Si un navire expédie de Sca
nie ou d'ailleurs, pour là Flandre ou pour un autre lieu, est force de relâchera Amsterdam sons qu'on puisse réparer ses av. nies, le patron envoie les marchandises à leur destination, par les routes ou les canaux, et a ses Irais; mais les droits de douane sont payes par les négociants.
55. Les matelots arrivés à Amsterdam sont tenus de rester dans leur navire , jusqu'à ce qu'il soit deebargé et qu'il ait repris du lest.
56. Si un navire pren I fond, et qu'il faille se procurer des allèges, des prames, des bateaux légers pour enlever la cargaison, le prix doit en être payé par le navire et le chargement
57. Si un bâtiment, arrivé dans le Marsdiep ou dans le Flie, tire trop d'eau pour pouvoir le remonter, le prix des allèges doit être payé, deux tiers par le navire, un tiers par la cargaison.
SS. Un patron qui a déchargé son na\ ire peut garder les marchandises près de son bord, pour garantir le payement du fret qui lui est dû.
59. Les bateaux qui auraient allégé en mer un navire, et auraient gagne la terre avec les marchandises qu'ils auraient prises abord , doivent les décharger dans les cinq jours de leur arrivée.
60. Si un patron, poussé par le gros temps vers une cote difficile dont il ne connaît pas les parages , prend un pilote côtier, ces nouveaux frais sont payés par le navire et la cargaison.
61. Si les navires, après avoir doublé l'île d'Ameland et être entrés dans le Flie ou le Marsdiep, prennent un pilote pour les conduire à Amsterdam , ce pilote est nourri par
le patron, et son salaire est payé par
négociants.
(il». Tout matelot qui abandonne son patron, en emportant les a\an-
i es qu'il a reçues, encourt la potence.
i :!. Un matelot , pris en grave et flagrant délit . peut être congédié sans recevoir de gages, ou de loyers.
(M. si un contre-maître ou un matelot qui B'est engagé acheté un navire pour son propre compte, il est libre de ses engagements envers son patron , en lui remboursant les avances qu'il a reçues.
65. Si un bâtiment cause des avaries à un autre en l'abordant , et si le patron jure par les saints qu'il n'a pu empêcher ce dommage, il en payera la moit é; s'il ne jure pas, il en payera la totalité.
66. Les contre-maîtres , pilotes , matelots , loues par un patron , doivent faire en entier leur voyage : en cas de refus, ils remboursent au patron toutes les sommes qu'ils ont reçues.
Tel est le précis du di oit -maritime que les négociants et patrons avaient rédigé ou adopté à Wisby. Ce code devint la règle commune des navigateurs qui fréquentaient la Baltique, la mer du Nord et les parages de la Hollande et de la France, et l'on en retrouve les principes et la confirmation , non-seulement dans les codes des différentes villes , mais dans les actes et les recez qui furent publiés ultérieurement par la ligue elle-même, et qui avaient pour but de rendre uniforme sa législation maritime.
Alais cette confédération avait encore d'autres règles à établir pour la protection et la sécurité de chacun de ses membres. Si une ville était attaquée, la ligue anséatique devait employer sa médiation pour lui rendre la 'paix, ou ses forces pour la défendre. Quelquefois cette obligation ne s'étendait qu'aux alliés les plus voisins, lorsque leur concours pouvait suffire : aussi nous voyons que quelques villes étaient plus souvent exposées à la guerre. Celles des ri-
L'UNIVERS
vages de la Baltique, menacées par les puissances du Nord, avaient à résister aux premiers efforts d'une invasion , et plus d'une fois elles vainquirent l'ennemi et le forcèrent à la paix, avant d'avoir pu recevoir les secours des villes plus éloignées. Cette communauté de périls rapprochait plus intimement les villes de Lubeck, de Wismar, de Rostock , de Stralsund , qui étaient très à portée de s'entre-secourir et de combiner l'emploi de leurs forces maritimes. Les mêmes dangers déterminèrent promptement l'accession des autres villes de la Baltique.
L'obligation de fournir un contingent de troupes, pour assurer des moyens de défense à chaque confédéré, était la même pour tous les membres de la ligue, lorsque la sûreté commune ou particulière l'exigeait : ici les engagements de tous les alliés étaient réciproques , et les charges devaient être réparties entre eux, d'une manière proportionnée à leurs ressources ; mais cette égalité de devoirs supposait une situation politique qui fut semblable et qui laissât à l'action de chaque gouvernement une pleine liberté. Les villes qui dépendaient d'un souverain, et qui n'avaient pas le privilège de se donner leurs propres lois , ne pouvaient pas disposer à leur gré de toutes leurs ressources : aussi lorsqu'elles étaient admises dans la ligue anséatique elles ne l'étaient pas comme membres immédiats , elles n'avaient pas droit de délibération dans les assemblées de la diète , et leurs intérêts se trouvaient placés sous le patronage des villes plus importantes qui jouissaient de ce droit. Comme elles ne pouvaient prendre part aux charges de la guerre que par un subside, on faisait aussi moins de sacrifices pour les défendre ; et en ménageant leurs avantages commerciaux on s'occupait moins des vicissitudes de leur situation politique et des variations que pouvait éprouver leur gouvernement.
Ces explications font reconnaître qu'il y avait effectivement dans la li-
gue anséatique plusieurs degrés d'association : les villes indépendantes en formaient le véritable corps, et les autres alliés ne participaient qu'à une partie de ses avantages ;- c'en était assez pour qu'ils désirassent lui appartenir plus immédiatement. Protégés par sa considération et son influence, ils répandaient au loin les bienfaits du commerce; les relations entre les peuples du littoral et du centre de l'Europe se multipliaient; et ces associations, qui d'abord ne s'étaient formées que sur les frontières de l'Allemagne, favorisaient la prospérité de l'intérieur, où elles faisaient pénétrer le goût du travail , et où leur exemple excitait une utile émulation.
La ligue formée entre les villes anséatiques était à la fois offensive et défensive; mais pour empêcher qu'une seule ville ne suscitât des guerres imprudentes, on avait établi qu'aucune ne pourrait déclarer la guerre sans l'approbation des quatre villes voisines : la paix ne devait être faite qu'avec l'aveu de la ligue entière , et aucun membre de l'association n'avait le droit d'ouvrir des négociations , pour obtenir des prérogatives qui lui fussent propres , et qui n'appartinssent pas également à ses confédérés.
On retrouve constamment la preuve de cette communauté d'intérêts dans la longue série des traités qui furent conclus par les villes anséatiques avec les puissances du Nord et de l'Occident, depuis le commencement du treizième siècle. Les premiers actes intéressent seulement quelques villes isolées ; mais dès que leur association commence, ils s'appliquent à plusieurs cités. Lubeck et les villes des Vendes ont d'abord obtenu des privilèges spéciaux de la part du Danemark et de la Suède : on voit bientôt comprendre dans une même convention d'autres places des rives de la Baltique ou des contrées plus méridionales : leur nombre suit les progrès de la ligue qui s'est formée , et cette suite de traités permet d'observer les progrès d'une corporation qui em-
VILLES ÀNSÉATIQUKS.
brassa on si grand nombre de filles.
Pour donner à cette république
fédérativc dos moyens de cohésion,
on établit une juridiction semblable dans chacune des villes anséatiques , non-seulement sur les lois à suivre
fiour régulariser la navigation , la poicc des équipages, toutes les opérations du commerce , mais sur les movens de concilier ou de juger les différends qui pourraient survenir entre les confédérés.
