LIVRE TREIZIEME
SOMMAIRE
PfiCHi nu s BU iKSÉATES VERS LE GROEN- LAND. — Refonte des monnaies de Hambourg.'—Création BTCHDTE ni L\ COMPA- GNIE n'Osri ndb. — Participation de Hvm-
DOURG , DU DANEMARE l l DE LA Si i Dl \i COMMERCE DBS INDI s. — AFFAIRES INTÉ- RIEURES. — Situation morale m littéraire DBS IH8EATES.— LEURS CONVENTIONS AVEC l'i \ Bll l us (.01 \ ERNVMI NTS. - TRAITÉ DE COMMERCE ENTRE HAMBOURG ET LA
France. — Suppression du droit d*au-
BAINB DANS PLUSIEURS ÉTATS. — Fin m - DÉMÊLES DE HAMBOURG AVEC l\ Maison
deHolstein. — Bonne intelligence avec le Danemark. — Administration de
StRUENSÉR. — RÉVOLUTION OPÉRÉE EN Si IDE PAR GUSTAVE III. — PROJET D'OU- VRIR LECAMAL DE GOTHA.
Si nous comparons la destinée de quelques villes, dont la prospérité se ionde sur le commerce, les arts et la paix, à l'inquiète turbulence des Etats plus puissants qui ne cherchent que la gloire des conquêtes , ce n'est pas à l'empire de la force que nous assignerons le premier rang : une illustration moins périssable appartient aux gouvernements modérés et justes qui respectèrent les droits des autres nations , cultivèrent leur amitié , et veillèrent au bonheur de la cité avec un soin paternel.
Les villes anséatiques , dans leurs rapports avec les étrangers et avec leurs propres citoyens , ne perdirent pas de vue ces principes de modération. Les étroites limites de leur territoire et de leur puissance ne leur laissaient ni l'espérance ni même le désir de s'asrandir; mais elles s'attachaient à maintenir leur indépendance, à se concilier l'amitié de leurs voisins pardejusteségards envers eux, à multiplier leurs relations maritimes dans tous les ports où leur pa vi lion était admis. Les Anséates avaient su conserver, au milieu des calamités qui affligeaient une grande partie de l'Europe, quelques-unes des branches de leur ancien commerce : ils variaient avec habileté la directionde leurs entreprises, se-
lonuue la difficulté des temps l'exigeait; et ils Bavaient remplacer les ressources qui venaient a leur manquer par
celles que d'autres combinaisons pouvaient l«ur offrir. Les anséates envoyaient Ions les ans dans le détroit de Davis leurs bâtiments baleiniers; mais ces parages commençaient a s'épuiser, et il fallait remonter au delà du 70« degré, soit dans la haie de Baflin, soit entre le Groenland et le Spitzbérg, pour trouver une pèche plus abondante. On allait poursuivre à travers les places, et jusque dans leurs plus profondes retraites, les baleines qui ont souvent plus de cent pieds de longueur, le narval armé de sa longue lance ; les épées de mer, qui s'attroupent autour de la baleine pour l'attaquer toutes à la fois; les morses, auxquels les pêcheurs du Nord donnent le nom de bestiaux de la côte, et qui viennent y chercher les coquillages dont ils se nourrissent ; les phoques dont les nageoires sont articulées , et qui tour à tour vivent dans la mer ou sur les glaces et les rivages.
Le Danemark cherchait habituellement à restreindre les grandes pêcheries des Anséates et des autres nations maritimes ; et même il avait anciennement prétendu à la souveraineté des mers du nord, entre les îles Ferroe, l'Islandeet leGroenland : il voulait exclure les étrangers de tout commerce direct avec chacune de ces contrées ; mais les prétentions de ce gouvernement n'avaient été reconnues ni par l'Angleterre, les Pays-Bas et la Suède, ni par les villes anséatiques: ces différentes nations s'unirent pour revendiquer leurs libertés maritimes, et elles ne se crurent point liées par les ordonnances prohibitives que le Danemark publia successivement. Hambourg parvint en 1692 à faire reconnaître ses droits de navigation et de pêcherie dans le détroit de Davis ; mais cet affranchissement fut passager; et le gouvernement danois, qui s'était réconcilié avec la Suède, profita du retour de la paix pour rendre une nouvelle activité à sa navigation, à
L'UJSIVERS.
son commerce , et reprendre avec plus de suite l'exploitation de ses pêcheries.. Les communications de ce royaume avec le Groenland avaient été interrompues depuis le commencement du quinzième siècle, et l'accumulation des glaces avait rendu inaccessibles les rivages de cette contrée. Lorsque les navigateurs eurent reconnu qu'ilsétaient devenus plus abordables, par l'effet sans doute de quelques années d'une température plus douce , qui avait détaché de la côte ces barrières déglace et qui les avait entraînées ou dissoutes, le roi Frédéric IV envoya de nouvelles colonies sur les rives occidentales du Groenland : il n'y restait aucune trace delà population danoise qui s'y était autrefois établie ; et cette région était occupée par les Eskimaux. Le projet d'établir une mission au milieud'eux , et d'y conduire un certain nombre de Danois et de Norvégiens, fut conçu par Hans Égède, ministre luthérien à Drontheim:
il se rendit en 1719 a Copenhague, pour présenter ses plans au ministère ; et n'ayant pu le déterminer à les exécuter lui-même, il alla s'adresser aux négociants de Bergen , qui formaient une compagnie pour l'exploitation de la pêche dans le détroit de Davis. Le roi lui accorda l'autorisation d'établir unecolonie dans leGroenland:
on leva une capitation sur les ordres civils et ecclésiastiques, on chercha des actionnaires; et, en 1721, Égède partit de Bergen avec sa famille, et avec les premiers colons destinés à cet établissement : les navigateurs gagnèrent les parages de l'Islande ; ils doublèrent le cap Farewell, et remontèrent la côte occidentale du Groen land Jusqu'à une île située à l'embouchure de la rivière de Baal ; ils s'y établirent; et ce premier asile reçut le nom de Good-hope , ou Bonne-Éspérance. Une secondecolonie, conduite par son pasteur Albert Top, s'embarqua deux ans après, suivit la même direction, remonta jusqu'au soixanteseptième degré, et s'établit dans l'île de Népissène; mais l'une et l'autre colonie ne purent résister à la rigueur du climat et à la misère , et il fallut
bientôt ramener en Europe les débris de leur population.
En cessant d'avoir dans cette contrée des établissements permanents, le Danemark put reconnaître l'impossibilité de conserver seul le privilège de la pêche dans ces parages , et d'en écarter les baleiniers des villes anséatiques et ceux des autres nations.
Le sénat de Hambourg eut à s'occuper en 1734 d'une refonte des monnaies : il la croyait nécessaire, pour empêcher qu'elles ne passassent en Danemark où le titre des pièces d'or et d'argent était plus faible; et le voisinage d'Altona rendait si facile et si habituel leur écoulement d'un lieu dans l'autre, que les désavantages du change devenaient plus nuisibles de jour en jour. Mais quand la refonte fut effectuée, de manière à assimiler l'un à l'autre les titres des deux monnaies, les Danois regardèrent comme une perte les bénéfices qu'ils ne pouvaient plus faire ; ils s'en plaignaient hautement ; et Frédéric IV, n'ayant pu obtenir la révocation de cette mesure, prit le parti de fermer l'entrée de ses États aux marchandises de Hambourg.
Le commerce de cette ville souffrit beaucoup d'une telle interdiction , mais elle ne fut que temporaire : ce prince était prudent et juste; et l'on put aisément le convaincre que tout gouvernement a le droit de faire, en ce genre, des réformes qui n'aient pour but que de rassurer la bonne foi et de prévenir des gains illicites.
Ce sujet nous conduit à quelques observations sur le système monétaire des villes anséatiques, et sur les modifications qu'il avait éprouvées dans ce pays comme dans tous les autres.
On sait que le commerce ne subsiste que par des échanges, qu'il se fonde sur des besoins mutuels , et qu'il doit recevoir le prixdes marchandises qu'il a livrées. La difficulté de s'acquitter par des échanges en nature fit promptement recourir à dès signes monétaires qui paraissaient propres à les représenter, et que l'on s'accoutuma de part et d'autre à regarder comme équi-
vili.i s \ «SÉATIQUES.
relents. Ces signes varièrent, Nina
les ressources dont on pouvait diSB >ser : on avait pris pour moyen d'échange, des bestiaux . des poissons.
des coquillages ; d'autres objets les remplacèrent; les métaux parurent ensuite les pluscomroo les de tous. D'abord ils étaient employés eu barres ou en lingots, et oi les évaluait au poids. L'empreinte qu'on v appliqua ensuite . on le fait encore pour
les pièces d'orfèvrerie dont on veut légaliser le titre, ne donnait aucune sécurité contre l'altération du poids; mais on obtint cette garantie, en les frappant d'un coin qui couvrait complètement les deux faces et la tronche des pièces monnayées. Leur poids et leur titre changèrent plusieurs fois chez les anciens et dans le cours du moyen ,'ue. Sens le règne de CbarJémagne l'unité monétaire avait ie poids d'une livre : b livre stetlingareit aussi en Angleterre un même poids sous le règne d'Edouard Ier; mais ces valeurs effecti\ es diminuèrent s ■îccessivenient, et les gouvernements eurent quelquefois recours à cette réduction pour payer leurs dettes.
L'or et l'argent furent également en usage; et la valeur comparative des deux métaux ne pouvait pas être toujours la même : ellechangea selon leur de^ré de rareté . et ces variations devinrent encore plus sensibles, lorsque le nouveau monde vint accroître les richesses monétaires de l'ancien. Ces changemeiitsde valeur paraissent plus marqués , si l'on compare, entre elles deux époques très-éloignées l'une de l'autre, mais comme ils arrivent par degrés, leur différence est moinsible. et il n'en resuite pas de soudaine révolution dans la mardi? et les opérations du eommer
Chaque ville anséatique avait un système monétaire, dont les espèces différaient de valeur et de désignation : elle le suivait dans le cours de son commerce intérieur; mais les comptes qu'elle avait à régler avec l'étranger se supputaient en espèces plus generalement connues. La livre de Lubeck avait longtemps servi de type et d'u-
nité monétaire pour ce g nre de calcul: on se régi i ensuite plus habituellement sur la rele ir du no ir.- de II imbourg, et la banque de cette ville
servit d'intermédiaire, pour tous les
p i\ neata qu - les luséates avaient à opérer, dans Irurs relations de c >oimer » avec ledeh >rs. Le choix decette plans était motive par l'étendue d
■ urées, et par le crédit dont elle jouissait dans tout le mon le commercial : on la regardait c mime le plus entrepôt en l'Allemagne, nom ne
la ville dont le commerce et les richesses offraient le plus de garantie à tous ceux qui entraient en relation avec elle ou avec ses voisins.
L •• commerce des Indes orientales était alors un de ceux qui occupaient le plus les nati >ns maritimes de l'Europe : il allait occasionner quelques démêlés entre les puissances qui voulaient le conserver exclusivement et celles qui désiraient jouir aussi de ses avantages. Comme les villes anséatiques furent appelées à prendre part a ces importants débats, il parait utile de connaître comment vint a s'engager et a se compliquer une discussion qui portait sur de si grands intérêts.
Les Pays-Bis espagnole, auxquels le commerce des Indes orientales avait été interdit par les traités . obtinrent néanmoins de h cour de Madrid, en 169S, un octroi qui révoquait e^tte prohibition. Mais la guerre qui é Iota immédiatement , et d >nt 1 » Plan Ire et le Bradant furent le principal théâtre, ne leur permit de faire aucune entreprise dj commerce : on ne revint au projet d'ouvrir des relations avec les Ind^s qu'après la conclusion des traités d'Utrecht. et lorsque les Pays- Bas eurent été détachés de l'Espagne et cèles à l'empereur. Le prince Eugène en devint gouverneur général; et ce fut pendant son administration que quelques armateurs expédièrent, en 1717 et dans les années suivantes, plusieurs navires de commerce. On fut encouragé par le succès de ces premières expéditions; et le projet d'établir a Ostende unecompagniedes Indes fut formé par quelques négociants
L'UNIVERS
étrangers , et fut favorablement accueilli par les ministres de la cour de Vienne.
