TANNONIVS ET VALERIANA PARENTES FILIO CARISSIMO ET OMNI
TEMPORE VITAE SVAE DESIDERATISSIMO
(1) Corpus Inscript. lat.,i. XII, 890.
« A leur très doux et très innocent fils Tannonius, qui vécut six ans, six mois, six jours. Tannonius et Valeriana ses parents à leur fils lri*s cher et qu'ils regretteront tout le temps de leur vie. »
Païenne également est Tinscription suivante (1), car on ne saurait attribuer à spiritiis d'autre sens que celui de souffle :
DOLOR QVANTAE LACHRÎMAE FECERE SEPVLCRVM
QVAE VIXIT KARISSIMA MATRI
FLOS AETATIS HIC JACKT INTVS CONDITA SAXO
VTINAM POSSIT REPARARI SPIRITVS ILLE
VT SGIRET QVANTVS DOLOR EST
(( douleur, que de larmes sur ce tombeau, toi dont la vie fut si chère à ta mère^ fleur de ton âge, tu es là étendue sous cette pierre I
« Que ne reviens-tu à la vie ! tu verrais combien grande est ma douleur. »
Il existe à Arles un assez grand nombre d'inscriptions que leur formule, pour ainsi dire à double entente, comme pax tecum (2), jacet sub hoc signo (3), hic jacet intus condita saxo (4), requielorium comparavit (5), ne permet pas de désigner avec sûreté comme païenne ou chrétienne. Le signe de la Foi nouvelle ne s'y trouve pas, il est vrai, mais on n'y rencontre non plus aucun
(1) Cm'pus Inscript, lat.^ t. XII, 825.
(2) Ihid,, 831, 833, 834, 850, 878.
(3) Ibid., 874.
(4) Ihid,, 825.
(5) Ibid., 843. ,
mot qu'un chrétien eût dû répudier : plus d'invocîatîon aux dieux mânes. Peut-être ces tombeaux appartenaient-ils à des convertis qui ne voulaient pas faire profession publique de leur foi.
A cette catégorie se rallaclieraient encore les tombes à représentation de colombes becquetant des raisins, ou des grains, symbole chrétien de Fâme en présence de TEucharistie, en même temps que figuration païenne pour désigner la douceur de la défunte.
La qualité de chrétien s'affirme nettement dans l'inscription ci-dessous (1) où sont portés les noms donnés au baptême ; on voit, d'ailleurs, au-dessus du texte : Adam et Eve, Daniel entre deux lions, Jonas et la baleine :
OPTATINAE RKTICI
AE, SIVE PASCASIAE
CONJVGI CARISSIMAE
ENNIVS FILTERIVS
SIVE POMPEIVS
MARITVS
SEPVLCRV
M POSVIT
CVM QVA VIXIT
ANN Vin M IX D n
(( A Optatina Reticia, autrement dit Pascasia, épouse très chère, Ennius Filterius, autrement dit Pompeius, son mari, a élevé ce tombeau.
« Il a vécu avec elle huit ans, neuf mois, deux jours. »
(1) Corpus. Inscript, lai,, t. XII, 940.
Dans les inscriptions chrétiennes, très nombreuses à Arles, l'expression des sentiments de charité, d'amour des pauvres et de Dieu, se manifeste à chaque instant.
Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, notamment au beau volume de M. Edmond Le Blant (1), le lecteur désireux d'assister à Téclosion des sentiments nouveaux qui arrivèrent avec la croyance nouvelle. Mais nous ne pouvons résister au désir de reproduire le texte cidessous (2), où se manifeste une foi si ardente qu'elle ne laisse pas de place à l'expression de la douleur et des larmes :
INTEGER ADQVE PIVS VITA ET CORPORE PVRVS
AETERNO HIC POSrrVS VIVIT CONCORDIVS AEVO
QVI TENERIS PRIMVM MINISTRVM FVLSIT IN ANNIS
POST ETIAM LECTVS COELESïI LEGE SACERDOS
TRIGINTA ET GEMINOS DECIM VIX REDDIDTr ANNOS
HVNG CrrO SIDEREAM RAPTVM OMNIPOTENTIS IN AVLAM
ET MATER BLANDA ET FRATER QVAERVNT
(( Intègre et pieux, pur de vie comme de corps, ici repose Concordius, qui vit pour l'éternité. Il occupa de hauts emplois dans ses tendres années ; dans la suite, choisi comme prêtre par la loi céleste, il vécut à peine cinquante ans. Ravi si tôt dans la cour céleste du Tout-Puissant, sa tendre mère et son frère aspirent à son bonheur. »
(1) Edmond Le Blant, Inscript, chrét. d'Arles,
(2) Corpus Inscript, lat., t. XII, 942.