Ce lut par cette unité de vues et cette communauté de lois que les villes anséatiques affermirent leur association et constituèrent une puissance assez forte pour faire respecter ses droits : d'autres principes de stabilité dérivaient de son organisation intérieure.
Le soin de maintenir les liens de la confédération appartenait aux diètes où chaque ville envoyait en députation un membre de son conseil et un négociant. Les assemblées ordinaires étaient convoquées à Lubeck tous les trois ans : elles étaient présidées par le bourgmestre de cette ville : à sa droite étaient les députés de Lubeck, de Cologne, de Brème et des différentes villes de Saxe, de Westphalie, de Poméranie et des autres rivages de la Baltique; à sa gauche étaient ceux de Hambourg , Lunebourg , Brunswick et ceux de la Marche et des Pays-Bas. La salle immense où se tenaient les diètes de la Ligue Anséatique a été partagée depuis en plusieurs pièces, et ces divisions intérieures ôtent à l'édifice entier son caractère monumental : il serait à dési rer qu'on lui rendit ses dimensions premières, et qu'on pût admirer encore dans le chef-lieu de la Ligue Anséatique cet antique et vénérable vestige de sa grandeur.
Les liens des membres de la confédération se renouvelaient tous les dix ans : la diète admettait dans la Ligue d'autres associés, lorsqu'il ne pouvait résulter de leur concours aucun embarras pour elle-même : elle pouvait aussi écarter ceux qui n'avaient pas rempli toutes leurs obliga- C» Livraison, (villes anséatiques.)
tions fédérales; et il fallait, lorsqu'une ville avait été séparée de la Ligne, une nouvelle décision de la diète, pour
qu'elle fût réintégrée dans ses droits.
La nécessité de pourvoir aux communes dépenses avait fait imposer un subside a chacune des villes anséatiques : iî était annuel et fixe pour la plupart d'entre elles; mais lorsque les circonstances l'exigeaient on pouvait lever une contribution extraordinaire sur les villes les plus riches et les plus importantes : de ce nombre étaient celles de Lubeck, Cologne, Dantzig , Brunswick, Hambourg, Brème, Lunebourg, Magdebourg, Rostock, Stralsund,Stettin, Koenigsberg, Riga, Rével, Déventer, Campen, Munster. Si les traités à conclure avec une puissance étrangère devaient s'appliquer à la Ligue entière, la diète en nommait les négociateurs; lorsqu'ils intéressaient quelques villes seulement, la diète avait à examiner s'ils ne renfermaient aucune clause contraire à ses propres droits, et aux devoirs que chacun des membres de la confédération avait à remplir envers elle.
En suivant les premières relations de la Ligue Anséatique avec d'autres États, nous avons déjà reconnu que les concessions particulières, faites à quelques villes seulement, s'étaient étendues à leurs confédérés; et si nous cherchons à justifier cette remarque par un exemple, nous voyons que les traités faits avec la Suède furent d'abord conclus par Lubeck et par quelques autres villes de la Baltique, avant d'embrasser la Ligue entière.
Le commerce des Anséates avec la Suède se faisait par Calmar, par l'île de Gothland, par Stockholm, qui était alors désigné sous le nom d'Holmia.
La Ligue jouissait des mêmes privilèges dans ces différents lieux; elle accordait aux Suédois la réciprocité dans ses propres domaines.
Un des principaux avantages que les villes anséatiques obtinrent de la Suède et des autres peuples du jN'ord fut l'abolition du droit de naufrage, et celle de différentes exactions con-
L'UNIVERS
trairas au droit de propriété. Avant cette époque, tout ce que la mer ou les fleuves rejetaient sur leurs bords était la proie des riverains, et ces hommes avides venaient saisir la dépouille des malheureux échoués sur la plage :
ceux-ci étaient même réduits en servitude; on les supposait frappés de la malédiction du ciel, et livrés, en punition de quelque crime, à la merci de leurs ravisseurs.
Les mêmes violences s'exerçaient sur la terre. Si une voiture avait versé, le chargement appartenait au seigneur du sol où l'accident avait eu lieu. Les compatriotes d'un débiteur étaient arrêtés comme otages et devenaient responsables de la dette; on adjugeait au fisc les choses volées que l'on avait retrouvées ensuite; on confisquait les biens d'un homme qui était mort en pays étranger.
Tous ces actes entravaient les relations du commerce : il fallait craindre de s'éloigner de sa patrie; on n'osait pas voyager sans avoir obtenu des transit, des saufs-conduits du souverain dont on avait à traverser le territoire : ces concessions étaient d ispendieuses;souventellesnesuffisaient pas; et partout où ne s'était pas établie une autorité régulière, on risquait sa fortune, sa liberté et quelquefois sa vie.
Ce fut un des bienfaits du commerce d'adoucir graduellement et de faire abolir ensuite ces différents actes de violence et d'injustice. La sécurité rendue aux voyageurs devint un des principaux éléments de civilisation :
elle rapprocha les peuples, améliora les mœurs, les institutions, et fit naître ces règles du droit des gens, fondées sur la nature comme sur l'intérêt général , qui seules pouvaient donner à toutes les relations sociales une solide garantie, mais qui ne se développaient que par degrés, et que les ténèbres du moyen âge tendaient encore à obscurcir.
Si les institutions qui eurent le plus d'influence sur le commerce de l'Europe et sur les progrès de l'esprit humain méritent d'attacher les regards
de la postérité, l'association des villes anséatiques et les résultats qui la suivirent étaient dignes d'être proposés pour modèles aux peuples qui commençaient à dépouiller l'ancienne barbarie, et cette Ligue mérita la reconnaissance de tous les amis des arts, de la raison et de l'humanité.
Les avantages politiques et commerciaux qui lui étaient accordés dans la Baltique le furent ensuite dans la mer du Nord et dans l'intérieur des pays voisins : elle avait acquis sur les côtes de l'Océan de nouveaux confédérés dans les villes du pavs d'Oldenbourg, de la Frise, de la hollande et de la Flandre.
A l'extrémité de cette ligne de navigation, les vaisseaux anséates entraient dans le port de l'Écluse , et les cargaisons étaient transportées à.
Damme et à Bruges qui était devenue le premier entrepôt du commerce d'Occident, ainsi que nous en avons fait la remarque. On y échangeait les marchandises, arrivées de différents pays. Ce port était un centre de réunion, où se rencontraient les armateurs de la Méditerranée et de la Baitique, et où se terminaient généralement leurs expéditions.
Les premiers privilèges accordés par l'Angleterre aux villes anséatiques remontent au règne de Henri III. En 1256 les négociants de Lubeck obtinrent de ce prince une charte qui leur assurait le droit de commercer dans ses États. Cette concession qu'ils avaient obtenue pour sept ans fut bientôt prolongée d'une manière indéfinie relie s'étendit en 1259 à tous les négociants delà Ligue Anséatique; leur comptoir futétabli à Londres sous le nom de Guild-hall; et ce lieu devint un vaste établissement où ils déposaient leurs marchandises et suivaient toutes les opérations du commerce.
Le même monarque confirma en 1266 leurs prérogatives, qui furent également reconnues en 1273 par Edouard Ier. Les négociants teutoniques n'étaient soumis dans ce comptoir qu'à leur propre juridiction.