Mais cette entreprise excita les plaintes des Provinces-Unies : elles voulurent s'opposer à un commerce qui nuisait à leurs intérêts en leur suscitant des rivaux; et l'on apprit en 171-9 qu'un vaisseau hollandais venait de s'emparer , dans les parages de Guinée, d'un bâtiment expédié par la compagnie d'Ostende. Un armateur au service de cette, compagnie usa de représailles; il s'empara à son tour d'un navire hollandais richement chargé, et les réclamations que l'on s'adressa de part et d'autre n'empêchèrent pascette nouvelle association d'expédier en 1730 cinq vaisseaux pour les Indes, et de faire l'année suivante d'autres armements pour Moka, Surate, le Bengale et la Chine. Un de ces navires fut saisi parles Hollandais, un autre par les Anglais : mais en 1721 quatre vaisseaux qui lui appartenaient revinrent des Indes richement chargés. Ce succès détermina la compagnie à faire de nouvelles expéditions; et enfin elle obtint de la cour de Vienne l'assurance d'un octroi qui la constituerait d'une manière légale, et lui assurerait la protection de l'empereur.
Ces promesses d'autorisation, de faveurs nouvelles et de privilèges , inspirèrent une grande confiance à tous les hommes intéressés au succès d'un tel projet. II se trouvait dans ce nombre, non-seulementdes négociants de Bruges, de Garni, d'Anvers, d'Ostende, mais des Fiançais, des Hollandais, des Anglais, qui se livraient à leurs spéculations propres, quoique leur pays fût exposé à souffrir de la concurrencedecette nouvelle corporation.
L'envoyé de Hollande à la cour de Vienne s'éleva avec force contre l'établissement de la compagnie d'Ostende :
ses plaintes étaient appuyées par plusieurs membres du conseilde l'empereur , et par le prince Eugène qui les croyait justes, et qui désirait ne pas troubler , par un acte contraire aux traités , la paix rétablie entre l'Au-
triche et les puissances maritimes. On rappelait que les clauses du traité de Munster, conclu en 1018 entre l' Espagne et la Hollande, n'avaient pas permis aux habitants des PaysrBas espagnols de trafiquer aux Indes , et que les mêmes provinces étant ensuite tombées sous la domination impériale, n'avaient acquis par ce changement de souverain aucun privilège supérieur à ceux qui leur avaient appartenu précédemment. Le gouvernement britannique se prononça également contre cette innovation : un bill , passé dans les deux chambres du parlement, et approuvé par le roi Georges Ier, défendit aux sujets de la Grande-Bretagne de prendre aucun intérêt dans les tonds de la compagnie d'Ostende et de passer à son service.
Mais malgréles représentations des ministres d'Angleterre et de Hollande, la cour deViennepublia,aumoisd'aout 1723 , les lettres patentes qu'elle avait fait dresser vers la fin de l'année précédente. L'octroi de la compagnie d'Ostende lui était accordé pour trente ans : elle pouvait négocier aux Indes orientales et occidentales, sur les cotes d'Afrique en deçà et au delà du cap de Bonne-Espérance : on luipermettaitde construire des forteresses, de lespourvoir d'artillerie et de munitions, d'armer et d'équiper des vaisseaux, d'en faire construire dans tous les ports des États de l'empereur, et de traiter au nom de ce prince avec les souverains des pays où elle s'établirait. Le fonds de la compagnie tut fixé à six millions de florins : on ouvrit à Anvers des registres de souscription, ils furent remplis le même jour : une expédition partit, les comptoirs dans les Indes furent organisés, et ce commerce prit rapidement une grande activité.
Les États-Généraux continuaient cependant d'adresser leurs plaintes à la cour de Vienne : ils défendirent à leurs administrés de prendre aucune part aux actions de la compagnie d'Ostende et à la direction de ses affaires : de semblables injonctions furent faites aux Français par un édit de leur gouvernement; et le roi d'Espagne Phili ppe
VILLES AYSKYÏIQlîES.
prononça lui-même contre l'établissement de cet te société: il reconnu! que l'Espagne s'était engagée par le traité de Munster à ne pas troubler les Hollandais dans leurs comptoirs des Indes , et que les Pays-Bas avaient été formellement exclus de ce commerce.
Cette affaire entraîna plusieurs annéesde négociations: lacourde Vienne éprouvait une. vive opposition de la
f)art de la France, de 1' Angleterre, de a Hollande, et de la Prusse, qui ne voyait pas sans inquiétude l'accroissement de la puissance de l'Autriche; et l'empereur Charles VI s'engagea enfin, par un traité du 20 mai 1727 , à suspendre pendant sept ans l'octroi de la compagnie d'Ostende. Il fut seulement permis à ses navires , expédiés pour les Indes avant la signature de cette convention, d'effectuer librement leur retour.
Quoique l'on ne fut ostensiblement convenu que d'une suspension de privilèges, la suppression définitive eut lieu quelques années après. L'Autriche espéra se dédommager de ce sacrifice, en transférant dans quelques autres ports de ses États une partie du commerce de la compagnie : on nettoya le port de Fiume; on donna plus d'activité aux travaux des chantiers de Trieste; mais ni l'une ni l'autre ville n'offrait les mêmes avantages que le port d'Ostende.
Les anciens directeurs de la société cherchaient à continuer le commerce des Indes, à l'aide des commissions qu'ils sollicitaient de différents princes: et ils obtinrent quelques passeports du roi de Pologne. Cette simulation ne leur fut pas toujours utile; un de leurs navires fut pris par les Anglais, en 1730, vers l'embouchure du Gange; mais un autre vaisseau richement chargé, et muni d'un passe-port prussien, revint heureusement des Indes en Europe, entra dans l'Elbe, paya, en passant à Stade, les droits accoutumés, et vint mouiller à Hambourg le 12 septembre 1731. L'arrivée de ce bâtiment inspira une nouvelle confiance aux associés : ils crurent qu'ils pourraient approvisionner de marchait- 20e Livraison. (Villes ansé.vtiques.)
dises des Indes l'Allemagne entière; ils annoncèrent l'époque ou l'on ferait
la vente de leur cargaison, et fondèrent leur sécurité sur les franchises dont la navigation de l'Elbe jouissait,
sur le crédit de la ville libre de Hambourg, sur la protection qu'ils s'attendaient à recevoir de ses magistrats et de l'empereur lui-même. Cet te annonce fit renaître quelques rivalités , et les ministres d'Angleterre et de Hollande se plaignirent de ce qu'on favorisait les opérations d'une compagnie formellement supprimée : mais le sénat de Hambourg représenta que le navire avait un pavillon et des passe-ports prussiens; qu'il, avait été considéré comme tel a Stade où il avait acquitté les droits; qu'il était arrivé depuis trois mois à Hambourg, sans qu'on eût mis en doute sa nationalité; que la navigation de l'Elbe était commune et libre pour tous les États dont il arrose le territoire, et qu'en maintenant cette franchise on ne faisait que remplir ses devoirs envers l'Empire dont on était membre, et envers le monarque qui en était le chef. Hambourg était disposé à admettre dans son port tous les vaisseaux qui n'étaient ni ennemis de l'empereur ni pirates , et lorsqu'ils avaient acquitté les droits usités le sénat devait laisser aux propriétaires de leur cargaison la faculté d'en disposer à leur gré. S'il n'avait pas le droit de s'opposer à leurs opérations de commerce, au moment de l'arrivée du navire, il pouvait encore moins les entraver quelques mois après , quand les marchandises étaient débarquées , emmagasinées, vendues en partie, et mises î\ l'abri du droit de visite qu'on ne peut plus exercer dans les maisons particulières. Le sénat écriviten même temps à l'empereur , pour recourir à son intervention et à sa justice ; il lui référa les nouvelles demandes faites par les ministres d'Angleterre et de Hollande : la discussion se prolongeait ; les deux puissances maritimes laissèrent enfin tomber cette affaire, et l'on termina la vente contre laquelle elles avaient d'abord protesté.
Les mêmes actionnaires crurent
L'UNIVERS
qu'à l'aide d'un pavillon masqué ils pourraient faire arriver à Hambourg d'autres cargaisons qu'ils attendaient des Indes : ils envoyèrent à la rencontre du navire la Sirène une corvette , pour lui enjoindre de se rendre a Cadix; et les marchandises y furent transbordées sur un autre bâtiment , qui se dirigea vers l'Elbe et vint mouiller à Hambourg ; mais on avait suivi la trace de cette expédition : l'Angleterre et la Hollande s'adressèrent à la cour de Vienne, pour qu'elle fit prohiber la vente du chargement; et un rescrit impérial du 1er octobre 1732 invita lesénat à ne point l'autoriser. Le gouvernement de cette ville lit alors publier que la compagnie d'Ostende ayant été abolie par des traités , il avertissait les négociants et les autres habitants de ne pas se prêter à un commerce fait au nom et avec la participation de cette société.
Quand ce port eut été fermé aux opérations de la compagnie, ses anciens membres cherchèrent encore à se dédommager de leurs pertes , en intéressant le Danemark à leurs spéculations. Déjà van Aspern , négociant hollandais, avait proposé en 1728 au gouvernement danois, qui avait formé depuis cent ans une compagnie des Indes, d'augmenter ses capitaux et de lui donner de nouveaux souscripteurs.
Cette société fut transférée de Copenhague à Altona. Les nouvelles actions étaient de mille rixdales comme les anciennes ; les étrangers pouvaient devenir actionnaires; et les négociants des villes anséatiques prirent part à cette souscription. Les fonds de la compagnie devaient servir à équiper des vaisseaux pour Tranquebar, le Bengale et la Chine : on fit des préparatifs d'expédition ; et lorsque la Hollande et l'Angleterre se récrièrent contre cette nouvelle corporation et demandèrent qu'elle fut abolie, le gouvernement danois répondit que son intention n'avait pas été d'établir une compagnie nouvelle, et qu'il n'avaitfait que transférer d'une ville à l'autre celle qui existait : aucun nouveau privilège ne lui était accordé , et l'on se bornait à con-
firmer les anciens : le commerce direct avec la Chine ne pouvait pas lui être interdit; et le roi, en favorisant ces expéditions lointaines, ne blessait les droits d'aucune autre nation.
La Suède n'avait pas encore pris part au commerce des Indes. Ce royaume a des côtes étendues , de bons ports, des bois de construction, d'excellents fers, tous les matériaux nécessaires à la marine : mais il se borna longtemps à exploiter ses pêcheries, et à vendre les produits de son territoire aux marchands des villes anséatiques. Ceux-ci allaient les distribuer en pays étranger; et ce commerce de commission se maintint , jusqu'au moment où les Anglais et les Hollandais envoyèrent leurs vaisseaux dansles ports de Suède , et eurent avec ce pays un commerce direct.
Gustave-Adolphe voulut , en 1626, ouvrir à cette nation le commerce des deux Indes ; mais ses guerres en Allemagne l'occupèrent ensuite exclusivement : Christine projeta un établissement en Guinée, etjoignit d'autres colonies à celles que son illustre père avait envoyées en Amérique sur les bords de la Delaware; mais elles furent dépossédées par les Hollandais, comme ceux-ci le furent à leur tour par les Anglais'. Le commerce, qui commençait à se ranimer avant l'avènement de Charles XII, fut anéanti sous le règne de ce prince ; mais la Suède , après avoir recouvré la paix en 1720, remit en valeur les ressources que pouvaient lui offrir le travail , l'industrie et le commerce. j
Henri Kœning, négociant de Stockholm , proposa en 1731 à ce gouvernement d'établir une compagnie des Indes; et le roi lui accorda un octroi qui l'autorisait, pendant quinze ans, à naviguer et à négocier depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'au Japon , excepté dans les ports appartenant à quelques États européens.
