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CHAPITRE II

Les espaces libres. (I)

« L'haleine de l'homme, écrivait J.-J. Rousseau dans YEmile, est mortelle à ses semblables... Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine... Les hommes ne sont point faits pour être assemblés en fourmilières... Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps ainsi que les vices de l'âme sont l'infaillible effet de ce concours trop nombreux. »

Michelet, de son côté, l'a proclamé : « De toutes les fleurs, la fleur humaine est celle qui a le plus besoin de soleil. »

Les intuitions de Rousseau et de Michelet ont été vérifiées par la science. Des statistiques précises montrent qu'il existe un lien étroit entre les maladies conta-

(1) Les livres déjà cités et Forestier, Grandes villes et systèmes de parcs, 1905. — Georges Risler, Les espaces libres dans les grandes villes (Publications du Musée Social, 1909) ; Les espaces libres à Paris (Revue de Paris, 1910). — Paul Léon, Jardins de Paris, (Revue de Paris, 1910). — Willoughby, Le mouvement en faveur des espaces libres et l'esthétique urbaine aux Etats-Unis (Publications du Musée Social, 1910).

gieuses,la mortalité, et les conditions défectueuses d'habitat : entassement dans des immeubles, rues étroites, mal aérées. Le rôle du soleil dispensateur de la vie a été établi avec la même évidence. Les rayons solaires détruisent les microbes, stimulent les tissus humains, assainissent tout ce qu'ils touchent. Or, Gheysson l'a constaté, « le soleil dans les grandes villes » — il aurait pu ajouter : dans beaucoup de villes moyennes ou petites et jusque dans les villages mêmes, — le soleil « est un luxe réservé aux privilégiés de la fortune ».

Les pauvres vivent dans des conditions défectueuses. Il s'en faut que les gens aisés aient des habitats exempts de tous reproches. Il est des appartements riches qui n'en sont pas moins dangereux. L'habitat sain se trouve, en somme, très rarement réalisé.

Contre ce fléau social qui livre des populations entières à la maladie, à l'immoralité, à la mort, la lutte a déjà été entreprise. Demain, on doit l'espérer, elle sera poursuivie avec plus d'intensité. Après tant d'hécatombes consenties pour le salut de la patrie, la vie humaine paraîtra, sans doute, particulièrement précieuse. Ceux qui reviendront mutilés, blessés, malades ou épuisés, les femmes qui se seront surmenées dans les usines, auront besoin d'être entourées d'une sollicitude particulière. Pour concourir au devoir qui s'imposera de la façon la plus impérieuse, l'urbaniste a deux méthodes : d'une part l'amélioration directe de l'habitation — et nous examinerons cette question dans un prochain chapitre ; — d'autre part, l'aménagement des espaces libres, car on comprend qu'il serait

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vain de créer les logements salubres s'ils devaient rester plongés dans une atmosphère viciée et si leurs occupants étaient privés des moyens de prendre au grand air de l'exercice et du repos.

L'aménagement d'espaces libres doit répondre à un ensemble de besoins complexes. Il faut d'abord que les locaux d'habitation reçoivent un air pur et que le sommeil, comme le travail, s'accomplissent dans les meilleures conditions. L'enfance, à tous les degrés de son développement, doit pouvoir prendre ses ébats : l'hygiène l'exige, et, de plus, les jeux sont, pour l'enfant et surtout pour l'adolescent, une école d'énergie, de sang froid, d'initiative. Il s'y accomplit une vivante éducation personnelle dont nous escomptons les bienfaits pour former des générations vigoureusement trempées.

L'homme fait a besoin d'espace. Les citadins, malgré l'emprise des villes, ont gardé, ancré dans leur cœur, le goût et le besoin de la nature. Ils réclament, après les périodes d'un travail chaque jour plus intense, la distraction et le repos. La loi du repos hebdomadaire, loi bienfaisante, loi humaine, demande que l'on assure l'usage heureux des loisirs. La semaine anglaise, l'abréviation de la journée de travail permettront à l'ouvrier et à l'employé de se délasser, comme le font, déjà, le fonctionnaire et l'intellectuel, une fois leur tâche accomplie. Pour lutter contre l'attraction malsaine du cabaret ou du café, il faut créer, loin du mouvement et du bruit, des lieux favorables à la promenade et à la marche, aux sports, au repos.

La vie d'une démocratie comporte des fêtes, des manifestations collectives, des cortèges, des défilés, des concerts.