Déjà en 1235 la ville de Cologne
mit obtenu à Londres de grandes prérogatives, pour prix des secours
qu'elle a\ ;iit accordes à Henri III. La LigUC Vnseatique ne subsistait pasenoore ; mais Cologne, qui devait un jour
y être admise, appartenait alors a une autre association commerciale, formée entre plusieurs villes d'Allemagne ; elle avait prêté une flotte a l'Angleterre, à condition qu'on lui rembourserait la valeur des bâtiments qu'elle aurait perdus; et la plupart de ces navires ayant péri dans une tem-
f)ète, Henri III, qui ne pouvait en payer e prix, consentit, par une transaction avec ies marchands teutoniques, a leur
fiermettre dans ses États une entière iberté d'importation et d'exportation.
Leur privilège fut confirmé deux ans après; il devint la base de ceux qui furent ensuite accordés à Lubeck; et les autres villes d'Allemagne, même celles qui ne faisaient pas partie de la Hanse, purent continuer de s'en prévaloir.
Les Anséates possédaient en Norwége, dès les premières années de leur confédération, un comptoir, dont l'établissement fut confirmé, en 1285, par une convention conclue entre Eric VII et les villes de Lubeck , Rostock, "Wismar, Stralsund, Grypsvvald , Riga, et la colonie allemande qui résidait à Wisby. 11 fut stipulé que les habitants de ces différentes villes, lorsqu'ils viendraient trafiquer en Norwége, auraient, comme les indigènes, la faculté d'acheter les marchandises du pays à Bergen et sur son territoire, qu'ils pourraient librement ies en extraire, à moins que la défense d'exportation ne fut générale, et que les Norvégiens et les Danois jouiraient d'une égale liberté dans les ports de la Baltique.
Eric VIII conclut en 1294 un autre traité de commerce avec les mêmes villes, auxquelles se joignirent celles de Brème, de Campeu et de Stavern. La convention précédente fut confirmée, et les Norvégiens obtinrent dans les villes confédérées les f>riviléges suivants : celui d'étaler eurs marchandises dans des maga-
sins particuliers, pourra qu'on m
vendit que dans les lieux déterminés
par la loi; celui de noliser librement
leurs navires, sans être forces de les conduire en d'autres lieux; celui de.
ne pas être arrêtes pour amendes judiciaires, lorsqu'ils avaient pour cautions de payement leur bote et deux Norvégiens propriétaires de.
navires.
Les navigateurs, naufragés sur une plage OÙ les villes étendaient leur juridiction, conservaient leurs droits sur le bâtiment et la cargaison.
Les négociants n'étaient tenus à aucun service de garde pendant leur séjour : leurs registres ne devaient pas être visités, lorsqu'on n'avait aucun motif évident pour soupçonner le dol et la fraude. Si un marchand commettait un délit, il devait seul en subir la peine, et on ne pouvait la faire porter sur aucun autre individu, a moins qu'il n'eut témérairement protégé le délinquant et qu'il ne l'eût soustrait à l'action de la justice.
Les prérogatives que les Anséates avaient obtenues dans le comptoir de Bergen, et la juridiction indépendante dont ils y jouissaient, mirent bientôt entre leurs mains tout le commerce de cette place : le port était couvert de leurs navires; la multitude de leurs nationaux les rendit turbulents : Bergen était devenu pour eux une colonie: il s'élevait souvent des conflits d'autorité entre eux et les Norwégiens; et Haquin II chercha tout à la fois à restreindre l'étendue et la durée de leurs privilèges. Une ordonnance qu'il publia en 1312 régla les droits de douane qu'auraient à payer les marchandises importées par des étrangers. Si l'on vendait dans ce port quelques parties de la cargaison d'un navire sans en acquitter les droits, le vaisseau et les marchandises étaient dévolus au fisc. II n'était pas permis aux négociants étrangers de passer l'hiver à Bergen ou dans d'autres lieux du royaume , sous peine de confiscation des marchandises ; et le maître de la maison où ils auraient
L'UNIVERS
logé était condamné a une amende.
On voit par cet acte que les négociants des villes anséatiques ne pouvaient plus établir de domicile à Bergen , et que leur prépondérance avait porté ombrage au gouvernement. Mais Je terme imposé à leur voyage était devenu si nuisible au commerce et à la navigation, que la Ligue prit les armes pour obtenir le rétablissement de ses anciens droits.
Le commerce des Anséates avec la Norwége donna lieu en 1316, 1321 et 1327, à d'autres conventions, dont le but fut de faire confirmer par Haquin II et Magnus V les privilèges dont ils jouissaient dans le port de Bergen. Le roi des Lithuaniens et des Ruthéniens invita les marchands et les artisans de Lubeck, de Rostock et des autres villes anséatiques, à venir dans ses États en 1323, et Guillaume III, comte de Hollande, accorda à leur commerce de nouvelles franchises, par un acte publié quatre ans après. Ce rapprochement de dates et de concessions fait reconnaître avec évidence quelle était alors l'étendue de leurs relations soit dans la Baltique, soit dans la mer du JNord. On a conservé une assez longue suite de traités où les mêmes prérogatives sont reconnues ; car il était d'usage de les faire sanctionner à chaque nouveau règne : un prince contractait rarement des obligations pour ses successeurs , et il laissait au libre arbitre de son héritier la continuation de ses engagements.
Sans avoir à mentionner tous ces différents actes qui ne renfermaient aucune clause nouvelle, nous devons du moins indiquer ceux dans lesquels on consacra plus explicitement les droits dont le commerce et la navigation devaient jouir.
D'importantes prérogatives furent accordées en 1336 aux marchands de Lubeck par Magnus III , roi de Suède, qui possédait alors la Scanie. Si un Lubeckois faisait naufrage sur les côtes de Scanie et de Halland , personne ne pouvait ravir et usurper ses biens ; ils appartenaient de droit à leur ancien
maître, et, en cas de mort, ils devaient être conservés et rendus à ses héritiers. Les Lubcckois pouvaient vendre librement , dans les marchés publics de Scanoër et de Falsterbode, des étoffes de laine, des toiles, tous les autres articles mesurés à l'aune, toutes les marchandises qui s'achètent au poids et tout autre objet de commerce : ils pouvaient acquérir et exporter tout ce qui était mis en vente, nonobstant toute prohibition : ils avaient dans les mêmes lieux de marché un juge ou un avocat, qu'ils choisissaient entre eux , et qui prononçait sur leurs différends, conformément à leurs propres lois. La même autorité jugeait tous les délits qui n'étaient pas capitaux ou qui n'exposaient pas à perdre les mains.
Lorsqu'un Lubeckois venait à mourir, l'avocat ou les personnages notables de sa nation assignaient ses biens aux héritiers , et les leur transmettaient s'ils étaientabsents. Les navires lubeckois, en quelque temps qu'ils arrivassent, pouvaient débarquer leurs cargaisons , et les propriétaires devaient paisiblement jouir en Scanie de leurs marchandises et de leurs biens. L'acte dont nous venons de rapporter les clauses principales fut publié au château de Stockholm , la seconde férié après l'octave de la fête de saint Laurent. Les traités de cette époque rappelaient souvent par l'indication religieuse de leur date quelques-unes des fêtes de l'Église; on espérait leur donner ainsi une espèce de consécration , dans la vue de les faire respecter davantage : mais les passions humaines venaient ensuite à prévaloir; et ces promesses de paix et d'amitié perpétuelle n'étaient que *des engagements temporaires, dont la prudence humaine, l'intérêt et la politique pouvaient seuls prolonger la durée.