Les vaisseaux devaient partir de Gothembourg et y faire , à leur retour , le déchargement et la vente de leurs marchandises. La compagnie aurait des actionnaires; sa direction se corn-
poserait de trois membres , nés ou naturalises Suédois : elle pourrait employer des étrangers eomme subréearguea, officiera, matelots ousoldats;
elle ferait ses règlements , rendrait compte «les prolits OU des pertes aux intéresses, serait soumise au collège du rommeree, et en deviendrait justiciable, si elle outre-passait ses droits s privilèges
Au moment où cet octroi fut expédié, la Suède en donna connaissance au gouvernement hollandais; et malgré le mécontentement de cette puissance, les directeurs armèrent et équipèrent en 1732 deux vaisseaux pour la Chiite:
ceux-ci se rendirent à leur destination; mais en regagnant le détroit de la Sonde pour revenir en Europe , un de ces bâtiments fut pris par une escadre hollandaise , et il ne fut relâché qu'après de vives explications. La compagnie suédoise établit un comptoir sur la rivière de Canton , et continua d'y expédier des navires qui revenaient à Gothembourg avec de riches cargaisons.
La Prusse voulut à son tour former à Embden une compagnie des Indes orientales ; mais cet établissemant eut une courte durée.
Les villes anséatiques , et Hambourg surtout , prirent une grande part au commercedes Indes ; et sans employer à ces expéditions lointaines leurs propres navires , elles entrèrent du moins dans toutes les spéculations propres à les favoriser. Elles prenaient des actions dans les différentes sociétés dont leurs négociants pouvaient faire partie ; elles cherchaient à étendre en Europe le débit des articles de ce commerce , et à s'ouvrir dans tous les pays un accès et un marché facile, en rétablissant ou en maintenant par des traités leurs paisibles rapports avec les autres États.
Hambourg eut en 1734 quelques discussions avec le Danemark : elles étaient occasionnées par l'exigence des douanes de Gluckstadt, et par de nouvelles entraves mises à la navigation de l'Elbe. Le gouvernement danois avait fait armer deux frégates qui in-
terceptaient les communications et
arrêtaient les navires marchands expédies pour Hambourg : mais cette querelle fut terminée en 1730 par une transaction; et les négociants fcni tes lirent le sacrilice d'un million de marcs de banque, pour reprendre librement leurs relations de commerce.
Les franchises de leur comptoir de Bergen avaient été confirmées en 1673 et 1707: elles le furent encore en 1747, et quoique les Anséates eussent cessé de prétendre au monopole dans les régionsdu Nord, ces privilèges leur permirent de prendre encore une part active au commerce de ces contrées, d'expédier du port de Bergen de nouveaux bâtiments baleiniers , d'y entreposer les produits de leur pèche , et de les porter ensuite dans les pays où ils en trouvaient un débit avantageux.
Les prétentions de la maison de Holstein à la souveraineté de Hambourg s'étaientrenouvelées à plusieurs reprises : elles avaient amené de graves discussions en 1680, 1712, 1726; et quand le Danemark eut hérité des droits de cette maison , les mêmes démêlés s'aigrirent davantage. La lutte était inégale ; et Hambourg continuait d'obtenir, par quelques compositions pécuniaires, une trêve plus ou moins prolongée.
Les villes anséatiques eurent le bon esprit de ne prendre aucune part aux événements qui troublèrent la paix de l'Europe pendant la première moitié du dix-huitième siècle : cette heureuse neutralité leur permit de suivre paisiblement leur commerce , et d'appliquer toutes leurs vues aux progrès de la prospérité publique et aux différentes questions qui intéressent l'ordre social. Cette époque est une des plus remarquables , non-seulement par l'impulsion donnée à l'industrie, mais par une noble émulation entre les hommes qui cultivaient leur intelligence, qui avançaient les progrès des lettres et des arts'puisaient une nouvelle instruction dans leurs voyages , et faisaient servir les déve-
L'UJNIVERS.
loppements de leurs connaissances ou • de leur génie au bien-être et à l'ornement de leur patrie.
La société n'est pas immuable ; elle marche et s'avance à travers les siècles qui la changent et la perfectionnent : ses besoins augmentent , ils se multiplient ; et avec eux se développe une nouvelle activité dans les connaissances humaines. Rare bienfait de laProvidence, qui accorde aux hommes toutes les facultés nécessaires pour améliorer leur ordre social ! et par quelle simplicité de vues elle arrive à ce grand résultat! Elle n'appelle pas tous les membres d'une société qui s'éclaire à participer à ce premier mouvement progressif ; elle se repose sur un petit nombre d'hommes d'élite, dont l'influence et l'ascendant peuvent entraîner la multitude. Le génie fut toujours rare; mais il suffît que quelques hommes en soient doués, pour ouvrir à leurs concitoyens et à leur siècle une carrière plus vaste : les découvertes, les inventions qui sont leur ouvrage s'étendent autourd'eux, se popularisent, et deviennent enfin le domaine de tous.
Si, en parcourant les annales du temps, nous nous arrêtons par intervalles aux noms de ces hommes distingués, c'est qu'ils furent en effet les bienfaiteurs de leur pays : les meilleurs esprits s'appliquaient à développer les connaissances utiles , et le mouvement qu'ils imprimèrent à la société nous fait un devoir de consacrer quelques pages à leur mémoire.
Les hommes qui honorent une nation par leur haute intelligence et par Téminence de leurs travaux et de leurs services, font partie de sa richesse et doivent être cités dans ses traditions.
Déjà nous avons remarqué , à l'époque où la Ligue Anséatique était plus nombreuse, le mérite de plusieurs hommes célèbres : ils eurent des successeurs ; et Hambourg doit conserver la mémoire de Lambeccius, Holstein , Lindenbrock, Gronovius, qui recueillirent avec soin ses anciennes annales : Eggeling de Brème appliqua ses
recherches aux antiquités grecques et romaines : Hévélius, né à Dantzig, s'était fait un grand nom par ses connaissancesen astronomie, etsurtout parla perfection de ses cartes sélénographiques. L'art de la navigation s'éclairait par l'étude des phénomènes du ciel , et si Cluvier de Dantzig avait avancé les progrès de la géographie , ceux de l'hydrographie le furent par les disciples d'Hévélius. L'utile direction donnée à la science en relevait encore le mérite , et les arts se perfectionnaient par une heureuse application de la théorie à la pratique. Pour mieux apprécier les ouvrages de quelques écrivains qui résidèrent et acquirent leur renommée dans les villes anséatiques, nous entrerons dans quelques détails.
Albert Fabricius , né à Leipzig en 1G67, vint se fixer à Hambourg dès l'âge de vingt ans : il y suivit les cours du célèbre Vincent Placci us, devint après lui professeur de morale etd'éloquence, et composa tous ses ouvrages dans cette ville, où il mourut en 1736. Le plus remarquable de ses écrits parut sousletitrede Théologie de l'eau. L'auteur reconnaît dans la création de cet élément un des plus évidents témoignages de la bonté, de la sagesse et de ia puissance de Dieu : il analyse toutes les propriétés de l'eau; il en observe la distribution sur toute le surface de la terre, dans les mers, les fleuves et les lacs, et dans les lieux où elle surgit de l'intérieur du globe : il en remarque le mélange dans la composition de toutes les substances, et dans celle de tous les corps organisés ; il suit le mouvement des eaux , occasionné par la révolution de la terre , par l'action des vents, par les variations de la chaleur , qui les vaporise, les condense en nuages, les résout en pluie, les fait pénétrer dans toutes les parties de la nature.
La manière dont l'auteur cherche à expliquer les différents problèmes liés à son sujet, est conforme aux notions de physique répandues au commencement du dix-huitième siècle; et cette science a fait ensuite de si grands pro-
VILLES ANSfiATIQl ES.
grès qu'une partie des principes de Fabricius ne serait plus admissible; mais on doit lui tenir compte de ses nombreuses recherches. La science de la nature est si compliquée et si vaste qu'elle ne peut s'éclaircir que par degrés: la vérité nous parait simple, dès le moment où on Pa découverte; mais pour y parvenir on a souvent eu à traverser de nombreuses erreurs :
on a changé d'hypothèses; on a flotté entre diverses conjectures , avant d'arriver à un système plus propre à expliquer tous ies phénomènes connus ; et peut-être même les tbéories qui nous paraissent si probables et si complètes s'évanouiront à leur tour devant d'autres opinions, lorsqu'un plus grand nombre de faits nous aura été révélé.
En composant un ouvrage sur l'excellence de l'eau , et sur ses nombreux usages , au premier rang desquels on devait mettre la navigation, Fabricius était sur d'intéresser la ville qu'il avait adoptée pour patrie et qui devait à son port et à son commerce maritime la prospérité dont elle jouissait.
Le même auteur fit paraître , sous le titre de Mémoires de Hambourg, une biographie des personnages de cette ville qui avaient obtenu quelque célébrité par leurs talents , leur savoir ou leurs services ; et il publia d'autres recueils sur l'Ancien et le Nouveau Testament, sur la bibliothèque grecque et latine, sur celle du moyen âge, et sur différentes questions de controvese, d'histoire et d'antiquité. La vaste érudition de Fabricius et l'activité de ses travaux excitèrent l'émulation des hommes qui se vouaient comme lui à l'étude, aux sciences, à la culture des lettres, et au service de leur pays.
Jean Hùbner, né à Leipzick , devint aussi professeur à Hambourg, et il y fut recteur du Johanneum. Son père avait publié , sous le titre de Questions géographiques, un ouvrage qui fut traduit dans toutes les langues de l'Europe : Hùbner, formé par un si habile maître, fit paraître une géographie
universelle, dont la plus grande partie est consacrée à la description de l'Allemagne et du nord de l Europe.
dette préférence donnée au pays natal se retrouve dans la plupart des géographes; et c'est après en avoir consulte et comparé plusieurs, que l'on peut acquérir des notions plus exactes sur chacune des contrées du globe.
Cet érudit avait étudié les anciens : il rapproche la géographie des différents âges , et ses écrits renferment de nombreuses observations sur les produits agricoles ou manufacturés de chaque pays, et sur l'utilité de leurs échanges.
Plus le commerce vient à s'agrandir, plus on est intéressé à acquérir des notions positives sur les différentes contrées où il peut étendre ses relations. Le désir d'obtenir ces documents ne tient point à une curiosité vaine et à la seule ambition de la science ; il s'y mêle de plus nobles motifs : le géographe peut devenir un guide pour le négociant, et le zèle patriotique dont il est animé le porte à donner constamment une utile direction à ses recherches. S'il ne peut avoir vu lui-même qu'une faible partie des objets et des lieux qu'il décrit , du moins il profite de toutes les notions recueillies par les voyageurs; il les compare pour les rectifier, et il complète ses propres observations par le fruit qu'il sait tirer de ses nombreuses lectures.
Nous devons mettre au nombre des pluscélèbres contemporains de Hùbner et de Fabricius, Jean Anderson , dont la vie entière fut consacrée à la culture des lettres et aux intérêts de sa patrie. Il naquit à Hambourg en 1674 , et il s'occupa de bonne heure de l'étude des langues classiques et orientales, de celle de l'histoire naturelle , de la philosophie, des mathématiques, de la jurisprudence , des antiquités teutoniques. En 1697 il se rendit en Hollande, fut admis dans les cercles diplomatiques où l'on négociait la paix de Ryswick, suivit àLeyde les expériences physiques de Muschenbrôck , à Delft celles de Leuwenhôck, revint dans sa patrie où il s'attacha au bar-
L'UNIVERS
reau, fut nommé en 1702 secrétaire du sénat, et devint six ans après un des syndics de la république. Ânderson se rendit à Utrecht en 1713, et il obtint que les villes anséatiques fussent comprises dans le traité de paix : l'année suivante il eut le même succès au congrès de Bade. Le sénat de Hambourg l'envoya ensuite en France; et ses négociations amenèrent, en 1716 , la conclusion du traité de commerce et de navigation dont nous avons déjà donné l'analyse. Le roi d'Angleterre désirait l'avoir à son service , et le duc de Brunswick lui offrit également une place dans son conseil ; mais il préféra aux faveurs d'un autre gouvernement l'honneur de servir sa patrie. Il fut nommé en 1723 bourgmestre de Hambourg; et on lui confia , neuf ans après ,1e commandement des troupes de la ville et de son territoire. Des études variées occupaient ses loisirs : Leibnitz eut souvent recours à ses lumières : Eckard et Sirenius lui soumirent plusieurs articles de leur dictionnaire sur les étymologies et les antiquités : il embrassa dans ses recherches et ses travaux le droit germanique , le droit public et les statuts de Hambourg, la philologie, la physique, les arts, la géographie, l'économie politique : son cabinet d'histoire naturelle faisait partie des ri" chesses de sa ville natale : plusieurs académies l'admirent au nombre de leurs associés ; et ce savant , aussi recommandable par ses vertus que par sa simplicité et par l'aménité de son caractère, mourut en 1743. L'ouvrage qu'il avait publié sur l'Islande et quelques autres régions du Nord est le principal monumentqu'il nous ait laisséde l'étendue de son savoir et de l'application de ses études aux intérêts commerciaux de son pays. Anderson avait visité l'Islande; il avait eu de fréquents entretiens avec les capitaines qui venaient habituellement de cette île à Gluckstadt et à Hambourg, et il avait recueilli dans leurs entretiens toutes les notions que l'on pouvait avoir sur l'état naturel et politique des régions du Nord : il avait égale-
ment consulté tous les documents publiés avant lui sur la pêche, les productions, les antiquités, l'histoire naturelle de l'Islande et du Groenland.