L'œuvre à accomplir est donc complexe. Elle est d'autant plus malaisée et d'autant plus urgente que l'agglomération est plus grande et plus dense. C'est dans les parties les plus peuplées, aux points où le terrain est le plus coûteux , qu'il convient d'agir.

Ce ne serait pas une action véritable, mais un leurre que de créer à un des points quelconques de la périphérie de l'agglomération, un parc, ce parc fût-il immense et splendide. Pour que les espaces libres accomplissent tout le bien dont ils sont susceptibles, il faut qu'ils pénètrent toute la cité, qu'ils soient aménagés sous les formes les plus variées. C'est un système d'espaces qu'il convient de réaliser.

Le foyer, d'abord, doit être largement aéré. Le type normal serait la maison au milieu d'un jardin. Il n'est réalisé que très partiellement dans les villages. A la ville, il est un exceptionnel privilège. C'est de ce type, pourtant, qu'il serait désirable de se rapprocher. A défaut du jardin individuel, l'îlot anglais offre de précieux avantages. L'« îlot anglais » est un ensemble de constructions de forme quadrangulaire ou polygonale, enveloppant une vaste cour-jardin. L'espace libre circonscrit entre les murs peut rester indivis. Séparé par des clôtures, il est moins agréable, mais le bénéfice n'en est pas diminué, surtout si ces clôtures sont peu élevées et peu apparentes, formées de grilles légères, de haies ou de treillages. Quelle habitation

plus saine que celle où la végétation assiège la maison même, où la ménagère peut, sans interrompre ses occupations, surveiller d'un coup d'œil les ébats de ses bébés, où elle peut, elle-même, poursuivre, à l'occasion, son travail en plein air, où l'homme, enfin, peut, au retour de son labeur quotidien, se délasser près de son foyer et trouver, s'il le veut, la saine distraction du jardinage ?

Partout où l'îlot anglais existe, et il subsiste encore dans les vieux quartiers de plus d'une ville, il mérite d'être maintenu. On devrait le rétablir là où des constructions parasites l'ont encombré. Ailleurs, on doit le susciter. L'urbaniste, pour les quartiers à créer, veillera à en rendre la construction possible. L'entente, entre les divers propriétaires d'un même îlot, pour cons" tituer une cour-jardin commune devrait être encouragée, au besoin par la concession d'avantages spéciaux.

Après l'îlot anglais, on peut préconiser la rue jardin dont les riverains ne sont autorisés à construire qu'à une distance déterminée de la voie. Le système a encore de grands avantages, puisqu'il laisse subsister un jardin familial, mais il supprime le grand jardin collectif. Il livre la végétation aux poussières, aux fumées de la rue ; il ne crée ni l'isolement, ni le repos Très agréable pour le promeneur, il détermine des aspects charmants au village, dans le bourg peu fréquenté : il perd de son prix à mesure que la circulation devient plus intense. Ce ne sont là, il est vrai, que des inconvénients relatifs : un jardin fût-il défectueux ou mal placé demeure tout de même préc ieux.

Tout jardin privé, l'accès en fût-il interdit, la vue même en fût-elle impossible et fût-il enveloppé totalement de constructions, est un bienfait non seulement pour ceux qui en jouissent, mais pour ceux qui, sans même en soupçonner la présence, vivent dans son voisinage. Il contribue, pour sa part, à assainir l'air. Si, de plus, il est visible, en bordure d'une voie, défendu par des grilles légères, il est un élément de beauté urbaine. Les taxes dont on frappe la propriété non bâtie sont donc souvent absurdes. Légitimes lorsqu'elles pèsent sur des terrains' laissés nus par des spéculateurs qui attendent l'heure favorable pour construire ou pour revendre, elles vont à l'encontre de l'intérêt général lorsqu'elles atteignent des propriétaires qui, en créant des jardins, ont réduit volontairement leurs revenus, et ont rendu service à la communauté. Loin de créer des taxes spéciales, on devrait encourager les propriétaires d'immeubles à réserver aux surfaces libres une proportion supérieure à celles qu'exigent les règlements. Des dégrèvements devraient être accordés, même pour de simples cours, et des dégrèvements plus larges alloués aux jardins et aux parties boisées (1).