Les Anséates avaient obtenu , par leurs traités avec la Suède , la Norwége et le Danemark, la confirmation de leurs établissements à Wisby, à Bergen , en Scanie , et celle de leurs anciens privilèges de commerce : ils
assurèrent par d'antres conventions les franchises dont ils jouissaient
dans le comptoir de ISovogorod.
Les relations de cette ville avec les trois puissances du Nord étaient déjà très-etendues vers le milieu du douzième siècle. Les négociants, les navigateurs de Wisby en étaient les intermédiaires habituels; et leurs bâtiments, arrivés au fond du golfe de Finlande, gagnaient ISovogorod, par les eaux de la INeva, du lac Ladoga, et du Wolkoff, dont ils remontaient le cours. Les Allemands établis dans l'île de Gothland prenaient part aux mêmes expéditions : leurs privilèges commerciaux avaient été consentis en 1218 par Constantin Usexvolodovitz, czar de Masovie ; et ils furent confirmés en 1280 par un traité auquel le czar Vasili 1er, le burgrave et les notables de cette cité apposèrent leurs signatures. Ce traité accordait aux Allemands la garantie de leurs personnes et de leurs propriétés, le droit de règlement et ae corporation, et différentes réductions dans les taxes de douane. L'acte qui fut ensuite publié, pour organiser le comptoir des négociants gothlandais et teutoniques , était leur propre ouvrage; ilsétaient convenus entre eux des usages à suivre, soit dans leurs relations mutuelles, soit dans leurs rapports avec les négociants de cette ville et des autres parties de la Moscovie. On peut réduire aux clauses suivantes les règlements qu'il avaient adoptés :
Les anciens , choisis par les négociants, sont à la tête du comptoir ; ils ont auprès d'eux quatre assesseurs qu'eux-mêmes ont désignés :
une maison leur est assignée pour eux et leurs adjoints, et ils ont le droit de choisir encore d'autres assesseurs , si le nombre ou la complication des affaires l'exige. Les maisons que les négociants allemands doivent occuper sont situées dans un même quartier; ce voisinage les met plus à portée de se prêter une assistance mutuelle. Ils ont des jours de réunion , pour traiter de leurs com-
muns intérêts t et tous les membres de la corporation allemande doivent se rendre a ces assemblées. D'autres articles sont relatifs à l'entretien et aux fonctions des chapelains de la colonie, à l'ordre qui doit être maintenu dans les réunions, à la garde du quartier des Allemands, aux règles à suivre dans la navigation de la Neva , aux contrats de commerce à passer avec les Russes, aux comptes que les négociants doivent régler avant leur départ. Plusieurs clauses sont empruntées de l'ancien code maritime de Wisby , où les négociants de Novogorod ont également un comptoir, et où ils sont autorisés à jouir de leur propre juridiction.
On voit par ces dispositions quelles étaient les relations de Novogorod avec les nations qui avaient dans l'ile de Gothland l^ur principal entrepôt de commerce. La marche à suivre envers les villes anséatiques se trouvait ainsi tracée; elles obtinrent les mêmes avantages, et y trouvèrent une des plus solides bases de leur prospérité.
Aucun établissement ne fut plus propre à simplifier les relations commerciales de la Ligue Anséatique avec les puissances étrangères que l'organisation des comptoirs qu'elle avait élevés sur leur territoire, et où se concentraient les principales opérations de commerce. Les lignes habituelles de navigation et de communication se trouvaient ainsi tracées :
elles aboutissaient à quatre points différents, où les Anséates jouissaient des nombreux privilèges que leur avaient assurés les souverains du pays. Si leurs navigateurs s'étaient indistinctement rendus dans tous les ports étrangers où le commerce pouvait espérer quelques échanges , la multiplicité de leurs relations les aurait aussi exposés à de plus nombreuses difficultés avec les populations et les autorités locales : ces collisions habituelles auraient fatigué la Ligue, troublé sa sécurité, ébranlé peut-être son crédit; et les protecteurs du commerce, ayant à surveiller un si grand nombre de points,
L'UNIVERS
n'auraient pu y maintenir aussi aisément leurs privilèges que lorsqu'ils n'avaient à les affermir que dans un petit nombre de comptoirs , où ils étaient sous la garantie des traités, et où ils jouissaient de leur propre juridiction.
Ces comptoirs étaient placés entre les Anséates et les autres pays , comme des lieux de marclié, où les intérêts des uns et des autres pouvaient se concilier et se réunir : la plupart des villes d'Angleterre venaient s'approvisionner dans le comptoir de Londres; celles des Pays-Bas et d'une partie de l'Allemagne, "de la France et même des pays plus méridionaux, dans le comptoir de Bruges; celles des pays Scandinaves dans celui de Bergen; celles de la Moscovie, de la Tartarie et de plusieurs autres contrées orientales , dans le comptoir de Novogorod.
La situation de ces grands entrepôts de commerce éprouva dans la suite quelques changements : celui de Novogorod fut momentanément transféré à Narva , et il le fut ensuite à Moscow; les privilèges du comptoir de Bruges furent bientôt partagés par celui d'Anvers; mais ces déplacements , ce partage n'altéraient point la base du système commercial des villes anséatiques. Leurs navigateurs et leurs négociants continuaient de se diriger vers le petit nombre des comptoirs de la Ligue ; ils y consommaient leurs opérations, ils y trouvaient toutes les marchandises d'échange, dont ils avaient à faire l'exportation. Ainsi l'onapportait dans les entrepôts de Bruges et de Londres les chargements expédiés des pays du Nord sous les pavillons de Brème, de Hambourg et de Lubeck , ceux des villes de Rostock, Wismar, Dantzig, Riga ou des autres ports de la Baltique , ceux de l'île de Gothland et des places de Novogorod ou de Bergen. Ces deux derniers entrepôts recevaient également toutes les marchandises des Anséates, de quelque port qu'elles eussent été expédiées. La simplicité de cette marche commerciale aidait à en maintenir
la régularité : il en résultait que toutes les villes anséatiques pouvaient également concourir a l'approvisionnement des quatre comptoirs , et que la sécurité de leur commerce avec ce petit nombre d'entrepôts se trouvait garantie parla Confédération entière.
Aussi la Ligue Anséatique regarda constamment comme la base essentielle de sa prospérité les privilèges qu'elle avait obtenus dans ces comptoirs, à l'aide desquels son commerce et son influence s'étendaient dans toutes les contrées de l'intérieur. Cette influence devint si grande que le monopole du commerce du Nord et de lOccident lui appartint bientôt d'une manière exclusive, non -seulement dans les ports qui se trouvaient com-
firis dans cette association , mais dans es comptoirs dont elle exportait les marchandises sous son propre pavillon, sans avoir à craindre la concurrence des négociants du pays, qui lui remettaient eux-mêmes le soin de leurs intérêts.
Les communications maritimes ne pouvaient plus suffire à des relations d'affaires qui se développaient de jour en jour; mais les Anséates avaient obtenu d'égales facilités sur les routes qu'ils s'étaient ouvertes à travers le continent.