Son ouvrage était, lorsqu'il parut, la relation la plus complète qu'on eût en Europe sur les ressources que l'un et l'autre pays pouvaient offrir au commerce.
La géologie de l'Islande et quelquesuns des phénomènes qu'on y observe avaient déjà occupé les savants du Nord. Eeckoff avait formé à Lubeck une riche collection de marbres, de minéraux, de substances volcaniques, de soufre natif, et de ces spaths dont la réfraction et la transparence doublent l'image des objets. On avait souvent remarqué dans cette île le spectacle des aurores boréales , celui des anneaux de lumière apparaissant autour du soleil, celui des parhélies ou images solaires qui se réfléchissent et se répètent dans les nuages : la physique cherchait à en expliquer l'origine; et ses notions encore imparfaites se réduisaient sur ce point à des conjectures.
Anderson remarqua dans cette île , où la terre fut souvent déchirée et bouleversée par des éruptions volcaniques, que de nombreuses solfatares, exhalant leurs vapeurs enflammées , allumaient quelquefois des incendies au milieu des campagnes : il y en eut un en 1729 dans le district de Hunswick , et quelques villages y furent brûlés avec leurs bestiaux : un incendie semblable éclata trois ans après dans l'île de Jean Mayen, située au nord de l'Islande.
En étudiant l'histoire naturelle des régions du Nord, les Anséatesqui naviguaientdansces parages s'attachaient spécialement au genre d'observations qui pouvait intéresser le commerce :
ils pratiquaient depuis longtemps les eaux de l'Islande, ou la pêche du hareng continuait de les attirer, quoiqu'elle y fut devenue moins abondante , et les eaux du Groenland où ils allaient pêcher la baleine , et aguerrir leurs matelots à tous les périls, à toutes les difficultés de la navigation.
VILLES ANSIvVnQl l S.
Mi
\ i nnt le quinzième siècle . les Norvégiens fréquentaient presque seuil les ports d'Islande ; le commerce de cette île passa ensuite aux anglais : les \llemands s'en emparèrent ;i l'époque (K> la réformatioo, et les villes losfttr tiques, celle de Hambourg surtout, s'en occupèrent avec une grande activité. Une ordonnance, rendue eu |6Q| parChristiernlV, vint leur interdire ee commerce; le privilège de le faire fui exclusivement réservé à nue eompa* gnie danoise; mais celle-ci n'empêcha pas (]u*il fût souvent troublé par des corsaires, et elle ne parvint point à faire cesser la contrebande que continuaient d'y introduire les négociants et les armateurs de différentes nations.
On ne pouvait visiter l'Islande, sans donner une attention particulière aux monuments d'ancienne littérature qui s'y sont conserves, et qui remontent à une époque où la civilisation de ces insulaires était plus avancée que celle du continent. La langue Scandinave est celle dans laquelle sont écrites les Sagas , que les habitants conservent encore et qu'ils aiment à répéter, parce qu'ils y voient revivre le souvenir des héroïques et aventureux exploits de leurs ancêtres.
Les voyageurs qui parcouraient une région si souvent ravagée par la violence et l'explosion des feux souterrains, devaient être également frappés du spectacle des Huerer , de ces jets d'eau naturels, dont plusieurs s'élèvent de soixante à quatre-vimzt-dix pieds ; on en découvre dans différentes parties de l'île , mais le G?y*er est le plus considérable de tous. L'eau jaillit par élancements, comme une fusée qui change de proportions : le jet n'en est pas continu; il se renouvelle fréquemment dans la même journée, et sa hauteur n'est pas toujours la même, L'eau qui sort en bouillonnant de cet orifice rejette les pierres qu'on y avait lancées; et la température de ces Huerer est quelquefois assez élevée pour que les habitants voisins puissent y faire cuire leurs aliments.
On reconnaît dans les relations qui
furent publiée! sur l'Islande, suit pai \u lerson, suit longtemps après lui parTroïl, évéque de Nycôping, un esprit d'observation et de sincérité quj
les fait rechercher , et qui augmente l'intérêt de leur lecture.
Cette application a l'étude de U
nature ne nisait pas négliger celle des hommes; et l'éruditionqui avait rc^ué pendant le siècle précédent . commençait à faire place a des œuvres «1 gi nation, destinées à honorer la littérature allemande et a lui faire prendre un rang élevé dans l'histoire des progrès de l'esprit humain. Les villes anséatiqu es participaient, comme les autres contrées de I Ulemagne, à ce grand mouvement intellectuel, et leurs monuments littéraires devaient être empreints du même caractère de nationalité ; car il s'établit, entre les peuples qui parlent la même langue et qui eurent le même berceau où ils se conservent encore, un mélange si habituel d'idées et d'opinions, que leurs systèmes dans les lettres et 4es arts se fondent sur les mêmes principes et dérivent en effet d'une source commune.
La poésie en Allemagne avait plusieurs fois changé de caractère: les bardes des anciens Germains suivaient les guerriers, les animaient au combat, et les chantaient après la victoire : leurs hymnes, leurs traditions passaient d'une génération a l'autre, et les historiens suivants y puisèrent la plupart de leurs récits.
Les minnesingers , qui parurent dans le treizième siècle, chantèrent la beauté , la nature , les hauts faits de la chevalerie: c'étaient les troubadours de l'Allemagne : ils furent favorisés par Frédéric Barberousse, fleurirent sous les empereurs de la maison de Souabe , et tombèrent avec cette dynastie.
' Des corporations de meistersingers s'établirent dans le seizième siècle : ils flattaient les grands, censuraient les autres classes, et se faisaient remarquer par de brusques attaques contre les travers et les vices.
Opitz , qui parut au commencement
L'UNIVERS
du dix-septième siècle , s'attacha dans ses écrits a épurer la langue déjà corrompue : il rendit la versilication plus harmonieuse et mieux cadencée, en la soumettant à un rhythmeoù l'on appréciait la valeur et la mesure de chaque syllabe; il éleva le but de la poésie, en instruisant les hommes et en chantant la Divinité. Le style de cet écrivain était naturel: d'autres qui vinrent après lui tombèrent dans l'exagération, dans l'enflure , dans toutes les recherches du faux goût et d'une vaine et pompeuse affectation.
Quelques bons esprits cherchèrent à ramener et à faire prévaloir l'amour du simple et du vrai : Wernick de Hambourg fut de ce nombre; et il se lit remarquer par le naturel de ses églogues et la finesse de ses épigrammes. Un autre poète, Frédéric Hagedorn , né en 1708 dans la même ville , acquit bientôt unejuste célébrité dans les genres de poésie les plus gracieux comme les plus élevés :il était contemporain de Haller, illustre restaurateur delà poésie allemande; ces hommes de génie se rapprochèrent ; et leur louable émulation fit faire de nouveaux progrès àla littérature. D'autres poètes, parmi lesquels nous admirons Gesner , Gellert, Schmidt,Rabener, Zacharie, secondèrent cette heureuse impulsion.
Un prince éclairé et bienfaisant, Frédéric V, roi de Danemark, appelait à sa cour plusieurs hommes déjà célèbres, Cramer, Schlegel , Klopstok ; et celuici fit paraître, en 1760, la première partie de la Messiade , poème qui réunit à l'élévation du sujet la majesté des pensées , celle du style, la grandeur et la variété des images. On publiait à Hambourg, vers le même temps, les fables et les autres poésies légères de Hagedorn, à Brème celles de Schlegel, à Altona les hymnes sacrées de Schmidt qui avait recueilli tous ses sujets dans les livres saints; à Berlin les chants de guerre prussiens, composés par Gleim pendant les campagnes de 1756 et de l'année suivante.
Hagedorn unissait à un grand mérite littéraire des connaissances commerciales très-étendues ; et à son re-
tour d'un voyage qu'il fit à Londres, il fut nommé secrétaire de la compagnie anglaise du commerce à Hambourg.
Ces grands noms avaient commencé l'illustration littéraire de l'Allemagne: elle fut dignement soutenue par Wieland, Schiller, Goethe, Schlosser , Miïller , Herder, qui, honorés et protégés par l'illustre maison de Saxe- Weimar, firent de sa capitale une nouvelle Athènes, et couronnèrent leur siècle d'une gloire qui ne périra point.
La France avait donné, sous Louis XIV, l'exemple d'une si louable émulation : elle offrait un grand nombre de modèles; et les honneurs qui furent alors accordés aux lettres, leur firent espérer aussi de généreux encouragements dans les autres pays. Les effets que produisit en Europe, et surtout en Allemagne, l'apparition de tous ces monuments littéraires , ne doivent pas être passés sous silence.
Tel avait été en France le mouvement imprimé à tous les esprits , que toutes les branches des sciences, des lettres et des arts, y étaient cultivées : chaque homme studieux s'attachait au genre de travaux et de recherches qui tenait à sa vocation. L'éloquence de la chaire, l'histoire, les antiquités avaient fait la réputation de Bossuet etdeFénelon , celle de Rollin , de Vertot,de Montfaucon; Pascal et la Bruyère avaient pénétré dans tous les replis du cœur humain ; Fontenelle poursuivait dans les sciences exactes et dans les lettres sa carrière séculaire; Montesquieu comparait entre elles les institutions des différents peuples , et il retrouvait les principes des droits et des devoirs qui forment les liens des sociétés humaines : Buffon , dont le génie parut égal à la nature, publiait ses savantes observations et ses ingénieuses hypothèses, lorsqu'un homme, célèbre par le mérite et le nombre de ses ouvrages, dans la littérature dont il embrassa toutes les parties , fut sur la scène le digne successeur de Corneille et de Racine, donna unbeaupoëmeà la France dont il chanta un des meilleurs rois, enrichit et
agrandit le domaine de l'histoire, rendit le roman plus instructif, et répandit sur la poésie légère desgrâces inimitables. La poésie lyrique fut cultivée par d'autres génies ; la philosophie, considérée comme véritable amour de la sagesse, trouva quelques dignes interprètes; et si de taux systèmes , ou l'exagération d'un zèle mal entendu, égarèrent quelques sophistes, on s'avançait néanmoins vers un grand nombre de vérités. Un vaste dépôt littéraire vint embrasser, vers le milieu du dix-huitième siècle, le cercle entier des connaissances humaines. Sans doute il devait comprendre beaucoup d'erreurs , puisque leur alliage est inséparable de la vérité ; mais les générations suivantes étaient appelées à le rectifier; et ce grand ouvrage , recomposé sous une forme méthodique , où chaque branche d'études fut traitée séparément, devint le type de ceux qui furent ensuite publiés, soit en France , soit dans les autres parties de l'Europe, sur les progrès indéfinis auxquels la Providence nous a sans doute réservés.
Cette émulation littéraire devenait générale ; et le roi de Prusse, Frédéric II, attirait alors à sacourquelques-uns des beaux génies dont il aimait les ouvrages ou dont il partageait les opinions. Cette réunion, où les sciences naturelles et physiques étaient représentées par Maupertuis, et la littérature italienne par Algaroti , fut surtout illustrée par Voltaire; et les goûts du roi, entraîné vers la littérature française et vers l'homme qui en tenait alors le sceptre , influèrent sur la direction que prit la littérature allemande et concoururent à les rapprocher Tune de l'autre. La guerre elle-même vint encore multiplier leurs affinités. Des armées françaises poursuivaient leurs opérations' dans différentes parties de l'Europe, soit comme ennemies, soit comme auxiliaires : l'étude de leur langue faisait en même temps des progrès ; et l'Allemagne apprenait à mieux connaître une littérature où l'on avait à consulter de si beaux ouvrages. Cependant, même en
l'imitant , on ne la jugeait pas toujours impartialement : on l'accusait d'être timide, de se régler plutôt sur les beautés des anciens que sur la nature, et de ne pas donner a toutes ses productions cecaractèred'orieinalitequi distingue l'inventeur et qui appartient au génie. Mais de tels reproches ne nous paraissent point mérités par les écrivains que la France continue de placer à la tête de sa littérature.