Dans les quartiers centraux des grandes villes, les immeubles entassés s'ouvrent sur des rues étroites, des courettes minuscules ; la seule ressource pour

(i) Dans l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les jardins d'agrément a été étendu à toute la France. M. Doumer, dans la séance du 31 juillet 1917 au Sénat, a fait des réserves et le ministre des Finances a promis de déposer, dans le plus bref délai, un texte rectificatif.

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aérer l'habitat et favoriser la croissance des enfants, est de pratiquer des squares de desserrement. Ces squares, de dimensions médiocres, devraient être multipliés et systématiquement répartis : la zone qu'ils assainissent n'est pas fort étendue ; toute mère doit y conduire, sans fatigue, ses bébés ; les vieillards, les convalescents, les travailleurs fatigués par une journée de labeur ne peuvent en jouir que s'ils les ont près de leur porte. De tels squares sont donc indispensables, même si, à un kilomètre de distance, il y a un jardin ou une promenade magnifiques mais pratiquement inaccessibles. Il conviendrait d'y réserver des emplacements pour les ébats des tout petits. La surveillance y serait plus aisée; une seule femme suffirait pour un groupe d'enfants. Un personnel municipal pourrait être organisé à cet effet.

Pour les adolescents et les adultes, des terrains de jeux sont nécessaires. Les Américains, en ce point, nous ont donné un exemple excellent. Des villes nombreuses, aux Etats-Unis, ont pris à leur charge l'aménagement et l'entretien de terrains de jeux (1).

L'expérience a démontré aux Américains que les aménagements les plus perfectionnés étaient insuffisants si le terrain de jeu n'était soumis à la direction d'un homme expérimenté capable d'entraîner les jeunes gens et de coordonner leurs efforts.

(1) Elles étaient 90 en 1907, 177 en 1908, 336 en 1909. Dès 1907, se fondait une association américaine pour l'aménagement des terrains de jeux. Partout, d'ailleurs, les pouvoirs publics ont combiné leur action avec celle des sociétés sportives.

« Un directeur sportif, sur un terrain nu, vaut mieux, assurent-ils, qu'un terrain bien aménagé sans directeur. »

Gomme les jardins d'enfants, les terrains de jeux devraient être équitablement répartis. Ils n'auraient pas besoin d'être aussi rapprochés, mais il conviendrait néanmoins que les jeunes gens y puissent accéder sans fatigue et qu'ils y puissent faire de fréquentes séances d'entraînement les jours mêmes où ils ne disposeraient que d'une ou de deux heures de liberté.

Songeons, à présent, aux hommes faits et aux familles. Ici les amples programmes se présentent et les municipalités qui voient grand peuvent trouver occasion de le manifester.

Les citadins aiment à trouver au cœur ou aux portes même de la ville, de vastes promenades où ils oublieront, par enchantement, l'atmosphère dans laquelle ils vivent quotidiennement plongés. Ils veulent prendre un bain de nature. Les aspects simples de la campagne ne leur suffisent, au reste, pas. Il faut qu'on leur suggère, tour à tour, la majesté des grands bois, les désordres de la montagne, le calme des lacs et la violence des cascades. Au jardinier paysagiste de leur fournir toutes ces sensations en un raccourci qui ne risquera jamais de paraître surchargé.

Cette avidité est bienfaisante ; elle rafraîchit des êtres que leur vie quotidienne étiole. En quelques heures, ils font provision de santé et de beauté. Que les municipalités n'épargnent donc rien pour répondre à un besoin si respectable. Qu'elles entretiennent ou

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améliorent les parcs anciens dont elles ont reçu l'héritage ; qu'en aucun cas, elles ne les aliènent. Qu'elles acquièrent des terrains nouveaux et s'ingénient à les aménager. Des métamorphoses véritables seront opérées par les jardiniers et les architectes. L'eau abondamment amenée, ingénieusement distribuée, dispensera, comme elle fait toujours., la gaité, la vie et l'apaisement.

Ici encore, on procédera avec équité. Un quartier ne sera pas favorisé seul et, surtout si la ville est un peu considérable, on ne la verra pas, les jours de fête, se porter, toute d'un seul côté. C'est une des préoccupations les plus inattaquables d'Haussmann d'avoir voulu que les Parisiens fussent, de toutes parts, sollicités. Au bois de Boulogne qu'il fit agrandir et qu'il essaya de rendre intangible, au bois de Vincennes qui fut complètement transformé, il ajouta les Buttes- Ghaumont et le Parc de Montsouris qui furent créés de toutes pièces. Cet exemple mérite d'être partout imité. Il ne suffira pas, d'ailleurs, de prévoir ou d'aménager des espaces libres de différents types ; en ce qui concerne, tout au moins, les terrains de jeux et les parcs, il est possible d'en augmenter et la beauté et les bienfaits en les reliant entre eux et au centre de la ville. Les promenades périphériques peuvent se prolonger jusqu'au centre par de larges avenues, avenues qui, réservées aux piétons et aux voitures légères, seront d'un entretien facile et offriront les dispositions les plus variées.