Les expéditions du commerce de terre étaient devenues plus fréquentes, plus régulières ; et la plupart des châteaux, d'où l'on avait commis tant d'agressions contre les paisibles voyageurs , leur offraient alors des lieux de refuge. L'opinion, les mœurs avaient changé; et les gouvernements dont on avait à traverser le territoire regardèrent enfin comme un droit inhérent à la souveraineté celui de faire escorter par leurs propres soldats les transports du commerce, et de ne pas souffrir qu'une autre troupe s'introduisit sur leur territoire. Cet empiétement avait souvent donné lieu à des actes de violence : il était difficile que des étrangers en armes n'abusassent pas de leur force contre des hommes sans défense : leur arrivée était un sujet d'inquiétude : quelquefois même on
avait eu recours à un semblable stratagème, poursurprendre une place faible OU mal gardée, et pour s'y établir en maître.
Bu organisant dans chaque pays le droit d'escorte, il devint plus tactile rie le surveiller : on pouvait l'exercer d'une ville à l'autre; et les milices bourgeoises contribuaient à ce service. L'Ordre teutonique remplit les mêmes obligations dans les contrées dont il était devenu souverain : son bienveillant secours ne doit pas être passé sous silence, lorsque nous cherchons à rassembler toutes les circonstances, tous les faits qui concoururent ta donner au commerce plus de sécurité, et lorsque nous nous reportons au temps où ces chevaliers, encore animés du génie de leurs fondateurs, se liaient étroitement aux intérêts de la Ligue Anséatique, s'attachaient à étendre ses relations dans leurs propres domaines, et lui prêtaient l'appui de leurs armes et de la considération politique dont ils jouissaient. Ces remarques générales, sur lesquelles nous n'avons pas à nous arrêter en ce moment, trouveront bientôt leur application.
Le commerce fut également favorisé à cette époque, par le nouveau système de numération qui vint à s'établir, lorsque l'usage des chiffres arabes eut remplacé celui des lettres : les combinaisons de nombres, devenues plus simples, rendirent les calculs plus faciles; et l'emploi de ces signes idéographiques qui n'appartenaient à aucune langue les Ût plus promptement adopter.
Nous devons aussi classer parmi les établissements les plus utiles au commerce celui des bourses qui furent instituées au commencement du quatorzième siècle pour les réunions des négociants, celui des sociétés commerciales qui unissaient leurs ressources pour agrandir leurs expéditions , celui des assurances mutuelles, destinées à parer aux chances de la navigation et à subvenir aux pertes d'un associé, par un léger sacrifice imposé à tous les autres. On n'ima-
gina que dans le siècle suivant le système des assurances a prune, qui se fonde sur le calcul des probabilités, et il fallait de longues années d'observations , pour reconnaître, d'une manière approximative, a combien de sinistres la navigation de chaque parage pouvait être annuellement exposée. Les accidents de mer avaient été beaucoup plus fréquents, dans un âge où l'art de la construction desna\ était moins avancé, où leur forme, leurs agrès n'étaient pas si exactement calcules, où leur voilure était moins maniable, et moins propre à tirer parti de tous les vents : chaque progrès offrit de nouvelles sûretés aux négociants et aux navigateurs.
La nature du gouvernement des villes anséatiques était généralement favorable au commerce : il était devenu le principe de leur grandeur, et l'inclination dominante de leurs habitants. D'ancienuesfamillesqui l'avaient d'abord déda'gné et qui se tinrent longtemps à l'écart, perdirent insensiblement leurs préjuges, s'unirent, dans la décadence de leur fortune, avec les maisons qui pouvaient la relever, et se signalèrent ensuite elles-mêmes par d'importantes opérations commerciales : on vit les anciens et les nouveaux riches confondre leurs prétentions rivales, se mêler dans les plus hautes magistratures, et porter dans la gestion des affaires ces règles d'honneur et de probité qui concoururent à la fois à la puissance et à l'illustration de la Ligue Anséatique.
Qui pourrait méconnaître dans la marche de ces institutions celle de la civilisation même? A mesure que les relations du commerce s'étendent, on voit se développer les sages principes de l'ordre public. L'homme ne fut pas placé isolément sur la terre : ses rapports avec ses semblables lui imposent des devoirs, de même qu ils lui garantissent des droits. L'accord des uns et des autres serait-il indéterminé, et comment de si longs débats ont-ils pu s'élever sur leur étendue et sur leurs limites? Cette branche des connaissances humaines est sans doute
L'UNIVERS
la plus importante : peut-être elle est Ja plus difficile ; et parce qu'elle tient à l'étude de l'homme, nos passions, nos intérêts en ont contrarié le développement; cependant il se fait remarquer de siècle en siècle : l'histoire qui nous occupe en offre la preuve, et Ton est frappé de son évidence, en voyant l'enchaînement qui s'établit entre les institutions du commerce et les lois les plus utiles à la société. Ici nous n'assistons pas à la lutte des grands empires, et l'ambition guerrière de quelques hommes ne vient pas troubler le monde; mais nous voyons une association formée dans des vues généreuses, et prête à défendre les intérêtsdes peuples, étendre sur l'Europe son influence civilisatrice. Un grand sujet d'étude nous est proposé , et les événements que nous avons à parcourir ont constamment pour but d'accroître la prospérité commune et les progrès de l'ordre social. Ces améliorations successives ne se bornent point à quelques lieux; elles se transmettent d'un peuple à l'autre, et passent enfin dans la législation de tous.
La Ligue Anséatique n'avait pas uniquement pour but de maintenir entre ses membres un code maritime et commercial qui fût uniforme et qui facilitât d'une manière égale leurs relations mutuelles : elle cherchait aussi à régler par des principes semblables ses rapports avec l'étranger, et à simplifier par cette similitude de droits toutes ses opérations de commerce.
En négociant leurs traités avec d'autres puissances , les Anséates ne pouvaient pas obtenir d'elles quelque avantage sans leur accorder la réciprocité : cette égalité de droits était légitime, et il ne s'établirait aucune relation durable entre les gouvernements si les charges n'en étaient pas balancées par de justes compensations:
mais la navigation des Anséates avait une telle activité qu'ils ne craignaient alors la concurrence d'aucun pavillon étranger : ils suffisaient à tous les transports du commerce , et ils en attiraient à eux toutes les opérations.
Le crédit dont ils jouissaient dans les
différentes places de l'Europe n'était encore ébranlé par aucun événement :
l'empire de l'habitude l'avait affermi , et l'on suivait par un entraînement involontaire les relations où l'on était engagé.
Ce ne serait pas offrir une juste et complète idée des progrès de ce commerce, que de ne pas indiquer les principales espèces de productions et les différents genres d'industrie qui devenaient la base de ses échanges. Cette partie des annales du moyen âge a été moins remarquée que ne l'ont été les expéditions militaires qui ravageaient alors l'Europe et changeaient les destinées des nations; mais une plus solide gloire appartenait aux villes anséat:ques relies tendaient à recueillir de toutes parts les débrisdes arts utiles, et des établissements échappés à la dévastation : elles rendaient la vie au corps social que la guerre avait épuisé ; et en pourvoyant à ses premiers besoins, elles ne négligeaient pas les progrès de l'industrie, si propres à développer son bien-être.
Le commerce des régions du Nord fournissait aux Anséates des grains, des huiles de poissons et de cétacés , tous les produits de la pêche, de celle des harengs surtout, une grande quantité de sel, des cuirs, des fourrures de toute qualité. Les habitants retenaient pour leurs brasseries de bière une partie des grains, et les autres étaient expédiés vers le Midi :
leurs procédés pour la conservation des viandes et du poisson leur permettaient de les transporter dans tous les marchés : les travaux de leurs tanneries, de leurs mégisseries, occupaient un grand nombre d'artisans ; enfin, ils augmentaient par la main-d'œuvre le prix de la plupart des produits bruts qu'ils avaient reçus.