Les échanges d'idées qui s'étaient établis entre la France et l'Allemagne , constituaient une espèce de commerce intellectuel qui s'étendait avec autant de rapidité que toutes les autres relations, et s'appliquait, non-seulement aux belles-lettres qui ornent et charment la société, mais aux plus profondes théories d'économie politique et d'administration. Ce dernier genre d'études intéressait spécialement les villes anséatiques; et les discussions qui s'élevaient sur les véritables sources de la richesse publique; et sur les faveurs à accorder, soit à l'industrie, soit à l'agriculture , tendaient à répandre plus de lumières sur ces questions, à se défendre des préférences exclusives, et à faire concourir au bien commun toutes les ressources , toutes les branches du travail: nous pouvons réduire aux principes suivants ceux qui paraissaient généralement adoptés :
La terre commence les richesses , le travail les achève : il faut craindre d'écraser l'agriculture sous le poids de l'impôt direct ; car il est d'autant plus pénible qu'il se montre sans déguisement ;tandisque l'impôt indirect se mêle à des idées de jouissance :
mais celui-ci doit être modéré, afin que le travail puisse acquérir plus d'activité et compter sur plus de récompenses. La division du travail aide à le perfectionner; l'emploi des machines en augmente l'énergie ; le nombre des consommateurs lui donne plus d'activité. Pour agrandir le marché , il faut des routes , du crédit , une grande liberté d'industrie , une accumulation de capitaux qui ne peut
L'UNIVERS
résulter que de l'esprit d'association.
Les labeurs de l'agriculture sont moins susceptibles de cette division de travail; mais dans les manufactures elle accroît ladextéritéde l'ouvrier, épargne son temps , et ne le détourne pas de ce qu'il fait le mieux. Le désir de rendre le travail encore plus parfait a fait imaginer un grand nombre de machines qui fonctionnent constamment avec la même régularité : chaque opération s'accomplit par des procédés simples, qui, se succédant les uns aux autres , terminent enfin avec une égale perfection les produits de l'art les plus compliqués.
C'est surtout dans les grandes villes et les marchés étendus que le travail se divise, et que l'exécution de ses plus beaux produits est facilitée par l'emploi des machines. Quand l'industrie a terminé son œuvre, le commerce vient s'en emparer; de grandes voies de communication par terre et par eau lui sont nécessaires ; et les secondes sont à la fois les plus favorables, les moins dispendieuses et les plus étendues. Les villes anséatiques, généralement placées sur les bordsdela mer ou sur ceux d'un fleuve navigable, jouissaient de cette facilité de correspondance ; et l'on peut encore remarquer l'heureuse situation de celles qui ont survécu à une confédération autrefois si puissante.
Cette position leur permit , toutes les fois que la guerre se renouvelait dans le nord de l'Europe, de recueillir une partie des avantages commerciaux que perdaient les belligérants.
Mais elles n'étaient pas toujours maîtresses de conserver la neutralité, et quand les exigences d'un parti armé leur avaient arraché quelques services , l'autre parti cherchait à les en punir : c'était leur faire un crime de leur faiblesse.
Les villes anséatiques eurent moins à craindre cette violation de leur neutralité, pendant les guerres qui se renouvelèrent en 1717 entre l'Espagne et l'Autriche, et qui ne furent entrecoupées que par des trêves passagè-
res. L'esprit remuant d'Albéroni avait donné le signal de ces démêlés : il voulait faire passer à Philippe V la couronne de France , et au Prétendant, fils de.lacques II, celle d'Angleterre; il voulait aussi remettre l'Espagne en possession des États qui en avaient été démembrés par le traité d'Utrecht; et sa politique cauteleuse et tracassière, contre laquelle la France, l'Angleterre , l'Autriche, la Hollande avaient à se prémunir, amena une suite de négociations , d'alliances , d'hostilités, qui changèrent à plusieurs reprises la situation de la Sicile , de la Sardaigne et de plusieurs États d'Italie. Les traités qui furent signés par intervalle ne parvenaient pas à satisfaire toutes les prétentions , à calmer tous les ressentiments : ils n'amenaient que de nouvelles combinaisons politiques, dans lesquelles d'autres souverains allaient se trouver engagés. La mort de quelques princes rompait les alliances qu'ils avaient formées : elle faisait naître d'autres systèmes et d'autres prétentions ; on voulait les soutenir par les armes , et la guerre sortait souvent tout armée des conseils des négociateurs et des ministres de paix.
Nous n'avons point à nous engager dans toutes ces questions, et dans le récit des hostilités dont le midi de l'Europe fut alors le principal théâtre : les traités de paix conclus à Vienne en 1731 mirent un terme aux débats antérieurs ; et la guerre que r'Empereuretl'Empireeurent à soutetenir, deux ans après , contre la France, l'Espagne et le roi de Sardaigne, fut terminée à la fin de 1735 par un traité préliminaire; mais il fallut encore trois ans de négociations pour concilier tous les intérêts; et la paix définitive ne fut conclue à Vienne que le 8 novembre 1738. La seule stipulation de ce traité qui intéresse les villes anséatiques est celle qui prescrit le rétablissement des libertés du commerce, telles qu'elles avaient été stipulées par les traités de paix de Ryswick et de Bade, et qui déclare que les citoyens et habitants des
VILLKS AINSKATIQUKS.
villes impériales et anséutiques joui* rtnit p;ir mut et par terre de la plus entière sûreté, et des droits, immunités, privilèges et avantages obtenus pardes traités solennels ou consft par d'anciennes coutumes.
On avait fixé par ce traite le sort
des duchés de Bar el de Lorraine, qui furent remis au roi Stanislas, celui de
la Toscane , dont le duc. François de Lorraine dut jouir après la mort du possesseur actuel, celui des l)eu\-Siciles ,qui furent conservées à l'infant don Carlos, et enfin celui des autres États ou duchés d'Italie , qui durent appartenir à l'Autriche ou au roi de Sardaigne,
Bientôt la mort de l'empereur Charles \ 1 ralluma la guerre entre les princes qui prétendaient à son héritage, quoiqu'ils eussent accédé à la pragmatique sanction, et qu'ils eussent reconnu Tordre de succession établi dans la Maison d'Autriche entre les deux lignes Caroline et Joséphine.
Charles VI avait laissé pour fille la princesse Marie-Thérèse, et la succession lui appartenait; mais elle avait pour compétiteur principal l'électeur de Bavière qui avait épousé la lille de Joseph Ier; et ce fut à ces deux partis que se rallièrent les autres puissances qui prirent part à ce grand aémêlé. La France, l'Espagne, la Prusse, la Sardaigne soutenaient la cause de l'électeur de Bavière , et Marie-Thérèse eut d'abord à lutter seule contre ses nombreux ennemis : mais, pourdissoudre cette ligne, elle se décida promptement à des sacrifices, en abandonnant au roi de Sardaigne quelques districts du Milanais, et au roi de Prusse la Silésie et le comté de Glatz dont ce prince s'était emparé. Il y eut, dans le cours de cette guerre, différentes variations d'intérêts et d'alliances : l'empereur Charles Vil mourut, et son fils conclut la paix avec Marie- Thérèse; l'époux de cette princesse, François, duc de Lorraine, reçut à son tour là couronne impériale. La guerre, qui se ralentissait en Allemagne, se prolongeait dans les Pays-Bas; elle y fut signalée pour la France par les
victoires de Fontenui, doRaucoui, de Lawfelt : de premières confèrenoea pour la paix furent infructueuses ; Diaia il s'în ouvrit d'autres s Us-la*
chapelle : des préliminaires de pais y furent signés le :><) avril 1 7 18 ; et la France, l'Angleterre et la Hollande conclurent, le IS octobre, un traité définitif, auquel accédèrent tous les autres belligérants. Cet acte confirma
tous les traites antérieurs qui intéressaient l'Fmpire comme les autres puissances; il ne changea rien aux relations des villes anséatiques; mais lo rétablissement de la paix devenait | a-
vorable à leur commerce, et lui laissait un plus libre cours.
Il y eut, pendant cette période historique, une si rapide et si fréquente succession d'hostilités, qu'on se- hâtait de profiter d'un intervalle de paix pour étendre ses spéculations commerciales , se dédommager des pertes du passé, et se mettre en état de subir les chances périlleuses de l'avenir.
La régence de Lubeck venait alors d'obtenir de Frédéric V, roi de Danemark, unedéclaration du 29 avril 1747, qui confirmait les privilèges dont les Anséates avaient joui dans le port de Bergen, sous les règnes précédents : ils conservèrent le droitd'avoirdanscette ville leur comptoir, leur église, leur magasin, la juridiction du quartier où leurs établissements étaient situés, et la faculté de s'approvisionner dans tous les marchés voisins. Bergen continuaitd'étre un des premiers entrepôts du commerce des Luheckois : les relations de Brème et de Hambourg s'étendaient davantage dans les contrées plus méridionales : leurs pêcheries donnaient lieu à un commerce trèsétendu, et leurs intérêts sur ce point se trouvaient mêlés avec ceux de la Grande-Bretagne. Le sénat de Brème avait conclu avec l'Angleterre en 1731 une convention, en vertu de laquelle le hareng, péché sur les côtes britanniques, pouvait être librement importé dans cette ville, vendu aux habitants ou réexpédié sur d'autres points. Tout autre produit des pêcheries était également admissible; et il avait été ré-
L'UNIVERS
serve aux Brêmois qu'ils pourraient négocier, selon leur ancienne coutume, dans les provinces britanniques, y porter des marchandises , les échanger contre ces poissons et d'autres denrées.
Les Hambourgeois avaient conclu avec l'Angleterre, en 1719, une convention semblable, et les privilèges qui leur avaient été accordés en France, en Espagne , en Portugal , facilitaient leurs relations sur toutes les côtes de l'Atlantique. Pour donnerplus de sécurité à leur commerce au delà du détroit de Gibraltar , ils entrèrent en négociation avec l'empereur de Maroc , et ils conclurent, le 22 février 1751 ,un traité de paix et d'amitié avec la régence d'Alger. Cet acte allait mettre leur pavillon à l'abri de toute insulte : il admettait leurs marchandises dans tous les ports algériens, fixait à un taux très-modéré les droits de douane à percevoir, déclarait que les Hambourgeois ne seraient jamais mis en esclavage dans les possessions de la Régence, assurait à ceux qui s'y établiraient la faculté de disposer librement de leurs biens , et leur réservait les mêmes traitements qu'aux Anglais, dans toutes les relations et les affaires personnelles et commerciales.
Mais le roi d'Espagne crut devoir se plaindre des dispositions de ce traité, et des arrangements pris dans le même but avec l'empereur de Maroc :
il regardait ces deux gouvernements comme ennemis héréditaires de sa couronne, et il déclara, par un édit du 19 octobre 1751, qu'il interdisait aux Hambourgeois tout commerce avec ses États; qu'aucun de leurs vaisseaux ne serait admis dans ses ports; que l'on confisquerait au bout de trois mois toutes les marchandises qu'ils auraient encore dans le royaume, et que les consuls et négociants hambourgeois devaient en sortir avant l'expiration de ce délai.
Le sénatde Hambourg chercha, par de vives instances, à faire révoquer cette résolution : il avait en effet pour lui tous les droits de la raison , de la
justice et de l'humanité. Pouvait-onlui imputer à crime la protection accordée à ses administrés et les mesures prises pour rendre moins misérable la condition deceuxqui étaient tombés au pouvoir des corsaires d'Afrique ? L'esclavage , cette grande et profonde plaie des États barbaresques, devait inspirer encore plus de pitié , dans un temps où leur état social , moins avancé . ou plusdégénéré, augmentait la misèredes captifs, et les livrait à la merci d'un maître, sans que le frein de l'opinion et des mœurs le contraignît d'être plushumainetd'épargner ses victimes:
chercher à supprimer l'esclavage en faveur de quelque nation , c'était faire un pas dans la voie d'une émancipation qui devait un jour se réaliser d'une manière plus générale et plus absolue.
