‹ Villes antiques: Arles gallo-romainChapitre 9 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Inscriptions.

Industrie et commerce. — Administration municipale. — Épitaphes métriques. — Les croyances sur la mort.

Il ne saurait être question de donner ici un Corpus des inscriptions d* Arles ; il en existe à l'usage des savants (1); le touriste se perdrait à travers cette foule de textes épigraphiques, dont beaucoup seraient sans intérêt pour lui. Il s'agit de dégager, au point de vue de la connaissance de la ville gallo-romaine, les renseignements que fournissent les inscriptions, et de recherclier, à Taide de quelques-unes d'entre elles, les traits originaux du caractère arlésien aux premiers siècles de notre ère.

Les conditions géographiques d'Arles gallo-romain étaient, on s'en souvient, toutes différentes de celles de nos jours. La Méditerranée s'est retirée à l'est du Rhône, et le rivage ayant gagné d'autant, Arles est plus éloigné

(i) Voir le Corpus Inscriptionum latinanim publié par T Académie de Berlin, tome XII, de M. Hirschfeld, et consacré à la Nar- Lonnaise ; il renferme les inscriptions d'Arles, précédées d'une savante préface. La Bévue èpigraphique du Midi de la Fmnce, de M. Allmer, a publié plusieurs inscriptions d'Arles que notre savant maître a fait suivre d*un substantiel commentaire.

de la mer qu'autrefois. Le fleuve, au lieu d*être emprisonné dans ses digues, se répandait dans la plaine, et formait autour de la colline sur laquelle était bâtie la ville une vaste surface liquide qui avait nom la mer d'ArleSy et le canal des Fosses-Mariennes augmentait encore la facilité des communications.

Faut-il s'étonner après cela que les textes (1) et les inscriptions nous signalent le développement que la marine et les industries qui s*y rattachent avaient pris dans cette ville, à la fois port maritime et fluvial.

Déjà l'épigraphie de Vienne et de Lyon nous avait fait connaître les bateliers du Rhône et de la Saône, Naulœ Rhodanici et Ararici, ainsi que les fabricants de radeaux Ratiarii, constructeurs des vastes trains de bois que Ton voit parfois encore aujourd'hui descendre le fleuve, non sans danger pour ceux qui les montent. Les bateliers d'Arles formaient à eux seuls une corporation, Nautœ Arelatenses (2), et le fait qu'ils joignent à leur nom celui de la ville, témoigne d'une organisation qui se rattachait plus intimement qu'ailleurs à l'administration municipale. L'un d'eux, Cornélius Optalus, leur curateur et patron, était en même temps duumvir, pontife et flamine.

A côte de ces Naiitœ se trouvaient les Naviculaxii ma- 'ini, négociants qui faisaient les transports maritimes.

(1) Strabon, IV, 4, 6 ; — Ausone, Clar. urb,, VIII, 6.

(2) Corpus Inscript, lat., t. XII, 704, cf. 697 et Tinscription \avicularu Vktorini, 853. — Une inscription d'Arles signale des )akeliers de la Durance, Nautœ Druentid, G. I. L., 721.

Ils avaient une telle importance, qu'ils étaient divisés en cinq corporations, Naviculariorum marinorum Arelatensinm corpora quinque. Leur patron était un haut personnage qui avait occupé des postes honorifiques en dehors de la colonie. Cominius Agricola jEHus Aper avait été, en premier lieu, préfet de la troisième cohorte des Bracares, peuples de TEspagne citérieure. Il avait été tribun d'une légion dite AdjiUriXy puis procurateur des deux empereurs, sans doute Marc-Aurèle et Vérus, pour Tapprovisionnement du blé à fournir par la Narbonnaise et la Ligurie ; enfin, il avait eu un grade militaire dans la Maurétanie Césaréenne.

On trouve encore à Arles les Fabri navalesiX)^ comme qui dirait les ouvriers de Farsenal. Ils étaient dirigés par un ingénieur des constructions navales, Architectiis navalis (2).

Nous reproduirons tout à Theure l'inscription métrique qu'un groupe d'ouvriers de l'arsenal fit graver sur la tombe de l'un d'eux.

On voit, par cet exposé, quel était, à Arles, le développement de la marine, ainsi que du commerce et des arts qui s'y rattachent.

Parmi les autres corporations, nous signalerons encore les Fabri tignuarii ou entrepreneurs de charpentes, qui étaient en très grand nombre (3) et les Centonarii,

(i) Corpus Inscript, lat., t. XII, 730.

(2) Ibid., m.