On tirait de'Norwége, de Suède et de Russie les chanvres, le goudron, le fer, le cuivre, les bois de construction, nécessaires aux chantiers des villes anséatiques : un grand nombre d'artisans les mettaient en œuvre, et l'activité des travaux se réglait sur l'importance des opéra-
lions commerciales dont ces villes étaient occupées. Leurs négociants ne M> bornaient pas au trafic et à I <•-
change des productions du pays; ils devenaient aussi les facteurs des autres nations; ils se chargeaientdu transfert de leurs marchandises de port en
port, et ce commerce de commission et de cabotage , qui leur assurait des avantages positifs, sans leur faire courir aucun risque, devenait la source la pins importante de leurs bénéfices.
La confiance avec laquelle d'autres peuples recouraient au pavillon anséatique était la récompensed'une grande probité. Les villes de la Confédération avaient pour but d'étendre et de consolider leur prééminence commerciale; mais le monopole qu'elles cherebaient à conquérir ne pouvait être conservé que par le crédit, qui ne se commande point et que l'intégrité seule peut maintenir. Les nombreuses cargaisons qu'elles envoyaient en Hollande , en Flandre, en Angleterre et en France, y servaient d'objets d'échange contre les produits naturels ou manufacturés que ces régions pouvaient fournir.
Les villes de Flandre offraient, dans le treizième et le quatorzième siècle, le tableau d'industrie le plus brillant et le plus animé. On y fabriquait des étoffes de laine, des tapisseries , des velours, des soieries : la plupart de ces manufactures avaient été empruntées des Orientaux ou des Italiens; et les peuples d'Occident y trouvaient à leur portée, et à des prix beaucoup plus faibles, tous les articles nécessaires à leur vêtement et à d'autres usages de la vie. On citait au nombre des villes de Flandre les plus manufacturières, Bruges, Gand, Courtray, Ypres, Oudenarde, Louvain, Bruxelles, Malines, Anvers, Tournai, Lille, Cambrai, Douai, Arras, Valenciennes : il s'était élevé entre toutes ces populations industrieuses une salutaire émulation; et quelle que fut l'activité de la maind'œuvre , celle du débit était si grande qu'il n'y avait dans les magasins aucun encombrement.
La plupart des laines que l'on consommait dans ces manufactures \enaient d' Angleterre, où l'on était alors
trèS-OCCUpé de l'éducation des troupeaux : on recevait du Nord des chanvres et des lins, dont la filature et le tissage occupaient un grand nombre d'ouvriers : les toiles, les dentelles de Flandre étaient tres-recherchées : la fabrication des armes et celle d'un grand nombre d'ustensiles en fer ou en cuivre avaient une grande activité, particulièrement à Liège, et dans les régions où l'on était à portée des mines de charbon et des mines de fer qui étaient en exploitation.
L'industrie des Pays-Bas s'était d'abord développée dans les régions de l'Escaut et de la Meuse : bientôt elle s'étendit au nord : les îles de la Zélande eurent de nombreuses manufactures de draps ; on fabriqua des toiles fines à Harlem, des étoffes de soie à Poperingue, à Utrecht, à Amsterdam : cette dernière ville n'était encore que manufacturière, avant que la mer en fit une grande place maritime, en brisant les digues qui séparaient le Zuydersée de l'Océan.
Le principal entrepôt de toutes les fabriques de Flandre et de Hollande était la ville de Bruges; et comme elle ne touchait point à la mer. on avait établi à Damme un magasin subsidiaire entre Bruges et la petite ville de l'Écluse qui lui servait de port, et où les navires opéraient leur chargement et leur déchargement :
des bateaux ou des chariots établissaient les communications entre l'une et l'autre ville.
Lorsque la Flandre et la Hollande furent séparément gouvernées, que l'une appartint aux ducs de Bourgogne et que l'autre eut ses comtes particuliers , Anvers devint à son tour un vaste entrepôt commercial , que la navigation de l'Escaut ouvrait à toutes les nations maritimes; mais si cette ville balança l'importance de Bruges, elle ne l'effaça point; et l'une et l'autre place purent prospérer à la fois.
L'Angleterre, avant d'avoir créé
son industrie manufacturière, profita de celle des étrangers et encouragealeurs importations. Les Anséates, qui étaient alors plus souvent désignés sous le nom générique de Teutoniques, ou sous celui d'Osterlings, parce qu'ils venaient d'une contrée plus orientale, furent spécialement favorisés, soit pour l'entrée de leurs marchandises, soit pour l'exportation des produits du sol. Les principaux articles qu'on exportait d'Angleterre étaient les laines , le plomb , l'étain de Cornouailles, le fer, le charbon déterre, dont les mines étaient abondantes. Plusieurs chartes publiées en 1303 et jusqu'à la fin du même siècle accordèrent à la Ligue entière les privilèges que quelques-unes de ses villes avaient séparément obtenus : le comptoir qu'elle avait à Londres correspondait avec les différents lieux d'étape situés dans l'intérieur du royaume, et destinés à recevoir en entrepôt les articles que l'on devait exporter.
Telle était l'influence des premières relations de commerce, formées par l'Angleterre avec les Flamands etavec les Anséates ,que l'industrie de cette île commençait à s'éveiller, et qu'elle entreprit d'imiter une partie des manufactures étrangères dont elle était alors tributaire. Les Anglais eurent dans le quatorzième siècle des fabriques de draps : ils avaient recueilli ou attiré dans leur île des ouvriers de Bruges, de Louvain, de la Zélande, qui y transportèrent leurs métiers :
d'autres fabriques de soierie et de chapellerie y furent établies par des artisans italiens. Mais ces premiers essais étaient loin de suffire à la consommation du pays; les Flamands, les Anséates continuaient d'y pourvoir, et, en échange de leurs marchandises, ils exportaient du comptoir de Londres une grande quantité de laines et d'autres produits bruts.
Les efrorts et la concurrence d'une industrie qui commençait à se développer dans les îles Britanniques devaient amener plus tard quelques altercations entre l'Angleterre et les
commerçants étrangers; mais nous n'avons pas encore à nous en occuper : ce serait trop anticiper sur l'avenir, et le tableau des différents siècles ne peut être développé que successivement.
Quoique les principales opérations du commerce des Anséates se terminassent dans le comptoir de Bruges et dans celui de Londres, néanmoins elles embrassaient aussi le commerce de la France, soit qu'on trouvât dans l'un et l'autre entrepôt les produits du sol de ce royaume ou ceux de ses manufactures, soit que les Anséates continuassent leur navigation vers le midi, pour chercher eux-mêmes dans les ports de France les différents articles qu'ils pouvaient en exporter.