Remarquons en cette circonstance , que l'initiative d'une mesure bienfaisante et salutaire fut proposée par un État faible; mais en parlant au nom de l'humanité il pouvait hausser la voix ; et son opinion , lorsqu'il défendait les droits de la nature , devenait une autorité. Si elle fut quelquefois repoussée par la jalouse politiqued'unc autre puissance, du moins elle doit être consignée dans les pages de l'histoire , comme un témoignage honorable pour un gouvernement qui , n'ayant pas à dominer parla force, dut au bon emploi de son autorité paternelle un autre genre d'illustration. Le sénat , ne pouvant plus écarter les obstacles que sa généreuse résolution avait rencontrés, obéit enfin aux nécessités de sa situation. Il se trouvait placé dans l'alternative de perdre son commerce avec l'Espagne , ou de renoncer aux avantages de celui de la Méditerranée, qui ne pouvait fleurir que par la liberté de ses communications avec tous les ports de la Péninsule: il aima mieuxne pas innover et s'en tenir à d'anciennes relations dont il recueillait habituellement les avantages : la France et l'Autriche se portèrent pour médiatrices de ses démêlés avec la cour de Madrid ; et il consentit à renoncer à ses nouvelles liaisons avec l'empire de Maroc et la régence d'Alger , afin de conserver les
VILLES ANSEATIQTJES.
privilèges commerciaux dont il avait joui en Espagne. Le roi révoqua par un ('dit du M novembre 1753 les mesures qu'il avait prises contre les Hambourgeois : il ordonna qu'ils fussent admis dans tous les ports de la Péninsule, qu'ils pussent librement y commercer, et qu'on les accueillît avec la même faveur qu'avant la dernière mésintelligence.
Un traité d'amitié que la cour de Copenhague conclut à la même époque avec l'empereur de Maroc donna lieu aux mêmes plaintes de la part du gouvernement espagnol, qui suspendit également toutes ses relations de commerce avec le Danemark , par un manifeste du 26 août 1752 , et qui ferma l'entréedeses ports aux sujets danois, à leurs navires et à toutes leurs importations. Le roi Frédéric V. informé de cet interdit , se hâta d'user de représailles : il défendit à ses sujets, par un acte du 22 octobre 1753, tout commerce avec l'Espagne, déclara confiscables toutes denrées et production de ce royaume , et ordonna qu'aucun Espagnol ne fut admis en Danemark. Cette interruption de commerce dura quatre années : elle ne se termina que le 12 novembre 1757, par un édit de Frédéric , qui rouvrit aux Espagnols les ports de ses États et rétablit les anciennes relations.
Pendant la guerre de sept ans, qui éclata en 1756 , Hambourg et Brème furent placés dans une situation difficile: le théâtre des hostilités se trouvait rapproché de ces deux villes lorsque le duc de Cumberland eut signé, le 10 septembre 1757, la capitulation de Closterseven qui mettait momentanément à la disposition de la France les duchés de Brème et de Werden : les États voisins de l'Elbe et du Wéser voyaient avec inquiétude cette occupation de territoire ; et le gouvernement français eut à se plaindre d'une extrême partialité des Hambourgeois en faveur de ses ennemis.
On facilitait leurs enrôlements dans cette ville, et l'on en refusait l'entrée aux soldats français qui avaient quelques affaires à suivre près de la léga-
tion de leur pays : on s'était emparé d'un navire frété pour le compte de ce gouvernement , et les hommes qui avaient contribué à son chargement étaient judiciairement poursuivis : il s'élevait encore d'autres réclamations ; et Louis XV déclara, le 24 mai 17(50, que les Hambourgeois cesseraient de jouiren France des avantages accordes aux villes anséatiques par leur traité de commerce de 1716. Un embargo fut mis , à la même époque , sur les navires de Hambourg qui se trouvaient dans les ports du royaume; mais il fut levé par un ordre du 17juilletde l'année suivante; et les négociants de cette ville continuèrent d'être assimilés, dans leurs personnes, leurs biens, leur navigation, aux nations neutres avec lesquelles la France n'avait conclu ni convention ni traité de commerce.
Le rétablissement de la paix générale, qui fut signée en 1763, n'apporta aucun changement à cet ordre de choses, et il ne fut modifié que six ans après, par un traité de marine et de commerce entre la France et la république de Hambourg. On y conserva les bases du traité de 1716 ; mais elles furent modifiées sur plusieurs articles et notamment sur les moyens de prévenir les infractions à la neutralité, lorsque la France serait en état de guerre. Le sénat de Hambourg promit de ne permettre, sous aucun prétexte, que les habitants de cette ville fournissent aux ennemis de la France des armes , des munitions de guerre et des marchandises de contrebande: il fut convenu que les contraventions de cegenre seraient sévèrement punies, et que s'il y avait déni de justice , la villecesseraitdejouirdetous les avantages qui lui étaient accordés par ce traité. On stipula dans cet acte que les Français à Hambourg et les Hambourgeois en France avaient droit aux privilèges de la nation la plus favorisée. Les Français qui venaient s'établir dans cette ville pouvaient y acquérir le droit de bourgeoisie, en suivant les formes et les conditions usitées , ou conserver leur caractère national , en entrant dans le contrat
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étranger. Les denrées et les objets manufacturés qu'ils importaient jouissaient du traitement le plus favorable quant aux droits d'accise et de douane. On régla les formules à suivre pour les passe-ports à délivrer en temps de paix ou en temps de guerre. Ce traité, plus explicite que celui de 1716 et plus avantageux à quelques égards, eut poureffetd'établirentre la France et la ville de Hambourg de plus nombreuses et plus importantes relations de commerce. On conserva les anciennes dispositions du premier traité, sur la protection de tous les intérêts et de tous les droits dans les affaires judiciaires, dans le règlement des faillites , dans le sauvetage, l'administration et la remise des effets échoués ou naufragés.
Le même traité de 1769 stipula la complète suppression du droit d'aubaine entre les contractants. La faculté de transporter librement la valeur des biens acquis partestament, donation ou autrement, ne s'était appliquée jusqu'alors qu'aux biens mobiliers :
dès ce moment elle s'étendit aux immeubles , sous la réserve d'un droit de détraction ; et ce droit devait être perçu par la France sur les successions échues auxHambourgeois , aussi longtemps qu'il serait perçu par Hambourg sur les successions qui seraient ouvertes aux Français et que l'on voudrait exporter de ce territoire. Quant aux villes de Lubeck , de Brème et de Dantzig, leurs relations avec la France continuèrent d'être régies par le traité de 1716, etla libre exportation des héritages ne s'appliqua qu'aux effets mobiliers.
D'autres arrêts du conseil, publiés vers cette époque et dictés dans le même esprit, supprimèrent enFrance , sous condition de réciprocité, le droit d'aubaine , en faveur des citoyens et habitants d'Aix-la-Chapelle et de quarante-sept autres villes impériales, dispersées dans différentes parties de l'Allemagne. Le privilège qu'elles avaient d'ouvrir en leur propre nom des négociations sur cet affranchissement, dérivait de leur titre d'anciennes villes
libres ; et il remontait au temps ou l'Allemagne entière était morcelée et divisée en un grand nombre de petits États , dont la plupart affectaient tous les droits de l'indépendance et de la souveraineté. Une immense pépinière desouverains, de princes, deseigneurs, de villes gouvernées par leurs propres lois, couvraient la surface du sol : les dangers de l'isolement les amenèrent à former les différentes confédérations dont nous avons rendu compte dans le cours de cette histoire. Telle avait été également la situation des nombreuses villes qui appartinrent à la Ligue Anséatique. Ainsi l'on reconnaît encore en Allemagne, vers la fin du dix-huitième siècle, les traces, à demi effacées , de cette primitive indépendance et des prérogatives qui s'y trouvaient attachées.
Les grands États où ces différentes villes étaient enclavées ouvrirent euxmêmes des négociations qui eurent un semblable résultat; et la suppression du droit d'aubaine s'appliqua partout aux biens meubles et immeubles.
La longue série de ces conventions eut une favorable influence sur les opérations du commerce; et les villes anséatiques purent en apprécier tous les avantages. La France était une des premières puissances qui eût favorisé les étrangers : ils étaient accueillis et protégés sur son territoire; et le tribut annuel qu'on leur avait primitivement imposé ne subsistait plus depuis longtemps : ils étaient assimilés aux nationaux dans presque toutes les circonstances de la vie : la même justice leur était rendue par les tribunaux; ils jouissaient des mêmes moyens d'éducation et d'enseignement. L'autorisation d'établir leur domicile dans le royaume leur était facilement accordée; ils y exerçaient leurs droits civils pendant toute la durée de leur résidence : ils pouvaient acquérir des immeubles ; et ils étaient encore plus encouragés à le faire, depuis qu'on avait renoncé à ce principe : que les biens de la succession des étrangers appartiennent au gouvernement du lieu , et depuis qu'on avait déclaré qu'ils
VILLES wsr.vrioi ks.
pourraient librement les transmet Ire aux personnes que la nature, la loi, ou leur volonté propre, avaient désignées pour leurs héritiers.
Si Ton n'avait eu a suivre, dans l'abolition du droit d'aubaine, <|ue les principes d'équité naturelle et de philanthropie , qui portent a ne voir dans le Benrehumain qu'une famille immense,
dont les intérêts généraux doivent être préfères à ceux de son pays , on serait disposé à croire que ce droit doit être supprime gratuitement et sans compensation : mais il est juste qu'une nation, ayant aussi à veiller a ses intérêts , veuille obtenir des autres peuples la réciprocité des avantages qu'elle leur accorde, et que, si elle cesse de regarder comme dévolue à son domaine la succession des étrangers , elle demande à jouir au dehors d'une parfaite assimilation.
Il serait a désirerque la transmission des héritages ne rat pas grevée d'un droit onéreux, qui s'élève jusqu'au dixième de la valeur des biens qu'on exporte ; mais presque tous les Etats d'Allemagne ont tenu h la conservation de ce droit; etles gouvernements qui traitaient avec eux ont du se réserver un même prélèvement, aussi longtemps que l'autre partie contractante n'y aurait pas renoncé.
On voit par cet exemple que, si chaque nation a des lois particulières , destinées à régler les rapports mutuels de tous les membres qui la composent, elle a également reconnu la nécessité de fixer par d'autres contrats plus généraux les relations qu'elle est appelée à entretenir avec d'autres peuples. Ces contrats, qui lient entre elles les différentes puissances, deviennent leur droit conventionnel : les bases n'en sont point arbitraires :
elles ne peuvent être durables qu'autant qu'elles se fondent sur l'équité et sur de réciproques avantages. Nous avons pu le reconnaître dans l'examen que nous venons de faire de la question du droit d'aubaine, et dans les nombreuses conventions que l'on a faites pour le supprimer , et pour rendre plus douces et plus hospitalières
toutes les lois relatives aux étrangers.
Un autre avantage, beaucoup plusimportant pour Hambourg, fut le règlement définitif des contestations qui
s'étaient élevées depuis longtemps entre cette ville et la maison de Holstein-Gottorp. Les deux branches de cette maison étaient appelées à régner en Kussieet en Suède : Charles -l'ierre- Ulric, chef de la branche aînée, avait été déclaré, en 1742, grand-duc de Russie et héritier présomptif de la couronne : Adolphe-Frédéric, chef de la branche cadette, avait été élu successeur au trône de Suède.
Le Danemark, inquiet de l'agrandissement d'une maison, avec laquelle il avait eu des démêlés habituels sur la possession des duchés de Sleswick et de Holstein, craignait d'avoir pour voisins des princes devenus si puissants , et désirait qu'en acquérant d'autres couronnes ils renonçassent pour eux-mêmes à leurs États patrimoniaux et en investissent un autre membre de leur famille. Des négociations furent ouvertes avec l'une et l'autre cour, pour arriver à ce résultat; et le Danemark leur proposait en même temps d'échanger le Sleswick et le Holstein contre les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst. La cour de Stockholm consentit à cet arrangement, et conclut, en 1750, avec celle de Copenhague , un traité, aux termes duquel l'un et l'autre comté durent être remis à la branche cadette , pour être possédés par elle en toute souveraineté : Adolphe-Frédéric avait pour frère Frédéric-Auguste, prince d'Eutin , auquel il céda tous ses droits; et cette nouvelle ligne ducale devint celle qui règne encore aujourd'hui.