D'autres avenues réunissant entre elles les diffé-

rentes promenades constitueront, avec celles-ci, autour de la ville, un anneau ininterrompu. Ce cercle conférera aux abords de la ville, si souvent misérables, un caractère harmonieux. Si la ville est destinée à s'agrandir ou si, dès à présent, elle est pressée par une banlieue, le cercle jouera le rôle d'un périmètre de protection.

[A propos de ces avenues se pose utilement la question, que nous avons ajournée, de la plantation d'arbres dans les rues d'une ville. Des arbres malingres qui végètent en de tristes alignements, roussie dès le début de l'été, profilant pendant de longs mois, sur le ciel, leurs rameaux squelettiques ne donnent qu'un faible concours à l'hygiène et leur rôle esthétique est plus que contestable. Des raisons d'orientation, d'espace, de composition du sous-sol conseillent donc de renoncer à planter des arbres là où ils ne sauraient prospérer.

Partout, au contraire, où ils pousseront vigoureux, ils seront un ornement et un bienfait. Il faudra prendre garde, naturellement, qu'ils ne compromettent pas les perspectives qu'ils sont capables d'enrichir. Leur frondaison ne doit pas non plus former pour les riverains un obstacle à la lumière et à la vue ; ils ne doivent pas gêner la circulation. On obtiendra, à tous points de vue, d'excellents résultats en renonçant à les planter sur des trottoirs pour les placer sur une banquette médiane. A des alignements interminables, on substituera des groupements plus variés et plus pittoresques.

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Qu'on garnisse d'arbresles quais et les berges ; les racines baignées par l'eau nourriront des sujets vigoureux : nulle part on ne verra végétation plus belle ; nulle part, aussi, l'arbre ne jouera un rôle plus nécessaire dans l'harmonie du site urbain.

Dans les avenues promenades, des arbres combinés avec des talus ou des plates bandes gazonnés, avec des corbeilles de fleurs ou des haies vives, se prêteront à de merveilleux décors.

L'urbaniste combinera, donc, parcs, avenues, places. Il tiendra compte également, pour ordonner les poumons de la ville, du cours des rivières. Celles-ci, à l'intérieur d'une agglomération, constituent des espaces libres; elles provoquent des courants permanents de ventilation ; en même temps, elles constituent un élément remarquable de beauté. La régularisation et l'assainissement de leur lit, l'aménagement des quais et berges, le soin apporté à la répartition rationnelle, à la construction et, s'il y a lieu, à l'ornementation des ponts, sont parmi les tâches les plus nécessaires et les plus fécondes de l'urbanisme.

Les organisateurs de la cité ne devront pas, enfin, limiter leur sollicitude à son enceinte. Les citadins, les jours de fête, quand le temps le permet, ont l'habitude de se livrer à des excursions lointaines. Ces longues promenades sont bienfaisantes. L'administrateur ne saurait s'en désintéresser. Elles ont ordinairement quelques buts familiers : un bois, une source, un vallon à quelques kilomètres de la cité. Ces objectifs, la ville doit veiller, dans la mesure du possible,

à les préserver. Qu'ils appartiennent à l'État, •à des communes, ou à des particuliers, elle peut intervenir, soit par rachat, soit par conventions. Allons plus loin, celui qui étudie la réorganisation d'une ville, s'il estime que ces promenades éloignées sont insuffisantes en nombre, en étendue ou en agrément, devra fournir des suggestions pour les multiplier ou les améliorer.

En cet ordre, toutes les communes ont le plus haut intérêt à collaborer avec l'Etat, pour la conservation des réserves naturelles et, particulièrement, des forêts. Elles n'ont pas besoin d'être limitrophes pour sentir ce qu'elles gagnent en salubrité, en agrément à leur voisinage. Si, cédant à d'heureuses suggestions, l'État ou les départements suivaient l'exemple des Etats-Unis et décidaient de constituer, en certaines régions caractéristiques, des réserves nouvelles, les communes, dans un large rayon, auraient toutes raisons pour appuyer de telles initiatives.

