollandais et les nations les plus favorisées.

Ce traité prépara celui qui fut conclu à Nystadt le 30 août 1721 entre la Russie et la Suède , et les principales clauses de cet acte furent la promesse d'une amnistie, dont on excepta toutefois les Cosaques qui avaient

L'UNIVERS

passé au service de Suède; la cession faite à la Russie des territoires et des villes de Livonie , d'Esthonie , d'fngermanie, d'une partie de la (^arélie ,

du district de Wibourg et des îles voisines des pays cédés. Il y aurait liberté de commerce entre les Russes et les Suédois, et ils pourraient passer et négocier d'un pays dans l'autre, en jouissant des droits de la nation la plus favorisée : on donnerait de part et d'autre secours aux naufragés, et lesbiensque l'on aurait sauvés seraient rendus à ceux qui les réclameraient ; on s'accorda sur l'extradition des criminels qui se réfugieraient d'un territoire dans l'autre.

Le rétablissement de la paix entre la Suède et la Pologne n'était pas encore conclu; mais les deux gouvernements étaientconvenus d'un armistice qui devait se prolonger jusqu'à la paix définitive.

Quelques dédommagements pécuniaires que la Suède obtint alors de la Russie, de la Prusse, de l'électeur de Hanovre, n'étaient qu'une bien faible compensation des nombreuses pertes de territoires qu'elle avait faites , mais la paix lui était devenue nécessaire : elle expiait les téméraires agressions de Charles XII , et l'aveugle imprudence d'avoir rallié contre elle toutes les puissances intéressées à l'affaiblir.

Pendant une si longue guerre , les Anséates avaient été souvent exposés à des actes de violence, ou à des entraves qui rendaient plus difficiles toutes leurs relations : plusieurs ports leur étaient fermés , et l'on arrêtait la circulation d'une partie de leurs marchandises devenues contrebande de guerre. Le retour de la paix rendit une nouvelle activité à leur commerce ; et il fut également favorable à celui de la ville de Dantzig, qui continua d'être traitée par plusieurs puissances comme membre de la confédération des Anséates, quoiqu'elle eût cessé d'envoyer des députés à leurs diètes et de prendre part à leurs délibérations. Les négociants de cette ville conservaient en Angleterre les mêmes droits que lors-

qu'elle avait fait partie de la ligue. Un acte publié le 4 décembre 1725 par le gouvernement français déclara que Dantzig, ayant été comprise dans le traité d'Utrecht au nombre des villes anséatiques, jouirait dans ses relations avec la France des privilèges accordés par le traité de 1716 aux villes de Lubeck, BrêmeetHambourg : les Français qui résidaient à Dantzig y étaient aussi favorablement traités; et cette réciprocité d'avantages fut maintenue avec fidélité.

Si l'on parcourt la série des conventions diplomatiques qui furent souvent faites, soit avec la Ligue Anséatique , soit avec chacune des villes qui en faisaient partie , on remarque un progrès et une sensible amélioration dans les principes de droit public et de liberté commerciale, que l'expérience, les lumières et un mutuel intérêt avaient modifiés et consacrés. On tendait généralement à rendre plus faciles les relations des peuples, à les rapprocher, à les unir ; et ce système était naturellement adopté par les villes anséatiques, accoutumées à devoir au commerce leur prospérité, leur crédit , et le rang dont elles jouissaient dans la grande société européenne. Héritières d'un nom illustre, mais d'une succession commerciale souvent disputée et partagée, elles avaient à soutenir leur renommée, et à ménager en même temps les biens et les franchises qui leur restaient. Elles eurent constamment soin de veiller à ce double intérêt; elles restèrent au niveau de la position qui leur était faite ; et si elles ne purent conjurer tous les périls auxquels les États faibles sont souvent exposés , elles surent par leur prudence tourner une partie de ces écueils, soutenir courageusement leurs pertes, les réparer avec habileté, opposer la prévoyance à la fortune, et ne jamais désespérer du salut de la patrie.

VILLES ÀflSÊATlQUES.

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