L'échange du Holstein contre l'Oldenbourg offrait au roi de Danemark l'avantage de rendre continues toutes ses possessions continentales , d'y donner plus d'unité à l'action du gouvernement, et d'écarter la cause de tous ces démêlés de voisinage et de juridiction, qui s'étaient si souvent renouvelés.
Mais il était plus difficile d'obtenir
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la renonciation du grand-duc de Russie. Ce prince, qui parvint au trône en 1761, voulait faire revivre et soutenir à main armée ses droits sur les duchés de Sleswick et de Ilolstein. La catastrophe qui le priva du trône et de la vie, six mois après son avènement, ne lui laissa pas le temps d'attaquer le Danemark; et l'impératrice Catherine, qui lui succéda, suivituneautre politique , rappela l'armée russe qui s'était déjà avancée dans le Mecklembourg, témoigna le désir de terminer par un arrangement amiable tous ses différends avec la cour de Copenhague, et conclut avec elle , le 22 avril 1767 , un traité conforme à celui qui avait été faitentreleDanemark et la Suède. Les duchés de Sleswick et de Holstein furent échangés contre les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst en faveur du prince d'Eutin, évêque de Lubeck:
la possession de cet évêché, entièrement indépendant de la ville du même nom , était assurée de père en fils à la famille du titulaire actuel ; et le roi de Danemark lui remit une indemnité pécuniaire , pour lui tenir compte des arrérages de fidéicommis et d'apanage , auxquels la branche cadette renonçait.
Ces arrangements furent également favorables au gouvernement de Hambourg , et ils amenèrent la prompte négociation d'un traité en vertu duquel le roi de Danemark renonça, en sa qualité de duc de Holstein, à toute prétention de souveraineté sur cette ville et sur son territoire.
Les querelles auxquelles cette prétention avait donné lieu s'étaient ranimées à plusieurs reprises. Souvent elles avaient dégénéré en hostilités ; quelquefois elles avaient abouti à une demande pécuniaire , espèce de sacrifice auquel le sénat de Hambourg se résignait, pour obtenir le renvoi de cette discussion à une autre époque.
C'était ainsi que la maison de Holstein avait obtenu du gouvernement de Hambourg différentes sommes, à titre de prêt ou d'indemnité , et que le roi de Danemark avait fait en 1759 et 1763 deux autres emprunts.
Ces conventions successives furent remplacées, le 27 mai 1768, par un traité entre le roi de Danemark, duc de Holstein, et la ville libre et impériale de Hambourg. Ce traité , auquel la cour de Russie donna aussi son adhésion , reconnut que la ville de Hambourg relevait immédiatement de l'Empire germanique ; qu'elle avait droit de séance et de suffrage dans les diètes de l'Empire et dans celles des cercles; qu'elle pouvait exercer, dans les affaires civiles et ecclésiastiques, tous les droits qui lui appartenaient comme État immédiat de l'Empire, entièrement séparé et indépendant du duché de Holstein, et que l'exercice de ces droits lui était abandonné sans réserve , de même que dans les autres villes impériales , et spécialement dans celles de Lubeck et de Brème. Toute convention contraire à celle-ci fut révoquée et déclarée nulle : les îles et territoires hambourgeois auxquels s'appliquait cette renonciation furent déterminés, et une commission fut chargée de régler les limites des possessions respectives. Hambourg fut confirmé dans la jouissance des privilèges de navigation et de commerce qui lui avaient été accordés dans le Sund et en Norvège par le recez de 1692 et par une convention de 1762 , et cette ville fut assimilée pour son commerce aux États les plus amis et les plus favorisés.
En reconnaissance des concessions faites par le gouvernement danois, la ville de Hambourg lui abandonna la somme de quatre millions de marcs de banque qu'elle lui avait prêtés : elle renonça également aux sommes antérieurement prêtées à la maison de Holstein, et rendit, avec son acquit , les obligations originales qui lui avaient été remises.
Les relations de Hambourg avec le Danemark n'étant plus entravées par des causes de mésintelligence, reprirent le caractère de la confiance et de l'intimité. Le voisinage d'Altona et de Hambourg cessait d'être une occasion de rivalité : souvent les négociants de l'une et de l'autre ville s'associèrent
VIU.ES ANSEATIQII S.
dans les mêmes entreprises de comroerce; et, si Hambourg avait , dans ce genre de spéculation, une supériorité, fondée sur celle de ses ressources, de sou crédit et du concours d'une population beaucoup plus nombreuse , Altona faisait elle-même des progrès sensibles dans la voie de prospérité qui lui était ouverte ; elle éprouvait que ses intérêts pouvaient se concilier avec ceux de la ville d'Allemagne la plus florissante par son commerce.
Si nous bornions nos récits aux événements dont les villes anséatiques lurent le théâtre, nous ne peindrions pas assez complètement les diverses situations où elles se trouvaient amenées par des causes étrangères et accidentelles. Telle est devenue la complication des rapports d'un Etat avec ses voisins, qu'on ne peut plus le considérer isolément : il subit l'influence des sociétés qui l'environnent, et il leur doit une partie des modifications qu'il éprouve. La politique et le commerce des États du nord de l'Europe se touchent par un si grand nombre de points, que leurs annales s'éclaircissent les unes par les autres , et qu'en rapprochant , en groupant les faits contemporains, on apprend à les mieux connaître.
Le Danemark offrait alors un grand exemple des vicissitudes du pouvoir et de la fortune; et la courte administration de Struensée et la mort tragique qui la termina furent des événements assez mémorables pour occuper l'attention de l'Europe entière.
Les États voisins furent frappés des réformes qui commençaient à s'opérer dans la marche du gouvernement danois, dans son administration, dans ses rapports avec les autres puissances; et cette révolution fut en effet si rapide dans son action et dans ses résultats qu'elle nous paraît devoir être rapportée.
Struensée, fils d'un pasteur luthérien, naquit en 1737 , à Halle dans la haute Saxe. Son père fut appelé en Danemark ; il exerça ses fonctions à Altona , et devint ensuite supérieur des églises du Sleswick etduHolstein.
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Lui-même il embrassa la profession de médecin , et suivit en cette qualité le jeune roi Christian VII dans les voyages qu'il fit au commencement
de son règne. Le roi ne tarda pas d'apprécier les grâces de son esprit et la variété de ses connaissances. Struensée remplaça le jeune comte de Holk dans la faveur de son maître : il fut remarqué par la reine Mathilde, jeune princesse de vingt ans que Christian avait promptement négligée; et ce qui n'était d'abord qu'un simple attrait et une préférence parut bientôt devenir une passion assez vive pour que les distinctions, les honneurs et les plus hautes dignités fussent rapidement accordés à ce favori.
Lorsque le prince royal fut inocule en 1770, Struensée avait été choisi pour cette opération : les soins que la reine donnait à son fils , de concert avec lui, accrurent encore leur intimité, et sa tendresse maternelle ne mit aucune borne à sa reconnaissance.
Mais cette prédilection personnelle ne suffisait plus à Struensée : l'ambition lui suggérait d'autres desseins : il prit à tâche de diriger la politique du gouvernement , de l'éloigner de la Russie , de faire disgracier tous ses ennemis personnels et tous ceux qui pouvaient balancer sa faveur.
Le comte de Bernstorff, longtemps premier ministre, fut remplacé: les autres ministres le furent également; et la reine avait repris un tel ascendant sur l'esprit du roi , qu'elle le détermina à ne voir les affaires que parles yeux de Struensée. Un éditdu monarque supprima le conseil privé, et le remplaça par une commission de conférence qui pouvait délibérer, mais qui ne jouissait d'aucune autre attribution : le travail des ministres était remis à Struensée ; il en rendait compte au roi , et avait sur lui assez d'influence pour lui faire agréer toutes ses résolutions.
La Russie voyait avec mécontentement la faveur dont il jouissait; ejle cherchait à écarter un homme contraire à ses vues , et Struensée crut devoir lui montrer de la déférence, sans
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s'humilier devantelle.il fit armer une escadre pour protéger les côtes du royaume ; et pour se mettre en garde contre une attaque imprévue, il se rapprocha de la Suède; mais il évita de s'immiscer dans ses affaires intérieures, alin qu'elle ne se mêlât point de celles du Danemark : il s'attachait en même temps à regagner la généreuse amitié de la France qui , sows le règne de Frédéric V, avait accorde des subsides à ce gouvernement.
Les mesures à prendre dans l'administration intérieure ne furent pas dictées par les mêmes principes de prudence : elles furent trop subites et trop nombreuses pour ne pas irriter à la fois tous ceux que les réformes allaient atteindre. On ne voulut conserver qu'un seul collège de finances :
tous les revenus publics durent être versés dans une caisse générale : on déclara que les impôts devaient être payés en argent, et qu'ils ne le seraient plus en nature : on se proposait de refuser tout secours aux entreprises industrielles qui n'auraient pas un intérêt public, de réduire les pensions et les traitements, de supprimer à la cour les dépenses inutiles , d'abolir les épices des juges , de rendre tous les plaideurs égaux devant la loi , d'abréger les procédures, d'introduire des améliorations dans la marine et des réformes dans l'armée.
Struensée se proposait encore de retenir la noblesse dans ses terres, sans l'attirer à la cour; de faire passer parles grades inférieurs les fils de famille, avant de les appeler aux plus hauts emplois; de supprimer les droits de survivance aux différentes charges ; de n'avoir égard, dans la collation des places, à aucune autre recommandation qu'à celles des départements mêmes, d'encourager les arts et l'industrie dans la capitale , et d'y appeler les étrangers par les agréments de la vie civile.
Ces différentes vues annonçaient un homme éclairé; mais il eut le tort de favoriser la licence des mœurs , d'attaquer avec peu de précaution desusages consacrés par le temps, de supprimer
et d'innover à la fois. Il remplaça par deux bourgmestres le conseil de trente-deux bourgeois qui depuis un siècle était chargé de l'administration municipale de Copenhague : d'anciens serviteurs furent écartés, et d'autres réformes intempestives vinrent encore aigrir le mécontentement général.
Jusqu'alors il avait dirigé, sous un modeste titre, les affaires du royaume , et son autorité personnelle était toujours couverte du nom du roi , qui continuait de signer les édits , et de paraître présider à toutes les mesures du gouvernement. Struensée voulut enfin en revendiquer l'honneur pour luimême : il fut anobli et reçut le titre de comte : il devint ministre secret du cabinet: lesdifférentscolléges cessèrent d'avoir des relations entre eux; ils ne devaient correspondre qu'avec lui; et les ministres furent chargés d'exécuter les ordres qu'il leur transmettrait, sans même qu'ils fussent revêtus de la signature du roi. Struensée paraissait vouloir étendre le domaine des sciences , des lettres et des arts : il accorda la liberté de la presse et il la rendit illimitée; mais les nombreux ennemis qu'il s'était faits profitèrent de cette autorisation pour décrier toutes ses mesures, et pour attaquer le pouvoir sans bornes dont il jouissait : le roi et la reine furent également en butte à cette licence, et l'on s'accoutuma à ne plus respecter l'autorité.
La révolte de trois cents matelots qui réclamaient leur solde donna un premier exemple de soulèvement contre lui : il voulut , par timidité , s'éloigner et renoncer aux affaires; mais la reine le retint : alors il devint irrésolu : il chercha à regagner la bienveillance de la Russie, celle des classes supérieures qu'il avait maltraitées, et celle des corps qu'il redoutait. Il continua d'entourer le jeune roi d'hommes qui l'éloignaient du travail et des affaires en favorisant son goilt pour les plaisirs; et se croyant enfin à l'abri d'une disgrâce, il reprit les plans de réformes qu'il avait interrompus ; mais il passa toutes les bornes de la prudence; et, lorsqu'il eut décidé, par un
ordre du cabinet du 2 1 décembre 1771,
la suppression des gardefl du corps à pied, dont les cinq compagnies se
composaient de Norwégiens, le soulèvement des soldats excita un tel désordre, qu'il ne put être apaisé que par l'arrivée de plusieurs régiments d 'infanterie et de cavalerie : le peuple s'était lui-même attroupé tumultuairement, et il fut difficilement calmé.