Rentrons dans les limites de la cité. L'œuvre à accomplir y est si considérable que plus d'une bonne volonté pourrait s'en effrayer. L'objet poursuivi, qui est la défense de la santé publique, mérite sans doute tous les sacrifices. Il ne sera pourtant pas inutile, pour rassurer les esprits trop prudents ou pour vaincre des résistances toujours possibles, de montrer par quels moyens ces sacrifices peuvent être tempérés ou compensés.

Toute expropriation pour créer des espaces libres,

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comporte la revente de parcelles non utilisées et qui auront acquis une plus-value notoire. Avec la loi projetée sur les expropriations, les communes seront appelées à récupérer une partie de leurs débours par les contributions des propriétaires dont les immeubles auront bénéficié d'une plus value par suite des travaux exécutés. Dans plusieurs cas, les communes, avant d'entreprendre la création d'un square ou d'une avenue, pourront solliciter le concours financier des riverains. Ceux-ci, menacés de voir des opérations qui leur sont avantageuses ajournées indéfiniment ou abandonnées pour un autre programme, ne se déroberont pas à cet appel. Plusieurs villes américaines ont opéré de grandes améliorations par ce système. Enfin, il est possible de faire jouer, dans un système d'espaces libres, des propriétés privées avec des propriétés publiques. C'est dans ces conditions que la ville de Paris, de 1852 à 1860, a aménagé le Parc Monceau. Elle divisa les terrains dont elle était devenue propriétaire en deux parties, dessina au centre le parc et revendit la périphérie à des particuliers avec des servitudes de construction et l'obligation de conserver en jardins une zone de quinze mètres de largeur, close de grilles d'un modèle uniforme. Des opérations analogues pourraient être envisagées soit pour des parcs, soit pour des avenues.

La création de promenades aux abords d'une ville sera allégée par le fait qu'entre une agglomération centrale et les communes qui l'entourent règne d'ordinaire une zone où les populations sont très clair-

semées. Dans cette zone exsangue, les terrains ont une moindre valeur. L'opération se fera à bon compte et sans perturbations.

Plusieurs occasions favorables peuvent se présenter. Une des plus heureuses résulte du déclassement de fortifications. Il ne faut pas oublier que murailles, fossés, glacis, zone militaire, impuissants aujourd'hui contre la guerre moderne, défendaient, tout au moins, l'hygiène de la cité. Cette zone de protection ne doit pas disparaître. On la maintiendra contre les spéculateurs. Elle se prête, d'ailleurs, admirablement à des arrangements pittoresques : les bastions deviennent des collines ; les fossés, qu'il faut se garder de combler totalement, favorisent la création de pièces d'eau. Il reste des parcelles périphériques qui, avec des servitudes convenables, peuvent être revendues et auxquelles leur situation nouvelle confère une incontestable valeur (1).

La suppression d'un marché, l'abandon d'une caserne ou d'un hôpital, le déplacement d'un service puplic, la vente de locaux industriels constituent des occasions opportunes.

S'il s'agit de parcs suburbains, les emplacements les plus pittoresques ne sont pas nécessairement ceux où le terrain est le plus fertile. Les zones de protection instituées autour des sources qui alimentent une ville se prêtent particulièrement et dans les meilleures conditions financières à l'aménagement d'un parc.

(1) Le projet du grand Paris prévoit ainsi l'aménagement des anciens remparts, des forts et des redoutes.

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Faisons remarquer, enfin que, s'il est indiqué de créer pour dégager certains monuments publics, non seulement des places mais des jardins avec des bosquets et des miroirs d'eau dessinés selon l'esprit de ces monuments mêmes, il est aussi possible et souhaitable, selon l'observation de Dervaux, de bâtir au milieu des parcs et jardins, des musées, laboratoires, dispensaires, bains publics, crèches, écoles primaires. Une telle disposition s'impose particulièrement en faveur des écoles d'art.

Ainsi l'urbaniste est invité à envisager les espaces libres comme un système coordonné d'éléments dont chacun a sa destination particulière et précise. En appliquant ces idées il peut user des formules les plus variées et les plus souples. Nulle part la raison et l'utilité ne s'accordent mieux qu'ici avec l'imagination et la beauté.

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