(3) Ibid., 719, 722, 726, 728, 730, 738.

ou fabricants de centons (1), pièces d'étoffes grossières Ton employait pour recouvrir les marchandises sur chariots ou sur les bateaux, et qui servaient aussi en d'incendie, pour étouffer le foyer. Nous avons, dans autre ouvrage (2), parlé, après MM. Hirschfeld et ner, de l'organisation des Centonarii en compagnies sapeurs -pompiers, et rappelé les figurations où les voit dans l'exercice de leur dangereuse occuon.

iCS utriculaires, Ulricularii {3) , que signalent les ins- )tions d'Arles, étaient des fabricanls d'outrés. In a voulu y voir des bateliers naviguant sur les rais d'Arles, à l'aide de petits bateaux entourés d'ou- ; gonflées qui, en les allégeant, diminuaient leur nt d'eau ; c'est une erreur.

lVCC les difficultés de transport dans l'antiquité, on ait bien moins usage de tonneaux en bois que de jours. On transportait les liquides dans des outres , une fois vides, occupaient un très petit espace et ccasionnaient aucun encombrement.

jCs utriculaires étaient en rapport d'affaires avec les fiisores^ ou marchands d'huile, que mentionne une cription d'Arles (4).

<ous venons de passer en revue les différentes corations que signale l'épigraphic d'Arles. On pourrait

) Corpus Inscript, lat.^ t. XII, 700.

ï) H. Bazin, Nîmes g allô -romain j Paris, Hachette, 1892.

3) Corpus Inscript, lat., t. XU, 729, 731, 733.

4) Ibid., 714. Cf. Wiim, 250, 6. DigsXIV, 3, i3.

s'attendre à trouver ici, comme à Narbonne, toute une série de textes relatifs aux gens de métiers, boulangers, bouchers, pâtissiers, fabricants de coffres, etc.

Le temps ne les a pas respectés. Les inscriptions du Musée signalent seulement des tailleurs de pierres, Lapidarii (t), et des marchands forains. Foreuses (2); elles rappellent un artiste de ce théâtre dont nous avons admiré les belles ruines. C'est Primigenius, comédien de la troupe d'Eudoxe, Primigenius scenicus ex factione Eudoxi (3).

Au spectacle sanglant de l'amphithéâtre se rattache le nom d*un négociant faisant la traite des gladiateurs, Negotialor familiœ gladiatoriœ (4), et des étudiants, IScholastici {Yi), dont le nom, marqué sur les gradins, indique que des places leur y étaient réservées.

Les textes précédents mettent assez nettement en lumière, on le voit, le genre de commerce et d'industrie d'Arles pendant la période gallo-romaine.

Une autre série d'inscriptions se rapporte à l'administration municipale, qui était la même ici que dans les autres colonies. On trouve des duoviri {6)y et, parmi eux, nnDuovir quinqiiermalis candidatus Arelatensis (7),

(0 Co)^us Inscript, lat.y t. XH, 732.

(2) îbid,, 689, 697.

(3) Ihid., 737.

(4) îbid., 727.

(5) Ibid., XII, 714, 12.

(6) Ibid., XII, 692, 696, 698.

(7J îbid., XII, 697.

des édiles, jEdiles (1), et parmi eux un édile chargé de la police de Tamphithéâtre, JSdilis munerarius {2} \ aucune inscription de questeur n'est venue jusqu'à nous.

On souhaiterait d'être également renseigné sur la vie de famille, sur l'intérieur des ménages. A ce point de vue, la forme prolixe des épitaphes lyonnaises nous avait fourni de bien curieux documents ; on les chercherait vainement dans Tépigraphie artésienne, généralement assez sobre ; quelques inscriptions cependant se font remarquer par les préoccupations littéraires de leurs auteurs, qui tantôt commentent des vers connus, tantôt exhalent leurs regrets sous une forme poétique, où la correction n'est d'ailleurs pas toujours observée, et dont la clarté laisse parfois à désirer.

Telle est l'inscription en vers de cet homme du peuple qui, interprétant un passage d'Ovide, conclut que les vrais amis se reconnaissent seulement dans la maladie, Tabsence et la mort (3).

Nous citerons en entier l'épitaphe qu'un esclave fit graver sur la tombe de son compagnon, en la terminant par un distique célèbre qu'il applique au défunt (4) :

(1) Corpus Inscript, lat., t. XII, 696,710. Cf. 7H, 716.

(2) Ihid., 701.

(3) ïbid., 824.

(4) lUd., 882.

SPENDONT!

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