La reine douairière , ennemie personnelle de la reine régnante et de Struensée , saisit alors l'occasion de les perdre l'un et l'autre et de jouir à son tour de l'autorité. Les hommes qui la secondèrent dans ce dessein étaient le colonel Koller, le colonel d'Eichstadt et le comte de Rantzau :
on choisit pour le moment d'exécution la nuit d'un bal qui se donnait à la cour le I6janvier1772; et lorsque la fête était terminée et que cette brillante réunion venait de sedisperser, la reine Mnthilde fut arrêtée dans ses appartements à trois heures du matin, et on la fit partir pour la citadelle de Kronembourg, voisine d'Elseneur. Le comte de Struensée, le comte de Brandt et quelques-uns de leurs agents furent également arrêtés et emprisonnés.
On avait surpris au roi ces ordres d'arrestation , en le trompant par de faux rapports, et en supposant une conjuration formée contre lui. Des écrits furent répandus le lendemain pour justifier ces actes de rigueur. Struensée était peint comme un régicide :
les personnages qui l'avaient renversé reçurent des honneurs et des récompenses; mais ce n'était point assez pour éteindre leur ressentiment : on commença l'instruction d'une procédure contre les détenus, et neuf commissaires furent chargés de les entendre : le procès de la reine fut suivi séparément, et deux membres du conseil se rendirent le 9 mars près de cetteprincesse pour l'interroger. Déjà Struensée avait eu la faiblesse de la compromettre par un aveu ; elle fut amenée, par un interrogatoire captieux , jusqu'à ne plus avoir la force de se justifier; et lorsque Uhldal, son éloquent défenseur , soutint sa cause , devant
un conseil extraordinaire de trentecinq membres qui lui avaient été donnés pour juges, le sort de cette princesse allait être fixé. Son divorce fut prononcé le 6 avril, et il lui fut permis de se retirer à Zell dans le Hanovre, où elle mourut quatre ans après.
La procédure s'instruisit ensuite contre Brandt et Struensée : ils furent condamnés à mort le 25 du même mois: le roi signa la confirmation de la sentence et ils furent décapités.
D'autres peines furent prononcées contre leurs partisans les plus dévoués, et le gouvernement danois rentra dans le système d'administration dont il avait été momentanément détourné.
La reine Mathilde était sœur de Georges III, roi d'Angleterre, et ce monarque témoigna un vif déplaisir des rigueurs exercées contre elle; mais il ne voulut pas intervenir dans une question judiciairement examinée , et il se borna à offrir à sa sœur une retraite dans l'Électorat : le roi de Danemark lui assigna une pension viagère , et renvoya à Londres la dot pécuniaire que cette princesse lui avait apportée.
A la même époque, une autre révolution éclatait en Suède; elle amena des changements de politique et d'administration qui furent plus durables.
Les premières années du règne d' Adolphe-Frédéric, montésur le trône en 1751, avaient été signalées par des améliorations dans les départements de la justice, des finances et de la marine; mais ce prince fut bientôt entravé dans son autorité par le sénat, qui le dépouilla, en 1756, d'une grande partie de son pouvoir. Quelques seigneurs formaient le projet de l'affranchir de la sujétion ou ii était réduit, quand le sénat découvrit leur conjuration. Ils furent arrêtés, et le comte de Brahé, le baron de Horn et quelques autres portèrent leur tête sur l'échafaud. Le roi prit, en 1769, le parti de convoquer les états, et déclara l'intention d'abdiquer si le sénat voulait s'opposer à leur convocation : ils furent assemblés l'année suivante; mais ils étaient déchirés par deux factions , celles des bonnets et des
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chapeaux, et l'intervention des états n'avait remédié à aucun désordre, lorsque le roi mourut , au mois de lévrier 1771.
Le prince son fils, figé de vingt-cinq ans, était alors à Paris, où il négociait la continuation d'un subside que la Suède avait reçu annuellement de la France. Ce prince, qui voyageait sous le nomdecomtede Gothie, avaitété accueilli partoutavec les plus délicatesattentions : sa mission avait réussi; il s'était fait aimer par les manières les plus séduisantes; et à son retour en Suède, où il trouva en présence deux factions rivales, il prit avec adresse tous les moyens de se rendre populaire et de gagner l'affection de l'armée. Un corps de cent cinquante officiers, qu'il ne paraissait réunir autour de lui que dans un but d'enseignement militaire, devint le noyau des troupes qui devaient l'aider à renverser le pouvoir du sénat et à s'emparer de toute l'autorité. Cette révolution , dont nous n'avons point à retracer en détail les moyens, l'exécution et le but, fut accomplie le 19 août 1772, sans effusion de sang, par l'influence persuasive d'un seul homme, par son ascendant sur ceux qui l'environnaient, et par cet entraînement involontaire qui suit un premier exemple et gagne souvent de proche en proche les différents corps d'une armée.
Les bases du nouveau gouvernement furent proclamées le lendemain : le sénat , la diète y avaient accédé , les uns par conviction, d'autres par crainte; les deux frères de Gustave III faisaient en même temps reconnaître son autorité dans les provinces; toute la Suède obéit ; et le roi se trouvant investi d'une espèce de dictature, à laquelle adhéra bientôt le parti même qui lui avait été contraire, mit ses soins à faire disparaître jusqu'au nom des doux factions qui déchiraient ce royaume depuis si longtemps.
Les intérêts du commerce delà Suède occupèrent d'une manière spéciale la diète de 1772 : elle déclara par un acte de navigation que les capitaines de navires étrangers ne pourraient introduire en Suède que les productions
de leur pays; qu'ils re pourraient même les y porter que directement, sans pouvoir les reprendre dans les lieux où ils lesauraientdéposées, pour les conduire dans un autre port du royaume. Cette mesure allait priver d'une branche importante de spéculations et de bénéfices les Anséates, accoutumés à faire un commerce de commission, et à fréter leurs bâtiments pour le transport des marchandises étrangères.
Le projet d'établir entre Stockholm et Gothembourg une ligne directe de navigation allait aussi enlever aux Anséates cette partie du commerce de la Baltique : l'exécution de ce plan , commencée et interrompue à plusieurs reprises, ne fut jamais perdue de vue , et les importants travaux qu'elle exigea méritent d'être offerts en exemple.
La situation des grands lacs qui s'étendententreStockholm et Gothembourg, et le projet d'ouvrir entre eux des lignes de navigation, avaient lixé l'attention de plusieurs monarques.
Ce projet remonte au règne de Gustave Wasa : il fut abandonné et repris plusieurs fois par les successeurs de ce prince; mais il ne s'exécutait d'abord que d'une manière partielle. Les travaux furent entrepris du côté de la capitale, et l'on fit creuser un canal entre le lac Mélar, qui verse ses eaux dans la Baltique, et lelacHielmar, qui coule au nord de la province de JNéricie. Ce canal , alimenté parles eaux delà rivière d'Arboga, qui se jette dans le lac Mélar, avait assez de largeur et de profondeur pour recevoir les bâtiments qui naviguaient sur les lacs ; et la pente du terrain qu'il avait à suivre fut échelonnée par plusieurs écluses.
La ligne de navigation la plus difficile à établir était celle qui s'étend entre le lac Wenneret l'Océan, quoiqu'elle paraisse indiquée par !e fleuve Gotha, qui sort du lac et coule dans cette direction. Le lit de ce fleuve est embarrassé par des bas-fonds , des écueils, des blocs de granit, à travers lesquels il bouillonne , poursuit son cours et change brusquement de
niveau. Plus loin, on arrive aux chutes de Trolhaetta , où le neuve, resserré entre deux boulevards de rochers, roule et tombe pat des cascades successives jusque dans un abtme qui a reçu le nom de Gouffre d'enfer.
A un mille au-dessous des chutes de Trolhaetta, la navigation du lleuve est interrompue de nouveau par la cascade d'Akerstroem ; et entre ce dernier point et Gothembourg , on trouve encore près d'Édit une barre de rochers qui traversent le fleuve , et qui ouvrent aux eaux plusieurs passages à travers leurs intervalles.
On a essayé , à plusieurs reprises, de vaincre ces obstacles. Charles IX voulut éviter les nombreux écueils situés près du lac Wenner, et il lit tracer un canal entre ce lac et le point où le Gotha devient navigable.
Arrivé aux chutes de Trolhaetta, on voulut ensuite creuser, à travers les couches granitiques qui forment le lit du fleuve, un canal, où les eaux pussent être retenues sur différents points par des digues et des écluses; mais celles-ci ne pouvaient résister à l'impétuosité des eaux.
Alors on eut le projet d'ouvrir un canal latéral sur la rive gauche du Gotha, et à travers les rochers qui bordent son cours. Ce canal , qui devait avoir quatre mille sept cents pieds de longueur, entraînait des dépenses et des travaux immenses :
on en fut souvent détourné par des guerres longues et sanglantes, où les revers , les triomphes même aggravaient les charges publiques : il fallut les suspendre pendant les aventureuses expéditions de Charles XII.
Gustave III désira les reprendre et les terminer; mais il les fit abandonner ensuite, et pour favoriser , à moins de frais , les communications du commerce , il fit ouvrir un chemin sur les bords du fleuve, dans toute la longueur des cataractes.
Pour éviter ensuite la chute d'Akerstroem, on entreprit de dériver une partie des eaux dans un canal de
navigation quisuivail la rive gauche, et l'on essaya, vers la barre d'Edit, un travail semblable. A l'aide de ces deux
embranchements, la navigation pouvait être suivie sans interruption , d puis les chutes de Trolhaetta jusqu'à Gothembourg.
De grandes vues de bien public, avaient fait entreprendre ces travaux ; mais, quoiqu'ils fussent longs et difficiles à accomplir, ou pouvait en prévoir la réussite dans un temps indéterminé. L'avenir, qui échappe aux individus appartient toujours aux nations, qui ne meurent pas et dont les générations se succèdent. On peut donc toujours y semer avec assurance quelques germes de prospérité : le temps les conserve , les développe , les féconde ; et les derniers neveux recueillent enfin les fruits de la sagesse et de la prévoyance des ancêtres.
L'important avantage que la Suède avait alors en perpective était de faire éviter à ses navires, expédiés de la Baltique pour l'Océan, le passage du Sund ou des Belts, les droits de péage que chaque pavillon y doit acquitter , et, en temps de guerre, la rencontre des corsaires et des autres vaisseaux qui peuvent s'embusquer ou établir leurs croisières dans le voisinage de ces détroits.
Le Danemark lui-même cherchait à ouvrir de nouveaux passages entre l'Océan et la Baltique ; et les ports de Tonningen et de Kiel allaient se trouver aux deux extrémités d'une ligne de navigation, dont la plus grande partie était tracée par le cours de l'Eyder. Les petits navires pouvaient remonter le lit du fleuve jusqu'au voisinage des grands lacs qui y versent leurs eaux, et l'on ouvrait , entre ce point et le golfe de Kiel, un canal navigable, où quelques écluses devaient racheter la différence de niveau, et faire graduellement descendre jusqu'à la Baltique les navires que ce canal aurait reçus. Les travaux en avaient été commencés en 1 7 77 , et il ne fallait plus que quelques années pour les terminer : l'achèvement de cette entreprise devait donner au corn-
L'UNIVERS
merce de Kiel plus d'importance, et priver celui de Lubeck d'une partie de ses anciens avantages.
Les événements du premier partage de la Pologne, qui fut consommé en 1774, se passaient trop loin des villes anséatiques pour avoir quelque influence sur leur situation politique et commerciale ; mais les résultats delà guerre commencée par la Prusse en 1777 pour empêcher le démembrement de la Bavière et pour en assurer l'héritage au légitime successeur , firent regarder Frédéric II comme le défenseur de la confédération germanique. Ceux de ses membres qui n'auraient pu se soutenir seuls et par leurs propres ressources virent que leurs intérêts , leurs droits , leur indépendance , pourraient obtenir un puissant appui.