L'industrie avait fait en France des progrès sensibles, et l'on devait aux sages institutions de saint Louis l'état de prospérité où un grand nombre d'ateliers étaient parvenus. C'était en Provence et en Languedoc que ces travaux avaient commencé , et des manufactures d'étoffes de laine et de coton y avaient été établies dans les principales villes. L'industrie s'étendit vers le nord ; et les fabriques de soieries qui enrichissaient Avignon et Lyon lurent imitées à Tours. L'art de la verrerie s'était introduit en Provence; on perfectionna la coutellerie et la fabrication des armes à Toulouse , à Poitiers , à Caen , à Rouen : plusieurs villes de France étaient renommées par l'art de ciseler les métaux et par leurs ouvrages d'orfèvrerie. La plupart de de ces fabriques avaient été apportées en France par des Italiens, généralement désignés sous le nom de Lombards; et les corporations qu'ils formaient entre eux, les droits et les privilèges dont ils jouissaient, étaient favorables au 'développement d'une industrie qui offrait aux nationaux de nombreux objets d'imitation.
L'exercice des arts et métiers était spécialement encouragé dans la capitale , par la présence et les bienfaits du souverain : les plus habiles artisans venaient à Paris; et l'on peut juger, d'après la nature des professions qui
étaient le plus accréditées dans cette ville, de là situation où se trouvait alors L'industrie de la France.
Paris occupait un grand nombre de tisserands en laine et en (il : l'art de la teinture se joignait à celui du tissage : il y avait des fabricants pour les couvertures, les étoffes de diverse nature , et les tapis sarrasinois , des brodeuses pour les bourses et au mônieres, des fripiers pour la fente des habits, pour celle des chapes, cottes et surêottes; des pelletiers chez qui Ton trouvait de riiermine , du vair et d'autres fourrures ; plusieurs corporations de chapeliers, distinguée par la forme des courre-chefs et des chaperons qu'elles fabriquaient; des merciers qui tenaient tous les articles de parure, et toutes les espèces de menus ustensiles dont on faisait usage.
Les orfèvres , batteurs d'or, émailleurs, joailliers, fabricants d'outils de fer ou de cuivre, tenaient à d'autres corporations : il s'était établi des communautés d'armuriers, divisées en plusieurs branches, selon l'espèce de leur travail : la fabrication des casques, des armures de toutes pièces, des épées, des lances de différente forme, occupait de nombreux ateliers ; la mégisserie, la sellerie, les différents travaux en cuir, formaient autant de professions séparées. Les artisans d'une même classe occupaient un même quartier, et plusieurs rues empruntaient leurs noms des métiers et des professions qui s'y réunissaient.
On ne vendait que pendant le jour; et les boutiques se fermaient le soir au signal de l'Angelus. D'autres ventes se faisaient dans les halles affectées à différents étalages : elles avaient lieu à jour fixe dans chaque semaine.
Paris avait trois foires par année , celle de Saint-Germain-des-Prés, à côté de l'abbaye de ce nom, ceile de Saint-Ladre dans le faubourg Saint-Lazare, et celle du Lenditdans la plaine de Saint- Denis. Ces foires attiraient un grand nombre de voyageurs étrangers ou régnicoles ; et une partie des marchandises qu'ils achetaient était portée, par un commerce direct ou de commis-
sion, dans les ports où les Anséaîes venaient habituellement M pourvoir.
Les vint d'Aquitaine et iesselsqu'ils
tiraient des ports de France étaient ordinairement expédies de la Rochelle : les salines du littoral voisin et surtout celles de l'ile de Ré leur fournissaient d'abondantes cargaisons.
Ils fréquentaient aussi en France les ports de Calais, Rouen, Saint-Malo, Bordeaux, Rayonne et -Marseille; en Portugal, Lisbonne; en Espagne, Cadix, Seville, Barcelone; en Italie, Livourne et JNaples; Messine en Sicile, et quelques autres ports plus avancés vers le Levant. Ces diverses relations avaient été formées ou maintenues pendant les croisades; et différentes villes du Nord continuaient d'y suivre leurs opérations de commerce, quoique la Ligue Anséatique n'eut pas de comptoirs dans ces régions éloignées, et qu'elle ne put pas y protéger d'une manière si efficace les intérêts de ses membres. Quelques traités particuliers servaient de base aux privilèges dont plusieurs villes y jouissaient :
ailleurs ces prérogatives n'étaient fondées que sur des concessions volontairement faites par le souverain , ou sur de communs usages qui dérivaient d'un droit maritime généralement adopté, et qui protégeaient d'une manière implicite la navigation, les propriétés, la personne de tous les négociants étrangers, à quelque nati qu'ils appartinssent.
Rappelés par notre sujet à examiner les relations commerciales des Anséates avec le centre de l'Europe, nous reconnaissons que les principaux marchés des bords du Rhin étaient Baie, Strasbourg, Spire, Mayence et Cologne.
Le droit d'étape dont jouissait cette dernière villeétait d'autant plus important qu'elle recevait, par la navigation de ce Heuve et de ses tributaires, toutes les marchandises d'une vaste contrée, remarquable par sa fertilité et par le développement de son industrie.
Si l'on passe aux régions du centre de l'Allemagne qui jouissaient de ce dernier avantage, on voit au premier rang Nuremberg, qui était devenu
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l'entrepôt général de la Franconie.
Les relations de cette ville s'étendaient par de nombreux rayons, vers Lyon, Strasbourg, Cologne, Lubeck, Uantzig, Cracovie, Vienne et la baute Italie : on fabriquait à Nuremberg des pièces d'orfèvrerie, des ustensiles de toute nature, les objets de mercerie les plus variés, d'ingénieux ouvrages de mécanique et de sculpture en bois : on y avait établi des fonderies, et l'art de traiter les métaux y était très-avancé.
Augsbourg était réputée pour ses manufactures: elle avait jusqu'à sept mille métiers pour le tissage des draps et des toiles : on citait aussi ses ouvrages en verrerie, en glaces et en joaillerie.
L'exercice des arts et métiers avait donné lieu , en Allemagne comme en France, à l'établissement d'un grand nombre de corporations ; celles de Brème paraissaient placées , en 1246, sous la surveillance de l'archevêque; et une charte de cette époque maintint ses droits sur les tisserands , les boulangers, les bouchers , les cabaretiers et sur d'autres professions où l'on avait une boutique ouverte.
Les villes de la Marche de Brandebourg avaient, dans le treizième siècle, des statuts de communauté pour les tailleurs, cordonniers, corroyeurs, tisserands, manufacturiers et marchands de draps et d'étoffes de laine : les mêmes corporations et celles des meuniers, des boulangers, des pelletiers, jouissaient à Berlin de leurs règlements particuliers.
On trouvait a Gérardsdorf des communautés de forgerons , cordonniers, tailleurs, tisserands, boulangers , bouchers * fourreurs, brasseurs, cabaretiers , manufacturiers de tout genre : il était défendu aux artisans qui n'appartenaient pas à une corporation d'exposer leurs ouvrages dans les marchés publics.
En 1283 l'empereur Rodolphe Ier accorda des statuts à plusieurs communautés d'Augsbourg, à celles des orfèvres, mégissiers, cordonniers, corroyeurs, cabaretiers, sauniers,
pêcheurs, meuniers. Les chaufourniers de Pirna obtinrent en 1292 un statut de l'évêque de Meissen.
L'exploitation des mines du Hartz et celle des riches débris de l'ancienne forêt d'Hercinie favorisaient dans cette contrée l'établissement des usines et la fabrication de tous les ustensiles de fer destinés aux usages domestiques. Les verreries et les cristaux de Bohême étaient généralement recherchés, et formaient un des principaux articles du commerce de Prague. D'autres villes d'Allemagne, favorisées par leur situation, telles que Francfort, Ratisbonne, Bamberg, Erfurt, Leipzig, devaient aussi leur richesse à l'industrie et au travail.
Plusieurs mines d'or et d'argent étaient exploitées en Bohême et dans plusieurs parties de l'Allemagne. Un échantillon d'or massif, du poids de dix marcs, fut offert en 1232 à Venceslas, roi de Bohême, par le directeur des mines d'Eule : le même monarque publia en 1248 une ordonnance sur l'exploitation des mines de Moravie: il accumula, par la perception de leurs produits, un riche trésor, qui s'accrut sous le règne de son successeur, et l'on reconnut, vers la fin du même siècle, qu'il y avait plus d'or et d'argent en Bohême que dans tous les autres royaumes. En 1305 on tirait des mines de Kuttenberg jusqu'à mille marcs d'argent par semaine : ces mines et celles d'Eule étaient généralement exploitées par des Allemands, qui payaient une redevance aux rois de Bohême.
Les travaux des mines de Goslar étaient beaucoup plus anciens : ils avaient été interrompus pendant les guerresdu duc de Saxe Henri le Lion, mais ils furent repris en 1209, et il s'établit dans le Hartz des fonderies, sur lesquelles le monastère de Walkenried avait des droits à percevoir.
L'inspection des mines de Goslar et du Rammelsberg appartenait en 1243 au duc Othon, qui l'avait obtenue de l'empereur Frédéric II. Les habitants de Freyberg, de Scharfenberg , de Mansfeld, étaient particulièrement
MLLES ANSÉÀTIQUES.
Intéressés à Dette exploitation, il y
avait des mines d'or près de Beidef- I.c même empereur permit, en 1284, àl'évéquede Bâle d'exploiter les mines d'argent du Brisgaw.
Lei mines d'or, d'argent et tle eni-
fre du Plassemberg ne furent mises en valeur que dans le siècle suivant , par leburgrave.de Nuremberg, auquel l'empereur Louis V de Bavière les avait affermées. D'autres mines d'or et de enivre turent ouvertes dans le Fiehtelberg, près de Goldcro.iaeh, Goldadern, Kupfernerze, qui tirent leur nom de la présence de ces métaux. Les mines du Hartz continuaient d'être exploitées; mais en 1353 quatre cents ouvriers y furent ensevelis par un éboulement. D'autres mines avaient été ouvertes en Misnie, à Saltzbourg et dans le Wurtemberg.
Cbaque partie de l'Allemagne jouissait de ce genre de richesses , et des différentes branches d'industrie que pouvait faire naître cetteexploitation.
En pénétrant dans la Silésie on pouvait quelques manufactures : Bresau était déjà réputée par ses fabrijues de toiles et d'étoffes de laine, et a navigation de l'Oder facilitait ses relayons de commerce. Le cours des fleuves îtait en effet la li^ne de communica- :ion la plus régulière et la plus assurée, dans un siècle où les routes de :erre étaient encore peu nombreuses , ît où elles étaient embarrassées par ant d'obstacles.
Lorsqu'on avait franchi les limites le la Silésie , l'industrie paraissait noins avancée et plus languissante.
Le commerce des villes situées sur a Warta et sur la Vistule, telles que ?osen , Gnesne , Varsovie, Craeovie, ;omprenait peu d'objets manufacturés : les grains, les bois, les mines le sel , les métaux , les chanvres , l'autres productions de la terre , formaient la principale richesse de la Pologne. Le plus grand entrepôt de son iommerce était la ville de Dantzig :
es navires venus de la haute mer y faisaient leurs échanges ; d'autres s'arançaient jusqu'à Thorn ; mais ils essayaient rarement de remonter au delà;
on dépeçait les barques qui avaiehtdes-
eendu le lit du lleu\e, et leurs dcbns ser\ aient a d'antres u.saues.
Dantzig j Elbing et les autres ports plus orientaux trouvaient a la lois (Luis les productions de l'intérieur et dans la pèche des parafes xoisins une source de commerce inépuisable. L'ambre était une richesse particulière à ce littoral : on venait y recueillir, après les temps d'orage, celui que les flots de la mer y avaient rejeté : cet article était regardé dans les autres pays comme un objet d'agrément et de luxe; il entrait dans la parure des femmes, dans la monture des bijoux, dans la fabrication de quelques objets d'art.
Les accidents qui s'y rencontraient le faisaient encore plus rechercher : des insectes, de légers débris de végétaux, une goutte d'eau , une bulle d'air s'y trouvaient emprisonnés. On en avait de plusieurs nuances qui étaient préférées tour à tour; la mode, le caprice, la rareté donnaient un nouveau prix à cette substance transparente et parfumée, que les anciens avaient déjà connue, et dont les Grecs et les Romains appréciaient la valeur.
Le commerce d'ambre, très-affaibli depuis la chute de l'empire romain, reprit de l'activité dans le moyen âge, et il se forma, vers la fin du treizième siècle , une association pour l'exploiter. On en faisait de nombreuses expéditions pour les Pays-Bas ; et le duc de Brabant, Jean III* établit en 1315 sur chaque tonne d'ambre un droit d'entrée de quatre gros tournois.
Les productions les plus importantes de la Livonie étaient le froment , le seigle, l'orge, l'avoine, le lin, le chanvre. On exportait une grande quantité de bestiaux, de salaisons, de bois , débités en mâts, en planches, en courbes pour la construction des navires : le miel, la cire, les laines brutes ou filées, les peaux de chèvre , les pelleteries, le houblon, les houilles, les cendres fournissaient d'autres cargaisons. La Livonie avait un grand nombre de lacs d'eau douce, dont
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la pêche était abondante; et l'on avait fait celle du hareng dans ses parages maritimes, avant que les bancs de ces poissons voyageurs se fussent dirigés vers la Scanie.
La principale ville de commerce de ces contrées était Riga, dont nous avons déjà indiqué l'origine. Cette ville avait d'abord adopté l'ancien code de Wisby, elle y joignit en 12701a plupart des articles des statuts de Hambourg :
sa navigation fut florissante ; et son pavillon noir, orné d'une croix blanche, se montrait dans tous les parages : un fanal attaché au mât le faisait encore reconnaître dans la nuit.
Le code maritime de Riga avait imposé l'obligation d'éclairer ainsi tous les navires, afin qu'ils ne fussent pas exposés à se rencontrer, à se heurter au milieu de l'obscurité.
Les villes de Windau , de Libau, de Rével, de Narva avaient un commerce analogue à celui de Riga : elles recevaient les productions de la Lithuanie, de la Russie, et en envoyaient une partie dans l'île de Gothland, d'autres dans les villes anséatiques.
Déjà nous avons fait connaître l'importance des relations de Novogorod avec toutes les contrées de l'Orient. Ce commerce prenait une extension toujours progressive : il attirait par autant de routes différentes les précieuses pelleteries du Nord, les denrées des plaines de Moscovie, les laines d'A.stracan , les fins tissus de l'Inde , les aromates du Midi , les perles des mers orientales, et jusqu'aux épiceries de leurs archipels.
Ce fut par la voie de Novogorod que l'Angleterre reçut en 1303 des draps de Tarse, des sbies écrues, des pièces de soieries , des cotons , des épiceries, des aromates. On fit à Bruges en 1313 une importation de safran, de poivre, de cannelle, de gingembre. Les produits de l'Orient arrivaient également en Flandre par la Baltique ou la Méditerranée; et l'on suivait par une de ces lignes commerciales les communications momentanément interrompues par une autre voie.